‹ Lettres de Gui Patin (volume 2)Chapitre 9 sur 48 · I.ETTKKS DE (AH ?\T · texte numérisé non relu

I.ETTKKS DE (AH ?\T

LETTRE DVIII. — Au même.

le crois que vos jeunes gens de Lyon sont arrivés > car on m'a dit qu'un jeune homme bien fait, nommé M. Rousselet , ce 17 avril, m'est venu visiter pendant que j'élois en ville. M. l 'avocat-général Talon n*a point encore donné son plaidoyer contre les chirurgiens, lesquels commencent à se rendre, et tantam tandem animi ferociam dcpomint. On leur a dit que s'ils plaident sur une requéle civile contre nous, ils en paieront l'amende de 400 livres , et qu'ilsdécherroient encore de tous droits, vu que ce seroient les mêmes juges, les mêmes raisons, les mômes causes; vu qu'ils n'avoient aucune preuve de leurs prétentions, et nuls privilèges, dont jusqu'ici ils se sont vantés, sans en avoir fait aucune démonstrallou. Quibus positis^ ils perdent l'envie de plaider, pourvu que nous voulions bien leur faire quelque grâce, et surtout de leur laisser leur nom de collège , leur robe, leur bonnet. Ces gens-là n'ontils pas bonne grâce? N'est-il pas vrai que superbia eorum non moritur? ver mi s non cji'thujuiiur?

Je donnai hier une lettre pour vous à M. de Rhodes, lequel s'en va bientôt en Angleterre; c'est un pays où il n'y a point de loups. En récompense, il y a ici très grand nombre de gens qui dévorent comme les loups la substance du genre humain ; il y a force partisans de toute sorte, il y a puissamment de la chicane , dont tous les gens de bien se plaignent fort, et même M. le premier président, qui s-'en plaint extraordinairement. Il y a dans ce siècle une certaine iniquité, une injustice générale, une impunité de laquelle tous les niéchants abusent très méchamment. L'on met ici tous les jours de nouveaux impôts sur les denrées, sur les marchandises, nec est qui S'Curat. Le mal est si grand qu'il va jusqu'au sanctuaire : los moines n'ont point les mains gourdes à acquérir du bien (les familles par donations, testaments, et prennent l'ar- *uu\. comptant «pi'ils peuvtMit allraprr par leurs belles et

douces promesses : ils promettent beaucoup , mais ils ne livreot rien. Etiam iuoshoSet nœvos ors nosira; ce n'est plus tantôt que foiblesse, làebeté, fourberie, ignorance, cabale, trahison, syncretismus cum pharmacopceis^ et turpe commereium per pulveres^ paruft grana narcotica, stibiumdiapkoreCi^ Clan cum pulvere margaritanmi ad roborandum venir iculum. L'un vend des tablettes, l'autre de la gon[>me gutte purgative , l'autre a des secrets pour la rate; de sorte que je me sens obligé de dire avQc ce poëte généreusement , quoique non sans plainte :

0 pudor! 0 slolidi prœceps vesania voti ? Quantulapars rerum est^ in qua se gloria iollit ? Ira frémit^ metus exanimat^ dolor urii, e^esia% Cogit opes , ftrro , insidiû , flamma atque veneno Cernitur^ el trepido fervent humana tumuUu,

Ne voyez-vous point là une fidèle description de nos cabalistes, bourreaux publics, per sua vmxena metallica ^ utprœtextu navitatis incatUos decipimit ^ el numvios arripianl? Ù rem execrabilem ! 0 facinus hoiTendwn ! Sed frustra quermur : il n'y a plus de justice.

On parle ici du rétablissement du roi d'Angleterre, et que trois milords de Londres le sont allés trouver à Bruxelles pour traiter avec lui ; mais son parti n'est point encore le plus fort, il n'y doit point aller qu'il n'y voie plus d'appinrence. Ce prétendu rétablissement est negotimn po^ambulans m tcmbris , qui ne réussira que par une grande force bien éclatante ou par des finesocs d'un cabinet auquel présideront peut-être le pape, le général des jésuites, le roi d'Espagne, quelques cardinaux , et peut-être Mazarin.

On m'a dit ce matin chez un marchand qu'un médecin de Lyon, jadis huguenot, mais veuf, s'étoit fait chartreux; si cela est, ce pourroit être votre Meyssonier: je crois qu'il est assez fou pour cela; mais les moines voudroient-iis bien de lui? Sont-ils assez gens de bien pour se charger d'un tel fou ?

J96 LETTRES DE C.n PATIN

Avec de tels gens il faut de la paiience. Noël Falconel , ce P avril , étudie bien, et assiste souvent à mes leçons au Col- \ lége royal ; il a été bien satisfait de ce que j'ai dit aujourd'hui de plenitxidine et variolis : quod summum in illis prœsîditim sit veme seciio, quando et quo modvlo celehranda. Vous savez que de jeunes médecins doivent savoir cela, et néanmoins il y en a encore plusieurs qui en doutent, re/ quinonintelligunt.

Voilà M. Duchef, ce 18 avi'il, qui vient de me prier de parler à M. le premier président pour Taudience qu'il m*a promise pour M. et madame de Verdun , qui sont arrivés ici depuis trois jours. Je me suis chargé de vous faire ses recommandations; j'en parlerai ce soir à M. le premier président. I J'entretins hier au soir, ce 19 avril, M. le premier pret sident, lequel je remerciai fort de l'arrêt qu'il avoit rendu pour les médecins de Lyon ; il me prit par la main , et me dit : Vous voyez le crédit que vous avez à la grand' chambre , nous n'y avons rien rabattu, in lui dis ensuite que M. le comte de Verdun et madame la comtesse éloient arrivés , et qu'il leur avoit promis une audience; qu'ils n'étoient venus que sur la parole que je leur avois donnée. Il me répondit : Ce sont des créanciers à qui je dois des audiences ; je m'en acquitterai quand je pourrai. Il m'a fait promettre que j'y retournerai dans huit jours, et je renouvellerai mes instances (i). Il m'invita fort à boire à sa santé, et j'y bus deux fois du vin de Condrieu, le meilleur que je bus jamais; on m'a dit que c'est d'un présent que lui ont fait MM. les comtes de Lyon.

