‹ Lettres de Gui Patin (volume 2)Chapitre 13 sur 48 · V) I.KTTRKS m C,V\ VaTIN · texte numérisé non relu

V) I.KTTRKS m C,V\ VaTIN

r.ETTRE DCXXrf. - Au momr.

Je vous ronvoie votre lettre de M. Torini , dans laquelle je vow toute rhumeur de M. Morisset, qui est capable de s'achever et de se gâter de delà, comme il a bien commencé de deçà. Oh ! que la vanité est un grand vice , et qu'elUî aveugle aisément les hommes! Madame royale, sa maltresse, a les deux maux que vous me mandez, et je tiens pour certain qu'elle en mourra, tum ratiatie diutumomm affectuum^ tum iptatis ingravescentis , ium gravissimœ et iniqumimœ temppsfafis. Il y a encore bien loin d*ici au 15 avril; si madame royale n'est bien forte , elle ne résistera jamais dtiplici ftf/df^pisi; il n'en faut qu'une pour la tuer, senim in thor/we cowiwfimnfUin , mie exhmiHtur^ qnnm per sectionem ont perfof^ionem , a qtta ta^ men pnnci evadnnt ^ imn pnucissimi ^ perte mdli; n'en déplaise à celui des nôtres , qui est un vieux fou , (|ui dit qUe le souverain remède de l'hydropisie du poumon est hydrargyrosis , le flux de bouche , comme aux véroles : ad populum phaleras ! Tous les fous ne sont pas dans les Petites-Maisons. 0 qumUum est in rehm innnel L'on a envoyé à Turin M. Vaizon, à la seule recommandation de Valot. 11 fait bien l'entendu, l'homme de secrets et d'importance; mais je le tiens cent fois au-dessous de M. Morisset , en fait de science et de bonne médecine.

Je ne verrai M. le premier président qu'après les Rois; dans la première occasion je prendrai mon temps de lui parler de nos six ans , qui est un grand terme ; il est vrai que la plupart de ces jeunes médecins ne savent rien. Ils n'étudient point; on leshAte aux universités , au lieu de les examiner rigoureusement , car ils ont peur de perdre leur marchandise; ei pour cela môme les médecins de Rouen sont en grand procès, et ceux d'Amiens aussi ; et ainsi presque partout. Tous les villages de Normandie sont tantôt pleins de médecins, quis enim non victts abundnt tHstihus obsermis? Tant m nmor*vit(r! et néanmoins on voit par toute la France ufie pauvreté puiili-

A falconet. 451

que et générale. Vtevich's! MalliPiir h corovfliimo(U*8 Francs qui s'est laissé gouverner rtepnis peu par des animaux rouges, par des cardinaux enragés d'avoir le bien d'autnii et de laiss r beaucoup de biens à leurs neveux et nièces. Vœ tibi, terra^ CUJU8 rex puer est , et in qua principes comedimt mane ! Des femmes » des favoris et des princes de peu de courage ont toujours gâté le gouvernemeni. IjCS petites universités mani- j frste peceant in pitblirn commnda; elles ne renvoient personne. / Si le jeune docteur n'est reçu à bon marché en un endroit , il / s'en va en un antre ; c'est pourquoi ceux de Reims s'en vont/ plaider contre ceux d'Angers, d'autant qu'ils font raeilleui/ marché de leurs degrés académiques , avec un léger examen i peu de temps et sans thèses s'ils ne veulent. Enfin , si on nd trouve remède à un tel désordre , il sera plus grand nomlirr de médecins en France qu'il n'y a de pommes en Normandie ou qu'il n'y a de fmfi en Italie et en Espagne. Sans davantage exagérer leur ignorance, laquelle est, de vérité, extrême, honteuse et périlleuse, ils ne veulent plus même étudier ni avoir de livres; c'est assez pour eux xi habennt in manibus difUmnrttà aendemica , etiam vi/i (Pre redempta , et qu'ils soient cousins ou voisins de quelques chirurgiens on apothicaires. J'en ai vu même qui avoient de fausses lettres. Ils se retirent en leur pays, village , bourg ou petite ville ; à peine ont-ils un Perdulcis et un Fernel , qu'ils n'entendent point , et font les entendus, comme s'ils avoient^w* vitœ et neris! J'ai vu un Provençal qui se vantoit impudemment de guérir toutes sortes de malades avec un méchant livre qu'il avoit en sa pochette : e'étoient les Ccnhn^px de Rulendns,qui n'a jamais été qu'un méchant fripon , et qui en a bien tné cum nqvn sua henedicfn ^ qui n'est qu'une infusion d'antimoine, in aqua plitviali distil- Intn. .\ec mirum pour un Provençal, nntio comœda est. Ce payslà est plein de gens atrabilaires , marchands affamés de gain, juifs, charlatans; mais les autres pays n'en sont pas exempts, hic et alibi venditttr pipei* , tant est vrai le passage de Virgile : 7(WTfl muios hamines ntmc edvraf nfqtfp pmillùn. Plût à Dieu que ces erretnvs finissent bienlAt, et <|ue ceux qui en ont la

4i)2 LETTRES DE <Jri PATIN

direction s'y veuilloiit appliquer scrieuseinent ; car le mal est grand el les conséquences très dangereuses ; mais j'ai bien peur que cela n'arrive pas sitôt , car le peuple est bien fou , les magistrats trop lâches, et tout le monde trop méchant (i).

[i] Que prouve celte diatribe, écrite dVn style si ferme et si âpre? (|u^il y eut 'des abus dans tous les temps , ce qui n^éionnera personne. Maiit qu^aurait pensé Gui Patin s'il eût vécu de nos Jours, s^il eût vu , depuis plus de cinquante ans , la médecine, comme profession, abandonnée , délaissée , toujours placée entre un passé détruit et un avenir douteux ? L^abolilion complète des anciennes institutions , la radicale faiblesse des nouvelles ; Pinsufllsance, Timprévoyancc des lois pour la répression des abus, l'isolement des médecins, le défiiut absolu d^éducation professionnelle , la nullité des intérêts généraux , de la médecine ; l'audace des charlatans-frelons exploitant impunément la iiiottise et la crédulité publique, profanant la sainteté de notre minis- (ére comme s'ils avaient jitM vittf et necis , selon Texpression de notre auteur. N'est-ce pas là le douloureux spectacle qui frappe les yeux à noire époque? Gui Pntin se plaint du grand nombre des médecins de .son temps ; mais aujourd'hui ce nombre n'esl-il pas hors de toute proportion avec la nécessité? On a calculé que si l'on défendait pen* «ianl dix ans toute réception de docteurs , il en resterait encore assez pour les besoins publics. Aussi, disait un vieux médecm, nous ^ommcs en aussi grand nombre que tes malades, bientôt même il y aura plus de chats que de souris. De là l'encombrement de la carrière roé* dicale, les moyens odieux qu'on emploie pour y réussir, le froissement perpétuel des capacités , des cupidités , des vanités , l'art funeste de tromper le public par des réputations surfaites , des célébrités mensongères. On ne conçoit pas que , depuis un demi-siècle , les gouvernements aient abandonné cette profession à une espèce d'organisation inintelligente et défaillante, sauf de précaires, d'insignifiants correctifs, arrachés par de criants abus. Qu'on se figure bien néanmoins qu^à peu de chose près , toute question médicale est au fond une question sociale; il y a ici une solidarité d'intérêts comme de principes. Si quelque bien-être est ajouté à la société , si quelques douleurs sont ùtées de cet immense fardeau de souffrance qui accable l'humanité, on le doit en partie à la médecine largement comprise. Toute amélioration médicale , dogmatique ou professionnelle , s'élève aux proportions d'un problème social. Là vigueur et le perfectionnement des générations , les éléments de l'hygiène publique , l'assainbsement des lieux , la découverte de la vaccine , Tusagr» général de la pomme de Icrre , le?* falsili-

A KAMiO.NKr. 4jI\

Je nie n^ouis de lu bonne fortune de M. Tliouvenot ; je lui baise les mains. Je crois qu'il réussira mieux par sa sagesse , que le médecin de Madame royale par sa suffisance et sou humeur altière. La modestie sied bien à tout le monde ; mais / elle est particulièrement nécessaire à la cour , aux médecins, / aux étrangers , et à ceux qui ont besoin d'argent.

Je viens d'apprendre de bonne part que samedi prochain le roi ira au Palais pour divers sujets, savoir, des jansénistes et pour plusieurs articles de suppression. Je prie Dieu qu'il veuille inspirer son cœur pour le bien de toute la France et pour le soulagement du pauvre peuple , lequel gémit d'une misérable pauvreté depuis si longtemps, et principalement depuis la faveur de ces deux derniers cardinaux , qui ont été de vraies sangsues, qui ont misérablement sucé le sang de toute la France.

M. Spon me mande que vous ôles allé à Turin y voir Madame royale ; je vous y souhaite bonne réussite, quelle puisse bien guérir, et vous en revenir bien content. Je vous prie aussi, étant sur les lieux, de faire mes recommandations à M. Torini le père, à H. son iils, à M. Horisset, et à notre ancien ami M. Thouvenot. Je vous souhaite toute sorte de prospérité et de contentement, et un prompt retour à Lyon. Je suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 25 décembre 1663.

catioos des substances alimentaires ; loul ce qui concerne la m jdecine légale dans les cours dejuslice, le travail des ouvriers etdes enfants dan< les manufactures , la repression par les maisons pénitentiaires , etc. ; toutes ces questions et une infniilé d^autrcs ont leurs racines , leur solution dans la médecine, qui est Part de conserver, d^amcliorer, aussi bien que Tari de guérir. (Voyez les Annales dlnjtjihnt publique et de médecine légale ^ recueil public depuis 1829, par les membres du Conseil de salubrité de Paris.) C'était donc une pensée juste , profonde, plutôt qu^un sentiment d'orgueil, qui animait Pancicnne l'acuité lorsqu'elle gravait au frontispice de .ses décisions et dans IVnceinle de ^e^ délibérations la célèbre dovi>e •• l'rbi et orbi salus. (U. l*.)

4»"»4 l.tnUKS DE (il I PATI.N

LETTRE DCXXIll, ~ Au mène.

le vc»U8 salue dans l'espérance que j'ai que vous soyez de retour e( de repos en votre maison à ,Lyon » après tant de peine que vous avez eue auprès de Madame royale et eii voire voyage. Que deviendra notre cher M. Horisset, après la peile de sa maîtresse? Je ne sais si on le retiendra de delà ; mais méfioe je ne sais pas si l'état présent de ses affaires lui permettra de revenir à Paris. On dit ici que vous aurez le carôme prochain le roi à Lyon, (fui y mènera la chambre de justice, et que l'on metlra M. Fouquet dans Pierre-Ancise. Tout le futur est bien incertain ; Dieu est pardessus tout. Je vous recommande l'incluse pour notre bon ami H. Spon. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur voire, etc.

l>e Paris Je 21 Janvier 1604.

LETTRE UCXXIV. — Au ménie

Je ne doute pas que vous ne soyez en bon lieu et toujours en vous-même , mais je ne sais pas si vous êtes à Turin ; quel-. (|ue part que vous soyez , je ne vous souhaite que du'bien.

Nous eûmes hier une grande assemblée en nos écoles , où l'on disoit que M. Morisset étoil parti de Turin , et qu'il étoit à Lyon, d'où il nebougeoit jusqu'à ce qu'il eût accordé avec ses créanciers , de peur qu'autrement en revenant à Paris , on ne lui fit un pourpoint de pierre ; ce qui arriveroit appai^eniment. J'ai regret que ce pauvre homme aoit si fort embarrassé en ses affaires. Notre assemblée d'hier étoit pour élire des examinateurs pour le mois de mars prochain ; cela n'arrive qu'une fois en deux ans , et très rigoureusement. Si on rimitoit en que1(|ue façon dans les petites universités , nos jeunes gens ii'étudieroient que ujieux ; mais les Allemajidb m*

A KAlXOMiT. 4;>r»

fient à Paddue, nos François à Montpellier, et ils en re\iennent souvent aussi ignorants qu'ils y ont été.

On dit ici que la paix du pape n'est point faite, mais que nos troupes vont en Italie pour la faire ou faire faire. Nous avons ici M. Charpentier malade expodagra et veêiea caieuto^ âgé de soixante-neuf ans.

Le roi donnera dix mille hommes de secours à Tempercur, à ce qu'on dit; lisseront conduits en Allemagne par M. D'Erlac , contre le Turc. On dit aussi que nos troupes ditalie s'en vont assiéger Bologne que lient le pape. Où donc est de présent M. Vaizon ? On dit qu'il a été pris de quelque fluxion à Turin ; c'est un double malheur d'être hors de sa maison et être malade.

Le comte de Brienne, ci-devant secrétaire d'État, après avoir perdu sa charge et m femme, fille de M. de Chavigny, s'est enfin rendu père de l'Oratoire. Voilà un jeune homme perdu si Dieu ne le sauve, que les jeux et les pipeurs ont ruiné. Il méritoit une meilleure fin , car c'étoit un honnête homme et très savant. Il aimoit mon fils Charles au dernier point et l'envoyoit quérir tous les jours. Il lui fait une belle préface à ses Fannliœ romatiœ.

Je viens d'apprendre que Tambassadeur d'Espagne présenta hier au rot un courrier de Rome , qui lui offre tout contentement , et que la paix d'Italie seroit faite , si nous avions la ratification de ce que le pape promet. Si M. le maréchal du Plessis-Prasiin va en Italie pour notre général, on dit qu'il emmènera quand et soi pour médecin M. de Mauvillain, un des nôtres, qui est grand ami de M. Morisset (1) , duquel je vous dirai des nouvelles si vous en avez besoin. Les jours commencent à croître, et je recommencerai aussi mes leçons au Collège royal, dont beaucoup de gens me pressent Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 29 janvier 1064.

;i; \i{ do Molière.

.i;>*) l.milES lïK (.( I l'ATIN

LKITRK DCXXV. — Au inhup,

Jai reçu votre, lettre , datée du 5 janvier, des mains de M. Jérôme Colot ; vous étiez encore alors à Turin , et maintenant je me persuade que vous êtes a Lyon : ainsi soit-il.

On dit ici que la paix va se faire en Italie avec le pape, mais qiril en faut attendre la ratification et l'exécution , et que nonobstant tout cela , le roi ne laissera pas d'aller à Lyon le mois de mai procliain ; mais tout cela est incertain , aussi bien que tout ce qui dépend de l'avenir.

Quelques uns des nôtres qui connoissent H. Vaizon (c'est celui que je ne vis jamais et duquel je ne sais rien que par ouï dire) , disent qu'il est tombé malade à Turin. Une grande maladie en pays étranger, arrivée de la sorte, me fait pitié, môme pour un inconnu. On dit que M. Fouquet ne peut être jugé de six mois, pour avoir obtenu (|ue les comptes de Té- ))argne lui soient communiqués , afin que par après il puisse répondre sur les objections qu'on voudra lui faire. La pestt^ est cessée à Amstenlam.

On dit ici que quand bien la paix seroit faite avec le pa[>e, M. le maréchal du Plessis-Praslin ne laissera pas d'aller en Italie pour y commander l'armée du roi ; c'est donc signe qu'il y a quelque autre dessein. Je vous baise très humblement les mains , et suis de toute mon âme votre , etc.

/'. .V L'on a envoyé des gens à Arras, pour amener prisonnier M. de Montejeu, autrement dit le maréchal deSchulemberg , qui en est le gouverneur, pour plusieurs plaintes qui sont contre lui. Plusieurs morts subites arrivent ici à ^\e& vieilles gens , ex syncope cardt'aca et oôstrticdone cordis nique nieutuwn puiiuoHÎs ( I ).

M. Moris.<:et est à Paris ; quel(]ues uns des nôtres l'ont vu ; je n'en sais encore (|ue cela, mais après demain j'en saurai

(1; Symptômes des aiiévrisiioes du coeur ou des gros yaisseaux , msist peu connus à Tépoque de Gui Patin. Voyez la note ci-dessus, page 39tf.

A KAij;o.Ntr. 4;>7

davantage, car il est un des disputants à l'acte que nous aurons après demain en nos écoles. M. le maréchal du Plessis- Prasiin, général destiné pour notre armée d'Italie, avoit ordre de partir aujourd'hui, mais le roi Ta remis jusqu'à samedi : encore dit-on que l'on attend un courrier : s'il arrive , il |)Ourra bien encore différer ce partement, et tout au pis aller, ou dit que, la paix venant à être ratifiée , il ne passera pas à Lyon.

Madame la présidente de Thou est morte ce matin; elle étoit fille de M. Picardet, procureur-général de Dijon. Elle laisse beaucoup d'enfants à H. son mari, qui est frère de ce pauvre martyr du cardinal de Richelieu , qui mourut à Lyon l'an 1642, le 4 septembre, avec M. de Cinq-Mars. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 5 février 1664.

LETTKE DCXXVL — .1// mcine.

On parie de la maladie de M. le duc de Savoie , pour laquelle M. le comte de Soissons, son proche parent, s'en va à Turin ; je crois même qu'il est déjà parti.

J'ai, ce matin 7 février, été entendre l'acte de nos écoles, où j'ai appris que M. Morisset n'est point encore arrivé à Paris. Celui qui croyoit l'avoir vu a la berlue ; il est encore à Lyon avec sa femme, qui y a été malade. Tout le monde parle du procès qui est entre deux gros marchands de la rue Saint- Denis, nommés Salar et Gautier; celui-là demande à celui-ci 62,000 livres par une obligation qu'il dit avoir de lui, passée par-devant deux notaires qui tous deux vivent et reconnoissent leur écriture ; mais tous deux avouent qu'ils ne se souviennent point de cet acte. On croit qu'il y aquelque fourberie du côté de Salar, que l'on dit être un méchant homme et n'être pas à son aise , et au contraire M. Gautier a bonne réputation et est fort riche. Je les connois fort bien tous deux, et ai plusieurs fois été chez l'un et chez l'autre en consulta-

468 LEITUES DE (ill PATIN

tioii. J'ai peur que Salar ne perde , étant soupçonné do beau* coup de friponneries^ el au contraire M. Gautier est fort aimé; je le tiens homme d'honneur, et digne du grand crédit qu'il a.

Dieu soit loué de ce que vous êtes de retour à Lyon après un si grand voyage et un si mauvais temps. Je suis bien aise que vous n'y avez pas perdu votre peine, et qu'on y ait reconnu votre vertu ; on ne pouvoit pas moins faire après vous avoir tiré de Lyon et de votre maison : principibus placuisse viris non ultima tous est.

