‹ Lettres de Gui Patin (volume 2)Chapitre 3 sur 48 · livre; qu'î\ pourra y avoir environ vingt et une feuilles, et · texte numérisé non relu

livre; qu'î\ pourra y avoir environ vingt et une feuilles, et

qu'il m'a grande obligation du secours que je lui ai donné par

le moyen de divers Celses que j*avois ici et que je lui ai fait

tenir, oq il y avoît plusieurs coiTCCtions de la main deFemelj

Chapelain, Carpentarius, Scaliger et Nancelius. On dit que

M. Rhodius en fait imprimer un à Padoue (1), et nous avons

ici H. Mentel qui en promet un pareillement , en vertu de

plusieurs manuscrits et révisions qu'il a devers soi. Pour ce

ileniier, quoiqu'il dise et promette beaucoup, il ne fait jamais

rien et dit toujours qu'il fera merveille.

On vint céans le 6 de ce mois , à six heures du matin, de la part de H. l'ambassadeur de Venise , me demander si je vou-lots aller à Venise y exercer la médecine; que j'aurois 6,000 fr. d'appointement du sénat, sans l'emploi, qui est de grand gain. C'est un médecin de notre compagnie qui m'y nomma hier, et erat ipse samaritanus, c'est-à dire antimonial, mais il n'en donne guère. C'est le bonhomme M. de Gorris, qui n'a pas grand emploi. J'ai remercié ce monsieur de la

de secte et de parti, pour lequel il n'y a point de vérités , il n^y a que des iotéréts. Il ne faut doue accepter ce bon mot de ootre auteur qu'avec beaucoup de réseriie. Notre conviction est que Tanecdotc dont il s'agit e«i fausse : qui sait pourtant , comme nous Pavons dit ? A la vérité , le eaidiual de Richelieu ne reconnaiseatt que le droit du plus fort , le droit «U loup ou do tyran : c'étaient les mwurs du temps. Il a taché de sans sa gloire et son génie; peudant son ministère, qui dura dix-huit ans» il y eut 47 Condamnations capitales ; sur ce nombre, 19 furent portées par contumace ;«mais Kichelieu n'aflecta jamais une impiété déclarée ; ï4 mort iiiéinf* fut celle d'un homme pnii'ondénienl pénétré des grandes «érilés du christianisme. iR* !*•}

i, Voyez la noie t. 1 , p. 238.

80 I.KTTRKS DR <;ri PATIN

\hAuo (|u'il a prifu^ dt^ inr* venir l'aire celle proposition, et je me suis excusé sur nui s^uité , sur les habitudes que j*HVois à Paris, et queje ne pouvuis honnêtement quitter. Là-dessus on m'a pro[K>sé de donner mon fils aîné, à quoi j'ai répondu qu*il n'étoit pas capable d*uii tel emploi , et qu'il Falloit encore qu'il étudiât aupi*ès de moi cinq ou six ans. J*ai prié le porteur de Taire cette réponse à M. Tambassadeur , et ((u'apràs cela, s'il étoit besoin , j'irois moi-même le saluer; mais quoi que Ton m'offre, je n'irai jamais en ce pays-là. C'est le pays de Merl i n Coccaïe , ftatria diabfdornm . L' Ita I ie est u n pa ys -de vérole, d'empoisonnements et d'athéisme, de juifs, deienégats et des plus grands IburLtes de la chrétienté; tout y est plein de inoinerieetd'hy(>ocrisie. Tout cela faitque jamais je n'irai.

Je viens de recevoir un petit pa<|i]et de Meyssoiiier. Bon Dieu, quel homme! Il est aussi (bu que notre Tardy. J'ai pitié de l'un et de l'autre. Il m'a envoyé sa Médecine spindteUe , où je n'entends rien : ce n'est qu'un petit livret, et néanmoins il n'est que trop long. Tout cela n'est (|ue du fatras d'un esprit malade ou inquiet. Puisqu'il est si dévot et qu'il a tant soin du salut de son âme, il devroit. s'abstenir de faire de si méchants livres, et au lieu de cela prier Dieu lorsqu'il n*a point de pratique qui le presse. Tout ce qu'il écrit ne vaut pas le port de sa lettre.

Les charges de maître des re(|uétes sont ici tellement i*e«chéries, que l'on dit qu'avant-hier il y en eut un qui en offrit cent douze mille écus. Quelle manie! Je ne sais plus où Ton trouvera des sages. L'amour, l'avarice et l'ambition gâtent tout ce qui reste de beau au monde : tant il est vrai ce qu'un ancien disoit dans une autre rencontre , que si tous les fous prenoient 'les armes, la sagesse ne trouveroil point de pra- UMîteurs.

M. de Brienne a fait donner une commission à un de nos compagnons, j'entends à un professeur du roi en mathématiques,' nommé Blondel. Il passe en Hollande , ptiis à Hambourg; de là il <loit chercher le roi de Suède, puis a pnV^ aller

rers le marquis de Brandebourg , et après vers le duc de Saxe, et de la se rendre à Francfort , où se doivent trouver tous les députés. On dit qu'après tous ces voyages on lui fendra la tête, c'est-à-dire qu*on le fera évéque avec une belle mitre. Je me recommande à vos bonnes grAces, et suis votre, etc.

LETTRE CCCCLIII. — Au mhne.

le vous remercie du livre nouveau du père Théopliile Raynaud. Cela sera bon à voir. Je n'en dis pas tant de votre Meyssonier, qui est bien foIAtre. Je voudrais qu'il s'épargnât la peine de me rien envoyer, car ses livres n'en valent pas le port; joint que je n'ai pas le loisir de rien lire de telles bagatelles. Cet homme s'imagine que c'est pour lui que Salomon a parlé lorsqu'il a dit qu'il n'y avoit point de fin de faire plusieurs livres.

Votre M. Robert est parti il y a plus de huit jours , et a fort bien fait de s'en aller; car le débordement de la rivière a bien emporté de grosses botes , et il eût peutrétre éprouvé la même fortune s'il n'eût hAté son retour. 11 n'est rien de tout ce qu'il vous a mandé touchant notre faculté. J'en ai mandé la vérité toute pure à M. ^**'^, et M. Piètre en a pareillement écrit à MH. Guillemin et Gamier ; ce qu'ils vous diront si vous leur en demandez leur avis.

On a ici parlé de la mort de M. de Caudale avec quelque regret pour sa personne , mais non pas pour sa maison ; car son père est aujourd'hui fort haï , comme l'héritier d'un favori de Henri III , qui se ruina lui-môme et ébranla toute la France pour enrichir son mignon , qui a été un terrible compagnon . Tout Paris n'a parlé de cette mort qu'avec admiration . et Von n'a dit que du bien des médecins qui l'ont traité. H. le comte, de Rebé m'a dit qu'il avoit une vieille gonorrliée dont III. 6

82 LETTRES DE CVl PATIN

on l'avoit Irouvc tout pourri après sa mort Pour le poison qui ci\ étoit soupçonné , je n'en suis pas surpris : on en dit toujours autant à la mort des princes» dont on fait souvent mystère et fmesse. L<e$ taches livides du cœur peuvent venir de la pourriture du sang dans le cœur et aux environs.

Pour le cardinal de la Valette, son frère, j'ai toujours cru qu*il fut empoisonné en Italie par ordre du cardinal de Richelieu, qui vouloit ruiner cette maison. Un fin et rusé courtisan me le dit de ce temps-la. Ce cardinal étoit un Jupiter massacreur, qui faisoit périr ses ennemis par le fer et sos amis par le poison. Il avoit de très grandes obligations au cardinal de la Valette, mais sa grande fortune l'aveugloit. Laissons ces gens là , j'entends ces grands, ces favoris, ces mangeurs de chrétiens et véritables anthrojjop/uiges

Votre observation de cinq rates distinctes trouvées dans un corps que vous avez fait ouvrir est fort belle et bien singu* Hère. Je lui donnerai place en bon lieu , tant à causa de vous qu6 pour sa rareté.

La nuit passée, vingt-deux maisons sont chutées sur le pont Marie dans la Seine, à minuit précisément, avec perte d'en- \iron trente personnes et de beaucoup de bien ; néanmoins la rivière a diminué depuis hier au soir de trois pied^. Voilà des malheurs publics qui nous menacent , disent les bonnes gens , aiqsi que d'autres calamités. On ne laisse pas de faire ici des buis, des ballets et de belles collations. La reine de Suède admire tout , et les autres prennent tout. On dit quo Rouen est à moitié dans l'eau , et qu'il y a de grandes pertes de marchandises à cause qu'elle est entrée dans les magasins. On dit aussi que l'eau a emporté une partie de la citadelle d'Amiens : tout est en désordre. L'homme e^i un misérable animal à qui tous les éléments font la guerre. Pline me fournit là-dessu.s de belles pensées, liv. 7, mais elles sont trop longues pour une lettre. Je me recommande à vos lM)nnes grâces, et suis .voire, Ole.

l)oParif>.lel"marH U\iiH.

A FaLCONET. S3

LETTRE CCCCLIV. — Au même.

Vous saurez pour nouvelle que, depuis neuf ou dix jours , les exempts s* étant transportés au couvent des Carmes à deux heures après minuit , à la requête du supérieur, ils en enlevèrent douze qu'ils amenèrent en carrosse au For-rEvéque* Cétoîentdes compagnons qui se moquoient de leur règle et de leur supérieur , qui faisoient grande chère là-dedans en dépit du carême. On a trouvé dans une de leurs chambres vingt* deux bonnes perdrix , des pÀtés , des jambons et force bou« tetUes de vin. Voilà comment ces maîtres moines jeûnent le carême , tandis que les gens de bien mangent du riz et des pruneaux. Je pense que de tout temps on a trompé le monde sous prétexte de religion. C'est un grand manteau qui affuble bien des pauvres et sots animaux. Il y en a un qui regrette plus son or et son argent qu'il ne se soucie de sa prison. Il se Tante qu'il a de bons amis qui Yen tireront , et se dit parent de madame de Beauvais , première dame de chambre de la reine.

Il y avoit ici des conseillers de Rouen qui étoient venus pour faire des remontrances sur ce que leur parlement n'avoit point voulu vérifier des édits qui étoient trop à la charge de la province. Le roi ne les a pas voulu entendre , et les a renvoyés, et en a relégué six dudit parlement SI bien que nous ne sommes pas au temps qu'il étoit permis de dire librement son avis pour le soulagement du public. Aussi Tacite , le roi des historiens , a dit : Rara teanpoiiim feiiciias , m qui" bas ienii're qu(B velis , et quœ seniias dicere licei. Ce temps étoit a%-ant que Berihe lilàl; depuis qu elle a filé, le monde s'est bien corrompu. Les moines, les ministres, les partisans et autres pestes de la république sont venus qui ont bien rliaugé les affaires.