On vient de mettre dans le Chàtelet de Paris un insigne va* leur prisonnier, qui se faisoit appeler le Solitaire; il avoit l'audace d'arrêter, lui tout seul , un carrosse, et de se faire donner de l'argent , ou de prendre les bagues et les perles des dames qui &'y rencontroient. Quand on a commencé à l'in-

(i) On \-oit la grande considéralion dont jouissait Gui Patin chez les magislrats les plus élevés en dignité. Il ne se vante pas , il ne se flatte pas ; il laconte simplement ce qu^il a\u , ce qu^il a fait , ce qu^on lui a dit. ^ ;R. P.)

A FAIXONKT. l97

terroger, il adit qu*ii étoit homme de bieu, qu on le pi*eiioit pour un autre : ainsi disent tous les larrons la veille qu on les pend ; c'est ainsi que parloient à Naples les galériens du duc d*Qssone. Un conseiller du Chàtelet me vient de dire que c'est un gros garçon, fort, qui n*a que vingt-deux ans. Si Ton étouffoit tous les louveteaux , les loups' ne mangeroient plus les agneaux.

Hier au matin mourut ici d'apoplexie un honnête homme, nommé H. Voisin , prêtre , jadis conseiller au grand conseil , frère du beau-frère de H. Talon, avocat-général, et fils de Voisin , greffier criminel de la cour, dont il est parlé à la mort du maréchal de Biron; il a fait beaucoup de legs, et entre autres il a laissé près de tOO,000 écus à Thôpital général.

M. le Prince est en Bourgogne; on lui impute des lettres qui sont venues de la cour, par lesquelles M. Millotet, avocatgénéral de Dijon , est interdit de sa charge.

On a publié en Hollande une réponse à la harangue que M. le président de Thou , notre ambassadeur, leur avoit faite, et qu'il avoitenvoyéededeçà imprimée, que le gazetier même a derechef imprimée. Je vous baise les mains et à mademoi< selle Falconet , et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris, le 20 avril 1060.

LETTRE DIX. — .4« mente.

Le samedi 2i ayil ( anniversaire du marquis d'Ancre au bout de quarante-trois ans), la cause de M. de Gorris fut appelée à la grand'chambre ; mais son avocat n'y comparut point; la cause fut remise à la huitaine , et en attendant défense à lui de se pourvoir ailleurs. Je crois -qu'il perdra son procès, et néanmoins Guénaut a fait tout ce qu'il a pu pour lui , et même M. le président de Nesmond a voulu être son intercesseur vers M. le premier président, sed frustra. La grand'chambre est pleine de conseillers -clercs qui seront contre les huguenots ; et de plus, M. le premier président les hait

I9S LETTUES DE (iUl PATIN

fort, bien (|u'll ne soit encore qu'obsédé , et non pas possédé, spiritu loyolit%co[\).

Le dimanche 25 avril , j*ai reçu voire belle lettre; je participe à la joie que vous avez de la vérification de vos statuts, et suis fort réjoui que vous soyez content de mes raisons et do mes diligences envers M. le premier président. Je vous prie d'assurer tousHM. vos collègues de mes services. J'ai avancé à M. Riquier 60 livres 10 sous pour lever votre arrêt qu'il a fallu réformer; mais après qu'il a appris que cela coûteroit bien davantage, il m'a demandé autres 60 livres que je lui ai baillées , pour lesquelles deux sommes j'ai son récépissé ; je crois qu'il s'attend de faire partir le tout dans votre boîte pour le môme jour que celle-ci partira, et que M. de Rhodes y fera ses diligences vers le messager.

Les affaires du roi d'Angleterre s'avancent ; mais on m'a dit qu'on lui a présenté des conditions bien étranges , et entre autres que la reine sa mère, ni MM. ses frères, ne retourneront jamais en Angleterre ; qu'il n'épousera point de femme qui ne soit protestante ; qu'il ne donnera aucune liberté aux ca-* tholiques romains et autres.

On dit ici que la paix est fort avancée entre le roi de Po* logne et les Suédois , et de plus encore entre la France et l'Empire, et qu'il y a grande apparence que nous n'aurons point de guerre cette année.

M. d'Hervart, ci-devant intendant, et aujourd'hui contrôleur général des finances, fait ici de grandes brigues pour faire recevoir son fils conseiller de la caur; on y fait de la difficulté, non point pour la religion , car il doit y avoir six huguenots dans le parlement de Paris , mais parce qu'il est fils d'un partisan. Voilà ce qu'en disent ceux qui le veulent refuser, disant que ce père a trop de bien pour n'avoir pas fait ce métier- là. Le père répond que non , et negat fm'titer, soutenant qu'on ne peut montrer en aucune façon qu'il ait jamais

(1) Distinctnn subtile et parfaîteniciit juste. Cependant M. de Lainoignon ne fut jamais entièrement possédé de cet esprit si abhorré de notre auteur. (R. P.)

lrcm[)é ilaiis aucun parti : c'est que les partisans n'y mettent plus leur propre nom , mais ils en supposent un. Sur ses prétendues finesses , le parlement est fort en division, et îb ne s'accorderont jamais sans bruit, et absqûe miiUioodio, Vous ne doutez pas que la corruption ne soit grande et qu'elle n'aille bien loin ; c'est ce dieu mammona^ âeus iniquifatis, qui fîiit tout cela.

. Il y a, ce 26 avril , aujourd'hui cent et deux ans que J. Fernel mourut, belle âme et bien illustre, dont la mémoire durera autant que le monde, aut saliem qiiamdiu honos habebitur bonis literis; il est epterrédans Siiint-Jacques-de-la-Boucherie, ici près. J'y mène souvent mes deux fils, les exhortant de devenir comme lui (I). Je soupai hier au soir chez M. le premier président , où plusieurs survinrent que l'on n'attendoit point; on y parla fort de M. de Tlioré , président des enquêtes, fils de feu M. Parlicelli d'Emery, surintendant je dis des finances, qui étoit un grand larron (2). Ce fils président a été fou déjà plusieurs fois ; mais depuis six mois il l'est plus fortement que jamais, et ôte toute espérance d'amendement , quia ad meltœ^em mentern non revcrtitur, nec ulla obtînct dilucida intervalla, quœ spcm relinqunt toO pat*2^ctv in tait desipientiœ génère. On parle de vendre les charges et de le séparer d'avec sa femme , laquelle ne le veut point quitter ni se séparer de lui.