Pour M. Morisset , j'ai pitié de lui ; mais il a toujours gâté toutes ses affaires par sa vanité, quelque habile homme qu'il soit ou qu'il croie être. Je ne crois pas qu'il séjourne longtemps à Lyon , car ses créanciers le feront prisonnier là aussi bien qu'à Paris. Voilà comme on en parle ici ; cet homme est malheureux : habet equum Sejaimm^ ei est quaria luna nains.

Je vous remercie de ce que vous me mandez des recommandations de MM. de Torini et de M. Thouvenot; je vous prie de leur en faire autant pour moi à votre commodité. Je vous renvoie votre lettre pour M. le chevalier ; je crois qu'il est à Lyon , au moins m'est-il ici venu dire adieu, prétendant partir le lendemain , et que madame sa mère lui avoit commandé de s'en retourner ; il y a déjà bien douze jours ou en viron. Un fort homme de bien, grand serviteur deUieu rt de bonne conscience, mourut hier ici : c'est M. le mat-échal de la Meillef^aye , tyran de la Bretagne, cousin de M. de la Kochefoucault , jadis surintendant des finances ; grand*mattre de l'artillerie , cousin de mademoiselle la duchesse d'Esguillon et père de M. le duc Mazarin , magna domina. Ne pensez-vous pas qu'il faille dire de cet homme ce qu'a dit un certain poète de ce temps : Belle âme devant Dieu, s'il y eroyoit? 11 n'y a donc plus guère que mademoiselle de Combalet de cette pre* mière branche tie la parenté du cardinal de Richelieu qui puisse empêcher que M. de Saint-Germain, jadis nommé Mathieu de Morgues, aumônier de la feue reine-mère Marie de Médicis, ne mette au jour son histoire de la vie dudit cardinal , où Ton verra d'étranges choses , à ce qu'il m'a dit lui-

uiùiiie, et ciisuito la vie du (eu roi Louis Xill , cl l'histoire de tout sou règue, depuis Tan 1610 jusqu'en l'an 1643 qu'il est mort. On dit que la paix est faite avec le pape ; mais la Chambre de justice continue ses poursuites , et même sur M. Fouquet, qui a refusé île répondre novtstîme à son nouveau procureur-général nommé M. Chamillard, et à un de ses rapporteurs. On parle ici d'un nouveau commerce établi par le roi avec le roi de Danemarck , lequel diminuera quelque chose du gain des Hollandois , et entre autres pour du grand bois que l'on tirera de Norvège, à faire de grands bâtiments et dc^ vaisseaux pour la navigation , que H. Colbert s'en va faire établir en France pour aller aux Indes orientales et occidentales. On parle aussi de faire en France une jonction des deux mers, Océan et Méditerranée, en commentant devers Bordeaux par le Languedoc jusque près de Narbonne (!)• Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris , le 8 février 1664.

LKTTKE DCXXVII. — .!« Hièine.

Je vous écris la présente pour vous dire que les niolinistes ont eu le crédit, par un arrêt d'en haut, de faire brûler en Grève le Monnaie catholicorum et le Journal de M, de SairU- Amour, Mais on ne brûle pas la vérité (2). Voici un autre

'1) La marine française acquit bientôt une prépondérance inconte»lable; on cumpla Jusqu'à quatre-vingts vaisseaux de li{;ne dans nos ports. Le magniûque canal du Languedoc , ce monanent dû au génie de riliuslre Riquet , fut décidé en 1666 ; on employa à sa eonstruction plus de quatorze années , car la navigation ne fut établie sur ce canal qu'eniôSi. (B. P.)

(2) Non certes, on ne brûle pas la vérité, pour l'honneur et le bonheur des sociétés; toutefois on la cache, on l'obscurcit, on la déguise, on Paltère, on la farde, on^ la couvre avec plus ou moins d'art du masque de Terreur. Vains et stériles cflbri» ! la vérité , celte lille du cifl , reparaît lût ou lard pins \ivr , plus éclatante (jite jaiuai» :

4(î(» i.triKi:s UE la i tatun

iDoiistie que notre Afrique nous présente. C'est un apotliU Caire nommé Tartarin, âgé de soixante-quatre ans, logé dans la rue Saint-Antoine, qui par ci-devant avoit été échevin et n'a voit que deux enfants , dont le fils a été si sot, qu*il s est fait moine de l'ordre qu'ils appellent Séraphique. C'est une espèce de cordeliers , dit du tiers ordre, récolets ou piquepus. Pour sa fille , il l'a mariée à M. le marquis de Baradat avec 200,000 livres. Hais ce noble gendre devoit tant , que présentement il n'a plus rien vaillant , et le beau-père estimé fort riche a fait une vilaine banqueroute. Voilà des fruits du temps et des fleurs de notre siècle.

Vous savez bien que M. de la Meillcraye, maréchal de Franco, père du duc Mazarin , est mort ici depuis trois jours. Il étoit lieutenant du roi en Bretagne, et avoit été surintendant des finances, cl cousin du cardinal de Richelieu. On Tappeloit à Nantes le tyran de la Bretagne. Le roi envoie dans ce pays-là une compagnie de cavalerie pour y prendre mort ou vif un baron de Polie pour la fausse monnoie. Je suis, etc.

De Paris , le 22 fé\ rier 1661 .

LETTRE DCXXVIII. — Au mène.

On tient ici la paix faite avec le pape et le roi le dit luimême hier, ce samedi 23 février, que le cardinal Chigi viendra ici en qualité de légat. M. Jér. Colot m'est ce matin venu voir et m'a demandé de vos nouvelles , dont il témoigne être fort en peine ; je lui ai dit que vous étiez à Lyon en bonne santé , et que vous m'aviez honoré d'une {\e& vôtres depuis votre retour de Piémont.

M. le duc Mazarin est allé en Alsace par exprès comman-

son influence est d^aulant plu» énergique , c|u^elie a été plus longtemps^ comprimée. En tout et partout, dans la vie publique comme dans la vie privée , il faut donc consulter la vérité , la rcHpecler , la rechercher à sa source la plus haute , la plus sacrée, et ne reculer jamais devant sc> conséquences. (R. P.)

A PALCONCT. 401

ilemeiil du roi et par nécessité. On dit que le roi fait Taire de la poudre à canon en>di%'ers lieux, et en telle quantité, que' Ton soupçonne toujours de la guerre quelque part. Le Rabelais est achevé à Amsterdam en deux tomes in-douze qui se vendent ici 4 livres 10 sous en blanc; l'impression en est fort l»elle ; il y a à la fin une explication de plusieurs mots dudit auteur, laquelle est bonne.

Il n'y a que trois jours qu'un des bons amis de M. Morisset me dit que l'on travailloit à obtenir de ses créanciers qu'il pût venir ici, et qu'il espéroit d'en venir à bout; il y seroit mieux qu'à Lyon, à ce que je vois. La vanité a été le premier péché du genre humain ; il en a eu toute sa vie , et a capite pjus folîum non de fluet ; il sera toujours glorieux et malheureux. Cette vanité est une maladie incurable qfue haminew ct/mitaturusgue ad tumulnm, il y a en son fait i>eaucoup d'imprudence, vanité, pauvreté, et comme j'entends, j'ai peur qu'il n'y succombe à son âge de septante ans ; j'en ai pourtant regret et le plains bien fort , car il est bon homme et savant; mais quoi ! auriculas asini gttis iionhabet ? Tout le monde 1^ plaint ici , mais personne ne l'assiste. Vous diriez qu'il a la peste, nihilhabet infelia: pauperta» duriiis in se . tpican quod homines ridiculos facit.

Je viens de voir M. Rousset, marchand de Lyon, beauhvve de M. Raffin, qui m'a demandé de vos nouvelles ; je lui en ai dit de bonnes, Dieu merci ; il vous baise les mains : c'est un bon corps d'homme, un bon chrétien , qui auroit été bon pour l'église primitive; mais il aime bien les cérémonies d'é* ^lise, qui n'étoient point en usage en ce temps- là.

Le Turc a pris tout nouvellement Clausembourg en Transylvanie. Si on le laisse toujours faire ainsi, je crois qu'à la fin il prendra tout; mais quoi qu'il en arrive, je ne me ferai jamais Turc : c'est une sotte religion , avec leur Alcoran , aussi bien que celle des juifs, avec leur Messie prétendu.

On dit ici que H. Morisset tient le loup par les oreilles, et (|u*il n'ose reculer; je crois que cet homme /tnhef eqtium Seja-

46*2 LKTTRKS l>K la I l'ATIN

. nUm^ laiU il ont lîiallieiii^iix , çunMvistwn haLetii aurunj Tùh" mnum» Jo vous haise très 1iuml>leinpnt les niiiins, et suis de toute mon ànie votre, etc.

Ilo Paris , le %9 février 1064.

LETTRE DCXXIX. - Au morne.

Je ne sai$ rien de nouveau de THippocrate de M. van der Linden. Cet auteur est mort à Leyden, âgé de cinquante-trois Hns, d*une fièvre avec fluxion sur la poitrine après avoir pris <ie l'antimoine, et sans s'être fait saigner (l). Quelle pitié! l'aire tant de livres , savoir tant de latin et de grec , et se laisser mourir de la fièvre et d'un catarrhe suffoquant sans se faire saigner ! J'aime mieux être ignorant et me faire saigner quel- (fuefois. Il y a trois ans que j'en tenois, si je n'eusse eu l'esprit de me faire promptement saigner. J'aime mieux que l'on jette mon sang sur un fumier, que si l'on mettoit mon corps en terre. Voilà comment meurent les Tous et les chimistes.

Je prie Dieu de bon cœur qu'il renvoie la santé à votre chère moitié. Le lait d'ànesse sera dans sa grande force dans dix jours. Je souhaite qu'elle s'en trouve bien. Si jelapouvois guérir, je partirois dès demain pour Lyon; mais il y a trop loin d'ici. Galien envoyoit ses malades à la montagne de Stabium , qui en revenoient en bonne santé. Mon iils Cctrolus m'en a confirmé la remarque par une médaille de l'empereur Gcta, qu'il estime fort, où il m'a monti*é une vache que les habitants de cette montagne avoient fait représenter pour l'excellence de son lait. Nous en avons aussi de celui d'ànesse très l>on à l'entour de Paris. Ma belle-mère, morte âgée do quatre-vingt-quatre ans, d'une apoplexie, avoitpris soixante ans durant le lait d'ànesse. La mère de M. Dulanrens, Iccon-

;f) Voyoï les notes !. 1 , pag. 6.1, 16.1, »/.'{: i. ff , pajr. ^çyr.

seiller , mourut Tan passé, âgé de (luatre-vingt-sept ans. Elle en usoit tous les ans depuis Tâge de vîngt-deux ans. Sa bellesœur, veuve d'André Dulaurens, ranatomiste, avoit fait la même chose et a vécu quatre*vingt-cinq ans. Il fait ici des merveilles, particulièrement au printemps et en automne, notamment quand on le prend avec précaution (I). Je n'en donne jamais que les entrailles ne soient bien nettes et préparées par de bonnes et douces purgations. Je suis , etc.

De Paris , le 8 avril 1664.

LETTRE DCXXX. — Au même.

Depuis que je vous écrivis il y a quelques jours , on m'a dit que M. de Belleval , professeur et chancelier de Montpellier, est mort (2) , et que le roi a donné sa charge à M. Valot. 11 est docteur de Reims, le voilà chef de Montpellier; ainsi la fortune de la cour fait touL

On cherche ici un médecin qui veuille aller en Pologne ; maison veut qu'il soit astrologue, chimiste, et qu'il ne saigne guère. Je suis d'avis qu'on leur en fîisse faire un tout exprès , car Galîen ne leur seroit point propre, si ce n'est qu'on leur en trouve un tout fait à la foire Saint-Germain.

On parle maintenant de réformer et retrancher les greffiers, qui ne sont pas les moindres larrons du royaume. Qui pourroit réformer les apothicaires et les procureurs , et même tant

[i) LorsquVin médecin juif , envoyé par l'empereur de Conslantinople à François l", rélablil la sanlé do ce p.rand roi au moyen du lait d'ânesse , on croyait ce moyen absolument inconnu des nnciens. On voit par ce que faisait (ialicn pour »rs maladra , et sitrlont |Mr la Gurîeu«e médaille que CbarJee Palin possédait, et quHI fit voir à son |)éri^, ^ue les anciens oiédccinii employaient souvent le lait et même celui cJ^ânesae comme un puissant moyen de guérison. (R. I^]

2 Martin Richer de Rt'lleval, neveu de Pierre RÂclfter de Relleval.

464 LETTRES DK (\V\ PaTIX

(le juges et de médecins ignorants qu*il y a en France, obligeroit Tort le public. .

On craint le Turc en Allemagne ; plûl à Dieu que ce fût une terreur panique. Si du Pont-Euxin par le Danube remontoit quelque Tilaine béte comme une tortue, les Allemands ne croiroient-ils pas que ce serott quelque avant- courrier de Tantechrist ou du Turc, ou quelque autre Paracelse? De ce qui arrivera , je ne sais qu'en croire ou qu'en craindre. Il faut que je dise, comme me dit avant que mourir H. Gassendi : c( Je ne crains rien de tout ce qui me doit et me peut arriver. » Adieu.

I)« Paris, le 18 avril 1661.

LETTRE DCXXXL— ^w?w/W.

Le marchand de dentelles et point de Venise nommé Salar est toujours dans le cachot noir du grand Châtelet; il est accusé de plusieurs faussetés (1). Il promet à ses juges de leur révéler bien des vérités , et d'accuser beaucoup de complices, pourvu qu'il ait la vie sauve ; on dit néanmoins qu'il sera pendu. Il y a ici des femmes de marchands prisonniers pour la fausse monnoie et pour l'avoir débitée

L'affaire de Chartres est tout-à-fuit mauvaise. I^ fils de M. Grenel, procureur du roi, et le vice-bailli son gendre sont tous deux en fuite. Il y a une femme prisonnière et deux valets; tout est pris et saisi. M. de Fortia, maitre des requêtes, commissaire député et envoyé sur les lieux, est ici attendu dans trois jours. La chambre de justice fait bien dés recherches sur plusieurs particuliers et en fait mettre beaucoup en prison.

On imprime ici les Conciles en quinze tomes in-folio , les Œuvres de Balzac , tout entier en deux tomes , V Histoire de France , par Mézeray, en quatre tomes , etc. On espère de voir

;i) faux, commA on «lit aujourd'hui.

bicntùt ici une nouvelle pièce de défense pour M. Fouquel , laquelle , à ce qu'on dit, s'imprime hors du royaume , et qui surpassera en beaux raisonnements tout ce qui jusi^u'ici a été fait pour sa défense. Enfin M. Morisset revient ; lui de ses pai'ticuliers amis vient de m'en assurer; c'est qu*il est d'accord avec ses créanciers par le moyen de M. Valot, qui lui a obtenu du terme et de l'assurance contre tant de demandes. 0 misérable vanité, que tu fais du mal au monde !

Il y a ici une nouvelle criminelle : c'est une femme d'environ cinquante ans, qui a toujours fait la belle , veuve d'un marchand de passements de la rue au Fer et fille de Boussingaut, fameux marchand de vin, et que j'ai autrefois traité malade. Elle est prisonnière pour avoir eu intelligence avec des faux monnoyeurs qui faisoient des louis d'or de sept livres , et elle les distribuoit et faisoit passer pour bons , moyennant quinze sous de profit sur chaque pièce- Mon Dieu, que les méchants sont malheureux ! Maudit argent, que lu fais de mal en ce monde ( I ) ! L'avarice et la vanité sont les démons

(1) En vérité, il faut toujours s'étonner de Télonnenient de Gui Paiin quant à U puissance de Pargent sur notre misérable espèce. Est ce qu'il n^en fut pas ainsi de tout temps? ignore-t-on ce qu^a dit un ancien sur Vauri sacra famés ? Horace ne se moque-t-il pas des Komains plaçant toujours virtus post nummos. 11 faut pourtant avouer quUI y a dans la cupidité, celle lèpre du cœur humain, des paroxysmes plus ou moins violents. On peut assurer qu^è notre époque, la maladie semble être parvenue au plus haut point d'intensité ; Targent fait tout et peut tout. Aussi, dit un poëte moderne , M. de Latouche,

La vertu n*a qu'un jour , U beauté un rjn'uup lienrt> ; Dans sou mérite entier Targent lui seul demeure. C'est rinfaillible clef, ouvrant de toutes pnrt» Conscience , scmpnle , et pudeur, et rempartn. Victorieux sultan de tons sa adversaire» , (l'est le nerf du crédit, l'cntrailU* des aflaire» ; C'est la tête de tuut , principe , i>ut final: Aurisi IVnlondous-nous nommer le CAPITAL.

(K. I».) lit. 30

4t)6 LKilUK.s DE i.l'l PATIN'

i]ui le gouvernent aujourd'hui. Cette veuve s'appelle madame le Fèvre; elle a une fdle mariée à un nommé M. Gervais de la Marche, qui a été officier du roi.

On dit que le cardinal légat vient, qu^il arrivera à Fontainebleau , ou le roi se rendra le 15 de mai pour l'y recevoir.

Le roi ira au palais bientôt pour quelque suppression con tre les Jansénistes. Quand le roi sera à Fontainebleau, la chambre de justice sera à Moret , et les prisonniers à Montereau-sur-Yonne. M. l'archevêque de Rhodes a ses bulles pour t*archevôché de Paris, dont il prendra demain possession.

Ue Paris, le 18 tYril 1604.

LETTRE DCXXXIL — A« mèwr,

Ce mot ne sera ici que pour vous remercier des deux beaux livres que vous m'avez envoyés par M. de la Fille, votre chirurgien. Je remercie aussi le révérend père Ménestrier de la bonté qu'il a eue de me mettre dans son livre, comme il a fait paHant de M. Spon , page 41 . Je viens de recevoir une lettre de M. C, qui mô mande avoir été appelé chez un prince d'Allemagne, duc de Wirtemberg, qu'il a traité, et après avoir été chez lui quelque temps et l'avoir guéri , en a été fort bien récompensé. On lui otlVe de grands avantages, s'il veut aller à Prague , mais il y a quelque chose de meilleur sur le bureau.

J'entretins hier M. de Lorme (1) , qui me semble être un merveilleux personnage ; il a une prodigieuse mémoire , beaucoup d'esprit, grand sens et de grandes connoissances , ce qui est bien extraordinaire en un Age si avancé; de plus, il a fait son cours en une terrible école, qui est la cour. 11 m'a fort remerciédes lettresquejelui écrivis il y a deux ans, et

(i; Voyez la note t. Il, page 398.

