III. !2I
3'i2 LBTTRBS Dit OCi f ATlN
paulette. Je vous baise très liiimblejiieiit les mains et suis de tout mon cœur vôtre, etc.
bè Pêt'iê , l« « Ovuler im.
LETTRE t)LX .--Au même.
On ta filtre la cNssectioti publique (I*un pauvre laquaïs d<j dix-tmit ans, qui a été pendii en Grève , poiir avoir volé son maître, qui tssX un maître des ré^quêtes. Ils étoient deux qui avaient fait le vol: celui qui avoit Targf^nt S'est sauvé; celuici , qui h'avoit rieU , a été pris et pendu. Voilà la chance de la vie des méchants , qui sont toujours en danger.
liXk eruceiln ptcUam iceUrii tulii , hie diadtma.
Peut-être que ci-après l'autre sera attrapé qui ne manquera pas d*étre pendu. C'est M. Baralis, brave et sage docteur, qui fait Tanatomie.
Le cardinal Mazarinest toujours dans le bois de Vincennes, où il prend du lait ; il fut purgé vendredi dernieri dont il se trouva très, mal le samedi. Dimanche on croyoit qu*il mouroit, lundi il fut un peu soulagé ; mais il est maigre , sec, décoloré^ exténué, bydropique du pQumon, orthopnoîque , et il a de dangereuses suffocations nocturnes , denique proxime ventw^us in.rationem, libitinœ. Qt\ dit que sa rate ne vaut rien : cela arrive, souvent à ceux qui ont le poumon gâté, ^nofpua estsym- \ pathia utriu$que parfis^ licet non tam officii^ quain viciniœ et \ vasarum rcUione, Jr^ soupai samedi et dimanche chez M. le premier président, où nous rimes bien. L'évéque de Vannes, en Basse- Bretagne, lui a donné d'excellent vin d'Espagne, dont il voulut que je busse ; 11 en a bu nussi deut petites foià, lui qui d'ailleurs est le plus sobre liQmme du monde. Il m'a dit que le pa^ est hydropique confirmé , et qu'il ne peut plus guère vivre. Il me U^moigne autajit d'amitié que Ton peut i
A VALCONIT* • ' 32»
et voudroit .que je Tallaaae roir trois fois la sônsfi^Uie ; c'est-àdire que je lue trouvasse auprès de lui quand il a un peu de loisir pour se désennuyer.
Le roi a envoyé questité d'officiers suv les villes frontières de Picardie, CbainpAgnei Flandre, comnie aussi à Sedan, N^cy^ Brissac, Philisbourg^ ei en Alsace^ apfiarennn^t pour donner (Nrdre aux gouvernem^ts de ces places de peur de quelque changement en cas que notre premier ministre meure, peut^ être pour s'assurer do quelque gouverneur qu'on soupçonne d'infidélité.
La femme de M. le maréchal de Fabert mourut ici dimanche dernier, et néanmoins il reçut ordre de pai'tir hier au matin , et de s'en aller à Sedan , ce qu'il fit tout-à*rheure<. M^me on a vu sortir des compagnies suisses et françoises qui prennent leur chemin de ce côté- là; on dit que ce sont des troupes que Hazarin ne vouloit point congédier, et qu'enfin l'ambassadeur d'Espagne a obtenu qu'on les enverroit On dit qu'elles vont à Vienne en Autriche, et que ces troupes sont destinées pour faire la guerre au Turc, en Hongrie, le mois de mai prochain.
Il y en a qui disent que le pape est mort; ce bruit vient de quelques moines qui ont rendu des lettres de sa maladie. Enfin le temps viendra que le pape, s'il n'est mort, mourm comme les autres, et enfin tout le monde mourra. Cœlum ei terra transibuntt tu auiejfi permqnebis, Dmnine.
Je vous baise les mains, à mademoiselIe.Falconet et à M. Spon , et suis de tout mon cœur votre . etc.
De ParUi , le iH féTrirr IMi.
LETTRE DLXl. — Au mhne.
J'ai vu des honunes qui tenoient pour certain que le cardinal Mazarin est bien malade ; mais que l'on celoit cette grandeur de sa maladie tant que l'on pouvoit ; qu'il n'en falloit
croire ni médecins de cour (qui tous n'en disent rien d'ns^ sure , ou n'eu parlent qu*en biaisant , selon Tordre qu'ils en ont reçu), ni aucun homme de chez le roi. Vous savez bien que les grands font mystère de toutes leurs affaires ; mais la moi*t viendra qui lèvera le voile et découvrira tout ; et môme cette mort est un mystère , à ce que dit Marc Antonin en son livre quatrième : De rébus suis, vel de se ipso , ad se ipsum. Voici ces beaux mots :
l'cde quiddam mors est , quale nativitas : naturœ utrumque tnysteriwn est , ^ffc«dç pj^rr/pcov.
Le roi a répété son ballet par deux fois pour le danser devant la reine d'AngleteiTc quand elle sera arrivée. J'apprends (\u' Astrologia gailica du sieur Jean Morin , natif de Ville- Franche en Baujolois , jadis docteur en médecine de Valence, professeur du roi es -mathématiques dans notre collège royal, est enfin achevée à la Haye en Hollande. L'on m'a dit qu'il y a bien là -dedans des injures contre les médecins de-Paris, et les autres aussi , qui ne veulent admettre ni l'astrologie judiciaire ni la chimie : et je ne m'en étonne pas , car cet homme étoit fou. Ce sont deux volumes in-folio , pour l'édition desquels la reine de Pologne a donné 2,000 écus , à la recommandation d'un sien secrétaire qui aime l'astrologie. Voilà comment les princes sont trompés ; si c'étoit un bon livre qui pût être utile au public , on ne trouveroit point d'imprimeur ni personne qui s'en voulût charger.
La rivière est ici fort basse, et il y fait aussi doux que dans la fin du mois d'avril {\),Etgrass(mtur morbi verni, rheumatismi, podagrici nephriticique dolores , sedpaucœ febres assiduœ.
Je commencerai. Dieu aidant, mes leçons mardi prochain. L'anatomie du laquais voleur s'en va être achevée, à laquelle Noël Falconet a soigneusement assisté, et il m'en dit tous les jours des nouvelles ; vous savez que c'est l'œil de la médecine.
(i) Il faut remarquer cette température. Dans d*aulres lettres , Gui Patin se plaint , au contraire , de la rigueur du froid dans une Mison avancée. Le climat de Pari< n'a pas changé. (R. P.)
A FALCUNET. .325
On dit ici que le cardinal va faire U'ois diiféi'euts mariages» de sa pfemière nièce avec le prince Colonne , de la seconde avec le grand-maltre de l'artillerie, et de son neveu avec une des filles du palatin , et que ce neveu sera nommé duc de Ne vers; mais peut-être que cela ne sera pas vrai. Vous savez que les politiques spéculatifs ne laissent point leur esprit en repos pour faire parler les autres. On dit aussi qu'il a promis à Guénaut une abbaye de 4,000 livres de rente pour un des fils de sa fille. Dieu lui fasse la grâce de bien faire à bien du monde avant que de mourir ; il a longtemps vécu en faisant bien souffrir plusieurs.
Je vous écrivis hier un billet à la prière de H. Aubert contre un garçon apothicaire do Bruxelles qui l'a fort mal servi et qui étoit un grand fripon. Je vous supplie d'avoir créance audit billet , et ne vous point mêler des affaires de ce garçon. Je vous baise très humblement les mains , au R. P. Théophile Raynaud , à mademoiselle Falconet , et à notre bon ami M. Spon, et suis dç tout mon cœur votre , etc.
De Paris , le 18 féfrier 1661.
LETTRE DLXII. — i4M même.
Je ne vous écris jamais qu'avec joie ; mais comment vous écrirai-je, quand je n'ai point de matière? On ne dit plus rien ici depuis que le cardinal se porte mieux. On parle seulement de danser un ballet pour la réjouissance de la cour et de la reine d'Angleterre , qui revient et ramène sa belle-fille, la princesse d'Angleterre , pour être , à ce qu'on dit , mariée à H. le duc d'Orléans. Je soupai hier chez M. le premier président, où j'appris que le cardinal ne se porte point encore trop bien. On augure qu'il mourra bientôt, de ce qu'il fait de si grandes aumênes, et qu'il envoie de l'argent en différeola endroits pour faire prier Dieu pour lui ; mais je
3ï6 LETTRES DE OtI PATIN
orois qu'il vaudroit mieUx faire restitution qu'aumône. Dieu ne vouloit point autrefois des sacriâces faits avee du miel , à <»iuse qu'il est fait de la rosée que les abeilles ont pillée sur les fleurs. C'est dans ie Lévi tique, chap. ti : Oimits Matiôy fua offèrtvr Ikmtim , abique fermenta fiety née gmdfuam fsr^ menti ac mellis oiolebitHr in sacrifieio Dominé. ' le viens de recevoir la vôtre du 15 février, de laqueite je vous remercie , et aussi du soin que vous avez de tua santé , qui est bonne, Dieu merci, ie crois bien q«e je suis guéri par les prières de madame vôtre femme; mais je ne m'en dou-* lois pas , et je l'attribuois à la saignée, il ne faut point douter que les priàres d'une si bonne femme ne soient d'une grande efficace. Vous savez que l'Eglise chairte pour ie dévot sexe féminin., pro ^ûvote femineo sexu. Je lui en rends grâce de toute mon aAeetion.
On me vient de dire qae le cardinal est fort enflé , et qu'il ne dort point ; néanmoins on dit par la ville qu'il se porta mieux , et qu'il s'attend fort an beau temps pour s'en aliav aux eaux, où il espère de guérir. Qo.lui ^v^loppe aes pi^is œdémateux avec de la fiente de cheval , mais cela ne peut ôter la cause de son mal. Pour iiio^,-;}e ii'en ai point bonne opinion; car si son mal étoit léger, il ne feroit point faire tant de cousultcitions, qui lui coûtent de l'argent, lui qui l'aime tant. 11 se dégoûte fort de ses médecins et de leurs médecines : eelaest ordinaire dans les longues maladies. Je suis , ele.
De Paru , le 22 février 1<MM .
LETTRE DLXIII. - Au même.
J'ai disputé ce matin 22 février, en nos écoles, pour un de mes amis , où j'ai prouvé qu'il n'y a point d'hermaphrodites (1) en la nature , et que tout ce que les auteurs ancien^
(1) Sut «ctte^espéGede monsiruoiîté ou conmkera afecuiugnttMi inf
A FAU:ONKT. 329
^n out dit up souique lieiB cl|aii80i|s, iran plu6qii8peq«i« qu^lques eainto ont dit dans leiiM écrits dds néiéidat , dix si* rênes 6t dès tritons, conine saini léréme , ou de ce que iHaton a dît , de imHiûhaminum, ^ere , nêmpe , de Andw^ynis in suô Sympono. Le pnéaident ei la bacMier en sont demeurés d'accord , si bioB ifue leur thèse ast absidument fausse , et n'est
pas plus vvaie qu'une métainorpbose d'Ovide.
Leç oaitadu oarduial Ihzarin continrent d'étré flieheuses , quanmi malignitas neqmdem a grànis opiaiis vincitur, et oéaumoins le brait court qu'il a envie de partir pour aller à fiourbon le 30 mars, fuod ned faciet frœ summa viriwn imbecillUaie^ imo mmquam foctunan puio. Peu de gens 1e voient bornoia ses officiers; il n'y a guère que le roi et la reine ^ mère qui entrent en sa chambre; mais on dit qu'il est fort décoloré , et qu'il a le visagie tout défait , dont je ne m'étonne point , vu la grandeur et la longueur de sa maladie: ut se habent Qculiy ita est totum cwpus. Il y en a qui le font fortmalade, et qui disent qu'il n'ira pas Jusqu'au l5 de mars : rumeres dMi ae incerti. Un maître des requêtes me vient de dire que les médecins ont été consultés pour savoir si on le mettroît au lait de femme. Les avis ont été différents ; enfin il est résolu d'en prendre , on lui cherche des nourrices. Il faut que cet homme , qui a été le fléau du genre humain , et qui a mangé tant d'hommes , soit réduit à vivre de la mameUe des £emmes (l), c'est-à-dire à sucer partout. En vous écrivant ceci , voilà le garçon de H. Bastonneau qui me rend le petit paquet, duquel je vous remercie. Je n'attends plus que le père de Bussières , et de Genève, T/ieses Sedanenses ; car j'ai reçu tout ce que j'attendois de Hollande , en trois paqueU qui sont venus par différents chemins. On a imprimé depuis peu , à Nunemberg , Gregorii Horstii oj)era omnia, intérêt le remarquable ouvrage de M, Isid. Gcoffroy-Sainl-Uilaire , inlîtnlé : Bittoire des anomaliet de Vorganisatton chez Vfiomme et U4 amimauw; Paris, 1880. T. II, pag. SOctsuiv.
(4) .V4>tytt la aote iMiel, pac^e (f^4 .
328 LKTTKE8 UK titl FATIN
foL, que l'on m'envoie par Lyon , à M. Spon ; quand il l'aura reçu , il se rencontrera autre chose à m'envoyer en ce temps^ là ; car il y a d'autres livres qui s'apprêtent à Strasbourg et à Genève » et alors ou cherchera quelque voie commode.
La dame Hortense, nièce de son Eminence, fut hier accordée à H. le grand-mattre de rartillerie, auquel il donne le duché de Mayenne et beaucoup d'argent comptant. Le cardinal a donné ses pitreries au roi pour la couronne , et il en a obtenu le pouvoir de résigner ses bénéfices à qui il voudra; il eu a pour sept millions. On dit qu'il est fort empiré depuis trois jours , et qu'il ne dort point , ni ne peut soutenir sa tète ; il empire tous les jours. Cet homme n'a que faire de rien ordonner pour faire qu'on se souvienne de lui ; on s'en souviendra longtemps pour tant de maux qu'il nous a causés. Les articles du mariage de M. le duc d'Anjou avec la princesse d'Angleterre sont dressés et accordés. On dit que le cardinal Mazarin ne craint rien, et qu'il meurt intrépide, comme disent les Italiens. H n'est pas le premier de sou pays, qui fixis ocuUs mortem inluetur^ nec quidquom timet ; ainsi meurent la plupart des cardinaux à Rome , et les papes aussi , et entre autres Urbain VIIl et Innocent X , et néanmoins misertan esi incidere m mmius Dei viventis. Toute la cour est au bois de Vinceunes. Ou dit que le Mazarin se plaint fort des médecins, qui ne peuvent empêcher un homme de mourir, et que H. le maréchal de Villeroi sera celui qui aura la meilleure part au gouvernement futur. Il y en a qui disent que le Mazarin a perdu Tesprit, qu'il rêve, qu'il ne connoit personne ; il y a eu un médecin qui a dit qu'il le faudroit mener à Sainte- Reine : c'est en Bourgogne , près de Flavigny et d'Alise, Alexia in Mandubiis , in Commentariis CœMxris.
Lundi prochain le grand-maître épousera la nièce Hortense, laquelle lui apporte 1, -200,000 écus d'argent comptant, le gouvernement de la Fèrc et du bois de Vincennes, les duchés de Pouthieu et de Mayenne , à la charge qu'il changera d'armes et de nom , et qu'il sera appelé Jean Armand de la Porte
A FALCO.NfiT. 320
Haziiriu. Sed tœdet nvn taies nugas persequi ^ et stultus labor est imptiarwn (l j. Je vous baise les mains , et suis de tout mon
De Paris , le S5 lé? rier im.
LETTRE DLXIV. — Au même.
Je vous ai écrit hier, samedi 26 février, des nouvelles de ce pays, mais desquelles je ne suis point garant : Quisnam unquam ab historico fdem exigit? ce dit Sénèque. On dit que le Mazarin dépêche d'achever ses affaires, et que les six évôchés qui vaquent depuis un an sont donnés. S'il les a donnés, il fait contre sa coutume, car il a celle de les vendre, et il en tenoit banque en sa maison. Il a fait de beaux présents aux deux reines, en leur donnant à chacune une grosse poignée de diamants ; et il a fait présent au roi de la somme de quatorze millions, dont il lui fait la remise, prétendant qu'elle lui est due (2). Ne seroit-ce point qu'il les auroit apportés d'Italie
(1) Le lecteur remarquera combien cette dernière réflexion ëe Gai Patin est empreinte d'amertume et de profonde indignation. « // m« déplait, écrit-il h son ami, de vous entretenir de pareillei bagalelleiy ce n*est qu'un sot trav€ul d'inepties, » Puis il s^arréte. On conçoit sa douleur lorsqu^il Toit le Mazarin, qui n^est , selon lui , qu^un étranger intrigant , fourbe , astucieux , rapace et dilapidateur ; un prêtre tyran , dissolu, simoniaque, n^ayant qu^un talent de saltimbanque, donner à sa nièce , tirée nagnère de la médiocrité , une dot énorme , tandis que b France est épuisée par une longue guerre , que le peuple est déforé par la soldatesque et les grands seigneurs , accablé dHmp6ts , d^exaclions , de conrées , de misère. C'est là ce qui le blessait dans le fond de sa haute et ferme conviction , en si parfait accord avec la mile vigueur de son caractère. (R. P.)
(2) Restitution qui eut lieu par le moyen du confesseur ; mais au bout de trois jours , Colbert remit de la part du roi la donation entière de ces biens h Maxarin , qui déjà se désolait , criant sans cesse : mes pauvres parents mourront de faim. (R. P.)
pour les prêter au roi ? Ai poptUum phateras. Le monde est bien fou.
L'abbé de Richelieu , qui a 100,000 livres de rente, a répondu en Sorbonne de sa tentatife^ w j'ai va haauemp d'évéques , dont la plupart sont ici à rassemblée du clergé. J'y ai été , d'autant que ledit abbé m'aime un peu , et m'avoit envoyé sa thèse , dédiée au cardinal Mazarin , duquel il seroit bien aise de recevoir la teinture de son bonnet, comme son oncLe fit donner au Mazarin l'an 1642.
Je me suis caché dans mon étude aujourd'hui (ce dimanche '17 février ) de bonne heure , et me suis retiré des rues pour les profanations qui s'y font « ou plutôt pour vous dire avec ^arclay : « de peur qi^e je ne aeaibla$se autoriser par ma présence les folies de tant de gens qui courent les rues, n Les anciens ont appelé autrefois ces jours gras : Fesimn fatuorum. On pourroit encore dire pire aujourd'hui. Dès que j'ai été en train , j'ai écrit une grande lettre latine k M. Bauhinus, médecin de Bàle. Gomme je l'achevoiç, j'ai reçu votre lettre du 22 février, p^r laquelle j 'apprends votre affliction , laquelle me touche sensiblement ; j'espère néaniDoina que M. vetie fiU en éok^i^era, («ot ftrw ^'il est en bonnes mains et en bon lien que parce que *vom avez bien commencé.
Je ne crois pas que son Éminence ait pris du vin émélique, tant parce qu'ils ne s'en sont point vantés que parce que M. le premier président m'a dit que non ; et c'est un mauvais signe pour lia. Nm ami swiU fimere fieriadwi in tmn qUendida permma ^ ne quid ktmianUus ilU condi»^ , oui Mi fiât eontMmelioswn. Voulez-vous me ^mettre que j'emploie ici fort à propos , sed ironîce et scepttce , deux beaux vers de Martial , dum laudarei Regulum , tanquam vhmm bonum , qitem teaïien IHinius in Epiatolis yocavit bipedpm fifiquis$inuiffi :
Niwinim Itinvél ncêirtn fvrinna quêreUiê^ Quœ par tam magnœ non erai intidfœ , rir.
A FALGONKT. SU
ainsi «ttto pountoieut rdpoiid4« à nos reproches MM. Valot , Guénaut et outres «mbiàtres ftniiques , s'ils avoient tué avec leiir poisoB cbimii)iia ce grand ministre d'État, qai est si né* çessaire au genre bumaîa ! 0 aie hwnana , éic sapis prudeniia !
Nous laîsaavons passer oette semaine les jours gras , et je coœnienoerai , Dien aidanl , mes leçons le mardi 8 de mars. Ce sera là où Noël Falconet emplira bientôt son calMer , s'il veut, sinon ce ne sera jamais ailleorsavec plus de commodité.
M.- rarocat-général Talon a désiré que je ('allasse voir , ce que j'ai fait très volontiers. Il m'a fait très grand aconeH , et après avoir un peu parié de la réformation des statuts de la faculté de médecine de Reims , il me fit entendre qu'il s'en alloit avoir une déclaration du roi pour faire réformer toute les universités de France et en ôter tant d'abus qui s'y p*s* sent tous les jours. Soutenez-vous bien en votre collège , observant exactement vos statuts, afin qu'en éloignant les plaintes et les procès, le soin de ce.x;çnsepr public n'aille point jusqu'à Lyon.
jLe oardiiial Mazarin a été fort mal aos deuK dernières mîis; on ouvre les fenêtres de sa otiambreea plein miduii, pour lut aider à respirer et de peur qu'jl n'éUmSà. Vitœ summa hfevis spem DOS vetai inchoare tongam. Le via émétique iBt les eaux mi«uérales ne peuvent riefi là : centra vim mortù non ed mediea-* men in /lortis.
On dît qu'il est enflé, atténué, raccourci. Hélas 1 ce bon sei« gneur a bien raccourci les joies de la France ! Hais je ne saie si celui qui lui succédera vaudra mieux; nous sonunes si su« jets à mal avoir, que j'en ai déjà peur. Il étouffe la nuit de la poitrine, et le jour du ventre : ideoque dupliei hyirope lahorat i et est icirrkus in hepaie.
Le roi 4'Angleterre fait fortifier Duid;erque , et l'on croit qu'il épousera la princesse de Portugal. Si cela arrive, le rai ^'Ë^Nigne ne pourra pas sitôt rentrer dans Lisbonne , ni se rendre maître de ce petit royaume.
. La nièce llortenaea été aujourd'hui mariée à M. le giTiiid*»
332 LKTTReS DK GUI PATIN
maître. On avoit eu dessein de remettre à dimanche procliainv mais la grandeur de la maladie a fait presser la conclusion du marché , et a fait craindre ne qtdd kumanitm contingeret pur* purato, l\ ne dort les nuits que quand il prend de l'opium ; s'il en prend souvent, je crois qu'il n'ira pas loin.
Je viens d'achever mes visites de divers endroits ; je suis honteux de voir tant de sortes de fous par les rues ; certes , il est bien vrai ce qu'a dit Lucien , iroXXac fiop^at rw ârv^^ouvron». Ce que je vous ai mandé ci-devant de H. de la Haye , notre ambassadeur à Constant inople , est faux ; il n'est pas mort , il est en bonne santé. Il est vrai qu'il a été prisonnier et maltraité par les Turcs y mais il est présentement en liberté. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, le !•' mars 1661.
LETTRE DLXV. — Au même.
Enfin , le mardi gras est passé » mais la folie des hommes ne l'est pas. Le cardinal Hazarin prit dernièrement une pilule /de la main d'un gentilhomme , nommé de Plainville , avec laquelle il a dormi trois heures. Il est fort dégoûté des médecins; mais il a autour de soi en récompense six docteurs de Sorbonne qui lui font connoître les voies du ciel et qui lui parlent de paradis. Il ne prend plus de lait ni de bouillon , ni de gelée , mais seulement des consommés faits d'une douzaine de perdrix à la fois, qui coûtent quatre francs la pièce, car elles sont fort rares ici. On dit que le roi a envoyé demander à Rome un chapeau de cardinal pour l'abbé de Montaigu , qui est un Aiiglois fort dans les bonnes grâces de la reine-mère; c'est lui qu'on croit qui gouvernera après le Mazarin. Ne sera-ce pas un grand bonheur à la France que nous trouvions un Angloisqui veuille bien prendre la peine de nous gouverner, après que nous aurons perdu un Italien si honnête homme ? A propos de cet homme de bien , en voici de fraîches nou-
A PALCONIT. .^33
velles. Il a eu rexiréme-onction et a demandé tous ses parents , qui sont allés au bols de Vincennes. La mort frappe à ia porte eCdetnande son âme. On a envoyé en diverses maisons de moines, afin qu*on y priât Dieu pour lui, et qu'en chaque moinerie Von y dit dix messes pour dix francs , qui y ont été délivrés. Vous voyez qu'ils les prennent à vingt sous pièce. N'est*pas une marque certaine qu'il croit bien fermement en Dieu , puisqu'il a recours aux gens de bien tels que sont les moines? Mais à propos d'àme , cet homme en a-t-îl une? Il est Italien , et de ce pays-là il y a bien des gens qui font de bonne heure provision d'athéisme, afin que les scrupules de conscience ne les empochent jamais de faire fortune ; car, après tout, le mal qu'ils font ne leur parait que des peccadilles. On dit que par ie commandement du roi les prières de quarante heures se disent pour le Mazarin; mais parce que c'est pour lui , le peuple ne se hâte point , et il n'y a pas grande presse dans les églises. Quoi qu'il en soit , il est fort mal et nous aussi , si Dieu ne nous en envoie un meilleur, plus humain, moins avare et moins larron; mais surtout qui soit François et laisse respii*er le peuple plus à son aise (1). Je suis votre, etc.
' De Paris, le 4 mars 1M1.
LETTRE DLXVI. — Au même.
Je viens de recevoir le petit paquet que vous avez reçu de B&le pour moi.
Le cardinal Mazarin continue toujours d'être malade et va de mal en pis. Il étouflie jour et nuit; il est enflé et asthma-
(1) Quelle oraison flbnébre ! Jamais peut-être celte furie qu^on nomme esprit de parti, ne s'est eiprimée atec plus de virulenee. Il faut avouer pourtant que si Mazarin fut un grand coupable , sa mémoire a élé justenient maudite par ses contemporains , et la postérité ne l*a pas encore absous. (R- •*•/
iié IBTTBK lA GUI - PATIN
U(|ve. Vous saveB que ce mal est appelé dans Sénèqiie, la itié' ditation de la mort Toul cela ne vaut rien poar un ministre d*Étot , enoore moins pour un autre ; c'est le cb^nin du repos éternel. Puisqu'il fout qu'il s'en aille par la violence de son maU prions Dieu qu'au moins il nous en donne un mèilteur qut ne soit pas si grand larron, qui ait plus d'humaiHté et plus de pitié du peuple. Il y avoit jadis en Grèee un paysan qui disoit après la mort d'un tyran : Refodio Antigonum. Je pHe AieU qu'il nous donne un bon successeur, que nous ne soyons ja« mais obligés de dire : Ilefodio Mazarinum.
On dit que le pape est hydropique confirmé ^ et qu'on Toit une comète vers le septentrion qiii a deux cornes. Nos huguenots malcontents disent que ce sont le pape et le Matarin qui partiront bientôt pour l'autre monde. Mais je ne sais, quand ils auront passé le guichet , s'ils iront à droite ou à gauche. Ce n'est pas olu>Be aisée à savoir, quoi ^'on en dise. Je n'ai encore rien ouï dire des religieuses d'Auxonne ; mais il y a environ deux mois que je donnai des mémoires pour un* médecin de Dijon contre quelque prétendue possession démoniaque de ce pays-là. Je hais fort l'imposlure en quelque rencontre que ce soit , mais surtout celle qui se fait en ma^ tière de religion. Le diable n'est pas plus à Âuxonne qu ailleurs. Ceux qui se plaignent ici du cardinal Mazarin disent que le diable est au bois de Viucennes, mais qu'il se meurt.
Je ne sais ce que veut dire Spondauus , lorsqu'il parle de Cardan sur Homère; ce sera apparemment dans quelque chapitre de ses WyresDe la suktiiiié; car cet auteur brouilloit fort les matières , et mettoit omnia in omnibm, ie suis , etc.
De Paris, le 4 mars IMt.
LETTRE DLXVn. — Au même.
Il court ui) bruit, que je tiens faux, que l'on a découvert que le cardinal Mazarin est erapoisoimé. Otez les petits grains d'o-
A PALGONIt. .189*
pium, et un peu de vin éniélique que Ton peut lui avoir donné, principalement dans la médecine qui M fut doAnéé, comme il étoit pressé d'un étouffemefit signalé, quand on lui fit quitter le lait, je crois qu'il n'y en a pas d'autre, ve(us intempéries, ptava diathmê onmivm viseerum , hydrops pHimohi$ , tabès et* mareot'viêemtm / h^»Ènt vene/icia, Quirites! lé b'en tetlx pà^nt exeepler sa foui , ses yeilles peri^étiielles , sa tiitneor œdéma' teuêe,H» foiblesses inopinées , ses suffoèatidns noctUhied, sont dégoût ufiiversel et sa perte d'âppéttt i en toilà plUs qti'H n'en Faut poiil' mourir sans poison ; mais c'est que l'on rie pëUt empéebef les sots de parler. Il y a des railleurs qui disent bien autrement. On dit ici qu'il y a plus de quatre jovtrs que lé diable aurait empofié le Masarih , mais qu'il ne sait pat* ait le prendre i (ami il pue , et que l'autre a peur que le Matarin ne lui donne la peste par la puanteur de son corps , s'il le touche. Ce seroit bien pis , s'il étoît informé dté la puanteur de soi! ftme (f ). Le Manirin s'est itioqué de toute la ndture durant sfl fortune; aujourd'hui , avant qu'il soit mort, on se moque de sa vie , dtf sa mort , de son corps et de son âme , de sa for • lune, qui loi a tant promis et tahl donné, sic est htmanum genuÈ ^ procax^t pronum ad contutneliam, II y en a qdi rient eti mourant. Il y en a d'autres qui se moquent de ceux qui meureni, et pHncipalement quand ce sont des gens tothtiie le UvKiarÀn , et desquels on peut dire ce passage d'Horace .
(1) Ce furent sans ddiile eeê braits , Ces rumeurs populaires qui produifireDl ce déluge d^épigrammes , de satires , d^épitaphes iii|urieusG« , qui eut lieu après la mort de Mazarin. De tant de vers qui existèrent , on ne connaît guère que les suivants :
Inles f toyiol Sataa toai ■■pré» dt m covcfae
Kpicr sa paovrc ârec au «orlir de sa bondie ,
Conçnt pour rattraper un cauteleux dessein;
Plus fin qn'un diable même, à son heure dernière.
Le rusc Cardinal demanda le bassin ,
Et rcudit destremeut son âme pair derrière.
Nos numeru$ numm et fruges comumere nati • Spomi Penelopes^ ncbulones^ Àlcinoïque:
OU bien ce passage d*Honière, irtactw ayOo; àpoupuc: telluris inutile pondus. On dit qu'il a écrit en faveur du pape, et qu'il lui fait présent de 200,000 écus , à la charge qu'ils seront appliqués ou employés à la première guerre que le pape fera aux infidèles. Voilà de grands présents qui ne lui ont guère coûté. On dit qu'il demande fort à revenir à Paris, mais qu'il est si foible et si abattu, que l'on ne sait comment l'y ramener. Peu de gens le voient; il n'y a guère que le roi, et peu de ses officiers ; le prince de Condé ne le voit point. Il a retranché beaucoup du nombre de ses médecins ; il ne laisse point de songer à l'argent ; il s'en fait apporter d'où il peut; il a envoyé demander à MM. des gabelles trois millions, dont ils se sont excusés. On dit qu'il a confessé au roi qu'il avoit beau* coup d'argent dans Brissac et dans Sedan , et pour cet effet on y a envoyé quérir H. le maréchal de Fabert, qui en est gouvertieur. On dit que le roi ira la semaine prochaine au parlement, pour y faire passer quelque chose qu'il a promis au Mazarin,et entre autres y changer le duché de Mayenne en duché de Mazarin. On dit qu'il a donné l'évéché de Mende à un Italien jacobin , qui étoit évoque d'Orange , et 100,000 écus aux théatins pour bâtir leur église, dans laquelle il veut être enterré ; et en attendant qu'elle soit bâtie , il veut que son corps soit conservé dans le bois de Vincennes. On lui a parlé d'un grand médecin juif qui demeure à Hambourg, mais je pense que l'on n*ira pas le quérir.
Le roi d'Angleterre ne veut point que l'on marie la princesse sa sœur sitât; c'est pourquoi on dit que cela est remis au mois d'avril. On dit aussi qu'enfin le duc de Lorraine a obtenu ce qu'il demandoit, et que son traité a été arrêté et signé. On dit que ce lAoine , à qui on a donné l'évêché de Mendc, est un honnête homme , et qu'il étoit compagnon de
A FALCONBT. 337
frère Michel , j'entends Michel Mazarin , cardinal de Sainl«'- Cécile, archevêque d*Aix, frère de celui-ci.
Le maréchal de la Meilleraye (l) est ici fort malade d'une goutte supprimée. On dit qu'il mourra de la joie de ce que son fils unique , le grand-maître , est marié , et qu'il a rencontré un si puissant et si riche parti.
Le cardinal Mazarin demande fort à revenir à Paris. On a travaillé à aplanir les chemins; s'il est demain assez fort, on tâchera de l'y apporter; on dit qu'il veut mourir dans Paris. Il est raison qu'il y meure, puisqu'il y a tant et si bien vécu, et qu'il y a fait une si belle fortune. On dit que M. le Tellier, secrétaire d'État , est celui qui est en plus belle passe pour succéder au cardinal Mazarin. Je l'en tiens aussi le plus capable et le plus sage. Le cardinal a été très mal la nuit passée, et on a envoyé dès le matin à quelques églises le recommander aux prières des gens de bien, et entre autres à M. ioly, curé de Saint-Nicolas-des-Champs , qui est un des théologiens qu'il a consultés quelquefois durant sa maladie. La recommandation a été en ces propres termes : Priez Dieu pour -W. tel ^ car il est à l'agonie. Le roi ne bouge du bois de Vincennes, et on croit qu'il n'en reviendra point que te cardinal ne soit mort. Hier au soir on en soupçonna quelque chose, à cause que la reine-mère en revint, mais le roi n'en bougea. Le cardinal a fait de grands reproches à Valot de ne l'avoir pu guérir et d'être cause de sa mort ; lautre , pour paroitre fâché de teU reproches , s'est mis au lit et s'est fait saigner trois fois. La jeune reine est au lit, et nonot>stant la chute qu'elle a faite sur les deux genoux , on soupçonne encore qu'elle est grosse. Plût à Dieu qu'elle luius donne un prince qui rétablisse la France et qui aime les gens de bien ! On dit que le cardinal Mazarin donne la plupart de ses bénéfices au duc de Mercœur, veuf de sa nièce, et qui sera cardinal. L'évéché deDol, en Breta-
(1) GhiirlM de U Porle . duc de la Meilleraye, pair et maréchal de France , né en 1^)2, mori en 1d6f. ;R. f'.'
