Cf. la note de Scioppius : Lettre du 29 avril IG'tU
iU LETTRES DE GUI PATIN
Paumier', qui avoit esté son valet douze ans, et lequel, deux ans avant sa mort, il avoit fait receveoir de nostre compagnie. Ce Paumier mourut à Caen en Normandie, l'an 1588, et laissa tous ses papiers à un sien neveu, nommé Pierre Paumier', qui fut aussi des nostres, et qui mourut l'an IGiO, chassé de nostre eschole pour avoir fait le livre intitulé : Lapis philosophicus dogmalicorum. etc., et pour s'estre vante de sçavoir une préparation chymique de l'or, avec laquelle on pourroit guarir les ladres, et que mesme, il en avoit guary une ladresse. Dans les plaidoyez de Servin \ il en est parlé en un chapitre
1. Paulmier (Julien Le), plus connu sous le nom de Palmerius, né en 1320, mort à Caen le 15 décembre 1588. Docteur de Caen, bachelier de Paris en looi, licencié en 1556, il prit le bonnet de docteur le 10 no>embre de la même année. Après une expédition dans les Pays-Bas, à la suite du duc d'Anjou, Le Paulmier se maria avec Marguerite de Chaumont et alla se fixer à Caen où il acquit una grande réputation. IL était cahiniste. Après la St-Barthélemy, le Faculté de Paris, sur l'initiative du doyen Nicolas Jacquart, le priva des privilèges de membre de l'Université. Cet ostracisme ne cessa que sur l'ordre formel de Charles IX qui, on le voit, se montrait ainsi plus libéral que la Faculté elle-même. 11 est vrai que Paulmier était un des médecins du Roi. Julien Le Paulmier a laissé — entre autres travaux — : « Traité de la nature et de la curation des plaies de pistolet, arquebouse et autres basions ù feu ; ensemble les remèdes des combustions et brûlures externes et superficielles. » Paris, 1568, in-S».
2. Paulmier {Pierre Le), dit Palmerius, neveu de Julien Le Paulmier, né aux environs de Coutanccs en 1558, mort le 15 janvier lôlO. Bachelier de l'Université de Paris, le 21 avril 1596, il reçut la même année le bonnet de docteur. L'ouvrage signalé par Patin fut publié sous le titre : Lapis philosophicus dogniaticorum... » Pabis, 1609, in-8". Ce livre dans lequel Le Paulmier prenait parti pour les Paracelsistes et les Chimistes, souleva contre lui la Faculté. Appelé devant elle, le 27 janvier 1609, elle le suspendit pour six mois par un décret du 28 janvier de la même année. Le Paulmier en appela devant le Parlement, le 16 mars suivant, mais celte cour souveraine le débouta de sa demande et doima gain de cause à la Faculté, le 6 juillet 1609. Les détails de cette affaire se trouvent dans les « Registres commentaires » T. X. p. 251. La médecine resta héréditaire dans cette famille des Paulmier et a compté des représentants jusqu'à nos jours. Le dernier de cette belle race de médecins, le docteur Stéphane Le Paulmier, l'érudit et consciencieux auteur de la meilleure histoire d'Ami)roisc Paré que nous possédions, s'est éteint le 18 décembre 1903.
3. Scrvin. Magistrat érudit, né en 1555 dans le ^"endômois, mort à Paris en 1626, avocat général au Parlement sous Henri IV et Louis XIII La première édition de ses « Plaidoyers », publiés sous le titre : Actions notables et plaidoyers. Paris, 1603, — empreinte de gallicacanisme — fut censurée par la Sorbonne. (16 février 1604-.) Ils furent réédités en 1620, 1626, in-4°, 16i0, infol. Les édit. antér. ont lu « Sernin ».