A FALCONËT. 467

moi je Tai remercié des siennes. Il dit qu'après que son procès sera jugé, il me viendroit volontiei^ demander une petite chambre pour y demeurer avec moi et pour m'entreténir de plusieurs choses; je lui ai offert toute la maison. Il m'a souvent parlé de H. Guillemeau, son ancien ami. Il n'étoit pas des plus savants , mais il étoit bien intentionné et avoît une prodigieuse mémoire. Il étoit fort dans la méthode d Uippocrate et de Galien ; il adoroit la fmtune de la cour, dont il étoit disgracié pour n'avoir point voulu être du parti du cardinal de Richelieu, s*étant attaché à la pauvre reine-mère , Marie de Médicis, de laquelle il espéroit tout ; mais tous deux en furent trop mauvais marchands.

Le roi s'en va demahi à Saint-Germain avec toute la cour, ce 28 avril ; on dit qu'il y sera plus de trois mois. On parle ici d'un grand projet que l'on a proposé au roi pour faire fa taille réelle , ou bien d'un autre par lequel on ôtera les tailles et gabelles, et chaque personne paiera tant par tête au roi , ce qui me semble, non seulement injuste, mais aussi impossible, quoique cela se fasse en Turquie; mais, par la grâce de Dieu , la France ne sera jamais turque.

M. le maréchal d'Eslrées , âgé de quatre-vingt-dix-sept ans, est échappé d'une fièvre continue, au grand étonnenient de bien du monde dans un si grand âge; il est né l'an 1573, et étoit frère de madame Gabrielle , qui mourut l'an lôb9, mère de feu M. de Vendôme. Le roi est à Saint-Germain ; M. et madame d^Orléans s'y en vont dans quelques jours après qu'elle sera guérie. Instat elecilo rcgis Puiuniœ^

M. Séguui, médecin de la reine -mère, âgé de soixantehuit ans, veuf il y a longtemps, abbé d'une bonne abbaye , et enfin prêtre fort dévot et très avare, s'en va quitter le monde, et se retire dans Saint-Victor, avec les moines, pour y passer le reste de ses jours. Il a un fils , conseiller à la cour, qui lui donne du raéconlentement : iiullm est ex omni parte beatus. Media de foiite lepomm surgit nmari (diqiiid quod in ipsis ftivciôuai nn(/fif.

468 I.RTTRES I)E (U 1 P\T1N

On parle ici de huit villages en Italie qui y ont été accablés parles cendres du mont Vésuve. .M. Boucherat, niattre des comptes à Paris, et doyen de sa chambre, âgé de quatrevingt-seize ans , est ici fort malade ; il crache le sang et saigne (lu nez : effœtœ ne deficientis naturœ ca^gumeutum.

On dit qu'il y a du bruit à Constantinople, qui a donné de la frayeur au grand-seigneur, et qu*il y a grande apparence qu'ils ne prendront pas Candie cette année.

Il y a ici un ambassadeur d'Angleterre pour rétablir le commerce du plomb , de l'étain et des bas d*estaroe, et peutêtre pour autre chose de plus grande importance.

J'admire les recherches particulières que le père Mcnestrier a ramassées avec grand soin et beaucoup de travail , pour en composer V Éloge historique de la ville de Lyofi ( I ) Ce 1 ivre dul'era à jamais pour l'honneur de votre ville, qui est en France ce qu'est Anvers aux Pays-Bas, et ce que dit J. Lipsius, qtiod eut in cnpite oculus ; sauf à Paris et à Rouen de défendre leurs droils, ayant chacune ses raisons et ses prérogatives. J'ai peur qu'on ne dise de Paris ce que Joseph Scaliger a dit de la Rome de son temps : Sjjurcwn cadaver pristinœ venusfatis , turpis litura mm merentium i^emm^ etc. Mais à propos de Scaliger, qui étoit un homme incomparable , n'avez-vous point vu trois petits livrots intitulés ScaligermWy Pt*n'oninhn

(1) Voici le tilre en entier : Éloge hi%torique de la ville de Lyon , »a grandeur consulaire sous les empereurs et sous les rois; 1669, in-4''. Ce père MéncHlrier élait un homme très érudit et qui a compose beaucoup d'ouvrage» dont quelques uns sont encore estimés. Il ne faut pas le confondre avec un autre Ménestrîer, savant numismate du siècle précédent, qui vécut et mourut à Dijon. Son épilaphe se lisait sur un des vitraui de Péglise de Saint- Jean de cette ville , la voici :

ri gît Jean I(f Mi'nestrîer; L'an de sa vie soinantc-dix .

Il mit le pieil «Uns Testrier Pour »*en aller en paradis !

H. Vr

X KALCD.NtT. iGO

et Thmna'f Un ne trouve que bien peu du premier, et je n'ai point vu les deux autres. J*ai en mes mains le manuscrit du premier, il y a trente-huit ans, et je vous l'offre de bon cœur.

Je viens d'apprendre la mort d'un de nos médecins, nommé Vacherot, âgé de soixante-deux ans(l}. Il étoil à Commerci, médecin du cardinal de Retz, et il y est mort d une inflammation de poumon pour avoir trop aimé le vin. Du rt'ste c'étoit un savant homme , honnête et digne d'une plus longue vie.

Il est mort aussi un conseiller de la grand'chambre » nommé Musnier de TÀrtige, âgé de soixante-dix-neuf ans. Guénaut et Rainssant n'ont pas laissé de lui donner deux fois du vin émétique , avec lequel on arrive souvent ad requieni sefnpilemam.

Notre jeune reine est grosse, et j'en suis bien aise. Plaise à bien que sa postérité vive et règne longtemps, et qu'elle répare tant de maux que la France souffre depuis la mort du bon roi Henri lY.

H. Colbert a été dh^e à M. Boucherai, conseiller dÉtat, qu'il n'allât plus à la chambre de justice, et que telle étoit la ^ volonté du roi. On croit que c'est pour avoir parlé en faveur de M. Fouquet , et n'avoir pas crié au gré de la cour, loiie , erucifige. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 6 mai 1664.

LETTRE DCXXXIII. — Au méwe.

Je vis ici , vendredi dernier, en consulte , une femme mordue d'un chien enragé , âgée de trente-cinq ans. Les parents, ayant entendu notre pronostic , qui ne promettoit rien de

[i, Voyez la noie lonic II , p 71.

bou , Curent cliei'ciier le chevalier de Saint-Hubert , qui y vint, mais qui u'y avança rieu. On leur amena un charlatan qui lui fit avaler du vin émétique» et après lui donna une pilule, dont elle mourut trois heures après. Le pentamètre d*Ausone n*y a pas eu son effet : Fi quum fata voluni , bina vefienajuvarU. Les charlatans tuent plus de monde que les bons médecins n*eu guérissent. C'est la faute des juges qui les souffrent.

Je baise les mains à madame votre femme. J'ai mauvaise j opinion des eaux de Vichy pour elle. Feu M. Merlet , qui y I avoit été , les disoit fort contraires à la poitrine ; et de fait ces I minéraux desséchants sont ennemis du poumon. J*aimerois mieux, en cette belle saison, un changement d'air et du lait > d'ànesse , en se purgeant de dix en dix jours avec la casse et le I séné. Toutes ces eaux métalliques ont un certain sel desséchant et ennemi des entrailles (i). Vous avez délivré votre jeune homme d'un grand mal. Nos barbiers font ici tous les jours des fautes semblables à celles qu'on a faîtes avec lui , et nos chiens à grand collier ne font autre chose et ne rougissent point de dire , comme Vespasieu , que Todeur du gain est toujours bonne, de quoi que ce soit qu'il provienne. Je suis, etc. ^

De Paris, le 6 mai 1664.

LETTRE DCXXXIV. — Au ménip.

J'ai ici vu M. Merlat , jeune homme de Lyon , qui m'a parlé de vous, comme vous lui aviez recommandé de me voir: npr

(1) 11 y a du vrai, du bon praticien dans cette réflexion ; (ouïe eau minérale est eicitante , voilà qui est certain ; mais il ne Test pas moins qu^employées à propos et selon des indications précises et formelles , les eaux minérales sont un moyen thérapeutique d^autant plus précieux que nul autre ne peut le remplacer. Pour les eaux de Vichy, voyez la note tome fl y page 583. (K. P.)

injuria , indiyet enim arte Machaonia ei Chironia. Je vous dirai tort à propos ce vers d'Horace :

Stultorum incurata pudor malus ulcéra celai.

Le roi et toute la cour s'en vont après demain à Fontainer bleau. On dit que M. le dauphin part'dès aujourd'hui de Versailles pour y être conduit. La jeune reine est grosse. On dit que la chambre de justice ^suivra , et le conseil, et les prisonniers.

Le beau Diogenes Laertitis, grec et latin, de M. Ménage est arrivé d'Angleterre. On croit ici que M. Berrier, premier commis de M. Colbert, est tellement bien dans Tespritdu roi, qu'il est en état d'en chasser celui qui l'y a mis. La cour est un pays où l'on joue à boute-hors-

Les Hollandois commencent à menacer de faire la guerre à l'évéque de Munster , s'il ne leur rend un certain château qu'ils prétendent leur appartenir.

Le légat est en chemin ; il sera accompagné de soixante gentilshommes italiens; ce sont, à ce qu'on dit, autant de comtes. Ce ne sont pas des comtes de l'empire , mais plutôt des comtes de la pomme de Charles-Quint , qui fit cinquante comtes de ceux qui pouvoient ramasser une des cinquante pommes. Oh ! que ce légat nous obligeroit s'il pouvoit faire diminuer la taille ! Entre autres, nécessités qui i)ous pressent, celle-là nous est bien nécessaire pour le pauvre peuple. Il ne feroit pas mal aussi d'ôter le carême; mais je crois qu'il n'en a pas la volonté. Je vous baise les mains, et suis da tout mon cœur votre , etc.

De Paris, le 14 mai i664.

LETTRE DCXXXV. — \u mi^me.

J'ai reçu votre lettre par M. Colot, dont je vous remercie , et sui« ravi que M. votre fils ait si bien fait en contentant Ips mes-

■i72 LETTRES DE Gtl PATIN

sieurs de votre collège ; Dieu lui fasse la grâce de continuer de mieux en mieux , et d'y réussir de même. M. Spon meTavoit mandé déjà avec grande joie et applaudissement. M. Morisset a tort , il devoit y assister ; mais c'est que le bon seigneur a bien autre chose en tête , dont je vous ai écrit par ma dernière. Je ne sais si M. Germain ira en Pologne , car on le marchande ; mais s'il y va , ce ne sera pas faute de pratique; il a bon emploi et beaucoup de mérite. 11 faut qu'il y ait quelque autre mystère , que je crois être du côté de sa famille, dont néanmoins il a eu du bien. C'est lui qui a écrit contre /l'antimoine. Il est grand chimiste, mais il a bon jugement, I raisonne bien, en homme sage et judicieux. Il a trois belles filles à marier, dont l'aînée a plus de trente ans ; mais pourquoi, dit-on , ne les marie-t-il point? je n'en sais rien : an res angusfa dotni ? L'on ne voit guère de gens riches que Ton ne sache en quelque façon comment ils le sont devenus, 5^^/ egestatis paulo occidiiores et obscuriores sunt causœ ; néanmoins j'espère de vous dire celles-ci quelque jour.

Il y a un gros procès à Rouen de tous les médecins contre un apothicaire, qui se disent de belles vérités les uns contre les autres ; tous ces procès décrient fortement la profession.

On dit que les électeurs ne peuvent s'accordera Ratisbonne pour le secours que l'empereur leur demande contre le Turc : ainsi il y a grande apparence que tout ira mal.

J'ai vu aujourd'hui notre M. Charpentier qui se porte mieux , 7wc de calcula cmqueritw\ Je vous baise les mains, et suis de toute mon àme, etc.

De Paris, le 25 mai 1664.

LETTRE DCXXXVI.— Ah mhue.

Le roi est à Fontainebleau , où toute la cour se va rendre. On parle ici d'une trêve entre l'empereur et le Turc. Ijes pa-

\ FALCONEÏ. 47^

rcuis de M. Fouquet sont ici en grande alarme, et ont peur de rissue du procès. La haine que M. Colbert lui porte poussera les choses bien loin.

N'avez-vous rien ouï dire de nouveau d'une Histoire de Lt/on , en deux tomes in-folio, faite par un jésuite de votre pays, laquelle est bien avancée, mais non parfaite? Je crois que l'auteur s'appeloit le père de Saint -Aubin , ou le père Bollioud.

Madame de Nemours-Vendôme est ici morte de la petitevérole ; elle laisse deux-belles filles à marier. C'est celle qui étoit veuve de celui que H. de Beaufort tua d'un coup de pistolet en duel l'an 1659 , et qui étoit son beau -frère. Elle est ici morte le 19 mai ; les sieurs des Fougerais , Brayer et Bainssant Vont assistée jusqu'au bout, avec un nommé M. Dufour, huguenot, qui étoit autrefois médecin de M. de Vendôme, son père, durant ses voyages d'Italie.

Je viens de recevoir votre lettre datée du 16 mai , pour laquelle je vous remercie ; je souhaite une vigoureuse santé à mademoiselle Falconet , pour à laquelle parvenir je tiens / trois choses très nécessaires : nempe diœtam legitimam , assi- I duian lactis usimi sed asinini , et catharsim fréquentent , ectinque | benignmi ex foiiis et rass. cum pauco rkeo , nisi tu dissentis , 1 docte 7 rebâti. M. Morisset n'avance rien en ses affaires, et ne nous rend pas nos registres ; je ne sais enfin ce qu'il fera ni ce qu'il deviendra : je ne vis jamais un homme si mal conseillé et si malencontreux. On cherche ici un médecin pour la charge de médecin de M. le dauphin . mais sourdement ; on dit qu'elle est à Î0,000 écus ; je n'ai garde d'y penser ni pour moi ni pour mes enfants. Curia dot curas , triùmtt Judœus Ajjeila , non ego , qui didici cum diis securum ngere œvutn : paix et peu , panem et cir censés.

Il a couru ici un bruit que le roi sortiroitde Fontainebleau à cause de la petite vérole, mais ce bruit se trouve faux. Mademoiselle d'Aleneon , sœur de feu madame la duchesse de Savoie, est ici malade de la petite vérole.

474 LETTRES DE lill PATIN

M le comte de Hui]tausier( 1 ) s'en va de la part du roi à Lyon, vers H. le cardinal légat, pour l'amener et accompagner jusqu'à Fontainebleau. J'apprends que Ton imprime en Hollande un beau recueil de tout ce qui a'été jusqu'ici fait pour la défense de M. Fouquet, mais qu'il y aura plusieurs volumes indouze , et que l'on parle aussi d'y imprimer un recueil d'épi taphes du cardinal Mazarin. Peut-être que ce dernier en attirera un autre pour le cardinal de Richelieu , pour lequel plusieurs curieux en firent de fort beaux alors, pour l'amitié que l'on avoit pour le bonnet rouge , qui avoit été le Jupiter mactator de son siècle.

M. de Guise est ici fort malade ; on dit tout bas que c'e^t f\i: ulceribus ac hyper snrcusi vesicœ; il y a isihurie et strmifjurie.

Nous avons ici un de nos médecins prêta se faire tailler pour la pierre dans la vessie ; c'est celui qui donne tant de vin émétique dans Paris , per fas et nefas , qu'on lui en a donné le surnom. On dit qu'il le fait pour gagner les bonnes grâces des apothicaires et pour plaire à Guénaut II est un de ceux qui en ordonnent le plus , mais il n'en prend jamais : il lui seroit peut-être bon pour sa pierre; mais il n'en a pas assez bonne opinion. S'il y croyoit, il y a de l'apparence qu'il en prendroit , c'est qu'il a ])eur de sa peau ; pour moi, je n'en \ prendrai jamais : nain me vestigin toreiit.

Il est mort ici depuis quatre jours un vieux chirurgien fameux de la place Maubert , nommé J. Mesnard , qui étoit habile homme et bien riche , âgé de (|uatre-vingt-sept ans.

Le conseil du roi a envoyé depuis peu de jours plusieurs taxes pour divers partis , dont se sont mêlés les cliefs de ces familles. Madame d'Esguillon en est, quelques présidents au mortier, comme MM. de Maisons, leCoigneux, deBaiileul, etc., la Brisse, partisan ; Lambert, maître des comptes,

(1) Devenu depuis Tillustre duc de Montau^ier. si connu dans Thisloire de Louis XIV. iK. P.)

▲ FALCOKKT. 475

frère et héritier de teu M. Jean-Baptiste Lambert, commis de M. Fieubet, trésorier de l'épargne, lequel Lambert mourut il y a vingt ans, âgé de trente-sept ans , riche de 4,000,000. Je Tavois traité malade longtemps, et il mourut maigre, sec et tout exténué, comme je lui avois souvent prédit. Son rein droit étoit tout ulcéré et rempli d'un tas de petites pierres , dont mon fils Charles garde quelques unes comme autant de curiosités médicinales. On a taxé aussi les héritiers de M. Gar* nier, trésorier des parties casuelles, qui a laissé dix enfants, et ù chacun plus d'un million de bien : voilà bien de l'argent dont il en reviendra une partie au roi. Faxit Deus utpost hœc miselluSy imo miserrimm populm mblevetur tôt tributis, tôt œrumnisy a tôt annis oppressus iniquU tyrannorum et publicanorum artibus. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris, le 80 mai ie64.

LETTRE DCXXXVIL — Au tfwme.

Le iils de M. Merlat se porte mieux ; il parle de s'en retourner bientôt à Lyon ; vous pouvez le dire avec vérité à M. Merlat, et lui faire mes recommandations. On dit que le cardinal de Retz y doit arriver bientôt , et mademoiselle d'Orléans pareillement, j'entends l'ainée qui est si riche.

M. de Guise est ici mort , ex urinœ supirressione cum doloribus H ulcef'ibm ad vesicam , et trois verres de vin émétique que les médecins courtisans lui ont donnés avec promesse de guérison : sic itiar ad astra.

Notre H. Rainssant a la pierre; il est après à se faire tailler et s*y prépare. On dit que H. le prince de Conti a aussi la pierre. Il a été sondé ; on ne l'a point encore trouvée, mais on croit qu'elle y est.