L'auteur du \\\re i\es Prêadamiies , nommé Isaac de la Prf»w»r**, Gas^'on , est ici de retour de Rome. Il a Wi imprimer

84 LKTTItKS DE dVl PATIN

un pelit livre iiM|Uiirlo , dans lequel il rend raison de son changement de religion ( on appelle cela en termes d école : abjurer son hérésie ) , et il a désavoué son livre des Prrndamites (1). J'ai vu ce dernier livre, mais il ne se vend pas bien. On dit que le pape lui a donné une petite abbaye, etqueleMa- .zarin lui a encore promis quelque nouvelle faveur du ciel ou du purgatoire. Il est ici attendant cette grâce, aussi avidement que vous pouvez Timaginer d'un Gascon qui a peur de mourir de faim , et qui n'a changé de religion que pour faire fortune et meilleure chère aux dépens de qui il appartiendra. Il se produit ici comme s'il étoit grand faiseur de miracles ou débiteur de pardons. Notre grande ville de Paris est un théâtre fort propre à cela ; car il s*y rencontre beaucoup de sols et de curieux , et pareillement d'ignorants, qui s'étonnent aisément de ce qu'ils ne connoissent point ; et de plus un Gascon, savant , courtisan , huguenot converti qui vient de Rome , est fort propre à ce badinage et à jouer une telle comédie.

Puisqu'on imprime chez vous le Fernel , je veux vous prier d'une chose, qui est d'y faire corriger une faute que ceux d'Utrecht ont faite à leur impression, lorsqu'ils disent dans sa vie qu'il avoit soixante-douze ans quand il mourut, ce qui est très faux ; car je vous assure qu'il n'en avoit que cinquantedeux , ce que j'ai ouï dire à feuM.deVillerai, maître des requêtes, fils d'une fille de Fernel , laquelle n'est morte qu'en 1642. Je l'ai aussi ouï dire à d'autres de ses parents , et c'est une tradition toute claire dans sa famille. Mais sans In tradi^ tion , qui n'est pas toujours assurée , j'en ai deux preuves très certaines : l'une est tirée des registres de notre faculté , que j'ai eus entre mes mains tandis que j'ai été doyen, où il est expressément remarqué que Fernel mourut le 26 avril 1.^58 , aniw œtatis 52 ; l'autre preuve est dans son épitaphe à Saint- Jacques de la Boucherie, que j'ai fait voir à une infinité de personnes, où il est encore marqué qu'il mourtit à l'âge de

,i) Voyex la noie sur la Peyrcrc, «omc II, pageâ63.

A KALCONET. - 85

ciiiquante-deux ans. L*auteur dti cette épitaphe y est nommé Pkilippus Barjotius , Femelii gêner , qui étoit un maître des miuètes et président au grand conseil , son premier gendre ; le second fut M. Gilles de Riivnt, président au mortier , qui est mort l'an 1567, sa veuve lui ayant survécu quarante-cinq ans.

Nous commençâmes hier uos examens rigoureux. De onze \ présentés, il y en eut un qui fit assez mal, quoique lils de \ maître On lui conseilla de se retirer, ce qu'il fit. Son père { étoit un nommé Ferrand , grand fendeur de naseaux , fort débauché, qui eût été pondu pour la fausse monnoic s'il eût encore été en vie un mois ou deux. Les autres prétendants ont fort bien fait. Je suis, etc. .

De Paru , le 9 aTril 16fi8.

LETTRE CCCCLV. - Au même.

Le roi est tombé uialade à Mardick , d'où il a été mené à Calais. Ses médecins sont Guénaut, Yalot et Daquin. On dit que le jour que Guénaut arriva, Yalot avoit purgé le roi, dont il s*est trouvé plus mal : aussi n'y a-t*il rien déplus dangereux qu'une médecine prise trop tôt et qu'un médecin ignorant. Dès le commencement du mal, le roi n'ayant encore élé saigné qu'une fois, il y eut dispute entre Valot et un autre médecin de la cour touchant la saignée. Valot disoit qu'il ne falloit point saigner, l'autre pressoit de le faire. On appela pour arbitre un tiers , qui est un médecin d'Abbeville où on Talla quérir, nommé H. du Sausoy, qui fut d'avis que le roi davoit être saigné. Valot trouva mauvais cette opposition, et lui dit qu'il étoit bien hardi. M. du Sausoy lui répondit : Monsieur, je vous couuois bien; le roi a besoin d'être saigné et le doit être ; si vous ne trouvez pas bon mon avis, je ne m'en soucie p<is , non plus que je ne vous tiens point capable de juger de ce différend. Le roi fut saigné, et sur cette diversité

S(> ~ I.ETTKES DE »;Lil VXTXS

d'avis , la i-eiiie dit qu'il falloit envoyer quérir Guénaut à Paris. Quelques joura après, le roi demanda lui-même le mé> decin d'AbbeviUe; on le retourna quérir, il continua de traiter le roi avec les autres. On Ta saigné neuf fois en tout. II eut une mauvaise nuit le 13 et le 14 de juillet. On tient pourtant qu'il sortira de Calais lundi prochain 22 juillet. Il y eu a qui disent ici que le roi n'est pas encore bien et qu'il n'est pas exempt de fièvre; mais, soit qu'il Tait ou non, j'ai toujours cru qu'il e.i guériroit et l'ai voulu gager contre plusieurs personnes. Le roi est un prince bien fait , grand et fort , qui n'a pas en'core vingt ans , qui ne boit presque pas de vin , qui n'est point débauché, qui n'a nulle partie gâtée ni intéressée dans le corps. Sa nialadie n'a été qu'un excès de chaleur d'avoir monté à cheval et d'avoir eu longtemps le soleil sur la tète, qui est, selon le témoignage de Galien , une des plus puissantes causes externes des maladies ; joint qu'il y a du mauvais air et de la puanteur en ces quartiers maritimes où est l'armée. C'a été une fièvre continue putride qui avoit besoin seulement de la saignée et d'une diète rafrafehissante , avec de légers purgatifs , sans aucun besoin de vin émétique , comme ils publient qu'on lui a donné. S'il en a pris , apparemment ils ne lui en auront pas donné plus d'une once dissoute dans quelque infusion de séné. Et ce que notre maître Guénaut a fait mettre dans la gazette par son boit ami Kenaudot n'a été que pour tâcher de canoniser ce poison , que les charlatans appellent un remède précieux , et qu'on pourroit plus véritablement nommer pernicieux. On dit que le roi souhaite fort qu'on le porte à Compiègne, puisque l'air de Calais n'est point bon. On continue ici les prières et les processions pour sa santé , et je suis ravi de voir la dévotion du peuple pour sa convalescence ; car enfin il ne m'importe guère de quels remèdes ou se sera servi , corporels ou spirituels, pourvu qu'il guérisse. C'est un prince digne d'être aimé de ceux mêmes à qui il n'a jamais fait de bien , qui a de grandes parties et sur les inclinations duquel la France

pout fondée un repus que les deux cardiiiHUx de Riclietrcu et Mazarin lui ont ôté. Je me sens pour lui une inclination violente , au-delà de ce que les François ont d^ordinairt^ pour leur prince. Je tous baise les mains, et finis en vous a^^suranl (|ue je suis tou)ours votre , etc.

De Paris, le 20 Juillet i658.

LETTRE (XXCLVI. -• An même.

Il est mort un conseiller de la grand'chambre , nommé le président Champrond. Il avoit autrefois été président aux enquêtes. Il avoit quatre-vingts ans , et n*étoit remarié que depuis deux ans à une jeune femme. II avoit extrêmement envie de laisser de sa lignée et n'en a pu venir à bout. Il a ressemblé à Manard, duquel a parlé Paul Jove en ses Eloges :

tn forea qui te moriturum discit arinpcr , Non mentitus erat, eonjugxs iUa fuit.

Un conseiller de la cour, nommé M. Dalesso , gendre de H. Tibœuf de Bouville, qui est conseiller de la grand*chambre, a quitté sa femme, qui est jeune et belle, et s*est rendu père de rOratoire ; mais, avant que de se retirer là-dedans , il a été trouver son beau-père, lui a rendu ce quMl avoit touché de son mariage, et Ta prié de faire amender sa fille s'il pouvoit, que pour lui il n'en avoit pu venir à bout , et outre cela lui a mis entre les mains une cassette qu'il a finement prise à sa femme, dans laquelle étoient contenues les lettres de divers personnages qui entretenoient celte bonne dame; et ainsi le désespoir a fait son mari moine. Notre sainte Église embrasse tout dans son giron : tout lui est bon, pourvu qu'on ait dé l'argent.

Mon relieur me rendit (iernièremcrit mes Atnmics de Grolios. J'ai commencé à le parcourir. Il est en beaux termes et

88 LETTHES DE (iUl PATIN

tout plein de fort bonnes choses. Si ce livre-là vient jamais à être traduit en François , comme il est fort curieux , je pense qu'il se vendra bien. Il est fort bien fait ; il n'est pas si particulier que le Famianus Strada, mais il est plus savant et approche bien plus de Corneille Tacite.

Nous avons deux nouveaux maréchaux de France , savoir, M. de Mondejeu , gouverneyr d'Arras ,.et M. Fabert, gouverneur de Sedan, sans compter M. de Castelnau, qui mourut six heures après en avoir reçu le bâton , et qui dit en le recevant que cela étoit beau en ce monde, mais qu'il s'en alloit dans un pays où cela ne lui serviroit guère.

On offre à la veuve de défunt M. de Fontaines Boer, secrétaire du conseil des finances , qui mourut subitement la semaine passée, la somme de douze cent mille livres pour la charge de son mari. II faut bien dérober pour tant gagner.

Ces carmes noyés dont vous avez entendu parler me font souvenir qu'il y a toujours des moines dans les bateaux et qu'ils vont toujours au fond de l'eau. S'ils n'alloient que par terre, ils ne seroient pas sitôt noyés ; au reste, je voudrois que le malheur ne tombât jamais que sur ces capuchons. Le roi a entré dans Paris en carrosse le lundi 12 août, à six heures du soir, par la porte Saint-Denis; je l'ai vu moi-même , et j'ai cçié vive le roi comme les autres. Il a assez bon visage. Vide,

De Paris, le 12 août 1658.

LETTRE CCCCLVII. — Ati niétne.

Nous avons appris ici de ceux qui y étoient l'histoire du vin émétique de Calais : le roi ayant à être purgé , on lui prépara trois doses d'apozèmes purgatifs, qui étoient chacun de cinq onces d'eau de casse , et l'infusion de deux dragmes de séné. Le cardinal demanda si Ton n'y melloit rien d'extraordinaire. Esprit, médecin de M. le duc d*Anjou , dit que l'on y pouvoit ajouter quelque once de vin émétique ( voyez

A l-ALCONET. 81)

lu belle poliliquc de noire siècle!) : lu médecin du prochain liéritier de la couronne , et successeur immédiat, adhibelur in romilium pro rege^ et venenatum slibium audet prœscribere. S'il en eût été cru « et que le roi fût mort, son maître eût été roi, et lui premier médecin du roi. Non sic erat inprincipio; autrefois on n'appeloit jamais chez le roi malade les médecins (les princes du sang, pour des raisons politiques très fortes (mais aujourd'hui tout est renversé) (1). Guénaut dit qu'il n'y en falloit donc guère mettre : Yvelin proposa deux dragmes de tablettes (fe ciiro , alléguant qu'elles n'a voient pas tant de cha-* leur que le vin émétique. Guénaut répondit que la chaleur du vin émétique n*étoit point à craindre, vu que l'on en mettoit peu; là-dessus Mazarin dit qu'il falloit donc prendre du via émétique , dont on mit une once dans les trois prises ; le roi en prit une, sauf à lui donner les autres quand il seroit temps : au bout de deux heures le remède passa , et le roi fut ce jourlà à la scelle vingt-deux fois , dont il fut fort las. Le soir, la fièvre redoubla plus fort ; la nuit suivante fut fort mauvaise : il fallut le saigner de grand malin , non sans regret d'avoir donné du vin émétique ; car s'il en fût arrivé pis, ils n'eussent pas manqué d'en être maltraités. Le roi fut encore saigné deux autres fois, et puis il fallut le repurger, ce que l'on fit avec deux dragmes de séné et de casse délayée, et une once de sirop de chicorée composé de rhubarbe, et il se porta mieux ensuite. Si bien que ce n'est pas la peine de dire que le vin émétique a sauvé le roi, vu qu'il en a pris si peu qu'il ne se peut moins; et même le roi ne voulut point prendre l'autre remède qu'ils ne lui jurassent qu'il n'y avoit point de vin émétique', tant il le haïssoit encore. Ce qui a sauvé le roi a été

{i) Voilà des raison.^ poliliques bien injurieuses pour les princes du 9iD^ cl leurs mcdecins. Le cardinal de Retz dît quelque part dans «n ■éiBoires que les grands et les courtisans payaient cei tains mecins pour leur si;:naler en secret les gens en place alteinls de graves Buladies et qni pourraient y succomber. En vérilc, nous nVn sommes pM encore à ces raffinemenls d'intrigues et de corruption. (R. P.)

