A FAUX)MIT
me (loiiiiei'oit ceut écus par an pour être leur médecin : cela fuirait, et j'eu ai reçu trois demi-années. Cet abbé (qui ne l'étoii pas encore, mais seulement aumônier du roi) fut liorriblement et grièvement malade ; il en échappa heureusement, et on disoit force louanges de moi. Beaucoup de temps se passa que l'on ne me vînt plus quérir de là-dedans ;' j*ap* » pris que Valet y alloit , qui leur donnoit des poudres , des \ eaui et des pilules, etque pour moi on ne m'avoil quitté qu*à cause que j'ordonnois trop peu de drogues (si les malades que j'y ai traités pendant trois ans y fussent morts, regardez ce qu'ils eussent dit, car il n'en mourut aucun). Quand j*ai rencontré le père par la ville , il m'a toujours dit qu'il m'enverroit voir, mais il n'en a rien fait, aussi j'en suis demeuré là. Leur père étoit un misérable cevenot et huguenot qui vint à Paris chercher condition et faire fortune s'il pouvoit. Il fut laquais chez un secrétaire du roi nommé M. Addée ; de laquais il devint commis chez ce même maître, qui étoit pareillement huguenot, et enfin cet homme, qui n'étoit rien, nuper in hanc urbem pedibus qui venerat albis^ devint gros partisan, et se fourra dans beaucoup d'ailaires, aux aides , aux gabelles et ailleurs, où il vouloit gagner. Depuis il changea de religion pour devenir secrétaire du conseil , et devint encore plus grand partisan; puis il maria sa fille unique, qui étoit fort belle, à M. Addée, fils de son ancien maître , qui est borgne et huguenot ; mais elle est catholique. Il avoit plusieurs fils , dont il a fait l'aîné capitaine ; le deuxième est maître des requêtes, le troisième aumônier du roi, qui est aujourd'hui abbé, Dieu sait à quel titre. Le procès pour cette abbaye a duré douze ans, confre M. de Moric, conseiller d'État, qui avoit été un de ceux qui avoient condamné le pauvre maréchal de Marillac, et avoit eu le don de cette abbaye pour récompense , outre de l'argent comptant , comme tous les autres en eurent qui avoient conclu à la mort. Il y a un fils liiéoiogien qui est devenu fou , et quelques autres |)etit!i irères; enfin le père Forcoal çst mort endetté de cinq ou six
121 i.ETTRKS DR <;UI PATIN
millions , avec trois cents procès de ceux à qui il doit. Le maître des requêtes est persécuté de tous côtés , pour avoir répondu pour son père ; ie secrétaire du conseil , qui est un troisième fils bien fait qui a eu la charge de son père , est en prison il y a plus de quatre mois dans la chambre des comptes : cet aumônier que vous avez vu est un assez bon garçon; mais tout leur fait n'est que banqueroute , rapine du bien d'autruî , partisanerie et larcin , bonne chère en attendant. Ije père possédoit de grands biens qui étoient tous saisis plus de neuf ans avant qu'il mourût. (1 avoit une terre à deux lieues d'ici où il faisoit, encore tout vieux qu'il étoit, de grandes débauches et beaucoup de folles dépenses : c'étoit à Pantin, qui a autrefois appartenu à Fernel , et dont il est parlé en sa via Tout le secret de ces gens-là est que, tandis qu'ils ont bonne main , de prendre de tous côtés force argent , et enfin de faire banqueroute , non pas seulement à leurs créan* ciers, mais aussi à Dieu , à leur conscience et à leur honneur.
Mais, ce 29 janvier, je viens de relire votre lettre dont j'ai eu grande joie , où je pense avoir deviné le nom de celui que vous avez vu avec M. l'abbé Forcoal ; c'est un jeune homme qui est beau garçon » nommé M. de Gourcelles, qui étoit le commis de feu M. de Forcoal ; c'est lui que j'ai le premier traité, en cette maison ; il est fils d'un procureur de la cour , dont j'ai été le médecin depuis Tan 4628, jusqu'à sa mort , environ l'an 1642. La mère est encore vivante, qui est bonne femme » plura cor^am. Elle est fille de feu H. Fournier, et d'une bonne femme, que j'ai traités jusqu'à leur mort : ces bonnes gens vere erant reliquiœ aurei $eeuli.
Le roi est arrivé à ce soir dans le Louvre , le cardinal est au bois de Vincennes. Don Juan d'Autriche est encore dans Bruxelles ; on dit qu'il passera par ici , mais je ne le crois pas. On s'apprête en Angleterre pour la séance du parlement , et -même on dit qu'il sera besoin que le roi fasse un tour jusqu'à Rouen ou à Cillais, pour renouveler notre alliance de guerre livec les Anglois contre l'Espagne ; mais peut-4tre qu'une
trêve interviendra t|ui fera pendre les armes au croc aux uns e\ aux autres. Avant qu'il soit trois mois, nous verrons quel préparatif ou fera pour le mariage du roi avec Tinfante d'Espagne , qui est la chose du monde que je souhaite le plus fort pour le bien public de toute l'Europe chrétienne.
Ou fait courir le bruit que l'électeur de Bavière est en fort mauvais ménage avec madame l'électrice sur ce qu'on lui impute de l'avoir voulu faire tuer par quatre Italieus; cela sent le roman, et je ne le crois point. Marie Stuart, reine d'É* cosse , avoit un secrétaire italien , nommé David Rizzio ; le rai son mari , Jacques V, en devint jaloux , et le fit poignarder en sa présence et devant sa femme , d'où provint leur mauvais ménage et leur malheur à tous deux. Buchanan , de Rébus Scotorum , en a écrit toute l'histoire doctement et élégamment. Les princes sont malheureux en leurs familles, aussi bien que les particuliers , et aussi le méritent-ils comme les autres , car ils font quelquefois bien des fautes.
On dit ici que la reine s'est fort plainte à Lyon du voyage qu'on lui avoit fait faire durant une si mauvaise saison ; qu'elle n'y avoit point tant été amenée que traînée ; qu'elle en avoit su mauvais gré à son Eminence; qu'ils avoient été dix jours sans se voir, mais qu'enfin le roi les avoit accordés. Je vous supplie d'assurer mademoiselle Falconet de mes très humbles services. Notre écolier est gaillard et sain ; il étudie diligemment, et apprend bien l'histoire de Paris. Je lui ai promis que dimanche prochain il verra le roi et la reine à Saint-Germain* TAuxerrois, qui est leur paroisse et la nôtre, où ils ne man* queront pas de venir à la procession.
liCs plus fraîches nouvelles qui courent sont que Ton attend réponse d'un courrier qui a été envoyé en Espagne. Que l'empereur même fait des offres pour la paix générale; néanmoins le roi de Suède continue toujours ses efforts contre le roi de Danemark; les llollandois font de grands efforts pour •^^coarir celui-ci t et l^ Anglois en font autant de ieur'c(Mé pour l'autre. Le milord protecteur a découvert (pielque traite ''iamlestin fait par des princesses parentes du roi d'Angle-
124 LKTIilliS DE UUI PATIN
teno, et y a donné ordre. Je vous baise les maiits, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Parin, l« dernier janvier 1659.
LETTKE CCCCLXX. — Au fnéme.
Je vous remercie de votre belle lettre. Vous saurez que M. de Servien, surintendant des finances , mourut hier dans sa belle maison de Heudon (1 ). H n'est regretté de personne, pas même de ses valets , auxquels il n'a rien donné en mourant , ni rien laissé que le grand chemin de Saint-Denis. J'ai ouï dire autrefois à un président que les courtisans étoient les plus rusés et les plus dangereux hommes du monde ; après eux , que c'étoient les supérieurs de religion, tels que sont le pape , le général des jésuites et autres moines, qui sont d'autant plus dangereux qu'ils font tout m ncmine Dcmini^ qui est le voile dont ils se couvrent. Après eux ce sont les Anan* ciers et les partisans.