On parle ici de la suppression que le roi veut faire de huit

^76 LEirmis dk un taiin

millions de i-eute sur les tailles constituées l'an 1636. Plusieurs particuliers y sont fortement engagés : cela fera bien crier des gens , si on ne les rembourse argent comptant , et comme dit Plante . nuro prœsentarw. On ne parle guère que de cela , et pres({ue plus du légat (l). Je suis ravi que mademoiselle votre femme se porte mieux. Puisque laçasse ne lui fait rien, je voudrois qu'elle prît son infusion de séné , tout au moins de deux dragmes , de quatre en quatre Jours, de grand matin , une heure et demie avant son lait, ou bien trois grandes heures après son lait, se rendormant par dessus, si elle peut: car alors le bouillon n'est pas pressé, ou bien après le lait quatre grandes heures , elle prendroit un bouillon au veau , laxatif par deux ou trois gros de séné. Sy^rupo vioiarum facile carebil^ qitoniam hic opus est ndstrictione , quam ille non hahet ptvpter H im iam humiditatem .

- Je ne sais encore rien de THippocrate de feu M. van der Linden ; j'en écrirai à son fils , duquel on ne dira jamais : Tydides melior pâtre.

Une mademoiselle le Fèvre de la rue au Fer, qui faisoit passer les louis d'or qui n'étoient point de poids pour quinze sous de gain , a eu le fouet au cul d'une charrette , et la fleur de lis sur l'épaule de la main du bouiTcau : voilà la seconde fois qu'elle a été reprise de justice.

Le procureur du roi du Châtelet fait une nouvelle opposition contre Salar, et il a été remis dans le cachot.

Le roi supprime toutes les rentes de THôtel-de- Ville, avec

(1) Quand le gouvernement te Irouvail embarrassé, on s'en prenait alors , sans plus de façon , aux créanciers de l'État. On connaît ces vers de Boileau :

Plii» pnle qu*un rentier

A 1 aftpect tl'uu arrêt qui retrancbe un quartier.

Daiih notre révolution de 89 , on alla plus loin encore; PÉtal lil banqueroute cl enleva une grande partie du capital ; de là ce fameux tiers consolidé sur lequel ragiolage î»V»1 tant exercé. (U. V,"

A KAIXO.NKT. 477

promesse de reniboursemeiit : Dieu le veuille ! Je vous bais^ les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris le 6 Juin 1<mi.

LETTRE DCXXXVIII. — Au même.

Notre M. Rainssant a été taillé, lundi matin 9 juin, et ou lui a tiré une pierre plus plate que grosse , mais fort bien et fort heureusement. L'opération a été faite par Fr.Colot, cousin de celui que vous connoissez. M. Noël Falconet connoît bien celui-ci , et il lui a vu tailler le bonhomme Chanlate.

Le prince de Conti est au lit fort malade; on dit qu'il a la fièvre, défluxion sur la poitrine, et même quelque soupçon de pierre dans la vessie.

Nous avons ici quantité de fièvres vermineuses, et nous ne les guérissons qu'en faisant les renAèdes généraux. La saignée et la purgation sont absolument nécessaires; elle soulage la nature de ce qui la surcharge , et empêche k continuation de la pourriture. Nos chimistes ne savent pas ces secrets-là. Je vous ai écrit dans ma dernière d'une dame le Fèvre ; mais ce n'est point la marchande que je connois , c'est une autre qui faisoit passer de la fausse monnoie. La vraie madame le Fèvre, que j'ai traitée malade en 1637, étoit belle, jeune et friande ; elle est encore prisonnière au Chàtelet ; si elle avoit été à la cour des Monnoies, on dit qu'il y a longtemps qu'elle auroitété pendue. Elle aura de la peine d'en échapper; c'est un (les conseillers des monnoies qui me l'a dit ce matin.

Le jeune Merlat est parti d'ici sans me dire grand merci , et sans me rendre un livre que je lui avois prêté. Il en a fait de même à un bon chirurgien qui l'a bien pansé ; peut-être 4|u'il vous parlera quand il sera arrivé à Lyon. Je vous dis la chose comme elle est. Le chirurgien m'en est venu parler et soplain<h'eàmoi; je lui ai pronïisde vous en i'»criri», et iipivs

avoir vu quel ordre il y mettra , j'en écrirai , s'il est besoin , un petit mot à M. son père : c'est grande pitié que jeunesse, amantes^ amentes.

Les rentiers font ici de grandes plaintes et bien du bruit. Le roi veut rembourser tout le bourgeois; mais il retiendra par ce moyen toutes les rentes de ceux qui sont taxés à la chambre de justice, et qui sont héritiers de ceux qui ont manié les finances depuis trente-cinq ans, ou qui se sont mêlés de partis. Il y a bien des gens de longue robe , des conseillers, maîtres de requêtes, des mattresdes comptes, et même des présidents au mortier qui s*y trou vent embarrassés.

M. le cardinal de Retz est ici. Je vous baise très humblement les mains et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris , le 13 Juin 1664.

LETTRE DCXXXIX - Au mhue.

Le cardinal légat est ici qui se promène incognito en attendant le jour de son entrée ; tout le monde le croit pourtant bien. Il vient demander pardon au roi , et nous api>orte des indulgences, des Agnus Dei , des chapelets et grains bénits , et autres fanfreluches papalines. Il vaudroit bien mieux qu'il fit rabaisser la taille dont tout le monde est fort tourmenté.

On parle de la suppression de deux présidents au mortier, savoir de MM. le Coigneux et le Bailleul , et de deux secrétaires d'État, MMÎ. de Guénegaut et de la Vrillière. Plusieurs parlent des rentes qui en craignent la suppression ; mais on dit que le mal ne sera pas si grand.

Dieu conduise M. Anglis et sa jeune noblesse : ce sont d'honnétes gens.

Je baise les mains à M. Jér. Colot; son cousm Fr. Colotéloit allé à Autun, où il est tombé malade; il croyoit tailler M. Tévt^que d'Autun, qui est mort de la pierre avant qu'être taillé.

A FALCUNKT. 470

Cet évêque a voit été minime et évéque de Riez ; enfin il est mort. Il étoit cousin de M. de Marillac, conseiller d'État , qui me le dit hier, et neveu de MM. les deux frères du garde des sceaux et du maréchal , qui mourut Tan 1632 près de THôtelde-Ville. Ce M. de Marillac , conseiller d'État, est petit-fils du garde des sceaux, et père de M. de Marillac, par ci-devant conseiller de la cour , et aujourd'hui avocat>général au grand conseil, lequel a depuis peu épousé une belle jeune dame, fille de M. de Saton de Champigny , intendant de justice à Lyon , qui étoit le bon ami de notre bonhomme feu M. Cas* sendi. Je baise les mains au P. Bertet ; j'ai reçu sa lettre, et lui ferai réponse bientôt.

M. votre frère est arrivé ; il m'a fait l'honneur de me rendre visite et de m'inviter d'aller rendre visite à son patron , monseigneur Robertî. M. votre frère a tant d'affaires , qu'il ne sait presque pas de quel côté se tourner ; il ressemble à cet ancien qui quuni (\<ssct soins , pêne faciebat familiam Hero suo. Il étoit secrétaire , intendant , maître d'hôtel , argentier , etc. Ei quid non ? cela est dans les fables de Phèdre.

Je me réjouis bien fort de la santé de mademoiselle Falconet; le bain et la fréquente purgation de séné et de casse lui seront deux souverains remèdes ; mais il ne faut pas qu'elle s'en lasse, jusqu a ce que sa maladie soit tout-à-fait finie. Elle aura encore besoin d'être purgée une fois la semaine jusque dans l'hiver, sed paulo validiore medicamerUo ^ addttis nimirum validioribus medicamentis , neinpe synipis dian^hodon et de floribus nuUi persicœ : vcrwn apafje scammonicUonim omne gettus : ils la^dessécheroient trop.

J'ai vu ce matin monseigneur Roberti, logé dans les Feuillants; il est homme d'esprit et d'efficace, en un mot, homme d'affaires et Italien. Legatus est vir bontis, peregre missus ^ ad mentiendum reipubiicœ cmtsa, M. votre frère y étoit présent , c'est lui qui m'y a introduit ; je ne manquerai point de faire mon devoir, au moins je ferai tout ce que je pourrai, afin qu'on ne vous reproche rien après avoir dit tant de bien de

480 IKTTHES I)K iA'l PATIN

moi. Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris , le 10 juillet 1«64.

LETTRE DCXL. ^ An même.

L'entrée du légat a été différée, ii esta Fontainebleau, où il traite de ses affaires avec MM. les députés du conseil. On dit qu'il Fut hier enfermé trois heures dans son cabinet avec M. de Lionne. Tout le monde parle de son entrée , mais personne n'en sait rien. Se fera-t-elle ou non? c'est un grand problème. Hais en attendant que le temps nous en éclaircisse, ' je vous dirai que les jacobins du faubourg Saint-Honoré ont perdu leur procès à la grand 'chambre, et qu'ils sont obligés de déguerpir du mont Valérien, qu'ils avoient occupé par force sur les prêtres reclus et les ermites qui y dcmeuroicnt et qui en avoient été chassés par ces maîtres moines. Ne diriezvous pas qu'ils se persuadent que tous les biens sont communs et qu'il n'est question que de prendre? On se loue ici de la justice que la cour a rendue à celte occasion. Je suis, etc.

De Paris, le 1'' aoiil 1C64.

LETTRE DCXLL — Au mène.

Madame la duchesse d'Orléans est accouchée d'un petit prince qu'on appellera le duc de Valois ; plaise à Dieu qu'il parvienne à la gloire de tant de bons princes qui ont porto ce nom ! Henri III étoit très bon; mais il fut malheureux pour s'être trop fié à ses favoris, et fut enfin assassiné par un moine jacobin, à Saint-Cloud , dans unechambreoù j'ai souvent été. Crs moines sruil bien maudits de tuor les rois ; ce4>endant à

A FALCONBT. 481

les voir, on croiroit qu'ils ont des intelligences en paradis; ils en ont bien plus avec le diable; mais malheur à ceux qui s'y fient. Celle même maison de Saint-Cloud , qui appartenoit à la famille deGondy, appartient aujourd'hui à M. le duc d'Orléans, père du prince de Valois qui vient de naître.

Il avoit ici couru une nouvelle touchant quelques avantages que nous avions en Hongrie contre les Turcs ; mais il n'y avoit rien de certain: omnts homo mendax^ le monde ne sauroit s'empêcher de mentir.

La peste continue toujours bien fort à Amsterdam ; la trêve n'est pas faite entre les Angioîs et les Hollandois, meluo fortiter ne tandem magnum negotium et i^es maximi motnenti erum^ pat in nervum. Quo» qu'il arrive, on croit que les Anglois seront toujours de notre côté , et que leur roi est de fort bonne intelligence avec le nôtre.

Nous n'avons rien de nouveau de la chambre de justice. On parle toujours de M. Fouquet, mais personne ne sait quand cela finira: qaemdas finem^ rex magne , labonim? On m'a dit que l'on avoit imprimé chczEIzevir, à Amsterdam , plusieurs tomes de Factums^ Requêtes^ Apologies et Défenses pour lui , mais on n'en a encore point vu ici. Le roi a été saigné deux fois : on dit qu'il va être purgé pour prendre, après, les eaux de Saint^Hyon et du lait d'ânesse: utinam féliciter convalescat !

On imprime présentement en Hollande , chez M. Blacu Je livre de M. Ger. Jo. Vossius, de Jdololatria, etc. ; il sera in-folio, augmenté de la moitié : ce sera un fort bon livre, car M. Is. Vossius, son fils unique, me l'a dit lui-même ; il est ici depuis six semaines ; il m'a fait l'honneur de me visiter deux fois. Je l'avois autrefois connu chez feu H. Hugo Grotius, l'an 1639, et chez M. Salmasius, l'an 1643. On imprime en Angleterre le Dictimn, de Spelmanus , et à Lyon , qui sera bientôt achevé , un Amalthetm (hxomasticum Laurentianum, qui sera un fort bon livre in-folio. Je vous baise les mains , et suis , etc.

De Paris , le 29 août 1661.

LETTRE DGXLll. — Au mime.

J*apprends que le roi n'ira point à Dunkerque, mais il y envoie à sa place M. le marquis deMontauzier, dont la femme est aujourd'hui première dame d'honneur de la reine, à la place de madame de Navailles , qui a été disgraciée , tant pour son malheur que par sa faute. On dit que le roi a quelques indispositions de chaleur, et que pour le rafraîchir il sera saigné et purgé ; ensuite de quoi on lui fera prendre les eaux de Saint-Myon , Sancti-Medulphi , en Auvergne.

Madame de Label , notre voisine, est bien affligée ; on lui a enlevé son petit Huguet, qui par une débauche spirituelle s'étoit fait capucin avec quelques autres petits écoliers. Mon Dieu I faut-il avoir si froid , et aller en Gymfwpode en paradis? comme a dit quelque part M. Sébastien Rouillard, natif de Melun , jadis avocat en parlement.

Comment se porte le révérend père Bertet? Son grand des^ sein de l'édition des œuvres du père Théophile Raynaud sera-t-il bientôt achevé? Comment va celle du père Gibalin?

On mit avant-hier, ce 18 août, dans les cachots du Chàtelet, neuf jeunes hommes qui ont volé un commis de M. Colbert ; il y en a eu quatre de roués. J'ai été appelé ce matin , ce 20 août, chez M. le nonce pour y voir le maltre-d'hôtel ; j'y ai aussi vu M. votre frère, qui m'a dit qu'il vous avoit fait réponse. On dit que M. le nonce fera bientôt son entrée solennelle dans Paris , comme ont accoutumé de faire les ambassadeurs. M. votre frère m'a fait voir son beau carrosse; on ne voyoit rien de pareil dans la Palestine durant le temps du Messie, mais alors la religion étoit en herbe , aujourd'hui elle est en gerbe et en fleur. Unde fit ut hodie principes Ecclesiœtam facile etjucunde hauriant aquas in gaudio de fontibus Salvatoris,

Pietas peperit divitias , mais filia suffbcavit matrem : c'est saint Bernard qui l'a dit , dont on célèbre aujourd'hui la fétc.

À PALCONXT. 48S

M. le nonce a fait son entrée, ce 23 août, dans Paris , avec grande admiration de tout le monde, et lout y étoit beau et splendide. Ce même jour je vis M. votre frère , qui vous baise les mains; il est si fort accablé d'affaires qu'il n*a pas le loisir de vous écrire , et vous prie de lexcuser. Ce môme jour est arrivée la nouvelle que le sieur de Maginville , vice-bailli de Chartres, qui étoit en fuite pour vol et fausse monnoie, avoit été arrêté à Toulon ; c'est le prévôt des maréchaux de Chartres , un grand et franc voleur , chargé de beaucoup de crimes; puisqu'il s'est laissé prendre, je le tiens en grand danger.

Les amis de M. Fouquet ont espérance qu'il échappera*, vu que l'on a joint au procès les requêtes qu'il a présentées de nouveau à MM. de la chambre de justice. On a ici ramené les prisonniers, et M. le chancelier aussi , qui est plus vieux que pas un , et qui ne vivra plus longtemps. Le fragment de Pétrone n'est point encore achevé.

Il y a ici un gros procès au conseil entre les médecins et les. apothicaires de Marseille,

Notre M. Rainssant est toujours bien malade d'une double quarte ; nous allons tomber dans une saison qui lui sera fort contraire , febres qmrtanœ autumnaleslongœ.

Il y a aujourd'hui vingt-deux ans que Armand , cardinal 4e Richelieu, ministre enragé, fit couper la tête dans votre ville à nK>n bon et cher ami M. de Thou. Heu dolor! scr ibère plura vêtant lacrymœ ubertim flueiites ex oculis.

On dit qu'il y a un seigneur de disgracié pour avoir reAjsé d'épouser mademoiselle de la Vallière. Je viens de dire adieu à H. le premier président , qui s'en va demain aux champs pour deux mois. Je vous baise les mains , et suis de tout mon coeur votre, etc.

De Paris , le 12 septembre 1664.

LETTRE DCXLIII. — Au même.

Nous avons ici un honnête homme bien affligé ; c'est M. de la Mothe-le- Vayer , célèbre écrivain, et ci-devant précepteur de M. le duc d'Orléans , âgé de septante-huit ans. Il avoit un fils unique d'environ trente-cinq ans, qui est tombé malade d'une fièvre continue, à qui MM. Esprit, Braycr et Bodineau ont donné trois fois le vin émétique et Vont envoyé au pays d'où personne ne revient.

J'ai aujourd'hui été à nos écoles pour entendre la harangue de M. Lecomte pour l'acte du sieur de Bourges. II est fort savant et fort sage, mais il devient vieux. Tout ce qu'il a dit est l'ouvrage d'un esprit qui vieillit : c'est une pitié que d'en venir là. La vieillesse est une grande dame qui ne vient jamais sans grand train. Il vaudroit mieux n'être pas si savant et être déréglé ; et néanmoins , à tout prendre , c'est un abtme de science et d'érudition.

Je ne sais quel remède on apportera à un grand désordre qui est de deçà. Jour et nuit on vole et on tue ici à l'entour de Paris. On dit que ce sont des soldats du régiment des gardes et des mousquetaires. Mais pourquoi tuer des gens qui vont et qui viennent, des boulangers, des paysans, des marchands et des gens qui s'en retournent dans leur pays ? Nous sommes arrivés à la lie de tous les siècles (l j.

Madame la duchesse d'Orléans s'est trouvée mal à Vîllers-

(1) On voit que Ciui Palin ne perd pas une occasion de prouver la corruption de son siècle , la barbarie des préjugés , le désordre des mœurs , le peu de police élablie dans les villes , inévitable effet d*nn certain degré de civilisation où les interdis et les passions sont continuellement aux prises. Malgré le progrès des lumières , y a-t-il moins de crimes, moins de scélérats qu^aulrefois, une police plus efCcace, etc. ? On peut en douter.

Le siècle co a menti, niomme n*a pas cliangé,

Tonjoiin ou victime on boorrran. (Lamartine.)

A FALCOiNET. 485

CotereU; son médecin l'a mise au taitd'ànessc. Elle est fluette, délicate, et du nombre de ceux qu*Htppocrate dit avoir du penchant à la phthisie. Les Auglois sont sujets à leur maladie de consomption , qui en est une espèce, une pbtliisie sèche ou an ilétrissement de poumon , ex morbis materiœt dans Fernel. Vole.

De Paris, le 26 septembre 1664.

LETTRE DCLXIV. — Au mène.

Je vous envoyai hier, ce l'' octobre , une lettre de deux pages, et je recommence à vous écrire , afin que par là vous connoissiez que je pense souvent à vous, en vous donnant des nouvelles de ce pays. Je vous rendsgràce du livre que vous me promettez de M. Antsson : Amaliheum Onomasticum Lauren^ tiammi , duquel j'ai fort bonne opinion.

M. Ménage parle de faire réimprimer ses Origines de la Iongue française iu-folio fort augmentées ; mais il est bien long à tout ce qu'il promet , et encore plus à le teuT.

