LETTRE DIV
iu même.
Samedi , 20 de mars, nous avons reçu dix bacheliers, qui vont commencer leurs cours de deux ans; on en a renvoyé deux afin qu'ils s'amendent et étudient mieux à l'avenir. De ces dix reçus , il y en a huit de fort bons , et deux autres plus foibles , mais qui sont capables d'amendement. Ils sont jeunes et on en peut tout espérer :
SI modo cuUurœ paltentein accomodet aurem.
t'ii exercice de disputes perpétuelles deux ans durant les rendra indubitablement meilleurs, outre l'émulation qui les y obligera puissamment : outre que si dans cet espace de temps ils manquoient à leur devoir, on les ohasseroit de nos écoles , comme inhabiles et indignes de nos privilèges.
Le même jour on a fait un festin aux écoles, auquel sont fnvités les doyens et censeurs, les anciens doyens, les quatre examinateurs , leurs cinij électeurs , les quatre anciens des écolt^s , les professeurs ordinaires, quelques amis du doyen, .qui sont des forts de rOeole et les plus considérables de la Faculté. Nous faisions trois tables médiocres , et nous étions douze ou treize à chacune. Je n'ai jamais vu telle réjouissance
A KALCONtr. 18 )
(le part el d'autre ; on n'y a parlé que de riii; et de bonne cbère eu |)ots$on (i). Un de Jios docteurs s'est mis auprès de looi t qui ma donné eo cafîl^tte un petit in-octavo , que le père Labbe, jésuite, lui a dédié, qui a pour titre : Ciaudii iialmi chîwiologicmn elogium. Ce père Labbe est natif de Bourges ; ce n'est pas votre père Labbe de Lvon , qui attrapa dix mille livres sous ombre de l'exécution du testament de Vautier en 1652. Je fais céans un petit pa(|uet dans lequel eeia se trouvera pour vous avec autre chose , et surtout le livre de M. deGorris, qui est in-quarto et fort bon.
On dit ici que le mariage du roi est reculé d'un mois : je prie Dieu que les Espagnols ne nous trompent point. Nous sommes plus forts qu'eux , mais ils sont plus fins que nous , et je serois bien fâché que ce mariage vint à manquer : les Espagnols peuvent ti*ouver leur compte de marier leur tille à l'empereur , j'ai peur que l'occasion ne fasse le larron. On dit pour certain que le roi A^ Suède f^st mort. Voilà nos atlaires du Nord en un autre état.
Le roi d'Espagne a mandé qu'il ne pouvoit venir sitôt ({u'il avoit projeté. N'y a-t-il point là dessous quelque embûche , après que nous avons perdu deux belles campagnes qui nous auroient rendus à peu près les maîtres de la Flandre? Si cela arrivoit , je crois que la reine seroit bien fAchée de ce changement.
Un jeune médecin de Lyon , nommé M. L. de Serres , m'a visité aujourd'hui ; il n'aime guère Basset, et non sans raison. Faites-moi la grâce de voi^s informer tacitement à Lyon de M. Lanchenu , ou de queiqu'auttede vos amis, s'il n'y a point
i) A chaque réc>;plion de licenciés, ceux-ci Irailaiciit lari^cmrnl leurs examinateurs , aiii>i que bon nombre de membres de la Facullé , el il faula\ouer que le décorum médical n^y élail pas toujours ob>:er\c. Le diflicile était de faire contribuer ceux qui n^avaient pas élé admi!« , maïs la eoiil urne remportait. Cet^t ce qui arriva au célèbre l'inel, qui , quoique reça médecin à If ontpellier, ayant été refusé à Paris , n*efi lut pas aïoîns obli|*é de payer une partie du festin qui avait élé comnandé aa Panier flwri. rue des Grands-A iigastins. (K. F.)
1S< LETTIIES DK lill PATIN
R Lyon un nomiué M. de Baiinol (cest un nom de guerre et emprunté; mais il se fait appeler ainsi |K)ur se déguiser et se cacher à ses créanciers ; son vrai nom est Augustin Budé , Parisien ). Celui qui m'a prié de m*en informer de vous est un brave homme qui vous honore ; il m'a dit que ce M. de Bannol est occupé à quelque recette de Lyon ; mais ce n'est point un grand homme , âgé d'environ soixante-quatre ans » nommé M. Bagneaux , qui avoit la sœur de MH. de Groin , des Bordes et Marcliand pour femme ; je sais bien qui est celui-là, et je crois qu'il a autrefois demeuré à Lyon. Il étoit bon ami de feu M. Guillemeau ; il avoit été le secrétaire de l'ambassade de M. de Sennelerre le bonhomme, en Angleterre; il étoit bel homme et parloit de bonne grâce. Je connois fort celuilà , ce n'est point celui que je cherche. Je vous prie d'y penser à votre commodité.
