I.ETIRK CCCCLXXXVl. - Au mhne
Le parlement d'Angleterre fait le procès aux prisonniers qui tenoient le parti du roi , et entre autres à deux qui étoient les principaux dans ce remuement.
M. Bitaut de Chisé , jadis conseiller de la cour et grand frondeur, est mort en Anjou, et M. Brachet, qui étoitune des créatures du cardinal Mazarin , est mort à Cazal.
La nuit passée, le feu a été près des Augustins, chez un conseiller de la i our, nommé Colombel ; son étude y a été brûlée, tousses livres et ses papiers. II a autrefois été docteur en droit; il dit qu'il a été lui seul dans son étude , et ne s'en prend qu'à lui-même, mais qu'il ne sait comment cela s'est fait. On dit que les entrevues ne sont point encore finies , et même qu'elles ne finiront pas sitôt ; qu'il y a d'autres affaires à quoi on ne pense point; quelques uns disent que c'est que les Espagnols ne veulent point abandonner le prince de Condé, et qu'ils désirent pour lui bien des avantages qu'on ne lui veut pas accorder ; d'autres disent que c'est pour les affaires d'Angleterre , et même que le roi d'Angleterre s'est travesti pour se rendre au lieu de l'entrevue. On en dit encore un plus fin, c'est que les deux rois veulent agir, conjunctis viribus, contre les Hollandois, et qu'ils veulent reconquérir la Hollande et étouffer la liberté de cette république naissante (cela pourroit bien être) ; d'autres croient que c'est pour aider aux Vénitiens contre le Grand-Turc, pour faire quelque mémorable expédition sur la mer Méditerranée, prendre les Dardanelles et le chasser de Constantinople; il n'y a pas d'apparence à ce dernier. Nous ne sommes pas assez gens de bien pour avoir de si nobles pensées, et talis sapientia apud nos non habitat D'autres disent que c'est pour ruiner les huguenots, et que le pape y pousse fort. Je ne douté nullement de lui ni de sa bonne volonté : rni}it enim Jupiter iste Capifolinm omnibus et in omnibm dnminari. D'autres prétendent que c'est
k FALGONKT. lîll
pour abattre les jansénistes, ferroet flmnina : les carabins du père Ignace n'y oublieront pas le pouce. Qu'en dites-vous , monsieur? ne voilà pas de belles spéculations politiques sur les affaires de Tétat du temps présent? Chacun y veut avoir sa part.
Je viens de rencontrer un conseiller de la eour qui m'a dit que le mariage du roi est reculé, que Ton dit qu'il ne se fera qu'au mois de mai prochain, et que la cour ne reviendra point à Paris devant ce temps-là. Quelques uns, dit-il, ont mauvaise opinion du tout , vu que H. le maréchal de Grammont , qui devoit partir le 1 2 de ce mois pour aller en Espagne y de mander l'infante et l'amener en France , est contremandé (i).
Je vous remercie de la peine que vous avez prise de m'acheter Tamburinus in Decalogu/n , chez MM. Huguetan et Ravaud ; je vous tiendrai compte des cent sous qu'en avez donnés pour moi, et je remercierai M. Huguetan de son Ând. Argolus. Je pense qu'après la foire de Francfort, laquelle tient à présent, nous aurons des nouvelles du S^ferulum medico-practicwn de M. Sebizius.
On dit que les conférences des deux ministres dureront jusqu'à la fin du mois, et que le roi passera l'hiver en Languedoc ou en Guyenne; que Ton apprête ici des habits pour envoyer à la cour, et que le roi ne veut point revenir que tout ne soit conclu.
1^ paix entre les deux rois du Nord n'est pas faite. Le roi de Suède ne veut entendre ni raisons ni propositions, pas même celles qui lui sont proposées par ceux de son parti ; il a me* nacé les Anglois de les aller attaquer, et de rétablir leur roi malgré eux ; il a même querellé les Hollandois , qui s'offroient de traiter avec lui de la paix avec le roi de Danemark , et les
\) On voit a>cc quel eiupresseineut , quel \if inlérél était accueilli le grand fail du mariage de Louis XIV avec Tinfante d'Espagne. Cet évènemeiit , outre le rétablissement de la paix , préparoit , en eflct , l*«nion de la France et de l'Espagne , (fui eut dans la suite une ai grande influence sur la politique de TEurepe. f R. P.)
152 I.KTTMK> DE «in PATIX
a appelés croque - fHÙvr^ ^ à cause qu'ils Ibnt Iralic de celte drogue par leur navigation aux Indes orientales (ils n'ont plus que faire aux Indes occidentales, car les Portugais les ont chassés).
Le feu roi de Suède, et celui-ci même, ont souvent dit qu'ils avoient envie de ruiner ces glorieux Hollanduis, ces nouveaux républicains, ces marchands qui faisoient les rois; et il y a longtemps que les rois de Suède sont ennemis des HoUandois. Pour le poivre, il y a longtemps que le Buchanan s'est moqué du roi de Portugal , queni vocat Polyotiimum , sed rex aie toi tiominibus mngnis si desit piperaria tabeima , versHram faciet , veA esuriet. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
Dr Partit, le i9 septembre 1G59. ^
LEITHK CCCCLXXXVll. — Au mèmr.
Je vous écrivis le 5 septembre; mais je vous dirai que depuis ce temps-là on débite à Paris la conclusion de la paix et du mariage du roi , et que notre nouvelle reine sera bienfr)t en France. Le roi a envoyé en Espagne un jeune seigneur fort bien fait, qui est le marquis de Vardes , capitaine des Cenl- Suisses, pour y saluer de sa part la nouvelle reine. Ce marquis est tils de la feue comtesse de Moret, mère du comte de Moret, bâtard de Henri IV, qui fut tué proche deCasteInaudari , lorsque M. de Montmorency fut pris en Languedoc en 163-2. Cette comtesse est célèbre dans V Euphot^mian de Barclav sous le nom de Casina, C'est à l'endroit où elle fut mariée au comte de Cesi-Sancy, qui depuis fut envoyé ambassa- <leur à Constanlinople , et là se voit la description d'un contrat de mariage d'un honmiequi veut bien être cocu, c|ui promet et s'oblige à le souffrir. Environ l'an 1618, elle so remaria au marquis de Vardes , fils du bonhomme gouver-
jieur (lcliiClia{M;lle, et père de celui-ci, qui est allé en K.spagne.
Il est venu des nc^ivelles que la maréchale de Guébrian est morte à la suite de la cour. Elle étoit tante du marquis de Vardes et n'a jamais eu d'enfants. Je pense que la succession eu est bonne. Elle est morte en quatre joui*s et sans confession. On peut dire d'elle ce que dit Erasme, en raillant , d'un cordelîer qui mourut subitement: abiit sine crtœe^ sineluce , shte Deo, On dit qu'elle devoit beaucoup, mais en récompense la reine lui doit 40,000 pistoles qu'elle lui prétadurant le siège de Paris.
Je viens d'apprendre qu'un Anglois a écrit contre la politique de M. Hobbes, et qu'il y a ici un livre nouveau de la 6Vuéraiion des plantes d'un auteur anglois. Notre siècle est fertile en méchants , en fous et en esprits remuants. Nous avons ici un de nos jeunes docteurs, nommé Nie. Liénard, un peu plus savant que son père, qui n'a jamais été bien sage. Ce Liénard fait imprimer un petit livre en françois : Dissertatiwi sur la cause de la purgation , où, rejetant toutes les opinions des anciens et des modernes, il tâche de nous en per$uad<>r une nouvelle , qu'il tire , à ce qu'on dit , des spéculations physi(|ues de R. Descartes. Je ne sais pas ce que ce jeune homme obtiendra par son livre; mais je sais qu'il est bien glorieux , ri qu'il a bien plus de vanité que de science. La terre est le tlu'àtre des fous , aussi bien que des sages et de ceux ((ui le croient être. Nous avons à la cour deux médecins fortsuperbes. Valol est le premier, qui fait tout ce qu'il peut pour attraper de l'argent , et se remplumer de la grosse somme qu'il a donnéi> pour être premier médecin. L'autre est M. Seguin , près de la reine, qui crève d'avarice aussi bien que de richesse ; il ebt néanmoins veuf et n'a qu'un fUs. Il a attrapé uneabbaye; il cherche un évéclié, et court après un marchand qui veuille »( heter de lui sa charge de médecin de la reine (l).