î)0 LETTRES DE iiUl PATIX

son inijoceiice, son âge fort et robuste , neuf bonnes saignées et les prières des gens de bien comme nous , et surtout des courtisans et officiers , qui eussent été fort affligés de sa mort , particulièrement le cardinal Mazarin (I}. Le roi d*une part, et la reine de Tautre, vouloient faire chasser Valot, et l'eussent fait, mais le Mazarin Ta maintenu. Gnénaut est ici assez mal content de ce peu qu'on lui a envoyé pour le voyage qu*il a fait à Calais, en la maladie du roi , et a dit que si une autre fois on le mandoit pour aller si loin, qu'il le refuseroit. Le tiers d'une once de vin émétique n'a donc servi qu*à faire babiller le gazetier , suivant sa coutume.

J'apprends que M. le comte de Rebé se porte mieux , mais je n'y vais point. II a demandé pourquoi je ne le vais point voir, je vous vais dire la raison : on m'a rapporté qu'il disoit que dans le faubourg Saint-Germain on lui avoit promis de lui faire voir un médecin étranger qui savoit guérir de la goutte et de plusieurs autres maladies ; j'attends que celui-là l'ait guéri, et auparavant je n'irai point, s'il ne me mande, et lui me viendra voir s'il veut.

Pour M. votre fils, je vous avertis qu'il est mieux à Lyon «ju'à Paris, où la jeunesse est merveilleusement débauchée. Vous en voulez faire un médecin? Il peut faire sa philosophie à Lyon, et après vous nous l'enverrez ici pour la médecine, un an ou deux ans. Si M. votre fils demeure près de vous , vous en sei^ez mieux le maître, sa santé se fortifiera, et il sera plus capable de me croire dans deux ans, si j'y suis encore. Quand il aura ici étudié quelque temps , il faudra le faire passer docteur en peu de temps , et après le retirer près de vous , où il vous suivra chez les malades , et où il apprendra plus en trois mois qu'en quatre ans à Montpellier, où j'îipprends au.ssi que les jeunes gens sont fort débauchés. J'en ai plusieurs exemples, mais j'y prends moins d'intérêt. Etant

(f) J'ai parlé de cette maladie du Jeune roi et de la vive contrariété (|ue le traitement par Pantimoine causa à Gui Patin. Voyez la notice biographique, pa^ xLix. (R. P. )

àL\ou, près île vous, il pourra vous rendre bon compte de sou loisir, et à s<iv> aise et à son grand profit ; il lira Hippocraie, Galieii , Fernel et Duret. Voilà ce que j*en pense; si voos désirez qoe Kaflaîre aille aei'frBnient , vous en êtes le matire, et je sHiîvrat entièreinenf rotre arts.

Si TOUS. retenez M. rotre iils à Lyon poor faire sa philoso*

pbie, tachez de faire en sorte qu'il apprenne le grée si beu-

Teusement qu'il sache bien sa grammaire , )e Nootean-Testa*

ment, Lucien, Galien et Aristote. Dans deux ans ri sera plus

robuste et plus propre à supporter son premier hiver à Paris,

qui y est extraordinairement rude aux nouveaux venus et aux

jeunes gens ; et même alors il faudra Fenvoyer dès le mois

d'aoàt, afin qu'il y passe l'automne et qu'il y soit accoutumé

avant que l'hiver viemie : haôe» quid sentiam ; œqid honique

cfmmUen^ divermm forsan senties Lugduni^ tu si hie sis y éditer

sentes. Je vous baise les mains , et suis de tout mon eœur

votre, etc.

P. S. On dit ici que le milord Loekart, gouverneur de Itankerque, demande à parlementer avec M. le cardinal Mazarifi pour la peur qu'il a que les affaires d'Angleterre ne clMugent , à cause de quoi il veut s'assurer de la protection de la France pour garder sa place, f^ roi d'Angleterre est en Flandre; il n*a pas entrepris de passer en Ëeosse , comme l'on disoit, car il n'a ni hommes ni argent, et le roi d'Espagne n'a ni l'un ni l'autre pour l'en assister.

On dit qoe M. le maréchal de Graromont , qui est ici de retour depuis pen de Francfort, s'en va en Angleterre en qualité d'ambassadeur extraordinaire. On dit que le nonce du pape demande avec beaucoup d'empressement une audience pour se plaindre du gazetier, qui a fort maltraité notre Saint-Père le pape en sa pénultième gazette : on dit que cet endroit' vient de M. Servien , surintendant des finances , et qu'il n'a pas été mis là sans quelque dessein , que la mort de Cromwell , laquelle survint en ce même temps-là , aura étoufï*^.

De Paris, le 2t septembre 1698.

92 LETTRES DK iitl PATIN-

LETTRE CCCCLVIII. — Au même.

Nous avonsenfiii un premier président au parlement, savoir, M. de Lamoignon, maître des reciuétes, fort habile, fort savant et de grande réputation. Il est de bonne famille, ûls d'un président au mortier, et n'a que quarante-deux ans. On dit que cette charge ne lui coûte rien , et que le cardinal Mazarin lui a dit lui-même que le président de Novion lui en avoit oi^ fert six-vingt mille pistoles qu'il a refusées. N'est-ce pas une merveille qu'un ministre d'Etat comme lui , qui a pris trente mille écus, en plusieurs articles , d'un charlatan inconnu et ignorant, pour le faire premier médecin du roif ait refusé une si belle somme pour faire un premier président? S'il est vrai, c'est à cause du grand mérite de celui à qui il donne cette charge , de môme que pour sa naissance et pour sa capacité dans les affaires. Les hommes ne sont pas toujours méchants, ils s'amendent et recounoissent la vertu tôt ou tard ; car elle n'est pas en tout temps ce que disoit Brutus, l'ombre de la fortune : même les méchants se lassent de mal faire. Nous avons été ce matin en corps saluer le premier président au nom de notre Faculté. Le doyen lui a porté la parole, et lui a fait une petite harangue en latin , de douze lignes ou environ , à laquelle il a répondu sur-lechamp en même langue. II nous a promis merveilles, plus que nous lui demandions et plus qu'il ne nous tiendra , si du moins il fait comme les autres grands, qui ne veulent pas être esclaves de leur parole. Tout le monde est fort content de sa promotion ; il y a seulement quelques gens de longue robe qui souhaiteroient qu'il iïil un peu plus vieux ^ puisqu'il sera chef et le plus jeune de la grand'chanibre. J'en vois d'autres qui se réjouissent de ce qu'il est dans son âme janséniste, et qu'il n'a point l'àme moutonnière, servile et tyranniqne. Il sait les poètes grecs par cœur, Plutarque, Cicéron et Tacite , qui ne sont pas des mauvais orijjinaux ; il sait ausoi par cœur la pathologie de

notre Fernel , qu*il a autrefois lue par mon conseil. M. le car* dlnal Mazarin lui a rendu visite. Ck>Tnme M. de Lamoignon lui disoit qu'il luî avoit beaucoup d'obligations, on dit que Mazarin lui répondît : Monsieur^ si le roi eût pu trouver dans so^i royaume un plus homme de bien que vous , il ne vous eût pas donné cette change. Tous ses amis disent qu'il n'a rien promis ni donné ; maïs d'autres parlent autrement , et nomment même deux grandes sommes ; savoir, sa charge de maître des requêtes et six-vingt, mille ccus d'une autre part, ce que je ne puis croire. Outre qu'il est fort réglé, il n*est pas assez ricbe pour donner de telles sommes; car il n'a jamais eu t^>0,(K)0 livres de rente. On dit que la reine , en parlant de lui , a dit : Voilà la première fois que M, le cardinal a été généreux. Il y eut dernièrement un docteur deSocbonne, janséniste des plnséchauffés, qui me vint voir. li me dit que M. le chancelier leur est fort contraire , et leur fait plus de mal que les jésuites mêmes; qu'ils ont trois livres à faire imprimer, et qu'ils n'osent néanftioins l'entreprendre. L'un est un journal de leur voyage à Rome , en 1652 , dont ils n'eurent pas grand contentement ; car l'année suivante il vint une bulle qui condamna les cinq propositions prétendues être de Jansénius , quoique ceux de deçà nient fortement qu'elles se puissent trouver dans son livre. Ce fut dans ce voyage qu'un cardinal de leurs amis leur dit qu'un jour le pape Innocent X étant en colère contre un moine qui n'avoit pas assez hardiment parlé de sa toute -puissance papeline dans un livre qu'il uvoit fait; dit plaisamment en italien : Je m'étonne fmi cornment ce moine est si fat de ne pas relever ma (oute^puissance , IAas(pt'il doit savoir que tous les moines en$embl€ ne sont que ines soldats^ que je suis leur ]fremier capitaine et général fi'nnriée. Feu M. Servin, avocat-général , qui mourut dans la grand'chambre d'une apoplexie, en faisant des remontrances au roi contre des édits qu'il alloit faire vérifier, disoit quel- <|uefois en raillant que les jésuites étoient les janissaires du |xipe, et les antres moines ses argoulets. Le bon mot du pnpe

04 LETTRES DB r.ltl PATIN

Innocent n'a pas été oublié , et a été enchâssé en bon endroit, à ce que me dit le docteur de Sorbonne, qui en sait bien quantité d'autres. Il m'a dit qu'ils ont un autre journal prêt à être mis sous presse, touchant les assemblées qui furent faites en Sorbonne pour examiner le livre de H. A. Arnault, il y a deuK ans , où trente-huit moines de diverses couleurs eurent séance et voix , ce qui fit trébuciier la balance contre M. Arnault. Plusieurs bons mots y furent dits. En voici un qui m'a toujours plu. Un janséniste dîsoit hardiment son avis; un évoque du parti contraire le voulut interrompre: c'étoit l'évoque de Rodez , précepteur du roi. Le docteur lui dit qu'il n'avoit nul droit de TinteiTompre, et qu'en cas qu'il parlât mal, cela n'appartenoit qu'à M. le chancelier ou à M. le doyen qui étoient présents. Gela irrita encore davantage M. l'évoque, qui lui dit : C'eti que vous aoez nommé Jaménius, Le docteur lui répondit : Cela ne vous doit pas déplaire^ monsieur; il éloit évégue comme vous et aussi bien que vous. L'évoque répliqua : C'étoit un bel évequel il ne l'a été que dix-huit mois IjC docteur lui repartit sur-le-champ : Monsieur^ pensez-vous à ce que vous dites ? Il est mort les armes à la main dans son évéclié ; et s'il est mort jeune ^ souvenez-vous que ciTO rap-

TUS EST NE MALITIA MUTARET INTELLECTlîM. A qUOi l'évéqUC SC

tut, et tous se mirent à rire, même M. le chancelier ne s'en put pas retenir. Je suis tout h vous.