Les jansénistes faisoient ici imprimer une nouvelle Vie des saints in-octavo avec privilège du roi. Les jésuites ont eu le crédit d'en faire arrêter l'impression.

Avez -vous à Lyon un père Pomeyy jésuite, qui fasse imprimer un ouvrage , de Religione veterum , en plusieurs tomes in-folio? Cela me fut hier dit par un gentilhomme écossois, qui est depuis peu arrivé de Lyon. Un savant homme en théologie et en humanités peut faire un beau livre sur ce sujet.

On parle ici de la peste à Toulon que quelques vaisseaux hollaudois y ont apportée; j'en serois bien fâché par Tamitié que j'ai pour le genre humain.

Hier, ce 3 octobre, fut décapité en Grève, assez tard, un gentilhomme normand , qui étoit prisonnier depuis dix^huit mois; il étoit d'auprès de Dreux; il avoit battu un juge , brûlé une maison et fait d'autres excès , nonoim-tet in eum scribere

qui patent proscribere. Les juges ont intérêt de conserver leur crédit) aussi bien que de faire justice et de punir les méchants. H n*avott que trente-quatre ans; il ne pouvoit se résoudre à la mort; on fut tout prêt à lui couper la tête par force sur un billot.

Quand vous verrez M. Troisdames , je vous prie de lui faire mes recommandations; il m'ennuie que je ne le voie; nous dirions quelquefois de bons mots qui ne se peuvent écrire, notissima est fabula de Jove et Europa ^ et lo^ virgtmcula injuvencam transformata , etc, , sed est !

Notre H. Rainssant a pris deux diverses fois du quinquina, qui n*a produit aucun bo.i efiet , eadem morbi cantumacia et eadem symptomata persévérant » quorum omnium causa estprava diaihesis fortiter impresm visceribus nutritiis , sed prœsertim hepati atque lieni, Ballonius cancrosam weat hcmc disposition nem , quœ nulla arte deletur^ et est àv£«Toç , propter hydropem proxime insequentem. Il a onze enfants vivants et pas un de pourvu, hormis un, qui a un canonicat à Reims. Oh I que celuilà est heureux qui peut être content ! Paix et peu : Panem et circenseSy comme Juvénal adit, Satira X^ contre Sejan. Voilà MM. nos stibiaux et empiriques de cour , tantôt au tour de leur rollet , comme ils ont fait à feu H. le duc d'Orléans et au cardinal Mazarin. Il a bien fait prendre du vin émétiqueet d'autres drogues en sa vie à ses malades, et principalement de la poudre de perles pour faire plaisir aux apothicaires ses bons amis ; mais aujourd'hui non habet Jwminem qui projiciat illum inpiscinam probaticam (1). Il peut pourtant encore gué* rlr, pourvu qu'il éloigne les charlatans qui le traitent, et qu'il se confie à quelque habile homme qui entende bien la profession, et qui sache le secret de la méthode ; le reste n'est rien que pour amuser le monde. Il vaut mieux se résoudre à être plus longtemps malade que vouloir rompre l'anguille aux I genoux etguérirparforce: c'estpourtantcequelesempiriquea

(1) Il n'a persoDDe qui le jette dans la piscine. (G. P.)

A FALGONBT. 487

proibettent tous les jours , et ce qu'ils ne tiennent jamais. On tient pour certain que la chambre de justice sera bientôt terminée , que la déclaration en a été portée à la chambre des comptes, que toutes les affaires seront civilisées, excepté celles deM.Fouquet, qui demeurera prisonnier, et auquel on donnera des commissaires. Je crois pourtant qu'il en échappera par le moyen de quelques puissants intercesseurs et déprécateurs qui le favorisent prudemment, et emploient finement le crédit de leurs amis; quand vous devinerez qui sont ces gens-là , non ideo mihi eris tnagntus Ajjollo. Il y en a partout, itbique terrarwn régnât Acignius, à ce que dit Barclay, et comme il est très vrai. On prétend aussi quMl a de très bonnes raisons contre les accusations de M. Coibert , et que celui-ci lui a fait de grandes injustices et supercheries Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris , le 7 octobre 1664.

LETTRE DCXLV. — Au même.

L'électeur de Brandebourg a appelé en son université de Berlin un savant hoUandois nommé Martinus Schookius, qui a écrit beaucoup de livres. Étant jeune, il enseignoit les humanités et ensuite la philosophie. Il est aussi savant que ces anciens sophistes qui disputoient et écrivoient de tout ce qui se pouvoit savoir. Lui et Conringius , en Allemagne, sont en cette façon de science et d'écrire les plus savants hommes de TEurope. Le P. Théophile Raynaud les passoit tous deux ; car il étoit jésuite et avoit sa théologie romaine et loyoiitique en suprême degré dans Tesprit ; mais sans cela et le respect qu'il avoit pour ses supérieurs , il étoit bien capable de s'échapper, et d'en faire plus que trois autres en toute sorte de matières; car, outre la doctrine et la merveilleuse mémoire qu'il avoit » il donnoit à tous ses ouvrages et à tous ses livres un tour de perfection qui n'appartenoit qu'à un grand maître.

• On fait ici un conte effroyable, et qui nie fait peur, d'un homme que Ton dit être mort en Hollande depuis environ un an, qui a révélé peu avant de mourir qu*il étoit frère de Ravaillac, ce malheureux assassin qui tua notre bon roi Henri IV il y a cinquante-quatre ans; que si son frère Teût manqué, celui-ci étoit dans un autre endroit qui attendoit et cherchoit à faire le môme coup, et que ce ne fut point par ressentiment de religion, ni par impulsion des Espagnols, mais seulement par vengeance , irrités contre ce roi , qui avoit débauché leur sœur et qui s*étoit moqué d'elle. Mais je crois que tout ce récit n'est qu'une pure fable; quoiqu'il soit bien malaisé de savoir au vrai la cause qui avoit induit ce malheureux assassin à tuer un si bon prince. J'ai ouï dire autrefois que Ravaillac avoit été à Milan , où le comte de Fuentes l'avoit porté à faire ce parricide. J'en ai encore ouï nommer d'autres à Mathieu de Morgues, abbé de Saint-Germain, qui tint le parti de la reine-contre le cardinal de Richelieu, tandis qu'elle étoit en Flandre. H. de Sully, dans le dernier tome de ses Mémoires , fait connoître qu'il avoit une autre pensée; mais tout cela sont lettres closes où Ton ne voit goutte, et peut-être que l'on n'y verra jamais; et je doute fort si le roi Louis Xill a jamais su un si grand secret (1). Adieu.

De Paris, le 13 octobre i664.

(1) Sully remarque seulement qu'après le crime de Ravaillac on ne le garda qu^avec une grande imprudence , et que toutes sortes de personnes purent lui parler. Puis il ajoute : « Certaines gens , quUl vCesX pas besoin de nommer, usèrent si imprudemment de celle liberté, qu^ils osèrent lui dire , en I^appelant leur ami , qu^il se donndt bien de garde , Je rapporte les paroles dont ils se servirent , é^ accuser ht gens de bien , hê innocenté el les bons catholiquee , parce que ce seroît un crime irrcnibsible cl digne de la damnation cleraelle. » ( Mémoirei de Sully, t. VI H , p. 3 , édit. de Londres , 1767. ) Mais quelles étaient ces gens qu'il n^élait pas besoin de nommer ? Sully ne le dit pas malheureusement , et la postérité les ignore entièrement. ( R. P. )

LETTRE DCXLVI. - Aw nijhne.

Jecroyois avoir répondu à votre deraiëre, mais je trouve que j'ai oublié quelque chose. Je crois qu'il n'y a aucuns remèdes anti-épilcptiques; MM. Seguin, Riolan, de la Vigne et Moreau étoient de cet avis. Ceux que CroUius et la nation des chimistes vantent pour tels, sont des fictions ou de pures fables. Je n'en excepte ni 1q gui de chêne, ni le pied d'élan, ni la racine de pivoine, ni autres semblables bagatelles. La guérison d'une si grande maladie dépend d'un exact régime de vivre, avec l'abstinence des femmes, du vin, de tous aliments chauds et vaporeux ; mais il faut la saignée et la fréquente purgation qui ne blesse pas le cerveau , et ne se fasse j pas avec des pilules ou des poudres. Il faut aussi quelque- / fois faire sortir du pus qui est dans le mésentère, le poumon, / la partie cave du foie ou l'utérus , et les paroxysmes ne cessent / pas, jusqu'à ce qu'une telle humeur soit tirée hors. Fernel a \ été un grand homme, et a rompu la glace sur plusieurs points, mais il a trop peu vécu pour tout savoir et tout dire. W n'a vécu que cinquante-deux ans. Les perles ne servent rien là non plus qu'ailleurs , si ce n'est pour enrichir l'apothicaire. Dans le flux de bouche syphilitique, il ue faut pas purger tandis qu'on le veut entretenir; mais quand il est trop fort ou qu'il le faut arrêter, comme après seize ou dix-huit jours, particulièrement si les pustules ou les ulcères sont desséchés. La tisane laxative y est fort bonne, ou bien le séné avec le sirop de roses pâles ou de fleurs de pêcher. Le flux d'en bas arrête celui d'en haut. La nature ne peut pas soutenir deux mouvements contraires. Ses mouvements sont réglés aussi bien que ses forces. Celui qui sonne les cloches ne peut pas aller à la procession ; je n'ai jamais vu manquer ) cette méthode. Y aie.

De Paris , le 14 octobre 1664.

490 LETTRES DE GOI PÀTlN

LETTRE DCXLVII. — Au même.

La reine-mère fut saignée du pied il y a quelques jours , sans autrement être malade ; elle a soixante-deux ans passés, subest tâmen aliqua cùma physica quœ siletur et sileri débet ; mais notre jeune reine, grosse de huit mois, a la fièvre tierce, et en a déjà eu trois accès. Le roi paroît fort touché de cette maladie , et se rend fort assidu auprès d'elle ; elle a déjà été saignée trois fois.

La double quarte est revenue à M. Rainssant ; il s'affoiblit et devient fort chagrin ; il a aussi quelque chose dans le mésentère qui Ty menace d'un abcès, et his gradibus itur in requiem sempiternam. Notre Fernel Ta remarqué /lô. 6, Pathol., cap

H. Piètre est en bonne disposition , nous nous sommes plusieurs fois rencontrés en consultation depuis son dernier mal. Feu H. Nicolas Piètre , son père , a été un des premiers hommes de son siècle , qui n'étoit haï que des apothicaires , quia paucis fcaniliaribus et selectis utebatur medicamentis ; il haïssoit le fatras des Arabes, et n'en ordonnoit jamais; il étoit grave, sérieux, sage, bon, enfin un autre Socrate; il aimoit fort à enseigner les jeunes médecins qui se mettoient en état d'apprendre, et leur inculquoit toujours la probité , l'étude et l'assiduité; il étoit fin et rusé , mais fort sage et cir« conspect ; il avoit merveilleusement bien étudié : jamais homme n'a su mieux que lui Hippocrate, Galien, Cicéron, Sénèque et Fernel, aussi me les louoit-il souvent jusqu'à m'en donner un goût particulier; en un mot, c'étoit un grand personnage qui avoit le cœur bien placé et fort élevé au-dessus des embûches de 4a fortune, qu'on adore aujourd'hui comme une idole à qui tous les sots se dévouent ; il haïs* soit l'impudence de notre siècle, et toutes les impostures dont se servent aujourd'hui les méchants et les charlatans,

Ul faciant rem , si non rem , quocumque modo rem^

À FALGONIT. 49 1

Ce que vous me dites de Lucain est dans son livre IX. Celui-là étoit fort du parti de Pompée, et avoit raison ; mais si Jules César eût perdu la bataille de Pharsale, Pompée en eûtil moins fait? car Cicéron a dit quelque part en ses Épîtres , ad Atticum : Uterque vult repiere , non mutât fortwna genus , sed mores misère , corrumpit, M. le premier président est si fort du parti de Pompée , qu'il me témoigna un jour de la joie de ce que j*en étois , lui ayant dit dans son beau jardin de Baville que , si j'eusse été lorsque Von tfia Jules César dans le sénat , je lui aurvis donné le vingt-quatrième coup de poignard. Ce fut Tan 1645 , au mois de mai (l).

Dieu donne longue et heureuse vie au père Pomey et au père Gibalin ; je vous remercie aussi de ce que vous m'en promettez. Je baise les mains au père Bertet, à H. Boissart, et à madame sa femme. Je voudrois avoir donné quelque chose de bon, que tout leur procès fût bien fini. Je trouve M* Anisson un fort bon honune; pour le Sturmius , de medicis non medicis , il ne Tentend pas dans mon sens ; il en veut aux empiriques et aux charlatans, et s'est fort servi du livre de Michel Doringius , de Medicina et medicis.

M. Fouquet a aujourd'hui comparu devantses juges, eta été mis sur la sellette. La jeune reine se porte mieux. Je vous envoie notre catalogue nouveau , et vous prie d'en donner un exemplaire à M. Spon. M. votre frère m'a aujourd'hui parlé pour faire une consultation pour une femme de Rome; je

(1) Ce mot révèle eo entier le caractère de Gui Patin. Il était de cette école politique dont le Contrat iocial a formulé depub le symbole. Une fibre républicaine ardente et vive résonnait certainement dans ce cœur-là. Qu^on se représente un pareil homme et de tels principes quand la révolution française éclata. F^armi les démoli$$eurt de Tancien édifice social , peut-être n'eût-il pas hésité , comme tant d'autres , à se vouer aux dieux infernaux de 93 , et à croire quHl faut de grands maux pour produire de grands biens. Dès Tépoqne de Gui Patin , le protestantisme , la fronde et le despotisme avaient Jeté les germes de ces doctriiies au fond plus révolutionnaires que progressives. (R. i\)

pense que ce sera demain. Je vous baise les mains , et suis de toute mon àme votre , etc.

De Paris , le 14 novembre 1664.

LETTRE DCXLVIII. — Au même.

La jeune reine est accouchée » ce matin 16 novembre, d*une fille, laquelle a été tôt après baptisée. On dit ici que le roi est fort triste , et que notre armée de Gigeri est embarquée pour revenir de deçà.

J'ai vu ce matin M. le nonce dans son lit, et lui ai mené mon lils Charles, qui lui a présenté ses livres, et il nous a fait la grâce de les recevoir agréablement : nous y avons vu H. votre frère , qui est en bonne sauté. Les conclusions de H. le procureur-général de la chambre de justice, contre M. Fouquet , vont à être pendu ; vous voyez où va cette feinte modération de H. Colbert, elle n'est qu'ambition cachée, qui dégénéreroit en tyrannie si elle pouvoit (l).

Tout le monde parle ici du cancer à la mamelle de la reinemère, et c'est pour cela qu'on lui a tiré du sang depuis peu.

Il est arrivé un grand malheur à M. Piètre; il n'avoit qu'un petit garçon de dix ans qui s'est blessé à la tête , contre une porte, dont il est mort trente-cinq jours après; il n'a plus qu'une petite fille de reste : ainsi voilà sa famille périe, ou à peu près.

Ce jeune enfant avoit eu de fortes convulsions avec une

(1) Notre auteur a certaineaient raison. A de grandes qualités, Colbcrl joignait un caraclére tenace , haineux et vindicatif. 11 avait en outre une sorte de dureté , d'impassibilité qui le rendait odieux à toat le monde. Une dame qui réclamait de lui une pension due aux services de (on mari, lui dit un Jour : « Au moins , monsieur, faites signe que voui m'entendez. » (R. p.)

grande fièvre; il y avoit de la boue dans sa tête, a commotione cerebri , quœ puruleiUiam invexit^ quod quidem symptoma vocatur a Grœcis citc^b; , quod idem est qtiam coiicitssio , vel agitatio aut quassatio. On appelle cela en françois , une commotion du cerveau y un ébranlement ^ laquelle arrive soU' vent aux petits enfants qui , se laissant choir sur des mon-* tées, en naeurent , et arrive souvent sans fracture , par la seule commotion de cerveau et quelque ruption de petits vaisseaux, d'où le sang s'écoule, qui font un abcès où il se rencontre, et attire les convulsions , la fièvre et la mort. Ce mal-là arrive fort-souvent à Paris, et il n*y a point de remède, calamitas , a calamis attritis et fractis.

Je soupai hier avec H. le premier président , où Ion parla fort de la déroute de Gigeri et du retour de nos gens. On s'en prend fort à M. Colbert , qui en faisoit son affaire. Un capitaine qui étoit là présent disoit qu'il auroit mieux fait de ne se mêler que des affaires de cabinet.

Le vice-baillif de Chartres , nommé Colin de Maginville , accusé de fausse monnoie et de plusieurs vols , fut averti que son fait étoit découvert; il se sauva, il y a déjà plusieurs mois; on Ta cherché de tous côtés, et il Ta été si bien, qu'enfin on Ta découvert c?aws Vaieneiennes , en Flandre , où il a été arrêté. On y a envoyé des gens pour l'amener en cette ville, où il est attendu; c'est un méchant fripon, qui a bien fait du mal , et qui mérite une rude punition , qu'il ne peut éviter, fiât Jus vel pereat mundus. Je vous baise très humblement les mains , et suis de toute mon âme votre ; etc.

De Paris , le 19 noTembre 1664.

LETTRE DCXLIX. — Au même.

La jeune reine est mieux , Dieu merci ; son dernier accès n'a été que de cinq heures, et elle a les nuits bonnes. On ne

parle de la reine^mère qu*en cachette ; les courtisans n'osent dire ce qu'ils voient; cependant il est certain qu'elle a un cancer à la mamelle gauche , maladie, comme vous savei , qu'on ne peut guérir; mais ne doutez pas qu'on n'y écoute les charlatans qui promettront toujours de la guérir. Enfin c'est un mauvais refrain de la ballade et de la comédie de la vie, principalement pour une femme qui a toujours bien mangé , et qui n'a presque point été malade , et ainsi qui n'a point fait de remèdes par précaution , dont elle se trouveroit aujourd'hui fort bien , si elle s'en étoit servie. On a fait ici force processions et prières publiques, ce qui, comme je crois, ne lui a point nui; mais je voudrois être assuré qu'elles lui eussent servi et qu'elle en guérira. Les prières de gens de bien servent merveilleusement, et je ne suis point de l'avis de ce poêle, qui a dit trop hardiment :

Desinefata Deum flecti êperare preoënda,

On ne sait ici que trop de la déroute de notre armée de Gigeri , et la perte de dix compagnies du régiment de Picar* die , par la fente du vaisseau qui les rapportoit près de Toulon ; on s'en prend au trop d'économie de H. Colbert.