338 LETTRlt!^ DtS (U:t PATIN
giie, est donné à M. labbé îoi-eaiii, de Fditlëi>s; rëslë Tévêch« de Lorabez qui vaque, maison lie sAit ((iri Taura. Levéque d'EvreUx est ici foH nialade, sc.pUiagénairt! , d*un asUime furieux.
Le cahlinal Mazarin a dit que tandis qu'il tt été dahs )a^ affaires, il a tout t'ait lui tout seul, hfials qu'après lui ce ne sera pas d6 ménoe; qu'il y aura un conseil de six hoiurhesqui gouvernera tout; le roi même en a dit autant ^ quelqu'un, si bieii que l'on croit que cela ira ainsi : vous ne doutez pas que M. (le Viileroy n'en soit un des principaux. Le MazàriU a dit à un nommé de Termes , qui appartient à M. le maréchal de Fabert : Dites d votre maître que je m'en vais trouver m femme , et que lui bientôt np7r^ nous viendra trouver. N'est ce pas mourir intrépide que de parler ainsi , (juand la mort nous tient à la gorge?
Je soupat hier avec M. le premier président, oit nous étions fort peu , et y rimes bien ; mais il vint du tilbndle bn grand nombre après srtuper , tant de la part de M. le f hanceliet* que du surintendant des finances, à qui nous quittâmes là place; un conseiller dé la cour me ramena dans son carrosse , j'entends'moi et mon iils Ckrolus , pour lequel son altesse présidentale a des amitiés surprenantes : aussi le fait-il bien rire quand il lui parle des antiquités et de ces grandi ho;ii mes du temps passé. Nous parlons aussi des modernes , et il en dit de bons mots.
Ce matin le Mazarin a reçu rcxtréme-onction , et de là est tombé dans une grande foiblesse; il a reproché à Valot qu'il est cause de sa mort. Hier à deux heures dans le bois de Vin-cennes , quatre de ses médecins, savoir: Guénaut, Valot, Brayer et Beda des Fougerais, aiterquoient (l) ensemble et ne
(t ; Ce mol , souligné par Tautcur, mériterait d^élre frauçais. On remarquera en outre la piquante vivacité du morceau suivant. Il est probable , si'Molière Ta connu , qu^il y a puisé Tidée de la scène dixième du dernier acte du Malade imaginaire, lorsque Toinette , dégnîsëe en médecin , dit à Argan : Quel rst votre médecin ? etc. (R. P.^
s'accordoient ^s de l'espèce de U maladie dont le malade mouroit : Braver dit c}U6 la rate est ^àtéc, Guénaut dit que c'est le foie, Yalot dit que c'est le poumon et qu'il y a de l'eau dans la poitrine, des Fougerais dit que c'est un abcès du mésentère, et qu'il a Tidé du ptis^ qu'il eti a vu dans les selles, et en ce cas-là il a vu ce que pas un des autres n'a vu. Ne voilà pas d'habiles gens! Ce sont les fourberies ordinaires des empiriques et des médecins de cour, qu'on fait suppléer à l'ignorance. Cependant, voilà oà sont réduits ifl plupart des princes, 9ic merito plectuntur. Je vous baise les mains, et suis de toute mon àme votre, etc.
De Paris , le 7 iiiarâ i66t .
LETTRE DLXVIÎI. — Au même.
Je vous envoyai hier plusieurs nouvelles du Macarin ; mais depuis que ma lettre fut envoyée à la poste, je vis un homme qui m*appHt que lundi dernier 7 mars, le roi avoit tenu conseil dans le bois de Vincennes avec tmis hommes seulement, savoir : MM. Fouquct, le Tellier et de Limine, MM. les maréchaux de Villeroy et de Turenne étant demeurés dans l'antichambre, dont ils n'étoient guère contenls.
Enfin tout le monde avoue que le Maîarin est mort ce mati»i à deux heures et un quart; mais ce sont des perroquets qtii ne disent que ce qu'ils ont ouï et ce qu'on leur fait dire : il mourut lundi dernier, 7 mars, enlro deux et trois de l'apr^diner. Cet homme a ^\é si graîiil fourbe durant sa vie, qu'il fourbe encore après sa mort, et fait rudement mentir les fous qui ne savent ce quils disent.
Je viens de recevoir votre dernièiv, dont je vous remercie; jen*y ai rien tiouvé de la santé de M. votre flis aine, que je crois élre guéri. Amen, Enfin le Poulus Marchas est-il donc aclievé? Quand vous l'aurez reçu, je vous prie d'en dire un petit mol II M. Spon, notre bon ami ; car je crois qu'il a rev^i
pour mot un |)elit paquet de Nuremberg, que Ton pourra mettre ensemble , et après il vous plaira de me lenvoyer par le messager de Lyon. Votre Histoire de la ville de Lyon est-elle sous la presse, in-folio? On dit que deux jésuites en sont les auteurs, savoir : le P. du Lieu et le P. Saint-Aubin, qui sont tous deux morts. Il me semble avoir ouï dire qu'un jeune médecin de Lyon, nommé M. Bara, s'en alloit faire imprimer toutes les œuvres de G. Rondelet. On dit que de tous les conseillers d'État qui approchent du roi , celui qui tient le haut du pavé présentement est M. le Tellier , et qu'il est le plus près de la première place. Dieu le veuille, car il est le plus sage et le plus éclairé de tous. On continue de parler d'un voyage de Fontainebleau; depuis le matin force chariots chargés de bagage n'ont fait qu'arriver du bois de Vincennes, et même voilà le roi, qui n'en a bougé de longtemps, qui vient d'arriver à Paris et au Louvre.
On ne parle plus de la mort du Hazariu; il est passé, il a plié bagage : il est en plomb, l'éminent personnage; mais on parle de son testament, de sesécus, et on est en peine de celui qui lui succédera en sa toute-puissance politique et financière. On dit qu'il a légué deux millions pour faire bâtir un grand collège , dans lequel seront instruits de pauvres gentilshommes des quatre nations (je pense que c'est comme l'Université} à Paris ou à Nevers ; qu'il sera enterré dans l'église de ce collège, comme -un illustre fondateur; d'autres disent qu'il sera enterré dans St-Denis, en France, comme en étant l'abbé. Mais il importe peu où on l'enterre, pourvu qu'il ne dérobe plus et qu'il ne tyrannise plus le monde comme il a tait trop longtemps. Bon Dieu, que votre patience a été grande sur ce tyran I On dit que ce collège sera bâti vis-à-vis les galeries du l^uvre, sur le bord de la Seine (l). On dit aussi que la reine mère n'est point fâchée de la mort du Mazarin , ni le duc d'Anjou , et que
(1) Aujourd'hui le palais de Tlnstitul de France, et la bibliothèque Mazariiie, qui porte Hur le frontisipice , Biblioîheem a funéaiore Maxarinm, ;H. V,\
A FALCONBT. 341
le roi les en a querellés. Le Hazarin a prié le roi de ne mettro jamais en son conseil aucun homme d'épée; on dit que M. le Tellier sera le premier, et que bientôt il sera garde des sceaux, que Ton ôtera à M. le chanceliQr. Les quatre nations dont je vous ai parlé ci-dessus sont des Espagnols, des Italiens, des Allemands et des Anglois. Il emploie le bien quMl a dérobé en France pour des étrangers, non pour des François. Il donne 120,000 écus aux théatins pour leur faire une belle église où il sera enterré. On a défendu à tous libraires et im-primeurs de rien imprimer sur sa mort ni sur sa vie. On dit qu'on lui fera un beau et solennel service dans Notre-Dame , la semaine prochaine , où M. Tarchevéque d'Embrun lui fera une harangue funèbre, devant MM. du Parlement, delà Chambre des comptes, la Cour des aides, l'Hôtel-de-Ville , l'Université et autres compagnies souveraines. Le cardinal de Relz est en Angleterre, mais fort mal dans l'esprit du roi Louis XIV , par la suggestion du cardinal Mazarin , qui a eu peur de lui jus* qu'après sa mort. Le roi d'Angleterre a fait prier le roi qu'il permette au cardinal de Retz de se déclarer dans Londres, où il est caché il y a longtemps. C'est la reine d'Angleterre qui en a porté la parole au roi et à la reine-mère, qui ont été fort étonnés de cette demande , et qui ont pris terme pour y répondre. Le roi d'Angleterre a fait dire qu'il avoit de l'obligation à ce cardinal de Retz, le conseil duquel lui avoit bien servi pour se faire rétablir dans Londres. Pour M. le chancelier, on le tient perdu, et que M. le Tellier sera son successeur.
Ce matin dans la chambre du roi, où plusieurs attendoient qu'il fût levé, M. l'évoque de Rhodez, ci-devant précepteur du rot , a reçu commandement de sortir et de se retirer en sa maison. On croit que c'est qu'il avoit dit quelque chose en faveur du cardinal de Retz. Le roi a montré les cassettes du cardinal Mazarin , et a dit que c'étoient pour y mettre les requêtes qu'on lui présenteroit dorénavant.
J'ai fait ma leçon aujourd'hui, où Noël Falconet est venu en retournant du Jardin du Roi au faubourg Saint-Victor , où
•'M2 LErïBEs DB t;ri patix
un de ses compagnons Tavoit mené pour lui faii'e voir ce qu'il n*avoit point encore vu. Je leur ai parlé, de hydrope tkorftn'co , de la paracentèse du thorax . et alita afféctiku^ ful-
CigU rÈminence deuxième , Pieu nous garde de la Iroisièinc I
Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votvef etc.
I>f!P«riî»,le9mars 1661.
LETTRE DLXIX. « Au mèmp.
Je suis revenu des champs, Dieu merci , apvèi$ y avoir eu bien du mal, et n'y avoir passé qu'une nuit, mais sans dépouiiler, par un malheur qui nous arriva d'une rope qui rompit à notre carrosse. C'étoient deux geotilabommes nor> mands qui me menoient voir leur beau-frère qui avoit une fièvre continue, avec un mal de gorge et uu érysipèle au visage. Synesius, mal content d'un certain voyage qu'il avoit fait sur mer avec quelques juifs qui , même en danger d'être noyés , voulurent garder le sabbat et ne jamais aid^r à la chiourme , fait protestation de ne voyager jamais avec telles gens : pour moi, j'en dis de même avec des gentilshommes normands. J'en ai pourtant rapporté mes oreilles. Gcéron parle d'un certain Caniniusqui, dans tout soii consulat , ne dormit point; à cause de quoi il l'appelle très vigilant : c'est qu'il mourut le même jour qu'il fut élu consul. Ainsi, je puis passer pour un mé<iecin très vigilant , car en tout mon voyage je n*ai point dormi. Je partis d*ici lundi à midi, je n'arrivai chez mon malade que mardi à huit heures ; j'en partis à dix heures du matin, et j'aiTivai ici hier après neuf heures du soir. Dieu me garde dt; tel voyage! j'en ai encore mal à la tête et aux pieds , car le malheur nous aiTÎva au milieu de i%
csippagp^, N^is c'e^t as^z e( mérpe trop de vous entrelenic de noire p^t malNMr. Can^prveï-mpi voire nmitui et je mo tiendrai assez heureux. Je suis , etc.
De Paris , le 10 mani 1661.
LETTKE ULXX. — Au mémo.
L*évéque d'Évreux est mort ici asthmatique , avec le vin émétiquedeGuénautet des Fougerais. Le jour avant sa mort, commeon le saignoit de peur quil n*étouffàt, il sortit avec le sang un ver gros comme une plume et long d'un quartier. Le cardinal Mazarin a touché avant que de mourir 500,000 livres d'argent comptant, pour la charge de chancelier de la reine qu'il a vendue à M. de Fieubert, maître des requêtes. De plus, il s'est fait payer de ses gages pour l'an 1661 , des places et gouvernements qu'il avoit , et a demandé à M. Tubeuf une somme de 26 francs , qu'il lui devoit de reste d'un certain jour qu'ils avoient joué ensemble. N'étoit-ce pas être bon ménager? On dit qu'il n'a rien fait en mourant que ce qu'il avoit fait durant sa vie. 11 pria M. Joly, curé de Saint-Nicolas, de lui parier de Dieu jusqu'au dernier soupir de sa vie , et que pour lui témoigner qu'il Tentendoit, il promit de lui serrer la main. C'est un métier qu'il a toujours fait et qu*il a fort exercé à son profit. Le roi a défendu dans le Louvre que personne n'eût à dire du mal du Mazarin. Il n*en faut donc point parler ui en mal , de peur de déplaire au roi , ni en bien, de peur de mentir (I). On commence à débiter ici des épitaphes contre
(1) Voilà qui est Urès logique » on voit pQqrtanl que l'auteur est peu fidèle à son principe. Mais la génération suivante fut-elle plus heureuse? Les traitanls, les financiers , les hommes d^argcnt cesscrcnt-ils de .s^en- {^raisjter à Pauge dorée du trésor public ? CVst Thisloire qui doit répondre. Toujours est-il que la civilisation matérielle marche infmiment plus vile que la ci? ilisation morale , de notre temps comme dans celui de Gui l'atw. (R. P.)
n44 LETTKKS DE Gl'l PATIN
lui ; quand il y en aura quelques bonnes, nous vous en ferons part. Elles ne se disent encore qu'à l'oreille. Je suis, etc.
De Paris, le Itt mars 1661.
LETTRE DLXXI. — Au mène.
M. crErval , contrôleur général des finances, est en mauvaise posture, et on dit que M. Pouquet, surintendant des finances, Ta mis mal dans Tesprit du roi pour le ruiner, ou au mollis le cliasser <le là.
On dit ici en riant que les jésuites se plaignent fort du Mazarin, qui a donné 400,000 livres aux théatins pour le mettre en paradis, et qu'ils l'y auroient mis pour la moitié. N'étoit-ce pas une bonne épargne , et particulièrement pour un bon ménager comme lui? Le Hazarin avant que de mourir a donné à M. le Maître . docteur et professeur du roi en Sorboiuie, révèché de Lombes, sur lequel pourtant il y a une grosse pension.
Le roi fait ici espérer qu'il s'en va faire merveille de justice et dû soulagement du peuple; il a mandé aux églises qu'il veut que samedi prochain 19 mars il soit fête; que notre ràne prétendue grosse Ta fort désiré pour l'honneur de saint Joseph, au nom duquel elle a une particulière dévotion, et même on dit que son mariage avec le roi fut arrêté et conclu en pareil jour, et qu elle espère que par l'intercession de ce bon saint , elle accouchera heureusement dans sept mois ou environ.
,Le roi a dit au seigneur Ondedei , évêque de Fréjus , qu'il ne veut point qu'il s'en aille à son évêclié , qu'il veut faire approcher son évêché de Paris , afin de prendre son conseil ((uand il en aura besoin ; et pour cet effet, il a donné l'évéché de Fréjus à l'abbé Ondedei, neveu de celui-ci, et celui d'Évreux à cet oncle , ce (|ui rend les Italiens tout glorieux , et ainsi Ion pourra dire du Mazarin ce que l'on disoit autrefois
A FAU'.OMÎT. 345
d'Alexandre- le-Grand : etiammortuus, adhuc imperat. On dit qa<î la reine-mère est mal contente de ce qu'elle n'est point ^appelée au conseil ; on dit même que MM. Fouquet et de Lionne sont fort bien ensemble aux dépens de M. le Tellier ; mais je ne le crois point du tout, au contraire.
M. Colbert a prêté serment pour sa charge d'intendant des finances. Le gouvernement de Saint-Germain en Laye a été donné au marquis de Richelieu, gendre de madame de Beau* vais. Mardi dernier, M. Talon , avocat-général , entretint le roi dans son cabinet , seul à seul , trois heures entières, qui est une nouvelle qui réjouit ici tout le monde, sur ce que M. Talon est un excellent personnage qui ne donnera jamais que de très bons conseils au roi, qui prend plaisir à recevoir des requêtes des uns et des autres , et à dire qu*il veut gouverner lui-même , dont tout le monde conçoit ici fort bonne espérance. M. le premier président Va pareillement entretenu ; le roi lui a dit qu'il vouloit gouverner lui-même , et il lui répondit que jamais les sujets n'avoient mieux ni plus volontiers obéi que lorsqu'il n'y avoit que leur maître qui leur commandoit.Un honnête homme me vient de dire que bientôt nous verrons grand changement dans les affaires , ce ne peut être que du côté des sceaux et des finances ; car il me semble que le cardinal de Retz est bien éloigné et bien avant dans l'eau.
Xonnulli siint qui uude oniinantur polemarcho veslro Villalegioy quc»i minus apiul regem patent i vel gratioso ex valida et contumaci commendaiione istius purpurati nebulonis^ qui nuper abiit in regionem multorwn : sed patienter ferendi mnt isti TTimores , dum omnia sunt suspicianibus piena.
Je reçus hier de Nuremberg une lettre par laquelle on me mande que le Turc a déclaré la guerre à l'empereur, et que dans six semaines il veut attaquer la Transylvanie et la Hongrie ; c'est pourquoi l'empereur a envoyé à tous les électeurs et autres princes d'Allemagne , qu'ils aient à s'apprêter pour lui donner promptement du secours. On a vu la comète nou-
346 LETTHKS DE i^Ul 1»ATIN
veile par toute T Allemagne ; on Ta fait graver, et j'en ai reçu i|ne popie dans mi^ lettre. Je baise les fnains à M- Spop, auque( je vous prie de dire quç je n'attende rien de Nuremberg, v|i que les Uvreis que l|. Volcamer m'avait destinés par Lyon viennent par Hambourg, et de là à RoueQ : ce sont quelques fbè$e$ et'difipuies de médecine de /Mfingitii •' Gregorii Uai^siii , Opéra omnin in-fol. , etc. }q vous bftise très bunubl^ment les n»ain$ » et suis de tout mpa cœur YOir;e , etc.
De Paris, le 18 mars IMI.
LETTRE DLXXII. — Au mhne.
Vqus eûtes hier de mes nouvelles, c§ samedi 19 février; aujourd'hui nouç solennisqns la Saint-Joseph pour le roi et la reine , et le tout fort dévotement , en attendant le soulageffient uécessaire à toutp laF^*ance, que la mort du Mazarin nous semble prometti'e.
Il court ici ^p brfjit plai$ap^ » e^ que j'ai déjà ouï dire il y a six jours , savoir, que I9 daine )|ortense se plaj nt du grandmaître, dpc de Ifazarin, son mari, pour être apcusé d'impuissance. Si cela estt voilà une grande marque de malédiction sur la famille de ce cardinal pour l'enricbissement de hiquelle il a tout ruiné : c'est une médisance à mon avis; mais des gens qui veulent rire , rient aux dépens de tout le pionde (1).
(1 ] On sait que la nièce du cardinal de Mazarin , la belle Hortensc Mancini , épousa en 1061 le duc de la Meiileraye , qui fut obligé par le contrat de prendre le nom et les armes de duc de Masarin. Rien n^élail plus opposé que les oaraclénis de cps deus: époux : aussi le mariage ne fut-il pas heureux. La duchesse de M?^ ari|i , dopt |a dot était de trente millions , s^éloigna de son époux , parcQurut une partie de TËuropc , puis elle tint une espèce de cour à LondrcH , où elle mourut le 2 juillet IG89 , à Tâj^e de cinquante-trois ans. Sainl-Evrcmont fut un de ses courtisans les plus assidus. Le duc de Mazarin , d'un caractère jaloux , d*un esprit borné , avare, fantasque , tomba d«ins tons les travers d'uue dévotion superstitieuse ; il fil niulUer ^e magnifiqvcs sta-
Lo |>i*iiice deUQiiti revient de Languorioc, mal content du testament de Masafin, anasi |>l«i que le sont MM. do Verc<euf et de Soisaons, el eela ne peut maaqoor d'engendrer des procès : jtittm in mterttupiorum Hdêbit^ ei reliqidœ ttnpiêtmm in-' feribuni. La bpnne rortune ne peut pas toujours durer ; elle fait enfin comme le singe , elle fait voir son derrière. Cela pareil visiblement en sa famille et aux héritiers du feu cardinal de Richelieu et dans les belles alliances qii'ils ont faites. Le vulgaire ci*oit que ceux qui font grande fortune sont les plus heureux , je pe le crois point , et n'ai jamais été de leur avis ; il me semble qu'il n'y a point de gens plus ^ùU et pIuR malheureux. J'ai vu la fortune tout entière des deux derniers cafdinaux , laquelle ne m'a jamais fait envie , mais bien pitié. Il me semble, au contraire, qu'il n'y arien déplus malheureux que ces gens- là; ils font fortune aux dépens du public par niiile fourberies ; il vaut mieux être pauvre et content. Il eél (le la fortune comme d'un soulier ou d'une robe, ni trop grand ni trop petit, mais bien séant. A quoi sert d'avoir tant d'ambition et d'être chargé du bien d'autrui ? Auream quisquis me^ f/foantatem diligit, tiUus caret obsoleti ^ordibus teçti, caret ini'idenda sobrius aula^ etc. Dieu nous donne sa paix et sa grâce !
Il n'y a rien ici de certain touchant le mariage du roi d'Angleterre; on ne sait s'il se tiendra à sa chanoinesse deMons, Qu s'il prendra la fille de Portugal , ou bien si on ne le mariera pas à mademoiselle d'Orléans la grande et la riche, j'entends celle qui est du premier Ht , et qui a 5 ou 600,000 livres de renie et trente-trois ans.
Je soupai hier (lundi 21 mars) chez M. le premier président, où j'appris que deux fois la semaine on doit s'assemblei" chez hii pour l'exécution du testament du feu Mazarin , dans
^ lues pour en caolicr la nudité. Enfin , ay«ki demandé une andience à Louis XIY , i( Ta^^ura ^e ('angic Gabriel lui avait apparu pour (|uHl fint supplier le roi de renoncer à luadcnioisellc de la Valliére. Ht à inoi ëusn . réfiondil le roi , Pange Gabriel ui'a apparu , et il m^a dit <|ue TOiw élieft un fou. (H. P.)
348 LËTTK8S D£ UUI PATIN
lequel il y a tant de conditions et tant d'apparences d'opposition , qu'il faudra bien du temps avant que rexécutiou en puisse être paisible, pour les divers procès qui en naîtront. Il y eut un évèque qui dit que ceux qui vivront d'ici à cent ans n'en verront point la fin. Demain se fait ici la procession générale pour la reddition de la ville de Paris au roi Henri IV, l'an ]ô94. M. le premier président m'a dit qu'il n'y iroit point.
On dit que le feu Mazarin a laissé cent cinquante millions de biens. Il faut qu'il ait bien volé. Le *roi devroit prendre tout cela , et soulager son pauvre peuple qui souifre depuis si longtemps. Je ne sais rien de nouveau touchant le gouvernement ; je vous ai mandé ci~devant tout ce que j'en savois et je n'ai point manqué de vous écrire deux fois la semaine , afin que vous sussiez tout ce qui se passe de deçà.
Il court ici des épitaphes assez communes sur le cardinal Mazarin ; mais j'en voudrois bien avoir quelques bonnes et bien salées , comme ce personnage méritoit.
Voici deux vers à peu près tels que je vous ai mandés cidevant :
Juiius occubuit tandem; res mira toi inter Carnifices furem vix potuiêse mori.
Le feu Mazarin s'est moqué , en mourant , de Guénaut ; il avoit promis de lui donner une abbaye près de Soissons , de 4,000 livres de rente, nommée Val-Chrétien ; deux jours avant que de mourir, il la donna à M. l'abbé de Tallemaut en présence de Guénaut , qui est bien en colère d'avoir refusé les deux pistoles que l'on donnoit aux autres par consulte, puisqu'il n'a pas eu l'abbaye qu'on lui faisoit espérer; il dit pour se consoler qu'il espère que le roi lui en donnera quelque autre.
M. Blondel rendit hier ses comptes en nos écoles (1) ; j'y fus * exprès pour le servir contre ceux qui l'avoient menacé; nous
(I) François Blondel , né à Paris, reçu docteur en médecine en 1632, doyen de la Faculté en 1606 et continué en 16IM^. Il avait resprit de
A FALCONBT. 349
étions bien soixante pour lui. J'y appris les deux vers suivants:
Oeeidit miâei'um itibii repetita ministrum Potio: quam feliœ hœe medieina fuit !
le suis bien aise que M. votre fils aîné soit guéri. Ne vous mettez pas en peine de m'écrire si souvent, ce nous sera assez de savoir que vous soyez en bonne santé , vous et les vôtres. Il n'y a rien ici de nouveau ; on attend de voir quelque changement de la part du conseil du roi , pour le soulagement du pauvre peuple. L'opinion de la grossesse de la reine continue. | Je viens de ma leçon , où il y avoit près de deux cents audi- | teurs. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, le 2it mari 1061.
LETTRE DLXXllI. — Au même.
Je vous ai écrit, et à M. Meyssonier, le 25 de ce mois ; j'y avois joint une lettre de Noël Falconet, qui augmente chaque jour sa curiosité d'apprendre quelque chose de ce qu'il doit savoir. Omnis fiomo naturaliter scire desidercU , et celui-ci s'y
chicane , et mit souvent le troable et la division dans sa compagnie. MaQTÎilaiii , pendant son décanat en 1006 , eut un procès avec Blondel ; I ce dernier le perdit avec dépens. *
Pendant son décanat , comme on le sait , chaque doyen faisait frapper un Jeton contenant son portrait, et au revers un emblème ou devise à son choix ; Mauviilain , faisant allusion à François Blondel , qui était borgne , fit mellre sur le revers de son portrait un cyclope renversé dont Ulysse crève Pœîl avec un pieu , et pour inscription :
F'erv lumin€ ctrcat.
Fraiiçoîs Blondel fut le continuateur de la belle édition des OBi/vrss d'Uippotraie et de Catien , par K. Charlier. ( Voyez la pote tome I*s pageâU.) (RP)
.làO LKTfRlSH tIÈ Olit PATIN
preiid fort bien. M. d'Argouges, maître des i*equéle8, est premier président de Rennes en Bretagne; la reiiïe-mère vouloit lui en faire donner la commission pour rien , il y a deux mois ; le Mazarin Tempêcha , et vouloit avoir sa charge de maître des requêtes ; celui-ci ne la voulant point donner, on en derheura là. Le Mazarin étant mort, la reine-mère la lui a fait donner pour rien , et ensuite il a vendu isa charge de maître des requêtes 350,000 livres au fils de M. Tubeuf , gendre dh président de Noviori.
Je viens de recevoir , ce 28 mars , la vôtre par les mains de il. Duchef ; Il poursuit son procès. M. le premier président lui a promis audience et lui a sigilé des placets. lA, Duchef sait par cœui* quantité d'épitaphes sûr le Mazariii , qu'il m'a promis de vous envover.
M. le premier président me dit hiek* (JU'il tte croit pa$ que le prince de Conti revienne à Paris que les États du Languedoc ne soient finis , et que le pape se porte mieux.
Aujourd'hui a été porté le cœur du Mazarin, en fort grande cérémonie, à neuf heures du soir, du bois de VincQnnes à la chapelle dles Théatins , qui est au faubourg Saint-Germain près du ^oht Rouge. Quoique cet avare cardinal soit mort , W semble qu'il règne eiicore. Les partisans ont fait exiler trois Conseillers de la cour des aides pour avoir résisté à un nouvel impôt sur le vin et avoir parlé de soulager le peuple ; ces trois dignes hommes méritent d'être nommés , ce sont MM. Qualrehomnjc , Pussort et Bouvot. On les a envoyés à i^M*pignan \ à Pignerol et à Quimper-Goreiitîii, en Basse-Bretagne , où jadis fut envoyé le père Caussin , teOflfesseur dtt i^ Louais XIII , pour ^voir J^arlé contre le gouvernement du Cîirdinal de Richelieu. Néanmoins j'apprends qu'il faut espérer leur liberté, puisque le roi a promis de donner audience la dessus à messieurs de la cour des aides.
Je viens d'apprendre que les trois conseillers delà cour des aides ont revu quel({ue grâce, et qu'ils n'iront pas plus loin que hnirs maisons iU^s champs. J'ai anjourdlnii reçu une
A FALf.ONÈt. • 151
letlre (rAllemagne dans la<iuelle j'ai trouvé une figure de la (fomètc qui y a été vue , et qui est bien plue jurande que cette autre, laquelle me fut envoyée il y a un mois. Néanmoins j'npphBnds ((ué Von y parle de la paix avec le Tlitc ; mais on s'y plaîrtt fort des Jésuites qbi y gouvernent trop l'émpereiir. Le roi a éntertUu les plaintes de MM: de la cour des aiHèà , qiti ont été réduites erl trois choses : sur la i^cbii que l'on fUit payer là taillé aVec deà fUsiliers et par solidité (1) ; la sécbnde, que Ton veut faire aulahl payer polir l'entrée \\\x viri aux bourgeois qii'JÉUl cabàfetiters ; et la li'olèième, qiie les directeurs des gabelles les veulent obliger de faire la punition et la justice des faux-sauniers, à leur mode. Le roi leur a répondu (ju'il savoit bien que dans celtb cobr il V avdit bien deS genfe mal aftectionnésà son service, qu'il les feroitpiinir ; que du reste, il leur feroit savoir sA voirtnté par soii chancelier, fele. IjC mariage du duc d'Orléans avec la princesse d'Angleteri^ est encore différé. On a remis sur le bureau le thariage du rot d'Angleterre avec la princesse de Portugal , dont le roi d'Espagne est fâché: aussi il tâche de l'empêcher.
J'ai fait aujourd'hui une très bonne leçon, de tiente section'p in feéribus intennittentihu^ , où j'ai expliqué Fernel , 'et al montré qu'il faut saigner prernièremeht, vec unqunm pur(fm)dwn , ni si apparent ibus signis coctionis, et imdenam h'nt eîi^oirfa iiia sigfiûf quorum optimum eut immiuutio morbi et onmium $ymptonuUum : actttm qùoqm frn't de pleuritide et caîcuio^ etc.
Noël Falconet a fort bien écoulé ; les bornies opinions lui entrent dans la tête d'une manière qu'elles n'en sortiront jamais , ci c'est ce (|ni manque h tant de gens iqui ne se font médecins que pour gagner de l'argent , et tromper le rt)onde. Je vous baise les mains, à mademoiselle Falconet et à M. Spoh notre bon ami , c\ suis dé tout mon cœïir votre, etc.
De Paris , le 20 mars 1661 .
i) Solidairrineiit , comme on dît auJouriJ'tiui.
359 l.KTTRBS DR (ail PATIN-
LETTRE DLXXIV. — Au même.
Je vous envoyai hier, ce samedi 2 avril , de nos nouvelles, telles qu'elles , car on ne dit plus rien qui vaille. Le roi reçoit force requêtes, et promet de faire justice, et en l'attendant on s'amuse à des badineries ; on parle de la loterie, du jubilé, du voyage de Fontainebleau , de la comète et autres signes qui ont paru au ciel. Les trésoriers de France se sont plaints au roi , mais ils n'ont pas obtenu ce qu'ils demandoient; on les a renvoyés à H. Fouquet, le surintendant des finances, qui n'est pas ce qu'ils vouloient ; car ils prétendoient que le roi lui-même leur accorderoit ce qu'ils demandent.
Je soupai hier avec M. le premier président, qui me dit qu'il avoit un arrêt du conseil pour le rabais des tailles, de l'an 1662, de trois millions, mais c'est si peu que ce n'est point la peine d'en parler ; que le roi a aussi accordé une surséance sur les francs fiefs et autres affaires du domaine; mais c*est bien tard , après qu'on a bien tourmenté du monde et que l'on n'en peut plus guère tirer; il me dit aussi les vers latins qui ont été faits sur l'épiscopat de Zungo Ondedei, dont Ton fait ici auteur M. Gaumin , homme fort savant et doyen des maîtres des requêtes.
Nunc commisia lupo paêloris omlia cernis^ Dedccus unde hominum^ dedeeusundc Ud,
Il est vj*ai que Noël Falconet étudie bien , et qu'il écoute attentivement ce que je dis à mes leçons, et même qu'il en confère avec moi après, ô utinam bene! Il ne manque pas d'esprit, mais l'application est souvent distraite. H n'y a que vous qui puissiez fixer le mercure de cet esprit , ce qui arrivera heureusement par votre autorité et par votre exemple. Paris fournit trop de distractions aux jeunes gens, qui ne sp peuvent pas relPiiir d'eux-mêmes; cet âge est sujet â des
emportements , quibus delendis atU avprruncandis non tam IleV' ndis Alexicaci quam patema clava reçut iiiur. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
DePari8,le5aYrîHë61.
LETTRE DLXXV. — Au inêmp.
Je vous remercie de la vôtre et de celle de M. Mevssonier, lequel je vous prie de remercier pour moi , n'ayant rien à lui mander; car il me parle d'astrologie, où je n'entends rien , et je n*en veux pîis môme rien apprendre de peur d'en devenir fou. Je n'ai rien vu des observations d'Allemagne sur la comète dont il me parle, qu'une simple taille-douce, faite à Strasbourg, qui n'est pas fort considérable.