M. le premier président m'envoie quelquefois quérir pour aller souper avec lui. Il me fait grande chère , mais son bon accueil vaut mieux que tout le reste (-2). Je lui ai promis d'aller souper avec lui tous les dimanches de ce carême , et après nous prendrons d'autres mesures selon la saison. Il y a du plaisir avec lui , parce qu'il est le plus savant de longue robe qui soit en France. Il est fort sage et fort civil , et dit en souriant qu'il ne faut point dire de mal des jésuites et des moines ; mais pourtant il est ravi quand il m'échappe quel* que bon mot contre eux. Je suis, etc.
De Paris , le i9 février i659.
(1) Abel Servien», tié à Grenoble en 1593. Il »e distingua dans plusieurs affaires diplomatiques importantes ; comme il était violent et bauloin, le nonce Chigi l'appelait VAnge 9xterfninatew de la paix,
X On a écrit et répété «pron inellatt chaque fois un louîs sous la ser< M«Ue de Gui Palin; il nVxi^te aucune preuve de quelque valeur de ce
uïL (R. p ;
A FAL<:o\iîr.
LETTRE CCCCLXXI. ^ Ah même,-
Je we. \o\i% prends pas pour un liomme qui ait besoin de mon conseU ; mais M. Troisdames m'a trop pressé, et a désiré que je vous écrivisse pour un malade. Ce malade a grièvement péché de se mettre entre les mains des charlatans qui sont une peste du genre humain. Ces coquins-là n'auroientpas si bon temps qu'ils ont, s'il y avoit de la justice au monde ; il n*y a que trop de gens de judicature , et trop peu de justice : ntdlQ itisciiiœ pcent^ posita est , et turpiter abutimtur hti neùulones iniquitate , vnpunitate et impudentia seculi.
L'infusion de tabac et la gomme gutte ne sont point reroèiles propres à de tels malades, et même il ne faut point être charlatan pour se servir bien à propos de ces remèdes , qui sont naturellement bien dangereux , et môme pernicieux. C'est un corps brûlé qu'il faut un peu saignotter, ad spoliatiort^M, et pour empêcher que faute d'air la gangrène ne se mette là-dedans, humùt* enim non difflatus p/utrescit , inteinpeiiem Maugety visceribtis labetn imprimity nuiio artis nostrœ prœsidw deieàiiefn , unde atrophia , cachexia , febf^is tenta , hydrops , srlrrhun , tandernque idtima rerum linea , mors.
Pour empêcher tant de mauvaises conséquences, il aura be* soin d'être purgé souvent, mais de remèdes doux et bénins , nemfjp medutta siliquœ yEgyptiœ , fotiis Oî^ietU. tamarindis [ftbsit tarvatum et fucatum medicamentum quod manna nuncupa-' tur, ex mette fUtrato, sacchatv et tcamynonio, vel sncco tithymal* tontin , Inthyridis aitt esulœ adutteratum ) ; ad paulo validim intrgandwn interdum acuetur dosispe^" additionem syrupi dtar^ rhodon , vel de floribus mati Persicœ. De acrionbus m AU dico. C'est à vous d'en juger, qui êtes sur les lieux ; vous êtes bon ^tsage, et n'avez pas besoin de mon avis. Quand le corps sera bien désempli et suffisamment déchargé de tant d'ordures, vous ordonnerez du lait d'ànesse , ou du demi-bain , et peut-éire de tous les deux , et votre prudence préférera des deux celui que vous jugerez le plus à propos ; peut-être même
126 LETTRES DE GlJl TATIN
/ (|u*il y aura lieu de penser à quelques eaux minérales rafraîchissantes, telles que me semblenié(reeelledeSahit-Myon(l), ou autres de même nature, que vous pouvez connottre mieux que moi : aussi aurois-je tort de in'amuser à décrire tout ceci, n*étoit que je ne veux point déplaire^à H. Troisdames, qui est un fort honnête homme , et à la bonté duquel j'ai de très étroites obligations.
Ou fait ici Fanatomie publique, dans nos écoles, d'un prieur de Dauphiné qui se faisoit nommer H. Fabbé. Il avoit des fourneaux, se disoit chimiste, et faisoit de la fausse I moiHioie , pour laquelle il fut pendu vendredi à la Grève.
Le même jour mourut ici le pauvre père Morin , père de rOratoire, âgé de soixante- douze ans (2), le troisième jour de sa maladie, à qui Guénaut fit avaler impitoyablement, le second jour de son mal , quatre onces de vin émétique , hérêiique ou éiiétique, C'étoit le plus savant homme de TEurope , principalement dans les langues orientales. Il a fait imprimer plusieurs volumes, et en avoit encore un sous la presse, infolio, dans lequel il y aura un traité fort curieux , de Habbinisj ce qu'ils ont fait ou écrit, quand ils ont vécu , et en quel pays. Je crois que sa mort ne retarde pas ce beau dessein, car ou dit que toute sa copie est sous la presse, et qu'il y en a déjà cinquante feuilles d'imprimées.
Samedi dernier fut ici pendu, à la Grève, un autre^auvre homme pour fausse monnoie, âgé de soixanle-treize ans; il étoit maître armurier à Paris , et il a encore deux fils maîtres du même métier. Je vous remercie de votre relation d'Aix , j'en avois déjà vu autant à Paris.
M. le président de Tbou, qui a fait cette belle histoire^ disoit
1) Voyez sur ces eaux , Dictionnaire universel de matière médicale, \MC SIéral et Delens. Pari* , 1832 , t. IV, p. 530. (R P.)
(2) Jean Morin, né à Blois en 1591, profondément versé dans la caonowMnoe de» langues hébraïque et saniartUiîne. Il a publié plusieurs ouvrages sur la discipline des premiers temps de TËglisc . qui sont «Micore cousuUé^. [R. l'/
qu entre toutes sortes de gens letlrés , il n'y en avoit point de plus fous , de plus ignorants et de plus méchants que les rabbins, l'un desquels avoit dit que Mahomet le raux prophète avoit été cardinal , et que, par dépit de n'avoir été pape, il s'étoit fait hérésiarque. Je vous baise les mains , et suis de tout iiK>u cœur voire , etc.
De Paria, le 4 mars 1659.
LETTRE CCCCLXXIL — Au mhne.
C'est pour vous remercier du livre de Simphorien Champier, que j'ai reçu par votre messager. Mademoiselle de Label t^t pareillement arrivée , laquelle m'a rendu visite : je les irai voir ci-après. Beaucoup de gens attendent ici la paix , d'autant que la reine a dit qu'elle étoit presque faite, et qu'il n'y avoit plus que Dieu qui la pût empêcher. Bon Dieu , que je voudrais bien voir cela ! Mais je ne sais quel Dieu elle entend , car il y en a plusieurs et fort divers en ce n[K)nde ; le conseil d'Espagne en est un, le pape un autre, Mazarin un autre, et le roi de France, notre très bon maître (hormis qu'il foule un peu trop ses sujets) mihi supremus est dtorum ejumiodi infirpnorwn. Il n'y a que le Dieu du ciel qui peut faire la paix et lempécher ; c'est celui-là qui est le grand Dieu , qui laisse agir aujourd'hui les potentats un peu trop rudement sur leurs sujets, quelquefois avec trop de patience pour notre profit; mais il n'appartient qu'à lui de gouverner le monde à sa mode et comme il l'entend, ex ^e et in se principaium habet ^ nohis ^sequii gloria relitta est. Pour les petits dieux de la terre, ils n'ont de pouvoir que ce qu'il leur en laisse, sans quoi à peine poorroient-ils grêler le persil, et nonobstant tout cela ils né laittent pas de Taire bien du mal.