(i) Oo ne saurait croire le degré de respect qu^on avait pour les autorités médicales dans les anciennes facultés : c^était une espèce de colle. Peut-être y aTatt-il de l'abus ; mais aussi combien d'avantages dans celte solidarité , dans ceUe force collective , dans ce principe d'émulation répandu parmi les membres de la même corporation ! Personne ne lit plus aujourd'hui les livres de Fernel , dont plusieurs et notamment 9on traité deÀbdititrerum eauiiSj sont remplis d'erreurs ; et cependant Fernel passe , avec raison > pour un illustre médecin. Il eut non -seulement beaucoup de savoir , mais un talent vraiment distingué , un cœur loyal et haut placé ; son mérite , sa conduite, son influence , firent voir que la bonne , la vraie médecine est souvent l'esprit de rhumanité. (R. P.)

(2^ Voycï 'a note sur d'Êmery, 1. 11 , p. 19.

:( 0 LETTRES DE iiVl FATIX

Au coiitvaire , sa mère le demande , et qu'il soit reaiis en ses mains et en sa garde; et comme il n'y a point d*enfants, on veut que la femme se retire, ayant pris son bien et ses droits, ce qu'elle ne veut point faire , et c'est le procès dont il sera demain parlé eu la grand'-chambre. Et en attendant, les sages remarquent la malédiction qui tombe tous les jours sur les familles de ceux qui ont gouverne les finances depuis quarante ans, témoin celles du maréchal d'Efiiat, deBuUion, Bouthilier, Fieubet, Bossuet, du président de Maisons , de feu M. Servien , d'Emery et autres, quorum nomina non tace^ buntur annis proxime successuris, qui ont été les bourreaux et les sangsues de ce royaume depuis tant d'années. Je n'y veux point oublier le cardinal de Richelieu-, dont les deux neveux se sont fort indignement mariés , bien qu'il ait volé plus de 60 millions à la France pour tâcher d'enrichir sa maison, yu5/e récompense et punition divine^ dit Homenas dans l'Auteur français du pantagjiiélisme. Un poëte ancien a dit : Certo tenta est ileorum ira, sei^a tmnentacitis pedibus venit. Qui bien fera, bien trouvera, ou l'Écriture mentira.

Le pape a fait huit cardinaux nouveaux , dont il y a un Mancini , neveu de son Eminence , qui a la nomination de France ; un pour Espagne, qui est un évéque d'Aragon ; un pour Vienne, parent de l'empereur ; le quatrième pour le roi de Pologne; le cinquième est Vénitien ; les sixième > septième et huitième sont Italiens.

On dit aussi qu'il y a une trêve de six semaines entre le roi , la Suède et l'empereur ; et l'été prochain nous n'aurons guerre nulle part.

M. Riquier me vient de dire qu'il a aujourd'hui après midi délivré à M. de Rhodes votre petit coffre avec les pièces requises , et qu'il vous a mandé qu'il avoit reçu de mes mains six vingt livres dix sous , qu'il en a payé les expéditions au greffe du Palais et ailleurs , qu'il en est content , et qu'il ne désire rien davantage. Je vous prie de dire à M. Michel que je suis son très humble serviteur, et de même à MM. de Rhodes,

Spoii et Ganiier, coiniuc aussi à M. Barbier riinpriineur. Quand sera fait son Scoictiis Georgius Cappcdoxl Je serois d'avis qu'il en envoyât un en blanc à M. le premier président, qui aime ces nouveautés , et qui reçoit de bonne grâce ces petites curiosités en présent. L'auteur est un homme rare , singulier et très savant, excepté qu'il se fait poissonnier la veille de Pâques, et qu'il affecte d'écrire d'une manière qui n'est plus en usage ; et néanmoins tous ses livres sont bons ; e$t eniia vir mtUtijugœ eruditionis ac infinitœ lectionis , comme disoit M. Grotius de feu H. Saumaise. Le style du père Théophile Rciynaud reddet Lipsianum^quo tœnen est multo deterior. Il n'y a aujourd'hui aucun auteur qui écrive de même , si ce n'est peut-être M. BlonHel, notre doyen, qui, bien qu'il soit un des plus savants hommes du monde , affecte cette espèce de barbarie , et eadetn scabie iaborat cwn Tertulli(mo\ Lipsianus seu Lipsiomimus vel Lipsio minus ^ qualis aliquando fuit Erycius Puteanus , Petrus Gruterus , Theophiltis Ray" naudus, et pauci alii quos fama obscura recondit,

Noël Falconet a fait relier sa morale et ses mathématiques; il continue diligemment ses répétitions; il me promet de bien étudier en médecine, et d'aller vite, atin d'être bientôt fait docteur, et agrégé de bonne heure à votre collège de Lyon. 11 aura cet avantage d'être auprès de vous, qui lui serez un bon et grand livre, et auprès de madame sa mère , quarn siôi spercU suavissimam et (aventissimam futuram.

Deux des filles de M. le duc d'Orléans partent demain par ordre et aux dépens du roi , pour assister à son mariage et porter la queue à la reine avec Mademoiselle, leur sœur aînée. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris, le 37 avrU 1660.

LETTRE DX. ^ Au mène.

Il n'y a que deax heures que j'ai délivré une lettre pour vous à H. Troisdamcs , qui est le plus honnête et le plus obligeant de tous les hommes ; je n'en connois point qui le vaille; il faut que je lui donne l'éloge qui est dans Gatule , et que je le nomme optimus bonorum. Nous avons fait ensemble partie d'aller Tété prochain en sa belle maison de Fontenai-les-Roses , près du Bourg-la Reine , où l'on cultive les roses pâles , dont nos apothicaires se servent tous les ans, et là nous y boirons à votre santé , et c'est là que nous dirons les meilleurs mots que nous saurons.