On dit que madame Fouquet la mère a donné un empl&tre [qui a été mis sur le ventre de la reine et qui a heureusement apaisé ses douleurs. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris , le 21 novembre 1964.

LETTRE DCL. — Au même.

M. votre frère m'a promis de vous envoyer une copie de la consultation que nous avons faite ici par ordre de M. le nonce. I^e ménooire de Rome est plaisant, obscur, mal fait, menteur,

▲ PALCONBT. 495

et peut-être fabuleux. N'est-ce point pour voir ce que nous en dirons ? car il y a des railleurs partout» et plus à Rome qu'ailleurs, à ce que j'apprends. Ce qui me réjouit après tant de peine que nous avons prise est l'espérance de quelque béné« diction de notre Saint-Père. Nous nous sommes assemblés deux grandes fois pour lui donner satisfaction , et nous avons été traités, comme dit Heursius , de saint Côme et saint Damien, Ayicaçoi J'ai bien envie de savoir ce que le Saint-Père et les médecins de Rome diront de notre réponse , qui ne plaira pas à tout le monde. Je voudrois bien savoir aussi ce qui an*ivera àcette femme. Rebuffe, qui étoit un jurisconsulte natif de Montpellier, a écrit que Doctores de Sorbona vocantur Magistri nostri , quia nihil capiunt de suis responsionibus. On nous appellera aussi Magistri nostri , si tout le monde noua traite comme le pape.

La reine n'a point eu Textréme-onction et n'a point eu autre mal que sa fièvre tierce et sa couche; mais c'est qu'en ce pays là les médecins font toutes les maladies grandes , quo pretiosius et famosius curent , comme dit TertuUien. Je vous prie de remarquer ces deux bons mots , qui conviennent fort aux empiriques d'aujourd'hui. Guénaut a déjà proposé le vin émétique , mais M. Seguin s'y est opposé et l'a empêché.

Mitescit negotium D. Fouquet , et j'en ai beaucoup meilleure espérance que ci-devant. Je voudrois que M. Ânisson fût hors d'affaire et de procès , afin qu'il pensât à mes beaux manuscrits de Gaspard Hofmann , comme il m'a promis ; mais quel est ce livre qu'il va imprimer de ce Laurentimius? L'hiver ne doit point empêcher le lait d'ànesse à madame votre femme, sed sœpe débet purgari. Je la salue de tout mon cœur, aussi bien que MM. vos deux fils, et suis de toute mog àme votre, etc.

D« Paris, le 2 décembre 1664.

LETTRE DCLI. — Au tnême.

M. F-.ecomte noire collègue est au lit, malade d'une blessure qu*il a à la jambe d'un coup de pied de cheval ; révénement de ces accidents est toujours douteux.

Deux hommes sont ici morts depuis peu , qui ont eu de la réputation par leurs livres, savoir : Marcassus, qui a fait l'histoire grecque et plusieurs romans, et M. Perrot d'Ablancourt, qui a traduit le Corn. Tacite, le Lucien et autres. On dit que M. Tabbé de Bourzey, qui s'est tant dévoué à M. Colbert, s'en va faire imprimer la vie du cardinal Mazarin. Oh ! que cela seroit beau , s'il disoit tout ! mais il n*a garde ; il n'en seroit pas bien payé. J'apprends que M. Chapelain , poète françois, très savant et très honnête homme , qui a donné au public la Pucelle d'Orléans, a une pierre dans la vessie; il s'apprête à se faire tailler le printemps prochain. M. ie président de Thou ad annum 1601 , remarque, en parlant de Jo. Heurnius, médecin de Leyden , très habile homme, que c'est la maladie des hommes d'étude , misera ad libros assidue sedentium stipendia []),

La reine est toujours malade; ses accès de tierce ne manqueront pas de revenir, statis horis , et stata periodo. Elle a de plus ses médecins de différents avis, comme il se lit dans les Epistolœ de Sidouius Apollinaris. Vous savez que la cour est pleine de brigues, d'ambition et d'avarice, que c'est un pays où le plus souvent on débusque son compagnon , atda hodienxa eadetn est quam inpestilentia crnnpi , ibi sunt vidtures qui laceront, et cadavera quœ laceraniur. La reine devoit être guérie; elle n'a point accouché avant terme , et n'a jamais eu qu'une fièvre tierce fort simple.

(1) J^ai cité ce passage dans mon ouvrage > Physiologie et hygiène des hommes livrés aux travaux de V esprit , etc. , 4- édil. t. II , p. 50. Combien d'hommes célèbres ont été, en effet, viclimes de cette maladie ! combien ont pu dire . comme Erasme , calculus , meus eamifex !

A KALCUXKT. 497

On a fait au roi des remontrances sur le rachat des rentes de l'Hôtel-de- Ville ; il a promis de rendre sa réponse dans peu de jours : ce fut H. le prévôt des marchands qui parla fort bien pour les rentiers. Les HoUandois et les Anglois ne peu« vent s'accorder ensemble ; on croit qu'il faudra qu'ils en viennent aux mains. Les Anglois veulent emplir la Hanche de leurs vaisseaux, afin d'empêcher que rien ne passe pour les Hollandoîs, qui ont été mal traités par les Anglois dans l'Amérique.

On parle ici de quelque plainte ou disgrâce de M. Berrier, premier commis de M. Colbert ; il n'y a rien au monde qui ne soit sujet à changement en ce monde , et principalement à. la cour. La petite Madame a eu des convulsions et est morte ce matin ; elle étoit fluette et délicate , sans avoir jamais eu de santé. Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris « ce 8 décembre 1664.

LETTKE DCLII. -^Anmrhne.

Je vous mandois hier tout ce que je savoisen vous envoyant une lettre de monCarolus pour le P. Compain , jésuite. Ce Carolus vous baise les mains, et vous remercie avec moi de votre affection, de toule la peine que nous vous donnons.

H. Anisson m'a mandé que lui et M. Boissart sont prêts de s'accorder, et que pour cet effet il y a des arbitres nommés : Dieu leur fasse la grâce d'être bientôt contents et bons amis, il y a dans les procès toujours de l'obstination et man- (|ue de charité : est nutem caritas vestis ilia nuptialis quœ fncit hnminpin christ innnm . Mais de malheur la charité d'aujourd'hui n'est plus guère échauffée; elle n'est plus tantôt réduite qu'à la besace des moines.

La santé de la reine n'est point encore assurée ; l'on murni. 32

498 LITTRIS M GUI PATIN

mure du vin éméti(|ue ; peut*étre que les empiriques de la cour et les rabbins de Tartulien en Font courir le bruit pour tâcher de donner quelque vogue à leur poison , qui a tant tué de monde. Multn dietmfur de ejus morbo quœ nesciunivr, et de qtiorum veritate summojure ambigitur, 0 infelices principes qui stia bona minm intelligunti Infeliriores qiii sua main non sentiwU !

La reine- mère est une fort bonne femme, laquelle a de fort t)onnes intentions, mais elle n'a point assez de crédit pour les faire valoir.

Le roi a fait mettre dans la Bastille M. de Vardes : on ne sait point le sujet; on dit que c'est à cause de M. Fouquet; mais apparemment c'est le prétexte de quelque autre chose. On tient ici M. Berrier perdu , pour une fausseté qu'il avoif produite en la chambre de justice contre M. Fouquet; sa principale partie est M. Pussort de Fanan, ci-devant con- .seiller du grand conseil et de la chambre de justice, aujourd'hui conseiller d'Etat ordinaire, et oncle de M. Colbert. L'affaire de M. Fouquet tire à la tin et sera jugée dans peu de jours. On espère et on craint , ce sont les deux écueils de la vie humaine (Ij.

J'ai vu M. le nonce, ce matin 14 décembre, et M. votre frère, qui dit qu'il est las de prendre des médecines ; il est vrai que son corps n'en a pas grand besoin , il n'est que mé- I lancolique. M. l'abbé de Rivalte vous baise les mains. J'ai vu aussi M. le comte de F^ouvigny, sur un billet que M. de Saint- Laurent m'écrivit hier : c'est un brave seigneur que j'honore

(1) On eipèrt et on craint ; ce fut là , en cflet , ce qu^éproii?a constamment la Kociélé de Paris la plus distinguée à Tépoque du grand procès de Fouquet. Ce surintendant qui trouva pourtant une cruelle, avait acquis beaucoup d'amis et d^adhérents par ses libéralités et TéléTation de son caractère. Au fond, cet homme n^étail pas un marchand dWgent, sans entrailles et sans pitié. Aussi madame de Sévigné ne cesse d'appeler Pintérét sur notre cher malheureum, et le grand poëte La Fontaine lui resta tidèle tonte sa vie. ( R. P. ^

A PALCONKT. 499

Tort; il n'est pas fort malade ; son mal est plutôt la langueur et la vieillesse que la maladie ; j en aurai soin , et j'espère quo tout ira bien. On dit que M. Berrier est devenu fou , et qu'il a perdu l'esprit de la peur qu'il a que M. Colbert ne le Tasse pendre ; d'autres disent que tout cela n'est que feinte. M. Rainssant n'avance guère; sa fièvre est fort diminuée, et l'enilure œdémateuse continue. L'hiver est fort contraire aux vieilles gens et aux malades, et même aux convalescents quorum vires ab acuto vel cotitumaci morbo sunt afflic(œ, vel (Utritœ et prostatœ; il n'est pas même jusqu'au bonhomme Cicéron qui n'ait dit, in Epistoiis ad familiares : ^Inj-^oç êk Xtirrà) xp^'*'' 'ToXffAtctfraroy, inquit Euripide»^ quem* tu qumUi facias nescio , certe singulos ejus versus singula testimoniaputo.

On parle ici d'un nouveau livre latin d'emblèmes , imprimé à Bruxelles, fait par un auteur nommé Milliarez, fils d'un Espagnol. On m'a dit aujourd'hui que M. le lieutenant civil eu avoit fait saisir une balle à la douane. On dit que ce livre est de politique; peut-être qu'il y a là-dedans quelque chose contre les intérêts et les prétentions de la France.

On imprime en Hollande un livre qui sera beau et curieux: ce sont les Mémoires de M. le maréchal de Bassontpierre.

On dit que l'empereur envoie par la Franche-Comté de bonnes troupes au Mi lanez, afin qu'elles en demeurent saisies , en cas que le roi d'Espagne meure bientô' , à quoi il y a grande apparence.

On est tout de bon à la fin du procès de M. Fouquet; on a commencé à délibérer. M. d'Ormesson, premier rapporteur et maître des requêtes, a dit son avis, et, après de belles choses, a conclu à un bannissement perpétuel et à la confiscation de tous ses biens; c'est à. présent à l'autre rapporteur, qui est M. de Sainte Hélène, conseiller de Rouen, à dire le sien.

Maie habet regina parens e suo carcin</inate mammosu : habvit comilium privatum trium ardnatroj^um , cum quatuor e/nrurgis fanwsiSy ex quorum relatione concluswn fuit jnorbum esse àvcocTov ,

500 LETTRES DK (il?! PATIN

et in sola ciciUa levât ivfiiis speni esse repos ttctm ^ ici ni viedunmento quadantenus amtdyno et emolliente : quod in tanto affectu est fxculneum auxilium. M. Rainssaiit est Fort abattu, à peine peut-il se tenir dans son lit , et y bien étendre ses jambes : prœlerea laborat quadam inexpleàili siti ^ sic ituradastra.

Un de nos bourgeois fort homme de bien , nommé M. Poignant , a été mis à la Bastille pour avoir parlé de la suppression des rentes de THôtel-de-Ville, et madame de la Trousse a reçu défense d'aller à l'Hôtel- de- Ville, et à toute autre assemblée, sur peine de punition corporelle pour la même cause. On dit que le roi a envoyé quérir sa déclaration pour les rentes ,' mais on ne sait si c'est pour ajouter ou diminuer. La chambre de justice a donné commission au présidial de Beauvais de faire le procès du receveur des tailles de Gisors , nommé l'Empereur, ce qui a été fait ; ils l'ont condamné à être pendu et étranglé. Il y a appel , pour lequel il fut hier amené en cette ville ; il est de Paris, et a ici plusieurs parents qui le pourront sauver ; son crime est de plusieurs voleries publiques.

La jeune reine ne se porte pas encore bien ; il y a trois mois qu'elle est malade, et n'avoit que la fièvre tierce, le simple bourgeois est mieux traité que cela , sanctivs njnid Ocpanvm oivitur.

M. votre frère m'a dit aujourd'hui qu'il a les pieds entlés, mais il n'a guère envie de se purger. Je salue avec toute cordialité MM. Troisdames, Spon et (tarnier, et suis de toute mon àme votre, etc.

De Paris , le 16 décembre 1064.

LETTRE DCLin. — Au même.

Il y en u qui prétendent que la tumeur de la reine à la mamelle gauche n'est pas dangereuse. Je voudrois qu'ils en fus-

A FALCONKT. 501

sent assurés, mais je ne le crois pas. On a fait venir un prêtre de près d'Orléans, qui, avec ses secrets et ses emplâtres, promettoit miracle. Mais Dieu fait ces grands miracles tout seul , encore n'arrivent- ils que rarement. Tout le monde est sujet aux lois de la nature, grands et petits. On ne fait plus d'état des rabbins de la cour, leurs secrets sont éventés, leur fait n'est que cabale et imposture.

On dit que M. Fouquet est sauvé , et que de vingt-deux, juges , il n'y en a eu que neuf à la mort , les treize autres au bannissement et à la confiscation de ses biens. On en donne le premier honneur à celui qui a parlé le premier, qui étoit le premier rapporteur, M. d'Ormesson , qui est un homme d'une intégrité parfaite, et le second à M. de la Roquesante, conseiller de Provence. Ils ont dit, que M. Fouquet navoif qu'obéi au ccwdinal Mazarin , qui avoit reçu du roi l'ordre et la puissance de commander; quejHjin* tout le mal qui avoit été fait, il s'en falloit prendre au }fazarin , qui avoit été un grand latTon qui méritait qu'on lui fît son procès , d'être déterré , et ses biens confisqués au roi. Et je suis fort de cet avis f I).

Dieu bénisse de si honnêtes gens! Je voudrois que le roi fit l'un ou l'autre chancelier de France pour leur noble et cou-, rageuse opinion , aussi bien M. Séguier n'en peut plus.

On travaille au procès de M. l'Empereur, receveur des tailles de Gisors. Sept cents témoins ont déposé contre lui , et il a plus de 800,000 livres de bien. Le roi en avoit donné la confiscation à M le comte de Saint-Aignan , mais il Ta révoquée en disant que, etc. Quand je saurai le reste , je vous le manderai volontiers. Adieu.

De Paris, leâl décembre 1664.

(1; La bile anli-niazariiiesque de Gui H'atiu u'avail rien perdu de sou âcrelé , Irôis ans après la mort du cardinal. Faut-il le lui reprocher ? non sans doute, car il y a un côlé de la ue de Masarin largement enlaelle , et le» conviclions dépendent souvent du point de vue où on est

•>02 LtlTRES DE GUI PATIÎH

LETTRE DCLIV. ~ Au même.

On s'attendoit à la cour que par le crédit de M. Colbert, sa partie, M. Fouquet seroit condamné à mort, ce qui auroit été infailliblement exécuté sans espérance d'aucune grâce. Verum fati lege quœ i^egif orbem terrarum , velpotius^ ut chrhtiane dicam , tacendo fatum, , ne putes mihi esse crtr fafuum , Dieu lui a fait grâce , et ainsi il n*a été qu'exilé , sicplacuit superis. On dit que quatre jours avant son jugement , madame Fouquet la mère fut visiter la reine-mère, qui lui répondit: Priez Dieu et vos Juges tant que vous pourrez en faveur de M. Fouquet^ car du côté du roi il n'y a rien à espérer [\). Les deux dames Fouquet, mère et bru , ont reçu commandement

(1) Nicolas Fouqaet , surintendant des finances , naquit k Paris en 1615. Son père François Fouquet , armateur de Bretagne , avait fait le commerce avec les colonies. Appelé par le cardinal de Richelieu à faire partie du conseil de marine et du commerce , on dit qu^il fut le f«eul juge du maréchal de Marillac qui n'opina point à la mort. Nie Fouquet fut d*abord matlre des requêtes et procureur-général au parlement ; en 1653 , conjointement avec Servien , il occupa la charge de surintendant des 6nances. Enfin , le 21 février 1659, il fut promu à la pleine et entière possession de IHntendanee des finances. Il possédait une grande fortune ; mais sa magnificence , sa générosité envers les savants et les gens de lettres , et surtout sa prodigalité , dépassèrent ton! ce qu^oîi peut s^imaginer. La dépense de sa maison était considérable , et le château de Vaux lui avait coûté plus de 18,000,000. On sait que cV^t à la suite d^une fêle qu^il donna dans le château de Vaux , au roi et à toute la cour, le 10 août 1660, qur s'a disgrâce fut décidée. On l'arrêta à Nantes le 5 septembre suivant par ordre de Louis XTV , et il fut jugé et condamné par une commission composée en grande partie de nés ennemis. Voici le jugement qui intervint le 23 décembre 1664 :

A La chambre a déclaré et dédare ledit siear Fouquet dûment atteint et convaincu d'abus , et de malversations par lui commises au faict des finances. Pour réparation de quoy, ensemble pour les autres cas résultants du procès, l'a banny et le bannit à perpétuîti* hors du royaume , enjoint à lui de garder son ban sous peine de la vie , a déclaré tous ses biens confisqués au roy > sur îeeax préalablement pris la somme de

A KALCUNKT. . ÔO-i

du roi de sortir de Paris, et se retirer à Moutluçon-en-BourboDDois. On dit que les mousquetaires sont commandés pour partir demain et mener M. Fouquet à Pignerol. Mum^ locum agnoscist etc., quamdiu vero sit hœsurus illic^ apud nosarcanum est^ soli Deoet régi , cognitum est tantumjiegotium.

Nous aurons bientôt un bon livre fait par un janséniste , touchant les pri^tendues opinions des jésuites, tant sur leur morale que sur les droits du roi.

On imprime ici , en gr^nd in-quarto , un Abrégé de l'Histov^e de France , par M. Mezeray .

Le marquis dé Cliarostet sa femme, liUe du premier lit de H. Fouquet, ont ordre de se retirer à Anceiiis; M. Bailli , avocat-général au grand- conseil , à Saint-Thierri son abbaye ; les deux frères de M. Fouquet, en d'autres lieux. On voit ici sur les quatre heures du matin une comète entre le Levant et le Midi. Beaucoup de gens se lèvent la nuit pour la voir; ce n'est qu'une bagatelle en Tair qui fera parler les astrologues , et leur fera dire des sottises à leur ordinaire. Je crois qu'elle ne produira aucun bien, si elle ne fait diminuer la taille, et tant d'autres impôts que le Mazarin a fait à son profit et à notre perte.