Jai ici vu M. de Rhodes le fUs, qui m'a apporté une lettre fort honnête de M. son père , de laquelle je le remercierai ; je vous prie en attendant de lui faire, s'il vous plaît, mes très laimbies recommandations.
]i8 LCTTRRS DE (iVl PATIN
Je â4)iipai hier au soir rluv. M. le premior ptVsidenI , on belle compagnie , el où furent dites de belles et bonnes choses : j'en ai les bonnes gràees, et je prétends de me les bien conserver. Je viens d'apprendre par M. Troisdames que vous êtes en bonne santé, que vous me faites vos recommandations , et que vous me faites espérer de vos lettres et des graines. Je vous remercie du tout.
Le prince de Condé est à Rocroi , qui traite de sa paix avec M. le maréchal de Fabert , et ce matin , M. le Tel lier, secrétaire d'État, est parti pour y aller, el, dit-on, pour l'achever. Je vous baise très humblement les mains , et à mademoiselle Falconet, et à notre bon ami , M. Spon, el suis de tout mon cœur votre, etc.
P. S, Depuis ce que dessus écrit , j*ai reçu votre lettre en présence de Noël Falconet, et je lui ai délivré la sienne, qui étoit ouverte. Je lui ai dit : Voilà une lettre pour vous qui n*est point cachetée, et que je voulois bien ne la point voir ; il l'a lue , et aussitôt ibe l'a apportée ; iiUr ohservavi latina et prœ^ textcUa vei'ba. Je ne fais que d'arriver à cause de trois assignations que j'ai eues à quatre, à cinq et à six heures; il m'a dit qu'il vous répondra au premier ordinaire , et moi je ferai en attendant tout ce que je pourrai pour le mieux.
l>e Paris , le 18 mars 1659.
LETTRE CCCCLXXIIL -^ Au mhne.
Je vous écris , si ce n'est pour vous, c'est pour moi. Après avoir bien cherché H. votre frère pour lui donner votre petit paquet, enfin il est venu céans, et l'a reçu. Il a dessein de se mettre à enseigner la philosophie et la théologie en chambre, et pour cet eifet, il m'a dit qu'il vous priera de lui donner quelque quinzaine de pistoles pour meubler sa chambre. Je lui ai dit qu'il y pensAt bien auparavant ; que ce dessein n'a-
A FArXONET. 129
voit pas réussi à plusieurs autres qui Tavoieiit ci-devant eiH trepris. Il y pensera, et après il vous en écrira. 11 ne m'a point donné charge de vous écrire, mais néanmoins j*ai cru qu'il vous en falloit avertir.
J'ai été voir H. le Sanier, qui Fait tout ce qu*il peut pour votre fils et pour le faire étudier diligemment Aujourd'hui , avant midi, il est venu étudier avec moi ; je luirai fait lire dans les lettres de Plassac . qui étoient sur ma table par lia^ sard , un beau chapitre de cette bonne femme , dont le conte est si plaisant dans Pétrone : Mtdier quœdam Ephe$i tmn notœ emt pudiciiiœy et après qu'il l'a vu en François , je le lui a fait lire en latin dans Pétrone même ; après , je lui ai dit qui étoit Pétrone, ce que c'étoit que son livre, qui nous reste, exempta dumtaxat ex magno opère y et sa mort, que je lui ai fait lire dans les Annales de Tacite , dont il m'a promis de lire le quinzième et le seizième livre des Annales , où il verra cette grande conspiration contre Néron , laquelle fut malheureusement découverte , la mort de Sénèque , et enfin celle de / Néron mtaie. Il a écrit de Petronio dans son cahier, et m'a dit qu'il étoit bien aise de savoir cette histoire , de matrona illa Ephesina, Je l'ai averti qu'il ne la faut jamais réciter en compagnie de femmes , ne aliqm ex tllis , animal natura sua su* peràum^ serio indignetur. Voilà où nous en sommes (i). 1
Tout le monde parle ici de la paix et la croit faite. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
P, S. Je salue mademoiselle Falconet de tout mon cœur , etM.Spon pareillement. J'ai céans deux livrets pour lui et pour vous, lesquels je vous enverrai par la première occasion ; c'est de H. Vineau , médecin de Poitiers , contre la cir- \
(1; Rien n*eâi moina démontré que le Pétrone dont parle Tacite, cet arbiier êUganiiarum, soit le même Pétrone, spirituel et dangereux amenr da Satyricon. Les savants les pkis scrupuleux, les plus difficiles, M sont point d^accord sur ce point. Il faut avouer aussi que maitrc Gui Pêl'm arail fait là un finj^lier choix d^une leçon donnée i un jeune
f30 LBTTHKS DE G(ll PaTIN
culation du sang de Harveus. On dit que Vaccord du prince de Coudé est fait et celui du duc de Lorraine , et que le Mazarin doit assembler devant le roi dans peu de jours messieurs du parlement, messieurs les ducs et pairs, et les n^aréchaux de France, pour leur faire voir Tétat des affaires présentes et en prendre leur avis. M. Elie Beda des Fougerais , notre collègue , mais grand charlatan , est allé aux eaux de Bourbonne avec un partisan , nommé Monerot , tant pour soi que pour celui qu'il mène ; il a été ici trois mois malade d'un abcès près des reins , qui s'est vidé par l'ouverture qu'on en a faite, unde superest ulcits sinuosum , fistulosum et concavum^ dont on présage malheur à ee médecin.
De Paru , le 29 avril 1659.
LETTRE CCÇCLXXIV. — Au mêmt
Je voudrois bien avoir quelque bonne nouvelle digne de vous être mandée ; on dit seulement que dans huit jours on publiera une surséance d'armes. On fait marcher quelques troupes vers la frontière pour l'exécution de la paix. Le duc d'Orléans et le cardinal Mazarin ont tous deux la goutte. On dit que le roi sortira de Paris vers le 28 de ce mois ; on parle de Fontainebleau , de Compiègne , d'Amiens , mais tout cela est incertaiiL
M. Troisdames m'a parlé de M. Chanlate , et m'a prié de vous mander qu'il voudroit bien qu'il prît des eaux de Saint- Myon , que l'on pourroit faire apporter d'Auvergne à Lyon , où il les prendroit sans sortir de sa maison ; je lui ai promis de vous le mander, et de vous prier d'y penser. Il dit que le voyage de Bourbonne est trop long ; mais ce n'est point assez, il en parle comme Gai ien dit que Thucydide a décrit la |)e$te d'Athènes, tanquam idiota^ sed non tnnquam artifex idonem et peritus medicus.
Voilà Noël Falconet qui étudie auprès de moi , comme faisoit Scipiou auprès d'Ennius : f/m\ teste Ciaudiano ,
A rALGONST. I3i
Bœreùai dodus lateri , casirisque solebat Omnibus in médias Ennius ire tubas.
J9et Paminu»^ metiora , et quod est apud Sallustium , et benefàeere ex ccnsuetudine in naturam vertat. Je vous prie de faire Hies recMftinandations à mademoiselle FalconeL Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, leS mai 1659.
LETTRE CCCCLXXV. — Au même.