Je me recommande à vos bonnes grâces et de mademoiselle Falconet , comme aussi à notre bon ami M. Spon , et suis de tout mon cœur, votre , etc.
De Paris , le 23 mars 1660.
LETTRE DV. — Au même.
I Puisque vous ne voulez pas que M. votre fils aille à Lyon ceà vacances , j'en suis très content; il ira manger de nos belles cerises et des mûres à Cormeilles ; ensuite il retiendra ici pour apprendre le Compendium Riolani patris^ et Enchiridium Riolani filii. Après cela l'hiver viendra , nos actes publics et les dissertations fréquentes l'occuperont: vous savez (lue ce sont les fondements de la profession. Ensuite il étudiera la pathologie et la méthode générale de Fernel , avec les Aphorismes d'Hippocrate et les commentaires d'Hollier. Je lui ferai écrire dans une main de papier de bonnes choses et de bonnes piatiques; je le mènerai aussi voir quelques malades, où il apprendra le modus agendi. Tout cela pourra être fait en treize ou quatorze mois , et après il pourra s'en i-etour-
A rviXONET. 185
ner à Lyon |>oui' vous voir et vous i^ndrc compte de ses éUiiles ; sur quoi vous trouvei*ez bon que je vous demande si vous avez dessein de le faire passer docteur à Montpellier ; car en ce cas-là il faudroit qu'il y demeurât environ quinze mois, qui est bien du temps , en une ville où il y a bien de la débauche, et je craindrois fort cela pour lui, qui est encore extrêmement , comme l'a dit Horace , '
(.'ereut in vitium fiecli , monitoribuê atpsr^ VUUuM lardu$ provisory prodigus (tris , Sublimis^ capidutque^tt amata rtlinquere pernix.
Et je sais bien qu'eu ce lieu-là les jeunes gens n y apprennent guère et y font bien de la dépense, même par émulation. Le jeune de Rhodes m'a dit qu*il a pris ses degrés à Avignon. Car si vous <l*étes pas déterminé pour Montpellier, je le ferois passer aisément à Angers , et de là il s'en iroit à Lyon , où, s'étant un peu rafraîchi auprès de vous, vous le feriez agréger à votre collège, et puis, ayant ainsi sa place retenue , vous le feriez étudier auprès de vous et le mèneriez voir des malades. J*ai grand'peur qu'il ne se débauche à Montpellier, in flexu illo œtaiis admodum lubrico , et in ttrbe incontineiitissima. Je Tenverrois par ta Loire à Nantes, où il verroit la Bretagne-, et de là à la Rochelle et à Bordeaux , puis il s'en ira par la Garonne à Toulouse, et de là en Provence, où il verra la mer Méditerranée; de Marseille, il reviendroit à Lyon. Vous me pourrez dire que voilà un grand voyage pour un jeune homme qui n'est peut-être pas assez sage.
M. du Tillet est aux champs; dès qu'il sera de retour, M de Rhodes et M. Riquier l'iront saluer et lui présenter la lettre de M. Michel , auquel je vous prie de présenter mes très humbles baise-mains. Si M. duTiliet est revenu dimanche prochain , je parlerai de votre affaire à M. le premier président.
Je me souviens bien de M. Rousseiel et de M. Savai*on ; ils ont tous deux passé par mes mains, c'est-à-dire que je les ai traités tous deux bien malades. Pour le troisième, je ne roo
186 LETTKËS DE «il I. PATIN
souviens que de son nom ; ce boni de bons compaguons : mderbis juvenis custode remoto , gaudet equU el c^rici grconinc campi^eic. Vogue la galère! le bon temps n'est que pour ceux qui le peuvent prendre ou attraper.
A la table du festin ou j'étois la veille de Pâques fleuri , à la réception de nos dix bacheliers, j avois vis-à-vis de moi MM. Charpentier, Lecomte, Piètre, Perreau etllainssant; ce n'étoit point là une mauvaise perspective , et j avois à mes deux côtés MM. Petit , Puilon , Courtois, Mathieu, Moreau , Mentel et Mersenne. Il y en a huit entre ceux-là qui sont incomparables.