La uièce Marie, qui est une des princesses mazarines, a été aujourd'hui mariée par procureur au prince Colonne. On lui donne en mariage un million de livres en beaux louis d'or. Le mariage de mademoiselle d'Orléans, fille aînée du second lit du duc d'Orléans, est reculé faute d'argent comptant. Il n'y en a point pour les enfants de la maison, quoiqu'il y en ait de reste pour les Mazarines.
On a ici découvert que le cardinal Hazarin n'étoit point naturalisé François, et qu'ainsi tout le bien qu'il a laissé est sujet à l'aubaine : on en parle fort ici. Quelques uns disent que sa haute fortune l'a aveuglé; d'autres, qui vont plus loin, prétendent qu'il avoit dessein de devenir pape, et que cette naturalisation l'en auroit empêché. Sur quoi l'on dit en riant qu'il a bien ferré la nmle, mais qu'il n'a jamais monté dessus. Ce proverbe, de ferrer la mule, vient de Suétone , dans la vie de Vespasien , lorsque ce bon mais avare prince demanda à son muletier : Quanti calceasti? Mais, à l'avarice près, plût à Dieu que la France en eût plusieurs semblables ! Le fils du maréchal de Villeroy tomba liier de cheval à TAca- Ui. * ^23
354 LETTRES DK <;(îl PATIS
demie, et se blessa fort à la télé. Ce seroit graiid dommiige qu'il lui en ctrrivàt accident. Je suis votre, etc.
De Par», ce 12 avril 1661.
LETTRE DLXXVI. — Au même.
Depuis ma dernière, que je vous envoyai parla voie de M. F***^*, je me suis avisé de faire un mot de réponse à M. Dinkèl , et de vous l'envoyer pour vous prier de lui faire tenir à Strasbourg.
On parle ici de plusieurs signes qui ont été Vus au ciel dans toute TAllemagne outre la comète, et de plus qu'à Leipsick on a trouvé plusieurs tombeaux ouverts, dans lesquels il paroissoit du sang. Je ne suis pas d'avis d'en pleurer, il n'est peut-être pas vrai; le peuple sot et crédule prend plaisir à faire de tels contes , mais quelque chose qui puisse arriver, il s'y faudra résoudre.
Je tâcherai de servir cet apothicaire allemand qui m'est venu voir de votre part. H m'a dit qu'il voudroit bler! être ici quelque six mois dans quelque bonne boutique, mais il n'y en a plus guère de bonnes. Dieu merci , les gens de bien et la misère du temps, ces deux rencontres, avec le séné et le Médecin charitable , ont ruiné les apothicaires de Parts. Les chirurgiens méritcroienl bien pareil traitement pour leur insolence; mais il faut qu'il survienne quelque chose qui réveille encore davantage notre Faculté et qui nous fasse entrer en plus grosse colère.
Enfin la petite Marie, nièce du cardinal Mazarin, a été mariée par procureur avec le prince Colonne, et est partie le 1 3 de ce mois par ordre du roi pour aller trouver son mari. Elle emporte d'ici un million d'argent comptant. C'est ainsi que la France nourrit les petits poissons d'Italie. Je suis , etc.
De Paris, lois a vriH 661,
A FAIXONRT. 3.")5
LETTRE DLXXVll. - Au tmhnc.
Aujourdliui , ce samedi 26 avril , j'ai fait tailler par M. Colot un vieax bourgeois nommé M. Clianlale, dans la rue Saint-Denis, où j'ai mené Noël Falconet, qui a vu à son aise le mystère de l'opération; on lui 9 tiré en peu de temps une grosse pierre du poids de quatre onces et demie , elle est grosse plus qu'un gros œuf d oie. Le bordiomme a soixante-dix-liuit ans, et ainsi est en danger d'en mourir; pourtant j'en ai bonne opinion.
Il y a eu ce matin , dimanche 17 avril , force fanfares en notre église de Saint-Germain-l'Auxerrois ; le roi y a rendu le painbénit avec grandes cérémonies, fifres, tambours et trompettes; il y a assisté lui-même avec les deux reines et toute la cour. On dit qu'il partira dans huit jours pour Fontainebleau , et que le fils de M. le maréchal de Yilleroi se porte mieux. Le coup n'ayant point été jusqu'à la tête, il n'y a rien eu de cassé; le vomissement n'a été que, de compressione ven^ triculi^ sur lequel le pommeau de la selle a voit appuyé par la chute du cheval. Voilà un coup heureux , et un fils atné quitte à bon marché d'un grand malheur. Une pareille chute ne fut point si heureuse au jeune prince de Castille , oncle de l'empereur Charles V, à qui un cheval cassa la tête, et fit passer TEspagne tout entière à leanne de Ca-stHle, fille de Ferdinand et d'Isabelle, laquelle Jeanne fut mère de Charles V et femme de Phiiippe-Ie-Beau , fils de Maximilien P^ et de Marie de Bourgogne , laquelle poita les dix-sept provinces des Pays-Bas à la maison d'Autriche, du bien d' autrui riche. Si le roi Louis XI eût été bien avisé, il eût marié cette Marie à Charles, duc d'Angouléme, pèie de François P', et ainsi les Pays-Bas nous fussent demeurés , et cela eût sauvé la vie à bien du monde , et la maison d'Autriche seroit encore bien sèche dans l'extrémité de l'Allemagne. Vous pouvez me re-
356 LETTRES DE iW\ PATIN
proclierqnoje fais ici le politique sans nécessité, ainsi je me tais et vous entretiendrai d'autre cliose.
Cejoui'd'hui lundi 18 avril, M. le premier président a présenté au roi MM. les directeurs de l*H6pital-Général , qui ont fait entendre à S. M. les nécessités de cette maison publique, par les diverses causes qui leur fournissoient tant de gueux, entre autres que cela venoit de ce ({ue la campagne n'étoit point soulagée, bien que la paix fût faite, et de ce que les capitaines renvoyoient les soldats de leur garnison faute de paiement. Le roi leur a promis d'y remédier, et d'avoir égard à toutes leurs belles , fortes , charitables et chrétiennes remontrances.
J'ai vu ce matin un honnête homme de Lyon, malade, nommé M. Perrin, qui m'a dit que vous étiez son médecin, et quelquefois M. de Rhodes , quand vous étiez malade. Nous avons parlé de M. Spon, qu'il connoît et qu'il estime; il dit qu'il a connu toute la famille, que c'étoient d'honnêtes gens: il dit qu'on lui a donné avis qu'à Paris il y avoit des charlatans qui prétendoient passer pour grands médecins , en donnant du vin émélique , et qu'on l'avoit averti de se garder de ces gens-là, et de ne point tomber entre leurs mains. L*avis qu'on lui a donné me semble fort raisonnable. C'est à vous de juger s'il en a eu un bon , quand il m'a préféré à tant d'autres qui sont ici. Je crois qu'il m'a choisi parce que je suis ennemi jure de la charlatanerie.
On imprime ici \ Histoire et les Mémoires du maréchal de Matignon^ in-folio, avec un autre livre fort curieux, V Histoire de la maison royah de Coiirttnay , et un autre volume in-folio, V Histoire de la Grandf-Iiretmjne ^ faite par M. Salmonet. On imprime pareillement, au Louvre, le tome \\\ du Ministre d'État, de M. Sillion , in-quarto; tout cela sera curieux et bon. Je vous baise très humblement les mains, et suis de toute mon àme voire , etc.
De Paris, le 19 avril i 001.
V KALOUNET. vî^T
LETTRK DLXXYIII. — Au m«w.
Le roi est, ce samedi 23 d'avril , à Fontainebleau ; la reinen)ère s'y en va avec le conseil et toute la cour. On ne dit encore rien de nouveau touchant le changement du gouvernement depuis la mort du Mazarin.
Le bonhomme Scipion Dupleix, historiographe de France, âgé de quatre-vingt-onze ans, est mort dans sa maison de Condom. Il y avoit fort longtemps que je le connoissois; je l'avois ici traité bien malade Tan 1625; il y avoit déjà sept ansque j'étoisdeses amis. Il a bien travaillé toute sa vie et n'a pas eu grande récompense; le cardinal de Richelieu lui manqua au besoin , car il mourut au môme temps qu*il lut avoit promis de le faire payer de ses appointements, qui lui étoient dus depuis plusieurs années. Sa Philosojy/tie françoise n'est pas mauvaise , son Histoire romaine est fort bonne ; son Histoire de France seroit passable, s'il n'avoit pas tant flatté le cardinal de Richelieu , mais il est excusable de ce qu'il ne pouvoit alors faire autrement, puisqu'il écrivoit l'histoire do son temps sous la tyrannie de celui qui y prenoit part et qui vouloit que cela allàD ainsi. Durum est servire domino feroci. Le cardinal de Richelieu ressembloit à Tibère, erat nsper et immitiSj omnium cervicibus imminehat^ et dominabatur invirga ferrea : c'étoit un atrabilaire qui vouloit régner : erat Jupiter mactator. Le Mazarin n'aimoit pas tant la vengeance ni le sang, mais il étoit gi^and coupeur de bourses : pavcorum sanguinem effïidit , quia omnium sanguinem suxit (I). Tout le monde parle encore ici de lui, mais personne n'en dit du bien; on dit seulement qu'il est mort sans qu'il y ait aucun autre changement. Toute la maison de la reine-mère est fort leste et brave pour la conduire à Fontainebleau; on ne parle
(1) C<i parallèle, qui ne ressemble guère h celui de VoUaire, ne man- (|ue pourlani ni de force ni de vérité. Gui Patin le termine par une bien rrucllc réflexion. ' ( R. P. )
358 lkttrës de la i patin
ici que de ce beau train , et de tant de beaux chevaux. Je n'ai garde d'y rien trouver de mauvais, puisque c'est la mère du roi ; mais plût à Dieu que le pauvre peuple eût plus de pain à manger, et qu'on ne mourût pas de faim à la campagne tandis que la cour est si leste.
La reine-mère , ce 25 avril , est partie avec son beau train ce matin, est allée dîner à Essone, et coucher à Fontainebleau; grand monde va aujourd'hui dire adieu à M. le chancelier, qui partira demain avec MM. les mattres des requêtes.
La nouvelle est certaine que le roi d'Angleterre épouse la sœur du roi de Portugal et douze millions qu'elle lui apporte, avec deux villes qu'on lui donne dans les Indes. Il s'oblige de fournir dix mille hommes entretenus pour les intérêts du Portugal, tant contre le roi d'Espagne que tout autre, sur quoi il fait entrer des soldats dans la France par Dunkerque, et a fait assiéger une ville dans les Indes sur les Hollandois, (|ui est à sa bienséance. Si cela est vrai , voilà le roi d'Espagne hors d'état de songer à la conquête du Portugal.
On parle aussi du couronnement du roi d'Angleterre, qui se doit faire dans Londres, le 3 mai. Je vous baise les mains, à mademoiselle F^ilconet et à M. Spon notre bon ami, et suis de toute mon àme votre, etc.
De Paris, le 25 avril 1601.
LETTRE DLXXIX. — Au même.
Notre M. Courtois, ce samedi 7 mai , est encore bien malade. Quoiqu'il ait été saigné douze fois , je ne vois pas encore sa guérison assurée : son mérite me fait peur de sa perte, et je le tiens un des plus sages et des plus savants de notre compagnie. J'ai encore une autre malade en grand danger, c'est madame Dulaurens, âgée de quatre-vingt-un ans; elle est miVe du conseiller et belle-sœur de feu M. André Dulaurens, qui a fait VAmtfnwir. Elle s'appelle Anne Robert , fille du savant avocat Anne Robert, (|ui alait do si beaux plaidoyers.
A FALCONËT. 359
Ànniei Hoberii, rerum judicatarwn , etc. Le livre se trouve en latin et en françois.
Je viens d'apprendre que Ton imprime à Paris un n/gyv,vcf\y livredu P. ThéofhileReynwd, De T/ieophili$;i\ y an ^ deJtwns et de mauvais. Je m'imagine qu'il n'aura pas oublié (i*y parler de ce pauvre François, Théophile Viaud^ qui mourut ici fort jeune, d'une pilule narcotique que Gui de Labrosse lui donna pour dormir, dont il dort encore; ce fut Tan 162'^, et il n'étoit âgé que de trente-six ans (l).
M. Courtois, ce dimanche 8 mai, a une grande sueur critique , de laquelle il n'a été soulagé que très peu ; je conunence à le purger , in spem leoationis et meiioris œvi. Solo, catharsis potest tanium moràtmi percurare. Utinctm cito cofwalescat!
On dit ici que M. d'Espernon est fort malade, en son hôtel, d'une suppression d'urine, et queM. Fabert, le maréchal, sp meurt à Sedan; môme on dit que les médecins Font abandonné. Madame la grande-duchesse de Toscane partit hier pour ritalie ; sa sœur aînée la doit conduire jusqu'à une journée de Paris seulement.
Aujourd'hui , ce lundi 9 mai , m'a été rendue une lettre de votre part, par un honnête Lyonnois, qui demande à obtenir une audience de M. le premier président; mais cela ne se peut faire, car il est au lit malade, entre les mains du sieur Guénaut, qui a reculé la guérison au lieu de l'avancer : l'ayant purgé trop tôt, cela les a obligés de recourir à la saignée et plusieurs fois. On commence maintenant à le purger, mais il a un grand mal de tète qui empoche qu'on ne lui parle d'aucune affaire. J'ai promis à votre ami que dès qu'il sera guéri je Tirai voir , et que je tâcherai d'obtenir quelque chose pour lui. Ne vous étonnez point si je ne suis pas son médecin, Gué-
(1) Gui Patin n^ainiait pas ce médecin , célèbre à Juste titre ; j^cn ai dit la raison , voyez la note du tome I , p. 82. Quant à Théophile Viavi ou Deviau, il n^cst pas d*horome de lettres qui ne sache que ce furent ses cicés, ses folies, ses malheurs , sa longue prison , qui le Hrepl succomber dans la fleur de Tige , le 26 septembre 1626 et non 1627.
(RP
:\6i) LETTUES DE litl PATIN
/iiaut l'est il y a plus de vingt-six ans, par des raisons politiques : il y a un autre petit médecin du commun pour la
famille.
Noël Falconet vous transcrit Axionmta Dureti; il y a quelque chose de fort bon, mais cela est court, et à cette imitation j*en fais un dont je lui ferai présent; il y aura quantité de bons mots, qui m'ont servi quelquefois et bien souvent en mes explications publiques.
M. d'Espernon continue d*étre bien malade: c'est une suppression d'urine produite par une pierre qu'il a dans la vessie ; c'est le jugement des médecins ; pourtant un chirurgien a dit que c'est une carnosité. Feu H. Piètre disoit que ces barbiers ne manquoient jamais de mentir en ce cas là ; quoi qu'il en soit , il est fort malade.
Il court ici quantité d'épitaphes contre le cardinal Mazarin, dont Noël Falconet fait un recueil ; plusieurs étrangers en font ici de même, avec dessein de les faire imprimer ensemble en Flandre ou en Hollande, ce qui arrivera tant plus tôt que l'on n'en a osé imprimer de deçà, le roi l'ayant expressément défendu. Vous savez ce que dit Médée dans Ovide : Video meiiora, proboque , détériora sequor. Nitimur in vetitum setnjyer, cnpimusque negaia. M. d'Espernon a fait son testament ; on dit qu'il donne tout son bien à son neveu, Monsieur, frère du roi, que Ton appeloit ci-devant duc d'Anjou : c'est que sa défunte femme étoit fille naturelle d'Henri IV et de madame de Ver* neuil , et par conséquent sœur de M. de Metz , abbé de Saint- Ccrmain-des-Prés et marquis de Verneuil.
[ J'ai fait aujourd'hui après-midi une fort bonne leçon, en I laquelle j'ai amplement expliqué l'apoplexie, où j'ai sanglé , les apothicaires qui voudroient épuiser leur boutique sur cette maladie, mais en vain; nous ne la guérissons que par la prompte et fréquente saignée (I). Je vous baise très humblement les mains, et suis de toute mon àme votre , etc.
De Paris, le 10 mai 1661.
(I) Gui Patin a complètement raison même aujourd'hui, bien que
A KALCtlNET. 361
LETTRE DLXXX. - Au màme.
Voilà que je vous envoie, ce samedi H mai , une lettre que M. votre frère le prêtre a apportée en mon absence. Voici une autre affaire pour laquelle j'ai bien regret de vous donner de la peine; mais je ne puis faire autrement; c'est un cas imprévu , et dont je ne me pouvois garder, étant impossible aux gens de bien d'aller au-devant de la malice des hommes , comme vous allez entendre.
Un de mes écoliers, aujourd'hui docteur en médecine, qui exerce dans Francfort, et qui m'aime, sur l'exemple d'Hippocrate, à l'égal de ses parents, m'envoie tous les ans un paquet de livres qu'il peut ramasser aux deux foires de Francfort (vous savez que toutes les curiosités de l'Europe se rencontrent là). Il donne ce paquet à MH. de Tournes, libraires de Genève , qui sont à Francfort à la foire de Pâques. La même chose s'est faite cette année ; ils l'ont mis dans leurs balles et l'ont fait venir à Genève , et de Genève l'ont envoyé à Lyon, et, suivant la coutume , l'ont adressé à M. Anisson, libraire , pour me le faire tenir , comme ils ont fait ci-devant. Le syndic des libraires de Lyon a fait laisser mon paquet à la douane pour pique qu'il a contre les libraires de Genève , comme s'il avoit quelque droit sur le paquet qui ne lui doit rien, et comme si c'étoient des livres huguenots. Je ne crois pas qu'il y en ait un de cette religion; mais quand il y 'en auroit quelqu'un, c*est un présent que l'on me fait , et même il en vient à Paris tous les jours de tous côtés , d'Angleterre , de Hollande , d'Allemagne. Ce paquet est extraordinairement composé de livres de médecine, de philosophie, d'humanités, qui sont les fondenous connaissions beaucoup mieux les causes cl les eflets de Papoplexie. El le croirait on ? la réprobalion dont il frappa ccrlains remèdes anliapoplectiques prétendus est encore applicable de nos jours. Qui n^a pas entendu parler des sachets ôii $ieur Arnoux, qu^on pend au cou comme préservatifs de Papopleiie. 0 faiblesse ! ô sottise humaine ! (K. V.)
362 LKTTAKS DE GCl PATIN
mentsde ma bibliothèque. M. Anisson me mande par sa lettre que je vous envoie, qu'il faut avoir un arrêt de défense contre H. le lieutenant-général ; mais le conseil que j'en ai pris est d*un autre avis , qui est de faire représenter à mondit sieur lieutenant-général de votre ville mes raisons, a6o d'obtenir de lui par douceur que le paquet me soit rendu. Je ne me sers nullement de livres huguenots et n'en ai que faire, mais le roi même permet bien qu'il en vienne^ Paris de Genève. Je crois qu'il y a dans ce paquet : Maltha vêtus et nova^ qui est une histoire de l'île de Malte, in-foIio, et plusieurs autres petits livres curieuK de médecine, que M. Scheifer ramasse tout le long de Tannée pour m'en faire un petit présent Je n'ai point la facture dudit paquet et ne sais s'il est gros. Quoi qu'il en soit , s'il y en a quelques uns que mondit sieur lieutenant-général veuille être retenus, qu'il le fasse ; mais il n'y a rien qui puisse donner droit de confiscation au syndic des libraires de Lyon. Je pense que si vous en voulez prier M. votre lieutenant- général , qui ne vous refusera pas cette justice , die tantum verbum, et mnabitur anima mea. C'est pour rembellissement et la perfection d'une bibliothèque qui est caTjseTov t^ç Jwy^ç , medela animœ. Si vous n'êtes pas son médecin , priez s'il vous plaît celui qui l'est d'obtenir cette grâce pour moi de M. le lieutenant-général. S'il vous y faut débourser de l'argent , je vous en tiendrai compte ; s'il faut plaider à Paris contre le syndic des libraires , je suis tout prêt ; je n'y manquerai ni de bonnes raisons ni d'amis. Excusez-moi si je vous donne tant de peine , c'est l'iniquité du siècle qui est cause : nimis multa licent improbis. Vous savez bien ce que dit Martial :
OmnU inhumanos habet offici- sus amicos.
Si Dieu nous fait la grâce d'obtenir ce paquet , vous le ferez, s'il vous plait, garder chez vous ou chez M. Spon , et après 011 avisera de lo faire venir ; mais il faudra encore y ajouter
A FAiXO.NJiT. 353
les (JueUiom inédi€0' légales de P. Zacchia$,^u'un de mes amis de Bruxelles désire avoir, et à qui jeTai promis. Si vous prenez la peioe de parler de noire paquet saisi à MM. Huguetanet Ravaud , peut-être qu'ils vous fourniront quelque expédient pour vous le faire rendre. Je me suis autrefois mêlé ici pour eux d'une pareille affaire , dont ils eurent contentement, à la prière que j'en fis à M. le lieutenant civil , qui me fait rhonneuf de m'aimer. Je vous demande pardon de tant de peine ; mais au moins vous voyez que ce n'est pas ma faute, ce n'est que mon malheur qui est commun aux gens de bien. La chicane n'a que trop de crédit en France , et l'innocence n'est que trop persécutée. Sponitmi nostrum saluto , rogoque ut iibi mihique opem ferai m prœsenti negotio^ talique difficultate liberemur: in ttto enim ejusque in nos amore plurimumspei re- Ifonimns. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
P. S. M. d'Espernon se pwte mieux ; il n'y a rien de nouveau à la cour, ils sont tous à Fontainebleau avec la reine grosse. Le roi d'Angleterre a été couronné en grande pompe et céi'émonie. Notre M. Courtois est encore malade, et le sera, dégénérât enim morlms acutus in diutumum , reiiquiœ magnie nos exercent. 11 a été saigné seize fois et purgé huit fois , et tamen aliquid super est* C'est le meilleur ami que j'aie dans la Faculté , • et le plus honnête homme.
De Paru, ce 17 mai 1661.
LETTRE DLXXXI. — Au îmme.
On dit ici que le roi d'Ethiopie , autrement dit empereur (les Abyssins , ou Ift grand Négus , ou le prêtre Jean , ayant reconnu ravaricc et l'ambition des jésuites, les a tous chassés lie ses pays, comme aussi tous les catholiques romains, d'autant qu'ils meltoienl tous ses pays en désordre par trop de cabales.
3u4 LKTTHES DE Gtl VXTW
Lt; prince de Conti est ici arrivé, avec gi*ande joie de trouver un fils en sa maison et sa femme en bonne santé.
Le comte de Soissons a fait appeler en duel M. de Navailles, qui V'x refusé, alléguant pour ses raisons les défenses du roi tant de fois réitérées ; il s'en est plaint au roi , qui a envoyé ledit comte en son gouvernement , et dans la Bastille le chevalier de Maupeou , qui avoit porté le défi.
Mademoiselle de Label a un fils de douze ans, nommé Hugues , fort malade ; elle m*a envoyé quérir le neuvième jour d'une fièvre continue, durant lesquels il n*a été saigné que deux fois, et a pris quelques poudres qu'elle lui a données; il est en grand danger. Omncs pierique homincs non tant nhintin\ quam abunfur ingenio stw. Elle a assez d'esprit , mais elle s'est voulu mêler d'un métier où elle ne connoît rien , qui non inteiliyunt artes , non mirantur artifices , à ce que dit Sidonîus ApoUinaris , évéque marié deClermont en Auvergne (1).
Dieu soit loué que nous aurons bientôt quelque chose du bon père Théophile Raynaud , que je recevrai comme un grand présent de votre part. Mais pour Y Histoire de Savoie, je la veux payer, autrement je ne la désire point; je la ferai voir à bien du monde curieux qui me vient voir souvent; mais n'aurons-nous jamais son Sanctus Georgius Coppadou:? Je l'attends pour le faire relier avec son Saint-Antoine et Sœur Marie Égylienne.
Je tiens M. Barbier en bonnes mains, puisque vous le traitez ; mais je crois qu'il le faut purger souvent avec une demi-
(I) Ce n^est pas sans arriére-pensée que <xui Palin se sert de ces mots très significatifs : évéque iuarié. Il est certain que Sidoine Apollinaire ( Caius Sullîus Sidonîus ApoUinaris ] , cet illustre Lyonnais du v* siècle , était marié , mais avant d^être évêque. Il avait épousé Papianilla , fille d^Avitu^ , qui fut depuis empereur, dont la maison de rolif^nac a prétendu descendre. Il est certain encore que Sidoine Apollin:ûre fut élevé en 472 au siège épiscopal A^Àrverna (Clermonl ), et que sa femme vivait encore ; elle ne mourut que deux ou trois ans après. L^Êglisc tolérait .«ans doule alors de pareils arrangement?. Sidoine Apoiliiiaire mourut le '2o août 489. (R. P.)
once (le sénn , une once et demie de sirop de roses pâles de r l'an passé, y ajoutant même quelquefois deux dragmes doi diaphœnix (1).
Le livre de M. Sebizius est achevé à Strasbourg. H. Cour- f lois est bien mieux , sed rémanent veteris vestigia flcmimœ im-^ pressa in venis , ideoque adhuc. indigei blaada catharsi , multa contempcrotione viscerwn , semicupio , aqua vitidina , lacté asinniOy sero lactis^ aeris et loci mutatione^ secundum prœceplwn Gai. y lib, 6, Methodi^ qui mittebat eos quorum natura vergebat ad tabem et plUhisi erant obnojcii, ad moniem Stahianum , etc. Ce mot me fait souvenir du triomphe que prétend mon Ca-rolus pour avoir trouvé ce mot sur une médaille antique de Geta , par laquelle il prétend que ces peuples ont représenté une vache sur leur monnoie , comme pour en offrir le lait à leur empereur; mais son frère Caracalle ne lui donna pas le loisir de devenir étique , car il le poignarda bien jeune dans ie giron même de sa mère Julia. Je vous dirai quelque jour le nom de celui qui a fait cette belle épitaphe du Mazarin ; c'est un de nos professeurs du roi.
M. Chanlate se porte bien de sa taille, je Tai vu aujourd'hui ; il a un peu la goutte et dit qu'il a soixante-dix-neuf ans passés.
Noël Faiconet ne manque pas de venir à mes leçons et à la botanique, à laquelle il prend grand plaisir. Il connoit déjà bien des herbes.
Je vous prie, monsieur, d'assurer M. Spon que j'ai reçu ses livres; je lui en écrirai tout exprès par le premier ordinaire. J'ai tant d'affaires, que je ne le puis aujourd'hui ; j'ai eu six consultations , dont il y en a deux de conséquence avec Gué • naut et autres. Je vous baise les mains, et suis de toute mon àme votre , etc.
De Paris, le 20 mai 166>.
(I) Electuairc purgatif alors très employé , fait avec des datles eUle la Kcammonéc. Cette composition pharmaceutique était connue des anciens. 1 R. P. )
Î-KTTRES Dt: rîi:i TATIN
LETTRE DLXXXII. - Au même.
Je ne vous écrivis hier, ce samedi 21 mai , en hâte , qu'une petite lettre : aussi n*avois<je guère de matière. Ce matin je me suis rendu chez H.*Mongin , maître en droit , uù j'ai vu votre conseiller, H. Pecoil , qui a été taillé de la pierre ; je Tai autrefois traité malade en cette ville , chez ce même M. Mongin ; il m*adit que vous lui aviez montré de mes lettres (lesquelles ne valent point la peine). Il veut être purgé la semaine qui vient ; je ferai ce que je pourrai pour son secours , et cependant je vous remercie de tout le bien que vous me faites , et de tout ce que vous dites de moi.
J'ai ici rencontré un nommé Fraguier, apothicaire, qui m'a dit que votre Rousselet, de Lyon, étoit marié, que M. son père étojt mort. Il m'a dit aussi qu'il s'en alloit plaider contre loi pour quelque argent qu'il lui doit. Je ne sais ce qu'est devenu ce M. Rousselet; mais lorsqu'il étoit ici, il étoit bien fou et bien débauché.
Notre M. Courtois est beaucoup mieux ; il n'a presque plus de fièvre , il a de bonnes nuits et n'est point altéré ; les petits lavements lui fout grand bien , mais il a de reste une fréquence de pouls et quelque impureté dans le ventre. Quand je l'aurai purgé encore trois ou quatre fois , j'espère de le mettre au lait (i'ànesse, et de l'envoyer aux champs. Son corps est encore fort échauffé , il n'a besoin que de rafraîchissements et de temps pour se remettre; le lait d'ànesse et l'air des champs (mme ferent punctum ; aëris et loci mutatio in tali casu valde commendattir a Galeno, Je lui ai offert aujourd'hui ma maison de Cormeilles ; mais il aiîne mieux s'en aller en son lieu natal, qui est un village devers Meaux , nommé le Mesnil M* Jiansse^ 1 duquel il est parlé dans A. Paré. Ex kumili tugurio tenuiqite casa sœpe rnagni viri prodiomnt : celui-ci en est un bel exemple, et plusieurs autres de difllérents pays et de divers temps.
A Palconkt. 367
Democrifi sapienlia tnonslrai
Summos posse riros et magna exempta daluros Vervecum in patria ci'assoque sub aé're nasci.
La nature ne fait ordinairement qu'une brute, c'est l'éducation qui fait rhomme. M. Courtois a eu un oncle nommé M. Julien, qui étoit un excellent docteur de Sorbonne, qui Fa élevé et Ta fait bien étudier: aussi est-il un des plus habiles de la troupe avec MM. Piètre , Blondel , le Comte , Charpentier, Horisset, Hommets, Préain, Germain, Léger, Fontaine, Perrot , I^ebreton , Moreau et autres.
Je vous demande , ce dimanche *22 mai , pardon de la peine que je vous ai donnée par ma dernière poar ce paquet de livres que le syndic de vos libraires de Lyon a saisi sur moi h la douane, sous ombre qu'il vient de Genève; mais c'est que M. de Tournes l'a reçu à Francfort, pour me le faille tenir, de la part de M. Séb Scheffer, n^édecin de Francfort, qui a autrefois été ici mon auditeur. Ce sont divers livres, la plupart petits et curieux , que l'on me ramasse à la foire, et qu'on m'envoie une fois Tan , qui sont presque tous de philosophie et de médecine; j'en écris un mot de prière à M. Spon, tU pro me con- Junctis vinbus agat tectun , si vous n'en êtes déjà venu à bout. Ce n'est pas que je ne mette toiile mon espérance en votre crédit , et à l'amitié que vous avez pour moi, nwis c'est que je souhaite, pour vous dégager de tant d»î peines, ?«/ veaiat tecum in pariem oiieris , patque laboris jxirficeps atqûe sùcius , quod li'beiifer ac œquo cmimo fucUmt nmici ^ qmtics aliqun difficuUns suboridir. Vous savez bien la maxime de philosophie : Qucp sunt eadein nhi tertio, sunt eadem intei* se. S'il faut en plaider à Lyon , il vous aidera à solliciter le procès contre ce syndic, h qui je ne dois rien et à qui je n'ai jamais fait de mal.
J'ai vu ce matin, ce lundi 23 mai, M. Pecoil, qui a été t purgé heureusement; je lui ai conté l'histoire de cequelp syndic des libraires de Lyon m'a fait sur mon paquet de
livres qu'il a fait arrêter ; ii dit qu'un petit mot de recommandation de votre part à M. le lleulenant-général me fera obtenir main-levée, et s'est offert de vous en écrire ; mais je n'ai point voulu qu'il en prit la peine, je m'attends uniquement à votre secours, et crois, par prévision, que l'affaire est déjà faite.
On ne dit rien ici de nouveau de Fontainebleau ; on dit que le roi fait espérer merveilles, mais en attendant qu'il est fort résolu , même avaricieux. J'aime mieux croire qu'il est bon ménager, jusqu'à ce que, connoissant ses grandes richesses, il en puisse soulager le peuple. Nous avons ici une grosse querelle, dans l'Université, du recteur de la Faculté des arLs, contre les trois Facultés que l'on nomme supérieures, savoir : la théologie , le droit canon et la médecine. Cette Faculté des arts prétend avoir quatre voix, à cause qu'elle a quatre procureurs qui président à autant de nations , savoir : à celle de France, Picardie, Normandie et Allemagne, laquelle contient tous les pays étrangers. L'affaire est prête d'être plaidée. Ceux de la Faculté des arts ont fait un beau factum, que Ton commence d'imprimer; je vous en enverrai une copie, dans laquelle vous verrez de belles choses touchant l'antiquité de l'Université de Paris, depuis Charlemagne, qui en fut le fondateur, jusqu'à présent, et même de l'état des écoles publiques avant Charlemagne. Le factum sera gros; mais ne doutez pas que les trois Facultés supérieures n'y répondent, et principalement les théologiens qui en sont fort animés ; vous aurez de l'un et de l'autre, et en jugerez; il y aura là-dedans de fort belles choses.
Nous n'avons rien ici de nouveau, excepté le jubilé; ce sont des consolations spirituelles de grand bruit et peut-être de peu de fruit , que l'on offre à des gens qui ne s'en soucient guère, tandis que le pauvre peuple de la campagne meurt de faim, et que Ton ne lui donne point de pain ni aucun autre soulagement.
Le duc Charles» est en Lorraine , mais il u'est point à Nuncy,
A KALCONET. 369
et n'y entrera point que les fortifications n'en soient abaltur^s , à quoi Ton travaille; il y en a deux bastions à bas.
Le triumvirat , qui a jusqu'ici subsisté en bonne intelligence, donne à soupçonner qu*il ne durera plus guère, et qu'il commence à y avoir entre eux quelque mésintelligence sur ce qu'ils espèrent d'avoir l'oreille du ror, plus les uns que les autres.