De Paris, le 11 octobre 1658.

LETTRE CCCCLIX. - Au même.

Ou vient de me dire qu'il court ici un livra en cachette, intitulé De r infaillibilité du pape. On croit que c'est quelque ouvrage desfjansénistes irrités contre lui, ^pour la bulle de 1G53, et mémo que le cardinal Mazariu est malcontent de Ronu', à cause qnn^lejpapo oM port*'» pour le cinlinal de Rolz,

A FAIXONET. 95

et qu'il a fait demander ici par soii nonce pourquoi on Tenipèche de jouir de son temporel. Je ne pense pas néanmoins que le pape nous fasse jamais grand mal , tandis que le cardinal Mazarin sera dans le plus haut crédit qu'un minisire d*Élat puisse jamais être, si ce n'est qu'il nous voulût ôter le carême; en quoi il feroit grand dépit aux poissonniers el vendeurs de marée, ou bien qu'il nous excommuniât; car on dit que lorsqu'un homme est excommunié, il devient noir comme poivre. Cela me viendroit donc bien à propos , car je commence à blanchir ; et si je devenois noir, je croirois rajeunir. H.Âmyraut, ministre de Saumur, est ici depuis quelque temps. Il prêcha dimanche dernier à Charenton , avec apphiudissements et satisfaction de ceux qui Touïrent. Vous savez que c'est un fort savant homme et qui a beaucoup écrit. Il fait une Morale chrétienne dont nous avons déjà quatre parties, sans ce qui viendra ci-après, car j'apprends qu'il a unesanté fort robuste. 11 me semble qu'il y a peu d'auteurs qui écrivent mieux que lui, ni plus facilement. Tout ce qn*a fait M. de la Mothe-le-Vayer est beau et bien agréable ; mais il est vieux, et ja pense qu'il ne nous donnera plus rien.

On imprime un second tome des lettres de M. de Costar. M. Paul Thomas, sieur deGIrac, conseiller au présidial d'Angouléme, et intime ami de H. de Balzac, avoit eu querelle contre ce M. Costar en défendant Balzac contre Voiture, il y en a quelque chose d'imprimé. M. de Girac y a répondu et a envoyé ici sa copie. M. Costar, qui en a eu le vent, a présenté requête contre l'impression de ce livre , et a obtenu qq'il ne s'imprimeroit point; même ce qui a été commencé en a été saisi , et néanmoins Balzac vaut mieux que Voiture.

On ne doute plus ici du voyage du roi; tout le mondes'y appnHe sérieusement. Les gardes et les Suisses sont partis il y a deux jours. Ils vont premièrement à Dijon , où M. le chancelier s'arrêtera et puis reviendra ici. De là le roi ira à Lyon , et de là peut-être en Provence et en Langiiodoc , pour y trouver clt»s movens de faire de l'argent.

M. Bouvard , notre collègue, est mort le 25 octobre , ftgé de quatre vingt-six ans (l). Il est mort tout exténué, ex marcore et senio. Il a été enterré dans Saint-Séverin sans aucune cérémonie. La Faculté n*y a pas été appelée. II laisse un fils conseiller de la cour, fort riche , et deux filles veuves , dont Tune est madame Cousinot , et l'autre est veuve de M. Ribier , conseiller des requêtes du palais , fils de la nièce de M. du Vair, évéque de Lisieux et garde des sceaux.

M. Gaumin, maître des requêtes, irrité contre l'arrêt du parlement qui fit enlever du For-l'Évêque un prisonnier auquel les maîtres des requêtes prélendoient faire le procès ])our des faux sceaux , fit, il y a quelques jours, les quatre vers suivants :

Curia consilium pellU , regçm eœpulit olim : Prœsulibus pulsii , pellxl ab urbe Deum,

0 sine consilio , sine rege Deoque senatum I 0 sine lege viroi , o sine menle senesl

M. de Broussel , conseiller de la première des enquêtes, fils de celui pour qui on fit les barricades, Tan 1648, y a répondu, pour la défense du parlement , de la manière qui suit :

. Curia consilium frenal , regemque redtixit , PrcesuUbus missîs, plaçai ubique Dt^im.

Dum sine consilio hanc , sine rege Deoque nolasti , Tu sine fronte vir es , lu sine mente senex.

Le roî part demain pour Dijon. On dit que dans ce voyage il y aura cent dix carrosses à six chevaux , sans les chevaux de selle et de bagage. Voilà la cour qui s'en va en vos quartiers ; les nouvelles nous manqueront dorénavant , ce sera vous qui les aurez; mais il n'importe pourvu que j'aie vos bonnes grâces. •

De Paris , le 25 octobre i&iS.

(1) Voyez les noies l. I! , p. 243 el 2S5.

LETTRE CCCCLX. — Au

même.

Je ferai à M. votre fils tout ce que je pourrai à cause de vous et de lui; et afin que nous n'ayons point de querelle ensemble , recommandez-lui bien son devoir : il me sera très recomoiandé , n'en doutez point, c'est assez qu'il porte votre nom. Je n'ai jamais voulu prendre personne en pension, bien que j'en aie été plusieurs fois prié ; mais je ne puis vous rien refuser. Vous me parlez du prix d'une pension ; je ne sais ce que c'est, je ne vous demande rien; dites-moi seulement si TOUS voulez qu'il fasse son cours en philosophie , et quel vin vous voulez qu'il boive ; du reste, il sera nourri à notre ordi- Mire, qui suffira à un étudiant. Pour son étude, j'en aurai soio et vous eu avertirai de temps en temps ; à la fin je vous en rendrai bon compte.

Le roi est parti d'ici le 26 pour Dijon ; M. le chancelier est parti le 28. On dît ici que ce voyage du roi est tout politique et mystique : tam grande arcanum deteget ipsa dien. Le parlement de Dijon a charge de s'assembler de lundi en huit jours, où le roi se rendra. On dit que c'est pour créer une chambre de l'édit et une cour des aides.

Je me recommande à vos bonnes grâces et a mademoisdle Falconet, s'il vous plaît, à laquelle je donne assurance que nous aurons grand soin de son cher fils , pourvu que j'aie sur lui cet avantage qu'il me veuille croire. Ha femme est encore en vendanges, et ne reviendra ici qu'environ le 15 novembre, parce qu'il y a des arbres à couper et du bois à planter. Nous y faisans mettre cette année cent pieds de bons poiriers , dont plus de la moitié sera de bon chrétien d'hiver ; il y en a déjà plus de cinq cents. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 29 oclobre 1658.

UL

98 J.KTTRES DK T. III PATIX

LETTRE CCCCLXI. — Au vuhne.

Le matin 2 novembre, nous avons fait un doyen nouveau : e*est H. Blonde! , dont le troupeau antimonial est fort étonné et fort marri. On croit que c'est lui qui est Tauteur de VAleihophanê*, pièce curieuse, comme vous savez, contre l'an* timoine et les principaux antimoniaux, et principalement Guénaut, des Fougerais, Rainssant, Mauvillain , Hardouin , Saint-Jacques et Thevart. Il est fort savant et fort zélé pour le bon parti , c'est-à^ire bon Israélite ; mais nous ne manquons pas ici d'Égyptiens qui ne cherchent qu'à le traverser.

Je viens de recevoir un petit livre tout nouveau fait par un médeciin de Narbonne , nommé Graindorge , contre M. Restaurand , médecin du pont Saint-Esprit, sur les principes du fœtus (1). Ce M. Graindorge est un Normand, médecin de M. Tarchcvôque de Narbonne. Il est homme curieux et spiri* tùel : aussi est-il du pay$ de gapience^ .

La république des lettres a fait une grande perte par la mort de M. Lemaistre, fameux avocat , dont on avoit publié in-quarto et in-folio les beaux plaidoyers (2). Il est ici regretté de tous les honnêtes gens, car c'étoit un hommeJncomparable en verlu , en science , en piété chrétienne et en éloquence. H s'étoit retiré exprès dans le Port-Royal pour y passer le reste de sa vie dans la pratique des maximes chrétiennes , qui sont si difTiciles dans le commerce du monde, comme on vit aujourd'hui. On dit qu'il n'y a que les loyolites qui ne sont pas fâchés de sa mort. ScaUger les appeloit les flatteurs et les ennemis de tout le monde (3).

(1) Figului Bxercitatio medicœ dé prineipiis fmttu ; tuet. R. ResUurand, Arausianc, 16tt7, in-8*, ^ And. Graiadorge, Ammadv, in /iguU exereitat. dêprineipibut fœiui; NarbonflB , 16tf8 , in-S*. (R. P.]

(2) Antoine Lemaistre, né à Paris en 1608, frère de L. Isaac LemaisU'e de Sacy , traducteur de la Bible et parent par sa mère du grand A. Arnauld. (R. P.)

(3) Gui Patin oublio-l-il donc qu^îl attribue ce mot , et avec raison , à Pabb^ de Saint-Cjran, auteur anonyme dii Petnii Aweliuê (voy. la note 1. 1, p. 117). (R. PO

A PALGÔffBT. 99

Voulez- vooft beaucoup de petites nouvelles en peu de mois , en voici : le maréchal de Turenne doit passer son quartier d'hiver en Flandres , et a pillé et brûlé une petite ville à cinq lieues de Bruxelles , nommée Ninovè , pays du fameux grammtirien Jean Despautère, dont voici Tépitaphe :

Gammaticam icivU , muUot doeuitquê p$r ënnof. Declinarê tamen nonpotuU tumMlum»

Le président de Tliou , ambassadeur en Hollande , a déclaré de la part du roi à MM. les États , que s'ils donnoient Maestricbt aux Espagnols en échange de Dunkerque et de Nieuport , il leur déclaroit la guerre. La reine de Suède vit comme une sainte à Rome. Elle Tait au rebou\*s du vieux dicton : Vivere qui eupitis ioncte , discediie Hoiaa. Is buclia d'Alep s^est révolté contre le grand Turc. Cela fera grand bien aux Vénitiens et aux Allemands, qui auront ainsi inoini de forces à soutenir.