H.Talon nous fait espérer de jour à autre son plaidpyer ; dès que nous l'aurons, on l'imprimera en toute diligence; je croies que cela sera beau ; vous en aurez tant de copies qu'il vous plaira. Ces messieurs les barbiers grondent comme des chiens qui ont ^té battus, mais ils ne peuvent mordre ; tout le monde ; se moque ici d'eux. M. le premier président m'a dit que tous 1 l^s juges furent contre eux ei contre leur audace, excepté un, furla8si$ metitor (diquaiido accepti alicujus betieficii ob illa (jente. Tous les auditeurs étoient contre eux , et avoient pitié do M. Pucelle leur avocat, lequel prostituoit misérablement
Ison éloquence pour une si mé0hante cause. Je les drH|x? quelquefois en mes leçons , et les propose à mes auditeurs , aussi ridicules que les apothicaires. 4e ne sais qui sont les meilleurs, mais Je sais bien qu'ils sont tous fort glorieux et fort ignorants.
Je vous remercie de la recherche que vous avez faite pour Augustin Budé de Bannol (c'est M. de la Vigne, notre compagnon et lils d'un grand personnage, qui m'en avoit prié). Je baise les mains à votre M. de Bagneaux, je le vois d'ici ; est-il toujours aussi propre qu'il étoit? Je pense qu'il a fait autœfois de bons tours avec M. Charles Guillemeau , et crois même qu'il étoit plus fin et plus sage. M. Guillemeau étoit tni homme altier , glorieux et colère , mais M. de Bagneaux ne faisoit point de bruit, et c'est ainsi (|ue font les sages.. Je baise |>areinemcnt les mains à M. de Lanchenu et à notre
K KAIXONKT. Jl87
but! et féal ami il. Sfiuii , connue aussi k luadeiDoiselle tal* couel.
On dit ici que le roi s eu va avoir Aviguou , par un éehauge de deux places qu'il tait avec le roi d^Ëspagtie qui en doit ré^ compeuser !e pape; mais je ne. le crois pas. Pensez-vous que le duc de Savoie fasse assiéger Geuève?Si cela n'arrive point, les pauvres huguenots l'échapperont belle. Quelques uns disent que le cardinal Mazarin ne reviendra point à Paris qu'il n'ait fait un voyage à Rome ; je voudrois qu'il y fût pape et que nous eussions de deçà son argent. L'on dit (|ue l'hiver procliain Ton va réformer la chicane des procès , et qUe cela ira fortement contre le parlement même ; il le mérite h'ieii y car il est plein d'abus. Nos chirurgiens » qui ne sont que des chiens grondants , nous menacent qu'ils feront casser notre arrêt de la cour par un arrêt d'en haut, je crois qu'ils n'auront pas plus de crédit en haut qu'en bas. Hier une charge de maître des requêtes fut vendue trois cent cinquanlc mille livres; voilà bien de l'argent pour du venletdo la fumée. On menace ici de rcformalion la chambre des comptes et les trésoriers de France.
Les Anglois qui sont ici attendent de jour à aul^e des nouvelles de quelque changement en leur pj^ys, nondum tamen video regem istum Bruxellis ageiitem tam cito nec tain facile in soliwn avitum restitui passe : stultus qui y occiso paire, sinit civere liberos, Cromwell n'en sait que trop la maxime , mais cm lui en apprendra quelque autre si on peut, car il est bien Kn et bien fourbe. L'Angleterre est fort divisée; plusieurs religions et divers intérêts y forment et fomentent plusieurs partis, qui ne s'accorderont pas aisément à reprendre un roi, an père dn<|uel ils ont tranché la tête , et néanmoins je ne doute point qu'il n'y ait negoiinrn yerambulans in tenebris , i|ue le pape, le général des jésuites et le roi d'Espagne no dierc*iient à y. parvenir par quelque ruse digne d'eux , qui sont maîtres passe-fUis en diablerie politique: polit ica est arsnon tam ngaidi, qumn fallendi homines. Souvenez-vous de la conspiration des poudres en I606, ptvditio pulverariay h»
)8]% LKIIHES DK (ill r.VTi.X
foucade d'Angleterre, du Detnetn'us Moi^coviticuêdeVsku 1606, ce sout : opéra manuum et consilioiimi ejumwdi nebuiortumpo* titicormn. S'il n'arrive quelque chose de pareil , toujours estil à craindre ou à soupçonner, mais je ne puis encore me pei*8uader que le roi d'Angleterre soit sitôt ni si facilement l'émis sur le trône de son père.