Ou dit que le roi est fâché contre ceux qui n'ont point condamné à mort H. Fouquet; mais il n'y a pas d'apparence ; car, outre qu'il a l'esprit doux et qu'il n'est point du tout saii* guinaire, c'est qu'il l'eût fait condamner s'i:l ejit voulu (I). H

100,000 livres applicables moitié aa roy et l'autre moitié en autres pies. »

On sait que , par une rigueur sans exemple el qui n^a pas eu d^imitateurs , le roi modifia Parrét, et le bannissement fut converti en une détention perpétuelle. Fouquet partit le 22 décembre pour Pîpnerol , où il resta enfermé jusqu^à sa mort, en mars 1680. Il fut ramené à Paiis et inhumé daas 1 église du couvent des dames Sainte-Marie , rue Saint-Antoine, le 20 mars 1680. ( H. P. )

(i) S'il tût voulu! quelle sanglante critique du gouvernement absolu ! Cependant il voulut que le bannissement se changeât eu prison perpé-

M)4 ' LËITHES DE Gtl PATIN

avoit même dit qu'il ne se vouloit pas mêler de ce procès-là , et il a tenu sa parole. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris, le 23 décembre 1664.

LETTRE DCLV. - Au inrmv.

Je vous ai adressé une lettre de mon Carolus pour le R. P. Compain , auquel je baise les mains; Carolus en fait autant pour vous. J'ai vu Técrit de votre M. Robert, que je vous renvoie ; il est autant extravagant que son auteur, outre Tignorance crasse et les fautes qui y sont ; je n*y entends rien , non plus qu'à Toriginal qui est venu de Rome, swit isthœc detiria inorient is seculi. Nous n'y avons rien répondu que par ' énigmes ou soupçons : in refœdn et [tudenda. Tout y est douteux de part el d'autre; nous n'y avons répondu que pour contenter M. le nonce, encore n'avons-nous pas tout dit. M. votre frère, qui se porte assez bien , m'a ditqu*il vous en avoit envoyé une copie.

Votre M. Robert est ce bonhomme qui donnoit du vin d'absinthe pour guérir l'hydropisie. Ne vous fâchez pas , H. Rainssant en a pris aussi. Pensez- vous qu'il n'y ait de mé-

j decins charlatans qu'à Lyon : et hic, et alibi^ et td}iqne terra"

I rum vend itur piper.

M. Piètre a cinquante-six ans , et je ne sais s'il aura jamais d'autres enfants; il est valétudinaire , et sa femme n'est guère loin de cinquante ans.

tuellc. DaiiA nos temps modernes Topinion publique a une prépondérance : une action qu^elle n^avait pas dans le xvii* s écle. Lors du procès dn {général Morean « accusé de conspiration a^ec Pichegru , Honaparle . premier consul, \ieiorieux, pui-^sant. adoré de la nation, n^oblint point la rondnmnalion à mort de Moreau ; la voix publique s^y opposait , il ne put donc goûter l'orgueilleuse satisfaction de le gracier. ( R. P. ;

4 KALCONET.

M. Fuuquet Ci»t jugé, le roi a converti l'arrêt de baïuiisseiiieiit en prison perpétuelle , et utinam luni degeneref ce; r&v 6«vaTÔv; car quand on est entre quatre murailles, on ne mange pas ce qu'on veut, et on mange quelquefois plus qu'on ne veut; et de plus, Pignerol produit des truffes et des champignons; on y mêle quelquefois de dangereuses sauces pour nos François, quand elles sont apprêtées par des Italiens. Ce qui est de bon est que le roi n'a jamais fait empoisonner personne, et qu'il a Tàme droite et généreuse. Mais en pouvons-nous dire autant de ceux qui gouvernent sousson autorité? J'ai vu ce quatrain de Nostradamus ; il est ici commun. Ce poëte étoit fou ; mais M. de Roquesante est bien sage, \osira damvs quum vevbn dmiwsy nom fol 1ère nostnnn est. Et qman cerba donna, nit nisi nostradamus. Au moins il a menti pour M. Fouquet; gardons- nous de tels prophètes pour n'être point trompé ; il ne faut croire ni révélation, ni apparition , ni miracle, ni prophétie, encore moins les songes, les énigmes, etc. Je vous baise très humblement les mains, et suis de toute mon àme votre . etc.

De Paris, le 25 décembre 1664.

LETTRE DCLVl,

\u iftème.

Il fait ici bien froid, et ce qu'il y a de malades n'ont guère que des rhumatismes , à quoi le vin nouveau n'a pas peu contribué. La messe de minuit est cause que tout le monde parle de la comète qui a été vue de qui l'a voulu. Ils deviendront enrhumés pour avoir été dès les trois heures du matin sur le Pont- Neuf pour la voir, et puis après s'en prendront à la comète. Pour moi , je ne crains rien de tout ce qu'on en prédit ; il arrive assez de malheurs sans comète : c'est pourquoi je passe volontiers dans l'avis d'Eritius Puteanus et d'autres savants hommes , qui , sur l'autorité de l'Écriture Sainte : \e craignez poifU tes signes du ciel, prétendent que les comètes, comme

simples météoi'es, ne nous prédisent ni bien ni mai. Nous n'avons que faire d'en craindre , il nous en viendra assez. On dit que le roi a donné charge à un mathématicien fort savant d'en écrire : il se nomme M. Petit. A peine y a*t-il jamais eu de comète plus remarquable que celle qui parut Tan Iô72 après le massacre de la Saint-Barthélemi , laquelle dura dixhuit mois , et ne disparut qu'au printemps de l'an 1574 , un peu de temps avant la mort du roi Charles IX. M. de Thou , Kekerman , Tycho Brahé et d'autres en ont fait mention.

M. de la Mothe-le-Yayer, pour se consoler de la mort de son fils unique , s'est aujourd'hui remarié à septante-huit ans, et a épousé la fille de M. de la Haye, jadis ambassadeur à Constantinople , laquelle a bien quarante ans. Elle étoit demeurée pour être sibylle. Non investit vatem, sed virum , sed vetulum. Adieu.

De Paris , le 90 décembre 1664.

LETTRE DCLVII. — Au même.

Bon jour et bon an (ce dernier décembre), en attendant quelque bonne nouvelle que tout le monde désire. Je vous , dirai que H. Fouquet n'a séjourné qu'un jour à Hontargis, ' savoir, le jour de Noël.

On dit que le roi veut avoir sa revanche sur ceuxdeGigeri, et qu'il y veut renvoyer 30,000 hommes le printemp» prochain. On dit qu'ils ont fait quelque chose qui offense le roi, à cause de quoi il ira dès le mois d'avril en Provence.

Le bourgeois est ici fort mal content des renies supprimées ; tout le monde se retranche fort; il n'y a que les vendeurs de bijoux et de galants qui gagnent avec quelques cabaretiers. Les charlatans même ne font plus de fortune , témoin le misérable médecin qui , sans se soucier de Dieu ni du monde , vend effrontément des remèdes anti écliptiques et anti-comé-

A FAIXUNET. 507

tiques (c'est celui qui eu est ie parraiu, aussi bien que le iiiarchand , ex tUraque parte Vtdcano similis). Dieu soit loué de tout; les gens de bien vivent toujours bien. Pour moi , je me fie à Dieu et à celui qui a dit : Munqvam vidi justuni det^elictum, nec »emenejus quœreru panem,

M. deLouvigni est content de moi ; c'est un fort bon et sage gentilhomme. Je me moque de la comète ; je ressemble à ce vieux Romain qui ne craignoit que malam fammn et famem , encore ne m'en soucië-je guère. Dieu m'a donné la grâce d'avoir pourvu à Tune et à l'autre. De V Histoire de V Univers site, les deux premiers tomes sont sous la presse (1), les qua^ tre autres suivront après ; elle s'imprime aux dépens du recteur. Je sais bien que M. votre archevêque aime les livres ; je le saluai ici l'an |)assé; je lui ai grande obligation du bon accueil qu'il me fit; je suis fort persuadé de sou mérite et de celui de tous ses ancêtres , et particulièrement de son aïeul , MM. Nicolas de Villeroi, que je me souviens d'avoir vu l'an 1616, et feu M. d'Alincourt, l'an 1641. Jevôus baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris , le V Janvier 1066.

LETTRE DCLVIII. - Au ynênie.

J'aurai soin de l'affaire que vous me recommandez pour M. de Rhodes votre doyen, et vous promets d'en parler à M. le premier président. On peut tout espérer de la justice et de la protection dont il honore les gens de lettres.

Enfin vous avez perdu M . Gras ; il étoit temps qu'il mourût. Il étoit trop bourru , et sa mauvaise humeur ne lui a pas peu aidé à quitter ce monde. Il avoit pourtant du mérite; mais il eût bien fait de vivre comme les autres liomrnps.

'1) Voyez la note tome ill, pag^e -275.

508 LETTRES DE (ill PATIN

Notre jeune reine se porte bien , Dieu merci. Elle n'a plus besoin que de se fortifier. Tout son mal a été une fièvre tierce, et un accouchement qui fut un petit avancé par un purgatif donné h contretemps. Sénèque a très sagement dit qu'il n*y avoit rien de plus dangereux dans les maladies qu'un remède donné avec tant de précipitation. Un médecin doit ajouter, aux femmas encore plus qu'aux hommes, et encore plus aux femmes grosses qu'à celles qui ne le sont pas. La reine-mère n'est pas si bien. On dit qu'elle a un cancer à la mamelle gauche, où les empiriques de la cour ont perdu leur escrime. On a envoyé quérir un prêtre nommé Gendron, près d'Orléans , qui l'a traitée. Une certaine femme en promettoit la guérison, mais elle en a (fuitté l'entreprise. On parle d'un moine de province, et d'un autre charlatan que l'on veut faire venir de Hollande; de quel côté qu'il vienne, il m'importe fort peu , mais je ne pense pas qu'ils la guérissent Mon Dieu ! qu'il y a de sottes gens au monde , et particulièrement chez les grands seigneurs, de croire que telles buses puissent guérir des maladies que les médecins n'ont pas pu guérir! MM. les courtisans n'entendent point ce passage de la Bible : yumquid résina est in Gaiaad, et médiats non est ibi.

La semaine qui vient on va procéder aux taxes des partisans , dont les uns sont à la cour et les autres sont la plupart cachés et fugitifs. Il y en a qui s'offrent d'en prendre le parti, promettant au roi 50 millions; mais on dit qu'il en faut bien davantage. Je prévois une étrange désolation sur les familles de ceux sur qui tombera ce tonnerre. Ce sera bien pis que la comète, qui ne se montre plus. Les jésuites en ont fait une thèse fort sèche, et où il n'y a presque rien à apprendre. U\ suis , etc.

De Paris , le 2 Janvier 1065.

A PALCONKT. M)9

LETTRE DCLIX. — An mhiw.

Je vous envoyai, il y a quelques jours, un paquet de lettres avec une thèse, de mdore sanguineo, laquelle, comme je crois, vous trouverez belle et remplie de doctrines. Les chimistes s*en fout bien accroire tous les jours avec leurs prétendus sudorifiques, dont ils promettent de guérir la peste et les autres maladies malignes. La peste est un terrible démon qui ne se chasse point avec de telle eau bénite.

Cette dernière comète qui a paru fournira de ta matière aux astrologues, et sans doute produira quelque livre nou< veau aux curieux. Le mot de comète devroit être masculin , mais le peuple et Tusage Payant mis au féminin, je suis d'avis de parler comme les autres, malgré la règle de la syntaxe , de peur de passer pour novateur et pour grammairien, qui est une sotte espèce d'hommes, à ce que dit Athénée. La comète qui parut Tan 1572 , au signe de Cassiopœa , étoit tout autre chose qu'une comète d'Aristote, qui n'avoit rien vu de pareil, et qui peut-être ne l'a jamais entendu. Les astronomes d'aujourd'hui en savent bien plus que lui , ce que je dis sans le vouloir mépriser, mais il n'a pas tout su- La vérité des choses se découvre petit à petit. Je tiens pour certain qu'il y a deux sortes de comètes. Tune sublunaire, et l'autre céleste ou éthérée. Voyez ce qu'en a dit là-<lcssus Fromondus dans son livre des Météores,

M. Rainssant, notre collègue , est toujours malade et ne se porte point mieux. Dans ce mauvais train de son mal , il a eu recours aux empiriques et chimistes , et il se sert de la pierre de Butler, dont van Helmont a bien dit des menteries. Je vous prie pourtant de ne lui en point savoir mauvais grè, car c'est là sa méthode ordinaire, et il veut faire en mourant ce qu'il a pratiqué durant sa vie. Rainssant a fait toute sa vie le charlatan, et veut mourir en charlatan. Cicéron a dit quelque part <|u'un certain Aristoxenus étoit philosophe et musi-

510 LETTRES DE Glît PATIN

cien, et qu'étant interrogé ce que c'étoitque l'àme, il répondit que c'étoit une harmonie, pour ne pas s'éloigner de son métier.

M. Piètre est encore fort mal. Ses accès lui ont repris avec ses convulsions ordinaires. Dans Hippocrate cette maladie est appelée nwrbus saeer, et dans Apulée morbus major ^ et par d'autres morbui ecmitiolis ; dans Aulugellius, heroictan pathema^ parce que les plus grands génies en ont été atteints, comme Hercule, Alexandre-le-Grand, Jules-César, Charles-Quint, etc. Il vaut mieux être moins habile homme que d'être si savant , comme H. Piètre, et être malade comme lui. Pierre Charron (1), quiïi été un divin homme, préfère la santé du corps à la science. Je suis, etc.

De Paru, le 23 janvier 1065.

LETTRE DCLX. - Au nteme.

Je vous mandai hier, ce 31 janvier, la mort de M. Liénard, âgé de soixante-dix-huit ans. On dit souvent que M. Rainssant se porte mieux , et dès le lendemain on dit qu'il empire. Il a quitté tousses charlatans, et est réduit à prendre des petits grains de laudanum , sans lesquels il ne peut dormir ; une autre fois de la poudre oculorum cancn\ et d autres fois d'autres bagatelles que Guénaut lui ordonne : nec aliter potest einpirictis atjere quam empirice , nnllns Deus extra cœlum suum habitaf ; quand il voudroit faire mieux, il nepourroit, nfi hoc schéma I)eus eum produxit.

On me vient d'apporter son billet d'enterrement, et j'ap- 1 pi*ends qu'il mourut hier (ce 6 février) à trois heures après

(1) Pierre Charron , auteur du lÎTre Dt la Sageae, fils d^un libraire qui avait vingt-cinq enfante , est né i Paris en itt41 , il mourut dans la mèoie ville , d'une attaque d'apoplexie , le 16 novembre 1603. (R. P.;

A PALCONBT. 511

midi, âgé de soixante-six ans, avec pluralité d'enfants, et assez peu de bien , quoique toute sa vie il n'ait rien épargné pour en attraper : travail effroyable et tout-à-fait immodéré , finesse, fourberie, imposture, impudence, mensonges, apothicaires, chirurgiens, sages-femmes, opérateurs, artesGue» naldiccBy provcBj mentitœ, tout lui étoit bon , pourvu qu'il en vtnt de l'argent. Mais il est mort, et la parque noire au fleuve Styx l'a mené boire.

Le roi fait faire le procès au nommé Farques , Languedocien, qui voulut, il y a quelques années, tenir bon dans Hesdin , dont il étoit gouverneur, contre le roi , en faveur des Espagnols et du prince de Condé, avec lequel il avoit intelligence. Le roi la envoyé sous bonne garde à Abbeville, afin que son procès lui soit fait par l'intendant de justice en Picardie, avec le présidial de ladite ville.

Hier mourut ici un des plus grands hommes qui aient été en l'Université , M. Padet , proviseur du collège d'Harcourt , Verus Atlas Academiœ, âgé de quatre-vingt-six ans, accablé de différents maux qui ont avancé sa vieillesse. Il étoit homme de grand mérite; Dieu lui fasse paix! Je vous baise les mains, et suis de toute mon âme , etc.

De Paris, le 6 février 1665.

LETTRE DCLXl. — Aumê7»e.

Je vous envoyai hier, ce 7 février, de nos nouvelles par M. Julien, qui est un bon enfant, Parisien, demeurant à Lyon, homme tout plein d'affection et de bonne volonté.

On ne parle ici que du nouveau commerce des Indes orientales, que le roi veut établir; mais il y a bien des gens qui s'excusent d'y mettre leur argent. Je soupai hier, ce 8 février, chez M. le premier président, où il en fut parlé amplement. M. le président Blancroesnil, son beau-frère (c'est pour

h\l . LETTRES DR iiV\ f»ATlX

lui qu'on Gt des bariicndes avec M. de Broussel Tan IG48) , y survint ; il me Ht promettre que j'irois aujounriiui diner chez lui, ce que j'ai fait avec mon fds Charles, qui est fort en ses bonnes gr&ces. J'ai été longtemps avec lui , mais il ne goûte point ce nouveau commerce des Indes orientales, et dit qu'il n'y mettra jamais d'argent. La reine-mère maigrît, qui est un signe comminatoire et de fâcheux pronostic; je serois bien fâché qu'elle mourût, c<ir elle est bien intentionnée; elle a bien permis du mal en sa vie , mais elle ne le faisoit pas faire, Mazarin abusoit rudement de sa facilité. Je prie Dieu qu'elle vive encore longtemps.

M. de Roquesante, conseiller d'Aix à la chambre de justice, qui parla (ce 12 février) fort hardiment pour M. Fouquet, reçut hier commandement du roi, par une lettre de cachet, de sortir de Paris , et de se retirer à Quimpercorantin , qui est en Basse-Bretagnp. Voilà qui ne s'est jamais vu , un commissaire exilé ; il est pourtant parti , quelque t<^mps qu'il fasse. M. Berrier travaille à terminer les taxes des partisans , et de leurs héritiers, qui sont aussi étonnés que des fondeurs de cloches.

Le roi veut supprimer la charge d'amiral ^ et donner en récompense le duché de Ponthieu avec le gouvernement de Guyenne.

(Le bonhomme M. d'Ormesson, âgé de quatre-vingt-neuf ans, ut hier taillé pour la pierre; il a dormi toute la nuit, et on ispère qu'il en guérira encore (l) ; ille mérite par son extrême >robité et sainteté de vie , qui vaut mieux que celle de nos moines. Je. vous baise les mains , sans oublier le révérend père Bernet, M. Spon , notre bon ami , et M. Boissat, et suis de tout mon cœur ^otre , etc.