J'ai reçu les livres de Guernerus Rolfingius, que vous m'avez envoyés. Si cet homme ne sait de pratique que ce qui pa* / rolt en ses écrits, il fera bien de ne pas venir à Paris. Je di- '^ rois volontiers de lui ce que M. Saumaisa a dit de notre M. de Gorris, dans ses Exercitations sur Pline (i) : Si in cwandiê œgris nihil plus videi , vœ viisens,

(1) n est éfideut que Saumaise el Gui Patin ne parlent point ici de Jean de Gorris, le safaot auteur de Pouvrage, Definitionum medica* rMR, Ukri XXiV ; aetêêormnt Nieanéri thtriaea et ahxipharmaea ; Bippo^rmiiê , d$ gênitura ; 4ê matwa puêri ; juêfurttndum , de artê , de friêta «i«di«iM, ê$ mêdico, formulm r$9n$diorum; auct. P. Gorraeo pauc, Pariaiit» 1064, iD-4*} médecio qui fut ciciu^dcfa compagnie CMttM protesUnt , et pensa 6tre maMacré pendant la Sainl-JUrlhéleini , dsst il censerva loete sa vie ud effroyable «ouveair, mai» de son patilft, Jeaa de Gorris, un des Médecins de Loeb XIII. Ce dernier « «ivailié pendesl visgt ans & eompl^r roiivrtge de fon aïeul, qu*il « m^fmM à peo prés de la moitié de Lifim i/on» d* médecine^ dam 1%' • dilÎM «v'ii a pabUée, Paris IC», in-fol. (|i. |\)

100 LETTKES DB fiUl PATIN

La postérité se passera aisément de mes écrits : aussi n*ai-je pas beaucoup d'envie d'en laisser. Il n'y a que deux sortes de gens qui écrivent , les sages et les fous^ et je me connois pour n'être ni l'un ni l'autre. De plus , la vie que nous menons à Paris est trop agitée ; l'exercice de notre profession nous ^te cette tranquillité qu'il faut avoir quand on veut écrire pour l'éternité. J'ai toujours dans l'esprit le passage de l'histoire du président de Thou où il est parlé d*'Antoin€ de Itichelien , appelé vulgairement le Moine ^ qui a coûté la vie à son petitfils. Il eût bien mieux valu ne pas écrire. Que sait-on si dans quelques siècles il ne se trouveroit pas quelque tyran qui lanceroit son foudre sur ma famille, de chagrin que j'aurois écrit quelque vérité de ses ancêtres (1)? On n'eût pas coupé la tête à M. de Thou , si le cardinal de Richelieu n'eût cherché l'occasion de se venger sur le petit-fils de ce qu'avoit écrit le grand-père. Je passe tranquillement les après-soupers avec mes deux illustres voisins , H. Miron , président aux enquêtes, et H. Charpentier, conseiller aux requêtes, qui ont grand soin chaque soir de m'envoyer quérir. On nous appelle les trois docteurs du quartier. Notre conversation est toujours gaie. Si nous parlons de la religion ou de l'État , ce n'est qu'historiquement, sans songer à réformation ou à sédition. Nous nous disons les uns aux autres les choses à peu près comme elles sont. Notre principal entretien regarde les lettres, ce qui s'y passe de nouveau , de considérable et d'utile. L'es* prit ainsi délassé, je retourne à ma maison , où après quel* que entretien avec mes livres* ou quelque consultation pressée , je vais chercher le sommeil dans mon lit, qui est, sans mentir, comme a dit notre grand Fernel après Sénèque le iv^gique ^jym'shumanœmelior vitœ. Je soupe peu de fois hors de

(i) Il est certain que si Ton eût conna de bonn^ heure les lettres de (jui Paiin , sa verve de médiMiice , de sarcume , d*îconie , et, il faut le dire, de vérité, sur certains points , sa famille aurait pu en souffrir. Et qui sait sî Teiil de son fils Charles no vonaîl pas de quelque iadiacrétion à cet égard ? (B. P.)

la maison , encore n'est-ce guère qu'avec M. de Lamoignon , premier président. 11 ra'afiPectionne il y a longtemps; et comme je l'estime pour le plus sage et le plus savant magistrat du royaume, j'ai pour lui une vénération particulière, sans envisager sa grandeur.

Je ferai venir de Hollande le livre de Maresius , touchant la papesse Jeanne. Les habiles gens croient ici qu'il n'y a jamais eu de papesse. David Blondel , Scalîger, Calvin , Charnier, Domoulin et plusieurs autres grands personnages , ont été de cet avis, qui fait plutôt une controverse en histoire qu'en religion. Ce Maresius est pn Picard bilieux , fort échauffé contre Voétius et Bi. de Courcelles.

On imprkme la censure de Sorbonne contre les jésuites , et leur Apologie pour les casuisies contre les calomnies desjansélistes (I). Je suis bien heureux d'être médecin, et ainsi de n'être point engagé dans aucun de ces partis. Les moines ont trop d'ambition et trompent trop souvent le monde par des grimaces. Il y en a pourtant de bons parmi eux,- mais nous n'en voyons que trop de mauvais. Je suis, etc.

De Pari? , le 8 Dovembre 1096.

LETTRE CCCCXLXH. — Au mène.

Je vous dirai que depuis ma dernière , qui fut du vendredi 8 de novembre, un de nos jeunes docteurs, nommé Douté, a fait im(H-imer un petit traité in-4'' de 50 pages du Silphium , OQ suc cyrénaïque de Galien , contre un docteur de la nation anlimoniale, qui n'est ni savant ni honnête homme, mais Hanceau. Pour la censure de Sorbonne, elle vaut toujours mieux que rien. Il est vrai qu'elle est foible , et que

La Dolre et forte maclilnc

Qui tend ses bras Jusqu'à la Chine /i]

;i; Par le P. Pirot; Pari», 1657, in-4\

v2} Ver« de Saiiit-Amand. (G. P.)

10) LBTTRia DB GUI PATIN

a merveilleusement du crétiit à la cour; mais néanmoins cm bons pères ont aussi beaucoup d'ennemis « et quelque malice qU*il y ait dans le siècle, il faut pourtant avouer qu'il resta encore d'honnêtes gens. On dit ici que cinq évéques de Lan* guedoc ont tout nouvellement censuré cette Apologie da Je-* êuiteipour le$ eaêuiiteê^ faite par lepèrePjrot, Breton* Les Jésuites sont en glrosse colère de toutes ces censures , et jettent feu et flamme contre M. Masure, docteur de Sorbonne et curé de SainWPaul , qui est leur grand et puissant adversaire , qui a pressé la censure de Sorbonne. Ils disent qu'il veut être évéquCf mais qu'ils s'y opposeront et qu'ils empêcheront ses bulles à Rome. Voyez comment voilà de bons chrétiens, bien fournis de charité apostolique, et comment ces gens-là pardonnent bien à leurs ennemis , selon le précepte de l'Évangile.

Le Grand-Seigneur a fait emprisonner et étrangler son grand*viiir, et a fait arrêter la sultane sa mère; On dit que ce Jeune prince a de grands desseins « et que ce sera un second Soliman s'il vit. M. de la Haye, notre ambassadeur, y a des gardes, et son fils , qui lui devoit succéder dans l'ambassade de Constantinople , y est prisonnier.

M. le président de Mesme a perdu son second fils , âgé de vingt-quatre ans, qui avoit deux abbayes de cinq mille écus de rente, d'une fièvre continue, dans laquelle Guénautlui avoit fait prendre trois fois du vin émétique, qui lui a donné un rude assoupissement qui l'a conduit au tombeau. Voilà les bénédictions antimoniales, en suite de ce que la Gazette a prêché de l'excellence du vin émétique ; et voilà le président de Mesme récompensé de la fourbe qu'il me fit, l'an 1653, att procès de Jean Chartier, à la recommandation deGuénaut, qui avoit peur pour son antimoine, si Chartier eût perdu son procès, comme il le devoit perdre. Il n'a pas pourtant laissé de le perdre ; car son malheureux libelle a été désavoué et condamné de tout le monde , et lui fort blâmé et méprisé d'un si chét if ouvrage , duquel même on dit qu'il n'est pas l'auteur, mais qu'il a seulement prêté son nom à Davisson , qui

A rALCO>£T. i03

éloit un malheureux cbimiste écossois et cocu, qui a quitté Paris de peur d'y mourir de faim , et est allé en Pologne , pensant y faire fortune, où il est mort gueux.

Enseignei-mot dansquels livres je pourrois trouver la des^ Gfiptîonde ces pilules si fameuses qu'on appelle de Francfort, pilules que je crois n'être autre chose que de Taloès nourri et lavé dans Teau de violette par plusieurs fois. Je sais bien que les AUenaands en font un grand secret, mais je ne suis pas de leur avis ; car, à tout prendre et à bien compter, l'alois est un chétif et méchant remède qui dessèche le foie, réchauffe et le dispose à Tbydropisie, outre qu*il ouvre les veines du siège et fait venir les hémorrhoides (1). J'aimemieux le séné et le sirop de roses pâles. Je suis , etc.

De Paria , le 8 décenbre 1SS8.

LETTRE CCCCLXIII. - Au même.

J'aiee onatin consulté avecH. Piètre , qui m'a fait voir une lettre que M. Garnier lui a écrite, où, entre autres , il dit que Itcmneêarckiatnm (ï) a vu mademoiselle Falconnet et son genou malade , où il a fort parlé de tartre coagulé : sunt verba Hwootê quibiiâincubuisse videtur, ni incautos decipereU Ce galimatias , qui lui est commun et usité , est propre au pays de la eour, où il a à vivre : tiftt ett cainm inter sitnias , comme Joseph Scaliger disoit de M. du Perron , qui entretenoit avec grande admiration les dames de la cour du temps de Henri III, dix ans avant qu'il ittt cardinal, pour parottre savant devant elles» de levi ei gravi ^ de ente metaphysico , etc. Mais, à cela près, je voodrois qu'avec son babil il vous eût mis hors de peine , et que mademoiselle Falconnet fût bien guérie. Scali-

(1) Remarque parfaitement Juste. Ce qui n^empéche pas les charlatans de nos Jours de Yendre en toute liberté des pilules purgatives en crande partie composées d'aloés de mauTais choix. (R. P.)

(^ Il é'agit de Valet , médecSn du roi, et qui était ft Lyon.

104 LKTTRKS DE Gl'l PATIN

gfîr le père en veut fort à un certain médecin de son temps qui prenoit cette qualité de cornes archiatron, qui étoit un nommé Simpli. Champier, médecin de Lyon , du temps de Charles VIII et du bon roi Louis XII , et qui , du temps du grand roi François r% quitta Lyon pour s'en aller à Nancy, y être médecin du duc de Lorraine. Ce Champier a beaucoup écrit (quoi quen dise Scaliger avec son ambition*), et pourroit dire de soi-même ce que le poète Ausone a fait dire à son père :

El mea si nosse» tempora^ primus eram.

Mais c'est que Scaliger lui en vouloît , comme depuis il en a voulu à Erasme et à Cardan, qui étoient d'excellents hommes en leur sorte ; voici donc ce que Scaliger dit de Champier : Camperius , quis ille sit si petit quisquam , respmdeo , sed Scœtolœ modo, paucis:ArdeliomiruSf insolens, tumens^ turgens^ titulo archiairi, quod Deus sit atrorum, nom candidœ illœ mentis hmid tenet viicam , sed falsarius invidusque , ineptusque, etc. Ne voilà pas un homme bien décrit? et néanmoins ce Champier valoit cent fois mieux que ce cornes archiaitwi d'aujourd'hui , qui nihil est aliud quatn ignarus et inepius , nè~ bulo , magnus agyrta , qui fait l'entendu par l'autorité que lui donne sa charge , et dans laquelle il n'est entré que par une grande porte dorée. Je n'en dirai point davantage pour le présent, in patientia possidebo animwn meam^ donec transeat iniquitas et immutatio veniat. Unicuique suum non ingrata rependet posteritas. Il importe mieux aux gens de bien que l'on sache quels ont été ces trois hommes, Héroard, Vautier et celui ci , et comment on choisit des médecins à la cour.