^i' Voyei ce qu'il dit de celle abbaye , obtenue pro pr<Êmio tactlurnililis ( lome II , |>. 351 \ . R. 1*. )
U}i (.kTI'KES l»K lin PATIN
Vous avez toutes mes thèses, puisque vous avez les trois que vous m'avez nommées. H n*y a que |}eux quodlibétaires et une cardinale. L'an 16^27, je présidai à M. G. Joudouyn, de Furore uterino , à cause que vers ce temps-là j'en avois traité une belle fille, avec laquelle sa mère eût bien voulu me marier; mais je ne songeois alors qu'à étudier. Je m'occupois tellement avec mes livres, dont j'en achetois presque tous les jours quelque nouveau, que j'y passois le jour et la nuit, mais ces veilles incommodèrent si fort ma santé, que, pour la rétablir, il me fallut presque quitter entièrement l'étude. C'est une des obligations que j'ai à la médecine , sans le siv cours de laquelle je me serois infailliblement tué pour être trop sage, mais trop déréglé dans l'envie que j'a vois d'apprendre (1). Je suis, etc.
De Paris, le 19 septembre 1659.
LETTKE CCCCLXXXVIll. — Au mémp.
Je vous remercie de la vôtre du 29 septembre , que M. Troisdames me vient d'envoyer (ce 4 octobre). Je n'ai pas encore vu l'Hygiène de M. Gontier. Je pense que M. Esprit André est guéri; on n'en dit rien ici. Pour des Fougerais, il commence à se lever et à regarder à sa fenêtre; je l'y vis hier comme je passois; son abcès vide toujours. Il porte une canne : hœref laferi lethalis anmdo.Lh continue l'emportera, et tandem contaàescet, il vous sera permis alors de dire : Belle âme devmt Dieu , s'il y a^oyoît (-2). Je sais bien les vers de Buchanan , il y a longtemps : Aow ego Romulea , etc. , et même il y a plus de dix mois que Noël Falconet les a mis dans son cahier. J'ai
(1 ) Telle était la vie de la plupart des savants de celte époque ; î1 y avait loin de là à ces laschesd'estudes, comme dit Estienne Tasquier, qui nr» Ibiit que ramasser, butiner à leur aise et sans rien engendrer. (R. r.)
(i) Voyei la note tome 1, page 233.
aiitrefoû» su par (UKur toutes ses épigrammes, son Ftw^cittra" ituê^ et frntvei frttien^imi ; mais donnez*vou8 le plaisir de voir ceJle in Hotnam « qui commence ainsi : Hi colles , ubi nmtr r/des ruina» , et tanfnm veteris cadavr^r urbiHy etc., et qui finit ainsi : Sihil cmnpeiie^ , nisi lupercos , lupercale , lupos , /wfKis , lupatiur. Et l'autre qui est intitulée : Imago ad fteregre renienteti , relif/ionis ergo , qui cora menée :
Fare , age^ qui terra* lastrax , vaguê hospe»^ et undaf , Quid ptliê hinr? longœ qtiœ tibi cauna riœ? eir.
Virgile ne fit jamais mieux, mais il a fallu quinze siècles pour faire un poète comme Virgile.
Mon fils aîné traite la femme de l'écuver du cardinal Mazarin, au bois de Vincennes, laquelle a ét<^ fort malade, et où j'ai été deux fois en consultation ; elle étoit grosse et avoit une fièvre maligne ; enfin elle est guérie et est accouchée heureusement Comme il s'y en alloit eu carrosse hier, il vint prendre sa mère pour lui faire voir le château de Vincennes . laquelle mena quand et soi Noël Falconet; il n'avoit jamais vu cette grande maison royale. Ce matin il est allé en classe commencer sa physique , il nous promet merveilles : Dieu ^ lui fasse la grâce de bien faire.
Nous avons ici un docteur en théologie, nommé M. J. de Launoy (I], fort habile homme, et extrêmement savant dans Thistoire ecclésiastique : on disoit autrefois de lui qu'il ôtoit tous les ans un saint du paradis , et qu'il falloit que Dieu se gardât qu'enfin il ne l'en ôtàt lui-même; qui a écrit contre les chartreux , touchant cette fable d'un chanoine de Notre- Dame qui revint de l'autre monde, et qui dit : Jusfo Ihi judicio condemnatus mm, ce qui fut cause de la conversion de leur père Bruno. Sed isthœc sunt anilibus fabulis mnilUmn ; il en a encore bien écrit d'autres. Enfin ce galant homm** s'en va faire imprimer un livre dp Acndemiis, (\y\\%i^V{\ un
{1 Voyez la noie tome 1 , page iWi.
156 i.eitukn de cai ivxtin
traité bicMi curieux ci bon; car c*est un excellent hoiniiio, (|ui écrit bien et qui prouve bien son fait.
On me vient de donner des vers latins sur la paix et le mariage du roi, dont l'auteur est un bel esprit, nommé M. Ménage, natif d'Angers. Les voici adressés à la reine :
Re$pondere luis tandem pia Numina colis ^
Anna parens patriœ , principis anna parens : JUe, tuus Lodoix, hominum Divùmque voluplat^
Qui tenel inviclà GaUica gceptra manu^ Uxorem ducit 3fariam , quam regibus ortam ,
HesperiiSj flavi suspicil unda Tagi.
At lu^ lœla j face sponsis , ô pronuba juno ,
Nam meruére : hosles vindl uUrque tuos , lUu sud , ut cernis , vincit tibi Cyprida forma ,
Viribus Atcidcm vincit et ille suis.
Le traité du prince de Coudé est tout-à-fait conclu. M. le Tellier a été à Bordeaux en conférer avec M. le prince de Conti. On dit que par ce traité de paix, trois provinces et trente villes reviennent au roi. Le roi s'en va à Toulouse, où le cardinal Mazarin le viendra trouver dès que les conférences seront achevées. Il y en a qui disent que, selon que M. le maréchal de Grammont enverra des nouvelles à la cour, le roi pourra bien revenir à Paris, sauf à retourner au printemps où il faudra. On dit que l'infante, sortant d'Espagne, viendra par la Catalogne, à cause des grandes neiges qui pourroienl être cet hiver aux Pyrénées. Le roi de Suède est foit mal en ses affaires. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris , le 7 aclobrc 165U.
LLTTKK CCCCLXXXIX. — Au même,
Esprit André est le nom et le surnom ; la famille se surnomme André; Esprit éloit le nom du père, médecin de Bé-
A palconet. 157
2161*$, qui mourût à Toulouse à la poursuite d'un procès, par lequel il étoit accusé d'avoir empoisonné un malade ; ils ont retenu ce mot d*Esprit, qui est capable de faire venir de la pratique et de Targent. Toute cette famille vient du pays. do David.
H. Gras, votre collègue, a dîné aujourd'hui ( 15 octobre) céans; nous y avons bu à votre santé, et de madame Falconet. M. Troisdames le jeune est arrivé. Dieu merci; il m'a fait vos recommandations ; je lui ai fait vos excuses de ce que vous n'aviez pu le voir lorsqu'il partit de Lyon. M. Grîïs dit i que nos chirurgiens tirent trop de sang à la fois , et dit tou- 1 joui*s qu'il s'en ira bientôt.