A S L'ON 27o
exprez. Il vouloit secouer nostre joug et la jurisdiction de nostre eschole, touchant sa doctrine, disant que nous étions ses parties, et par conséquent que nous ne pouvions pas estre ses juges ; c est pour cela que M. Servin plaida pour nous, et Pauniier fut condamné d'obéir au décret de nostre eschole, de laquelle estant chassé, il continua en sa chymie, laquelle l'estoufTa, ayant esté surpris d'une apoplexie près d'un fourneau, lan 1610. M. de Mayerne Turquet ', demeurant lors à Paris, qui est aujourd'huy en Angleterre, achepta ses livres et ses papiers, et c'est à ce Turquet que nous avons l'obligalion d'un livre intitulé Enchiridion chirurgico-praticum, qui fut imprimé, pour la première fois, il y a plus de vingt ans. à Genève, et ce manuscrit venait de chez Paumier. Et ne doute point que ce livre ne soit un commencement du dessein que Fernel avoit de nous faire une méthode particulière. Pour les observations, je n'en ay peu rien descouvrir et croy qu'il n'y a guère d'autres moyens d'en sçavoir que par M. de Mayerne. Et voilà ce que j'en sçay. Pardonnez cette digression à un homme qui vous honore, et qui a voulu vous déclarer tout ce qu'il en sçavoit L' Enchiridion practiciun est infailliblement de Fernel. Pour le Chirurgicwn il est d'un chirurgien savoyard, nommé Chalumeau, qui a autrefois esté imprimé à part, et qui n'approche en rien de la dignité du premier.
Nous avons icv un livre tout nouveau venu de Hollande
1. Mayerne {Théodore Turquet de) médecin et chimisle, né à Genève le 28 septembre lo73, mort à Chelsea, le 16 mars IGoo. Docteur de Montpellier, en loOT, il alla s'établir à Paris où sa thérapeutique (il prescrivait des médicaments empruntés à la chimie), et aussi ses initiatives et ses succès lui attirèrent l'opposition redoutable de la Faculté. Il publia pour sa défense l'Apologie : Apologia in qiia vidcre est,inviolatis Hippocralis et Galeni leijibus, remédia chymice prrvparata tuto usurpari passe. RupELLK, 1603, in-8°. Cependant, Mayerne quitta Paris pour l'Angleterre où il acquit une immense réputation et où il devint premier médecin de Jacques l^' et après lui de Charles I". Le seul ouvrage publié par ce médecin fut son Apologie contre la Faculté da Paris. Mais après sa mort, ses traités de arlhritide, de morbis internis, de cura gravidarnm, furent imprimés et très recherchés. Le recueil le plus complet de ses ouvrages a été publié par Joseph Bro-\vnc : Opéra omnia medica, conipleclcntia consilia, epislolas et observationes, pharmacopœam, variasqae niedicamenlorum formulas. — Londi.ni, 1700. 1703, in-fol.
dcM. \\ï\cl, AnimadversLonuni Hugonis Grotu'. Ce Grolius est malade d'une plaisante maladie. Il prétend avoir des moyens d'accorder les deux religions contraires qui sont en France ; mais cela est impossible : ante gryphœi jiingentiir eqiiis, etc. Jamais le pape ne se ^dépouillera ' de sa puissance et les moynes ne quitteront jamais l'article du purgatoire, qui leur a tant apporté de commoditez ; c'est pourquoy cet accord prétendu doibt estrc réputé chimérique.
J'ay autre chose à vous annoncer. M. des Roches, âgé d'environ 70 ans, qui estoit un des grands intendants du desfunt cardinal de Richelieu, qui est chantre de Xostre- Dame, et abbé de plusieurs bonnes abbayes, se servoit autrefois du gazettier pour médecin, lequel en fut ignomineusement chassé pour luy avoir donné un purgatif trop violent, in mediis doloribus arthriticis, qui en augmentèrent fort : au lieu du gazettier, il prit un de nos médecins, dont il s'est toujours servy depuis. Enfin, en ayant esté heureusement assisté, avec le conseil de quelques uns de nos anciens, il s'est résolu, avant que de mourir, de faire un coup dun habile homme, et qui fera parler de luy, qui est de donner à la Faculté de médecine la somme de dix mille escus comptant pour la faire rebastir. sans nous demander, ny nous obliger à chose aucune \ Nous avons accepté la donation ; elle est passée et ratifiée ; je pense qu'à ce mois de may prochain, nous y ferons travailler '. Le gazettier à qui cette proye est échappée a le cœur trop bon pour en crever, mais pourtant je ne doute pas qu il n'en soit trop marry. Le Roy se porte de mieux en mieux ; il a permis à M. de Vendosme, qui est en Angleterre de revenir à Paris, et croy qu'il est en chemin pour ce faire. On parle
1. Examen animadversionum Grotii; Letde, 16i2, in-8», par Andrc Rivet. Cf. la note de Rivet : Lettre du 29 mars Ifl't'i.
2. Le mot manque par suite de décliirure du papier II a été rétabli d'après les anciennes édilions
■ 3. Cf. la note de la lettre du 23 mai 1GU3.