Son Émineuce a é^ assez mal depuis huit jours, epodagra qtum yrtixime reversa est ac quasi immédiate , cui stotim successenmi dolores nephritici acutissimi et atrocissimi^ f^ro quitus mUigandis fuit ilii sexties secta veim^ tandem calcvlvs^ et ille grandior^ cum multis cruciatibus , in vesicom descendit , e qua nondum egressus est : febricitabat , sitiebat^ non do7iniebat.le voudrois qu'il fût bien guéri et que nous eussions la paix ; mais il y en a qui disent qu'elle est rompue, et qu'il faut tout de bon en recommencer le traité. Un homme me disoit hier que les François , les Hoilaudois et les Anglois avoient fait un accord entre les rois de Suède et de Danemark , par Teutremise de M. le pré* sident de Thou , notre ambassadeur en Hollande , à la charge que celui des deux qui ne voudra pas suivre la paix qu'on lu» propose y sera contraint par la force des trois autres. Son Éminence a envoyé son neveu , M. Mancini , prisonnier à Brissac , sous la garde de six archers , pour quelques impie* tés et des libertinages qu'il a proférés la semaine sainte contre la religion, avec le comte de Vivonne, un aumônier du roi ^ nommé le Giinus, qui en a été chassé aussi, et un auti*e courtisan, qui est prisonnier. Quelques uns soupçonnent que c'est une fausse politique , afin qu'il soit là, et qu'il garde Brissac
132 LETTRES DE tiUl PaTIN
pour son oiicio, (|ui a de nouveau trois cents gardes à pied , avec une petite niaritille rouge et ses armes en broderie sur répaule, que j'ai vu passer ce matin dans la rue Saint-Denis.
Un peintre de Beaune m'a si fort prié de me laisser petn* dre pour un médecin de sa ville qui veut avoir mon ta^ bieau , qu'hier je lui donnai une heure de mon temps. Noet Falconet étoit auprès de moi, à qui je diclois quelques gentillesses qu'il écrivit dans son cahier ; il y en pourra mettre tous les jours , et je l'y exhorterai.
Les deux prisonniers qui ont tué le marquis de Charton , en sortant de la messe des Augustins , ont été jugés au Chà' telet , l'un à être rom^u , et Vautre à avoir la tète coupée. Ils ont été aujourd'hui transférés à la Conciergerie. Gare pour eux la (in de la semaine. Purpnratus noster noti bene hnbet. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris , le 6 mai 1059.
LETTRE CCCCLXXVL - Au mrme.
La paix n'est pas faite, mais l'on en traite; il y a plusieurs articles dont on est d'accord, et d'autres sont encore en dispute. La reine veut que la paix se fasse et avoir l'infante d'Espagne pour sa bru , et le roi d'Espagne consent à l'un et à l'autre; mais il y a deçà un rouge Italien qui n'a hâte ni de l'un ni de l'autre , et qui voudroit bien n'y être point pressé, de sorte que nous pouvons dire qu'il n'y a encore rien de fait, puisque tout peut faillir.
Pour les eaux minérales , je suis d'avis que vous preniesS celles que vous jugerez les plus propres; vous êtes sur les lieux, je soumets mon avis au vôtre, et qui plus est, vous avez le malade entre vos mains ; vous en devez être cru en tout, puisque vous avez conduit la barque si prudemment et
A FALCOXET. 133
M licurcuscaieiil jusc|u'à présent ; je le dirai à M. Troisdames. Des deux livres qui slmpriment en Allemagne , Tui) se fait àÀllembouTg, en Saxe, savoir, Casp. Hofincmniet Th. Reinesii Epistoiœ. Ce livre doit être un morceau curieux et friand, car ces deux hommes étoient fort savants. Reinesius vit encore dans Altembourg, où il le fait imprimer; il doit y avoir là« dedans de bonne critique et de bonne philosophie. Hofmannua savoit bien son Galien , mais il n'a jamais vu guère de malades; Reinesius est un grand critique, grammairien et antiquaire. J'ai céans un livre de lui , intitulé : Véiriœ lectimes , in-quarto, qui mérite véritablement ce titre, car il est d'une merveilleuse lecture.
On dit ici que le milord Richard, fils de CromMrell , veut remonter sur sa bote; qu'il a divisé et renvoyé le parlement , qui le vouloit abai8ser;qu'ilafaitentrerrarméedan$ Londres, et qu'il est encore le maître absolu danslepays. Il n'a plus qu'à trouver de l'argent pour payer l'armée, et ainsi il sera toujours le plus fort: aussi est-ce la même chose que Severus, empereur romain , mourant à York en Angleterre , recommanda à ses enfants: Qui a l'argent a les hommes, et par c(Miséquent est maître de tout.
J'ai dit à Noël Falconet que je voulois bien qu'il répondit d'une sabbathine*» puisque vous en aviez remis le jugement à ce que j'en trouverois bon, mais qu'il falloit bien répondre et bien étudier pour cet effet : c'est à quoi je l'exhorte et à quoi il travaille.
On dit ici qu'il y a du bruit en Angleterre entre Cromwcll, ses parents, et entre autres un sien beau-frère, et le parlement assemblé. Il y a bien de la division entre quelques particuliers à qui pourra avoir sa part du gouvernement, et comme dit Cicéron , muiti volunl regnare , qui sont presque tous parents ou alliés de la famille de Cromwell. Tibère, avant de mourir, prédit à Galba qu*il seroit quelque jour empereur : lu ^wxfue , Galba , aliqttafulo degnstaùfs imfyerÎHm. Ce sont les propres mots de Tacite, (^tte prédiction fut accomplie.
134 LETTRES DE GUI PATtN
Galba devint empereur; mais il en fut mauvais marchand avec Pison , qu'il avoit adopté. Il y a grande apparence qu'il arrivera quelque chose de pareil à Londres ; le souverain conunaiidement est au pillage, quelqu'un l'attrapera par force et par finesse : tummu$ nempe locus , maléi non itrtepetitus ; un autre viendra qui lui insultera , et enfin le plus méchant de tous sera celui qui demeurera. Les Anglois sont crudeles et féroces. Théodore MacîUe disoit qu'ils étotent une espèce d'hommes,, de génère lupino , comme les Espagnols et les Italiens étoient du naturel des renards', callidi, versipelles et astuti. Les loyolites sont hermaphrodites; ils ont les deux natures, méchants comme les Anglois, et rusés comme les Italiens.
Il faut pourtant en excepter les honnêtes gens, dont il y a partout , et particulièrement la noblesse angloise , qui est civile, et qui ne tient point des mauvaises qualités du vulgaire, et môme j'en ai connu qui avoient de parfaitement bons sentiments de morale.
Notre M. Élie Beda des Fougerais est allé à Bourbon , et je crois qu'il est présentement avec un partisan nommé Monorot. Je ne sais pas comment il s'y porte , ni ce que lui feront les eaux , mais il est malaisé qu'il en reçoive grand soulage* ment. Il a été homme fort déréglé toute sa vie; il buvoit \ beaucoup , et du vin tout pur : son mal a été un abcès in- ' terne entre le foie , les reins et le mésentère , duquel est sorti beaucoup de pus bien puant , et qui venoit de quelque lieu
ifort profond : svperest ulcus haud dubie cavum , sinuosum et fUtulosum I a que imminet tabès. Ce seroit grand dommage de « lui, à ce qu'il dit, d'autant plus qu'il sait beaucoup de secrets. Néron, ce monstre incarné, disoit en se lamentant: eheu^ quanius artifex pereoî C'est que ce tyran savoit bien jouer du violon et du rebec, mais il avoit fait tuer son bon maître Séuèque : fuerai histrio^ auriga, irieendiarius, matricida, etc. Il n'est que trop de ces gens-là , rari quippe boni : fficilisjoc* turamalorum. Notre siècle est plein de charlatans in.utrqque materia , medica etpoliiica: force tyrans et partisans régnent
A r.VLCONET. 135
impuDéiDcnt , connue les charlatans et chimistes tuent im« punémeiit le monrle. Dieu nous a réservés pour voir tous ces désordres, quem das finem, rex magne^ laàùrum ? imo dolorum ? Je ne sais si les grands auront le courage de mettre la main à tant de malheurs , quand la paix sera venue , qui est attendue de tous les gens de bien ; néanmoins il y en a ici quelques uns qui doutent de l'événement. Prudens futvri temporis exlttmi, raliginosa nocte premit Deus.