Un conseiller me vient de dire que des lettres sont venues, par lesquelles on reconnoît que le roi ne viendra point à Pa* ris devant la Saint*Jean, à cause que son mariage est différé, bien que l'on n'en sache pas la cause; mais on parle de guerre en Allemagne , où l'on fait marcher des troupes.
Je fis hier saigner H. deBreteuil, contrôleur-général des finances, où j'appris que H. Fouquet, procureur-général et surintendant des finances , étott allé de Bordeaux à Toulouse avec le roi , et que de là il iroitvoir le cardinal Mazarin, sur la frontière où il est, et qu'il retourneroitde deçà vers la Tonssaint. On dit que l'évéque de Nantes, M. de Beauvau, autrefois maUre de chambre du cardinal de Richelieu, est fort malade en Anjou , son pays. Voilà bien des évèchés pour ceux qui s'en veulent fournir, et moyennant les conditions séculières et politiques qui sont requises en ce temps-ci. Il y en a qui disent que le roi ne sera pas longtemps à Toulouse , mais qu'il viendra passer l'hiver à Lyon, ce que je ne crois pas. Je me recommande à vos bonnes grâces , et suis de toute mon affection votre , etc.
De Parin J^ 17 octobre 1ft59.
158 LETTRES Dfi tiUI PKt\S
LKTTRR CXMXIXC — Au umne.
J'ai parlé-de la boiM sorte à votre homme. Il a promis tout ce que j'ai voulu et a eu peur de votre colère : ainsi elle a été bonne à quelque chose. Néanmoins, un ancien a dit que cette passion n'étoit bonne qu'atout gâter, et qu'un jour Minerve, quoiqu'elle fût la reine des sciences et la déesse du bien^lire, s'étant miseen colère, fit un solécisme. Pour cet autre homme dont vous me parlez, c'est un stoïque refmgné, un homme tout particulier et tout mystère : totus $uijuris , totus povoTpcni;. Je ne l'ai point vu depuis, mais je ne crois pas qu'il soit encore parti de Paris. Pour la fréquente saignée qui se fait ici , il n'a que faire de s'en prendre à nous; nous ne sommes pas la cause des maux qui se font dans le monde; nous ne saurions faire autrement. C'est la débauche qui est universelle , et la trop bonne chère qu'on fait qui nous y oblige. Nous ne saignons point par coutume, mais par nécessité, par régie et par indication. Les prétendus réformateurs et législateurs se plaignent toujours, et n'avancent rien pour cela. Ce n'est pas grand'chose de dire à un homme qu'il n'est pas dans le bon chemin ; il faut lui montrer quel chemin il doit tenir. Quelques étrangers blâment nos fréquentes saignées , qui n'en savent ni la cause ni le fruit, non pas même la nécessité. Si nous saignons trop, qu'ils nous donnent le moyen de nous abstenir, et nous disent quel autre remède peut être mis en usage au Heu de la saignée. Vous aurez bientôt le livre de M. de Gorris,qui vous en entretiendra, et en attendant laissons parler les raalcontents. Dieu laisse bien vivre les tyrans, les usuriers et les jureurs de son saint nom.
Je baise très humblement les mains à notrecher ami M. S*^**, très bon personnage, ôlez et exceptez les intérêts de ta petite paroisse , à laquelle je ne laisse pas de me recommander. Elle vient d'être nouvellement augmentée d'un révérend père cordelier, nommé le père Belletille. natif de Provins, qui
Hvuit sept ans diirHnt enseigné la tliéologie. Voila de nus pi-édicateurs et île nos prophètes. Il dit que si Dieu Ta inspiré, ce n'est que pour le salul de son ftme, et pour le retirer de l'Egypte des moines et le délivrer de la tyrannie du cloître : c'est peut-être encore quelque autre chose qu'il n*oseroit dire |)our son honneur. Il est maintenant en Hollande. Je pense que chez eux , aussi bien que chez nous , on ne fait guère d'estime des moines défroqués. Comme ils sont souvent entr& dans le cloître par des considérations humaines , il^ en sortent aussi quelquefois de même ; mais les dernières sont souvent bien pires que les premières. Je vous baise les mnins, et suis , etc.
De Paris , te 28 octobre 1659.
LETTRE CCCCXCI. -- Au mme.
L'on parle fort ici du décri des monnaies, et principale* ment de celles d'or. Le duc de Lorraine est attendu àBlois, chez M. le duc d'Orléans; en peu de jours il a mandé de deçà le prince françois. Son pays lui est rendu sans rien excepter, mais on abat toutes les fortifications de Nancy. Le mi lord Lambert a cassé le parlement d'Angleterre ; mais il vient une armée d'Ecosse conduite par le colonel Monck, contre Lambert , pour ledit parlement
Enfin , notre saint père le pape a promis aux religieuses de la Visitation de canoniser leur fondateur, le bienheureux François de Sales, évêque de Genève; mais il leur en coûtera de bonnes nippes : Jupiter iste Capitolinus, longe callidior n( or astiitior Xurna Pompilio , ciiî tamm post multa secula successif nec infesfatiis.Tous biens sont communs, il n'y a plus rien que les moyens de les avoir. Quelle vilenie dans la chrétienté! les Turcs n'ont-ils pas de quoi se moquer de nous? Tant dépenser d'ar^^ent pour une bagatelle politique! Telles
160 I.RTTRRS DE r.lll PATIN*
sommes bien employées serviroienl h conquérir un royaume sur les infidèles. Exclamai Meliceita fieriisse frontein de rébus. Mais le masque en est levé , il n'y a plus de vergogne au monde, l'impudence est permise; ce sont les impudents qui gouvernent le monde, et cela n'est point d'aujourd'hui, quelqu'un l'a dit dans Hérodote.
On dit que les deux rois sont d'accord de signer la paix tous deux en un même jour. Il y a commission donnée à la cour pour faire exécuter le traité de paix en Italie , savoir,'de rendre aux Espagnols Mortare et Valence , et Vei*ceil à la duchesse de Savoie; Pignerol nous demeure. C'est un nommé le Gaumont qui doit aller en Italie; c'est un homme sans littérature, mais qui a bon sens et une bonne politique. 11 a du flegme assez pour faire enrager les Italiens; il est frère du célèbre avocat quia soin des affaires particulières de Mazarin. \]i\ autre a le même ordre pour la Flandre.
Plusieurs seigneurs font faire de beaux carrosses pour venir ici voir la cérémonie de l'entrée du roi , quand il amènera sa femme, l'infante d'Espagne. On dit que le prince de Condé .sera bientôt ici. On a imprimé en Hollande un livret intitulé: Traité politique , etc, , que tuer un tyran n'est ^jas un metaire. On dit qu'il est traduit de l'anglois; mais le livre a premièrement été fait en françois, par un gentilhomme de Nevers, nommé M de Marigni (1) , qui est un bel esprit. Cette doctrine est bien dangereuse, et il seroit plus à propos de n'en rien écrire. Je n'aime point qu'on fasse tant de livres, rf^iwi^ii^, par la même raison ; j'ai toujours en vue le bien public , je n'aime point ceux qui y contreviennent. Nous avons fait hier une
(I) A. A. liarbîer ( Dictionnaire dei anvragei anonymei et pteudonymes , l. HI , p. 363 ) démontre que Gui Patin est dans Terreur, et que Marigni est tout au plus le traducteur. L^ouvrage original est dirigé contre Olivier Crom^vell, et est intitulé : KiWng no Murder.etr, , l>y Wilf. Allen , 1657, in-i. Et il est reconnu aujourd'hui que le nom d'Af.LFN e^t un p^ieiidonyme dont se couvrir le colonel
SlLASTlTlH. R. P.^
A FALCOiNBT. \Q\
consultation pour un Lyonnois, M. Raînssant et moi : c*est pour un procureur de Lyon , nomnié Tevenet ; M. de Rhodes 410U8 en a fait le récit sur l*écrit de M. son père , et nous avons conclu que c'étoit une hydropisie, raéme mortelle, étant jointe à un asthme et à quarante-neuf ans, où il n'y a plus d'effort à espérer de la chaleur naturelle. Cette sorte d'hydropisie ascite n'a plus d'espérance quand elle vient d'avoir bu son vin tout pur, et les Grecs disoient en ce caslà, toOtô c9ffcv àyc7>irf7oy X7i ovcarov. C'csi à VOUS d'en décider. Je suis de tout mon cœur votre , etc.