Aujourd'hui , ce même jour à midi , nous avons enterré notre bonhomme Guérin , âgé de quatre-vingt-neuf ans ; nous étions quarante docteurs en robe rouge, et auparavant nous avions assisté à la procession du recteur en Sorbonne, pro pace. G est l'Université qui a fait celle-là, tout extraordinaire, pour la réjouissance qu'on a de la paix. Madame la duchesse d'Orléans Ci^t ici arrivée, laquelle fait pitié, tant elle est triste; elle inspire de la tristesse à tous ceux qui lui rendent visite. On parle ici d'un grand service , pour défunt son mari , dans Notre-Dame, comme c'est la coutume d'en faire pour les princes du sang.

Nous avons aujourd'hui , ce 29 avril , après dtner , été saluer M. Talon , avocat- général ; nous étions douze , qui priebebamus comitatum decano nostro , et nous lui avons présenté cum brevt oi*attwicula un décret qui avoit été fait à son honneur sur une grande feuille de vélin , avec le grand sceau de la Faculté, enfermé dans une petite boîte d'argent fort mince. Il nous a fort bien reçus et fort remerciés de notre gratitude. Nous aurions pu lui répliquer ces beaux mots d'Ausone , in sua gratiarum actione : Hoc debeo quod solvo, et quod soivo adhuc debeo. Nos chirurgiens sont fort étourdis de leur arré|, et ne savent ce qu'ils doivent entreprendre par provision ; ils nous

haïssent fort et nous chx , comme des misérables ; nous ne les craignons point et n'en avons que faire. Pour les apothicaires , ils sont souples comnfe un gant , et voudroient bien avoir nos bonnes grâces. Guénaut leur avoit fait espérer de les rétablir dans les familles par le moyen de Tantimoine , mais la corde est rompue, cela n*a pas réussi; nous sommes plus de quatre-vingts qui l'avons empêché, ainsi ceux d'aujourd'hui paient Tamende de la faute de leurs pères et aïeuls. Tant que nous aurons de la casse , du séné , du sirop de roses pâles , nous pourrons toujours continuer à délivrer Paris de la tyran- i nie et de la trop grande cherté des parties d'apothicaire. Le / monde est aujourd'hui trop pauvre; ces dépenses-, lors- • qu'elles n'étoient que médiocres , auroient pu être tolérables ' sur la fin du bon roi Henri IV, jusqu'environ 1625. •

NuHC alla est œtas , aliter nunc vicitar isthic , . Hœc fuerant suh rege Numa , sub consale Brulo , etc.

Je soupai hier^ le i"" mai ,• chez M. le premier président , qui me dit qu'avant un mois Londres étoit en danger d'un grand changement. H. le Prince le fut voir avant hier , et M. de Longueviile hier. Il est fort enrhumé , et ne peut rien faire faute de loisir ; la grandeur de sa charge le tue , non vu dehit annos Pétri. Il m'a encore invité pour dimanche prochain et de suite, jusqu'à la fin du parlement , toutes les semaines ; mais les grands jours d'été viendront , qui troubleront cet ordre (1).

(i) Gui Patin était aimé et estimé de M. de Lamoignon , et c'est le placer haut. Ce magistrat jouissait, en efiet , d'une grande réputation d'honneur el de probité ; laborieux , de mœurs austères , il avoit ceUe gravité et , il faut le dire , cette décourageante impassibilité que donne Thabitude d'une haute position. Il Joignait h ces qualités un savoir étendu , et dans Toccasion une fleur de politesse , un charme de savoir-vivre tout particulier; aussi Gui Patin ne cesse-t-il de le vanter, de le vénérer, de s'estimer heureux d'être admis dans sa maison. (R. P.^

204 LKTTllEb DE GUI PATl.N

Je viens , ce r*^ mai, de chez M. le premier président pour lui recommander une affaire du fils de feu H. Riolan ; je n'ai point voulu lui refuser ce petit office, qui a réussi de la bonne sorte : là j'ai appris que M. le comte d'Albon étoit malade , et qu'il avoit déjà été saigné trois fois ; hcec voiui nescius ne esses. Je vous baise très humblement les mauis , et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris, le 9 mai 1660.

LETTRE DXI. - Au même.

Je vous dirai que M. deGorrlJveut poursuivre son affaire , et qu'il a présenté requête au parlement, laquelle est signée de quarante-deux docteurs qui sont utrimque sexus, antimoniaux, et contre , mais tous , ou la plupart, ennemis de M. Blondel, notre doyen, qui est un excellent homme, tant à bien faire sa charge qu'à raison de son érudition. De Gorris a peu d'amis , Guénaut lui en a donné quelques uns ; mais la plupart y vont contre leur conscience et en dépit de M. Blondel. Guénaut prioit un de ses amis de signer cette requête en faveur de Gorris ; cet ami le refusa , et lui dit : Si vous entreprenez la cause de Gorris , on dira que vous êtes encore huguenot , comme vous l'avez étéjusquà l'âge de trente -cinq ans, Guénaut répondit que les médecins ne doivent pas regarder de si près à ce point-'là, mais qu'il falloit seulement songer à faire venir le quart d'écu d'une Façon ou d'autre: cet homme ne songe qu'à de l'argent. Un pêcheur dans Tliéocrite disoit :

Somnia sunt catnbuê panes , mihi somnia pisces.

Quand cet homme dort, le diable le berce, et quand il songe, ce n'est qu'à des écus blancs et à des écus d'or, et in lioc solo cardine vertitur fotus iste nebulo , cujus fama in dies » wminuitur apud bonos.

Les deux mesdemoiselles d'Orléans sont parties le !*' maî^ ce matin , en can*osse à six chevaux , pour aller à la cour et .assister au mariage du roi , pour porter la queue dc^ la reine avec Mademoiselle, leur sœur ainée, et la princesse de Carignan , et par ce moyen jl n'y, aura que des princesses du sang royal à cette grande cérémonie. Dieu soit loué de tout, et qu'il lui plaise par sa bonté que le pauvre peuple de France soit bientôt soulagé par la diminution de la taille , impôts et subsides, que les partisans, avec leur avarice » ont rendus insupportables comme ennemis du genre humain : publia canus mala bestia^ tyrvnnus j^opulorum et regnorum. Ce bourreau fait dans un royaume ce que fait un brochet dans un étang: animal est camivorum et sanguisorbwn. Visceribus misemnmi et sanguine pascitur atro.