Toutes les troupes qui étoîent en garnison en Champagne, Picardie , Normandie , sont allées vers la frontière. Elles ont leur rendez-vous vers Hesdin, soit qu'il le faille assiéger ou non , si le major qui est ici n'en a fait Taccord.
L'évêque deMeaux se meurt , et il est frère de M. le chancelier ; il a quelque chose dans la vessie qui n'est pas une pierre. Janot, chirurgien de la Charité, a ici taillé depuis peu iabbé du Châtelet , qui en est mort huit jours après ; trois au« très lui sont morts après la même opération, si bien qu'il est ici malheureux en réputation. Le petit Colot en a taillé d'autres qui en sont réchappes; j'espère qu'il deviendra aussi bon et aussi heureux opérateur que son père (1) : fiai! Je vous baise les mains et à madame votre femme, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, le 13 mai 1659.
LETTRE CCCCLXXVIL -' Au même.
Je vous prie de dire à M. Spon que j'ai reçu sa caisse de plantes de Grenoble pour M. Joncquet, et sa lettre pareillement. Votre collègue, M. Gras, est ici, logé chez M. le mare
[1) L'hîsloire de la famille des lilhotoroistes Colot est rapportée dans Touvrage de K. Colol : Traité de V opération de la taille, Paris , 1727, iii-12, el dans le Traité hiilorique et dogmatique de la taille ^ pér F. J. Ucschampa. Pari», 1826, 1. 111, pag.40et8uiv. . (B. P.)
y. G LETTllt^ I)L 4.11 TATIN
chai (le Turenne. Je soiipai samedi dernier chez M. le premier président, où il me fit grand*chère. On mange vite eu ce payslà, et Ton y parle iieu pendant le repas; il voulut pourtant que j'y busse deuy fois, à sa santé, du vin d'Espagne qui étoitextraordinaircment bon. Après souper, je l'entretins une grosse heure et demie sur diversesclioses,àquoiil prit grand goût. Il m*adit qu'il étoît en peine comment nous pourrions faire Tété prochain ; qu'il eût bien voulu avoir le loisir de m'entretenir une fois la semaine , une après-dinée tout entière , et qu'il avoit peur, faute de loisir, d'oublier le peu qu'il savoit. Deux maîtres des requêtes, qui y étoient venus souper à cause de moi , me ramenèrent dans leur carrosse : il me dit en sortant qu'il avoit dessein de faire chez lui une petite académie, une fois la semaine tout au moins, mais qu'il ne vouloit point que nous fussions plus de six; c'est signe que j'en serai l'un, et je crois que mon fils Carolus en sera aussi , car M. le premier président lui veut autant de bien qu'à moi. Pour M. Clianlate, c'est à vous d'en ordonner. Il y a autant de dlfTérencc entre un médecin qui écrit de loin pour le salut d'un malade et celui qui l'a entre ses mains, comme d'Alexandre-le-Grand qui force les Perses au passage du Granique , et un monarque qui ne fait la guerre que par ses lieutenants. Les premiers se peuvent heureusement servir de conjonctures. Medicinacst inventio occasiotiis in morbo. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, le 20 mai 1<»9.
LEITRE CCCCLXXVIII. — Au iriàme.
M. le duc d'Orléans a fait composer par un savant courtisan, nommé Yarillas, un livre de fine politique, qui sera intitulé : Politique de la maison d'Autriche y que l'on imprime présentement en Hollande.
11 y H eu ici grande cérémonie aux Augustins , pour un certain sainl espagnol de leur ordre , nommé frère Thomas de Villeneuve , que le pape canonisa Thiver passé. Leur général est ici avec plusieurs Italiens , qui en ont célébré la fête fort authentiquement. Et ne quid deesset ad volupiatem publicam , imo ad insaniam sectUi^ ils en ont fait un feu de réjouissance, au bout du Pont- Neuf » où ce nouveau saint étoit représenté comme un faquin de quintaine , et où courut une foule de monde qui ne se peut nombrer , et c*est là où le peuple disoit que c'étoit un saint espagnol , qui n*eût pas été reçu en France si la paix n'eût été faite ; néanmoins il y en a beaucoup qui en doutent, et surtout qui tiennent que le traité du prince de Condé n*est pas accordé. Notre bon M. Baralis a été saigné onze fois depuis six jours « cela a empêché la suffocation ; superat , nec adhuc crudelibus occubal umbris , mais il est en grand danger de n'en pouvoir échapper; une fièvre continue, un méchant poumon assiégé d'une inflammation, quatre- vingts ans (i) sont tous signes qui m'en laissent un soupçon fort funeste. Oh! que c'est dommage! Il sait bien son Hippocrate et son Galien , et a fait la médecine en homme d'honneur toute sa vie : plût à Dieu que je susse THippocratc et le Galien grec commeil l'a su! Les gens de bien vivent trop peu : c'est une fort ancienne plainte, et tnhoc versatur deorum iniquitas^ quod optimum quemque inter nos diumai*e non sinunt^ iuquit Çuadrigariusapud AgelliunuVn honnête homme m'a appris aujourd'hui que l'on imprime à Heidelberg, qui est l'Université de l'électeur palatin , le second tome des Lettres latines et françoises de feu M. Saumaise; j'ai céans le premier, plusieurs autres le suivront.
Le roi est avec son Eminence au bois de Vincennes. M. le commandeur de Souvré tomba hier de son cheval , et s'est rompu un bras. Il y a un grand bruit en Angleterre contre le lils de Cromweli : humor est inmotu; tout y tend à une se-
{\] Et onze saiguées faites en six Jours. Voy. t. I, pag. 63, 165, 353, 375. (K. l'.)
dition dans Londres et à une guerre civile dans le royaume, in quo vota plane singulonmi concurrunt ad constituendam rem-' publtcmn et reynum abolendum.
Il est ici mort , depuis trois jours , un vieux conseiller d'État, nommé M. Turgot, qui avoit 40,000 écus de rente et 700,000 livres d'argent comptant dans ses coffres, et un comédien nommé Béjart (i), qui avoit 24,000 écus en or :
Jampridem Syrus în Tiberim defluxil Orontes,
Ne diriez-vous pas que le Pérou n'est plus en Amérique , mais à Paris, chez les éminences et leurs parents , chez les financiers et les moines, qui sont les partisans du paradis, fattii nova mmina seculi. Je pense qu*enlre moinerie et momerie il n'y a guère de différence.
On réimprime ici les œuvres de Jo. Duns Scotus, cordelier; il y aura dix-sept volumes in-folio : c'est ce moine qui fut enterré sans être mort , et qui se mangea le bras. Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 27 mai IHStl.
LETTRE GCGCLXXIX. — Au mène.