De Parâ, 1« 21 nofembre 1059.
LETTRE CCCCXCIL — Au même,
le vous puis donner pour la présente une fidèle dé|)o$ition de notre constance dans le chemin de la vertu ; Dieu veuille que ce soit pour toujours. M. votre frère vint hier céans y ' voir son neveu , qui lui dit qu'il attendoit réponse de vous.
On fait ici le procès à un des chefs des Sabotiers, nommé M. de Bonoesson , gentilhomme du pays de Beauce ; il a été conduit de la Bastille au grand conseil , qui a charge de lui faire son procès, mais ils n'en peuvent venir à bout. Il ne parle point, il demande son renvoi à la chambre de l'édit, parce qu'il est huguenot , et n'a rien voulu répondre aux demandes et questions qu'on lui a faites. Comme il avoit été conduit avec une escorte de 3C0 hommes de la Bastille au grand conseil , il y a de même été ramené ; il a présenté requête au parlement pour obtenir son renvoi. Hier furent faites au parlement les harangues d'entrée, par MM. le premier président et l'avocatgénéral, savoir, MM. de Lamoignon et Talon; on dit que tous deux ont bien fait sur la paix, et en louant hautement ceux qui vont travaillé, mais que M. Taton a été trop Kmg.
Ml. 1 1
162 LCTtlifiS M OUI PATIN
Le carriiiml Mneariii doil nrrivor aujourd'liui h Toulouse; •I a passé parDax ( TMéclié du père le Bouts), où il s*estl>aigtié clans Im eaux chaudes qui sont en ce pays-Ift. Gela peutil guérir la pierre, la goutte et les hémorrholdes? Je ne sais comment on peut TiTre, ni ce qu*il faut faire en ce siècle perfers , extravagant et fantasque , je ne vois plus do régie nulle pari.
Je traite ici un Normand qui vient d'Angleterre, fort huguenot et fort royaliste , qui déplore les malheurs de ce payslà , et la mauvaise fortune de ce roi prétendu et prétendant. On imprime en Hollande un beau livre fort savant et fort curieux , de M. Samuel Bochart, ministre de Caen, qui a cidevant fait le Phaleg et le Chanaan; cet autre sera, do Animantibus Sacrœ Scripturœ ^ il y aura deux volumes in-folio. Joseph Scaliger disoit qu'il y avoit bien des choses en la Sainte Ecriture que personne ne savoit , et entre autres de certains bois, oiseaux et poissons : c'est pourquoi il avoit écrit un certain livre , de /nêoltêbilibus Sacrœ Scripiurœ , qu'il aima mieux brûler que le donner à M. le président de Thou, ce qu'il fit en dépit des jésuites , quil aimoit autant que les juifs font Jésus-Christ. Il avoit aussi écrit une géographie de la Sainte-Ecriture, laquelle fut pareillement brûlée. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le 25 novembre 1659.
Vous serez bien aise d'apprendre que M. votre fils a beaucoup profité de vos lettres , car il se lève matin et emploie bien son temps ; celui même qu'il pourroit donner à son divertissement est souvent employé à lire des Borboniana» Gro- TiANA et NAUDEAiNà. 11 rît sous capc quand il trouve quelque chose à son gré , et cela lui arrive souvent. Aussi ces manuscrits prennent les gens par le nez, et les empêchent de devenir de grands sots; cela me réjouit.
A FALGONRT. l63
LETTRE CCCCXCIII. — Au m^iiP,
Nous savons bien de deçà que le Mazarin est arrivé à Touloijse,etque le pape a fait une nouvelle création de deux cardinaux , dont l'un est son confesseur, jésuite , Sforza Pala^ vidn , que ses confrères prêchent comme très habile et très savant personnage ; néanmoins c'est lui qui a entrepris (par on livre imprimé en Italie, qu'un autre père de la société oiet en latin) de réfuter le plus beau livre d'histoire qui ait été fait depuis plus de mille ans, qui est VHiêtoire du concile de 7 rente, par fra Paolo Sarpi, premièrement fait en italien, puis tourné en anglois, en allemand, en latin et en fraxiçois. La certitude et la vérité de celui-ci sont appuyées sur les relations des ambassadeurs que la sérénissime république de Venise entretenoit en ce concile. Il faut être loyolite pour entre* prendre un tel ouvrage ; car il faut menlir hardiment et être impadoit jusqu'au bout. J*ai envie de rire, lorsque je vois un pape donner un bonnet de cardinal à un jésuite, son confesseur, dataitm iudunt , et agunt ex compacta. C'est ce qui me fait souvenir de ce qu'a dit quelque part le bon Augerius Gislerîus Busbeqoius in Legationis Turcicœ Epigtoiœ IV , que le grand Turc envoie quelquefois prier son muphti, qui est le pape de la Turquie, d'aller souper avec lui pour s'enivrer ensemble, disant qu'il ne fait rien C()ntre la loi de son prophète Mahomet de boire du vin , ni de s'enivrer, pourvu que cet animal de muphti y soit (car autrement ce seroit un grand péché à lui), comme les canonistes d'Italie disent que /jirtnenie Domino papa non fit timom'a. Enfin ce sont les rusés et les impudents qui gouvernent le monde ^ les gens de bien sont menés par le nez , decipiuntur specie recti : heureux qui met en Dieu son espérance , et qui ne voit rien de tout le désordre qui est en la nature, mais notre mal est plus cer« tain que n'est la goutte dans Topinion de Fernel. A capite finit omne maium. Au moins si les princes s'aniendoîent! s'ils se
164 LETTRES DE C.Ul PATIN
vouloieiit retonir, et se souvenir que leurs pauvres sujets sont chrétiens! noaisils n*ont garde, cela leurcoûteroit trop. Ou dit que ce jésuite, Palavicin, ne s*est autrefois fait jésuite que par dépit, regret de ne pouvoir devenir cardinal; enfin il l^est devenu, imaginatio tandem genuit casum. C'est que père Ignace a plus de crédit à Rome que l'argent même, qui gouverne pourtant tout le reste du monde. Le pape, qui fait son confesseur cardinal , ressemble à de certaines bigotes qui sont ici ; elles font aller leur mari à pied pour mener avec elles aux champs leur confesseur en carrosse; et si les pieds font mal à ce pauvre mari , il est quitte pour dire :
Tantum religio potuit êuadere malorum.
Mais que ferions-nous à tout cela? Qumndiu hommes ertmt , tamdin er/we« videbuntur,
N'avez-vous point de nouvelles du livre nouveau de H. Sebizius, Spectdum medico-practicuim? Il y a ici un jeune médecin allemand, uommé M. Wepfer (l), qui a été son écolier, qui dit qu'il est achevé et Ta vu. On va faire mourir en Grève un grand garçon d'Anjou , laquais, qui a blessé son maître en le voulant tuer, parce qu'il lui avoit donné un soufflet. Ce maître est M. Gallard de Poinville, maître des requêtes, frère d'un président de la chambre des comptes, et frère de madame la présidente de Novion. Le laquais sera rompu.