M. Courtois est tout autrement mieux d'aujourd'hui; il commencera demain à se lever , et à mettre le pied hors du lit; il Ta échappé belle, moyennant dix-huit saignées et vingt purgations. Gallitm débet yEscnlapio , comme ditSocrate dans l'Apologétique de Tertullien(l). J'ai fait aujourd'hui une fort bonne leçon, de epilepsia, avec un grand concours d'auditeurs de toute sorte de conditions. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le 24 mai 1661.
LETTRE DLXXXin. — Au mhne,
H. le comte de Verdun a eu , ce samedi 28 mai, audience, et a gagné son procès; la sentence a été confirmée: tandem causa bona triumphat. Je suis bien aise qu'enfin il ait obtenu la justice qui lui étoit due.Ç'a été sous M. le président de Nesmond, qui préside, tandis que M. le premier président est au lit. J'ai fait aujourd'hui une fort bonne leçon que Noël Falconet, ce me semble, a toute retenue par cœur. Je suis fort satisfait de ses études.
Les jésuites continuent de persécuter les jansénistes ; ils le font avec plus de crédit que du vivant du cardinal Mazarin ; le roi même en a quelque soupçon , et a demandé au père
fl) Gai, Mfis doute, ce M. Courtois devait on coq à Ëjtculape, et néme deax, pour avoir échappé à la maladie et an traitement. (B. V." III. 24
3/0 LËTTtlfiS l>K GUi PATIN
Annal s*il ne lui en faisoit point trop laire, et s'il n*aIloit point trop avant ; néanmoins les bons pères ont encore le dessus; mais la supérieure du couvent du Port-Royal a envoyé au roi une lettre qui fait espérer à ceux du parti des jansénistes quelque modération contre la rigueur des jésuites.
M. le premier président se porte mieux ; son mal de tête el la fièvre Vont quitté; il n'a plus que des hémorrboïdes qui lui font de grandes douleurs; mais c'est encore assez, voire trop. On avoit proposé une consultation , et quatre médecins y avoient été nommés , savoir : Piètre , le Comte , Blondel et moi, qui étois l'ancien des quatre. Guénaut éluda et para le coup , en disant que nous étions des médecins de grec et de latin. Hélas I le bon seigneur ne sait guère ni de l'un ni de l'autre. Les montagues ne se rencontrent pas, mais les hommes se rencontrent, et tunicœ manicoi et liobent redimicula* mitrœ. J'aime très cordialement le preipier président, mais je ne me soucie pas d'être son médecin ; ce que je souhaiterois, c'est qu'il en eût pris de plus savants et de moins politiques que Guénaut; il a pourtant dit qu'il n'y auroit point de consultations que je n'en fusse. Je n'ai point bonne opinion de ces fréquentes hémorrhoïdcs ; il en faut ôtcr la cause , et je la sais bien , mais tout le moitde ne la sait pas. Nous pouvons croire cependant ce qu'en a dit Hippocrate, sunt /^oarvi/xarfli Tûiv cviovTwv xctxô; i;(dvTwv. Le dedans n'est pas trop bon et me fait peur.
Le duc de Lorraine a été mandé et est à la cour; mais les plus fins n'en espèrent aucun accommodement sincère. On fait courir le bruit que M. Fouquet est mieux dans l'esprit du roi que pas un des autres ministres. Je n'en crois rien.
On commence ici le jubilé pour prier Dieu contre le Turc ; il me semble qu'il seroit bon aussi d'en faire un contre la taille, et qui est le plus grand ennemi des pauvres gens de France.
Le maître d'hôtel de M. le premier président vient de me direqiie^on raaitre n'est guère en état d'aller prendre l'air
A l'ALCo^RT. ;^7i
aux champs ; qu*il a besoin de se refaire encore plus de vingt jours, et que ceux qui lont traité Font trop llalté. Cela est vrai, mais c'est que Guénaut ne sait plus ce qu'il fait; il est vieux, et tantôt par ignorance, tantôt par fourberie, il radote. Je ne me fierois point à lui.
Je viens de faireune bonne leçon au Collège royal, avec une grande affluence d'auditeurs. J'y. ai pris avance pour quinze jours, à cause des fêtes et du jubilé. J'ai conseillé à l'assemblée, qu'après avoir été aux stations du pape, elle doit employer ce qui lui restera de temps à lire la Méthode de Galien et les Aphorismes d'Hippocrate, On ne peut guère mieux faire. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
DeParb,le 31niail661.
LETTRE DLXXXIV. — Au même.
Je viens d'apprendre d'un bon endroit qu'il y aura guerre en Espagne , par le moyen de l'alliance qui est faite entre les rois d'AngleteiTC et de Portugal , auxquels se joignent les rois de Fez et de Maroc, et autres princes du côté de l'Afrique. Ceux-ci menacent d'entrer en Espagne avec une armée de 100,000 Maures , lesquels prétendent que le pays leur appartient , et que le roi d'Espagne n'a point eu le droit de les chasser, comme il a fait l'an 1610. Aux Canaries, les Hollandois de la compagnie des Indes orientales , qui est très puissante, ont rencontré sept vaisseaux anglois qu'ils ont pris ou coulés à fond. Voilà lecommencement d'une autre guerre entre les Anglois et les Hollandois ; si cela continue , ceux-ci s'accorderont avec les Espagnols, qui leur laisseront quelque ville de Flandre pour en obtenir du secours. Les cartes se vont brouiller chez nos voisins; Dieu veuille que le mal ne vienne point jusque chez nous ! Nous en avons eu assez \ et
en avons encore ; néanmoins il y a à craindre, car ce sont nos voisins. Vous savez ce beau vers d'Ovide (l) :
Tune tua ra agiltir, paries quum proximus ardti.
Et voilà votre très désirée lettre qui m'a été rendue. Je vous rends grâces très Inimbles de tant de peines que je vous ai données pour mon ballot, duquel je n'ai point reçu de facture; mais je suis persuadé qu'il n'y a dedans aucun livre pernicieux : d'où viendroit-il? On ne vend point de tels livres à la foire de Francfort, et même ils n'y seroient point tolérés. Le magistrat de ce pays-là est pour le moins autant réglé que le syndic des libraires de Lyon. Peut-être qu'il y en a quelqu'un huguenot, mais c'est sans dessein , joint que le roi n'empêche point qu'il n'en vienne ici de Genève , de Hollande, d'Angleterre et d'ailleurs. Nos libraires huguenots en ont ici leurs magasins fort garnis , qui sont venus de Genève et d'ailleurs. J'ai fait moi seul toute ma bibliothèque et acheté tous mes livres; j'en ai pour plus de 40,000 fr., et néanmoins je puis jurer qu'il n'y en a point céans pour deux pistoles d'huguenots. Je n'ai nul dessein pour ces livres, qui ne servent de rien à mes études. Peut-être qu'il y en a quelqu'un de nouveau fait que l'on m'envoie par curiosité; mais cela ne donne point droit de saisir à votre syndic , puisqu'il en arrive tous les jours de tous les côtés à Paris. Mais de peur que votre syndic ne trouve point assez forte cette raison, qui n'est que morale, j'ai recours à votre amitié, et allègue pour raison politique qtieléroineVernpcche point. J'ai bien de l'obligation au soin que vous en prenez et à M. de Bagneau, auquel je baise très humblement les mains , et le remercie de sa bonne affection. Dites moi , s'il vous plaît, le nom de ce syndic des }ibraires de Lyon ; peut-être que nous nous rencontrerons quelque part, et qui est le médecin de M. le lieutenant-général de Lyon; si ce n'est vous, n'est-ce point M. Garnier?
(1) Non pas d'Ovîde, mai» d'Horace, lib. I, epist. 18. Ad loUlum.
A FALCUNET. 373
Peut-être qu*il ne refusera pas de s'y employer pour moi , et de m'y faire plaisir.
Votre M. Barbier est en grand danger ; la plupart de ces maladies sont mortelles et ne passent pas l'année ; celle-ci est des plus dangereuses , et la foiblesse de la partie me fait peur qu'il ne meure environ d'ici à un mois.
Pour votre histoire de Savoie , je la paierai ; je vous ai trop d'obligation d'ailleurs; c'est trop pour vous de tant donner, et trop aussi pour moi de tant prendre ; en recevant si souvent, Tarn teneot* dono , quam si dimittar onmtm. Je ferai ici voir le livre à bien du monde et ferai ce que Je pourrai , afin qu'on le connoisse et qu'il se vende.
Noël Falconet a porté lui-même la lettre à mademoiselle do Label; son fils est encore malade. Elle ne m'a point voulu croire ; et au lieu de se servir de mes remèdes , elle lui a donné des siens, quoagnito recessi. C'est un sot animal qu'une femme qui se mêle de notre métier : cela n'appartient qu'<à ceux qui ont un haut-de-chausses et la tête bien faite. J'avois fait saigner et purger ce malade; il seportoit mieux ; elle nie dit ensuite que mes purgatifs lui avoient fait mal , et qu'elle le purgeoit de ses petits remèdes , dont elle se servoit à Lyon autrefois. Quand j'eus reconnu par ces paroles qu'elle ne faisoit pas grand état de mes ordonnances, je la quittai là et ai pratiqué le précepte du Messie, sinite moriuos sepeliremoriuos. Peut-être pourtant qu'il en réchappera , ce que je souhaite de tout mon cœur ; car s'il mouroit , elle diroitque ce seroit moi qui l'aurois tué. Elle a témoigné à Noël Falconet qu'elle avoit regret de m'avoir fâché, qu'elle m'enverroit de l'argent (je n'en ai jamais pris d'eux). Feu M. Hautin disoit : Per mona^ ckoset monachaSy cognatos et cognatas, vicinos et vicinas , medieus non facit res suas. Ce n'est pas à faire à une femme de pratiquer la mélliodede Galien, res est sublimions intelUgentiie ; il faut avoir l'esprit plus fort. Mulier est animal dimidiati in- j tdlectus; il faut qu'elles filent leur quenouille, ou au moins, j comme dit saint Paul, cuntineant se in siicnlio. Feu M. dej
374 LETTRES DE lîOI l'ATIN
Yilleroi , le grand secrétaire d'État, qui avoit une mauvaise femme (il ifétoit pas tout seul , et la race n'en est pas morte) , disoit qu'en latin une femme étoit mulier^ c'est-à-dire mule Aj'er, mule detnainj mule toujours (l). Le professeur du roi qui a fait la belle épitaphe du filou teint en écarlate est M. François de Hontier, professeur du roi en éloquence, que feu M. le cardinal de Lyon aimoit bien. Ne tous y trompez point , d'autres s'y sont trompés avant vous ; il en est le vrai auteur. Les jésuites, qui ne l'aiment point, l'ont fait exiler à Tours , sous ombre qu'il est janséniste , non quod faits sit, sed quod mis bonis painbus sit exosus. Il est éloquent et savant autant qu'une douzaine de cette société.
Un savant anglois avoit ramassé quantité de beaux corn* mentaires sur la Bible , dont il en a fait neuf volumes infolio. On les voit ici chez les pères de l'Oratoire, et depuis on a découvert encore quelque chose qui manquoit pour l'accomplissement de l'ouvrage ; on en fait un dixième volume qui est sous la presse. On dit que ces dix tomes bien reliés (ce sont de grands volumes de belle impression) reviendront à 100 écus. Voilà on nouvel impôt sur la boui*se des curieux , et même sur la mienne.
Enfin M. Courtois est guéri ; je lui ai dit tout-à-fait adieu , et ne Tirai plus voir qu'en passant; il a été saigné en tout vingt-deux fois et purgé environ quarante fois, exmedulla, ex foliis orient, , et interdum ex syrupo diarrkodon. Il me disoit hier de bonne grâce : Voilà la quatrième fois que vous m'avez sauvé la vie. Au moins voilà la quatrième maladie ; mais ce n'est point moi qui l'ai guéri : ^um sanant illi vulnera , at ipse Deus, et methodus galenica, que je recommande surtout à Noël Falconet, a qua non deviet neque in dextram nequc in sinistram pariem^ de peur qu'il ne devienne chimiste ou charlatan : medio tutissimus ibit cum Hippocrate et Galeno,
(1) Salomon a dit quelque pari : Il n'y a pas de malice au-dessus de celle d^une femme, Érasme mit h côté ceUe réflexiou : Vous observerez ^u*il n'y avait pas encore de moines. (B. P.)
A KALCONET. 375
Je voudrois bien savoir quels sont ces livres pernicieux que le syndic trouve daos mon paqdd. Je erois qu'il n*y en a aucun ; et quels pourroient-ils être? Je n'achète aucun livre que de médecine , de philosophie et de belles-lettres , quelque* fois anesi d'hidtoire. Le métier de libraire est exercé par de grands menteurs et de grafids fripons ; c'est hasard s'il s'en trouve un honoète homme. M. le premier président est encore au lit avec un grand mal de tète et ses hémonlioïdes. On dit qu'il ne retournera au palais qu'après la Saint-Martin.
Le duc de Lorraine est ici ; il veut rétablir l'université de ^ Pont-à-Mouseon et y faire fleurir la médecine ; il y voudroit ) envoyer quatre médecins de Paris, auxquels il donnera de gros gages , lettres de noblesse , etc. On m'a demandé si j*en vottlois être, et que j'en serois le doyen; mais, si bene te novi , je crois que vous ne seriez point de cet avis , ni moi non plus.
Je viens d'apprendre d'un autre libraire , qui a été syndic, qu'il n'y a point de droit d'arrêter et moins de confisquer des livres huguenots ;' il m'a dit aussi que Paris en est plein. Mais enfin il n'est que trop vrai que les libraires sont la peste des gens de lettres. Encore quelquefois ils ne coupent que la bourse ; mais aujourd'hui ils nous veulent ôter le repos , et sous ombre de je ne sais quelle autorité , ils voudroient établir une inquisition à leur mode. Ces coqutns-là ritx)ient s'ils en avoient le pouvoir , et ils ne prétendroient pas moins que de confisquer la moitié des bibliothèques de France; mais Dieu et le roi aussi nons sauveront de leurs avares mains. J'ai de plus deux enfants qui aiment les livres , sur qui je me repose aisément de ce soin. Au reste, nos libraires de Paris ne valent pas mieux que ceux de Lyon , et je les connois pour être très avides du bien d'autrui : prenez garde au vôtre. Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le 3 juin 1661.
LETTRE DLXXXV. — Au rrwme.
L'accord pour le temporel du cardinal de Retz n'est point encore fait; la relue d'Angleterre et le duc d'Orléans son gendre y travaillent fort ; on dit même que la reine- mère est fort adoucie , c*est ce qui fait espérer que l'affaire se fera. M. d'Estrade , gouverneur de Gravelines , avoit eu ordre de partir pour Londres ; mais les bonnes nouvelles qui sont venues au gré de la cour ont retardé son voyage.
11 y en a qui disent que M. Prévôt de Saint-Germain , conseiller de la grand'chambre et chanoine de Notre-Dame , est encore vivant , mais il n'est pas vrai : on cèle sa mort à cause de ses bénéfices ; il fut enterré avant-hier, et même M. Merlet me l'a dit.
Si M Anisson a encore notre ballot, il m'obligera d'y mettre le livre de M. de Boissieu , que je vous prie de lui payer, et d'y faire mettre les deux tomes de Paul Zacchias, Qvœst. med, ler/oles , que je veux envoyer à H. de Farvaques, excellent homme, à Bruxelles, médecin de son altesse. Je vous en tiendrai compte quand vous les aurez payés à M. Huguetan , comme aussi de V Histoire de Savoie,
Le roi d'Angleterre ne veut pas vendre Dunkerque au roi d'Espagne, qui lui en offre bien de l'argent. Les pauvres Normands ont envoyé deux députés à la cour pour faire très humble remontrance au roi sur l'énormité de leurs tailles. Cette province n'en peut plus, tant elle est opprimée d'impôts et de gabelles ; pour la taille seule, elle paie tous les ans huit millions au roi, sans le trafic qu'ils font de tant d'autres marchandises qui paient au roi des sommes immenses. Les autres provinces ne sont guère mieux traitées. Il y a bien des Normands qui chassent leurs enfants de leur maison, n'ayant |>oint de pain à leur donner. Cela doit être bien honteux à ceux qui y peuvent mettre ordre. Ce sont des restes du gouvernement mazarinesque , qui ne se soucioit pas de tout rui-
A FALCUNJiT. 377
ncr; Dieu bénisse notre roi, qui, dit-on, y mettra ot*dre.
Il y a grand bruit entre les héritiers de la maison du cardinal de Richelieu ; le duc qui en est Tainé a vendu son gouvernement du Havre-de-Grace à M. de Navailles , et sa charge de général des galères à M. de Créqui le jeune. Madame la duchesse d'Aiguillon est allée à Fontainebleau pour empêcher , si elle peut , la conclusion de ces traités.
Nous avons vu ce matin, 18 juin , passer par les rues de belles processions du Saint-Sacrement de plusieurs paroisses; Noël Falconet étoit avec moi, bien mis, avec son bel habit noir; il a bonne façon , mais je voudrois bien qu'il fût bien savant » j'aime bien mieux le dedans que le dehors , plus habeat in recesm^ quam in fronte. J'eus' hier une grande douleur de dents , laquelle m'obligea de me faire saigner du côté même: la douleur s'arrêta tout-à-coup comme par une espèce d'enchantement ; j'ai dormi toute la nuit. Ce matin la douleur m'a un peu repris, j'ai fait piquer l'autre bras, j'en ai été guéri. aussitôt. Je suis, Dieu merci, sans douleur. Je prétends que ces deux saignées me serviront pour pouvoir me purger sûrement ; je le ferai la semaine prochaine, si j'en ai le loisir; mais il faudra tâcher de le prendre. Je vous baise les mains , à mademoiselle Falconet et à H. Spon , et suis de toute mon àme votre , etc.
De Paris, le 10 Juin 1661.
LETTRE DLXXXVI. — Au même.
Le roi a envie de faire un voyage en Bretagne et d'aller présider aux États de la province. On soupçonne que ce ne soit pour y établir la gabelle, aussi bien qu'en Poitou et ailleurs. Néanmoins, je crois qu il y a quelque autre dessein caché ; je ne le sais pas , mais le temps nous l'apprendra.
La duchesse de Brissac est partie pour aller au lieu que le
378 I.ETTRES DE (il I PATIN
roi lui a ordonné , qui est Bourges , avec une grande constance et une forte résignation à la volonté de Dieu , dans une litière, avec un crucifix entre ses bras , elle toute seule , et deux carrosses à six chevaux, l'un devant, Vautre après sa litière , et quarante gentilshommes à cheval qui la suivent. Elle est parente du cardinal de Retz. Voilà ce quelui vaut la parenté d*un homme en disgrâce et ennemi des jésuites.
Hier furent faîtes avec grandes solennités toutes les cérémonies du feu de la Saint-Jean , à la Grève, avec force bottes, fusées et autres amusements du peuple. Il fait ici une grande chaleur fort étouffante , et néanmoins le nombre des malades n'excède pas. Plusieurs de nos compagnons s'en plaignent , comme si les hommes étoient obligés de se faire malades pour faire gagner de l'argent aux avaricieux et aux vilains.
Noél Falconet a été aujourd'hui saluer M. votre archevêque, qui lui a fait un grand accueil , et qui part demain pour s'en aller à Lyon. Dieu le veuille bien conduire ! Je vous baise les mairrs , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le 24 juin 1661.
LETTRE DLXXXVII. — Au même.
Je vous dépéchai hier deux pages de nos chétives nouvelles. Aujourd'hui j'apprends qu'il y a dans le Chàtelet prisonnier un prêtre de trente-cinq ans , accusé et convaincu d'avoir débauché une jeune femme veuve, et lui avoir fait trois enfants qui sont morts , mais elle est grosse du quatrième. Il étoit son confesseur et directeur de conscience, c'est ce qui aggrave fort le fait. Elle est aussi prisonnière dans un monastère , d'où elle a aussi été menée au Chàtelet pour lui être confrontée. Elle nioit tout ; mais elle a enfin tout avoué, voyant que le galant avoit tout confessé. Voilà des fruits du célibat et de la faculté gonérative des prêtres. On dit qu'ils avoieiit délibéré de s'en aller tous deux à Genève et de
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s*y faire hugtrcnots , après qu'elle auroit accouché et qu'elle auroit vendu tout son bien. Yoiià comment ce bizarre et fantasque animal qu*on appelle homme se joue de la religion , et s'en sert ou à son plaisir ou à son profit. Vous savez ce que dit là-dessus Virgile :
Sua cuique deut fit dira libido,
M. Tarchevêque de Sens est fort bien en cour. Il est venu voir le roi , qui Ta fort bien reçu , et quoiqu'il ait été jusqu'ici mal avec les jésuites, ils ne laissent pas de le servir. Mais vous les connoissez , il ne faut pas trop s'y fier. Je suis , etc.
De Paru, le 5 juillet 1661. ' .
LETTRE DLXXXVIII. - Au méine.
J'ai toujours- bonne envie de vous mander quelque bonne nouvelle touchant le soulagement du peuple et quelque insigne diminution de la taille , mais cela n'est pas encore arrivé , talis sapientia apud nos iwn kabiiat. On dit que le roi se plaint qu'il a affaire d'argent; qu'il a envoyé M. de Hachaut en Provence pour y établir la gabelle ; qu'il veut faire un nouveau collège de quatre-vingts secrétaires du roi et de cent procureurs de la cour pour avoir de l'argent. Enfin on ne parle plus que» d'argent , nous sommes au siècle d'argent : 6 mores ! ô tempom! La paix est faite , le roi est marié , mais les impôts ne diminuent point (1). Voilà la suite des mauvais conseils de ce filou malheureux , qui mourut le 9 mars passé; qui n'a eu pitié de personne, pas même en mourant. Adde quod tunvchus nulla pietate mocetur, née generi natisque cavpt. Cette sangsue n'a eu soin que de ses nièces , et de tirer à soi le dernier quart d'écu de la France.
Voici un autre accident qui fera encore bien parler du monde.
(1) Les piftlntn , les {gémissements de liui Patin n'élaîetit pas sans fondement ; car déjà à ceUe époqac la dette publique avait ptis un ac-
Il y a environ quatre ans qu'un certain méchant fripon, nommé Paris, tua ici , de guet-apens, un honnête homme qui avoitété conseiller à la cour, à qui il devoit de l'argent, qui étoit frère de M. du Boulay Favier, maître des requêtes; on reconnut bien que c'étoit lui , mais il se sauva. Au bout de quatre ans , il est revenu à Paris, où, étant entré chez un procureur, il fut reconnu pour l'assassin par un homme qui étoit là-dedans pour autre affaire; il fut aussitôt conduit en prison. Le peuple ditque c'est Dieu quia permis que ce méchant assassin ait été reconnu et pris, aussi bien que celui qui a tué M. de la Fautrière. H est vrai qu'il l'a permis, non est tnalum in civitaêe quod non fecerit Deus. Mais Dieu auroit fait bien davantage pour ces pauvres massacrés, s'il eût voulu permettre que ces honnêtes gens ne fussent point misérablement tués (l) : mais c'est qu'il faut que le bourreau y gagne, quod corvis debetur, tandem corvis redditur.
On dit encore que le roi veut faire un nouvel accroissement
crousement considérable. Voici , diaprés un ouTrage moderne sur les hnances, la progression comparative de celle dette :
En 1562, sous Charles IX 17,000,000
En 1660, sous Louis XIV 785,000,000
En 1807, sous Napoléon 1,912,500,000
En 1821 , sous Louis XVIli 3,466,000,000
En 1829, sous Charles X 4,260,000,000
En 1844, sous le gouvernement acluel .... 5,000,000,000
Dans ce document de notre histoire, et sous la forme cabalistique de chiffres , il y a bien des événements, bien des leçons , bien des avcrliflsements , bien des germes de troubles et de révolutions ; tels sont les résultats de ce grand art de ruiner le présent par les impôts , et Taleuir par les emprunts. ( R. ï*« )
(t) (iui Patin touche ici en passant une question de philosophie des phis ardues, des plus délicates. Tout n'esl-il pas prévu d^avance? N'cxiste-t-il pas un indissoluble enchaiiiement des lois établi par Dieu même? noire auteur Ta déjà dit : Fala reguni orbemy certd stant omnialttje, (R. j\j
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du n'ombre des commissaires et des notaires; ce qui fait bien encore murmurer du monde et rendre odieux son conseil. Si le jésuite, confesseur du roi , étoit un honnête homme et bon chrétien tel qu'il devroit être , il feroit là parottre son zèle et obligeroit fort tout le genre humain ; mais le bonhomme n'a garde, car il auroit peur d*être chassé et désavoue, et la société , quœ loyolitico spiritu perfusa rem mean propriam et privatom curât , aliis posthabitts : nemo curât rem publicam^ et néanmoins nous aurions bien besoin d'avoir quelque homme de bien qui parlât au roi , et qui lui fit entendre l'état présent de ses affaires, et les calamités publiques de son pauvre royaume, dont personne ne lui parle.
Le roi s'en va en Bretagne pour présider aux Etats et tirer de l'argent le plus qu'il pourra; il n'y a plus que cette province où il n'a pas encore été. On dit qu'il tâchera d'y mettre la gabelle, et de réduire cette province dans une obéissance aveugle, comme les autres. Son conseil ne songe guère au soulagement des peuples et des pauvres provinces désolées , qui souffrent il y a si longtemps. Cependant il est certain que le roi est bon, qu'il a l'âme bien placée, et qu'il ne manque qu'à des lumières qu'il ne se montre un très bon prince. Je prie Dieu qu'il l'éclairé lui-même , et qu'enfin il lui donne un conseil qui n'ait rien d'italien ni de tyran.
Noël Falconet ne peut avoir raison de son capitaine avec vos deux promesses ; cet homme est un moqueur, fils d'un conseiller de la cour, et de plus il est capitaine; ce sont deux mauvaises qualités pour en tirer de l'argent. Il a bien perdu du temps à solliciter ce paiement , et néanmoins il n'en a pu venir à bout : voyez quel remède vous trouverez à ce mal , car cet homme ne veut point payer, en quoi il ressemble à beaucoup d'autres. Dieu nous a réservés pour un sot et mal • heureux siècle; je n'y vois presque que de la malice et de l'abus : 0 fœcem secularum inauditam et inesperatami
Enfin aujourd'hui , à six heures du soir, a été exécuté dans la Grève le meurtrier de feu M. de la Fautrière; il a eu les
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onze coups vifs; il méritoit encore pis, cQr il a iué très méchamment un fort honnête homme et bon juge. Je viens d'apprendre que M. Fouquet a vendu sa charge de procureur-général 460,000 livres à M. de Fieubert, maître des requêtes. On prétend par là qu'il est fort en crédit près du roi , et qu'il est assuré d'autre chose, puisqu'il a abandonné le palais; qu'il sera ministre d'État ou chancelier de France, si la corde ne rompt, mais d'autres soupçonnent pis. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur vptre, etc.
D« Paris, le 13 juillet 1661.
LETTRE DLXXXIX. — An même.
Je ne vous écris point sans joie, par laquelle II me semble que je m'entretiens avec vous , et que je vous vois d'ici , bien qu'il y ait grande distance entre nous deux ; mais pourtant j'ai toujours quelque petit regret de n'avoir point quelque bonne nouvelle à vous mander.
On dit ici que les Bretons veulent se racheter, afin que le roi n'aille pas en Bretagne. En ce cas-là , il iroit en Provence pour y faire trouver de l'argent Notre roi en a tant, mais il ne manque pas de sangsues qui lui disent qu'il en faut encore avoir davantage.
Le président Miron m'a dit aujourd'hui que c'est un roman, tout ce qu'on a dit de la vente de là charge de procureur-général , mais bien que l'on a remis en bonne intelligence les deux frères , savoir, l'abbé Fouquet avec le surintendant, son frère; et néanmoins il croit que M. le surintendant se défera de sa charge de procureur-général , et qu'il y en a qui la marchandent. Il ne faut plus que de l'argent pour être grand; la vertu n'y sert plus de rien. Sifortuna volet, fies derhetore consul, 0 forttmay qtumtos tibi ludos facis in vita mortolimn! Guénaut, qui est un homme qui aime l'argent comme un courtier de change , dit souvent que bien heureux mnt reux
A FALCOKBT. 383
dmit lêijïères 80)U damnés pow* (woir laissé du bien à leurs m--
fant9 , qu'il voudrait bien avoir été de ceux-là. Dieu soit ioué , je ne. suis point de cet avis; je ne voudrois pas être plus grand seigneur que je ne suis; je n'ai point envie de m'enrichir aux dépens de personne; je ne demande à Dieu que sa sainte grâce » mentem sanam in corpore sano ; quod sis esse velis^ nihilque malts, summum nec meluas diem nec optes. Mes père et mère étoient de bonnes gens, qui se retirèrent à la campagne pour éviter la malice de Paris, où ils ont vécu ex aviêo fu7idulo , jusqu'à la mort.
U faut que je vous fasse part d'une pensée que je trouve fort plaisante. M. de Vendôme a dit que notre bon roi est semblable à un jeune médecin qui a beaucoup d'ardeur pour sa profession , mais qui fait bien des qui proquo. Je sais des gens qui le voient de près, qui m'ont assuré qu'il a de très bonnes intentions, et que dès qu'il sera plus mattre qu'il n'est, il en persuadera tout le monde. Ame%i, Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le Itt juillet 1661.
LETTRE DXC. — Au niârçe.
J'ai vu M. le premier président , qui m'a fait grand accueil, et qui se plaint fort de son peu de santé; il a grande envie que les vacances soient venues, afin de prendre l'air et jouir du repos en sa maison des cbamps, et m'a demandé si je ne voulois pas m'ailer promener avec lui à Basville, et l'entretenir un peu les vacances prochaines. Je lui ai répondu que nous n'avions jamais de vacances , et que mes promenades étoient dans mon étude ; que pourtant j'irols très volontiers à cause de lui , qui valoit mieux que tous mes livres. J'ai déjà été deux fois en cette belle maison de Basville ; mais j'apprends de mon fils Carolus, qui y va souvent, qu'on Ta bien embellie depuis. J(* vous prie de dire à M. Anisson que mon ballot de
livres qui avoit été saisi à Lyon est arrivé à la douane; je vous remercie, et lui aussi, de tant de peine qu*il vous a donnée.
11 est arrivé à la cour un ambassadeur de Suède. La charge de M. d^Espernon est fort divisée et partagée. Ainsi fut fait après la mort d*Alexaiidre-le-Grand : de ses cendres on en fit trente rois. 11 est ici mort un charlatan fort ignorant, qui làchoit de se donner de la réputation sous une qualité feinte de médecin de Montpellier, comme font d'autres, et néanmoins il n*y fut jamais. Il étoit natif de Melun, fils d'un chirurgien, ou plutôt barbier de la même ville; il avoit été garçon apothicaire ; de là il se fit élu à Melun par le moyen d'une succession qui lui en fournit le prix ; il vint ensuite planter son piquet à Paris , et pour tâcher de s'y donner du crédit, il ordonnoit furieusement chez les apothicaires : c'étoit pour les '^ attirer à son parti. Galien a dit au commencement de sa Mé- ' thode, que : empirici sunt iro).ufap,aaxo(, multa et nimis multa prœscf'ibunt , quia ex toi miUtis illud unum nesciunt quod opus est. Il est mort en trois jours; il s'appelle Dupont. C'est ainsi que périssent ces misérables et ces viles animœ.
Hier je fus près de Saint-Denis voir un malade , où je menai quand et moi Noël Falconet; nous herborisâmes en ce pays-là. J'avois appris qu'il avoit fait une partie de promenade à quatre lieues d'ici; je renversai adroitement ce dessein , étant persuadé qu'il seroit mieux avec moi que d'aller si loin, d'où peut-être il ne fût revenu qu'aujourd'hui ou demain; et puis que ne fait pas une jeunesse échappée, custode remoto? On nous fit bon accueil et bonne chère, et en revenant il me dit qu'il étoit bien plus aise d'être venu avec moi que s'il avoit exécuté son premier dessein ; qu'il apprend avec moi plus qu'avec qui que ce soit, et qu'il n'oubliera jamais les bonnes choses qu'il m'entend dire. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris , le 29 Juillet 1661 .
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LETTRE DXCI. — Au mène.
\\ semble que les gens de bien n'ont que faire d'aUendre du soulagement pour le pauvre peuple ; on minute de nouveaux impôts : omnia faits in pejus ruere et rétro subinpsa referrî. On parle que le roi veut augmenter le prix du sel et les en tréesdu vin, non seulement à Paris, mais par toute la France ; on dit que c'est M. Fouquet , le surintendant ; qui est Tauteur de tous ces malheureux avis, d'autant qu'il ne peut autrement subsister dans sa charge , vu que du temps du Mazarin il n'avoît qu'à donner au Mazarin , lequel tiroit tant qu'il pouvoit; mais aujourd'hui il faut qu'il donne au roi , à la reine, et encore bien plus à la reine-mère, sa bonne patrone, qui le maintient et le conserve contre ses ennemis et envieux. On dit même qu'il est obligé de faire de grands présents à ceux qui sont auprès d'elle , et surtout à mademoiselle de Beau vais, i|ui est une harpie, et à plusieurs autres. Pour moi , je crois qu'on ne fait courir ces bruits'que pour rendre M. Fouquet. odieux à tout le peuple , et je crains pour lui. Enlin les pauvres gens n'ont que faire d'attendre du soulagement : aussi meurent'ils par toute la France de maladie, de misère, d'oppression , de pauvreté et de désespoir : eheu nos miseron! 6 misprnm Galliam! Je pense que les Toupinambous sont plus heureux en leur barbarie que ne sont les paysans do France aujourd'hui ( l ). La moisson n'a pas été bonne, le blé sera encore *
\i) 11 est certain que les tailles , comme on disait alors , étaient hors de proportion avec les ressources de la France ; de là son malaise perpéittel. Quoique infiniment lourd, notre système financier, prin dans son ensemble , est incomparablement supérieur et mieux réparti ; mais il se lie tellement avec celui des autres puissances, que les» moindres causes font osciller le crédit public d'une manière redoutable. Aujourd'hui un homme , ayant deux sau$ par ligne , peut , avec une fausse nouvelle , influer quelque temps sur les fonds puUios de TEurope. Quant au mode de perception des contributions , il est .si m. -25
àb6 LEnttRî» DE Ml PATIN
fort cher toute l'année. On dit que le roi a un grand caveau , dans lequel il serre volontiers ses pistoles, et d'où il n*airae point de rien tirer ; il dit que quand ce caveau sera plein , (|u'il en fera faire un Hutre, et que M. te surintendant lui donne tous les mois 100,000 écus. On dit qu'il veut aller en Bretagne |)our supprimer les Etats de cette province , et les tailler comme les autres , et y faire de nouveaux officiers au parlement et lilleurs. Voilà des effets de l'instruction mazarinesque etdesécliantilio4is de l'avarice italienne.