Ce matin est mort un nommé M. Picard, trésorier des parties casuelles, fils du Picard le cordonnier, à qui le marquis d'Ancre fit donner des coups de bâton l'an 1617. Celui-ci étoit un fameux partisan à qui Guénaut a donné quatre fois de l'antimoine m o/joffitwia ; n'est-ce pas bien débuter, in vasorum inteiceptime , d'y donner des émétiques et purgatifs? Sicpereani o/nmes fures ptélici , impostures , pablicani , et alia carcinomata generis humani. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 6 «Tril 1660.
LETTRE DVI. — Au tuènie.
Je vis hier, ce 7 avril , à ma leçon , M. de Rhodes , qui me rendit votre lettre ; M.L. de Serres,son collègue, étoilaveclui, je parlai encore à eux après ma leçon. M. de Serres me témoigna beaucoup de satisfaction d'y avoir assisté, me demanda quand j'en ferois d'autres, et me dit qu'il n'en vouloit perdre aucune, tandis qu'il seroit à Paris. M. de Rhodes, qui a bien meilleure mine, et est plus grand seigneur, plus beau , plus relevé, plus savant, au moins qui le pense bien élre« ne fait pas de tels compliments , aussi n'en ai-je pas besoin :
Non equidein hoc studeo, huilalin ul iniUi nugis Pagina turgescal , dure pondus idonea fumo.
Pourvu que mes pauvres écoliers en profitent , et que je leur puisse décharlataner la médecine (i) , je serai content. H. de
(1 . Décharlataner la iiiédeciiie ! Celui qui résoudra un tel problcuie pourra assurément être compté parmi left bienfaiteurs de Phumanlié. Je dirai comme Gui Pal in , fiai . fiai ! . R. P.
A FALCONKT. 1S9
hhodes Vci par un aulre chemin que moi , aussi ne m*étonnai-je point si nous ne nous rencontrons pas de même avis : il est dans la polypharmacie, quœ propria eit de domo\ etnpiricQtum^ inquit Gai, 2, Meth. Le grand chancelier d'Angleterre , François Bacon de Verulam , a dit fort à propos, que iMiltitiulo remediof'um est fiiia ignorantiœ {\) ; slussi avoit-il plus d*esprit que tous les empiriques. Le duc d'Albe (2) disoit qu'une tête de saumon valoit plus que cent tètes de greitooilles : ainsi Galien vaut mieux que dix mille charlatans et pararelsites , souiUleurs, chimistes, arabistes, semi-dogmatiques, et autres pestes de notre métier. M. de Rhodes le iils verra quelque jour si tant de remèdes, tant de sortes de poudres et d'eaux , guérissent une maladie , une flèvre continue, une dysenterie , etc. ; il f^ut bien autre chose que du vin d absinthe pour guérir l'hydropisie , etc. Mais il dit qu'il s*en retournera bientôt à Lyon ; vous verrez les miracles qu'il y fera ; peut-être qu'il a une science infuse et inspirée , que le Saint-Esprit veut nous être cachée : multi ad mpientiam pervenire potuissent ^ visi se jam pervenisse putassent. Dieu soit loué de tout ; qui bien fera, bien trouvera. Je dis tous les jours du bien de H. Piètre, qui m'a appris de bonnes choses , et seno de tnnto prceeeptore glorior , ac cjus manibm bene precor.
Je vous prie , ce 8 avril , de faire mes recommandations à M. Leroi , le marchand ; j'ai autrefois été le médecin de ses père et mère, bonnes gens et du vieux temps, reliquiœ tturei seculL Noél Falconet est guéri , il est allé en classe ; un de ces jours de fête ou dimanche, je le purgerai. J'aurai soin (le sa santé, tant du corps que de l'âme , et je ferai ce (|ue je pourrai pour en venir à bout. Obligez-moi de me mander ce que c'est qn'un livre latin d'arithmétique, nouvellement im-
,'1 Le célèbre (iregory disait : Quand pétais jeune médecin . il n*y a%aii pas de maladie pour laquelle je ne connusse au moins vingt remèdes ; à présent que je suis %ioui médecin , il est un grand nombre tle maladies pour lesquelles je ne connais pas un remède. (B. P."*- 2 Voyex l. I. p. 521.
primé cher M. Barbier, d'un certain josnile nommé le père Lîolaud , et même de m'en acheter un.