J'ai si peu de cliose à vous écrire, que j'ai de la peine à m'y résoudre; néanmoins, puisque M. Troisdames désire que j'entretienne cet innocent commerce de lettres avec vous par
(1) Je ne sais quel élait ce Béjart dont parle ici Gui Patin. Le célèbre comédien de ce nom tint à Paria avec Molière * dont il était le camarade, en 1656. Fort aimé d« public, il ae retira du théâtre en 1070, et mourut le 29 septembre 1678. Il était frère d^ËltsabeUi-Armande' Crézindc-Claire Béjarl, Tindigne épouse de notre illustre comique ; elle épousa en secondes noces , le 31 mai 1677, le comédien Guérin d^Estriché. (R. P.,
\ FAIXDNET. 1,39
son moyen, je vous dirai que le roi passera dans Paris les deux semaines de la Fête-Dieu (je pense que là reine^mèrc ïe voudra faire voir à la procession , tant poui* sa beauté que pour sa dévotion ) , et dès le lendemain de la petite Fête-Dieu, le roi sortira de Paris, s*en ira au bois de Vincennes, de là à Fontainebleau sans plus revenir à Paris , mais pour partir vers le commencement du mois d'août , et s'en aller à Bordeaux , et de là à Bayonne , au-devant de Tinfante d'Espagne ; et, pour assurer toutes les conditions du mariage, on tientque le cardinal Hazartn partira d'ici dès le â2 de oe présent mois pour te rencontrer à Bayonne , où don Louis de Haro se doit pareillement rencontrer, quœ inde sequentur, in deorum genu" ha repania sttnt , vern'et Eitoi qm reveiabit
On dît que cette infante d'Espagne est une bonne princesse fort accomplie, et qui a beaucoup d'esprit Un évoque, iBls d'un maréchal de France, m'a dit ce matin que, lorsque le roi son père fut extrêmement malade, il y a deux ans, elle avoit fait une brigue avec les grands d'Espagne et le conseil éternel de ce pays-là, pour obtenir la régence de ce royaume durant le bas âge de son petit frère au lieu de sa belle-mèra Si elle a de tels degrés d'ambition d'esprit, étant en France^ die pourra bien faire changei* la scène et renverser le théâtre qui sobeisie il n'y a que trop longtemps. SuUimes iUi 9piritu» et generosa ejusmodi indoles magnum quid pollicentitr , et iVir terdwn aliquid egregium prœitant ; mais l'événement n'en est pas toujours heureux , ignea illa ingénia novandis et movendis reèus fuam comptmendiê temper eptiùra sunt deprehensa. Dieu en disposera pour sa gloire et pour le soulagement du pauvre
peuple.
On attend ici un courrier qui est allé en Espagne pour aclie* ver là la conclusion du traité du prince de Condé. Les An^^ glois ont 4ibaltu la statue, aboli la mémoire et le gouvenic^ menC de la famille de Cromwell , et se sont mis en république, laquelle ne durera jamais tant que celle de Rome; il viendra quelque Catilina qui remuera les couteaux, et c'est à quoi
HO LETTKES Dt Ull l'ATIN
nous (lovons nous atlendre. Je vous baise les mains, cl suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 6 Juin 1699.
LETTRE CCCCLXXX. — Au mène.
Après vous avoir souhaité une bonne année , je vous dirai que j'ai acquis un livre nouveau : c'est un recueil de lettres latines de Tannequillus le Fèvre, qui concernent particulièrement des corrections de quelques écrivains anciens. Cet auteur est un savant homme en grec et en latin , qui a par ci-devant fait quelque chose sur le Phèdre et sur deux livres de Lucien , et un autre petit traité où il prouve que le pas* sage de Josèphe touchant Jésus*Christ est infailliblement supposé. Ce Tannequillus le Fèvre est, à ce que j'apprends , un régeut qui enseigne à la troisième classe de Saumnr, qui n*est pas fort accommodé des biens de la fortune, mais qui n'en vaut pas moins pour c^la. Lucien a dit quelque part que ceux que les dieux haîssoient , ils les faisoient maîtres d'c« cole, et Melancbton a fait une harangue , de Miseriispœda* gogorum.
Il est ici mort depuis quelques jours deux hommes considérables, savoir, M. Perrochel , doyen de la chambre des comptes, âgé de quatre-vingt-cinq ans , et un vieux conseiller de la cour des aides nommé Briçonnet
M..Petilpiecl , avocat très célèbre , a été fort malade d'une inflammation du poumon , pour laquelle il a été saigné dixsept fois ; mais il se porte mieux. S'il avoit été traité par quelque charlatan , on lui auroit épargné le trésor de la vie^ on lui auroit donné des petits grains ou du laudanum, et il soroit mort. Nous avons ici quantité de lièvres continues , avec douleurs de côte , crachoment de sang , pleurésie et in*
A FVLCONBT, Hl
flaromation du fiouiiiôn. Ils ne sont soulagés que par la sai* gnée ; car ce n*est point du sang qu'on leur tire, ce n'est que de la boue, iesoupai dernièrement chez M. le premier président, qui
m'envoya Inviter dès le matin. Il me Bt dire qu'il m'enverroit son carrosse à six heures du soir, ce qu'il fit , et me renvoya avec bonne escorte sur les dix heures. Il se plaignoit à moi que je ne Vallois point voir , que j'étois obligé de l'aller quel^ quefois entretenir et que je devois avoir pitié de lui pour la peine qu'il avoit<lans l'exercice de sa charge. Je lui répondis que je n'avois osé l'importuner, et que je le viendrois voir toutes les fois qu'il me feroit l'honneur de me le commander. Je vous prie, me répliqua-t-il, d'y venir au moins une fois la semaine si vous n'y voulez venir tous les jours. Lorsque je ne pourrai pas souper avec vous, vous souperez avec ma femme. il me traita avec cette familiarité de me faire asseoirentre lui et madame la première présidente, et je ne pus le reFuser. Après souper, nous nous entretînmes auprès du feu ; entre autres discours il me dit que j'étois bien heureux , puisqu'ayant lini la visite de mes malades, je n'avois qu'à passer mon temps avec mes livres ; que pour lui sa charge le tuoit, et qu'il se tenoit bien plus malheureux que M. Patin. En effet, les grandes dignités sont des charges , des menottes et des entraves qui nous ôtent notre liberté et nous rendent esclaves de tout le monde. Cette charge publique l'oblige de donner audience h chacun , lui ôte le moyen et le loisir de se divertir dans l'é^ tode qu'il aime naturellement, et le fait lever, tous les jours lie palais, à quatre heures du matin; et néanmoins après tout, et nonobstant toutes ses plaintes, c'est une très belle et très importante dignité, plus considérable que celle du chancelier même, à qui le roi fait ôter les sceaux quand il veut; mais les premiers présidents meurent en leur charge , et on ne la leur peut ôter qu'avec la tête. Depuis plus de cent vingt ans, les favoris n'ont pas manqué de ruiner les chanceliers qui leur ont déplu et qui ont refusé de faire ce qu'ils vouloiont. Toute
1 4-^ LBTTRSS Dft GUI PATIN
notre histoire en est pleine d'exemples. Voyez M. le chancelier (le l'HospItal , qui a été un des grauds hommes qui Fut jamais en mérite, en science et en probité. Voyez ce qu'il dit luimême de ses prédécesseurs dans l'épltre du sixième livre. Il parle ensuite de deux chanceliers,dout le premier fut le chancelier Poyet et l'autre Olivier. Tous ceux qui ont été depuis ce temps-là en charge n'en ont pas eu meilleur marché , et entre autres lui-même, MM. de Sillery, du Vair, de Chàteauneuf et Mole , qui ont tous été de grands hommes , et qui n'ont pas laissé d'éprouver une fortune ccmtraire à leur vertu. Je vous baise les mains , et suis votre , etc.
De Paris, le 14 juin 16S9.
LETTRE CCGCLXXXI. ^ Au mène.