P. S. On dit que la reine-mère a de cuisantes douleui*$ , que le cancer est fort ouvert, et qu'il en coule du pus abonni) Il le fut par le haut appareil , abandonué aujourd'hui , mais qui , criilre \es mains habiles des Colol^ réusfii»ftail souvent. ( R. P. }

A FALCONBT. 513

dammeiit On a l'ait venir un médecin de Bar-le-Duc, nommé Alliot , qui est un grand charlatan et disciple de van Helmont ; quaiis pater^ talis fUius , mais il n'y a point de Saint-Esprit. De Paris, le 13 février 1665.

LETTRE DCLXri. — Au même.

Je vous doime avis que notre bon ami H. Troisdames arriva hier , 17 février, en bonne santé à Paris , gros , gras et en bon point. Il se loue fort dcvous et de tous vos bons offices , et dit qu'il ne manquera pohit de cultiver votre amitié par tous les services qu'il pourra vous rendre. Il est bien fâché que ses affaires ne lui ont pu permettre d'aller dîner chez vous, comme vous lui avez fait l'honneur de l'y inviter; il dit bien que vous êtes un galant homme et un excellent ami. Sed dic^ rogOy quis vitupérât Herculeni ?

On parle ici d'un ambassadeur extraordinaire en AngleteiTe pour faire accord avec les Hollandois ; on dit que ce sera M. le duc de Verneuil , ci-devant évoque de Metz , iils naturel d'Henri IV.

Nous aurons bientôt la censure raisounée de la Sorbonne contre Amedeus Guimenius , Opusculum theologiœ mo7*alis. Un docteur de Sorbonne m'a dit qu'il faut que cet auteur soit un méchant homme et même un athée ; et néanmoins Platon a dit que jamais homme ne mourut athée. Mais au moins il y a bien au monde des fourbes , des imposteurs , sans mettre en ligne de compte les charlatans de notre métier qui ne valent pas mieux.

On ne parle tantdt plus de M Rainssant. Dès qu'il fut passé, ses créanciers firent apposer le scellé chez lui; il ne laisse pas de grands biens et a beaucoup d'enfants, de maie quœsitis noti gaudet tertius hœres : maie parta maie dilabuntur ; fnaluit esse minister oUenw lihidinis et GitefèaidicOf factionis^ quam vir

51 4 LETTRES DK UUl PATIN

bomiê. Punition divine , dit Homenas. Sa femme , qui mourut il y a deux ans , dansoit et balloit , et ne se donnoit nul soin de son ménage. Térence les a dépeintes de vives couleurs , in

Adelphis. Uxw sine dote venit^ intvs p$aitria est; domuspmip' tuom, adolescens luxu perditus , senex délirons ; ipsa si cupiat salus, servare prorstis nonpotesthanc familiam. Il a fait tout ce qu'il a pu en faveur des apothicaires , et eux pour lui , tout cela n'a servi de rien.

J'ai autrefois ouï prêcher à H. messirc Jean le Camus, évè* que de Bellay ( il méritoit bien un plus grand évéché : aussi Ta-t-il refusé et bien des fois ; il étoit trop homme de bien pour être pape) , un beau distique :

Cum facior rerum prévasset semine elemm , Àd Satanœ votumsuceeêsii turba nepotum*

Le roi a traité pour son vœu de Notre-Dame de Chartres et des Ardillières. Il n'ira point; mais il promet de payer 12,000 écus, sic etiam nummis fleettmturnuminanobis^ie vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

Ue Paris , le W février 1695.

LETTRE DCLXin. — Au même.

Je viens d'apprendre qoe M. le comte de Eebé est mort à llAcon ; je n'en sa vois hier, ce samedi il février, que la simple nouvelle; mais je tiens dorénavant qu'il n'est que trop .vrai pour lui et pour ses créanciers; car on dit ici qu'il ne payoît ( guère bien ses. dettes. Il est mort d'un rhumatisme interne le neuvième jour de son mal , qui lui a étouffé le poumon. Il étoit fort sujet à des douleurs néphrétiques et à la goutte. Ces gens-là ne sont jamais assurés de leur santé , et pour peu qu*it y ait de changement , ils meurent en quatre jours , k cause de

A PALOONBT. 515

la foîblesse des parties. Quand vous avez la goutte , vous étesP à plaindre ; quand vous ne Tavez pas , vous êtes à craindre ;\ la matière se Jette alors sur le poumon et on meurt bien vite, V ce qui arrive ici tous les jours.

On procède ici à la vente de tous les meubles de M. Fouquet ; on commence par les meubles ; il y a une belle biblio- Ûièqne.On dit que M. Golbert la veut avoir ; s'il en a tant envie, je crois bien qu'il l'aura, car il est un des gi^ands maîtres et a bien de quoi les payer, c'est-à-dire beaucoup d'argent, quœ-' eunque voluit fecit, 0 diva fortuna^ quamnmltum potes tn rébus humants!

Le dégel et la neige fondue ont merveilleusement grossi la rivière , ce qui fait encore peur à bien du monde qui a peur de la ruine des ponts. La petite rivière des Gobelins a bien fait du ravage dans le faubourg Saint-Marceau (l) ; elle a débordé en une nuit , et y a bien noyé des pauvres gens. On en comp • toit hier, ce 24 février, quarante-deux corps qui avoient été repéchés, sans ceux que Ton ne sait pas.

Ces jours-ci plusieurs grands de la cour ont été masqués , habillés en conseillers de la cour. C'est que l'on se moque de plusieurs du parlement : aussi leur ôte-t-on leur augmentation de gages , et même ils sont menacés de la polette que le roi veut leur ôter ; peut-être que cela leur apprendra à faire meilleure justice, vexatio dot intellectum^ joint que toutes ces grandes charges et ce pouvoir engendrent bien de la vanité. Je vous envoie une lettre de mon fils Charles , qui se recommande à vos bonnes grâces. On dit que la reine d'Angle^ terre la mère est fort malade à Londres ; notre reine-mère empire aussi de deçà. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Vàtîs , U 28 février 1668.

(1) Voyêt la noie ionie II, paçe 378.

LETTRE DCLXIV. — Au même.

Je vous écrivis hier, ce 28 février, de ce que je vous crus devoir écrire. Le bonhomme M. d'Ormesson , doyen du conseil , a été taillé , et est fort malade ; il est dans une igrande vieillesse , qui est une maladie incurable à cause des .'années passées ; il a quatre-vingt-neuf ans, et je tremble pour lui , car c'est un homme qui mérite de vivre.

On n'est point content à la cour du curé deVauvre (à quatre lieues de Chartres) , nommé Gehdron , qui ne soulage point la reine-mère, comme il avoit promis. Les douleurs sont quelquefois apaisées, mais elles retournent encore plus cruelles , si bien que les nuits lui sont fort fâcheuses, et quelquefois sans dormir. Elle a eu depuis peu une foiblesse si grande , que tous ceux qui la virent eu cet état eurent peur : aussi tout est suspect à cet âge , à cette maladie et à tant d'accidents.

Notre Hippocrate, qui étoit un homme incomparable, l'a dit avant moi, et quoique je souhaite une longue vie à la reine, comme médecin je suis persuadé qu'elle ne vivra pas longtemps.

On dit que pour miner les huguenots, le roi veut supprimer les chambres de l'édit, et abolir l'édit de Nantes, lis ne sont plus en état de se défendre comme jadis ; ils n'ont plus de prince du sang de leur parti, ni de ville d'otage, ni de Rochelle, ni de secours d'Espagne , ni d'Angleterre.

On dit ici que le gazetier de Venise, en marquant la mort de l'abbé de Richelieu , avoit dit qu'il étoit fils de madame d'Eguillon ; quelle impudence I

Vous trouverez ici quatre feuilles eu faveur de mon fils Charles , dont la première sera s'il vous plaît pour vous, et les trois autres pour le père Compain , H. Spon et M. Huguetan l'avocat, son ami; s'il est besoin d'une autre réponse ciaprès , au lieu d'huile on y mettra du sel et du vinaigre. Ces

A KALCONET. 5l7

MM. les auteurs du Journal des Savants , sibi arrogant magnum Jus censurée sine suffragio quiritum.

On dit que M. le cardinal de Retz viendra ici bientôt , y voir le roi , d*où , après avoir réglé quelques affaires pour ses appointements , il partira pour Rome , où il va être notre ambassadeur extraordinaire; il vient d'arriver, il est logé aux Jacobins réformés.

On vient de pendre en la rue Saint-Denis, près des Innocents , une malheureuse femme , nommée la Valentin , célèbre receleuse et larronnesse. Jamais je ne vis tanlde monde. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 3 mars 1665.

LETTRE DCLXV. — Au mène.

Je ne sais si vous avez reçu certaine espèce de gazette, qu*on appelle \e Journal des Savants (1) , de laquelle l'auteur s*étant plaint d'un petit article contre mon fils Charles , sur la médaille qui fut ici faite Tan passé pour les Suisses , il y a répondu. Je vous ai envoyé sa réponse, laquelle est sage et modeste ; ce nouveau gazetier y a répliqué et y a parlé en igno* rant et en extravagant, en quoi il n'eût pas manqué de réponse forte et aigre avec de bonnes raisons , si l'on n'eût prié Carolus de surseoir sa réplique , et menacé d'une lettre de cachet.

(1) Fondé en 1665 , par Denis de Sallo, sous le nom de HédounUe, le Journal dê$ Savants est le plus ancien et le plus célèbre des journaux littéraires fran^^is ; il a été rédigé successivement par J. Gallois , de la Roque , L. Cousin , Dupin , Fonlenelle , de Vertot , Terrasson , BureUe , du Resnel , Desfontaines , Trublet , de Moncrif, de Guignes, Bouguer, CUiraul, Gaillard, Dupuy, Lalande, etc. La collection , rarb , 1665-1792 , est de 111 yo'. in-4*. — Repris en 1816 sous la direction de M. Daunou , puis de M. Lebrun , etc. La collection , Paris, 1816 à 1846 , forme 31 voL in-4». (R. P.)

L£TTaK8 0£ GUI PATIN

La vérité est que M. Golbert prend en sa proteoiton les autenrs de ce journal , que Ton attribue à M. de Sallo , conseiller au parlement , à M. l'abbé de Bourzé , à M. de Gomberrille » à M. Chapelain , etc. ; si bien que Carolus est conseillé de différer sa réponse » et môme par l'avis de M. le premier pré^ sident, qui Ta ainsi désiré (on en dit une cause particulière , savoir, qu'il n*est pas bien avec H. Colbert depuis le procès de H. Fouquet) ; nous verrons ci*après si ces prétendus censeurs , sine suffragio populi et quiritum (1) , auront le crédit et l'autorité de critiquer ainsi tous ceux qui n'écriront pas à leur goût. Sommes- nous du temps de Juvénal , qui a dit hardiment : Dot veniam corvis , vexai censura columbas. Une chose néanmoins nous console , c est que nous n'avons point tort, et que les savants et intelligents sont de notre avis; mais ces messieurs abusent de leur crédit. La république des lettres est pour nous , mais H Golbert est contre ; et si mon fils se défend, on dit qu'on l'enverra à la Bastille, il vaut mieux ne pas écrire.

M. de Lamoignon , fils aine de M. le premier président , me fit l'honneur hier, ce 15 mars , que vous m'avez fait autrefois de votre grâce ; il me vint hier entendre au collège royal , accompagné de deux conseillers de la cour : diverses questions m'y furent proposées , auxquelles je satisfis sur-lechamp; lui-même m'en proposa trois : De natura febrium intermittentium ; de causa febris tetiiona et quartanœ; de causa periodkatioms ejtwnodi febrium. J'y répondis sur-le-champ d'une manière dont ils sont encore étonnés. Il m'a dit qu'il m'aimoit cent fois plus depuis ce temps-là , et après à cause de M. et de madame la présidente de Nesmond, dont il étoit le neveu ; car je parlai modestement contre le vin émétique et le quinquina , dont ils étoient morts. Je fus écouté fort patiemment; enfin , après avoir parlé deux heures , je descendis

(1) Quelques uns pensent que oe fut là le motif réel de Pexil de Charles Patin , exil si fatal au repos et à la santé de son père. (ii. FO

A FALGONET. 519

de chaire , magna spectante caterva, je les reconduisis jusque dans leur carrosse. Le dimanche 16 mars , M. le premier président me dit avant souper que son fils lui avoit récité tout ce que j*avois dit à ma leçon , que cela étoit beau , et qu'il y vouloit aussi venir quelque jour.

J'appris là que M. le duc de Verneuil ne partiroit qu'après Pâques pour son ambassade d'Angleterre ; mais en attendant les Hollandois s'apprêtent fortement à la guerre pour résister aux Anglois.

On fait en Allemagne des figures de la comète , et même quelques uns en ont fait une prophétie , laquelle promet au roi une grande et signalée victoire contre le Turc. Je souhaite bien fort que cela arrive , mais pourtant cela m'est bien suspect , vu que ces prédictions , révélations et miracles n'arrivent que très rarement.

Hier, ce 18 mars , en revenant de ma leçon , je vis , sur le pont Notre-Dame, mener à la Grève un certain méchant malheureux coquin natif de Flandre, qui avoit poignardé son maître dans Pontoise ; c'étoit un seigneur anglois , dont il vouloit avoir la bourse. Il étoit condamné d'avoir le poing coupé et d'être rompu tout vif, ce qui fut exécuté. Ce seigneur anglois qui fut poignardé dans son lit, à Pontoise, par son valet flamand , avoit nom de milord Karinthon. Ce valet fîit brûlé trois heures après avoir été rompu, selon que l'arrêt portoit ; il n'étoit point encore mort quand il fut jeté dans le feu. Dans le testament de ce bon mais malheureux maître, il se trouve qu'il donnoit à ce pendard de valet 10,000 livres.

On a fait connoître au roi quelques intrigues de la cour, par une lettre qui avoit été écrite à Paris et envoyée en Espagne, d'où elle a été renvoyée à Paris et donnée à la reinemère, qui l'a mise entre les mains du roi Le comte de Guiche , fils atné du maréchal de Graromont , y est mêlé Le roi est fort fâché contre lui ; il a envoyé à Aiguemortes faire arrêter le marquis de Vardes , lequel se trouve enveloppé en l'intrigue aussi bien que la comtesse de Soissons et autres. .

J'ai vu aujourd'hui madame Boissat , taquelle m'a dit avoir

520 LETTRES DE GUI l'.VTIN

(Je Lyon, de M. Boissat son mari, lettres qui portent que leur grand ouvrage du père Théophile Raynaud est en chemin , en dix-neuf tomes in-folio, tous achevés , avec ordre de ne les pas donner à moins de 100 livres, en blanc; ce n*est point trop pour un grand ouvrage , duquel j'ai fort bonne opinion ; mais c'est bien de l'argent, pour le temps auquel nous sommes. On dit ici que le roi s'en va mardi prochain à Chartres accomplir sa dévotion, et s'acquitter du vœu qu'il a fait pour obtenir de Dieu la santé de la reine , et que trois jours après il sera de retour à Paris. On fait ici de grands préparatifs pour bénir l'église du Val-de-Gràce , que la reine-mère a fondée, et où elle a fait tant de dépenses.

Hier, jour de la Saint-Joseph , M. Matthieu de Morgues, âgé de quatre-vingt-deux ans , fit un sermon dans les Incurables , où il demeure , en l'honneur de saint Joseph , en présence de la reine. C'est lui qui écrivoit à Bruxelles contre le cardinal de Richelieu , pour la reine-mère , dont il étoit aumônier ; c'est un savant homme et grand personnage , qui a devers soi la parfaite Histoire du feu roi Louis XIII , laquelle il ne veut qu'on imprime qu'après sa mort. Il en a fait faire six copies manuscrites , qu'il a commises à six de ses bons amis, qui ne manqueront point d'exécuter ses intentions en temps propre. C'est ainsi que nous a été transmise l'intention de Guichardin , et que sa belle histoire nous est demeurée. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris , le SO mars 1666.

LETTRE DCLXVI. — Au même.

Le roi est allé , ce 21 mars , pour son vœu et par dévotion , à Chartres ; il sera ici de retour en quatre jours, où il passera les fêtes, et après s'en ira à Saint-Germain pour tout l'été, tandis que Ton travaillera au Louvre (l).

(1) Louis XIV faisait à peu prés en même temps des Tœux à la Vierge et des entants à mademoiselle de la Valliére; mais alors on tolérait tout

A FALCUNKT. 521

On a tant pressé M. Morisset de rendre ses comptes , qu'enfin il s*est mis en devoir ; nous avons été assemblés pour cela, mais seulement il a été conclu que Ton choisiroit, ex toto or^ dine , douze hommes qui régleroient Taifaire avec deux avo* cats, dont l'un seroit choisi par notre doyen • et l'autre par M. Horisset. Je suis un de ces douze, je l'y servirai autant que je pourrai , et que Téquité le permettra.

Le marquis de Vardes a été amené d'Âigues-Hortes dans la citadelle de Montpellier par oinlre du roi , d'où Ton dit qu'il sera conduit à Paris.

Le roi a fait ici élire douze directeurs de la compagnie des Indes orientales, de laquelle sont chefs HM. Golbert, le prévôt des marchands, M. le président de Thou, M. Berrier; les autres sont des marchands de Paris qui entendent le commerce.

H. le cardinal de Retz part d'ici dans trois jours , pour s'en aller à Commercy, et de là il prend le chemin de Rome, où il doit arriver le mois de mai prochain. On dit que le cardinal d'Est ne veut plus être protecteur de France , qu'il en a écrit au roi , et qu'il lui veut remettre cette commission , avec les deux abbayes qu'il a de nous, savoir, Clugny et Saint- Yaast d'Ârras , qui sont deux très riches bénéfices.

Vous avez sans doute ouï parler de la révolte de M. de Saint- Annés, jadis gouverneur de Laucate, qui, malcoutent de la France , s'est retiré à Barcelone, et a pris le parti du roi d'Espagne. On dit qu'il a écrit au roi une grande lettre, dans laquelle il se plaint fort de M. Colbert et de H. le Tellier.

On a ici recommandé aux prières des gens de bien une grande dame fort malade , ce que la plupart expliquent pour la reine-mère. On dit qu'elle eut une grande foiblesse la

chez les rois, que Pon regardait presque comme d*uiie race supérieure, n^ayant pas identité d^argîle et de poussière avec le fulgaire. Les temps sont bien changés, et peut-être trop; car il ne faut pas oublier le principe de Knrke t « que l'égalité géométrique est la plus inégale de toutes» les mesures , daiià la distribution des tiommes. »

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