Comme je sortois ce même jour, aujourd'hui après midi , d'une consultation sur le pont Notre-Dame, avec M. Piètre , nous avons rencontré votre M. Gras cum suo schemate et habitu physico. J'ai dit à M. Piètre qui il étoit; nous l'avons arrêté. Il dit qu'il y a plus d'un an qu'il est à Paris, et qu'il ne sait quand il en sortira; que son procès n'est point encore jugé. Enfin , après plusieurs discours , nous l'avons quitté. M. Piètre m*a dit après que cet homme avoit une étrange mine; que ce . seroit dommage que lui et M. de Rhodes quittassent Paris et retournassent à Lyon avant que notre médecine fût réformée, puisqu'ils ont fait concevoir l'espérance d'un si grand bien tant à Lyon qu'à Paris. Il m'a dit encore que M. de Rhodes pourroit être quelque jour un habile homme , mais qu'il lui falloit encore bien étudier auparavant , etc. Sceptice et ironice. Vous %'oyez comme Ton connoît ces messieurs en ce pays. M. Piètre reçoit quelquefois des lettres de MM. Guillemin et Garnier. Le jeune de Rhodes ne réformera personne de longtemps, nisi pilum mutet oc mentem; il n'est pas encore en état de cela; il ne fefa pas peu pour soi-même, s'il peut se persuader qu'il ait besoin lui même d'un si notable changement,

sed in koe vet'êatw deorum iniquitas^ quod inter homines paucisiimi $e noinnt.

Ut nemo in sese tentai deêcendere, tiemo, Sed prœcedenti spectatur mantica tergo.

Mais il faut que je vou$ donne avis ce 3 mai , qu'aujourd'hui, sur les quatre heures du soir, tandis que j'étois en ville, M. Gras est venu céans, qui m'a rapporté mon Varan-deu8 in-folio (i) , qu'il m'emprunta dès qu'il fut arrivé ; il m'a toujours dit qu'il ne partiroit point sans me le rendre, est-ce qu'il s'en va bientôt? Si cela est, prenez garde à vous , et tout votre collège, et vous gardez de sa réformation ; mais s'il en a quelque bonne , il ne peut pas l'avoir apprise du livre qu'il m*a rendu , car elle n'y fut jamais.

M. révoque de Coutances, grand- vicaire de H. le grandaumônier, nous a tous assemblés chez lui (j'entends les professeurs du roi ) ; il dit qu'il veut réformer notre collège, nous obliger de faire diligemment des leçons (c'est qu'il sait bien qu'il y en a la moitié qui s'en acquittent fort mal ) , mais aussi qu'il nous fera payer. Il a dit qu'il nous mènera chez M. le surintendant des finances pour nous faire payer ; il en a choisi quatre d'entre ijous pour Ty accompagner, dont je suis Tun, et veut que deux fois i an nous fassions un programme des dix-sept professeurs, dans lequel chacun publiera ce qu'il veut enseigner les six mois suivants. Tout le monde parle de réforme, aussi est-elle fort nécessaire.

Rari quippe boni y numéro vix et totidcm quoi Theharum porlœ , vel divilis ostia Nili.

Feu M. l'évoque de Bellay reprochoitautrefoisquelque chose aux moines, qui éloit véritable; eux ne pouvant le nier {nosti

(1) Jean Varandé , célèbre professeur et doyen *de Monlpellier sur la fin du XVI* siècle. (K. P.)

enim eos esse pt*asimtissimos artifices ^ et habereapudse officinam fraudum et mendacionmi ) , disoient bien qu'autrefois cela avoit été, mais qu'il n'étoit plus, d'aïUani que dorénavant ils étoient réformés. L'évoque leur répondit : C'est signe que vous ne valiez guère , puisqu'il a fallu vous réformer : encm^e va de par Dieu si vous rates ^ au moins vous le dites.

Hier au matin , dans le bois qu'on appelle de i^aint-Germain-en-Laye , fut tué de deux coups de pistolet , par deux hommes qui l'attaquèrent, le comte de Beaumont, autrement nommé le Dragon , gouverneur dudit bois. Ces deux assassins ont fait si belle diligence , qu'ils n'ont pu être attrapés. On attribue cette mort à plusieurs ennemis qu'il avoit, vu qu'il avoit maltraité la plupart des gentilshommes de ce pays-ià , etqu*il étoit en querelle et procès avec des gens très puissants, et de grand crédit. Enfin le prêtre assassin deSaint-Eustache a été exécuté aujourd'hui à six heures du soir, devant Saint Ëustache ; il a eu le poing coupé, et a été pendu et brûlé. Il a fort prêché à la potence, et fait de belles remontrances à la jeunesse ; mais c'est là un méchant lieu , il vaut mieux bien faire. Je vous baise très humblement les mains, et suis de toat mon cœur votre, etc.

De Paris , le 4 mai 1600.

LETTRE DXII. — Au même,

Ij6 procès de M. de Gorris n'est point encore jugé, à cause f que samedi dernier il étoit fête ; mais notre dbyen , M. Blon- .' del , poursuit chaudement contre le huguenot , et espère que ce sera samedi prochain : de Gorris a présenté requête à UM. du parlement, laquelle est signée de quarante-deux de nos docteurs , togata mancipia /tœreseos, vel odii in virum bomon decanum nostrum. Tous les amis de M. de Gorris, toute la cabale de Guénaut, et tous les ennemis de M. Blondcl, / n'ont su faire que quarante-deux voix. On a reproché à

208 LETTRÉS DK Glîl PATIX

M. Piètre d*y avoir signé, fit môme d'y avoir fait signer quelques uns de ses amis , à quoi il a répondu que ce n*est qu'en dépit de Blondel : il y a longtemps qu'ils ne sont pas amis. Enfin il faut que nos haines , nos colères et nos dépits nous empêchent d'être gens de bien , tant nous sommes sujets à nos passions.