M. Fouquet, surintendant des finances, a été appelé à la cour pour quelque chose que M. Hervart avoit dit contre lui , et eût été en danger de perdre sa surintendance» s'il n'eût paré le coup; et, dit-on, en donnant 50,000 écus au cardinal, comme un présent de bagatelle, il revient bien établi. On cherche de nouveaux moyens de faire de l'argent; le roi révoque toutes ses fermes, et il se fera de nouvelles enchères pour le commencement du printemps prochain.
(i) Voyes tome II , pagea 488 et 189.
A KAIXO.MiT. 165
Un dil que le HIs du roi d'Espagne a viuglMX mois, mais qu*il est fort malsain , qu'il ne peut vivre longtemps ; qu'il a déjîi deux cautères, et que s'il mouroît, cela pourroit empêcher le mariage du roi, joint à cela que la reine d'Espagne n'est point grosse.
On a fait ici une épigranmie françoise sur le mariage et la paix y qui a bien couru le monde : outre qu'dle n'est pas trop bien faite, c'est qu'elle est- remplie d'obscénités qui font peur aux honnêtes gens ; ainsi dispensez-moi de vous l'envoyer. Je consens néanmoins de vous envoyer ce distique latin qui a sa gentillesse.
Nescius hie veniœ , vindiclœ nescius iste ; Hie pacem nobis abslulil , ille dédit.
Il y a apparence qu'on y décrit les deux cardinaux Kiclielieu et Mazarin. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 3 décembre 1059.
LETTRE CCCCXCIV. - Au même.
Je vous remercie de l'attestation de messieurs de Montpellier, touchant le séné deSeide , qui , à la vérité, n'est pas si bon que celui d'Alexandrie , foliis actUis; ce dernier doit être BpfeléSena Arabica, quœ collecta deferiw*Alexandriani jfigyptt, indequea variistnercatarUmsasswnptay devekiturByzantiutn, Venetioi, Mas$iliam et alias urbes atque prwincias ; altéra est sena Sidoma vel Syriaca (sed est corruptuin voeabulum ) , foliis ro^ lundis y obtusis, non acwninatis; ce dernier nest pas si bon, mais néanmoins la teinture en est plus belle. Le bon séné est aujourd'hui bien cher, et les Turcs nous obligeront d'en faire semer dans les régions les plus chaudes de l'Amérique. Pour votre pancarte de Montpellier, je vous la garderai bien , ou ju vous la renverrai quand il vous plaira.
Je ne vois ni n'entends parler de M. Gras; s'il a tant d'emploi , je pense que c'est à son quartier ou chez des gens de sa religion ; mais prenez garde quand vous parlez de lui à M. Spon : n'est-il pas son bon et intime ami? Pour vos sta* tuts, j'en parlerai quand il vous plaira à M. la premier prési* dent , faites-moi délivrer par votre procureur un placet pour lui , tel que vous le voudrez; mais je voudrois bien que cela se pût faire quand j'y vais souper , car alors je l'entretiens à mon aise. Il me dit la semaine passée, dès qu'il me vit : «Setgneur Dieu! on ne peut vous avoir qu'à grand'peine , monsieur Patin; j'ai donné ordre que nous serons aujourd'hui tout seuls ; Af. Patin vaut bien une audience particulière , il y a près de quatre mois que nous ne tious sommes vus; c'étoit à cause des vacances. En cet entretien particulier, que je le tiens tout seul, je lui dis tout ce que je veux, mais il ne m'accorde point toujours tout ce que je demande; car on m'a quelque fois baillé à lui demander des choses injustes ou impossibles , qui sont deux choses qu'Aristote a dit qu'il ne feut jamais demander à son ami. Quoi qu'il en soit, il ne tiendra pas à mo^ que vous n'obteniez pour votre collège tout ce que vous désirez , et je le ferai de grand cœur à cause de vous , et même pour le public, afin qu'on n'admette point dans les bonnes villes à faire la médecine, illotis manibus, tant de jeunes gens qui viennent des universités plus légers qu'ils n'y éloient allés , vu qu'ils y ont laissé leur argent , et n'y ont rien acquis le plus souvent de solide.
Basset est bien heureux de n'avoir point été pendu ; gare que ce ne soit pour une autre fois; le premier péché de l'homme est Instqterbe. Je vous prie de m'envoyer VAlnumaeh de Meyssonier. Vous aurez l'arrêt contre les chirurgiens avec le livre de M. de Gorris. Je pense que la semaine prochaine on commencera à plaider contre les chirurgiens. Pour le fond de l'affaire, ils sont entre eux en grand désordre, ne sachant oomment sortir de leur méchante afiatre, puisqu'ils voient bien qu'ils perdront. 0 les ingrats! nous en viendrons
à bout d*UDe façon ou d'uuira. Je vous baise les maius y et suis de tout mou cœur votre, etc.
LETTRE CCCCXCV. — Au même.
Le procureur de Lyon s'est mal trouvé d'avoir négligé la saignée lorsque vous la loi ordonnâtes. Galien même Ta ordonnée eu ce cas-là , de peur de suffocation. 11 fit mal de se fier au vin d'absinthe, qui n'est pas un remède, du moins qui n'a point grand effet. Cet homme avoit le foie et les pou> roons ruinés d'avoir bu du vin pur. L'hydropisie qui vient d'une telle cause est incurable, et l'évéAemeoten est infailli^i ble , à cause de la ruine du tempérament , que produisent xptM- &prii xai oivofkuyir», Gesont lesdcuxmots d'Hippœrate, dont le dernier signifie le trop boire. 11 est mort de trois maladies, hydropisiedu foie, bydropisie du poumon et asthme, à quoi on peut aussi ajouter une corruption et diapbtbore de la sul^stance du poumon.
Le jeune de Sordes est un bon garçon qui ne brouillei*a ja* mais guère l'État par sa malice. Il est simple et rougeaud, de la nature de ceux qui sont appelés dans Galien èÇcpuOpoi, aux* quels le sang dessèche dans le cerveau , cause une obstruction, et produit une pesanteur et grossièreté d'esprit, les esprits n'ayant pas bien leur chemin libre. Galien remarque que tels gens, sur le déclin de leur âge , tombent en une folie mélancolique, et qu'ils deviennent fous ou ineocents après l'âge de quaraute-cinq ans. L'on appelle cela ici tomber en démence, ce que j'ai assez souvent remarqué. Les bilieux ne sont point sujets à ce mal-lè , parce que la bile est comme le correctif du sang. Les sauces ne sont pas bonnes si elles n'ont ((uelque chose qui relève le goùL Je viens de voir une grande ordoiiuauce de Valot , où il y a du sel prunelle , de la
\6^ I.BÏTKK> DK lil'l PATIN
(M'cme de lailre vitrioié , du sel de verveine cl de tamarisc dé • lavés dans l'esprit de vin. Bon Dieu ! quel monstre et quelle médecine fardée! Je suis, etc.
LETTRE GCCCXCVI. -- Au même.
On dit que M. Fouquet , surintendant des finances , sera ici le 21 décembre, HtAii prœierea affinnattdr. Hier fut pendue a la Grève une fille de vingt et un ans , laquelle a bien filé, mais elle a filé sa corde. Elle étoit grande larrounesse et grande receleuse; elle avoit eu Tan passé le fouet et la fleur de lis sur le dos , et néanmoins quelque métier qu'elle fit, elle étoit fort dévote; elle étoit de la confrérie de Notre-Dame-aux- Billettes , et étant dans la chapelle , entre les maiiîs du bourreau , elle demanda un certain carme mitigé , des Billettes , pour se confesser à lui. Le docteur de Sorbonne qui étoit là Vempécha, disant qu'il avoit seul ce droit-là (c'est un droit qui est attribué à la seule Sorbonne). Le moine n'en voulut point demeurer là ; il voulut user de force, et faire à coups de poing, mais il en fut empêché par les officiers de ce lieu , et le moine fut éconduit et mis dehors.