Le roi , parti hier, ce mardi 20 août , de Fontainebleau , est ailé à Blois; de là il ira où il plaira à Dieu. J'ai fait encore aujourd'hui ma leçon à Cambray, où j'avois encore plus de soixante-dix auditeurs. Nous avons ici quatre de nos médecins bien malades, dont il y en a deux de la prei^ière estime , savoir : MM. Rainssant et Piètre. Ceux qui vont trop vite sont sujets à se casser le nez ; le bon Martial n'a t-il pas eu raison de dire :
Immadicif bfcvix e^t (vla* el tara senrciu*.
Noël Palconet a vu, ce i:) août, la tragédie des jésutteb . dont il est fort cojitent ; il a vu force beaux acteurs, force jésuites, force dames et de beaux sauteurs. Il y est entré par le moyen d'un billet que le P. Labbe, mon bon ami, lui avoil donné à ma prière pour y être admis. Je lui ai promis des ! cahiers d'extraits de quelques livres de méde^^ine que j'ai faits I autrefois : ce sera un moyen de le retenir, tandis qu'il s'occupera à les transcrire.
régulier , si bien combiné , qu^on le ?oit procéder avec la force et la rigveur d^nne via de pressioo et T impassibilité d^une pierre meulière , tant pis pour celai qai en est écrasé ; on a ?oté le budget , cVjI rarrél du destin. A la longue néanmoins, quand les goufemomenta manquent de modération , de bon sens ou de bonne foi, le ressort trop tendu de l'impôt provoque la réaction du ressort de Topposilion. Fiai jvslUia vel fêreaî mundun. < R. 1'/
A palconkt. . ,is;
M Jean Piètre a reçu le hon Dieu, de peur de rêverie dans sa fièvre coutinue , laquelle est grande et forte , ejvsntndi delirii jam atiqua rudiment a appan/erunf. Ces esprits bilieux et ces tètes échauffées y sont plus sujettes que d'autres sednti ingmii. }lag%\uni pst bene na$ci erirjjore et unimo; gmidennt bene nati qi$o$ œquuÈ amm>it Jupiter^ ant m*dens evexit ad (Pthera virtm. Celui dont il est question a de grandes vertus naturelles , il est savant et fort rusé ; mais si vous tournez le talon , il a de grands vices ou au moins de grands défauts : vitns n^mo fine noMiiittry epiimns iile est g^ji minimis nrgetvv.
On dit qu'il y a bien du bruit à la Rochelle , qu'ils y ont pris un partisan qu'ils ont écorehé tout en vie. M. Amelot , premier pi'ésident de la cour des aides , a reçu ordre d'aller à Fontainebleau ; on croit que c'est pour recevoir réprimande , par ordre du roi , de la bouche de M. le chancelier, pour avoir parlé trop hardiment contre l'injustice du temps et la tyrannie des partisans, lorsque M. le duc d'Orléans' fuit la semaine passée à la cour des aides y pointer Tédit de suppression de tant d'ofiieiers. A la cour, on ne veut pas de remontrances; tout s'y tourne à la despotique. Si Dieu n'y met la main , on nous assujettira comme des Turcs, nous qui sommes bons chrétiens, et fraucs et libres, dès que nous avons été François ; aujourd'hui les choses sont changées.
Au temps jadis, au siècle d'or, Crosse de bois , évéque d^or.
Maintenant ont changé les lois :
('roxse d'nr, évoque de bois.
Je vous baise très humblement les mains, à mademoiselle Falconet et à M. Spon, notre bou ami , et suis de toute mon âme votre, etc.
De Paris , le 9 septembre ie61.
388 IKTTRRî* t)lî um PaTîN
LETTRE DXCH. — An whne.
Je vous envoyai hier, ce 3 septembre, deux pages de ikis chétives nouvelles ; il n'y en a point ici d'autres , sinon quel- (|ues fièvres quartes automnales , ainnis quartaiia auttimnaiis oel est annua vel est lethalis^ et des dysenteries ; mais je crois que ce sera bien pis dans un mois ou six semaines après qu'on aura bu du vin nouveau , tune pauper eomua swnet. Alors nous aurons des squirrhes de Foie et de rate, des doubles tierces et des triples quartes, lesquelles dégénéreront en liydropisie ; nous aurons aussi des hydropisies et péripneumonies et des rhumatismes. Voilà nos maladies d'hiver après le vin nouveau.
Hier au soir , ce 5 septembre, je soupai avec M. le premier président; j'appris que le roi s'apprétoit à revenir, et qu^il seroit à Fontainebleau le lf> de septembre, et qu'il s'étoit trouvé mal d'avoir couru la poste à Tours, où il prit les carrosses de relais. Ce même jour, un maître des comptes, nommé M. Goilard , revenant de deux lieues d'ici , passant au long de la rivière, ol y voulant abreuver son cheval, s'y noya malheureusement. On a ici saisi un ballot de livres qui venoit d'Amsterdam, dans lequel éloient plusieurs exemplaires d'un livre nouveau faifr par les jansénistes contre les jésuites , sous le nom de Defiis Raymond , dans lequel on soutient que les cinq propositions dont il est question, et qui ont fait tant de bruit, ne sont point dans les livres de Jansénius, évéque d'Y près. Dans ce même ballot on a aussi trouvé quelques exemplaires d'un livre fait par les jésuites , sed qnem suppres^ sum et ignottun esse nipiunt : ce sont les règlefî de la Société pour tous leurs desseins, leur gouvernement et leurs officiers à tous étages. Il y a dix-huit volumes in-octavo, qui se relient en cinq gros tomes; les jésuites en avoient fait faire une é<li* tion qu'ils envoyoient aux Indes, pour l'usage des pères en ce.v provinces. C(^ vaisseau fut pris par les Anglois , et lt*s
A KÀLCONfcT. 389
exemplaires perdus pour les jésuites. Les Hollaiidois ont réimprimé ce livre, que les jésuites font saisir partout où ils peuvent, et môme ont employé Tautorité du roi et de M. le président de Thou , notre ambassadeur en Hollande, pour racheter tout ce qu'il y avoit de fait. Mais ils ont beau faire, le livre ne se supprimera jamais ; il y a des jansénistes qui en ont ici, et môme les huguenots s'en vont le faire imprimer in folio en Allemagne, dans un pays où les jésuites ne trouveront pas de crédit, afin que tous les curieux de l'Europe le puissent voir , et y connoltre les desseins et le fin gouvernement de ces bons pères , qui gouvernent le monde, in nomim Domini , à leur mode , avec beaucoup d'ambition et d'avarice, mais qui sont confites de la parabole ad majorem Dei gloriam . Un maître des requêtes m'a dit ce matin que ta nouvelle impression s'en fera ou en Angleterre ou à Francfort , mais que les jésuites ne le pourront jamais empocher , et que ce sera un in-folio qui entrera dans toutes les bibliothèques grandes et petites , et qu'enfin tout le monde connoltra les rusées façons de faire de ces maîtres passefins et de tous ces carabins du P. Ignace.
Mais, ce jeudi, 8 septembre, voici bien une autre afi'aire. Promitte assem, et habebts fabulam. La fortune de M. Fouquet, surintendant des finances, est changée; le roi l'a fait arrêter prisonnier dans le château de Nantes , et y a envoyé ordre à M. le chancelier pour faire tout sceller en ses maisons, et y mettre garnison , ce qui a été sur-le-champ exécuté. M. le chancelier a fait sceller dans la maison qu'il avoit à Fontainebleau, et a envoyé un mailre des requêtes, jiommé H. Phget, faire sceller à Vaux. M. le lieutenant civil a eu ordre de faire sceller dans la maison de Paris et à Saint-Mandé , et d'v mettre garnison. Sa femme, la surintendante, a eu ordre de se retirer en Limousin ; ses commis sont arrêtés , leurs maisons scellées, et il y a même ordre pour les enfants.
Le prêtre de Saint-Germain qui avoit été condamné aux galères perpétuelles, par appel a minimadu procureur-géfié-
"00 LETTRES 0E OtI PATIN
i'hI, a été mis dans la Conciergerie, où son procès a éié fait de nouveau. Il est condamné de faire amende honorable, nu en chemise , la corde au cou et la torche au poing, devant la principale porte de Saint-Germain*rÂuierrois, et après condamné aux galères à perpétuité, sans en pouvoir être racheté ni retiré en façon quelconque , et sa petite garce condamnée à 4,000 livres d'amende.
Les partisans sont ici fort étouitiis. On a scellé ebea Boislève, chez le jeune Monerot de Lyon , chez Pelisson , Bernard et autres. On dit que M. Fi>uquet est dans le château d'An-» gers, que H. le chancelier a charge de lui nommer des commissaires, savoir: vingt«quatre maîtres des requêtes. Un des secrétaires de M. le premier président me le vient de dire. Plura alias. Je vous baise les mains, et suis de tout mon (îœur votre, etc.
LETTRK DXCIIJ. - Au même.
Le médecin espagnol, Thomas Puellez, que la nouvelle reine avoit amené avec elle d'Espagne, est mort à Fontainebleau. Il aimoit mon second fils Carolus d'une manière à lut procurer quelque bonne fortune; mais celui-ci est demi-stofque, et c'est tout dire. Il y en a plusieurs sur les rangs qui recherchent la place du défunt; Guénaut, des Fougerais, Brayeret Rainssant courent après. Piètre le mérite encore mieux qu'aucun par son érudition, mais il est encore malade, et n'est pas hors de danger. Celui ()ui ne désire rien est eucoi*e plus heureux, comme sont tous ceux qui n'ont point d'ambition. La cour est une mauvaise hôtellerie pour un homme de probité. Valot est malade de lièvre , rhumatisme et érysipèle. On dit aussi que c'est de n^gret de ce que le roi lui a reproché qu'il éloit espion et pensionnaire du sieur Fouquet. Il y on aura
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bien qui ruurronl vo bériélice s*il vient à vaquer. Je ne snis ce que peuvent être devenue MM. Pecquet et H. de Bellevat ; mais ypità leur marmite renversée par la di$gi*ftce de H. Fouquet. Jamais Pecquet ne Ta traité; il n'étoit là que pour les laquais (1). Croyez-moi, c est un homme qui ne sait pas grandchose. M. FoUquet est toujours dans le château d'Angers, malade d'une Hèvre quarte. Avant sa prison il avoit pris du quinquina et avoit été saigné de la salvatelle ( >) par le conseil de Valot) et néanmoins il iiVn est pas guéri. Les jésuites sont bien fâchés de sa perte , il étoit leur grand patron. Ils ont tiré de lui plus de 600,000 livres depuis peu d*années; vous savez comme ces bous pères aiment fort le bien public et le bien de leur prochain. Mais à propos de quinquina, il ne fait point ici de miracle. Quand le corps est bien déchargé par la saignée et les purgatifs, il peut par sa chaleur résoudre ou ab*
sorber le reliquat de la matière morblfiquB; à moins que cela , il ne fait qu*échaulfer. Ceux mêmes à qui il a fait cesser la fièvre n'en ont pas été tout-à-fait guéris; car elle est rêve-
vl] £8t*ee par ignorance, est-ce par esprit satirique que notre auteur parle ainsi de Jean Pecquet ? Toujours est-il que ce fut un illusUe médecin qui s^immortalisa par sa découyerte du canal thoraeique et du réservoir qui porte son nom, décou^erlc qui confirma tout ce qu^avail dit G. Harvey de la circulation du .«ang.
Pecquet entra à P Académie des sciences en 1606. H fut si constamment attaché à Fouquel, le surintendant, qu'il disait que Pecquet avait rimé et rimerait toujours avec Fouquet. Madame de Sévigné en liarle quelquefois et Tappelle amicalement le petit Pecquet. £lle dit dans une de ses lettres, 1671 : « J'ai envoyé quérir Pecquet pour discourir de la petite-vérole de votre enfant. Il eli est épouvante ; mais il admire sa force d'*avoir pu chasser ce venin , et croit qu'il vivra pins de cent an^ , après avoir si bien commencé. » On voit que ce médecin nVtoit pas celui des laquait, comme Passure Gui Patin. Pecquet se cassa la jambe en tombant de cheval. Cet accident , ainsi que Pabu« des liqueurs spirilueuscs , qu'il recommandait même à ses malades , abrégèrent son e\isleiicc. H mourut en février 1671. ( R. P. '•
"1; Wine du do?* de la main pré^ de son bord interne.
W-i LKrTKKS DE iii \ PATIN
nue, quoi(|u'ilâ eussent été bien purgés. L'opiniâtreté et la diifée de ces fièvres quartes vient de la disposition mauvaise et presque carciuomateuse de la rate, qui occupe sa propre substance(l >. Je n'ai jamais donné du quinquina. J'en ai vuqui pour s'y être trop fiés sont devenus bydropiques. Je ne vou- (Irois point purger dans le tort de la fièvre quarte. 11 me semble que ce seroit trop hasarder; mais je purge souvent à la lin de raccès, avec beaucoup de succès. Même dans la grande chaleur, je leur fais quelquefois avaler quatre grands verres de tisane laxative, de trois gros de séné. Cela fait bien ouvrir le ventre , et emmène une partie de la cause conjointe, et empêche Timportunité des grandes sueurs, dont ils se plaignent souvent. Pour ce qui est de saigner au commencement de Taccès» je ne le fais jamais. 11 y a de Timprudeiice et de la témérité à le faire. Je suis, etc.
Dr Paris, le 21 septembre 1661.
LETTRE DXCIV. — An même.
On dit ici beaucoup de nouvelles , dont je ne prétends pas être garant. Le roi est parti pour son voyage de Chartres , et sera ici la semaine (^ui vient, où il passera une bonne partie de rhiver avec les reines. On tient pour certain que M. Fouquel n'est plus à Angers , qu'il en a été emmené à Amboise , où il est présentement en attendant les ordres du roi pour un différend qui est survenu entre le capitaine qui Tavoit arrêté, nommé M. d'Artagnan , et M. Talouet, lieutenant des gardes, «jue le roi avoit envoyé à Angers pour l'emmener en deçà. 11 vint enfermé dans un carrosse à six chevaux, entouré de trois
'X) Quoique ccUe opinion i»oil erronée, on voit pourtant que ,no^ devanciers avaient, sur Tétat de la raie dans les fièvres intrrmi i tentes , d«*9 idées fccondces de nus jours par des faits mieux observés, bien im'il reste encore de« doutes «ur ce point de pathologie*. (R. P.^
A KAl.COiNfcf. 3i>3
ceiiU cavaliers , grands et petits nious((uetaires. On a aussi arrtHé H. Pelissou, son secrétaire, homme célèbre , auteur de V Histoire de f Académie ^qu* on a amené ici à cheval en bonne compagnie. On fait aussi venir par un autre chemin , madame Uuplessis Bellier , et on prétend leur faire faire le procès à la chambre de justice , qui n'a point tenu cette semaine à cause des fêtes ; vendredi prochain elle sera ouverte. M. le chancelier se porte bien ; il a dit à un de ses amis que cette chambre de justice iroit bien loin , qu'elle n'est pas prête à cesser ; il y en a pour plus de trois ans , et que le roi prétend par lu de rentrer dans son domaine, dont je prie Dieu qu'il lui fasse la grâce , afin que le pauvre peuple puisse être soulagé de tant de vexations que la guerre a apportées. Le pain est ici si déraisonnablement cher, que l'on craint une sédition du peuple , et ce sera bien pis dans quinze jours , s'il ne vient du secours pour l'Hôpital-Général, qui n'a plus de blé, et à la nécessité duquel les directeurs ne peuvent trouver de remède; il est vrai que H. le premier président leur a prêté 10,000 écus, mais cela ne peut guère durer. On nomme ici des partisans par lesquels ou commencera Texercice de la chambre de justice, et entre autres on nomme M. Louveau , général des portes, MM. Gatelan , Jacquier, Girardin, le chevalier de Maupeou , prisonnier dans la Bastille , gendre de M. Gatelan , M. Boisiève , et plusieurs autres ; le temps nous en apprendra davantage.
Le jardinier Gaudron , qui avoit assassiné M. Lavié dans sa cave , il y a plus d'un an, après avoir été quelques jours prisoiuiier , a confessé son crime , et a été condamné par M. Ghauvelin , bailli de Sainte- Geneviève , à être rompu tout vif. Il fut hier traduit dans la Conciergerie pour y être jugé en dernier ressort par MM. de la Tournelle. Ge sera peut-être pour demain après-midi dans la pla.ce Maubert . qui est le /ieu des exécutions de ce quartier-là. On condamna aussi hier à être brûlés tout vifs deux hommes qui ont été découverts dans le faubourg Saint-Germain, pour le crime ôejf^dêrasdf.
autrt'iiieiit de Sodonie etGoiuorrlie, qui est le péclié que Tlié<»pliile disoit que sa Sainteté ne punissoit point à Rome. Vous vous souvenez bien des vers de Chapelle et Bachaumont : car je ,t«M en tenr jffifjoie. L*appel en sera au parlement , et après ils seront renvoyés à leur pi'emier ju^e « savoir, au lieutenantcriminel , qui les condamnera à être brûlés tout vifs en Grève, où ils seront menés dans un infâme tombereau , après avoir fait amende honorable devant Notre-Dame . nus en chemise, la corde au cou. Mais voilà assez vous entretenir de malheureux criuïes , desquels nous pouvons dire avec Horace : /*>'*ruuda cul pif .<erttitf. .
Il y a ici beaucoup de familles qui s'intéressent contre la chambre de justice , prétendant (|ue ceux à qui on fera le procès feront banqueroute , et ne paieront point leurs dettes a ceux qui leur ont prêté de l'argent, desqu<*ls le nombre est très grand.
On dit que le petit prince d'Espagne, qui n'a guère (|u'uii mois , n'est pas de taille à vivre longtemps , npc vhlotur vitalis ftfftoffif , idf'irrn diritur mitp .^mhtm ingresi<ttrus viam wiiversir ffirnis , comme ont fait ses autres frères par ci-devant, et tant de princes de la maison d'Autriche qui, faute de bons médecins ou autrement, ne vieillissent jamais.
M. le Dauphin est arrivé aujourd'hui à Paris, et est logé rlans le Louvre , au même appartement qu'occupoit le cardinal Mazarin. Je vous écrirai plus amplement une autre fois , et en attendant , je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris , le 6 décembre lOGi .
LETTHE DXCV. Au mnnr.
Le roi a fait des chevaliers de l'ordre en bon nombre ; la cérémonie de leur promeTia<le éfoit fort belle: et il y avoil
plaisir de les voir |)(isser. M. Fouquot csl dans le bois de Vinceniies , bien enfermé. Il y en a qui croient qu1l en sera quitte à bon marché, à cause que le roi et la reine d'Angleterre s etnploienl pour lui; mais le sieur Colbert est contre, et Ton croit que le roi est fort attaché à ses jsentiments. M. le cardinal de Retz a fait enfin son accord , et a donné sa démission pure et simple au roi ; on lui donne pour son archevêché de Paris Tabbaye de Saint-Denis avec une autre de grand revenu. IjC roi lui permet , au lieu de revenir à Paris, de se retirer en Lorraine en sa terre de Comiuercv,'dont il est damoiseau (cela s'appelle t dans le latin du moyen-âge, domicellus). Voilà un homme qui a mal joué son rôle, et qux , pour avoir déplu à la reine-mère durant nos guerre» parisiennes , a perdu l'archevêché de Paris, qui est, comme vous savez, un lH)n morceau , et de 100,000 livres de rente. Les Allemands ont peur de la guerre en leur pays l'été prochain , à quoi néanmoins il n'y a pas grande apparence , vu que la paix est arrêtée entre l'empereur et le Turc.
Je vous supplie de m'acheter chez M. fluguetan un nouvi^l ciemplaire de la nouvelle édition, en deux tomes in folio, QuiCMianum medico-legalium : c'est pour envoyer à un de mes amis en Flandre.
Je vous prie d'assurer le révérend père Théophile Raynaud que je suis son très humble serviteur, et lui demande!* quand il fera imprimer la seconde partie de ses Heteroclita spiriftmiia. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Parb , le a Janvier 1662.
LKTTKK DXCVI. — Au mèmr.
Ce matin il s'est fait un duel signalé k demi-lieue de Pin^is , pr^s de Chaillol, de huit siMgfieurs, d(%>quels plusieurs ont
396 LKTIKbS DE bi I PA^I^
été blessés, et un est demeuré mort sur la place, qui est le marquis d*Âutiu , neveu de M. Tarchevéque de Sens. Le marquis de Marmoutier, M. de la Fètre et M. le comte de Chalais sont du nombre.
Il y a eu cette semaine une querelle dans la buvette de la grand 'chambre, entre M. Talon, avocat-général, et M. le président de Mesnie, le président de Novion et autres; mais on croit que la querelle n'ira pas plus loin : c'étoit pour l'autorité du parlement par-dessus la chambre de justice. L'accord du cardinal de Retz est conclu tout-à-fait ; on sait qu'il a été en plusieurs endroits déguisé, habillé de gris, se faisant appeler le baron de la Neuville. Il parloit latin, con« uoissoit tout le monde, et se faisoit aimer de tout le monde. Il a été à Dunkerque , à Anvers , à la Haye, à Rotterdam (pays du bon Erasme), à Paderborn , à Munster eu Westphalie , où il a demeuré trois mois entiers inconnu, mais admiré merveilleusement pour les belles qualités qu'il possède. 11 étoit logé chez un savant médecin, nommé M. de Rottendorf , qui lui parla de moi avec aifection ; le cardinal lui répondit de même, et lui dit qu'il me connoissoit fort bien, et qu'il faisoit grand état de moi* Le médecin , son hôte , qui Fadmiroit, et particulièrement pour deux choses, dont la première étoit de voir qu'il connoissoit tout le monde; la seconde, qu'il savoit tout, et qu'il excelloit particulièrement en politique, soupçonna qu'il n'étoit pas homme du commun , outre qu'en toute occasion il parloit mieux latin que ne font tous les gentilshommes françois. Cela fut cause que ledit hôte en entretint M. l'évéque de Munster, prince du pays, qui témoigna de la curiosité de connoitre ce gentilhomme; mais lui, sachant qu'il eût été en danger, s'en défendit prudemment, et délogea dès le lendemain de grand matin , de peur qu'il ne lui arrivât pis : c'est qu'il n'y veut point manger le carême prochain de jambons de Westphalie, que nous appelons ici jambons de Mayence, peiasunes MoymUini^ parce qu'autrefois cette grande foire de jambons étoit à Mayence (et aujourd'hui
A KALCÔNET. :\97
à Francfort), et lugrande quantité que nous en avons à Paris, vers Pâques , nous vient par les marchands hollandois. Mais vous direz que je ne vous entretiens que de jambons; j'aimerois mieux vous en faire manger ici en dépit des juifs , qui s'en font une loi. Que j'aurois de plaisir de vous faire bonne chère! Au moins je vous la ferois spirituelle, sans que les moines s'en mêlassent. Je vous baise les mains et suis de toute mon âme votre , etc. :
De Paris, \e 20Jtnvier 1(16-2.
LETTRE DXCVII. — Au m/hup.
Je vous envoie la thèse des jésuites , laquelle a ici fort réveillé les esprits de ceux qui aiment la controverse ; hi Sorbonne même s'en remue encore ; mais je ne sais ce qui en sera. On dit que dans peu de jours le roi doit aller au parlement pour faire vérifier la convention qu'il a faite avec le duc Charles pour le duché de Lorraine. Le prince François et le duc Charles son fils se sont retirés à petit bruit en Allemagne, voyant leur maison ruinée. Le roi rachète Dunkerque du roi d'Angletecre » et l'on dit qu'il' la rend au roi d'Espagne pour deux autres villes qu'il nous donne dans la Flandre. Le roi n'ira que samedi prochain au parlement pour l'affaire du duc de Lorraine : c'est M. le président qui me le vient de dire ; H. Talon a demandé ce temps, qui lui est nécessaire pour un plaidoyer de si grande importance. On va travailler vigoureusement au procès de M. Fouqnet ; le roi veut qu'il soit fait en quinze jours.
M. Amauld d' Andilly, seigneur de Pomponne , secrétaire d*Etat, neveu de M. A. Amauld le janséniste, d<x;teur deSorlionne, et frère de l'évoque (l'.Xngers , a reçu commandement du roi de se retirera Verdun; il a répondu qu'il étoit prêt d'y
:\\ s I KrtnKs lit i;i I Patin
olM'ir, mais <|U*ii pru>il le roi de cliHiig(>r lo liou de son exil , t'i de l'envoyer plul^t à Angei-s chez son Mre, révé<|iie du lieu. Atlpo vere dicit LucretùfS :
. t . . . . mrdiif de fonte Uporum Surgii amari atiguhi qvod in i>#t.f flonhv* an gai.
Voilà M. Cani qui vient de sortir de.(!éans, et ma rendu Talmanach de votre M. Meyssonier. Pour le grand livre, il n'est pas encore arrivé, il est avec ses bardes; il faut attendre encore huit jours à cause que la rivière est trop grosse. M. Cani a un procès à la quatrième des enquêtes, où j ai plusieurs amis que je lui fournirai lors du jugement. Il y a sur la rivière de Seine , près de Houon , trente grands bateaux de blé pour venir à Paris, et quarante autres qui viennent de Dantzic et d'Amsterdam , etqni seroient déjà arrivés s'ils avoient eu le bon vent.
Le voyage du roi au palais e$t différé jusqu'au retour du courrier que l'on a envoyé au prince François en Allemagne avec un nouveau traité pour tâcher de le contenter. Quand nous aurons l'Alsace avec la Lorraine , la Franche-Comté n'aura qu'à se bien tenir et se garder de nos gens, aussi bien ((ue Strasbourg et autres villes sur le Rhin , en vertu du vieux proverbe: Gallum habeat ainicutn^ non vicinum.
La chambre de justice a fait donner des assignations à tous les traitants et gens d'affaires pour venir répondre sur les faits qui leur sont proposés. Girard y a été plusieui*s fois et a tâché de faire pitié , mais les juges n'y ont pas consenti. On continue de vendre dans la cour du palais les beaux meubles de Boislève , qui est en fuite.
j Pour M. votre lieutenant général , sa mort a été plus soudaine qu'étrange; il est mort, comme vous me le mandez , d une obstruction du cœur et du poumon, à quoi il n'y avoit nul remède : c^^tte malftdteest fori contraire aux mélancoliques. S'il eût été ouvert, on lui auroit trouvé dans les vaisseaux du
('(l'Ut* (lu sang lige {ii^eialiquod vithan tu saiëZ/utitu ptilmonis, tfiutil èùièil nliud eM^ ^niun umtjnia ifittdia^Jifhof*ataniopere celé ùralfft qmv ffwii osthma Uthnie^ vt qaam yraphice descf'ipsU Fpnieints^ pauct a Fernelio, mdlus antc Femolium* Cet homme ôtoit infailliblement mélancolique et asthmatique, au moins i»sl-îl mortel, ox vUio iietiisy qui trnntmiUit in pulmomiu ^ vi faeti a/fecfum immedicabilem pvr viain suffacntionis, Lh .syncope est une marque infaillible que les canaux du cœur sont boucliés. Il peut être qu'il y avoit û^lv (pOpa in iofviôus fu-ieriië ptdvioiiiê. La sueur diaphorétique cvm ào^v^ia est une marque certaine que tout étoit perdu. La maladie d*Ântipater, dansGalien, in Loeinaffcctis, étoit de ce genre, hormis qu elle dura. plus longtemps : aussi y a-t-il des interprètes qui ont / dauté de morbo An/ipatri, DitHi veuille avoir sonàme. /
Me l»iiri"« , 'e H fé\ri<*r l«rt-i.
LETTRE DXCYIIL - Au /mW.
Vous êtes un merveilleux ami ; vous m'avez ci-devant «mivoyé tant de présents , et vous continuez encore de m en accabler; je suis réduit à ne savoir plus me gouverner aver vous, car vous me réduisez à l'impossible. J'ai reçu ce matin, mercredi des cendres, 22 février, voire baril d'huile et le Jfavenei , par les soins de M. Cani ; Je vous prie iVen rec4îvoir le prix des mains de M. Spon, comme je lui ai mandé, a vint
[1} Les maladie» organiques du cœur, élucidceti par les travaux Je Corvisart, de Laënnec, de M. le professeur Bouillaud, et si 'bien ëtudiées de nos jours , étaient k peu prés inconnues du temps de Gui
Patin. Au Heu d^un aiicTrysmc, on croyait qu'il y avait un polype ou do sang coagulé dans les ventricules. Mais, quoique nous connaLssioiK mieui cette maladie , elle n^en est pas moins incurable , et TépigrapUc que Corvisart , médecin de Napoléon , mit à son ouvrage : Bœrêi tof«f « Uihalii arundo . n*en est pas mniiis une funèbre vérité. R. P.'
400 I.ETTHlîS DK (ÎUI IMTIS
ce que vous avez déboursp. Pour Tautre paquet qui vient de chez MM. Arnaud et Borde , je ne sais quand je le recevrai; il n'étolt point dans ce dernier coche d'eau ; mais les eaux ont été mauvaises jusqu'à présent, peut-être qu'il esl enfermé dans quelque balle de nos libraires.
On ne parle plus ici du duché de Lorraine, ni de M. Fouquet, ni du cardinal de Retz, qui est à Commercy ; on dit seulement que le roi va la semaine prochaine au bois de Vincennes.
On imprime en Hollande pour les jansénistes quelque chose qui sera fort contre la thèse des jésuites , de InfalUhilHate papœ. On y a achevé une impression de toutes les œuvres de Hugo (irotius, que j'ai autrefois connu ici , ambassadeur de la reine de Suède. Il a été le plus bel esprit de son temps. Il y aura neuf tomes in-folio ; il étoit admirablement savant , et d'un savoir tout beau et tout noble. On parle ici d'une espèce d'un nouveau carrousel, où le roi fait entrer plusieurs seigneurs qui seront obligés à une belle dépense, tant pour les chevaux (|ue pour les habits ; il en aura cinq compagnies , dont chacune sera conduite par un prince.
Il est venu du blé de Rouen; mais la police est ici si mauvaise que le blé ne rabaisse point , sur quoi les pauvres crient bien fort, nec tnmen hnbetur ratio tôt querelcomm. Je vous baise très humblement les mains, et suis de toute mon àme votre, etc.
I>e Paris, le 24 février 1A02.
LETTRE DXCIX. — Au même.
On parle ici d'amener M. Fouquet dans la Bastille ; son secrétaire Peiisson est dans la Conciergerie. Sans par'er du maître , ce M. Peiisson est très habile ; sa disgrâce est plainte
A IMLCONET. iOI
de tous les honnêtes gens : on dit qu'elle lui fera perdre l'esprit (i).
Le roi veut envoyer un ambassadeur à Terapereur (on dit que ce sera M. deVitri), pour y faire maintenir le droit de préséance par-dessus tous les autres princes , que le roi d'Espagne lui a cédé. •
Hier, ce 26 février, la duchesse de Retz fut trouver la reinemère au Louvre , et elle la conduisit jusque dans le cabinet du roi, où elles furent avec lui plus d'une heure. Les uns disent que c'est pour la démission de l'archevêché , les autres disent que ce sera un accord pour faciliter le retour du cardinal de Retz.
M. de Louvois, fils de M. Michel le Tellier, secrétaire d'État, qui est reçu en survivance, s'en va épouser mademoiselle de Courtanvaut.
M. l'abbé de Roches , chanoine de Notre-Dame et archidiacre , mourut hier; il étoit bien riche du bien d'église, et en faisoit un bel usage, carrosse, laquais, équipage, beaux meubles, etc. On parle d'un carrousel qui coûtera bien de l'argent à la noblesse , qui y aura part. La reine est grosse , et sur cette nouvelle le roi a dit : Nous ne manquerons pas de petits Coiirtenais ^ c'est-à-dire do pauvres princes, et incommodés.
Le roi a été ce matin , lundi 27 février, au palais en grande pompe , pour Taffaire du duché de Lorraine , et y a demeuré jusqu'à midi. Nous en saurons le succès ce soir.
Demain , sur les onze heures du matin , sera enterré dans Notre-Dame H. des Roches , qui autrefois nous a promis 10,000 écus pour faire rebâtir nos écoles. Toute notre Faculté est priée à cet enterrement. Je ne sais pourtant si nous aurons les 10,000 écus, bien que la donation en soit bien faite, et
(i) Loin de là ; on sait au contraire qu^il la supporla avec une égalité, une forer d*ilme qui le liront «(inguHèremenl estimer de tout le monde. rR. P.^
môme insinuée au Ch&telet de Paris, dès Tan 1644. On dit qu'il laisse plus de 100,000 écus à rHôtel-Dieu de Paris , et sa grande bibliothèque à la Sorbonne. Il auroit bien pu nous faire davantage de bien , mais il se mécontenta de nous sur le l^efus que nous lui fîmes de rompre nos statuts pour plusieurs particuliers qu'il nous recommandoit trop souvent , et cela n'alloit qu'à ruiner notre Faculté. Moribus antiquis res stat romana virisque. Je lui dis un jour chez lui , ayant été député de notre Faculté , qu'il eût été à souhaiter qu'il nous laissât dans l'observance rigoureuse de nos statuts, plutôt que de nous porter à les rompre , et que nous étions résolus avec sa permission de n'en rien faire.