Il y en a ici qui disent que le roi passera les fêtes à Lyon , et que le duc de Savoie n'a été que peu de jours à la cour, et qu'il s'en est retourné bientôt à Turin. Je vous envoie deux autres lettres avec celles-ci, lesquelles vous auroient pu être envoyées dès l'ordinaire passé, mais je les retins sur l'espé-

raiice que j'avois d'avoir hier de vos nouvelles; néanmoins je vous avertis que nous n'en avons point d'impatience, ce sera tout à votre commodité. Notre écolier ( l ) , votre fils , est en boimesantéet va gaiement enclasse, où tous les jours il dispaie^ et est toujours interrogé de son régent, qui m'a bien promis de lui donner de l'exercice et ne le point laisser en r^pos. Nous ne vous écrirons plus dorénavant que quand nous se* Tons pressés; faîtes-en de même, s'il vous plaît, et ne vous mettez point en peine de nous. Il fait bien froid, mais nous avons do bois pour nous chauffer, joint qu'il fait chaud dans mon âude, et nous étudions toute la soirée tête à tète jusqu'à l'heure du souper « et par après nous causons auprès du feu de quelque matière agréable , physique, historique ou poVH tique. Notre Carolus nous conte toujours quelque chose de curieux ; il aime l'antiquité , et nous en entretient gaiement « si bien que nous allons souvent nous coucher une heure plus tard que nous n'avions résolu. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris , oe iO décembre 1688.

LETTRE CCCCLXIV. — Au même.

Votre lettre du 19 décembre m'a ravi : je vous en remercie de tout mon cœur; je n'ai pas moins de joie quand je reçois les vôtres que vous avez pour les miennes , et je vous écrirois plus souvent si j'avois quelque chose digne de vous^étre mandé. Dieu sauve le cornes archiati^n , s'il a de quoi ; nous le connaissons bien de deçà , et savons bien , qmm sit illi rurta supellex prœter garrulUatem nafivam et artes aulicos quorum copia et roborepollet. Je sais bien le mérite de Symphorien Cliampier, et l'ai souvent loue, même publiquement,

i Noël Falconet.

106 LKTTHBS DK GDI PATirC

et en mes explications et en mes leçons ; mais je voudrois bien savoir en quel an il est mort et en quel lieu, car je crois qu'il quitta Lyon pour s'en aller en Lorraine, où il fut archiatroiy et me semble avoir lu quelque part qu'il mourut l'an 1 535 (1). G'étoit du temps de TagauU , de Sylvius, de Martin Akakia : Brissot étoit mort en l'an 1 522 , et Femel étoit encore en herbe, au mbins, comme on dit, fendoit-il du bois, se préparant pour être le premier médecin de son temps, et peut*dtre le plus grand qui sera jamais; il enseiguoit alors dans nos écoles. Sa Physiologie ne fut imprimée que trois ans après, savoir, l'an 1538; mais ses Mathématiques l'avoient été dès l'an 1528. N'y a-t-il pas moyen de faire un beau parallèle entre Fernel et le cotneê ttrckiairon d'aujourd'hui, que vous n'aurez plus guère à Lyon , ou , au lieu de Femel , mettoDS-y ceux qui ont suivi, savoir, Joannes Capellamis, Varade , Marc Mtron , Nicoias-Ie-Grand , André du Laurens , M. Bouvard , M. Gousinot , son gendre , M. Séguin , et autres : mais non eadem est œtas , intervenenmt Eutropti et Ruffini : il faut céder au temps, qui est le grand mettre des bonnes choses. Ces élites de grands hommes ne sont plus de saison ; il ne faut plus que de l'argent. Bien que ce siècle soit de fer, on ne veut que de l'or : aurea nunc vere stmt secula , plurimus auro venit horios. Celui d'aujourd'hui eu sait bien des nou^ velles ; ou lui en a bien fait trouver malgré lui , et peut-être à son dam, quelque mine qu'il fasse. Ce temps-là est passé de Fernel , de Burgensis , Bouvard , Séguin , Gousinot et autres. Hcbc fuerant sub rege Numa^ iub cansule Bruto. Il y avoit encore en ce temps-là parmi les hommes quelque res-

(1) Sjmphorien Champier naquit en 1472 à Saint -Saphorin'-le* Chileau , près de Lyon. Il acquit de la réputation par de nombreux écrits sur des si^els très variés ; toutefois il fut amèrement critiqué par des hommes de mérite. Haller en porte ce Jugement aussi précis que trai : Non indoctus Homo , polygraphus et eolleelor , êemibarharut ta» men. On n'est pas d^ccord sur Tépoque de sa mort ; les uns disent que ce fut en 153« , d'autres en 1539 ou 1540. (B. P.)

A rALGONIT. 107

peoC d'équité el da telriu : nondum àatbanco polluius temine wngviê ccvupureaverat Galliam noitrani , etc. Je viens d*ap« prendre qa'il y a du bruit en Normandie el autres provinces , et que les portes de Rouen sont fermées. Je vous baise les mains de toute mon affection et à mademoiselle Falconet. Naiaiis valet, siudei | amk^tat diebui festin; il apprend Paris, et autres choses pareillement* Je suis , de tout mon cœur, TOtre,etc.

De Péris, le 87 décembre I6S8.

LETTRE CCCCLXV. — Au mimé.

Je vous donne le bon jour à ce commencement d'année, el je TOUS dirai que (ce 1 janvier 1659) ce matin i j'ai rencontré dans nos écoles un homme qui m*a fait vos recommandations} il s'appelle H. Jérôme Colot. Liihotomm expertm et peritue^ ted nondum taniœ famœ quaiUwn vdmsset. Il m'a dit que vous lui aviez fait tailler plusieurs malades , et m'a témoigné qu'il vous avoil bien de l'obligation , que vous avez bu à ma santé, et que vous lui avies fait voir, en présence de H. Guillemin el de quelques autres médecins, la lettre que je vous avois écrite sur le vin émétique et sur la guérison du roi , le mois d'aoûl dernier. Il m'a dit qu'il demeuroit dans la rue Saint-Honoré, chez M. Maurice , parfumeur, vis-à-vis Thdtel de Schomberg. S il se présente occasion, je le servirai très volontiers k cause de vous. Guénaot, avec deux autres médecins et trois chirur* giens, sont enfermés à Saint»Maur, à deux lieues d'ici (c'est on Rabelais étott moine vers l'an 1532, et où il a fait les deux premiers livres de son Pantagruélisme)» Excusez cette paren-* thèse; Je ne fy ai misé que pour l* amour du personnage^ qui wdaU bien tout seul trois douzaines de moines. Ces Esculapea et ces Ghircms sont à l'entour du prince de Gonti, qui y est fort malade : c'est un homme qui est bien incommodé en sa

posture , et qui est infailliblement en danger de sa personne , si laboret oliquo acuto morbo.

On dit ici que personne ne sait quand le roi sortira de Lyon , et que plusieurs affaires qui ne sont pas conclues , comme celles de Dijon , de Marseille , des États du Languedoc, empêchent que Ton ne sache le jour de son départ : outre les afTaires d'Italie, et même peut-^tre quelque secret traité en Espagne, il reviendra de deçà quand il voudra, il est le grand maître à notre égard « mais il en a encore un plus grand que lui : Regum timendorum inproprios grèges, Jteges in ipsos imperium esC Jovis , Clari giganieo trittmpkoj amcta sitpercilio moventis , à ce que dit le bonhomme Horace. I II est ici force malades de fièvres continues , d'inflammations de poumon, rhumatismes sur la poitrine, avec mal de côté et crachement de sang. La fréquente saignée les soulage fort, mais ce n'est point du sang qu'on leur tire , ce n*est que de la boue, et encore quelque chose de pis r miserum tabum ^ qui est capable de tout miner et de tout perdre par la gangrène qu'il peut mettre dans le poumon et même dans le cœur. Dicitur qmque Eminentiss, purpuratus podagra laborare cumfebre. Il n'est point temps pour nous qu'il meure, car je pense que nos affaires sont bien brouillées. Quelques uns disent ici que les Espagnols traitent d*un accord avec les Anglois , qui est ce que je n'entends point . Natalis carissimtis iutut fiiius valet ac studet ; il trouve fort belles les églises de Paris , et entre autres Saint-Germainl'Auxerrois, Saint-Paul et les Minimes de la place RDyale-, où il fut à vêpres le premier jour de janvier. Les fêtes qu'il est ici avec moi , il met toujours quelque chose dans le cahier. Je lui ai parlé de certains écrits que j'ai céans, de quibus movi salivani , et lui ai fait espérer que je les lui prêterois quelque jour; dès le lendemain <iu'il étoit fête, il m'en parla et me les demanda , sur quoi je lui répondis ce que le Messie dit à ses apôtres, qui le pressoient de la fin du monde et de cp, (;rand jugement universel qui les étonnbit , et non sans

A FALCONKT. 109

cause, car cela sera bien terrible. Habeo adkuc multa vobis dicere^ sed twnpotestis portoj'e : il ne se fàclia point de mon lefitt. Je les lui prêterai quelque jour quand il sera plus avancé et quand il en sera plus capable : ce sont des cahiers historiques et politiques dans lesquels il y a bien des pailicu-* larités dont il ne pourroit encore faire son profit. Je lui ai promis de lui faire apprendre Thistoire, et que mon second fils, qui est Carolus, lui apprendra la géographie. Il le va quelquefois voir en sa maison rue Saint*Antoine , et n'en revient qu'avec joie; il dit qu'il y voit toujours quelque chose de beau ; il y a un cabinet fort curieux où il y a quelques tableaux et force médailles. Je Tai quelquefois entretenu des événements tragiques de notre histoire, de la mort des rois Henri II , Henri III , Henri IV ; de la mort des deux Guisars , à Blois, en Jô88 ; du maréchal de Biron» du marquis d'Ancre, que je lui ai fait lire près de moi dans nos historiens. Il dit que ce Jacques Clément et Ravaillac , qui tuèrent Henri III et Henri IV (que je lui dis avoir été de fort bons rois] , étoient de méchants coquins , et tout cela se fait sans préjudice de ses études ; c*est souvent après souper auprès du feu en nous chauffant. II a bien envie de s'aller promener en notre maison de Corme'ille , mais il ne fait pas beau ; il ira à Pâques avec ma femme , et y verra tous nos arbres fleuris ; nous y avons cinq cents petits pc*iriers , sans les pruniers , pêchers, abricotiers, mûriers et figuiers, et y retournera à la Saint-Jean, où il verra deux cents cerisiers chargés de bonnes cerises bien mûres. J'ayois bien envie de vous y mener il y a tantôt trois ans , mais vous eûtes ici trop d'afiaires : il en fera la revue à votre place. Notre maison est tout joignant la montagne , sur laquelle nous avons un moulin à vent du haut duquel on voit le grand clocher de notre ville de Beauvais. Nous lui montrerons tout cela • et lui ferons apprendre toute la topographie des environs et de la banlieue de Paris. Hais j'ai peur de vous ennuyer; je vous baise les mains et à madame sa mère, à MM. Gérant et Michel. Nous savons bien que M. le premier

président de Dijon n'est qu'à Vienne. Si quid pia vota voie ftffi/, je prierois Dieu pour ce brave magistrat, qui oomtMit si généreusement pour son pays , et qui en défend lès droits et les privilèges avec tant de constance. Il y en a ici (|ui disent que le roi sera dans Paris avant le 25 de ce mois , êed hoe in manibuê Demvm e$i repoiitum , il n'y a que Dieu qui sache l'avenir ; néanmoins l'opinion commune est que ceux du cmseil du roi ont bien fait de ne point pousser avant l'afliilre de Dijon , de peur d'en exciter de mauvaises suites , tant en oett0 province qu'en d'autres qui auroient pu remuer, et pk*endre de là occasion de troubler la bonace qui est aujourd'hui dans le royaume.