4. Dans les éditions antérieures, la lettre s'arrête ici. Tout le passage suivant a été rétabli d'après le manuscrit original.
icy d'une trêve générale qui doibt estre conclue à Coulogne où tous les Princes envoyent leurs députez : on tient que le Roy y envoyera d'icy Messieurs de Chavigny et d'Avaux ; quelques uns disent que ce premier n'y veut pas aller, de peur de perdre sa place au Cabinet et de laisser tout le gouvernement à M. de Noyers. Plura non habeo scribenda.
Je vous prie de me conserver toujours en vos bonnes grasces et de croire que je seray toute ma vie,
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
Patin.
De Paris, ce 28 de mars 1643.
De Spon, au revers : 1643.
Paris, xxyih mars. Lyon, vi avril. risposta, 7 dudit, avec un testamentim chris- TIAN. DU P. L. A. I Le tout
ENVOYÉ PAR M PoNS, DE LA
RUE S' Jean.
Edit. d'Amsterdam 1718.
— DE La Haye 1*18.
~ DE Paris 1846.
1. Le Père Labbé ou TAbbc. — Patin et Spon aussi, sans doute, ortbographiaient indistinctement des deux manières, le nom de ce religieux.
Edit. d'Amsterdam 1718, T. 1 PAGES 14-18.
LETTRE LXXXII A M. Spon, Doctkur en médecine, rue de la pou-
LAILLERIE, A LyON,
Monsieur,
Si j'étois aussi éloquent que vous, je vous donnerois en cette responce de belles paroles ; mais faute d'avoir autrefois fait provision de ces fleurs de réthorique, je me contente de vous dire, en mon patois de Picardie, que je vous ai très grande obligation, et de votre belle lettre et de vostre pacquet. J'ai connu en cette ville un prêtre qui est mort fort vieux depuis quatre ans, qui étoit fils de Gui. Plantius. Il m'a juré que son père n'avoit rien de Fernel, et que Julian Paumier avoit tout eu. Ce Paumier étoit un normand qui avoit servi Fernel douze ans, et qui en récompense le fit passer docteur. Pour M. Lamy, il no peut avoir rien eu, veu qu'il est mort fort jeune, l'an 1583, et n'ayant été médecin qu'environ dix ans. Pour celui là duquel G. Plantius se plaint en cette épistre, qui pour avoir ici de l'emploi se faisoit appeler le petit Fernel, c'étoit le même Julian Paumier qui étoit un normand dessalé, et qui avoit bon appétit, qui se vantoit ici que Fernel en mourant lui avoit commis force secrets; sec? hoc est de patriâ ; car vous sçavez mieux que moi qu'un homme qui est Normand de nation et médecin de profession a deux puissants degrés pour devenir charlatan. On m'a raconté de lui une plaisante fourberie, entre autres : le sidre, vulgo Pomaceam, n'étoit pas une chose fort connue à Paris de son temps, où tout le monde beuvoil du vin à fort grand
marché, prœter ahstemios qui solis aquis gaiidebant. Même du temps de Ilemv III, on croyait à Paris que c'étoit une espèce de malédiction aux Normands, ou plutôt de punition de ce qu'ils ne beuvoient que du sidrc. Ce Normand raffiné, voyant que le peuple ne connoissoit pas cette liqueur, en faisoit venir par bouteilles en cette ville, dans lequel il faisoit tremper du séné ; et ainsi, en faisoit des apozèmes laxatifs, et de petites médecines, qu'il vendoit un écu pièce, comme un grand secret, et par ce moyen, devint riche en peu de tems, sur l'opinion que le peuple avoit conçue que tout son fait ne consistoit qu'en secrets que Fernel lui avoit laissez ; sur quoi vous remarquerez aussi que le séné n'étoit pas encor en commun usage, comme il est devenu depuis vingt ans. Le peuple connoissoit alors moins le séné qu'il ne fait aujourd'hui l'agaric.