On ne parle plus ici de ces derniers duellistes ; ils sont assez malheureux d'être hors de France et d'avoir perdu leurs biens.
. Le cardinal de Retz a donné sa démission de l'archevêché de Paris , duquel une heure après le roi envoya le brevet à H. de Marca , archevêque de Toulouse. Voilà bien du malheur pour le premier, qui est un honnête homme, et une étrange fortune pour le second, qui vient de si loin à une si belle charge. On dit aussi qu'il deviendra cardinal , mais il est déjà bien vieux , et je crois qu'il a plus de soixante-dix ans. Je l'ai entretenu deux heures dans sa chambre depuis un mois ; il a encore l'esprit fort présent, mais je le trouve sec et cassé: senectus ipsa morbus est.
Le roi s'en va dans peu de jours au bois de Vincennes; il veut être duc de Lorraine absolument, jure vel injuria y ce n'est pas à moi à le décider. Sa déclaration en fut hier enregistrée au parlement, où M. le premier président harangua fort bien, et où il parla de la misère du peuple et des punitions exemplaires que le roi veut faire faire en bref, ce que l'on sousentend des partisans. La chambre de justice a fait donner assignation à plusieurs particuliers, pour savoir s'ils n'ont aucun commerce avec Brunaut, Catelan, Boislève et autres. Si ceux qui ont été mandés n'y obéissent , ils sont déjà condamnés
A kalconet. 4o;î
à payer le jour môme 500 livres d'amende. Je vous baise les mais , et suis de tout mon cœur votre , etc. De Paria , le 29 février 1662.
LETTRE DC. — Au même.
On parle ici d'un voyage que le roi veut faire à Saint-Germain , pendant lequel Ton poursuivra vivement M. Fouquel. II a affaire à une rude partie, et je sais de bonne part que M. Colbert fera ce qu'il pourra pour le perdra Madame du Plessis-Bellièvre lui doit être confrontée cette semaine. Madame Fouquet est ici dès jeudi avec permission de solliciter pour son mari. Nous en avons à attendre un grand événement. Le roi a rabattu quatre millions sur les tailles, après les remontrances qui lui en ont été faites par la chambre de justice, à ce que me dît hier au soir M. le premier président.
La rivière est ici encore tellement grosse , qu'il ne nous peut rien venir de Rouen, ni blé ni autres commodités dont on a ici fort besoin.
On a découvert en Espagne une conspiration contre le roi et sa personne : c'étoit pour le faire sauter avec des caques de poudre, en cas que l'affaire eût réussi. On dit que c'est le comte de Liclie, fils de don Louis de Haro, qui en étoit l'auteur, et qui a été arrêté prisonnier.
Il étoit parti d'Ostende dix vaisseaux du roi d'Espagne, pleins de soldats tirés des garnisons de Flandre pour aller en Portugal y faire la guerre; mais la tempête les a écartés et comme dissipés.
Je suis de votre avis pour la chimie; il n'y a pas de danger f que Noél Falconet en sache quelque chose, ce peu suffira pour en faire rcconnoître la fourberie : nosti illud Neoptolemi apud Efmium; pkilosophandum ^ sed paucis : les plus courtes folies sont les meilleures. A.Barlet demeure dansCambray. où je fais
404 LEïTIlKS DR f.Vi PATIX
leçon ; je saurai après-demain s'il commencera bientôt , el après nous prendrons son temps et son heure ; je fournirai Targent nécessaire. Je n*ai point vu M. du Chef il y a longtemps , mais je ne crois pas qu'il vienne à bout du prêtre pour le faire aller à Lyon ; il n'auroit point là ses coudées franches , comme telles gens que lui les ont à Paris , dans l'abus et le libertinage.
Le roi et les reines s'en vont jeudi prochain à Saint-Germain-en-Laye ; on dit que c'est un mauvais signe pour M, Fouquet. Cependant on supprime une certaine sorte de rentes, faites ici Tan 1659, de la somme de 160,000 livres, dont beaucoup de gens crient. Ceux qui les ont achetées en ont eu bon marché ; mais ils sont en danger d'être mal payés de leurs intérêts que le roi ne vei^t plus maintenir.
M. Fouquet a été hiterrogé sur les ordres qu'il avoii laissés de faire mettre des gens de guerre en campagne deçà et de là, et de faire assembler le parlement, en cas qu'il Tùt arrêté par les ordresMu roi. Il s'excuse sur la haine que le cardinal Mazarin lui portoit , et se défend parfaitement bien ; il ne perd point courage , quoique beaucoup de gens le tiennent perdu : mysferium est. On dit qu'il est devenu tout blanc depuis sa prison : on devient blaqc à moins de perte , mais c'est en vieillissant. Je vous baise les mains, et ^is de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 3t mars 16(fô.
LETTRE DCI. — Au mhùc.
J'ai reçu la votre du 22 août, dont je vous remercie. J'attends la perfection du Cardan avec toute patience. Je ne m'étonne pas si le sieur Collier fait une nouvelle édition de toutes les œuvres de L. Rivière : si ce livre étoit l)on , il ne seroit pas devenu commun : on vend en oar»^me pi ils de harengs que
A KAUiONET. 40Ô
lie soles, et iiéatimoiiis les soles valent bien mieux que les I harengs.
J*ai vu les épitres de Richterus ; il y a ([ueUiues bonnes choses , quelques unes de médiocres , mais beaucoup de méchantes , et tout Vouvrage est assez mal fagoté.
Il est vrai que M. Fr. le Vignon , folâtre et empirique, a fait un cours de chimie chez lui, où quelques uns de nos jeunes médecins ont assisté , tant par curiosité que parce qu'ils ne payoient rien ; mais tout cela s*est évanoui comme un feu de paille. Pour des spécifiques , il n'y a que des charlatans qui se servent de ce terme (1) ; je sais bien que Guénaut et ses confidents les vénérables des Fougerais et Renaudot, portent de petites boites dans leur pochette*, où il y a de petits grains pour faire dormir et quelque autre drogue qui ne vaut pas mieux. Tout cela n'empêche pas que les gens de bien ne s'acquittent de leur devoir ; j'avoue pourtant que les mauvais exemples nuisent beaucoup, et la fortune des méchants en éblouit toujours quelques uns. Nous sommes encore cent douze dans notre Faculté, il est impossible qu'il n'y en ait toujours quelqu'un de fourbe et d'ignorant.
H. Gontier a tâché de faire imprimer ici ses manuscrits , mais il n'a pu trouver personne qui l'ait voulu entreprendre. Nos marchands sont trop secs et même trop pauvres. Tandis qu'il gardera ses écrits , il pourra les amender, la règle d'Horace est encore recevable : Nonumque jjrematur in annum. H est toujours dangereux de se trop précipiter à se produire dans le monde des savants.
On ne dit rien ici de nouveau du pape , sinon que l'empereur et le roi d'Espagne n'ont point voulu prendre son parti contre nous. Il y a ici des gens qui ne seroient pas trop faciles de la guerre en Italie , et qui voudroient aider à réformer ce Jupiter capitoUn, dont les foudres ne sont plus si forts à la
[i) Il est évident que ceUe opinion n^e»! |>a< nouvelle , elle fail lionneur à Gui Tatin. ( R. T. )
U^ l.hri'KK> llk (ai lUll.N
mode. On dit ici que la cour de Rome en a trop fait, et on est ici furieusement sur ses gardes. Pour ce que vous me mandez d'Érasme , je vous dirai qu'il ne fut jamais moine : c'est une médisance; il fui seulement novice dans un collège de chanoines réguliers de Saint-Au<îustin , où son tuteur Tavoit fourré, âgé de quatorze ans seulement, croyant l'y faire demeurer pour avoir son bien , mais le compagnon n'en voulut point tàter. Je sois bien que quelques uns ont dit qu'il avoit fait profession. La plupart des moines lui en veulent, mais ce n'est qu'en récriminant. Je le pardonne aux ignorants qui sont passionnés pour leur besace. Je m'étonne comment un savant homme tel que le père Théophile Raynaud s'est emporté aux mêmes médisances. Il est vrai qu'Érasme étoit bâtard et fils de prêtre , comme on peut aisément le voir dans sa Vie, qu'il a écrite lui-même. Néanmoins les moines n'ont pas été les premiers qui lui ont reproché le malheur de sa naissance. C'a été Scaliger le père, dans son Ciceromanus ^ et ensuite toute la confrérie des capuchons. Adieu , je suis , etc.
LETTRE DCn. — Au même.
Je vous dirai franchement qu'il m'ennuie quand je n'ai pas de vos nouvelles : au moins ne soyez point malade; nous avons ici grand nombre de fièvres tierces , quartes, doubles tierces, hydropisies, dysenteries.
On parle fort ici de la colère du roi contre les Chigi , neveux du pape, d'où s'ensuivra une guerre en Italie, si le roi ne reçoit satisfaction pour le mauvais traitement que Ton a fait à M. de Gréqui, notre ambassadeur. On parle aussi de la diète de Ratisbomie , et que le roi y veut envoyer M. le cardinal de Retz. Plût à Dieu qu'il rentrAt en grâce! Il est homme d'espril, qui aime la belle gloire et le public, auquel infaillibltMîKMil il leroil du bien.
A FALCONKT. 407
Le partisan Catelan s'est rendu prisonnier, et est dans la Bastille; on croit qu'il a traité en secret, et qu'il n'est point assez sot pour s'enferrer de la sorte , s'il n'en a eu quelque assurance. On continue de bâtir au Louvre, et l'ouvrage avance fort et en sera fort beau. On abat l'hôtel de Longueville; le roi a donné en récompense à M. de Longuevillele bel hôtel de Chevreuse; son fils aîné, nommé le comte de Dunois, s'est rendu jésuite. On parle de donner la seconde fille de feu M. le duc d'Orléans au duc de Savoie. Vous savez que la première est à Florence ; on parle aussi de la troisième pour le prince de Danemark, et même il y en a ici un ambassadeur fort leste et fort brave; mais je crois qu'il y vient pour autre chose. Je suis son médecin et son ami.
M. van der Linden fait imprimer à Leyde VHippocratey en deux volumes in-octavo , grec et latin , où il mettra des notes (i).
M. Martinus Schoockius a fait l'an passé imprimer un livre de Cervista, qu'il m'a dédié; il le. fait réimprimer fort augmenté. J'attends de lui soh nouveau livre, dé Fermenta et fermentatione , et quelque autre nouveauté.
Les députés d'Avignon s* en sont retournés, après avoir prêté serment de fidélité et d'obéissance au roi, et avoir fait toutes les protestations nécessaires. Un rieur disoit ce matin en bonne compagnie que la donation d'Avignon aux papes étoit l'efiet de la peur qu'on a du sacré feu du purgatoire , qui est la mère nourrice des moines. 0 la gentille invention , ô la belle fiction que ce feu du purgatoire! disoit-il ; ce pape n'étoit point sot, qui en a inventé l'histoire pour faire bouillir son pot, et de quelques millions de gens oiseux, que saint Paul appeloit ventres pigri^ auquel nous pouvons ajouter, fruges consumere nati (2).
(1) Voyes tome II , page 497.
(2) On Yoit toujours dans Gui Patin surgir cette opinion de protestantisme déguisé dont nous avons parlé. (R. 1*. )
408 LfclTKES DE lill FAIIN
Eiitiu Duukerque est à nous; le roi d'Angleterre nous l'a rendue pour 2,500,000 livres ; il en a retiré sa garnison , et la nôtre y est entrée. Le roi va souvent à Versailles y voir les bâtiments qu'il y Tait faire ; néanmoins on dit qu'il y a quelque chose encore plus doux qui Ty en fait faire souvent le voyage.
Nous sommes ici accablés de doubles tierces , de fièvres quartes, de dysenteries. Je suis bien aise que M. votre fils soit où vous Tavez envoyé ; mais prenez garde qu'il ne s'y débauche; ordonnez-lui quelque surveillant qui le tienne de court. Je m'informerai demain de M. Leblanc, professeur eu droit, que je ne connois que de nom.
L'on dit que quelques cardinaux se sont battus à coups de poing et de chandeliers en présence du pape, les uns pour la France, elles autres contre. Mulciber in Trojain^ pro 7Vo/a stabat Apollo. Je le tiens pour une fable. Rome est un pays de respect et de cérémonie , où sa Sainteté ne permettroit pas ces folies. Les politiques disent ici qu'il faut attendre un courrier que le roi a envoyé en Espagne , sur la réponse duquel le roi prendra ses mesures pour la guerre qu'il médite en Italie.
Un apothicaire de Lyon, que vous m'avez autrefois adressé, m'est venu dire adieu , et m'a demandé une lettre pour vous. Je lui ai promis celle-ci, que je vous aurois aujourd'hui envoyée par la poste.
Nous attendons d'Angleterre le beau livre savant et curieux de M. Samuel Bochart, ministre de Caen, de Animalibus Sacra» Scripturœ. M. Anisson, libraire de votre ville, a été ici ; il m'a promis d'imprimer mes deux manuscrits de feu M. Gaspard Hofmann : Dieu lui en fasse la grâce ! Le voyage du roi pour Dunkerque est différé, il devoit partir demain.
On travaille au procès de M. Fouquet; on lui a donné deux rapporteurs, savoir : M. d'Ormesson, maître des requêtes, et M. de Sainte-Hélène, conseiller au parlement de Rouen. Il y a ici deux hommes de qualité qui ont gagé de la ierminaisoti dt; .'=on proct\<; l'un dit r|u'il ne p<Md rliv jugr cpraprès Noël ,
A FALCUNliT. 409
à cause de beaucoup de formalités qui restent à faire; l'autre dit que ce sera devant la Saint-Martin. L'affaire tirera de long, sans doute. MM. de la chambre de justice prennent leurs vacations depuis la Saint-Simon-Saint-Jude jusqu'à la Saint- Martin.
Notre M. Piètre est au lit , malade d'un abcès du ventre qu'il / vide avec de grandes douleurs. Cela vient du colon; je pense! qVil en guérira. C'est un homme fort savant, mais qui devient tout atrabilaire par ambition et avarice. Otez-lui ces deux passions, c'est un des premiers hommes du monde, comme il est des plus savants. Je prie Dieu qu'il guérisse; ce seroit une grande perte pour nos écoles. M. Merlet est aujourd'hui notre ancien qui se porte bien, mais il a quatre-vingts ans passés : Mala tnerx, maia œtas, ce disoit un vieillard dans Plante; mais les Hébreux disent : Juvenes niori possunt , senes diu vi^ vet*e non possunt. Le voyage du roi pour Dunkerque est différé et remis après la fête. On dit que le roi a ordonné à M. de Créqui , son ambassadeur à Rome , de revenir à Paris. Le roi a envoyé à Sedan un homme entendu , avec commission d'y faire faire 6,000 mousquets : cela sent bien la guerre. Tâchez d'obtenir du bonhomme M. Sancke que M. votre fils étudie beaucoup , qu'il ne s'éloigne guère de la maison , et qu'il ne se laisse empaumer d'aucune mauvaise compagnie.
J'ai vu aujourd'hui des partisans et des conseillers de la cour qui ne savent que dire de M. Fouquet; ils disent que l'on travaille tout de bon à son procès et que le roi en veut voir la fin; mais bien plus encore ceux qui le poursuivent, qui , dit-on , en veulent fortement à sa vie. Le roi est fort secret et son conseil aussi ; à peine y a-t-il quelqu'un ({ui ose dire ce qu'il sait. Je vous baise les mains, et suis de tout mon coeur votre, etc.
De Paris > le 24 octobre 1662.
410 LKTIHE» Dk btl FATLN
LETTRE DCIII. — Au vième.
J*ai reçu le ballot de livres de M. de Tournes , que vous m'avez fait la grâce de m'envoyer , et je vous remercie de tout mon cœur. M. Alexandre Morus est guéri , à ce que j'apprends depuis deux heures de M. du Four, ci -devant médecin de M. de VeiidAme, qui Va traité dans celle dernière maladie. C'éloit une fluxion sur la poitrine avec une fièvre continue ; son médecin étoit assisté des bons et iidèles conseils de M. Elie Beda, sieur des Fougerais, vénérable ou plutôt détestable charlatan s'il en fut jamais ; mais il est homme de bien, à ce qu'il dit, et n'a jamais changé de religion que pour faire for- Ituneet mieux avancer ses enfants.
On dit que le pape est malade et que le roi d'Espagne a promis de dotmer passage par le Milanais quand le roi voudra envoyer une armée en Italie. Mais si cela est , et qu'on se venge bien du pape par ce moyen-là , que deviendra la catholicité du roi d'Espagne, dont on fait tant de bruit? On dit que M. de Roquelaure a proposé de beaux moyens pour envoyer une grande armée en Italie, savoir, (^uc M. de Liancourt fournira 20,000 jansénistes, M. de Turenne 20,000 huguenots, et lui, fournira 10,000 athées. Voilà 50,000 hommes qui n'épargneroient point le pape. Vous voyez comme, dans rafflictiou publique, les courtisans ne laissent pas de railler.
Valot a été malade d'une grande fluxion sur la poitrine ; il a été saigné plusieurs fois, et ensuite purgé ; il se lève. Guénaut l'a mis au lait. Quand Vautier fut bien malade , il prit Valot pour son médecin. Je ne sais si celui-ci fait mieux; mais je sais bien qu'un homme sage ne prit jamais son héritier pour son médecin. Guénaut passe septante-six ans , et a encore bon appétit. On parle déjà de cette succession en cas que mort arrive. Le monde est plein de gens altérés et affamés, et qui songent fort au bien d'autrui. Les jurisconsultes dibenl que le titre du droit , M» firqnirvndo rmon dominio , est
ie titre des habiles geus. Je vois bien que je n'en suis pas , car je le méprise. Je me recommande à vous et à toute votre chère famille , et suis votre , etc.
De Paris, le 17 novembre id^i.
LETTRE DCIV. — Au même.
Le i*oi est ici de retour de Dunkerque ; je le vis arriver et passer à la rue Saint-Denis , le mercredi 6 de décembre, à onze heures trois quarts, dans un carrosse attelé de huit chevaux qui alloient rudement vite.
Ce môme jour je soupai avec M« le premier président , lequel me dit qu'il y avoit un médecin arrêté pour madame la duchesse de Savoie, que ce seroit M. Horisset, et qu'il en avotl Tobligation à H. Guénaut, Je lui répondis sur-le-champ que Tobligation n'étoit pas grande , que peut-être Guénaut lui avoit donné quelque degré d'approbation , mais que lecboii n'étoit point venu de lui. Guénaut est trop chiche de louanges, si ce n'est pour ceux qui lui sont dévoués, tels que sont des Fougeroîs, Broyer^ Bainsiont, les deux gazetiers ^ Uieuximye^ qui se prostituent trop librement au dieuPlutus, 24^ faciant reni^ sinon retn^ quocunque modo rem. Ni l'honneur de leur profession ni leur conscience ne les retiennent point ; ils courent au gain à bride abattue , et tàcltent de faire d'une profession pure et saine , qui n'a jamais été établie que pour Iç bien public, une pure cabale et imposture publique. M. le premier président dit que cette place étoit bonne, vu qu'il pourroit devenir bientôt premier médecin du duc même. Je lui répondis que le pavé de Paris valoit plus que d'être médecin d'une cour si éloignée. Une dame de qualité qui étoit à table entre mondit seigneur et moi dit qu'elle n'avoit pas bonne opinion de cette condition , vu qu'au bout d'un an ou de deux il seroit renvoyé à Paris. Ledit sieur Morisset est âgé do soixante-sept
fl
ii^i LETÏKE^ DE liljl PATIN
- ans, de médiocre grandeur el assez maigre. II a pourtant bon air; il est propre et se plait aux beaux habits , il paroît glorieux , mais il ne Test point; il a pourtant de quoi Tétre plus que d'autres, car il est fort savant et habile homme. Il parle fort bien , il harangue éloquemment , il consulte de bon sens , il parle bon latin , il sait le grec , et n'a jamais voulu signer Tantimoine, bien qu'il en ait été bien prié , et principalement par Guénaut. Il y a quarante ans qu'il fait la médecine à Paris ; il n'y en a guère de meilleurs que, lui , mais il y en a bien de pires. MM. Piètre , Charpentier, Courtois , Blondel, le Comte, sont peut-être plus savants quelui, mais il ne leur en doit guère
pour la bonne pratique. T. Fontaine et Perreau ont refusé tout à plat cet emploi. Mauvillain (1) et le Bel eussent bien voulu l'avoir, mais ils n'ont pu y atteindre, et même on leur demandoit de l'argent pour être préférés ; n'ont-ils pas bien fait de n'en point donner? Il faut servir les princes pour leur argent , mais il n'en faut pas donner pour les servir : cela n'appartient qu'à Vautiei\ qui n'y a point réussi , et à son successeur, dont l'événement est encore fort douteux ; il faut attendre la fin de la comédie: anteobitwn nemo felix^ nisi ad tenipus, M. Morisset est présentement au lit pour une petite disgrâce qui lui est arrivée chez un malade de qualité , savoir, le fils de madame de Rohan , mais je crois qu'il en sortira bientôt.
On ne dit rien ici de M. Fouquet, et c'est bon signe ; il y a dans le droit une règle dont il me fait souvenir, e^se diu in i^fUu pœnam mitigat.
Les troupes destinées pour l'Italie ont ordre de marcher, et de se rendre en Dauphiné et en Provence. Les mains du roi lui démangent ; il ne parle que de guerre et de voyages; beau* coup de gens disent ici que les papalins s'en trouveront mal.
(1) Ce docteur Mauvillain, dont il est souvent question dans les leUres de noire auteur, était, dit-on , très lié avec Molière. On prétend que c'e^t lui qui fournissait à rillu^lre auteur comique tous les ternies de la science dont il a^ait hc^oin. Jl. J*.'
A FALCUNET. 4 13
Je VOUS baise très humblement les mains , a mademoiselle Falconet et à M. Spon , notre bon ami, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Farift , le 8 décembre 1fUt2.
LETTRE DCV. — Ah même.
Pour réponse à la vôtre du 15 décembre, que j'ai reçue ce matin 22 décembre, je vous remercie de la peine que vous avez eue de donner ma lettre à M. Ravaud , comme aussi d'avoir si heureusement plaidé la cause pour M. le premier président. J'attendrai sa réponse et ce qu'il me doit envoyer sur cette affaire, laquelle je ferai réussir, tant qu'il me sera possible , à leur contentement. Je tiens pour certain qu'il est fort honnête homme, et qu'il leur témoignera sa gratitude d'une façon ou d'autre.
Il est ici peu de malades, mais le grand froid est fort contraire aux vieilles gens. J'ai fait aujourd'hui donner Textrémeonction à une vieille femme ftgée de quatre-vingt-sept ans : c'est la t)onne femme madame Dulaurens, de qui je suis médecin il y a trente-six ans. Elle est mère d'un conseiller de la cour qui est fort homme de bien ; elle est veuve depuis quinze ans d'Antoine Dulaurens , avocat au conseil , qui mourut âgé de quatre-vingt-trois ans d'une fièvre quarte; il étoit le plus jeune frère d'André Dulaurens, qui a écrit de l'anatomie. Il y en a qui croient que M. Morissct partira bientôt, et qu'il n'a accepté cette condition que pour éviter l'importunité de ses créanciers. Je ne vous puis dire que cela est vrai ; mais je tiens pour certain qu'il pourroit plus gagner à Paris qu'il ne fera en Italie , où il y a meilleure mine que bon jeu , pou d'argent, et même peu d'estime pour les gens de lettres. Morisset est savant et habile homme, l>on médecin, c'est tout
4\A I.ETTRKS hK i.Vi PATIN
dire ; il a soixante-huit ans. Vous avez bien Tait de ne point demeurer à Turin , Lyon vaut mieux, où vous primerez et triompherez si vous voulez , pourvu que la santé ne vous manque point. 0 sanitas! tu maximum hominibus (ontrm, et utiiissimum amnigenœ felicitatis hummiœ fundamentum (1). H. Morisset peut bien enseigner les médecins hémophobes italiens, et leur apprendre ce qu'ils ne savent pas. Je lui parlerai devant qu'il parte de Paris , et Tavertirai de ne point passer par Lyon sans vous aller saluer.
Ce que vous m'avez mandé de Rome et de notre affaire avec le pape est vrai; M. le maréchal d'Estrées, doyen des maréchaux de France, Ta dit tout haut à sa table. II y a ici des politiques spéculatifs qui disent que nous n'aurons point de guerre en Italie , et que ce que Ton en dit n'est qu'une feinte pour cacher le dessein du roi , qui veut sous ce prétexte faire passer i\e% troupes en Provence et en Dauphiné , pour aller assiéger Genève, ou tout au moins les obliger de permettre une liberté de conscience; mais cette pensée ne me semble point vraisemblable.
On ne dit rien ici de M. Fouquet qui soit nouveau. M. le chancelier va tous les jours , soir et matin , à la chambre de justice.
Hier mourut ici un grand et fameux partisan, nonOmé
(l)Ce mouTement d^enthomiasme pour la santé est, du rMte, plein de sens et de raison ; mais la plupart des hommes ne tiennent aneon compte de ces salutaires aYertissemonts. Je Tai dit ailleurs : « Qui estce qui comprend Timmense bonheur de la santé , quand on se porte
l>ien ? La santé esl le premier des biens ; on le dit, et on agit comme
M c'en étah le plus méprisable^ Toujours inconséquents , leA hommes aocuient la nature de nouA avoir donné une existence trop fragile , «t ils agissent comme si elle était inakérable ; d'avoir assigné à notre fie une période trop courte , et ils ne cessent par leur conduite d'en accélérer le terme, ils voudraient être Jeunes jusqu'à la dernière heure , et ils hâtent la vieillesse par une foule d'excès , elc. » [ Études de l'homhe fiant Vétat de santé et dans Véiat de maladie; 1845 , 2* édition : fur la anié , tome I. ) ^ R. P. )
A FALCONBT. 4J5
M. Bonneau; il étoii un des adjudicataires des gabelles, et avoit soixante-seize ans. Il a toujours dit, avant que de mourir, que la chambre dejustice lui coupoit la gorge, et qu'elle étoit cause de sa mort. Il étoit natif de Tours, avoit autrefois été marchand de passements , et puis est devenu grand partisan; il a eu des enfants qui lui ont bien coûté , et il a encore un fils conseiller de la cour, et néanmoins quelqu'un de ses amis m*a dit aujourd'hui que par cette mort sa maison étoit ruinée après une si grande fortune. On appeloit sa femme la reine des partisans ; peut-être qu'après la mort de son mari , elle sera réduite à sa première mesure. Il y a dans Martial une rpigramme fort gentille contre un nommé Cinnamus , qui avoit autrefois été barbier, qui par un changement de fortune fut encore bien heureux de le redevenir :
Qui tonêor fileras tota notisgimus urbe, etc. Quod êupereet^ iterum « Cinnatne^ toneor erU.
Ainsi ce qui vient par la flûte s'en va par le tambourin, et ce grand feu de vanité et de richesses mal acquises s'en va en fumée: tnale porta maie dilabuniur.
La mère de M. le chevalier la Pome n'est point à Paris ; elle est allée trouver son mari- en sa garnison ; mon fils aîné lui mandera que son fils est parti pour Malte, d'où il reviendra s'il peut et si Dieu veut. Mes deux fils vous baisent très humblement les mains , et vous remercient de votre bonne affection. J'ai céans un des livres de Carolus , de Familiis romanis, pour vous, et un autre pour M. Spon , que je vous enverrai à la première occasion. Ce livre lui a acquis beaucoup de réputation , et il la mérite, car il étudie toujours. On dit que M. Janin de Castille, ci-devant trésorier de l'épargne, et maintenant prisonnier dans la Conciergerie, est un homme ruiné, et que quand le roi lui laisseroit la vie , en lui pardonnant toei ce qo'il a fait de contrebande en sa charge, qu'il ne pent être jamais que malheureux , à cause qu'il doit h plusieurs particuliers plus de sept millions.
4 10 I.ETTHES DK (ÎUI PaTIS
La chambre de justice a donné arrêt pour faire vendre des meubles et des terres de plusieurs partisans, que Ton a saisis de tous côtés.
Parum abfuit quin tixor mea nobis mîsei^e petierit : rionnihil h^acunda et biliom incidit in febrem continv/im ctim dolom lateris pimctoiHo , rheiimatico tmnen jwtius qunm plewi'tico , qui féliciter desiit post tertiam venœ sectionem. Sed translata materia in pulmoneni eum accendit ac pêne perdidit. Sputa cmetita multa prodierunt , ingens fuit fébrile incendium , svmma (v/thelitus difficultas j vigiliœ juges, pdsus pêne nullus. Tandem singulari Dei bénéficia evasit per octies sectas venas superiof^es , sapkenamque semel^ post depleta majora vasa. Sa soif étoit presque inextinguible; maintenant nous la purgerons avec casse et séné, et elle est, Dieu merci, hors de danger. Débet illa gallum yEsculapio^ pour être réchappée d*un tel mal, duquel cent autres seroient mortes. Vive la bonne méthode de Galien et le beau vers de loachim de Bellay !
0 bonne , 6 sainclc , ô divine saignée !
Jn dies aliqiio modo levatur, quotidie apparent signa coc^ tionis manifestoria et dilucidiora , nempe morbi immimitio et symptomatum remissio , quœ sunt certissima média recurrentis melioi*is valetudinis. Je voudrois bien qu'elle fût guérie, et qu'elle fût moins colère à Tavenir (1). On dit que la loi salique est fondée sur ce vers suivant :
Provida consilia guia nescit curia malrum.
Mon fils Carolus a été son principal médecin ; elle a voulu se fier particulièrenîent h lui plus qu'à moi et à son frère
(1) Il est évident que madame Patin , nonnihil iraeunda et biliosa , fut aUeinte d'une pneumonie on fliiiion de poitrine, et la saignée répétée eut un plein succès : aussi noire auteur enlonne-t-il avec uii véritable enthousiasme le chant du triomphe , et le vers si heureusement cité d'un de nos vieux poêles en est la preuve. R. P.)
A kalconet. 4I7
ntiic ; pourtant elle ne Ta aimé que depuis qu'elle a connu que tout le monde Taimoit , car naturellement elle n'aimoit que son aîné.
Vous trouverez ici incluse une lettre pour M. Torinî , médecin de M. le duc de Savoie , laquelle je vous prie lui faire tenir h votre commodité ; c'est la réponse à celle qu'il me fit l'honneur de m'écrire l'été passé , qui , par je ne sais quel malheur, s'étoit égarée sur ma table ; il vaut mieux tard que jamais. Je ne lui parle en aucune façon de H. Morisset. Je vous baise très humblement les mains , et suis , etc.
De Paru , le 20 décembre 1062.
LETTRE DCVI. — Au même.
La saignée de la petite Madame , fille du roi , a été ici fort blâmée. Les princes sont malheureux en médecins. Biaise de Montluc , maréchal de France , Ta fort bien remarqué dans ses Commentantes. L'éducation de Louis XIII , la mort de Gaston duc d'Orléans, son frère, et celle du Mazarin, en rendent de grands témoignages. Cette petite Madame n'est morte que d'un coup qu'elle avoit eu à la tète , qui avoit fait un ébranlement du cerveau et qui lui a causé les convulsions et la mort. Donc elle n*avoit pas besoin de saignée. Il y a bien des gens qui ressemblent à ce peintre dont Pline a parlé , qui ne ponvoit pas s'empêcher de mettre toujours la main a ses tableaux.Quand un tableau est bien fait, il n'y faut plus toucher. Il ne faut faire des remèdes qu'à ceux qui en peuvent être soulagés , de peur, comme dit Celse , de diffamer des remèdes qui ont été salutaires à plusieurs autres, et il falloit simplement s'en tenir au pronostic. Dans la première race de nos rois , il y en eut un à qui tous les enfants mouroient. Sa femme lui remontroit que Dieu le permettoit ainsi , à cause qu'il chargeoit trop son peuple. Tous ses enfimts moururent, et le peuple no fut point dérharp:é. Co nV.st pas qno je le voulusse appli- III. '27
quer au roi , car tous les gens de bien sont ici assurés de sa bonne volonté, mais je voudrois qu'il en sût la remarque. J'ai fait saigner autrefois un enfant de trois jours pour un érysi- I pèle qu'il avoit à la gorge. Il est encore vivant, âgé de Irente- 1 cinq ans. Il est capitaine de Dunkerque. C'est le fils de made- / moiselle Choart. J'ai fait saigner le fils de % Lambert de / Torigny le soixante-deuxième jour de sa vie , qui a aujour- / d'hui dix ans. L'application des grands remèdes, dans un / âge si tendre , demande beaucoup de jugement (I). I Guénaut ne sait tantôt plus ce qu'il fait; il n'a ni mémoire j ni jugement, il n'a plus que l'avarice et l'ambition dans l'es- I prit C'est grande pitié que la vieillesse ! Qu\d non longa dies^ I quod non consumitis anni? Punition divine, dit Homenas dans l V Auteur français.
Le petit Gascon avoit beaucoup de feu , et peu de fonds , mais il avoit de la malice et de l'ambition extraordinaire ; il avoit supposé de faux contrats pour se marier : ces tours n'appartiennent qu'à des Gascons. Il a laissé du désordre en sa maison. On dit que son Qv^nd-père , Ludovicm Lapes, medicus lusitanus y judaicœ religianis, fut pendu en Angleterre Tan 1595. Vide Gratium, de Bella belgicOy et Cambdenum, inAnnalibus ElisabethcBy Anglamm reginœ. C'est une méchante peste qu'un juif portugais empoisonneur, etc.