Tuttlum religio poluit êuadere malot-um.
Bien d'autres suivront la même cordelle, et même dit-on qu'une autre femme y passera la semaine prochaine.
On dit que les Portugais et les Hollandois' s'accordent ensemble contre le roi d'Espagne ; et que les Portugais leur don* nent plusieurs millions. On dit que les trois rois du Nord , savoir, Pologne, Danemark et Suède, avec l'électeur de Brandebourg et l'empereur, sont d'accord de traiter ensemble, et de faire une bonne paix entre eux ; qu'ils ont déjà convenu
A FAU:OMiT. lt>9
(les (lê|>ulés; qu*il ny a plus qu^à s accorder du lieu uù se pourront traiter les intérêts. MM. du grand conseil continuent à faire le procès à ce M. de Bonnesson, huguenot et petit-fils de du Plessis-Momay, gentilhomme de Beauce, qui étoit chef des Sabotiers. Quelques uns croient que ce pourra bien être pour demain , car ils en sont aux avis ; les uns disent qu'il aura la tète tranchée , les autres parlent de la roue. M. de Pomereau, maître des requêtes, est allé en Normandie, y faire raser les châteaux et les bois de quelques seigneurs qui ont été condamnés par contumace pour le même crime ; j'en ai entre autres entendu nommer deux, savoir, Dameri et Créqui de Bemière. On irattend plus ici le roi , mais seulement la publication de la paix, la diminution des impôts et le soulagement du pauvre peuple , qui sera le couronnement de tant de conférences. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
P. S, Je suis bien obligé à la bonté de M. Falconet , qui me fait tant de bien, et à mon fils Charles. Il fait ce qu'il peut pour la mériter ; il est professeur en nos écoles , et s'y preixl fort bien; il a beaucoup d'auditeurs, qui l'aiment tous à cause de sa douceur et de ses autres bonnes qualités. Il n'a qu'à bien étudier, et rien ne lui manquera; jamais peut-être il n'y a eu professeur que lui en matière si difficile , car il enseigne la pathologie, qui est, c<Hnme vous savez, la plus noble partie de la médecine.
On m'a parlé d'un livre intitulé, BiOlioiheca Sebusiana^ dont Tauteur est le savant M. de Guichenon. Mandez-m'en , s'il vous plaft, ce que vous en savez.
L'évéque de Noyon est mort, il s'appeloit de Baradas, et étoit frère d'un petit mignon de Louis XIII , que le cardinal de Richelieu lit chasser par une supercherie.
On va rompre au bout du Pont-Neuf deux insigues voleurs , dont l'un s'appelle Grand-Maison. C'est grand'pitié que la débauche! elle se termine toujours mallieureusenienl.
Dr Pari» , le ti décembre ieo9.
170 LBTTRiSâ DE tiUI PATIN
LETTRE CCCCXCVII. -^ Au même.
Samedi dernier , là de ce mois , le marquis de Boonesson a eu la tôte tranchée à la Croix du Traboir (1) ; il eai morl huguenot, et n*a jamais voulu entendre ledocteur deSorbonne , qui a voulu le convertir, afin qu'il mourût à la romaine. Il n'a point voulu éire bandé ; je penae qu'il a été vu de tout Paris , car on Ta amené de la Bastille dans une charrette fort élevée, jusqu'au lieu du supplice; il avoit un livre en ses mains , dans lequel il lisoit ; il étoit un des chefs de la conspiration des Sabotiers. Il y en a encore deux dans la Bastille ^ au procès desquels le grand conseil a charge de travailler incessamment. U étoit conduit au fupplice par 800 archers à pied et à chevaU Si la conspiration du marquis de Bonnesson eût réussi , on dit que c'eût été une horrible chose , qu'il y avoit plusieui's grands du )X)yaume qui s'y étoient engagés par promesse , et même il y en a qui disent que Gromwell avoit promis de s'y joindre, et qu'il devoit envoyer une armée à leur secours , qui eût ab(H*dé du côté de la Rochelle. Bon Dieu quelle désolation il y eût eu en France I
On fera un beau feu de joie à la Grève pour la paix, on parle de sa publication à Notre-Dame, d'un JeDewn célèbre, auquel assisteront MM. du pailement, de la chambre des comptes , de la cour des aides et de l'Hôtel-de-Ville.
Le roi ne veut )>oint sortir de Toulouse que les États^ne lui aient donné «3»5OO,O00 livres. On dit que M. le procureurgénéral s'est arrêté à Carcassonne pour une fausse couche de madame sa femme.
La première fois que j'entretiendrai M. le premier président, je lui parlerai de vos statuts ; j'entends bien votre fait, et je lui alléguerai vos raisons, qui me semblent fort bonnes. Nous aurions raison d'en faire de même ici, vu le désordre qui
J) Au bout de la rue de P Arbre-Sec.
A KALCONET. i7l
e» suit, quoi ()u'en veuille dire, au contraire, Courtaud do Honipellier en sa seconde Apologie , puisque cette facilité d*étre admis en notre compagnie raifoiblit manifestement, ei la gâtera si nous n*y mettons du remède ; mais nous avons ici» un homme qui empêche qu'on ne fasse le bien nécessaire ; patience! etc. Vous avezenaltendantlepouvoirde les examiner rigoureusement , comme toutes les autres Facultés des provinces devroient faire. En vérité , j'ai honte de voir tant de jeunes docteurs qui reviennent des universités avec des bulles apostoliques, et qui ne savent presque rien. G*est ce qui fait que je ne m*étonne point du mépris qu'on fait de notre pro^ fession en beaucoup d'endroits. Le parchemin qu'ils rapportent des universités est une marque certaine de l'argent qu'ils y ont laissé; mais la science requise à leur art, où est*ce qu'elle se trouve à vendre ?
J'ai déclaré votre volonté à Noël Falconet, qui dit qu'il va étudier pour soutenir un acte de toute la philosophie l'été prochain. Dieu lui en fasse la grâce.
Un jeune médecin qui est ici , et qui demeuroit à Strasbourg il y a trois mois, m'a dit que le nouveau Kvre de M. Sebizius étoit achevé. J'ai bien envie de le voir pour cette nouvelle méthode dans laquelle il est écrit , selon que l'auteur naéme me l'a mandé il y a plus de neuf mois. La corn* mune façon d'écrire est bonne; une méthode particulière est pourtant la meilleure , telle que celle de M. Riolan le père , et celle de HoUier, pourvu qu*on se garde de faire souvent des (auiologiea: elle est bien plus commode pour les jeunes étu* diants. J'ai quelque pareil dessein, nous verrous quelle lumière m*en viendra pour achever mes jours en cette sorte d'étude, dont je pourrois dicter quelque chose à mesure que j'en aurois quelque traité de fait, dans notre collège royal de Cambray. Mon fils Charles explique l'anatomie dans nos écoles sur un cadavre de femme. Il y a une si grande i quantité d'auditeurs, qu'outre letliéàtre, la cour en est en- / ^'ore toute pleine. 11 commence bien , à vingt-six ans ; je sou- 1
j:-2 LETTRES DE iiVi PATIX
haite qu'il Unisse encore mieux. Il a bien des amis qui Taimeni; ses études lui en ont acquis un bon nombre, et sa gentillesse encore autant et plus. Michel de Montaigne a dit quelque part quejeuneise et adresse ont un merveilleux crédit en ce monde; quoi qu*il en soit , j'espère que son fruit mû* rira , et qu'il sera quelque jour très bon , interea canatus erU in laudey eventus in f&rtuna, comme a dit Apulée, en ses Florides.