La paix est faite entre le roi de Danemark et les Suédois , mais elle n'est pas encore ratifiée. La paix entre les Polonols* et les Suédois est bien avancée. Quatre prélats, dont M. Tarchetéquede Lyon est le premier, ont le brevet d'être commandeurs du Saint-Esprit en la création de l'an prochain : les autres sont MM. d'Embrun, de Castres et du Mans. Le jeune M. de Rhodes étoit encore hier à ma leçon, laquelle fut fort bonne ; il m*y proposa lui-même, an in gonnn*hœa virulenta , qvnmodo et qiiajido rompetat venœ aectio? îl s'y rencontra plusieurs médecins étrangers et de diverses villes qui sont ici pour des affaires qu'ils ont au conseif . Je vous baise les mains, let suis de tout mon cœur votre, etr.
DcParisJeOavril 1«60.
LETTRE DVII. — Au imn^.
Je vous écrivis vendredi dernier quatre grandes pages de marchandises assez mêlées : c'est ainsi que je me divertis avec vous , persuadé que je suis que vous ne le trouverez pas mauvais; vous les aurez reçues de M. Langlois, .«îecrétaire de Mgr. l'archevêque de Lyon. J'ai roncoiitré deux fois , depuis huit jours, votre M. (iras par les rues , smifiPv ille est unm et t'rhm.
On dit ici que le roi pourra être marié environ le IG mai, et que tôt après il reprendra son chemin pour revenir à Fontainebleau. On bfttit au Louvre , et l'on dit que l'hiver prochliin il n'y pourra pas d^neurer , propter imperfntwn milficimn^ mais qu'il sera au château de Yincennes , que l'on a tort agrafidi , et qu'il y passera tout l'hiver.
Je soupai , le là avril , hier au soir cliez M. le premier président, auquel je recommandai fort l'affaire de votre collège.
A rALCONET. 191
et menue je le lui réitérai plusieurs fois. Je lui dis qu'autre-' t fois le nouveau consul avançoit de grandes sommes pour les nécessités de la république romaine , et que la moindre somme étoit décent mille écus. Il me demanda où j'avois appris cela ; je lui répondis que cela s'appelloit aurum ohlatitinm^ et que j'avois un bon auteur que je lui produirois et que je lui nommai ; il se mit à me parler de cet auteur et de sou mérite , et après m^ dit : « Mais comment faisoient les consuls romains qui étoient pauvres? » Je lut répondis qu'apparemment ils avoient des amis qui , connoissant leur probité , avançoient pour eux la même somme , puisque c'étoit une loi on tout au moins une coutume, qui étoit Tondée sur quelque nécessité, comme Tétoit notre affaire, de maintenir, en plaidant , les droits de la bonne médecine contre les chirurgiens et les apothicaires, hominum gemis superbnm , rixomm^ wo- »YMum , avammy confensiosum ^ litigiosunif injmtxim , sans plusieurs autres mauvaises qualités qu'il n'étoit pas besoin de désigner. Il se mit encore à rire; je continuai aussi de lui dire qu'il n'y avoit à Paris aucune compagnie où celui qui étoit reçu ne donnftt quelque argent: les maîtres des requêtes en prenant séance donnent mille écus; les conseillers des enquêtes et des requêtes donnent, auro prœsentaiieoy quinze cents livres; les chirurgiens et les apothicaires en donnoient ; les serruriers , les menuisiers , les chapeliers , les cordonniers et le$ savetiers mettoient dans la boite ; que sans cet examen rigoureux, Faou, qui étoit une bonne et riche ville, et la premi(>re de France après Paris , s'empliroit incontinent de charlatans qui vîcndroient s'y habituer des pays (Yadievsins, Guyenne, Languedoc, t^rovence, homimmi gemta ignnrum ^ avarttm^ lucri appefeaiissîmum , qui ne chercheroient ce posie que pour s'y habituer, sans avoir envie d'y bien faire.
Ut facerent rem , *î non rem , quoeuiiquc modo nm.