Je vous dirai que votre jeune homme s'amende fort. Je lui ai fait beaucoup de remontrances , dont je ne me lasserai point : je prendrai grand plaisir de le voir deveoir plussage, et je veux croire qu'il m'en saura gré quelque joiur; mais j[e n'y serai plus, toutefois il n'importe. Dès que je serai hors de ce pays ici , je serai dans un autre où malaisément se trou* vera-t-il plus de fourberie et de filouterie qu'en celui-ci. Socrate et un autre philosophe dans Ëlien se consoloieiU en mourant, qu'ils verroient en l'autre monde d'hounétes gens, des philosophes , des poètes et des médecins. Je suis du môme sentiment. Si j'y puis rencontrer Cicéron , Virgile, Aristote, Platon , Juvénal, Horace, Galien, Fernel, Simon et Nicohis Piètre, MM. R. Moreau et Riolan, je ne serai point en mauvaise compaguie. Il y aura là de quoi me consoler. Je crois qu'il y a force honnêtes gens en ce pays-là en récompense de celui* ci, où ils sont fort rares. Je ne vois plus ici que de la cabaje » tyrannie, fourberie, singerie, hypocrisie, et tout cela confit en beiiucoup de cérémonies , et même les plus fins y troin-
pent m tiomine Domini. Mais je suis d'avis de m'arrèler là et de ne rlea dire davantage , pour ne pas m'attirer quelque excommunication majeure.
Votre fils est allé diuer chez Carolus » où se doivent rendre ma femme , ma bru et mes deux belles-sœurs , qui jsont allées gagner les pardons à un certain petit sermon dont je ne siiis pas seulement le nom. Mais ce ne sont pas toujours les pardons qui font aller les femmes « e*est Tenvie de trotter. Voilà pourquoi Ton dit ici plaisamment que saint Trotter , sainte Caqnea et saint Babil , sont les plus grands patrons de ce sexe dévot (1). l'aie.
DePam, lel7Jaw«6Q0.
LETTRE CCCCLXXXII. - Au même.
Je ressemble aux femmes grosses qui s'ennuient d'impa* lience d'arriver au temps de leur accouchement et de leur délivrance; ainsi je désire fort ce beau temps qui nous donnera permission de dire les bonnes nouvelles que le roi et la paix nous promettent et nous font espérer. Il y a ici un grand bruit qui n'est pas sans scandale : un cordelier, natif de Tours, nommé Cottereau , prêt de passer docteur en Sorbonne, s'est fait huguenot. On l'a cherché et on ne Ta point pu trouver.
(1) Ce trait satirique est le seul que Gui Patin lance contre les femmes, là dont la terre de médisance épargne si peu de gens. Il est ctonnant qa'i eeMe occasion , il ne cite pas Tépiipramme suivante , très connue de son teapo.
Quid UvUu plumm ? Jlamen : S'il TaHait en étagères
Qmidjlaminr? ventus : Ranger les ehoscs légères,
Quid ^emto? mutier : Je diroia, sacliex*le bien,
Qmid mutiétre? nihil. Pluuie , air, vent , fennie et poia rien*
[Oracli'a diveri'uanls , par le ftieur Vulson de la <U>loiiil>ièr«. 1663)
l44 LETTRES DE 0V\ PATIN
On a défendu aux huguenots de le recevoir. Ils lalcheront de ne point perdre un prosélyte de ce plumage; ils renverront à Sedan ou à Genève. Il y a bien des Tourangeaux qui n'ont l'esprit qu'à fleur de tète. H. Naudé disoit qu'il faut demeurer comme l'on est. Ces moines ont ^de mauvaises heures ; ils sont souvent fort empêchés du marché qu'ils ont fait. Ils sont ob* sédés de plusieurs démons que l'eau bénite ne chasse pas tou* jours. Il y a quelquefois de l'ambition , de la mélancolie , de l'amour. Je crois que le démon du père Gottereau n'est que de chair. Il se rencontrera quelque belle huguenote qui secouera le cordelier et chassera son diable, comme la bonne femme Alibec, de Boccace, chassa subtilement et{agréablement le diable de l'ermite. Ne montrez pas tout ceci à madame votre femme, de peur qu'elle n'ait mauvaise opinion de moi. Je considère le mal qui se fait dans le monde et tout ce qui arrive chaque jour sans m'en guère embarrasser. G'est affaire aux sages de baisser la tête et de prendre du bon biais tant de bizarres événements.Je me recommande à vos bonnes grâces et suis de toute mon àme votre , etc.
De Paris, le 27 juin 1650.
LETTRE GGGGLXXXIII.— Au même.
Je suis fort content de notre écolier; il est doux comme un agneau. Je le menai lundi matin à la ville avec moi , et lui dis qu'à cause de lui je voulois aller à pied, à la charge qu'il apprendroit quelque chose de moi. Quand nous fûmes à l'horloge du Palais, je lui demandai s'il savoit bien les deux vers latins qui sont au-dessus de.cette horloge ; il me dit qu'il y voyoit bien de l'écriture , mais qu'il ne la pouvoit lire ; je le lui dis, à la charge que dès qu'il seroit au logis, il le mettrolt dans son cahier.
Machina quœ bis sex tam juste dividil hora*, Jttsiiiiam sercare monei , iegesque tueri.
A KAt.CONET. H5
Je lui (lis qu'a u-dessti.*^ de la porte de l'Arseiinl, il y nvoit deux autres vers qu*il fâlloit pareillement savoir:
Ailhna hfec Henrico Vnlcania tel a minUtral, Tela gigantœos dcbellatura furorcf.
Jean Passerai, professeur du roi, qui mourut Tan 1602 fort vieux et aveugle , est auteur de ces deux distiques. Je lui lis encore que dans les j«^suites au collège de Clermont, il y avoit un autre !)eau vers sous leur cadran, qu'il fîdloit retenir et nitHliter :
f/7 I u<pi* , fie vita flnU uum ftare vtdetnv r.
Ile même jour je le menai à Cormeille ; je le fis partir une heure avant moi , avec un écolier en médecine; je les atteil^nis près d'Argenteuil, où nous goûtâmes, et fûmes souper à (>>rmeille, c'est-à-dire une lieue par-delà , dans notre belle maison ; le lendemain mardi nous revînmes à Paris ; le mercredi, je le menai quand et moi à la porte de Paris, y voir une exécution criminelle d'un voleur qui y fut roue; on nous donna une chambre, de la fenêtre de laquelle il vit toute la cérémonie de ce mystère de défaire les hommes pour leurs crimes. Ce ne fut pas sans lui exagérer le malheur des méchants , qui se résolvent à voler et tuer pour avoir de l'argent, à faire des débauches et à jouer.
I>e roi est encore à Poitiers. L'entrevue ne s*est point encore faite des deux ministres ; M. de Lionne ne fait qu'aller et venir pour la bien disposer ; néanmoins on croit qu'elle se fera bientôt. Il y a du bruit en Angleterre ; deux villes se sont révoltées contre les ordres du parlement , dont Tune s'appelle Bristol. Les François, Hollandois et Anglois traitent d'un grand accord entre les Suédois et Danois, et les veulent obliger de s'en tenir là.
,1 J'ai cherché iriiil île ment Pjiuleur de ce maçtùfiqae \ers, qui peiul le cour» de la r\e htiniaine avec lanl dVnertrie el de vérité. [W. P.; III. 10
H6 LETTRES m (iUl PaTI.V
l^s ciirabinsdu père Ignare sont ici inallraités pur les curés (le Paris, lesquels ont iRit imprimer ici plusieurs écrits, et entre autres le 8 el le î), qui sont forts , et qme deducunt istos socios nd metnm non loqni : aussi feroient-ils mieux de se taire , car tout ce qu'ils ont produit pour la défense de leur A])ologie pour les cnsuistes ne vaut pas le papier qu*ilsyont brouillé: il n'y a point d'honneur de se mêler de défendre une si mauvaise cause, tant d'ordures, tant de fourberies, tant d'impiétés. Je m'étonne comment ces bons pères n'ont point plus de honte, vu qu'ils sont si lînsetsirusés,que l'évéquedeBelley^quiéloit un esprit incomparable , disoit qu'ils étoient logés au cap de fine teiTœ, c'est-à-dire les fins de terre.