Il y a ici un conseiller de la grand'chambre , nommé M. Quelin , qui est foit malade d'une atciie^ ce qui lui sera un méritiiê morbus , car toute sa vie il a été débauché , et pis* rime audit in magna illa cornera , eMetatiê , commeMotionum , eompotatimiumet multorwn icelefmm nomine^juris summipratextu fitcatorum. Virgile dit de la bonne femme Didon , sur la fin du quatrième de l'Enéide :

Nom quia n$c fato , min'/a ntc morte piribat , SeU misera an(e djem.

Si celui-ci passe au royaume des morts avec son l)ydropisie, tous les trois lui aideront bien, car il est assez ftgé, et n'a guère moins de soixante*six ans.Toute sa vie il a été débauché et mérite bien le mal qu'il a; mais il n'est pas riche, ayant pour ses malversations été toujours suspect à messieurs les présidents , qui ne lui ont jamais guère distribué de procès , qu'il n'y ait été fort éclairé , de peur qu'il n'y fit quelque fourberie. Deus te eervet, tunmque famitiam. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre t etc.

De Paris, U 3 Janvier ISSe.

A FALCONKT. 1||

LETTRE CCCCLXVl. — Au viême.

M. le surintendant est arrivé , mais on ne dit rien encore de la paix ; on attend H. le Prince à Coulommiers, en Brie, chez M. de Longueville. Les députés des deux rois du Nord sont assemblés pour faire un accord entre eux ; encore dit-on que le roi de Suède n'en veut point, tant il est fier. Les troubles continuent en Angleterre , et dureront encore pour la diversité des partis qui ne veulent point céder les uns aux autres : ceux d'Ecosse ont fait un parlement pour eux. Dans Londres, il y a un parti contre Lambert, et ils ne veulent plus de par* lement en Angleterre; quelques uns disent qu'il y a iotelli» gence là-dedans pour le mi , mais cela est bien suspect , il y a grande apparence que non (1). Plusieurs ofAciers de M. le Prince sont partis d'ici aujourd'hui, ce 5 janvier, pour se rendre à Coulommiers et pour Ty saluer, d*autant-qu'il est attendu. C'étoit hier que l'on devoit remettre Hesdin au service du roi.

Le marquis de Rostain mourut hier ici âgé de quatre-vingtsept ans; il est çère du comte de Bury, et gendre du cban^ celier de Chivemy, qui mourut il y a soixante -deux ans, *

Je parlerai derechef à M. le premier président de vos statuts, dès qu!il m'enverra inviter à souper, en attendant que vous pressiez l'affaire , et que votre procureur parle à moi ; et je vous promets que je le presserai tant qu'il me sera possible^ en gardant toujours la bienséance due à une majesté prési-* dentale. Je lui ferai entendre des raisons pour les collèges particuliers des bonnes villes, contre l'abus des universités^ Çftarum nulla est quce no7i peccet graviter; de la nôtre aussi , Uc et alibi venditur piper ^ homines svmm^ il n'est point de farine qui n'ait du son. Messieurs de la chambre en feront ce

(1} n ne finit point oublier qoe Cromwell était mort depuis qualre ■oît à peine , et que ion file Richard était incapable de lui aueeéder ; tMI te préparait donc pour k reatauralion des Stuarli. (K. P.)

llî LETTRES DE GDI PATIN

qu'ils voudront , mais il y a biep des raisons qui les y devroient induire.

Noël Falconet a cherché son oncle pour lut rendre votre lettre , il ne Ta pu trouver. Ce frère vôtre, de l'humeur qu'il est,devroit être Taumônier du comte de Rebé; ces deux hommes fricasseroient bien ensemble le chausse-pied, et mangeroient bien sans scrupule le petit cochon qui auroit cuit dans le lait de sa mère.

Notre Falconet, votre fils, n'étudie pas tant que je voudrois; mais je le voudrois peut-être trop. De plus nous avons un froid épouvantable , fort ennemi des muses et de notre philosophie, car il nous fait perdre patience. Je parlerai pourtant à H. le Sanier de l'acte public , et je vous manderai ce que nous en aurons résolu. Si moi et mes enfants l'excitons à étudier par bon exemple , je vous assure que ma femme l'excite aussi souvent par de bons préceptes. J!ai bonne opinion de ses études.

Quand ceux de deçà demandent des nouvelles de la publication de la paix , on leur répond qu'il faut attendre que la ratification vienne d'Espagne.

Je n'ai encore rien vu qui vaille sur la paix , pour en donner avis à M. Barbier. Toutes ces étrennes ne nous ont produit aucun livre nouveau ; je pense que les arts sont aussi morfondus que la saison. Feu M. Bignon, avocat-général, parlant dans la grand'chambre sur un procès que les cordeliers avoient entre eux , dit que ces bons pères avoient bien froid aux pieds , mais qu'en récompense ils avoient la tête bien échauffée , de s'entre-dire de grosses injures et de s'entre- manger comme ils faisoient.

Aujourd'hui au matin , ce 27 de janvier , nos avocats ont

continué de plaider contre nos chirurgiehs-barbiérs. Le nôtre,

nommé Chenuot , a tout-à-fait achevé, par une fort belle ré-

'.capitulation de tous nos droits et nos griefs contre cette mi-

'sérable engeance. L'avocat de l'université, nomraéM. Marc»*

chaux , intervenant pour nous, a aussi parle et achevé. D'au-

jourd'hui en luiit j«>urs; Pucelle parlera pour les chirurgiensbarbiers; îl s'e^t vanté qu*ii dira qu'autrefois à Kome il n'y avoit point de médecins. H est vrai que l'on en rliassa un certain Grec Archagatus , à ce que dit Pline , p^opter sœvitiam wendi et secandi ; mais en ce cas-là il ressembloitbien mieux à on chirurgien qu'à nn médecin. Néanmoins il a dit à queU ques uns de ces chirurgiens qu'ils perdroient leur procès. Tout ce que nous demandons n*est qu*un règlement de police pour contenir ces glorieux otficiers de la médecine, et qu'ils se sou* viennent qu'ils sont ministri artis^ obligés à reconnoitre une supériorité de la part de notre faculté , qui les a élevés , en« seignés et conservés. Mais la fréquente saignée et la dive Syphilis Ae¥r^C2Aior les ont rendus glorieux , insolents et insupportables.

Madame Fouquet est encore malade à ce qu'on dit; si son mari n'eût fait ce voyage à la cour, il étoit désarçonné , M. Hervart l'avoit supplanté. L'éyéque de Cahors est mort ; M. Sevin, soncoadjuteur, est dorénavant évéque. Il fait ici un froid horrible et perçant , lequel tue cruellement les vieilles gens et les pulmoniques, tabiques, hectiques, etiamde repente intereunt , ils meurent en cachette ; c'est comme feu M. Piètre expliquoit ces mots d'Hippocrate, Xa9p<xi«»; «iroOyrr mwsMai , quûd iis ut plurimtm contingit , qui laborcmt prava di^ qua diathen^ ulcère^ vcmica^ aut inaigni obstructione lœvium m^' teriarum pulmonis,

H. le Sanier exerce ses écoliers tant qu'il peut » en leçons , disputes et répétitions ; mais outre cela il faut encore un répétiteur particulier à Noël Falconet, s'il veut répondre publiquement de toute la philosophie. M. le Sanier dit qu'il faut quatre pistoles pour ce répétiteur, qui prendra le soin, avec quelques autres écoliers , pour les exercer ensemble. Je sais bien que ce n'est pas grand'chose , mais néanmoins j'ai cru qu*il vous en falloit avertir ; vide etjudica. Ou a ici découvert une maic^on , près de la place Maubert , m. 8

Il4 LETTRES DS GUI PATIN

OÙ l'on faisoitde la fausse inoniioic; le maitre s'est sauvé, les autres y sont pris , ou eu pendra deoiïiin quelques uns. Toute la rivière est ici Fort gelée ; il y a de certains endroits, où quelques uns l'ont passée à pied.

Obligez-moi de dire à notre cher et véritable ami , M. Spou» que je lui souhaite bon jour et bon an , que je suis son très humble et obéissant serviteur, et à madame Falconet pareillement.

Le prince de Condé est parti ce matin de Coulommiers pour s'en aller en poste à Lyon , si bien qu'il y pourra arriver en même temps que la présente. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 9 janvier 1659.

LETTRE CGCCLXVII. — Au même.

Je vous dirai premièrement que, revenant hier de nos éco* les , où j'avois disputé en mon rang , qui ne vient plus que de deux en deux ans, à cause que je suis des anciens (il en faut laisser le métier aux autres, qui ont de meilleures dents), et où j'avois secoué l'opinion de Vésale et de notre bon ami Gaspard Hofmann, qui ont tenu que, iten erat viscta hamatcpoeticum, 2* j'envoyai quérir à la douane le ballot que vous m'aviez adressé dès le mois passé, dans lequel nous avons trouvé trois douzaines de fromages , dont nous en avons envoyé une à M. le Sanier; des deux autres je vous en remercie, comme aussi du paquet de marrons que nous avons trouvé. Je me tieiidrois assez heureux d'être en vos bonnes grftces , sans aucun autre présent.

On dit ici que la reine d'Espagne est accouchée d'un second fils , et que cette nouvelle est fort Inmne pour toute la France, par respérauce qu'elle nous donne de la paix , si le roi

A FALCONKT. lia

épouse l'infante d'Elspagne, à quoi le roi et la reine ont, à ce qu'on dît , £^ande inclination , renuente (amen solo purpu^ raio podagrico ei c/nragrico.

Sed nii patrono porrigity hœc chiragra est.

Lamers*est débordée eu Hollande, vers Dordrecht, où elle

a submergé trente-trois villages et 25,000 arpents de terre ;

cepay9-là est fort sujet à de telles inondations, à cause que

la mer y est plus haute que là terre ; elle y a fait autrefois de

pareils ravages , et même de bien plus grands , entre autres

environ Van 1 533 , où il y eut quelques villes tout entières de

submergées , dont on voit encore les bouts des clochers sur la

mer, où il fait dangereux passer. Le roi de Pologne a repris

Thorn , en la Prusse, du 24 décembre , que le roi de Suède lui

avoit prise il y a trois ans.

Le parlement a été aujourd'hui assemblé touchant les fils et les gendres des partisans , savoir, s'ils y seront reçus conseillers. M. Tavocat-général Talon a fortement opiné pour la déclaration de Tan 1648, par laquelle ils sont exclus de ces dignités : il étoit déjà une heure sonnée, c'est pourquoi on a remis la délibération à mardi prochain. On ditqu'il y a neutralité accordée entre TEspagne et TAngleterre ; que le parlement de Dijon est interdit ; que l'on envoie des gens de guerre en Bourgogne pour punir ce pauvre pays; que les députés de Marseille sont de retour à Lyon , mais Ton ne dit point quand le roi partira de Lyon; pour revenir de deçà, ce sera quand il plaira à Dieu. Je vous baise les mains de tout mon cœur, et A madame Faiconet , et vous prie de croire que je serai toute ma vie votre, etc.