Impedil ira animum^ ne posait cernere verum»

M. Blondel espère d'avoir arrêt samedi prochain, et il me semble qu'il s'en tient tout assuré , nihilominus tanœn dubia semper fuit et anceps aléa judiciorum. C'est pourquoi Bridoye, graud maître en l'art de chicane, à ce que dit l'auteur françois, jugeoit les procès à trois dés ou à Tétiquctte du sac. Il y a ici un prêtre, à Saint-Etienne-du-Mont, qui a débauché une belle fille en confession , l'a entretenue quelque temps , puis elle l'a quitté et derechef recherché, et enfm ils sont prisonniers. Pour lui, ce n'est qu'un fripon; pour elle, sa première simplicité seroiten quelque façon excusable , mais elle s'excuse de ce qu'elle l'a retourné chercher, sur ce qu'elle avoit un chapelet de senteur que ce prêtre lui avoit donné, et qu'elle croit qu'en ce chapelet il y avoit quelque sortilège. Vous savez bien ce qu'a dit cet ancien, je crois que c'est Quinte-Curce , magia nihil est aliud quam mejwn ingenii humani ludibrium. Elle dit qu'étant retournée avec lui, il la mena au sabbat une sombre nuit , et qu'elle y vit des choses étranges. Cette pauvre fille, qui s'est laissé débaucher, n'ose s'accuser soi-même, et sa trop grande crédulité; elle s'en prend à la prétendue magie de ce prêtre luxurieux , et au diable qui est une autre méchante bête. AVw sum ego caum malorum , Jupiter est {\),

[i) A Pépoque de Gui Palin on croyait encore aux sorciers; notre temps même, qui se vaule de ses lumières , tresl pas tou(-i-fail purgé de cette sottise. Il y a encore bien des quetdont qui n'ont pas fait leur chemin dans tous les enprits, R. P.^

A FAIXONET. 209

On dit ici que le roi veut établir en Provence quelques nouveau! impôts ; cela fait naître des plaintes et du bruit en ce pauvre pays tant désolé. Bon Dieu ! n'y a-t-il pas moyen de vivre doucement, et ne plus entendre parler d'impôts nouveaux, de subsides, de gabelles! 0 miseram Galliam^ in qua miserorwn sanguine et populorum sudore p^incipum et magistratuum ventres miserrime farciunlur^ nec tamen saiiantvr, 0 abdomen insaturabile ! (l)

Il y a longtemps, ce 5 mai , que je n'ai appris de vos nouvelles et que je n'ai point reçu de vos lettres : néanmoins, il ne m'en importe, pourvu que vous soyez en bonne santé ; c*est peut être que vous êtes aux champs. Je crois néanmoins que vous aurez reçu , par le messager de Lyon , le petit coffre de vos dépêches et de vos statuts.

Voilà trois enfants de Lyon qui viennent de sortir de céans, savoir : HM. Rousselet, de Silvecanne et Savaron. Lequa trième n'y étoit point, nommé M. Cochardet. Ils m'.ont indiqué leur demeure, je les y visiterai. Ils m'ont tous trois parlé de vous , et m'ont dit que vous étiez leur médecin ; ils m'ont dit aussi que M. Guillemin n'en pouvoit plus , et qu'il partiroit bientôt pour l'autre monde; ils attendent des nouvelles du mariage et du retour du roi pour y voir son entrée ; mais je crois qu'en attendant ils feront bien de la dépense et de la débauche ; ils ne voudroient pas s'en passer. Dieu est trop bon pour ne pardonner pas à des gens si innocents , et même

(1) Ces continuelles récriminations contre les grands et les paissants ont térilablement de quoi surprendre de la part de Gui Pal in , lui si instrail dans Thiâloire , dans la connaissance du cœur humain. Ignorait-il donc que l'ari de gouverner est de tous le plus difficile et le plus compliqué? L'esprit de progrés et celui de stabilité, une administration ferme et douce , des vues nettes et élevées , le droit et la Justice pour tous, voili ce qu^on eiige des chefs et des pasteurs d'hommes. Ëloiinez- %ousmaintenant si les bons roi.s et les bons ministres, si les bons bergers et les bons chiens sont rares , très rares , et si le compte en esl bientôt fait. (R. l^)

310 LBTTKBS Dfi Gtll PATIN

peu s'en faut qu'il ne leur en doive de reste : ces gens-là n'ont jamais tort.

On dit qu'il a passé un courrier par ici depuis deux jours, qui fait espérer que la paix va être générale, et que celle d'entre nous , Tempereur et le roi de Suède , va être faite ; que les Anglois traitent avec le roi d'Angleterre pour son retour avec diverses conditions. Toujours est-ce un bon signe pour lui, et grande apparence qu'il sera enfin rétabli. Les Anglois feront sagement de traiter avec lui , et de prendre de bonnes assurances contra insidias principitus , de peur qu'on ne dise d'eux ce qui est dans Suétone dans la vie de Tibère , à la lin d'une belle épigramme contre ce tyran :

Et sic Roma périt : regnahit sangninc mnïlu Ad regnum quitquis vtnH ab crih'o.

On tient ici pour certain que le roi sera marié devant le 15 de mai ; je prie Dieu que ce soit pour )e salut de son àme et le soulagement de son pauvre peuple, voire même pour la punition de tant de voleurs partisans qui ont ruiné la France depuis trente-cinq ans. On a fait la paix , et personne n'en est soulagé.

Je vous prie de faire mes recommandations à M. Spon , de lui dire que j'ai reçu le petit paquet de lettres qu'il m'a envoyé par un Allemand ; que je lui rendrai bon compte de ce qu'il me recommande là-dedans.

Je vous baise très humblement les mains , et à mademoiselle Falcooet , et suis de tout mon ççpur vatr^ , ç^tc.

De Paris, le 7 mai 1660.

LETTRE DXIU. - Au viême.