Uen^ve, la Suisse et l'Allemagne, et mi*me ritalîe et TKs-
192 I.ETTRRS DE ilill PATIX
pagne, ne manqueroient pas de gens altérés qui viendroient, bien qu'inconnus, à Lyon, planter le piquet pour y débiter leurs denrées, u( vendererU suwn porcum; que les lois et la discipline de votre collège et la' somme de cent écus serviroient de barre à réprimer et à empêcher une partie de tels abus; que deux provinces au-delà de Lyon étoient pleines de juiTs , quorum summum erat votum decipet^e gentem , quo nomine ckiHsiianos intelliguyU. Il me promit qu'il se souviendroit de toutes mes raisons; il m'a prié de retourner souper avec lui dimanche prochain , et c'est pour moi un commandement. Si votre affaire n'est pas faite, je lui en reparlerai. J'ai averti M. Riquier qu'après que M. du Tillet lui aura parlé de l'expédition, je retournerai , s'il en est besoin, en parler à M. le premier président devant dimanche. Voilà ce que j'avois à vous dire sur ce point pour vous rendre compte de ma corn mission.
Le jeune de Rhodes m'a dit ce matin ([ue M. son père lui permet de demeurer à Paris jusqu'au retour du roi , et qu'en attendant ce retour, il s'en va faire un voyage en Angleterre, Hollande et en Flandre pour y voir les universités. Je lui ai promis des lettres pour Londres, Utrecht, Leyde, Douai, Louvain et Bruxelles ; j'ai là partout de bons amis. Il pourra être averti , en quelque pays qu'il soit , du retour du roi , et il se pourra rendre ici pour cette solennelle entrée ; mais quoi qu'il en pense , je crois qu'il feroit mieux de s'arrêter ici , et de tâcher d'y apprendre plusieurs bonnes choses de la pra* tique qu'il ne sait pas encore : peut-être qu'il croit les savoir ; néanmoins en tout ce voyage il pourra voir plusieui^s clochers dont il n'aura jamais l'oifrande. Quid est peregrinntio? Est inquiéta coî^paris et animi sine Mo fructu jactatio.
J'avois oublié de vous dire que M. le premier président me tu hier boire à sa santé du vin blanc de Gondrieu que lui avoit donné M. .\mal, lequel est, comme je crois, un célèbre partisan; je ne sais s'il est de Lyon. Mais que direz-vous de moi ? Ne vous suis-je pas ennuyeux et trop importun , avec
mes lettres trop longues? Facît hoc amor w me tuhs: il me semble que je vous tiens céans et que nous devisons ensemble (1).
On dit que le roi , étant marié , s'en ira du côté de la Bretagne , puis en Normandie , et qu'il en tirera quelque nou* velle somme d'argent, qu'il espère de trouver plutôt en ce pays-là qu'ailleurs , et après qu'il se rapprochera de Paris ; que tout le pays par lequel il est passé est affamé et ruiné. Ja le crois, mais j'ai de la honte qu'il soit vrai.
L'affaire de H. de Gorris est encore là ; je ne sais quand elle sera jugée. Il vouloit être retenu à la chambre de l'édit, où il y a un ou deux conseillers huguenots ; mais il a été renvoyé à la grand'chambre, laquelle est pleine de conseillers clercs qui lui feront perdre son procès. Il m'est venu visiter, et m'a prié de lui signer son papier, ce que j'ai refusé, lui disant quec'étoient des suffrages mendiés; qu'il falloit que cela se fît in locomajœnim, c'est-à-dire en nos écoles, si le parlement, qui en est saisi , le renvoie à la pluralité de nos voix
Je viens d'apprendre de M. Riquier que vos statuts sont vérifiés en parlement, entièrement et sans aucune restriction; j'en suis tout réjoui; je ne manquerai pas d'en . remercier M. le premier président dimanche prochain. M. Riquier en écrit à M. Michel ; je vous prie de lui faire mes recommandations. Il mourut hier à Saint-Louis, rue Saint-Antoine, un fameux et savant jésuite, nommé le père de Lingendes (*2), âgé de soixante-onze ans. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, ce 13 avril 1660.
;i} Tel est en effet le caractère de ces lettres ; ce n'est qn^une con- Tersation spirituelle , savante et variée. Heureux les hommes doués de ce rare talent, et qui , après deux siècles , savent encore intéresser la postérité à leurs idée» et à leurs affections ! (R. P.)
[2) Claude de Liiigendcs , né à Moulins rn 1591 , fut recteur du collège d< <t Jésuites ; U se distingua comme prédicateur. Ses Sermons ont été publiés à Paris on 1666 , 3 vol. in 8**.
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