De Pari» Je 1 8 jaD\ ier 1 tt59.

fid i.KTTHSs Dr r.ri Patin

LKTFRK CCCCLXYIII. -.l,/,,;,W.

* On nous présage ici beaucoup de malheurs, sur un faux bruit que la grosse cloche d'Aragon a sonné toute seule; .W hoc est superstitiosum , atque mperstiiionem débet fugere médina , tnnquam pestem ac summum vitium , impa'f ffipjxxrnfes iib. de decenti arnatu ; voici ces beaux mots : a<f>tXa'.-,vifV, , aTrcfxirôXyiÇtî , à^c(9(<$a(fAoviV/ . ctc. , w/»^î/<? enim mediro tnlia couvenivnt.

Vu honnête homme (ce 14 de janvier) vient de m'assurer que H. Marsin arriva hier au soir à Saint-Denis. On a aujourd'hui vérifié en parlement le don du roi au cardinal Maza« rin, du domaine des deux Alsaces pour lui et ses héritiers. On dit que le pape a célébré la messe pontificalement et avec beaucoup de cérémonie, pour la paix entre les deux couronnés. Il y a encore deux audiences pour le fait des chirurgiens; tout le monde dit qu'ils perdront, même leur avocat le leur a prophétisé. Ils disent que nous ne demandons qu*un règlement sur certains désordres , et qu'ils ne demandent que la même chose, si bien que ceux qui auront perdu auront pareillement gagné ; ils feront enfin comme les jésuites , bien qu'ils ne soient point si rusés , laudem atque animos a c?'imhe sument.

Toutes les fermes du roi sont ici à l'enchère, et déjà rehaussées de beaucoup , et néanmoins ne sont encore adjugées à personne : ce sera dans huit jours. Le président Viole ne peut être arrivé, pour la goutte qui le retient à Bruxelles ; dès que je verrai M. le premier président , je lui retoucherai l'affaire de vos statuts , selon votre intention , nec me labor iste gravabit ; j'y serai de bon cœur votre solliciteur , et à touf votre collège. Je ne sais ce qu'est devenu M. Gras ; je ne pense pourtant ptis qu'il s'en soit retourné à Lyon , car il y a trop de neige par les chemins.

On dit ici que le roi est en Provence et qu'il ira à Montpellier; que la ratification delà paix est venue d'Espagne, et que

A FALCO.NBT. 117

bientôt elle sera publiée ; mais qu'il ne faut douter ui de Tun ni de Vautre , j'entends du mariage qui viendra dans son temps , quoi qu*il puisse arriver de la vie ou de la mort de | Tinfant d'Espagne, qui , à ce qu'où dit, n'a que vingt-huit 1 mois et trois cautères , et ne peut vivre longtemps. '

Quelques uns disent que notre Saint-Père le pape est hydropique, de sorte qu'il a donc deux mauvaises pièces dans son sac, savoir, son foie et sa tête, ca( on dit qu'il perd l'esprit » et en ce cas-là le Saintr-Esprit est mal logé ; mais les cano* nistes d'Italie et les révérends pères de la société y pourmt trouver quelque échappatoire. Nous avons ici notre boih homme Guérin , l'ancien de notre école , âgé dequatre^^vîagtiieuf ans, fort malade; il eut hier l'extrême* onction. On fit bien de lui graisser les genoux pour les lui rendre plus souples , il s'en Va faire un grand voyage.

J'ai donné à Noël Falconet un des livres de M. de Gorris, pour vous être délivré par un honnête homme de sa connoissance qui s'en va à Lyon ; je vous prie de le prendre en bonne part , bien que ce soit peu de chose : si fœtura gregem sup^ pleveritf aureus esto. Prenez pour vous ce passage de la Sainte* Écriture, Beatius est dare qiuim accipere. Si vous voulez vous contenter de ce passage , je passerai en votre endroit pour un homme qui paie ses dettes bien aisément, et en attendant mieux je vous souhaite longue et heureuse vie.

La rigueur de la saison , et le grand froid qu'il fait, étouffe ici quantité de pauvres malades vieillards , catarrheux et pulmoniques.

Madame la princesse de Condé s'en va à Trie, près de Gisors, maison qui appartient à H. deLongueville. Le président Viole est encore à Bruxelles, où il est demeuré malade; on dit qu'il reviendra dans peu de jours. On dit que dans le traité du prince de Condé , il doit ne retourner jamais au parlement ; mais on dit que par un article secret il doit y être

rétabli.

Ou croit ici le roi à Nîmes ou à Montpellier, et que de là

118 LETTRES DK Gl I PATIN

il ira k Ârios et à- Marseille. Les Hollandois veulent accommoder le roi de Suède avec celui de Danemark. M. Merlét m'a dit aujourd'hui que le carême prochain il fera mettre sous la presse son commentaire m historias Epidentiâas Nippocratisy in-quarto. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris , le 13 Janvier I6»d.

LETTRE CCCCLXÏX. — Au même.

Je n*étois pas en peine de vous , et n'attendois de vos nouvelles que lorsqu'il plairoit à Dieu vous inspirer de m'écrire. Je n'ai point coutume de me mettre en peine de mes amis , si je n'en ai quelque occasion ; néanmoins , votre belle lettre du 21 janvier m'a fort réjoui. J'ai été bien aise d'apprendre que la grande Babylone (1) vous ait quitté , et que vous soyez déchargé de telle caravane de tant de bonnes gens qui ne font que de l'ordure, de la pauvreté, des dettes et des cocus partout où ils vont. Tout est ici revenu en bonne santé , pour le matti*eetce qui lui appartient, Dieu merci; pour le reste, minimum est quod scire laboro ; de Jove duntaxat curam get^o , ille mihi soins est omiiia , j'entends le bon roi notre maître , que Dieu conserve avec son très cher frère ; je ne me soucie guère du reste. Je ressemble au dieu des épicuriens, qui, an dire de Lucrèce, qui a été le plus savant de tous les poètes latins,

Nvc bene promeritis capitur, nec tangiiur ira.

Celui qui a eu la goutte en a été quitte à bon marché. Malepestc de la goutte! Que n'a-t-il eu la peste, puisqu'il la mérite bien. Mais qu'y ferions- nous? Hoc erat in faits : sic plaant suf)€ris , quœrere plura nefas. Quelque jour viendra que sut finem reperiet , et tandem dpsinet yniniatus ille Jupiter^ ne di-

(\) La cour.

4 FALGONBT. 119

vnm mortnior ^ et /tttnMtii yeneris tortor et ûarnifex , tedeheu!

soi. Vous êtes quitte à bon marché de n'avoir point donné

d'argent , je m'en réjouis , non equidem invideo, miror magis ;

mais je plains bien fort ceux de Dijon qui sont si maltraités :

l^ent-ètre qu'ils l'ont mérité ou qu'ils le méritent, eux ou

leurs parents. On croit bien ici que le roi épousera Tinfante

d'Espagne, et tous , tant que nous sommes de bons François,

le désirons bien fort , cela fera finir la guei*re , et elle nous

sera une reine de paix : ainsi soit-il. Si le cardinal désire ce

mariage, j'en suis ravi; son consentement servira fort à 1«

faire avancer.

On dit ici que le prince de Conti et sa femme sont guéris : il y a eu quelques médecins et chirurgiens enfermés avec eux à Saint-Maur. Personne ne doute que la syphilis n'ait été ce qui les a occupés. A la bonne heure qu'ils soient bien guéris : il faut aimçr le maître et les parents du maître.

On dit qu'un des nôtres, nommé le Cocq , en parlant de François I**, pour qui il étoit consulté, voyant qu'il avoit cette syphilis^ dit à Fernel , qui proposoit son opiat : C'est un vilain qui a gagné la vérole , frottetur comme un autre et comme le dernier de son royaume : cela fut rapporté à ce bon roi , qui n'en fit que rire et lui en sut bon gré (l). Vous savez bien pour qui je parle. ( L. P. et L. P. D. C.)

Pour les malades qui sont morts , entre Crest et Valence , de la vapeur maligne d'un cofire , il y a d'anciennes histoires qui ai disent de môme d'un coifre qui fut ouvert en Ethiopie, d'où sortit une vapeur si maligne qu'elle infecta et empesta toute l'Egypte, toute la Grèce et une partie de l'Asie. Nous avons eu ici des fièvres continues avec crachement de sang et des inflammations de poumon , mais cela est passé et il n'y

Xj Quelques historiens assurent que cette maladie, très redoutable à cette époque, fut communiquée à François I*' par la jalousie d^un mari qui , de desjteîn prémédité, la transmit k sa femme , alors maîtresse du roi. Quant an mot du chirurgien le Cocq , il est seulement traditionnel et nalleoieiit hislm-iqtie. (R. p.)

i'20 \.ï.ï\\\t.i> VIL (Ut PATIN

il presque poiiil de malades ici ; pour des fièvres quarles , il y en a fort peu.

Notre écolier est toujours gai et éveillé : il va voir mes deux docteurs, tantôt l'un , tantôt l'autre ; il me disoit hier que le second, qui est Carolus , lui a prorais de le meneri Cormeille et de lui apprendre bien des choses dans ce voyage. Votre fils en est ravi , car il aime à apprendre, et il prend grand plaisir dans la converoation du mien. Ce sera pour le carême prochain, au moins ira-t-il à Pâques y voir les arbres fleuris, et , comme nous avons souvent des fêtes en été , il pourra quelquefois y aller pour y être deux ou trois jours; mais il n*y fait pas bon devant la Sainl-Jeau , car c'est alors que Ton y peut manger des cerises , dont il y a plus de deux cents arbres : si bien que depuis ce temps jusqu'à la Toussaint il y a toujours du fruit. Je voudrois que madame Falcouet fût en assez bonne santé pour y venir prendre Tair.et y passer un mois ou deux du beau temps d*été ; la vue en est fort belle, Tair fort bon , et leau pareillement. Le jeune M. Choulier y a passé quelques jours , il peut vous en parler. Il y au<roit plaisir de faire ce voyage en venant de Roanne par eau jusqu'à Orléans, tandis que le roi iroit à Rayonne quérir notre reine, fiai, fiiU,

Pour M. du Buisson , il est mort bien vite : aussi n*v a-t«il rien qui aille si vile que le st/ncopœ cardiacie^ in quo syniptomate cor statim mffocatur prœ nintia mnguims copia ^ ut cerebruni in vera ei proprie dicta apojilexia. il y en a un chapiti*e dans les Institutions de médecine de Gaspard Hofmann, page 414. Galien a fort bien connu ce mal ; mais en ce M. du Buisson il y avoit deux autres choses, savoir, ulcère et érosion de la tunique de Tarière « qui sont deux symptômes incurables, i-Aara.

Pour celui que vous dites être à M. Tibbé de Forcoal , je ne le connois point. Pour cet abbé, je Tai autrefois traité fort malade de plusieurs maladies ; son père me fit dire qu'il vouloit me témoigner comme il faisoit état de moi, et qu'il

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