Avant-lûçr (j^près midi mourut ici M. Pucelle, avocat fameux et éloquent , digne de réputation. Il se chargeoit volontiers de mauvaises causes pour gagner davantage : c e$t un vire ass(':ç fréquent au palais d'uujoiinriiui. C'est celui qui

A «'ALCONET. 21 1

plaida pour les chirurgiens contre nous , il y n environ4rois mois. Il a souvent dit que les chirurgiens étoient des ingrats , qui ravoient réduit au piteux état auquel il étoit pendant sa maladie. Il avoit eu depuis trois mois plusieurs médecins; mais, voyant que son mal augmentoit, il se mit entre les mains d'un moine augustin , garçon apothicaire , nommé F. Valérien. Comme on lui disoit qu'il avoit tort de quitter ses médecins, avec lesquels il se rendoit fâcheux et insupportable , et qu'il ne devoit point commettre sa santé à un moine, qui toutau plus n'est qu'un frère lai, qui n'a jamais étudiéen médecine, il répondit fortement et en homme qui n'avoit guère de sens commun : « Les médecins n'ont que leur grand chemin , leur routine et leur méthode. Ce moine-ci promet de aie guérir par des secrets qu'il a et que les médecins igno* rent. » Sur quoi je me souviens d'avoir ouï dire à M. Duret, en parlant de certains conseillers qui s'amusoient aux charla* tans : « Il faut avouer, disoit ce bonhomme, que MM. du parlement n'ont pas l'usage de la raison dans les choses de notre profession. » Et tout cela est aussi vrai aujourd'hui qu'il fut jamais. N'est-ce pas quelque secret du paradis que possède^ roient ces moines, ces têtes encapuchonnées qui ne voient le monde qu'à travers une fenêtre de drap? Saint Jérôme a dit dans ses épitres que les arts seroient bien mieux traités s'il n'y avoit que ceux du métier qui en jugeassent. Sidonius Apollinaris a dit aussi que ceux qui n'entendent pas un métier n'en admirent pas les ouvriers.

il y a quelque temps que je vous parlois de certaines per* sonnes accusées de sorcellerie , qui apparemment seront ren* voyées hors de cour et de procès. Il y a longtemps que beaucoup de juges pèchent grièvement sur le fait de ces pauvres malheureux prétendus sorciers, principalement les subalternes. Le parlement de Paris n'en reconnoit plus , aussi n'y en a-t-il point. Feu M. Naudé, qui étoit un homme d'esprit et un terrible puritain du péripatétisme , n'en pouvoit entendre parler , et appeloit les disqHwtiom magiqjteê de Delrio

lies fables loyolitiques. Le diable est une vilaine bé(e noiro, qui n*a point de blanc en l'œil , de la laideur duquel se ser* vent les moines à faire peur au monde. On disoit autrefois aux petits enfants, quand on vouloitles intimider, qu'il revenoit une bète qui crioit : Rendez-moi ma jambe ; mais les moines ont inventé un autre jargon, avec lequel ils disent aux sots : Hendez-moima bourse» La nôtre en pourra dire trop de nouvelles. Lisez quelque jour à votre loisir le Froficiscanus de Buchanan, et voyez V Apologie de M. Naudé pour les grands personnages accusés de magie. Sénèque avoit finement dit que pour brider l'esprit des ignorants, les sages avoient cru qu'il n'y avoit rien de tel que la crainte, et qu'il étoit utile que dans un si grand penchant au crime chacun se formât quelqu'un au-dessus de soi, auquel on ne pouvoit pas résister, et dont la main ven^ geresse menaçoit leur tête. Ces gens-là, qu'il appelle sages , sont, à mon avis, les législateurs du paganisme, qui ont bien fourbe le monde. Le christianisme est venu après, qui a bien abattu beaucoup de ces abus ; mais les mauvais chrétiens y en ont mis d'autres ; car le monde est plein de charlatans » aussi bien en matière de religion que de médecine. Je suis, etc«

De Paris, le il mai 1660.

LETTRE DXIV. — Au même.

J'ai appris que M. Gras est bien parti d'ici, et qu'il s*en est retourné a Lyon , mais que son procès est encore au même état, non jugé, pour lequel il prétemf revenir à la Saint-Jean. Sa partie , qui est son propre frère, est ici en sollicitation. Il a dit qu'il ne scroit qu'un mois dehors , et qu'il alloit à Lyon quérir quelques papiers dont il avoit besoin ; il n'en sera que ce qu'il voudra; car, comme tout son fait est mystérieux, il n'en faut attendre que ce qu'il voudra qu'on en sache.

Quelques uns disent qu'il y a encore quelque chose h régler touchant les limites de la Catalogne, mais que la cour et les

officiers sont fort incommodés , multarum rerum penttria quœ requîruntur. La reine d'Angleterre est fort réjouie de ce que le roi son fils a mandé que le colonel Monck a fuit manifestement sa déclaration pour leur parti. Lambert s'étoit sauvé de prison , mais il a été repris et y a été remis. Le dernier ambassadeur que le roi d'Angleterre a reçu de Londres s'appelle Barclay ; c'est une grande famille qui est étendue par toute l'Angleterre et l'Ecosse, de laquelle étoit issu Jean Barclay (i), qui a fait VEuphotnnion sive satf/ncoti , et l'Argenis, qui dictus est a Gefinanis vir excitatissimi ingenit.

On dit que le prince de Conti est malade à Dax, que le roi y a envoyé son médecin ; sa femme n'y est point, elle est aux eaux. Le parlement d'Angleterre tient ses séances tous les jours ; on y traite du retour du roi sous certaines conditions , mais la tête de Lambert y est aussi en grand danger : tnnm pro multis dabitvr caput , à ce que m'a dit aujourd'hui un An* glois qui semble en avoir grande appréhension.

Noél Falconet étudie fortement ; il se lève matin, il dispute, il ne perd point de temps avec son répétiteur. H dit qu'il répondra le mois de juillet prochain, soit que M. l'archevêque de Lyon soit ici , ou non. Il est fort aise d'un habit neuf qu'il aura ; il en a déjà des galons qu'il montre à tout le monde ; c'est étrange chose que jeunesse. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris, ce 14 mai 1600.

LETTRE DXV. — Au même.

Les chirurgiens ( ce 20 mai ) de Saint-Cômc ont obtenu des lettres de rescision , pour empêcher que les chirurgiens barbiers n'entrent dans Saint-Côme et qu'ils ne prennent possession de leur maison ; bref, ils veulent casser l'union qui

1) Né à l'oiit-à-Mousson en 1582 , mort à Rome le 12 «oui 16*21.

214 I.KTTHKS DE lifl IWIIN

a éié faite entre eux. Ce procès va à les voir plaider les uns contre les autres ; nous serons les spectateurs. L'arrêt que nous avons obtenu ne laissera point de demeurer en son entier : robes coupées et abattues , bonnets écornés et renversés. Ils se mangeront les uns les autres, et il n'y aura jamais grande perte; néanmoins je crois que Tunion subsist€Ta, et que ceux de Saint-Gôme perdront encore une fois. Il ne m'importe point du tout qui perdra ou gagnera ; car les uns et les autres ne valent rien , et nous haïssent également , comme des laquais bottes , fort ignorants , qui ne savent ce qu'ils doivent aimer, et qui ne savent ce que c'est que philosophie. Ingeiiui nil habet officina : l'intérêt les gouverne , sans aucun égard à la vertu et à l'honneur, qu'ils ne connoissent que de nom.