Je viens de consultation chez une bonne femme de près de quatre-vingts ans, laquelle mourra demain» ex die^thom puttnoniê^ où le curé {ubicadaeet\ ibi et aquilœ) nous a dit que Hesdin étoit rendu au roi.
Demain se plaide la cause de notre Faculté contre nos chi • rui*giens , qui sont fort étourdis du bateau. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
LETTRE CCCCXCVIII. — Aumhne.
J'ai reçu votre caisse de présents, et aussitôt qu'elle a été ouverte j'en ai fait la distribution comme vous l'avez ordonné ; je ne doute pas que l'on ne vous donne avis de la réception , et qu'on ne vous en remercie , comme je fais pareillement de ma part , avec toute l'affection possible.
L'ancien de notre école, M. Guérin , très savant homme , âgé de quatre-vingt-neuf ans » est tombé de sou cheval dans le faubourg de Saint-Germain , et s'est blessé à la tète • à l'œil et à la main , et néanmoins ira bon appétit, mala merx\ mala œtas {{),
(1) Les médecins de Paris faisaient alors leurs visites sur mie mule ou à che>al ; on counall ce vers de Boileau :
» Gocnaiit sur m>u flMval , co {Kistant , tu*c«*ialMMitse« »•
A FALCONKT. 173
J'ai entretenu M. le premier président de votre affaire; je lui dis que toutes les communautés de Paris et de toutes les villes de France obligeoient celui qui y entroit de mettre qudque chose dans la botte ; que c'étoit aux uns pour la con* Trérie , aux autres pour faire dire des messes en leur chapelle, mais tous ensemble pour subvenir aux frais de la communauté , pour se défendre dé plusieui*s attaques , et les médecins pour soutenir les droits et la justice de notre profession • et le bien public contre les apothicaires et les chirurgiens qui brouillent les cartes , et entreprennent merveilleusement con* tre les médecins , qui sont gens de paix et d'étude, et qui ne sont nullement chicaneurs, et môme contre les charlatans qui gâtent tout. Là-dessus, il me dit que la cour se scandalisoitsurcet argent, et qu'on nepouvoit souffrir cela. Je lui ré* pliquai que tout le monde prenoit de l'argent , le roi , le pape, les présidents et conseillers; sur quoi il se mit à rire , et tout de suite me dit : Eh bien ! nous verrons , on y cherchei^n quelque modération de la somme. Je lui répliquai : En vous remerviant^ monsieur^ mais la somme de 100 écus est si petite , qu'il n'yaguèreà rabattre. Voyez là-dessus votre conseil, et me donnez avis si vous voulez poursuivre ; je lui en reparlerai quand vous voudrez , je le vois en état de vous accorder la plus grande part de votre article , et moi je vous promets quej*y ferai ce que je pourrai. J'oubliais à vous dire qu'il m'allégua que ces collèges feroient tort aux universités. Je lui répliquai chaudement que c'étoit bien fait de les punir de leur trop grande indulgence, et qu'il étoità propos de remédier aux désordres qu'ils causeroient par toute la France.
Ijd comte de Guitant , qui vient de la cour, partira demain de grand matin pour aller dire à M. le prince de Condé qu'il vienne , en lui portant des lettres du roi , du cardinal , etc. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 19 décembre i6M».
|?4 LKTTRttft DB fitîl PaTIN
LETTRE CCCCXaX.— Aumpwr,
Ce matin 7 février, M. Talon, avocat-général , a parlé dans la chaHdbre, où il a lont-à-fait conclu pour nous contre les chirurgiens ; ensuite de son plaidoyer, Messieurs ont été aux avis , et aussitôt s'est ensuivi arrêt, par lequel nous avons ob« tenu tout ce que nous demandions. Tous les chirurgiens bar-biers iront à SaintrCôme , et seront mêlés avec les autres ; défense à eux d'appeler leur maison collège, ordonné que rinscription qui est sur 6aint-C6me, où il y a CoUegium chi^» natricum, etc., sera biffée; l'union des deux communautés de chirurgiens confirmée : tous réduits 9om V autorité et juri" diction de$ médecine de la Faculté, selon les contrats anciens , et entre outres de celui de l.)77 et de l'an 1644 (l), etc. Sur
(1) Cet arrêt , du 7 février 1660 , ordonna « que les deux oommu* naulés des chirurgiens et des barbiers unies , demeureraient soumises à la faculté de médecine, suivant les contrats des années 1577 et 1644. » Vuis un arrêt de la cour, du 20 avril 1676 , ordonna « que les Prévôts et Maîtres , représentant la communauté , seraient tenus de comparoir tous les ans , le lendemain de la Saint-Luc , aux Écoles de médecine pour y prêter le serment accoutumé , payer un écu d*or, et pré* senter un catalogue de leurs maîtres aux doyens de la faculté. »
Les apothicaires étaient obligés aux mêmes hommages , mais messieurs de la Faculté ne les appelaient qu^aprés que les chirurgiens étaient sortis.
Le serment que prêtaient les chirurgiens leur était propose par le doyen sous cette formule :
1* Vous lures que vous ubéirex au Doyen de la faculté dans louiez les cboses honnêtes et permises ; que vous porterex hoaneitr et respect aux docteurs de la fiiculté , ainsi que les écoliers Je doivent à le^^rs maîtres ;
2* Que vous ne divulguerez point les affaires secrètes de la faculté , supposé que vous les sachiez , et que vous lui révélerez au contraire ce que vous apprendrez que Ton tramera contre ses intérêts ;
3« Que vous procéderez fortement contre ceux qui exercent illicitement la médecine , cVst-à-dire ceux qui ne sont point approuvés par
A FAtXONKt.
quoi ils on fait de grandes clameurs. AnMit/\t M. le premiHprésident a retourné aux avis, et puh a dit : et néanmoiivs permis à oeux qui par ci^vant ont Até reçus à Saint^Côme ,eu robe et en bonnet , d'en porter le reste de leur vie, s'ils sont maîtres es -arts de rUnttersité de Paris, sans tirer à èoûséquence. Cette clause ne nous dépiatt point ; car, outre qu'ils sont en petit nombre » et qn'ils mourront bientôt ft elle donne exclusion de robes et de bonnets k tous les autres qui y poorroient prétendre à Tavenir. Voilà donc les cbirurgiens de Saint- Côme abattus, et leur maison livrée à nos chirurgiens barbiers , qui nous sont tous soumis. L'arrêt sera imprimé. Ceux de Saint-Côme nous' menacent déjà d*une requête civile, que nous ne craignons point. Le lendemain , 8 de février, nous fûmes remercier M. le premier président , M. Talon , avocat-général , et M. de Nesmond ; nous étions environ «oixante-dix , deux à deux ; tout le monde se r^ouissoit du gain de notre cause, et il ne seren* contra pas un de ces chirurgiens de Saint-Côme par les rue& On ordonna hier dans rassemblée de notre Faculté que Ton iroit remercier les autres juges, que Ton feroit im-
la faedté , et 41M vous l'ai^res de toutes vos forces dans les poursuites qv^elk fera eontre eux ;
4« Que TOUS D^exéculerex poiot dans Paris ni dans les fiiubourgi les ordonnances d'aucun médecin , à moins qu'il ne soit ' docteur ou licencié dans ladite faculté , ou approuvé d'icelle ;
5* Que TOUS n'administrerez point dans Paris ni dans les faubourgs ancoD médicament purgatif ni altérant , ni cordial ; mais que tous vous méleres seulement de ce qui concerne les opérations manuelles de la chirurgie.