On parle ici d'un nouveau casuiste loyolitique» nommé Tamburin , imprimé , à ce qu'on dit , en Italie , en Allemagne et à f.yon , chez MM. Huguetan et Ravaud : je voudrois bien en avoir un de ceux-là en blanc; je vous prie de leur dire que c'est pour moi , et que je le veux acheter.
Je me souviens toujours de ce que vous m'avez écrit touchant M. Barbier, maison n'a encore rien fait qui vaille sur le sujet de la paix ; il n'y a encore qu'un moine minime , nommé le père d'Ormesson , qui a fait un livret sur la paix à venir ; mais ce ne sont que des cadeaux de moinerie. On dit que M. le 'maréchal de Grammont ira en Espagne quérir la nouvelle reine. Il y a ici quantité de prisonniers, voleurs el assassins , desquels le procès criminel est sur le bureau. Jamais les héritiers de Jean-Guillaume n'ont eu moyen de tant gagner : on ne fait que pendre et rompre. M. Chanlate, après s'être reposé environ trois semaines, m'a envoyé quérir; il me semble Tort mal : laborat siti inexhamta , anorexia , et opopnixia, diarrhœn serosn fœtidimma, fehre lenta, cum dolore ad lûrumque hypochondriorum. Vous lui avez dit tant de bien de moi, qu'il croit que je le guérirai ou que je suis obligé de le guérir, sicque invidendis tuis laudibus atque prwconiis , me non tam omasti , quant onerasti et gravmti ; car de le guérir, hic hbor, Imr opm est , cela est bien dilficile; il est presque ar>eablé
A FALCONKT. 14/
de fâcheux symptômes qui le menacent pour l'automne prochain , per quœ metuo ne fiât libitinœ qnœslus neerbœ ; imprimU me terrent ingens illa sitis et summum fastidium , f/uortim causœ mtU potentis$imœ ac veAentissimœ in corpore effœto , eum visoeribus intetnpei'atis , maie tnoratts , et a marasmo non procul re^ moti$ : quiffUB singularis gradibm itur ad requiem sempitemam. Il y a ici un libraire allemand qui a plusieurs livres. Il y en a même de Sébizius, mais ils ne sont pas nouveaux; il m'a dit qu'il y en a un in-quarto, mais qui n'étoit point achevé lorsqu'il partit de Francfort ; je pense que c'est ce Manunie fnedicù-praticwn^ qui peut bien maintenant être achevé, vu qu'il y a plus de six mois qu'il est sous la presse, à ce que m eo a mandé l'auteur même. Si M. Fourmi en a écrit de Strasbourg, il vous en pourra dire plus de nouvelles que pas un.
L'entrevue des deux ministres de France et d'Espagne ne se fera ni en France ni en Espagne, mais dans une lie de la rivière de Bidassoa , qui est entre deux ; cependant don Louis de Haro a fait de grands honneurs à M. de Lionne. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
DeParb,le1S août 16.9.
LETTRE CCCCLXXXIV. -^ Au même.
Tu 4le II06 anciens docteurs , Guillaume Duval, disoit que pour aller en paradis, il falloit devenir Normand et se dédire de ses péchés : aussi faut-il que je me dédise , car madame de Beauvais n'est pas morte comme je vous l'avois écrit, elle a seulement été bien malade à Xaintes. Le roi est encore à Bord«»aox. On tient la paix et le mariage conclus , et que l'entrevue <lesdeux ministres d'Élat des couronnes ne continue que pour les intérêts des alliés. M. le maréchal de Grammont est parti pour aller en E^^pagne. Il entrera à petit bruit dans Ma-
M8 I.F.TTHKS DR «Ct PATIN
(Irid , mais il en sorlira fort leste et avec grand train qnnnd il emmènera la reine.
M. Gras dira tout ce qu'il voudra , mais je n*ai ouï parler de lui à personne. Je pense qu'il ne réformera non plus notre médecine que l'état politique de TEurope.
Ne vous fiez à rien de ce qu'on dit d'Angleterre , tout est Taux. Le roi d'Angleterre n'y est point ; il est encore en Brabant. On ne rentre pas sitôt dans un royaume lorsqu'on en a été citasse, principalement quand il est environné de la mer. Ils ont coupé la tête au père; s'ils peuvent attraper le fils, ils le pendront à un arbre. Cette nation est cruelle , et puis ils <loivent faire leur profit d'un ancien proverbe qui dit que c'est être fou de laisser vivre les enfants après avoir tué le père. Je suis , etc.
!)e Paris, le 1.1 spplembre 1059.
LKTTKK CCCCLXXXV.--y4t/ Wmr
Un courrier extraordinaire vient d'arriver , il a apporté l'entière conclusion de la paix; tout est arrêté pour le mariage, et la reine nouvelle sera en France le 24 d'octobre prochain. On achève en Hollande une belle édition de notre auteur François Rabelais. C'étoit un homme qui se moquoit de tout ; en vérité, il y a bien des choses dont on doit raisonnablement se moquer. Si l'on y prend garde de bien près, elles sont presque toutes remplies de vanité, d'imposture et d'igiio* rance : ceux qui sontun peu philosophes ne doivent-ils pas s'en moquer? Il est certain que l'armée du roi d'Angleterre a été battue par Lambert, quoique celui-ci n'eût que six mille hommes et le roi (quatorze mille. Il y a deux cent soixantiv douze officiei*s prisonniers. Notre ambassadeur en Angleterre, M. de Bordeaux , a eu charge du roi «railer .saluer la ii*-
|mblit|iitià Loiiilres, ce (ju'il a fait; ceux du piirli de Croniwell eu ont été fort réjouis.
Les partisans disent ici que messieurs du parleiuenl sont bien fâchés de la paix , qu*on n'aura plus besoin d eux , et <|u on ue leur donnera plus de pension ; d'autres disent qne ce sont les partisans qui en sont bien marris, à cause qu'ils ue seront plus admis à offrir de l'argent pour avoir des arrêts du conseil qui écorchent le peuple. Voici des vers qui cou reiit contre messieurs du parlement , desquels on fait auteur M. Gaumin, doyen des maîtres des rec|uétes, qui fut jadis lieutenant criminel à Moulins, et est cousin de M. de Lorme (I), le grand médecin des bains de Bourbonne. Ce M. Gaumin est fort savant en grec et en latin et dans les langues orientales , et ennemi du parlement. V^oici les vers :
fur ta cur paccm populis cupitnlibm horrtl ,
Regnantique togœ cur mdu^nda quies ?
An fracti violasse puiUl consorlia regni ,
Juliadœ pactum nec meminisst caput?
Quo! bello meruere , timent in pace futur i
Maxima supptici, pars soUl esse timor.
Madame la maréchale de Guébriau est morte à Périgueux ; elle n'a été malade que treize heures , et est morte sans confession : elle étoit le partisan de ce pays-là , elle y est fort maudite. Il court ici en cachette un manifeste pour le Portugal y par lequel on prouve que la France ne doit point abandonner ce royaume à l'Espagnol, vu l'accord qu'ils ont fait avec nous y signé de la main du cardinal de Richelieu. On attend un courrier d'Espagne qui doit venir prendre le nôtre, pour aller ensemble à Rome demander dispense, pour le roi, d'épouser l'infante d'Espagne, sa cousine.
Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Parus, le 9 septembre ltt5U.
'1) Voyrz la noie tome il, pa{;e 3U8.
î*)0 I.KTTUÏS DE r.ïll PATIN