Madame de Rolian a fait faire quelque satisfaction à M. Morisset , mais cela ne va pas encore bien : ex inflicto vulnere remanet cicatrix quœ non facile deletur^ semper avm^us eget.
Les deux rapporteurs de M. Fouquet travaillent aux pièces de son procès , pour en faire leur rapport , qui ne sera pas sitôt, d'autant qu'il faut bien du temps à visiter tant de papiers. On dit qu'il y a des conclusions de mort contre Catelan , qu'il sera pendu et étranglé , et que son corps demeurera à la potence trois jours et trois nuits. On dit qu'il y a trois nouveaux intendants des finances , MM. Charon , Piquon et Hotte-
(1) Rien de plus vrai ; mais faire saigner un enfant de trois jours et un autre de deux mois ! Cela est-il possible, cela est-il vrai? De nos jours nous n^avons pas une pareille témérilé. ( R. P.)
A FALCONBT. 4 19
man , dont le premier est beau-père de H. Colbert , qui est aujourd'hui le mignon et le favori de la fortune (1).
On ne parle ici que de la guerre en Italie et contre le pape, et qu'il y a des troupes qui ont ordre de marcher.
Je vous envoie un petit mot de réponse pour M. votre fils, que je vous prie de lire et de lui envoyer ensuite. Mais retirezle de là le plus tôt que vous pourrez : heu! fuge cmdeles terras^ fuge lùtus (xvanjm ! Il ne sera jamais mieux qu'auprès de vous ; ce sera votre présence qui le retiendra et l'enseignera ; il se doit imaginer que vous lui dites tous les jours : Disce^ puer^ virtutem ex me verumque laborem.
On commence ici l'impression in-folio de la Pratique de HoUier, in qua , prœter textum et scholia Hollerii , enarrationes et annotationes Lud, Dureti^ et exeixitationes Valesii ^ legentur commentarii novi et observationes selectœ Joh, Haut in ^ tned. paris, , qui a été fort savant et fort employé , et qui mourut ici Tan 1616. Mais j'ai bien peur qu'il n'y ait bien des fautes , car tous nos libraires sont bien taquins et bien ignorants ; ils n'ont pas même d'esprit pour bien faire.
J'espère de renvoyer à MM. Huguetan et Ravaud leur épttre dédicatoire pour le Cardan la semaine qui vient , et que le soir de dimanche prochain on me la rendra chez H. le premier président J'y suis invité à dîner, mais je ne puis y aller.
Le jeune M. de Rhodes est-il de retour d'Italie? Je suis, etc.
De Paris , le 10 Janvier 1663.
(i) Il le fut Juaqu^à la fin de sa vie , car Louis XIV oonnaîaaaii la va* leur d'an tel bonne. Jean-Baptute Colbert (oé à Reims le 29 août 1610, mort à Paris le 6 septembre 1683), petit commu dans les boréaux du cardinal Maurin , puis son intendant , devint contrôleur général des finances et fut Ton des plus grands ministres de la France. Colbert resta ministre vingt-deux ans, et il lai.ssa prés de douze millions de fortune, malgré les énormes dépenses de sa maison. On lira avec intérêt sur ce grand honme Toutrage ayant pour titre : Histoire de la vie et de Vadminiilration de Colbert, préeédée d'une élude h'stonque tur Nicolae Fouquet, surintendant des finances; suivie de pièces justificatives ^ lettres et documents inidUs ; par Pierre fJément, Parb, 1846, in-8".
AW LETTUES UK i;l I IWTIN
LETTRE DCVII. — Au mmne.
Votre M. Gras est tout plein de mines et de mystères : passe pour tout cela , si Ton faisoit ce qu'il faut, et que les malades en pussent guérir. Les fièvres continues malignes qui sont dans les Épidémies, étoient des maladies pestilentielles; mais Hippocrate n'a point parlé de la poudre de vipère. Est-ce que ce bonhomme n'étoit qu'un ignorant au prix d'un tas de novateurs et de nos thaumaturges, qui est le nom que Galien a donné à ces prétendus faiseurs de miracles en plusieurs endroits de sa Méthode? Je sais bien que vous n'aimez pas à Lyon toutes les grimaces de votre collègue. On ne sait comment faire avec ces fantasques ; ils sont à charge à eux-mêmes et à tout le monde.
Le livre des Fièvres de Sennertus me semble bon à lire à M. votre fils. Cet ouvrage est une belle ville pour y passer, Galien et Fernel pour y demeurer. Ces deux derniers contiennent une doctrine ferme et constante, dans laquelle il faut mourir , jusqu'à ce que Dieu nous ait fait voir le contraire par quelque grand miracle; à quoi il n'emploiera jamais nos nouveaux empiriques, ni tels prophètes qui ne font que du bruit , et ne sont bons qu'à faire sonner des cloches.
Le parlement a donné un arrêt assez sévère contre une thèse de théologie qui devoit être disputée en Sorbonne , et qui ne l'a pas été , dans laquelle on vonloit faire passer comme un article de foi cette prétendue infaillibilité du pape, contre laquelle M. Talon fit merveilles au parlement. Un savant homme m'a dit à Toreille qu'un hoimêle homme du parti des jansénistes uvoit fait un livre in-folio, qu'on a fait imprimer en Allemagne touchant cette matière et autres en françoîs, qui sera bientôt ici. C'est-à-dire que, quand on a rerais l'épce dans le fourreau , les hommes no laissent point do faire la guerre avec la plume. Je suis, etc.
Dp Parw, le 30 janvier 10(13.
A FALCUMKT. 34 I
LETTRE DCVIll. — .4 m Hwnu:
Je vous dirai que depuis quatre joui*s j'ai délivré à un libraire de la rue Saint-Jacques, qui faisoit balle pour Lyon, un paquet de livres pour ôtre délivré à M. Spon, dans lequel il y a un livre de mon fils Charles , qui a restitué et augmenté le Fuloius Ursinus^ de Familiis romanis^ in-folio. Il vous en fait présent avec une petite tettre latine écrite de sa main. Nous vous prions d'agréer sa bonne volonté ; j'espère que dans deux mois vous en recevrez encore un autre de sa façon.
On attend ici de jour en autre le cardinal d'Est; mais on ne dit rien de certain, ni de la guerre d'Italie, ni du pape, ni de H. Fouquet, ni des partisans. Il y a pourtant ici une nouvelle sûre, c'est que M. Merlet , qui étoit l'ancien de notre Faculté, sera ici demain enterré. Il mourut dimanche dernier, 11 de ce mois, le troisième jour de sa maladie, qui fut un rhumatisme interne qui lui étouffa le poumon. Platon a dit quelque part qu'un honnête homme ne doit point mourir qu'il n'ait passé quatre-vingts ans; lui-môme en a vécu quatre-vingt-un, et H. Merlet en a passé quatre-vingt-deux. Il sera demain mis en terre dans Saint- Jacques-de-la-Boucherie, où déjà gisent les corps de Jean Fernel et de Jean Hautin, dont on imprime les Commentaires et les observations choisies de la Pratique d'ffollier^ avec la même Pratique in-folio, qui pourra être faite dans six mois. Nous avons encore un autre collègue, nommé M. du Ciédat, qui est de la Réoleprès de Bordeaux, âgé de soixante-quinze ans, phtliisiqueetasthma* tique, qui se meurt. Il ne fut jamais savant ni riche; néan* moins on dit que toute sa vie il a fait des Commentaires sur saint Matthieu,
Le roi a fait saisir quelques libelles qui s'imprimoient à deux lieues d'ici, dans un village nommé Montreuil , pour
4î% LBTTRB» DE GUI PATIN
M. Fouquet, par le soin de ses parents. Je vousbaise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paru , le 13 féTfier 1663.
LETTRE DCK. — Au même.
Je crois que vous avez reçu ma dernière , en laquelle je vous mandois que H. Noël , professeur très célèbre en philosophie, dans le collège d*Harcourt, devoit prendre possession d'une chaire royale dans notre grande salle de Cambray , à la place de H. Padet, qui n'en peut plus, quique fuit hactenus a multis annis Atlas Academiœ parisiensis , sur quoi je vous puis dire qu'il a donc harangué aujourd'hui (ce 28 février) en belle compagnie , très doctement et très élégamment M. le cardinal Antoine avoit promis d'y venir, mais il n'a pu, étant pressé d'autres affaires. M. l'évéquedeCoutances y a assistéen qualité de grand-vicaire du grand-aumônier.
Avez-vous pris la peine d'enyoyer au révérend père Théophile Raynaud celle que je lui écrivis il y a huit jours , que je laissai par mégarde dans le paquet de M. Langlois, au lieu de renfermer dans le vôtre? Je vous prie de vous en souvenir , afin qu'elle ne soit point perdue. Cl, vîrum et mnicwn singur larem no^rum Car. Sponum saluto. Je le prie d'avoir soin de m'envoyer notre petit ballot par le coche d'eau , maintenant que la rivière est dégelée; j'ai dit hier adieu au maître du coche de deçà , qui a été fott malade. On fait en nos écoles les opérations de chirurgie sur le corps d'un Normand qui fut hier rompu à la Grève; cela sera cause que je ne recommencerai pas sitôt mes leçons, auxquelles je pensois pour mardi prochain 16 du présent mois.
Quelles nouvelles avez-vous de Montpellier? Quel ordre M. R. de Belleval a-t-il mis dans sa maison pour la sottise de sa
A FALCONST. 423
femme? Comment se porte M. votre fils? Est-il grand botaniste? Quand passera-t-il docteur? Quand sera-t-il de retour à Lyon? car il sera mieux avec vous qu'avec qui que ce soit.
On parle ici de faire un recueil de toutes les œuvres de M. de Balzac en deux volumes in-folio , comme sont les oeuvres de H. de la Motte-le-Vayer.
On montre ici en cachette un jeton en faveur de M. Fouquet ; il y a pour ses armes un écureuil , qui a à ses deux côtés trois lézards, qui sont les armes de M. leTellier, et un serpent ou une couleuvre , qui est de M. Colbert , et Técureuil qui est au milieu , ne sachant de quel côté se tourner , et il a pour devise ces mots : Quo mevertam? nescio (1), se voyant entre ses deux ennemis.
Par arrêt de la chambre de justice , un nommé Pompardin, receveur de tailles, à Étampes, a été condamné de faire amende honorable dans la cour du palais , à 10,000 livres d'amende, et à un bannissement, pour plusieurs malversations en sa charge dont il a été convaincu. Il eût été pendu , si plusieurs de ses parents et amis n'y eussent employé tout leur crédit. Un honnête homme m'a dit ce matin que nous n'aurons point de guerre en Italie , et que quand on lèvera des troupes , ce sera à un autre dessein que de faire la guerre au pape ; mais on parle du roi d'Espagne comme d'un homme fort malade , et qui ne peut plus aller loin , si bien qu'on l'empèche d'attaquer le Portugal, en divertissant son armée, et l'obligeant d'envoyer ses troupes en Italie, pour munir le Milanais : joint aussi qu'il en a encore besoin pour la Flandre, à laquelle on ne manquera point, si le cas y échet.
On a de nouveau mis en prison , par ordre de la chambre de justice, plusieurs gens qui se sont mêlés de la maltôte, comme Frémond , Roland , le Noir et autres commis des partisans. On dit ici que le pape est d'accord avec le roi , et que
(1) GeUe devise q^irteoelle rappelle celle du fastueux surioleodaDt : Quà non oscsmiaffi ? (R. P.)
•i24 LETTRES DE lîCl PATIN
nous avons , ce 2 mars , quatre cardinaux nouveaux , savoir . M. le duc de Mercœur, M. l'archevêque d'Embrun , qui est notre ambassadeur en Espagne, H. de Rhodes, archevêque de Paris, et M. Tancien évêque de Rennes, aujourd'hui archevêque d'Aucli : cela n'est pas encore assuré.
M. le chevalier Falcouet m'est venu voir, qui m'a fait vos très agréables recommandations, pour lesquelles je vous remercie. Il m'a promis de bien étudier; il dit qu'il va fort soi^ gueusement au palais à toutes les audiences , et qu'il ne perd point du tout de temps. Dieu lui fasse la grâce de dire toujours vrai ! Fiat ^ fiati
M. Faucon de Ris, ou plutôt seigneur de Ris, gros village près de Corbeil , premier président de Rouen , est mort à cinquante-huit ans ; il avoit succédé en cette charge h son père, et son père à un sien frère aîné qui étoit un fort habile homme. Je pense que vous avez vu ce dernier, mort, autrefois à Lyon, intendant de justice, lorsqu'il étoit maître des requêtes.
On parle ici d'assembler les chambres du parlement pour entendre les plaintes d'une belle demoiselle , laquelle accuse M. Hillein , conseiller de la cour, de la cinquième des enquêtes , de l'avoir engrossée : nempe omnis ordo exercet histrioniamy venalium greXy reXj sacerdos, pleôs, eques : sed furta , fraudes ac scelus mcn^talium , cogente vei^o , lingtia aber'^ raiis indicat , multi doquuntm\ insciciites edocent.
Il y a ici un factum nouveau pour M. Fouquet, dans leiiucl M. Colbcrt est fort chargé sans y pouvoir répondre.
Madame la duchesse de Savoie sera mariée dimanche prochain , et dès le matin elle partira pour son voyage do Turin. M. Morisset, passant à Lyon, ne manquera pas de vous aller saluer et de prendre vos bons avis pour cette cour-là. On dit que Ton va donner à M. le duc d'Orléans le gouvernement de Languedoc; que M. le prince de Çonti aura la Guyenne, et que nous sommes à la veille de voir du changement de faveur à la cour. On dit que la paix est arrêtée entre le roi et le pape;
A KALCONKT. 425
que Ton renvoie H« de Créqui à Rome ; et que quand il sera à Toulon , le pape l'enverra prier de venir à Rome. On dit que nous aurons bientôt un livre bien curieux contre les jésuites : toute la défense des jansénistes; que ce sera un gros in-folio imprimé dans une ville catholique où les pères de la sainte société n'ont point de crédit. Le prétendu accord entre ces deux partis est tout-à-fait rompu ; on dit que quelques vieux docteurs en Sorbonne en sont cause , à la suggestion des jc«suites , qui sont des maîtres passefins.
On commence ici une nouvelle édition du Kecueil de totUcs les œuvres de feu M. de Balzac; il y aura deux volumes infolio : ce sera un grand ouvrage , bel et bon , qui fera honneur à la France et à notre langue , même sa vie y sera ajoutée. Permettez-moi, monsieur» de vous faire une petite importunitr. Quand vous verrez le révérend père Théophile Raynaud, tâchez de savoir de lui qui est un certain Gaspar Ckicoeius , liô. 1 , Alloquiorum , qui a écrit contre Érasme , et où ce livre a été imprimé. Le révérend père Théophile a cité cet auteur dans son livre, de Bonis et malts libris^ imprimé in-quarto chez M. Huguetan , Tan 1653. C'est à la page 25.
M. Colbert fut hier saigné ; M. le Tcllier est au lit , malade d'une lièvre continue , pour laquelle il a déjà été saigné quatixî fois. On dit que la reine-mère est mal contente de M. Colbert, et que l'affaire de M. Fouquet est civilisée, et qu'il en sera quitte pour quelque bannissement , ne pouvant être convaincu d'aucun crime , qu'il ne s'en défende bien et ne le rejette sur le cardhial Mazarin , ce que la reine-mère ne veut point souffrir, joint qu'il se- plaint qu'on s'est saisi de ses papiers, parmi lesquels il y en avoit plusieurs qui contenoient sa défense.
Je vous envoie un billet de mon fils Uiarles, qui servira de l'éponse à celui que vous lui avez envoyé.
Madame la nouvelle duchesse de Savoie part demain de cette ville, et s'en va trouver son mari. Je crois aussi qu'elle emmène son médecin , M. Horisset.
M. Horisset est fort habile homme, parle bien latin et en-
4i6 LKTTRBS DH OUI PATIN
tend bien la pratique. Ce n'étoit point son f^it de quitter Paria, où il avoit assez d'emploi et auroit bien pu en avoir davantage ; mais les désordres de sa famille et sa vanité trop ambitieuse, avec le grand nombre de ses créanciers , l'ont obligé de prendre le parti qui s*est offert de Turin , et que plusieurs autres avoient refusé. Nous sommes de même licence et de même pays. Il est natif de Beauvais, fils d'un seigneur, et moi d'Hodenc-en-Bray , à trois lieues de là , fils de bonnes gens que je ne voudrois pas avoir changés contre de plus ri* ches. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur
De Paris , le 6 mars 1663.
LETTRE DCX. — Au même.
H. de Vertamon , conseiller clerc , homme fort riche et fort épargnant, n'est point mort pauvre. Il avoit si rudement épicé ses procès, qu'on lui a trouvé dans son coffre, après sa mort, 400,000 livres en or et en argent comptant. Il étoit chanoine de Notre-Dame, mais il ne donnoit jamais l'aumône.
Le roi est avec les reines et M. le dauphin dans le bois de Vincennes ; on dit qu'il s'en va bientôt avec tout son train à Versailles. On dit ici que les députés des Suisses sont en chemin. Quel grand dessein a donc le père J. Gibalin, dans lequel il y aura tant de volumes? Qui vous a dit que le grand ouvrage , de Piantis , d* Ulysses Aldrovandus , soit achevé à Boulogne? En avez -vous vu quelques exemplaires à Lyon? Votre M. Barat ne pense-t-il plus à son G. Rondelet? Que . font vos deux jeunes médecins à Lyon, Basset et Lucques? Et ce musicien provençal n'y demeure-t«il point aussi? Que devient donc l'édition des œuvres du révérend père Théophile Raynaud ? Y a-t-il apparence qu'elle sera bientôt achevée? J'apprends que vous serez bientôt échevin de Lyon ; je vous le
A FALGONBT. 427
souhaite et' m'en réjouis de tout mon cœur. On fait ici des préparatifs chez quelques moines , pour y solenniser la fête de sainte Thérèse, à cause de la reine. Dieu soit loué de tout; mais le peuple est bien grevé ; il faudroit que la taille diminuât, afin qu'il se pût réjouir aussi bien que les moines , pour qui il est fête tous les jours. Il n'est point ici de malades ; j'en loue Dieu. Je ne serois point fâché de ce loisir s'il pouvoit durer; nous nous gendarmons assez toute l'année, nous nous tuons pour autrui, OBurum dum quoerimuSt (Bvum perdimuSy et, comme Martial a fort bien dit, jactamur in alto urhiSy et in sterili vita labore périt. Mais il faut prendre patience , le bon temps viendra quand il plaira à Dieu ; si nous ne l'avons , c'est que nous ne le méritons pas : fomicavenmt fUii Adam , et declinaverwU ad coHtritiam. Je vous baise les mains, et suis de toute mon âme votre , etc.
Oe Paru, le 15 mars 1663.'
LETTRE DCXI. — Au mhne.
Je vous rends grâces de votre belle lettre qui m'a donné * beaucoup de satisfaction. Je suis bien aise que le Cardan soit si fort avancé. Vous m'avez fait honneur de me mettre dans votre préface ; mais si Ton se moque de moi pour la disproportion qui se rencontre de ces messieurs avec moi, qui ne puis et ne pourrai jamais entrer en comparaison avec de si grands personnages , vous en serez cause, et je vous en prendrai à garantie. Néanmoins, quoi qu'il en puisse arriver, comme je vous en ai obligation, je vous en remercie de tout mon cœur.
Pour ce que vous me mandez touchant le livre de feu M. Bouvard (1), c'est une autre affaire. J'en avois un qu'il m'avoit donné avant que d'être achevé. Il en lut quelque chose à feu M. Riolan son beau-frère , qui lui conseilla de
(1) Voyez les notes t. II, p. 243 et 289.
HS LETTRKS DE GUI i'ATLN
cacher le tout et de le supprimer, tant parce qu'il étoit mal fait que parce qu'il y offeusoit des gens qui lui pouvoient nuirc. Ces messieurs étoient le cardinal Mazarin , Vautier et Valut. M. Bouvard , qui étoit déjà fort vieux, eut peur des menaces de M. Riolan, qui étoit un homme acre. Il en avoit donné un à M. Moreau, qu'il retira disant qu'il y vouloit changer quel* que chose. Il m'en fit autant, et je fus assez simple de le lui rendre. Feu M. Moreau me dit que cela ne valoit rien , et qu'il étoit indigne d'avoir place dans son étude. H. Bouvard étoit déjà fort sec et fort maigre ; enfin il mourut d'une phthisie de vieillesse. Depuis ce temps-là j'en ai parlé une fois à madame Cousinot , sa fille, qui me témoigna que la famille n'étoit pas contente de ce livTe. Je sais bien que M. Bouvard m'a dit autrefois qu'il avoit entretenu le feu roi du mérite et de la capacité de quelques médecins, par les mains de qui sa majesté avoit passé , et après qu'il lui en eut dit ce qu'il en savoit , que le roi s'écria : « Ilélas ! que je suis malheureux d'avoir passé par le^ mains de tant de charlatans! » Ces messieurs étoient Héroard , Guillemeau et Vautier. Le premier étoit bon courtisan , mais mauvais et ignorant médecin. ' M. Sanche le père m'a dit ici l'année passée que cet homme ne fut jamais «médecin de Montpellier. Le second étoit un rusé courtisan qui avoit grande envie de faire foilune ; mais les malheurs de la reine-mère, de laquelle il espéroit, leiilralnèrent , et le démon du cardinal fut plus fort que le sien. Si bien qu'il succomba, et, quelque efibrt qu'il ait fait depuis, il n'a pu y revenir, quoiqu'il ait remué ciel et terre , et que même le feu prince de Condé en eût lui-môme parlé, tantau cardinal de Richelieu même, qu'au feu roi et à la reine-mère. Il avoit quelques bonnes qualités; il en avoit aussi de mauvaises. Je lai fréquenté vingt-sept ans. Nous étions de même licence. Je savois bien sa portée. M. Baralis et moi avons été ses médecins jusqu'à sa mort. Enfin , j'ai reconnu qu'en son fait il y avoit beaucoup dhypocrisie et de finesse; mais aussi y avoit-il de la bonne Joclriïkî et de la vtnUi, c'est-à-dire de
A FALOONET. ^20
la marchandise intMée. Pour Vautier, qui étoit un mécliant juif du comtat d*Avignon , fort glorieux et fort ignorant , il a été bienheureux de n'avoir pas été pendu , et il l'eût été infailliblement, si la pauvre reine eût vécu encore six mois. Il avoit fait de la fausse monnoie , et trouvé moyen de se fourrer ensuite à la cour. Les disgi'àces de la reine-mère lui donnèrent entrée à Blois par le crédit de madame de Guercheville. 11 se van toit de secrets chimiques , et ressembloit fort a ce médecin de Tacite, Eudemus specie artis ^ frequem secretis. Il se poussa ea parte qua fiunt komines, et quapoUebat (f). Les Marillac lui aidèrent en abaissant le cardinal de Richelieu qu'ils avoient dessein de perdre. La journée des dupes arriva. Le cardinal fit arrêter les Marillac et les perdit. Vautier fut arrêté prisonnier dans la Bastille près de douze ans. Enfin, la scène et le théâtre de la cour étant changés, il devint premier médecin du roi, moyennant 20,000 écus qu'il donna au cardinal Mazarin qui prenoit de toutes i.nains , à la charge, comme on dit , qu'il seroit là son espion. Voyez la politique : il avoit été prisonnier du père douze ans, et on lui commit la santé du fils. L'histoire du temps en dira davantage. J'ai vu d'étranges mémoires contre lui sur la sortie de France de la reine-mère quand elle passa en Flandre. En voilà assez pour vous dépeindre ces trois fameux personnages. Je suis , etc.
De Pari-s, le 23 mars 1663.
LETTRE nCXlL — An même,
J'avois recommencé mes leçons en fort belle mais on pendit hier trois jardiniers , voleurs de mins , dont l'un a été porté en nos écoles pour en
e compagnie; / 3 grands che- / în faire Tana-'
(1) L'iHastrc Borden fui aussi acrusé , maïs a tort, d'avoir employé II» m^me niov<»fi. Il avait des faruitôs lirancoup plus nobles. ''R. P.^
tomie. C'est pourquoi j*ai averti mes auditeurs que je ne continuerai mes leçons qu'après l'anatomie.
Je vous chercherai quelque thèse de la saignée dans l'apoplexie, que vous me demandez ; je crois qu'il y en a : cependant, voyez Duret, in Coacas Hippocratis et Hofmaani Cammentaria in Galtnum , de tisu partinm. L'apoplexie proprement dite vient toujours du sang , mais c'est une maladie très rare. Les anciens l'ont appelée ictus smguinis , comme on lit dans Âurélius Victor , en parlant de l'empereur Vérus : ^t inter Altinum et Concordiam ictu sanguims exanimatus est , quem Grœci apoplexiam dicunt»
Nous avons perdu notre maître Jean Maurtn , Provençal , fameux esclave des apothicaires. Il est allé ordonner des perles eu l'autre monde en leur faveur. Il a été suivi de M. du Cledat, Gascon de la Réole en Bazadois. Je pense que les apo* thicaires feront en leur chapelle dire des messes pour le repos de l'àme de ces deux hommes. Mais prier Dieu pour ces gens-là , n'est-ce pas abuser de sa bonté? Ne faudroit-il pas auparavant savoir s'ils étoiènt baptisés , s'ils croyoient en Dieu , et s'ils avoient une àme? Adieu , je fuis « etc.
De Paris , le 20 avril 1663.
LETTRE DCXIII. — Au même.
Je porterai votre lettre à H. le Blanc, qui est un grand homme du Languedoc, bon et doux, demain en allant au Collège royal y faire ma leçon. 11 n'est pas docteur de Sorbonne, mais docteur et professeur en droit, et prêtre assez dévot; au moins il en a la mine. Je crois qu'il est fort homme de bien.
Je vous remercie de l'amitié que vous m'avez procurée du révérend père Théophile; je lui en écrirai tout exprès , et l'en remercierai ; je vous supplie , en attendant, d'avoir bien soin de sa santé , et d obtenir de lui qu'il se purge à ce printemps,
avant que les chaleurs de Tété nous viennent accabler, afin qu'il ne meure pas sitôt et qu*il puisse voir la fin de tous ses ouvragés imprimés en dix- neuf volumes , et qu'il jouisse longtemps de la gloire qu'il a méritée; c'est la «moindre récompense qu'il puisse avoir pour tant de veilles et tant de travaux. J'espère que Dieu le récompensera de tant de peines qu'il a prises pour la défense de la vérité. Je baise très humblement les mains et à lui et au révérend père Bertet. Je prie Dieu qu'il les conserve tous deux encore longtemps en bonne santé. J'attendrai patiemment tout ce que vous me promettez des pères J. Gibalin et Ménétrier, et du père Bertet.
Le chancelier de Navarre, dont M. Cellier a acheté la bibliothèque, étoit ce même M. Sofroy de Calignon qui a été un grand homme d'État , et qui a fait l'édit de Nantes , avec M. le président de Thou, qui a fait l'histoire de son temps, et qui a été le père de ce pauvre malheureux qui eut la tète tranchée à Lyon Tan 1642. M. Calignon avoit laissé un fils, qui a été conseiller au parlement deDauphiné, que j'ai connu en cette ville l'an 1639^ et qui est mort il y a quelques années. C'est peut-être de lui que vient celte bibliothèque.
La bibliothèque de Gesner est un fort bon livre; mais comme il y en a de diverses éditions , il en faut avoir la meilleure, laquelle est in-folio, de l'an 1583, Tiguri, qui est Zu- -rich en Suisse. Ce livre aussi bien que Fustathius in Homerum , n'ont plus de prix , ainsi je ne vous le puis dire.
J'apprends que le Cardan de M. le premier président est en chemin avec trois autres exemplaires que j'ai demandés pour le roi de Danemark, pour M. son ambassadeur et pour moi.
Je suis bien aise que M. votre fils soit docteur, mais il me semble que vous êtes obligé de le tenir près de vous : il ne peut être mieux en aucun lieu; votre présence l'instruira, non est in Mo scmctior orbe locus. Montpellier est tout plein de débauches et de vanité, et il n'y peut rien apprendre au prix de ce qu'il peut faire à Lyon près de vous. C'est M. Morisset qui a eu du malheur en son décanat. M. Blondel, son prédé-
cesseur, avoit rendu ses comptes, par lesquels on reeonnoîssoit que la Faculté lui devoit 4,160 livres de reste. L'arrêt contre les chirurgiens-barbiers et quelques autres dépenses étoient cause de cette grande son^me. M. Morissct ne la paya point, lit moris est^ disant qu'il n'avoit point d'argent (il en devoit pourtant avoir , car on lui montra qu'il avoit reçu plus de 6,000 livres depuisqu'il étoit doyen). M. Blondel, qui eu* tend la chicane, le mit en procès, et enfin le fit arrêter prisonnier et lui fit trouver de l'argent; ensuite de quoi ils se sont fort chicanés. Quand H. (tforisset a voulu rendre ses comptes, il a voulu y faire passer beaucoup d'articles auxquels on s'est opposé, et même le censeur au nom de toute la Faculté; sur quoi il s'en est allé en Savoie sans avoir terminé cette aifaire et sans nous rendre nos registres ; c'est pourquoi notre doyen plaide aujourd'hui contre sa femme, et a obtenu arrêt contre elle, par lequel elle est obligée de les remettre entre les mains du doyen. On lui en a écrit en Piémont, mais je ne sais ce qu'il en fera. Feu M. Merlet étoit son grand conseiller et le faisoit avec plaisir, et en dépit de M. Blondel, avec le* quel il étoit fort mal , etc.; mais ce M. Merlet est mort. Je vous manderai ci-après ce qui en arrivera.
J'ai un livre que mon second fils vous envoie, et un autre pour M. Spon ; les deux que nous vous avons envoyés sont en cheniin , ceux-là sont in-folio , ceux-ci sont in-quarto , des Tourbei, fombustibles , et assez curieux. Je tiens que M. Morisset reviendra, et qu'il a mal fait d'être parti. Quand on veut gagner de l'argent, il ne faut point sortir de Paris; mais je pense que le mauvais état de ses affaires domestiques l'y a porté.
M. le prince de Danemark et H. son ambassadeur me veulent tirer d'ici , et m'emmener en ce pays froid. Us en ont œrit au roi , qui leur a donné charge de m'emmener. On m'a fait de belles offres, mais je n'en veux point. Je ne suis ni à vendre i»i à acheter; je veux être enterré à Paris auprès de mes bons amis.
M. le président de Thon en sa belle histoire a fail mention
\ rAl.D)NET. -433
(le H. deCalignoii, chancelier de Navarre, en divers endroits, du temps de Henri IV, et entre autres sous Van 1606; auprès de M. Des|)ortes, abbé deTiron, qui(|uiUa le parti du i-oi, (t se mit du côté des ligueurs; c'est pourquoi la Satyre menippée^ de la vertu du caihoiicon d'Espagne^ l'appelle le poêle de Tamirauté, sous ombre qu'il se mit du côté de l'amiral de Villars, lequel ayant voulu tromper les Espagnols se trompa lui-même, et en fut mauvais marchand.
Depuis Tort peu de temps , et en moins d'un mois , le vin émétique donné de la main de M. Guénaut a tué ici quatre personnes illustres , savoir: madame la présidente de Nésmoud , propre sœur de M. le premier président ; la présidente de Biron , delà cour des aides; M. Colbert de Saint- Pouang*^, beau-frère de M. leTellier, et son premier commis, et la marquise de Richelieu, fille de madame de Beau vais, première femme de chambre de la reine- mère. (On dit que le père de cette madame de Beauvaisétoit un fripier de la halle, d'antres disent encore moins que fripier, mais seulement cro- j cheteur; si bien que le cardinal de Richelieu a volé toute la | France pour enrichir les descendants d'un crocheteur. ) Gué- î naut en est fort blâmé par tout Paris, et en a reçu des re* ^ proches et des rebuffades à la cour : il est malaisé d'être \ longtemps bon marchand de mauvaise marchandise. Madame : de Beauvais lui a reproché la mort de son gendre et de sa • fille, en pleine cour , et en présence de la reine même. (
Je vous donne avis que j'ai vu aujourd'hui M. Leblanc, à qui j'ai rendu votre lettre en mains propres , je Tavois cachetée; il m'a dît que sa lettre étoit vraiment de lui, aussi bien que la première qu'il écrivit en relevant de maladie , mais que M. votre fils, le chevalier, étudioit fort bien, et qu'il en étoit bien content; qu'il y avoit ici un jeune homme Auver« gnat qui lui donnoit heureusement de l'émulation ; mais il se plaint qu'il n'a rien reçu depuis cinq mois, et qu'il Ta dit à M. de Fontenclles. Je ne sais ce que c'est ; mais mandez-moi ce que vous voulez (pie je fasse , s'il y a quelque argent a lui in. 28
donner ; je lui donnerai volontiers. Il craint que M. votre fils, le chevalier, n'ait reçu cet argent, et ne Vait employé à autre chose.
On dit ici que mademoiselle de Turenne est fort malade; c*e$t des Fougerais qui me Ta dit ce soir , antiquojure et avito religiofûê principum, magnatum et mediconan^ (upuroMa iravrou
La Chambre de justice continue au procès de H. Fouquet et des trois trésoriers de l'épargne. H. de Longueville est fort malade à Rouen ; un de nos confrères , nommé Brayer, très savant homme, y est allé en diligence. La reine-rnère a été malade d'une double tierce; mais on dit qu'elle se porte mieux. Le livre de M. Bochart, de Animalibus sacrœ Seriptfirœ^ imprimé en Angleterre, est en chemin ; il y en a déjà quelques exemplaires à Paris entreles mains de quelques curieux(l). Je vous baise très humblement les mains, à roadencKiiselle Falconet, et à H. Spon notre bon ami, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De F^râ , le 4 mai 1053.