1^ création de l'Académie royale de chirurgie, qui a tant contribué aux progrès de cette partie de la science , le décret du 18 août 1792 qui a supprimé les facultés et les corporations, la loi du 19 ventôse an XI qui consacre la réunion de la médecine et de la chirurgie , ainsi que la réorganisation des écoles , ont détruit pour jamais et avec raison ces absurdes distinctions. Malgré cela il nous a paru intéressant de rappeler ces documents d*un autre temps. (R. P*)
primer cet arrôt authentique contre Saiiit-Côine avec la lia* ranguede M. le recteur, le plaidoyer de l'avocat de TUniversite , celui de M. Talon , avocat-général , les deux contrats de ci-dessus « une sentence du lieutenant civil , etc. ; de plus que Ton feroit une impression des statuts de notre Faculté ; que le doyen, accompagné de quatre docleurs , dont je suis .un, iroit reoiercier notre avocat , M. Ghenuot, en lui portant cinquante louis d'or ;>ro//ofiorario. Tout cela se fera avec le temps. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur
I)e Parifl , le 10 février 1660.
LETTRE D. — Au mhne.
Le duc de Lorraine est allé à la cour pour ses affaires et celles de la duchesse d'Orléans, sa sœur. On dit que le prince de Condé arrivera ici mercredi prochain , et que cette paix que nous avons nouvellement faite avec le roi d^Espagne , nous est fort avantageuse par plusieurs bonnes villes qui nous demeurent La paix a été aujourd'hui (14 février) publiée au parlement, àl'Hôtel-de-Villeetdevantle Louvre.
Comme j'attendois (ce 15 février) que l'on me vtnt quérir à l'ordinaire , pour aller souper avec M. le premier président, j'ai été contremandé à cause de la solennité du jour de demain , et ce souper a été remis dans huit jours. Dieu soit loué de tout , je n'en ai regret que pour l'audience de M. le comte de Verdun , d<y)t j'avois promis de rendre compte demain à M. Duchef. Tout le monde se plaint qu'on n'en peut avoir : toujours y ferai-je ce que je pourrai , et je verrai ce qu'il me dira.
Aujourd'hui (ce 16 février) le 71? Deum a été chanté solennellement pour la paix dans Notre-Dame , en irès grande et très belle compagnie. La réjouissance est publique, le feu de joie se do^^ faire ce soir dans la Grève, comme aussi dans toutes les rues.
A falconkt. . 177
Madame la duchesse d'Orléans doit ce soir arri ver au Luxeml)Ourg. On dit que M. le duc d'Orléans, voyant sa feuiine et ses enfants, dit en mourant : Domits mea, domus desoiaiionis vocabitur. M. de Choisi de Cham , son chancelier , est mort à Blois, de regret de )a mort de son maître. On dit que M. de Vendôme et M. de Beaufort auront le gouvernement de Languedoc, pourvu qu'ils veuillent céder l'amirauté; cela est fort dans la bienséance du neveu Mancini. H. le Prince sera ici chef du conseil; MM delà Ville ont ordre de Tuller saluer , et lous les ordres ne laisseront pas d'y aller, et mémo i Université ira. Je me souviens que nous y fûmes l'an 1651 , lorsqu'il fut revenu de prison du Ha vre-de- Grâce; j'étois alors doyen.
Le duc de Lorraine est ici. Le corps de M. le duc d'Orléans sera jeudi àLimours,et après on l'emportera par Saint-Cloud à Saint-Denis, sans passer par ici.
On dit que les jésuites ont fait imprimer une Nouvelle Apologie pour les cashistes^ en latin, à Palerme en Sicile ; c'est une pièce de même nature que le Tamburin de M. Huguetan ; il en devroit avoir une copie et l'imprimer encore: vous m'obligerez de le lui dire. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, le 17 février 1660.
LETTRE Dl. — Au même.
Je viens de recevoir votre lettre du 13 janvier, de laquelle je vous remercie. Si vous avez eu du Troid chez vous , nous en avons aussi notre part ù Paris. On m'a dit que votre H. Anisson imprimoit C. Baronius, Annales ecclesiastici ; feu M. Naudé, qui n'étoit point menteur, m'a dit que Lucas Holstenius, de Hambourg , qui est à Rome chanoine de Saint-Jeande-Latran , lui avoit dit qu'il pouvoit montrer huit mille faussetés dans Baronius , et les prouver par les manuscrits de la bibliothèque vaticane , qu'il a aujourd'hui en garde.
Il se plaida le 21 de ce mois une cause à la grand'chambre III. 12
1/8 • LETTRES DE (ill PATIN
entre les médecins et les chirurgiens de cette ville. L'avocat des chirurgiens dit bien des choses qui ne servoîent de rien à son fait , comme entre autres , que Rome avoit été trois cents ans sans médecins , et que les Romains avoient chassé Archagatims; mais il n'ajoutst pas ce qu'en dit Pline, que c'étoit à cause de sa cruauté à brûler et à couper , car les juges eussent reconnu par là que c'étoit un chirurgien. Il conclut enfin, et pria la cour de permettre aux chirurgiens de porter la robe et le bonnet, pour marque de l'honneur qu'ils méritent par leur doctrine en chirurgie, quoiqu'ils n'aient point de littérature. Ne voilà-t-il pas une demande bien ridicule et une conclusion bien extravagante ? Avez-vous jamais vu doctrine sans littérature? Mais tout est bon dans la boucJie d'un avocat, qui tftche de rendre bonne une cause qui ne vaut rien. Aussi n'est-ce pîis sans raison qu'Aristole a appelé cette profession l'art de mentir (l). Dès qu'il eut fini , M. Langict , recteur de l'Université, professeur en rhétorique dans le collège du Plessis , natirde notre ville de Beauvaîs , âgé de vingt-six ans, a harangué pour TAcadémie de Paris contre les chirurgiens , les a traités comme ils méritent, et a conclu qu'ils n'eussent ni robe, ni bonnet, ni aucune autre qualité que de manœurres chirurgiens, sous la direction et intendance des médecins, pour lesquels il parloit et intervenoit. Tout ce qu'il a dit a été fort bien reçu , bien prononcé et fort écouté. Comme il achevoit, les dix heures ont sonné et la cour s'est levée. Il n'v avoit plus que M. l'avocat général Talon à parler et à doimer ses conclusions, ce qui lui tut remis à la quinzaine. Si on leur permettoit des robes et des bonnets pour leur prétendue doctrine en chirurgie , il faudroit en accorder autant aux- apothicaires pour leur doctrine en pharmacie, et ceux-ci n'auroient* ils pas bonne grAce, quand il faudroit donner des lavements ou
(1) CeUe accusation est ancienne , en eflet ; mai» les juges sMt-ib toujours consciencieux , toujours tes fidèles interprètes de la loi ? On sait qu*un cons< iller au parlement reprocha un jour à un avocat de sùwc charfré d^unc mauvaise cau.-:e. Monsieur, répliqua celui-ci, jVn ai tant per«îu de bonnes . que je ne les choisis plus. ; R. t*. )
A FALCONET. I7î)
iairc l'ongiieni rosat et diapulme , d'être ainsi é<|uîpés? Enfin saint Luc a été pins fort que saint Cùme. M. Talon n fait mei'veille pour obtenir de la cour que ces gens fussent rangés à leur devoir. Il leur a été défendu d'user d aucun titre de bachelier, licencié, docteur ou pr'ofesseur en chirurgie. Les chirurgiens en sont fort étourdis; ils nous menacent d'une requête civile. Tel menace qui a grand'peur. Les apothicaires vont pareilleitient plaider contre eux pour les empêcher de faire la pharmacie et vendre les médecinas. Cette affaire qu'ils ont perdue contre nous les rangera peut-être à leur devoir. Il y en adéjà six de malades, et ils seront assez glorieux pour en mourir de dépit ; ils disent que voilà im grand affront pour saint Côme. Peut-être sont-ils assez sols pour prétendre que ce saint fasse encore quelque miracle. Quoi quils fassent, il faudra pourtant obéir k Tarrét. Je suis , etc.
De Pari!! , le 2» février 1660.