Pour le jeune Pons, qui est ici, il est vrai qu'il me vient voir quelquefois ; s'il veut se donner la peine d'étudier, il peut réussir. J'ai veu, entre les opuscules de son grand père', un traité contre la saignée", nunc alla estœtas, nunc mens. S'il étoit aujourd'hui parmy nous, il changeroit d'avis, et pour faire mieux, il feroit autrement.
C'est un excellent homme que M. Grotius pour les bonnes lettres ; nous aurons dans trois mois deux volumes de lui in-folio, qui seront : Annotationes in Vêtus TestamenUim, approuvées par les docteurs de Sorbonne, et puis après, il nous donnera un autre volume : in Epistolas Paiili, etc. ; Dieu lui en fasse la grâce ! Il est grand humaniste, grand poëte grec et latin, grand jurisconsulte, grand politique, mais, peut-être, mauvais théologien, aussi bien que Théophile Brachet, sieur de la Milletière, qui avoit entrepris avec lui d'accorder les deux religions, que j'estime chose
1. Pons (Jacques), né à Lyon en 1538, mort en 1612, devint doyen de la Faculté de médecine de Lyon en 1576 et fut médecin ordinaire du Roi.
2. (( De nimis licentiosa sanguinis inissiojie qua liodic plerique abiituntur brevis traclatio. » Lugduni, 1o96. Autor, J. Pons,
impossible '. Saniorem mentem illis exopto. Je ne voudrois pas être M. Grotius, car il est trop vieux ; mais je voudrois bien être aussi sçavant que lui, je tàcherois de ne pas me mettre de ces chimères dans la tète. L'aulheur des huit vers sur M. de Thou m'est inconnu. M. llolman, maître des comptes, me les a donnés, qui est un honnête homme fort sçavant et qui vaut bien un autheur, avec plus de soixante mil écus qu'il a de bien. 11 lit tous les jours Platon et Aristote, et aime les bonnes lettres et les lettrez.
M. de Noyers, secrétaire dEstat, un des grands ministres de l'Etat, et le grand fauteur des loyolites, fut disgracié le vendredy 10 avriP. Le Roi, par la bouche du cardinal Mazarin, luy envoya dire qu'il eût à se retirer, dont le bon seigneur fut fort étonné, quelque bonne mine qu'il en ait faite, au contraire, car il méditoit de chasser les autres ministres et de gouverner le Roy lui tout seul. Je vous remercie de ce que vous m'avez envoyé du père l'Abbé. Il y a bien du galimathias dans la tête de cet autheur ; peut-être qu'on ramassera toutes ces pièces volantes quelque jour pour en faire un méchant recueil. Un de nos médecins a fait icy imprimer un petit traité de Epicrasi, qu'il m'a fait l'honneur de me dédier à cause de notre ancienne connoissance\ Je vous l'envoyeray comme une pièce nouvelle, mais non pas fort bonne ni fort nécessaire.
Je vous prie de me faire sçavoir qui est M. Falconet qui
1. Brachet (Théophile sieur de la Milletièrc), né en lo96, mort en 1665, théologien et écrivain protestant, se convertit au catholicisme après avoir joué un rôle important dans le parti de la Réforme. A publié plus de 40 ouvrages, parmi lesquels nous citerons seulement les deux livres qui marquèrent les deux phases diCférentcs de la vie de Brachet : « Le discours des vraies raisons pour lesquelles ceux de la Religion en France, peuvent et doivent résister par les armes à la persécution ouverte » 1622, in-8° « Lajacilité de réunir et réformer iE(jlisc. » Paris, 1642, in-8".
2. Après la mort de Richelieu, Sublet de Noyers, secrétaire d'Etat au département de la guerre, avait en effet tenté d'évincer Mazarin du Conseil. Il fut renvoyé brusquement et remi)lacé par Le Tellier (10 avril 1643).