(t) ttoolMri (Samuel) a été remarquable par son éruditîoii • à une époque où il y avait beaucoup d'érudita. 11 naquit à Rouen, d*un miuislre protestant , en 1599. Dès sa jeunesse il s*acquit beaucoup de réputation. Personne ne sut mieux que lui pénétrer dans les profondeurs historiques de 1 Écriture sainte. La reine Christine l'appela à Stockholm , et il fit œ \oyage en société avec le célèbre Huet. On assure que Christine , dont le caractère était assex bicarré , Tayant pressé de Jouer an volant, Bochart mit bas son manteau et Joua de bonne grâce. De retour en France, sa réputation ne fit qu'augmenter. Ayanâ peidn sa fille unique , il en conçut un tel chagrin , qu'au milieu d'une dispute littéraire avec Huet» dans l'Académie deCaen, il fut firappé d*apoplexie le 16 mai 1667. Ses ouvrages très nombreux ont été recueillis à Leyde sous ce titre : Sam. Bochart , Opéra omnia , hoe atl : Phaleg, Canaan^ ' tel» geograpkia $aem et Af arosotcon , uu de animalibui $aent , $aerœ SerifemrWt «< dittarfaltofias varier; 167S, t vol. in-fol. ; 1698, 1718, 3 vol. in-fel. R. P.)
A FALCONBT.
LETTRE DCXIV. — Au mAnp.
J'ai donc eu raison de vous mander par ma dernière que cette bibliothèque de Grenoble devoit venir chez M. de Galignon , dont j'ai traité ici le fils qui y étoit conseiller, et fort galant homme : memoria banortmi sit in beiiedictionem.
Je ne sais si TÉrasme s'imprime à Rotterdam ; mais on m'a assuré qu'il s'y fera et qu'il est commencé.
J'ai reçu ce qu'a fait le R. P. Bertet sur le mariage de Sa* voie ; cela est fort beau , je l'en remercie de tout mon cœur. Hic mole audit et dicitur delirare JiMinus veitet* seniof* ; quod facile credo; alter wm sa^nt^ et vix tmquam mpiet; isthœc poî^s est maxima stultitiw taiium medicagtrotnnn ; sed tlç xéf^oocaç abeant atfMtrôfo&c isti mbulone^ , inw in maiam crucem , res iuas habeant sibi.
Je vous promets quelques thèses, de venœ sectione in apoplexia» Si l'occasion s'en présente, et que j'en aie le loisir, j'en ferai une moi-même pour vous contenter. Mes deux fils vous re* roercient de l'honneur de votre souvenir ; leur rang de présider est passé et ne peut revenir de longtemps ; mais le mien approche. Si j'y suis encore , je vous promets que je m en a(|uitterai à cause de vous, et que j'y sanglerai les hémopliobes aussi bien que le vin émétique de Guénaut.
Le chevalier Falconet lit à ses heures de loisir YHistoit*ede France sur ce que je lui ai prêté : cela est nécessaire à un avocat; il étudie fort bien, et est fort sage et modéré.
On dit que M. Rasponi n'a pas le même pouvoir de traiter que le pape avoit promis au roi , à cause de quoi il a été obligé de renvoyer à Rome. On parle fort ici sinistrement de M. Fouquel et de la Bazinière, et même de Cateian. On dit que la reine-mère se porte mieux ; mais néanmoins elle a encore tous les jours la fièvre. Quand elle sera plus forte, on dit qu'elle se fera porter au bois de Vincennes pour y prendre l'air.
La chambre de justice fait de grands retranchements de
436 LETTRES DE Cl 1 HATIN
gages contre quelques grands officiers, et entre auti*es MM. les présidents au mortier, qui s'étoient fourrés en divers partis , et avoient de fort grands revenus à bon marché. MM, le Coigneux , de Bailleul^ Mdé de Champlastreux , de Mesme et de Nomon , en ont de chères preuves en leurs familles ; car on leur a bien rogné les ongles à chacun ; Tun portant l'autre plus de 60,000 livres de rente annuelle. 11 court ici un poème imprimé in-quarto avec ce litre : Fuqitetus in vincults, ad virginem Matrern, On prétend que c*est un jésuite qui l'a fait , et il est bien fait ; d'autres croient que c'est un de nos bacheliers en médecine, nommé Gervaise , qui est fort bon poète latin , mais qui n*a pas continué de faire son cours sur nos bancs avec les trois thèses ordinaires comme ses compagnons , faute d'argent. 11 avoit demandé qu'on lui remit tous ces frais de la Faculté et qu'on lui fit grâce ; mais quoiqu'il ait bien brigué, qu'il fût ami de Valot, etqueGuénaut se fût apertement déclaré pour lui , néanmoins il n'en vint pas à bout. La plupart y résistèrent, disant qu'il n'étoit pas raisonnable qu'il fût admis pour rien, les autres ayant payé, dont plusieurs étoient bien plus savants que lui. Il m'en avoit aussi fait prier par de mes bons amis , et néanmoins je fus de l'avis contraire à cause de la conséquence ; car s'il eût obtenu cette faveur, tous les deux ans il eût eu quelqu'un qui eût demandé la même gr&ce , ce qui eût causé bien du désordre. Tous tant (|ue nous sommes , nous avons payé , je suis d'avis que ceux qui viendront paient aussi : bibe aut abi, soive niU obi.
La reine-mère n'est point encore guérie; elle eut encore hier un frisson de deux heures et l'accès de dix heures. La jeune reine est pareillement malade; elle fut saignée hier au matin. Quelques uns disent que la reine-mère intercède puissamment pour M. la Bazinicre, et qu'il en sera rerois en liberté. Tibère accordoit à sa mèreLivia tout ce qu'elle lui demandoit : ei nam debebat vitam , Ubertatem et impevium.
On dit que la Hongrie s'est révoUée contre l'empereur, et qu'elle s'est donnée au Turc moyennant certaines conditions pécuniaires.
A rA!r.<»NKT. ^37
M. le prince de Danemark, qui n'a quedii-sept ans passés» beau et bien fait , partira d'ici dans peu de jours pour aller faire un tour par la France ; il va d'ici à Orléans , Tours, Angers , Nantes , la Rochelle , Bordeaux , Toulouse , Lyon » Ge^ nëve , Bàle , Strasbourg , Francfort , Hambourg et Copenhague. Je lui ai donné un mémoire , afin qu'il vous voie quand il passera à Lyon , et je l'ai recommandé à H. de Pasberg , brave gentilhomme , qui est son gouverneur, un grand blond, qui est picoté de vérole.
Les nouvelles de Rouen sont mauvaises touchant ta santé de M. Longueville; même il y en a qui 1^ tiennent mort.
Il y a du bruit en Angleterre, et le parlement s'y fortifie trop contre les catholiques aux dépens delà religion romaine. Je vous supplie de dire à H. Spon que je lui baise les mains, et que je le prie de se souvenir de ce que je lui ai mandé par ma dernière, touchant un jeune médecin allemand , nommé iM. Zolikofer, qui doit à son retour de Bordeaui^et de Toulouse passer à Lyon , où il le verra , et de là passer à Genève, à Bàle, à Strasbourg, où il prendra ses degrés de docteur en médecine , et de là s'en retournera à Vienne , sa ville natale.
M. de Longueville est mort à Rouen , ex dupiici quidem fe^ are t€7iiana , et duabus dosibm vint antimonialis emetici , reritis enetici^ cum tôt homines enecet. Notre M. Brayer, qui y avoit été envoyé , lui en a fait prendre malgré le refus et les plaintes des trois médecins de Rouen , qui étoient d'avis contraire. Ce n'est pas qu'il sache fort bien que le vin émétique est un dangereux remède et un pernicieux poison ; mais il y en ordonne quelquefois comme cela à cause de Guénaut , qui est son ami, et duquel il espère d'être avancé à la cour, bien que s'il vouloit être homme de bien 11 passeroit Guénaut de bien loin ; mais avoir Guénaut pour ami par làchelé, dire quelques mois grecs , avoir 300,000 écus de beau bien , et être le plus avaricieux du monde , cela fait venir de la pratique à Paris. M. de Longueville a laissé deux tils dont l'aîné a été si simple que de s'être fait jésuite ; on l'appeloit le comte de Dunois , et
138 LETTRES DE iilA l'ATIN
il n'est pas trop sage; l'autre est le comte de Saîiit-Paul (f ). Cette maison est fort riche.
Qu*est devenu votre M. Heyssonier ? Fait-il encore des aimarmchs? Ne vous pourroit*il pas dire par ses sciences astrologi* ques quand c'est que le pauvi*e peuple sera soulagé par la diminution de la taille , et de tant d'autres impôts ?
Nous pourrons avoir dans la fin de l'été le beau Diogettes Laertiuê in-folio, grec et latin, de M. Ménage. Les cahiers qui a voient été égarés en chemin sont recouvrés; on y travaille à Londres tous les jours : ce sera un des meilleurs ouvrage de l'antiquité. Je vous baise les nmins, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris , le 18 mai 1003.
LETTRE DCXV. — Au même.
Je vous remercie du petit paquet que m'a rendu M. Golot ; tout y est beau et savant , felicitei* agitur cum nosiro seculo quod tantos viro» protulit: j'entends le révérend père Bertet et Ménétrier, quibus pro tantU mttneribus graiias ago singtdares. Mais comment se porte le révérend père Théophile Raynaud?t/ifw(wn vivat in multos annos , nec mors eum attingat , que quand il verra toutes ses œuvres imprimées en vingt volumes. Ho ! que j'ai bien envie de voir tout cela ! Nous avons aujourd'hui présenté à M. le premier président le Cardan , de Lyon , en dix volumes de papier fin ; il a fort bien reçu M. Ravaud , et je suis assuré qu'il ne se repentira pas de lui avoir fait ce présent. La reine-mère est bien , Dieu merci ; elle ira bientôt à 8aint-Germain-en-Laye prendre l'air et se refaire. Le roi et la jeune reine sont allés à Versailles, qui avec M. le dauphin sont en bonne santé. J'ai vu aujourd'hui M. le comte de Rebé sortit de che» M. le premier président, appuyé sur un bâton;
(1) Celui qui fut tué au passage du Rhin en 1670. Voyc» la note 1. 1 , p. **2 > où par erreur Ton a imprimé Saint-Pol. ( R- P« )
A fàlgonkt. 4:^9
il éloit accompagné de M. Vàbbé de la Bastide. Il a bien la mine d'un homme qui n'a su quitter le péché , mais que le péché quitte. Il m'a salué fort humainement, et moi de même lui et sa compagnie ; mais il avoit autrefois bien des compagnes dont il n'a plus à faire. On peut dire dorénavant de lui ce qu'a dit Juvénal m opère admirando , sat. X :
Ja€tt exigmu eum ramice nervus , Et qnamris totapalpeiur nocte , jacebii.
Ou bien il dira lui-même au premier proxénète, quod ille effiœius apud Petronium : Crede mihi , frater^ twn inielligo me virwn esse , mm sentio : ftmerata est pars illa corports qua quondam Ackilles eram.
On s'en va transférer du Palais à l'Arsenal la chambre de justice.
On dit ici que H. de Lôrme n'est point mort.
M. le comte de Comières , de votre pays , a été condamné à la toumelle d'avoir la tète coupée en Grève , ce qui a été exécuté mercredi 30 de mai. Je le vis passer sur le pont Notre-Dame ; je soupai le même jour avec H. le premier président, qui avoit présidé au jugement : c'est mademoiselle de Saint- André qui l'a poursuivi et lui a fait trancher la tête. On dit qu'elle est cousine de M. le marquis de Rebé. Je vous baise les maius , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 6 Jnin i663.
LETTRE DCXVI. — Au même.
Je vous écrivis hier ce que je savois de nouveau ; ce même jour, 20 juin 1663, deux choses arrivèrent à Paris : Tune est que M. Fouquet fut conduit du bois de Vincennes à la Bastille, à quatre heures après midi , par 300 chevaux ; l'autre est la mort de M. du Cledat, un de nos anciens, âge de soixantequinze ans.
On dit que la chambre de justice finira à la fin du mois
440 LETTRES DE (iUl PATIN
prcM;baiu, à cause quelle retarde le commerce, et qu'elle empécbe le crédit de ceux qui doivent fournir de l'argent au roi, tels que sont HH. des cinq grosses fermes , des aides et des gabelles; néanmoins on dit qu'il y aura restriction pour quelques prisonniers , et entre autres pour M. Fouquet , M. Ja* nin de la Bazinière, Monerot^ etc.
La reine-mère a pris du vin émétique, ex quo longe pejus hobtut^elmémele médecin de cour m'a dit aujourd'hui, ce 24 juin, que sou accès fut encore hier de douze heures. Plures sibi metuunt a siuislro €ventu;}e crois néanmoins que Guénaut espère qu'elle guérira, de peur de décrier sa marchandise empoisonnée, mais il se gardera bien d'eu prendre; même on dit que la reiue-mère pense sérieusement à la mort, et qu'elle se recommande aux prières de tout le monde, et qu'on s'en va faire des prières de quarante heures par toutes les églises, et y exposer le Saint-Sacrement sur le maître autel : on en fit autant pour le cardinal Mazarin, mais il ne laissa pas de mourir bientôt après. Ce seroit grand dommage que la reine mourût présentement, car elle est bien intentionnée, et a dessein de faire soulager le peuple de tant d'impôts qui ont été établis durant la guerre par toute la France ; mais il arrive souvent que les princes meurent quand ils ont envie de bien faire. Quand les rois d'Espagne se sentent malades, ilâ son* gent à nous restituer la Navarre; mais la mort les attrape avant que de l'effectuer: ainsi la mort renverse les bons desseins de ces messieurs-là.
On dit que les accès de la double tierce de la reine comjmencent à être plus légers, et à diminuer : Guénaut qui est un .animal fort menteur^ et qui ment comme un moine qui se dit I venir du Japon , dira que c'est son vin émétique ; mais néanmoins on dit qu'elle a le visage fort défait et cadavéreux , qui est encore un mauvais signe que l'antimoine peut avoir fait, et qu'il n'ôtera jamais.
Enfin, jai fait un nouveau marché : j'ai marié mon fils Carolus, âgé de trente ans, à la fille de M. P. Uommets, mon collègue; clic s*appclle Madelon, et est âgée de dix-neuf
4 l'ALCONET. 441
ans moins (juatre inoiii; belle Hlle, bien née et bien élevée , d*un bon père et d'une sage mère , uiinam omnia fauste xuccedont; c'est on marché douteux pour la réussite: uxori atque viro thorus est fatalis (1) Le bonhomme Lipse qui avoit une méchante femme, a dit quelque part dans ses épttres qu'il y a secret du destin dans les mariages ; mais on ne sait guère bien ce-qu'il Faut entendre par ce destin, si nous n'avons re* cours à Sénèque, qui a dit, Satura^ Fot*tuiia, Provide^Uia, Fatum , nomina sunt irnivs et ejusdem Dei , varie agent is in rébus hutnanis. Il me semble que saint Augustin , qui éloit très persuadé delà foi chrétienne, n'auroitpu mieux dire.
Il est arrivé un malheureux accident qui retarde la grande édition de toutes les œuvres de feu H. de Balzac: c'est que sa vie faite par H. Girard , grand-archidiacre d'Angouléme , est achevée , mais ce M. Girard est mort; on n*a encore pu la tirer des mains de ses héritiers. Il y aura dans cette édition nouvelle plusieui*s traités nouveaux , qui n*ont pas encore été imprimés. Ce grand recueil sera précieux, et fera honneur à la France , aussi bien que les œuvres de nos plus grands personnages , tels qu'ont été les Mémoires de Ph. de Gomhfies , de Ma* thieu , les Essais de M. de Montaigne, V Histoire universeiie de M. le président de Thou , la Sagesse de Charon , la République de Bodin , les œuvres de Lamotte-le-Vayer , Fernel , Hollier , Cujas, Scaliger, les pères Sirmond et Petau, le cardinal du Perron , M. Coeffeteau , et autres en grand nombre.
Le roi et la reine, M. et madame d'Orléans sont allés à Saint-Germain se réjouir de la convalescence de la reine-mère.
On recommence à parler d*un certain accord prétendu entre les jésuites et les jansénistes ; on dit que c'est le pape qui
. 1 ) Le trùle mot de marché qu*eroploie ici Gui Palio comme synonyme de mariage, ne manque pas de Térilé. Aujourd'hui comme de son tcro]»9 , à peu de chose près , les mariages ne sont que des marché» ; un accorde au plus ofiranl. Cependant la femme de Charles Palin élail, en effet, d^uti esprit 1res remarquable. Lorsque son mari exilé fut professeur à Padoue , elle devint membre de la société des rîcovrali, { Voy. Bayie, articles Gai Patin et Ckarlet Palin. ) ( R. P. )
442 LETTHIib D£ UUl PATIN
le V6ut y et que le père Annat y est fort pcurté , malgré les |)ères et ses compagnons. J'ai peur qu'il n'y ait là quelque supercherie cachée , et qu'il n'y ait quelque frère simplicien attrapé. Balzac a dit que les femmes faisoient la plus belle partie du monde , mais à mon avis les jésuites en font la plus fine.
Quidquid id tit , iimio DanaoSy et dana ferente$. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le 19 Juin 1663.
LETTRE DCXVIl. — Au mène.
J'ai dessein de répondre à celle que je viens de recevoir de vous, avec celle que vous avez pris la peine d'écrire à mon second et cher fils Garolus , que je lui porterai demain matin Dieu aidant Je ne connois point ce médecin de Nancy, nommé M.Perrin,qui8edisoit autrefois médecin de madameladuchesse d'Orléans, qui est de Lorraine , en vertu de quoi les Lorrains t&choient ici de faire fortune, mais ils n'ont pu ; sur quoi M. Perrin s'en retourna, après avoir épousé une fille de Paris, dont le père étoit orfèvre , à qui il avoit fait kccroire que sa fortune étoif toute d'or , ted pro tkesaiov cco^bones invenit. C'est celui que je ne vis jamais; je sais bien qu'il trouva fort mauvais que je ne lui voulus point donner heure pour une consultation, ayant allégué pour mes raisons que je ne le connoissois point, homo novus, nuliiusnominist nuUius dignitatis, que les lois de la Faculté me défendoient de consulter avec des médecins étrangers : sur quoi le bon seigneur se mit en colère, et dit que je n'étois qu'un ignorant , et que je n'osois pas user d'antimoine. Guénaut y fut à ma place, qui étoit de tous bons accords, et qui ne trou voit rien ni de trop chaud ni de trop froid , voire même, qui par son avarice, de peur de perdre un écu , se trouvoit tous les jours avec des charlatans , des cliimistest et toutes sortes de coureurs; voilà
A KALCUNKT. 443
OÙ j'en SUIS avec M. Perrin. Sed sioe twàis faveaty iive non , vaieat ille^ et abeai in bonam rem mam.
Le testament du Ifasarin est imprimé en Hollande ; le factum de M. Fooquet à Par» , et les mémoires de M. de Larochefoucault à Bruxelles. M. Fouquet a présenté ui|e nouvelle requête, laquelle laisse bien des articles à décider à ses juges, et qui reculeront fort la fin du procès ; même on dit qu'il a dessein de récuser M. le chancelier et de se déclarer son ac-i cusateur.
On parle ici de la grande maladie du petit prince d'Espagne.
M. le chevalier m'a bien promis de bien faire ; il va souvent au parlement et aux audiences : il retient fort bien, selon qu'il me raconte, les intérêts des parties qui plaident à la grand'chambre, et qui viennent de tous c6tés plaider à Paris. H m'a dit aujourd'hui fort particulièrement comment de certains chanoines d'Angers avoient perdu leur procès , et même avoient été condamnés à l'amende en une cause qu'ils avoient entreprise contre leur évéque, qui est frère de M. A. Arnauld , docteur de Sorbonne, qui est si savant, et qui est le chef du parti des jansénistes.
Feu M. Naudé, qui n'étoit point médisant , m'a dit autrefois que M. G. Scharpe , médecin de Montpellier et Écossois , n'étoit mort à Boulogne que de trop boire, et je sais bien de bonne part , par des gens qui l'ont connu , qu'il étoit grand ivrogne ; je sais bien aussi qu'il étoit fort savant , et surtout grand logicien , et c'est de telles gens , aussi bien que des Hibernois , qu'il faut entendre le beau vers de M. Bemi , professeur du roi , lorsqu'il dit de ces gens qui disputent si volontiers et tam iogicaliter :
Genê raiione furens et me$item patta chimœn$.
Ce vers se peut aussi appliquer aux chimistes.
Nous avons ici un savant personnage , nommé M. Ménage, à qui ce vers a plu si fort, qu'il a dit plusieurs fois qu'il en voudroit être l'auteur, et avoir donné le meilleur de ses bé«
Ui LETTIIES DE Gll PATIX
iiétices. Il ne laisseroit point de faire bonne chère, car il en a beaucoup d'autres ; c'est de lui que nous attendons bientôt le beau Diogenes Laèrtius grec et latin in-folio de Londres avec de beaux commentaires. Il n*y a plus que Tépitre dédicatoire de M. Ménage à envoyer ; mais j'ai peur que cela ne tire de long ; la fin des grands livres est toujours accompagnée de quelque empêchement , joint que les libraires nesciuni properare , et ejusmodi finem non inteliigunt.
Plutarque a dit quelque part que la dernière pierre qui mit la fin au bâtiment da temple de Diane en Ephèse fut trois cents ans à être trouvée , taillée et appliquée à ce grand bâtiment. Je m'enquerrai demain chez M. l'ambassadeur de Danemarek si le prince de Danemarek ira à Lyon , et après je vous en écrirai. On dit ici que nous allons avoir un grand commerce sur mer, et que le roi a acheté des Portugais l'île de Madère. Je vous baise les mains , et suis de toute mou âme votre, etc.
De Paris, le 27 Juillet 1663.
LETTRE DCXVIII. - Au même.
Je vous envoie un écrit nouveau que je n'ai pu lire tout entier sans rire; je crois que vous en ferez autant. Vous y verrez un bel échantillon des bagatelles que le temps présent nous fournit, et deiiria morientis seculi. ' Pour ce qui est de Jean Liebaud , c'étoit un médecin bourguignon qui ne fit jamais ici fortune. Il étoit gendre de Charles Esticnne, qui mourut accablé de dettes dans le €hàtelet. Après cette mort, Liebaud s'en alla mourir à Dijon , son pays. Sa femme s'appeloit Nicole Estienne; elle étoit nièce du grand Robert Estienne, lequel quitta Paris après la mort de Fran> çois V% se voyant privé de son bon maître et persécuté par les sorbonistes, pour se retirer à Genève ( l). Ce livre de ia Ma
(1 ) On lira avec le plus vif intérêt , sur cette grande famille de« Estienne , l'honneur de la typographie français que leurs ouTra{rr<i
A rAixoNET. 44d
htdie des ftmme»^ de Liebaud , u'est qu'une traduction de Marineliui, qui Tavoit tait en italien sous le titre de la Comara, On imprime ici V Apologie pour les médecim contre ceux gui les accusent de déférer trop à la nature et de n'avoir point de religion, par H. Ch. Lussauld. Si H. Amyraut daigne se donner la peine de répondre à ce livre, il est homme à dire là-dessus de belles choses , que Lussaiild ne sait point , et qui ne sont point dans son livre. Je lui en ai suggéré quelques unes , et entre autres de beaux passages et de bonnes autorités, mais il n'en a pas fait cas : aussi est -il d'une province qui n'est pas loin du pays d'Adieusias, où ils sont plus glorieux que savants, et ne manquent pas de vanité. Ainsi seroit ce contre la raison et même contre le di*oit des gens qu'un Poitevin presque Gascon voulût apprendre quelque chose d'un Picard qui est sorti de la garenne des sots.
Mos viUs pulU , naii infelicibus ovi* Vercecum in palria , crasttoque sub aëre naii.
Pour le nouveau catalogue de Francfort , je n*y trouve rien ; les Allemands ne prennent point le chemin de faire quelque | belle production pour le salut du genre humain ; ils se lais- |
et leurs publicalionfl ont inmorulisée i Touvrage ayant pour \\ixe: Annales d$ Vimprimsriê dsi Eitienns , ou Hiitoirs di la famille dss EUienne tt de isi éditiom , par Ant. Aug. Renouard ( ancien libraire k Paris ] ^2* édition , Paris , 1843 , in-S** de 584 pages k deui colonnes. Après avoir pablié les Annalee de Vimprîmerie dee Aidé, la gloire de ritalie , il appartenait k M. Ant. Aug. Kenouard de compléter Phisloire littéraire et bibliographique du xvi« siècle par l'histoire de ceMe famille de typographes qui , dans les même temps, servait et honorait la France par de savantes et belles publications , et qui , suivant les expressions de M. Magnin , pour prix des plus pénibles veilles , des plus parfaites productions , des plus coûteux sacrifices , ne recueillit que la pauvreté . Texil et les perséculions du clergé , Tabandon de la cour , une prison pour dettes au Châtelet , un lit à Thôpital de Lyon pour le plus illustre de ses meml>res, un grabat, et une bière enfin à PHôtel-Dieu de Paris , pour sou dernier représentant, ( Journal det Savante , octobre 1840 , |iage 0441. ' (l^> P>)
44ê LETTRKft DI GUI PATIN
sent trop emporter à leur génie et aux belles promesses de la chimie. Je vous baise les mains et à toute iroire Tamille.
l)eParisJe3Jmnetie63.
LETTRE DCXIX. — Au }néme.
La reine-mère n'est pas encore bien ; Ton dit qu'elle a mauvais estomac et le visage fort défait , à cause de quoi elle n'a encore bougé d'ici. J'ai céans la troisième édition du livre de M. van der Linden, de Script is medicis, en un grand vo* lume in-octavo, exdoiw auihf^ris. J'ai aussi reçu de Saumur une nouvelle édition du Longinus , eupi notis Tan. Faàri , in-i2. Le Fr. Rabelais est achevé en Hollande avec quelque explication nouvelle. L'Hippocrate de M. van der Linden continue fortement.
Je ne vous écris rien touchant M. te prince de Danemarck. On dit ici qu'il est à Genève ; mais on ne sait s'il en reviendra ou s'il s'en ira par l'Allemagne. Est aliquod negotium peramhtiians intenebris. On parle d'un nouveau traité, que quelques uns interprètent du mariage avec mademoiselle d'Alençon ; mais M. l'ambassadeur n'en dit mot , sinon qu'il est accablé d'affaires , et qu'il a peur de ne s'en point retourner sitôt qu'il espéroit, à cause des nouvelles commissions qu'on lui envoie toutes les semaines. Votre jeune docteur est-il revenu? Je le salue cuni maire carissima , avec les RK. pères Théophile Raynaud, Bertet et Ménétrier, et suis de tout mon cœur volre^ etc.
De Paris , l« 17 JdllH 1609.
LETTRE DCXX. — Au mèéw.
Voici une nouvelle de laquelle peu de gens se doutoienl : le roi a remercié M. Talon , et a révoqué sa commission de la cthambrede justice, en le renvoyant au parlement. On dit que voilà une marque très évidente de la faveur de M. (>)lbert au-
A FALCONKT.
près da roi ; il a réussi à faire ce coup à cause de M. Berrier, son premier commis , qui avott été menacé par M. Talon , pour quelques faux mémoires qu'il lui avoit délivrés contre H. Fonquet.
La venue du roi au parlement est remise à la semaine prochaine. On dit aussi que le roi veut réduire la chambre de jus- ' tice au nombre de douze , pour retrancher la dépense et faire dépécher le procès qui traîne depuis si longtemps. Au lieu de M. Talon , le roi a fait deux procureurs-généraux, dont Tun est purement pour M. Fouquet, l'autre est pour les affaires civiles de la chambre de justice. Le premier est M. Chamillard, matfre des requêtes , et frère du docteur de Sorbonne , grand anti^janséniste et professeur et\ théologie ; l'autre est M. de Fontenay-Hotman , aussi mattre des requêtes, qui est allié de M. Golbert. Voilà qui fait une partie de l'histoire de notre temps ; après le temps présent il en viendra un autre qui nous produira des spectacles nouveaux, qui feront toujours dire vrai au poète, auteur de ce distique :
Eloquar an tileam? ud quœ tam dissiia terris Barbaries Francœ ludibria nesciai atUœt eu.
Le roi a fait feire commandennent à la maréchale de THôpital qu'elle eût à se retirer. On croit que c'est pour avoir parlé en faveur de M. Talon, à qui néanmoins on n'a fait autre tort que de le délivrer de beaucoup de peine et d'une commission odieuse, et qui lui produisoit tous les jours grand nombre d'ennemis.
ie baise tràs humblement les mains au révérend père Berlet , et le remeroie de son souvenir. Les œuvres du père Gibalin sont-elles sous la presse? J'ai envoyé vos deux lettres k leur adresse. \je chevalier de la Pome a payé son médecin à Lyon, comme ses parents font à Paris. M. Merlet, M. Blonde! et moi y fûmes aussi bien que vous attrapés il y a deux ans. In arte nostra ingr^itudmis plemi sunt onmia ; oinniu sunt ingrata , nihil ferisse bénigne est ; jaetinmtr in aito urbis , et in
448 LETTRES DE til'l PATIN
^ slertli vil a labin^e périt. Pro molli viola , pro purpureo naH-isaOt iwduus^ et gpinis surgit paliui*u8 acutis. Infelix lolimn et ste" viles dmninantur avetiœ. Prenons patience, et tenons pour certain que nous sommes encore plus heureux qu'eux , en tant que nous ne sommes ni marchands, ni usuriers, ni banque- ' routiers , comme sont tous ceux de cette race, /n mercatura semper est aliquid inimicum virtuti pro mercatwibus. C'est pourquoi Cicéron a fort bien dit , et fort véritablement : Offieina nihil habet ingenui, Erasme haîssoit les marchands, quo^ niam ei^at proprium ejusmodi kominum nihil aliud medilnri qnam lucrum , etiam turpe et fœdum (I).
J'apprends que M. Morisset n'est pas bien à Turin , (|u'il est fort haï. Les François ne seront jamais aimés des italiens; ils sont plus fins que nous , mais nous sommes plus honnêtes gens qu'eux. Ils n'étudient guère, et croient pourtant être fort savants. J'en ai vu qui se moquoient de nous, à cause de la grande peine que nous nous donnons. [Is disent que nous portons la science sur nos épaules. Je pourrois dire qu'ils me
(1) Qu^aurait pensé Gui Patin s^il eût tu une époque assurément plus florissante que la sienne , où Ton peut exercer sa portion de iouveraineté au moyen d'une patente de marchand de drap , d'épicier , de brocanteur, etc.; sUl eût assisté h l'avènement de la bourgeoisie qui gouverne aujourd'hui sous la raison commerciale ? Voilà la réponse à la questioa du célèbre pamphlet de Sieyès : Qu*e$t'ce que le tiers-état P N'est-ce pas aussi le cas de répéter : tout se voit en France. Cependant est-il yrai que les agitations politiques, les divers gouvernements n'ont que changé les formes et non le caractère de violence et d'arbitraire ? que les principes ont été proclamés, mis en lumière, et Jamais en action ; en un mot , que la révolution française , en promettant le bonheur de loua , a manqué de parole à l'humanité ? Ces questions sont délicates et difficile» à résoudre. Toi^ours est-il que dans noire société la masse n'est point heureuse , qu'il n'y a pas place pour tous. Il est affreux de penser que Mallhus a pu écrire avec quelque raison le passage suivant qui résume sa doctrine : « Un homme qui naît dans un monde déjà occupé, si les riches n'ont pas besoin de son travail, est réellement de trop sur terre. Au grand banquet de la nature , il n'y a point de couvert mis pour lui. La nature lui commande de s'en aller, et elle ne tarde pas à mettre elle-même cet ordre à exécnlion. » (K. P. '
A FALCONET. ^4g
font souvent pitié avec leur esprit, et qu'ils ne remploient souvent qu'à malice. Si la princesse vient à mourir, il n'est pas bien ; vous savez bien comme elle est sujette à des fluxions sur la poitrine. Je vous baise les mains , à madame Falconet, et à M. Spon, noire bon ami, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , ce 4 décembre 1663.
LETTRE DCXXI— Att imme.
Le roi est allé au palais, où il a fait enregistrer les noms des quatorze ducs et pairs nouveaux. Je suis bien aise que U. Tliet, gentilhomme de Danemarck, de grande et ancienne maison, soit tombé entre vos mains ; il ma fait l'honneur de mêle mander lui-même. Je vous adresse une lettre pour son éphore , qui est un fort honnête homme , nommé iM. Fogh. Ce M. Thet est promis à la petite-lille de Tycho-Brahé, grand seigneur de Danemarck, grand mathématicien , et heureux restaurateur de l'ancienne astronomie, qui mourut en son château d'Uranisbourg, dans Tile de Huen , dans la mer Baltique, Tan IGOl , où il s'étoit retiré dans la disgrâce de son roi. Avez- vous ouï parler de la rechute de la duchesse de Savoie? M. Morisset y est ; mais néanmoins le roi n'a pas laissé d'y envoyer un médecin par quartier, nommé Vaizon , qui est un d(â amis de Valot , qui apparemment lui a procuré cette commission. Il l'avoit mis auprès du cardinal Mazarin en sa première maladie ; c'étoit lui qui le veilloit. On dit qu'il en a été mal récompensé. Il fait l'homme d'importance et le mystélieux , mais tout son fait est peu de chose, non est ^ilenuii Alcibiadis^ dont il est fait mention dans les adages d'Érasme. Je vous baise très humblement les mains, à mademoiselle Falconet, et à M. Spon , notre bon ami , et suis de toute num àme votre, etc.
De Paris, le 18 décembre 1663.
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