Ce jeudi 27, nous avons été ce matin en divers endroits pour plusieurs malades. J'avois Noël Falconet avec moi , qui a vu plusieurs processions très belles comme de Saint- Médéric , Saint-Jacques , Saint-Germain , Saint-Jean , où il y avoit une troupe de capucins , Saint-Paul et Saint Louîs-delile. Le luxe de Paris n'a point manqué de paroître , tant en renrichissement des reposoirs qu'aux belles tapisseries dont toutes les rues étoient tendues , principalement celles par où passent les processions.

Le pèrePh. Labbc, jésuite, natif de Bourges, a fait, eu petit volume , la vie de notre Galien , toute extraite de ses œuvres. Il me l'a donnée et dédiée toute manuscrite ; je m'en vais la faire imprimer in-octavo , et puis nous en enverrons à tous nos amis. On parle ici du mariage du roi avec toute sorte d'incertitude ; on dit que ce sera pour le 3' de juin. Voilà un conseiller du Chàtelet qui vient de sortir de céans avec sa femme , et qui venoit se réjouir avec moi du mariage de mon fils aîné. Il m'a dit que demain sera exécuté en Grève un grand voleur nommé le Solitaire, âgé de vingt-deux ans , qui sera rompu, et aura quatre coups vifs; qu'il fut jugé hier prévôtalemcnt , demain matin qu'il sera mis à la question, et

A KALCO.NET. 21i)

i'àprès-dînéè mené en Grève. Il m'a aussi parlé du mariage du roi comme aussi de cho^e fort incertaine; mais ^ue néniimoins on ^'apprêtée l'hôtel de-ville pour lui faire une Uéllc entrée. M. Talon , avocat -général , voudroit bien accommoder raSaire de M. de Qorris à cause de Guénaut qui s'en mêle ; mais M. Blondel a dit à M. le premier président qu'il ne veut point d'autre accord qu'un arrêt définitif ; en ce cas-là , le huguenot perdra. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc

P. S. M. Blondel me vient de dire qu'il a reçu le plaidoyer de M. Talon , à quoi il n'y a qu'un mol à corriger, et les conclusions à mettre de sa propre main , ensuite il le mettra au greffe, et tôt après le fera imprimer. 11 m'a dit aussi que l'Université de Paris a fait opposition et intervention contre H. de Gorris; leur avocat se prépare pour plaider après le nôtre de demain en huit jours. Voilà plusieurs moyens et arcs-boutants pour gagner ce procès contre les huguenots. Je vous prie de faire mes recommandations à madame Falconet et h notre bon ami M.Spon.

De Paru, le 88 mai f 660.

LETTRE DXVl. - Au même. -

Je vous écrivis hier 1" juin , par la voie de M. Langlois , avec une de Noël Falconet. Aujourd'hui j'ai reçu une lettre de votre collègue M. Meyssonier, avec la Phannacopte nentmplie; il me remercie dans sa leltre du service que j'ai rcndtf à votre collège , ce sont ses mots, pour la vérification de vos statuts. Dieu soit loué de tout : il y a grand plaisir de bien faire , et principalement à d'honnêtes gens. Ji» lui ferai réponse à mon premier loisir. Il dit là-dedans que vous ^tes son bon et véritable ami. Quelques uns disent que nous allons avoir la guerre avec les Anglois , à cause de Dunkerqiic.

216 LETTUES DE liUI PATIN

Je viens de rencontrer un huguenot , lequel m'a dit que le roi d'Angleterre devoit hier partir de la Haye pour s'en aller en Angleterre; tout Taccord est fait; qu'il y a quarante et une têtes exceptées du pardon et de l'amnistie , desquelles il y en aura sept d'exécutées , les autres seront punies de la perte de leurs biens , d'exil ou de galères.

M. Rousselet est bien guéri de la fièvre tierce, mais non pas de son humeur mélancolique ; il parle de s'en retourner. Il m'a aujourd'hui fort loué le médecin de sa famille, qu'il m'a nommé M. Guillemin ; à quoi je ne lui ai répondu que oui. M. Cochardet avoit eu quelque petite chose qu'il m'a contée; puis une dame lui donna un autre médecin ; puis il a pris M. Merlet ; il l'a quitté pour un apothicaire que lui a baillé H. Rainssant, qu'il a encore quitté pour me reprendre; mais je ne sais comment il me gardera , tcmdiu , quaindiu, Omtserarn, incautamy et inconsultam JuveniutemI Nec volutU doceri , nec possutU , nec merentur ! 0 lubricam œtatem , et in deterius prodivem! muitis abundat vitiis , virtutibus inimica , voiujjtatibus dedita, inteinperans , Itixurma^ libidinosa^ Et voilà comment et à quoi s'emploie l'argent que les pères prennent soin d'amasser par tant de veilles et de sueurs.

Noël Falconet continue ses leçons et ses répétitions , et dit qu'il sait tantôt tout ce qu'il faut répondre publiquement ; mais il me 'témoigne d'être en peine de savoir si M. l'archevêque de Lyon sera alors à Paris , de quo nihil ausim affirmare /joint que nous ne savons quand le roi y arrivera , n'y ayant encore rien de certain touchant le mariage. Voilà que j'écris à H. Meyssonier, qui vous aime bien, et fait grand état (le vous : obligez-moi de lui faire rendre ma lettre au plus tôt et en assurance. MM. Cochardet , Savaron et Rousselet vous remercient de votre souvenir; ils vous baisent les mains; j'en tais autant à vous et .à madame Falconet, à notre bon ami M. Spon et à M. Garnicr. Je serai toute ma vie votre, etc.

De Paris, le 4 Juin 1600.

LETTRE DXVII. — Au même.

Je vous écrivis vendredi dernier, 4 de juin , par la voie de H. Langlois , avec deux lettres , dont Tune étoit pour M. Heyssonicr et l'autre pour M. Barbier. J*ai aujourd hui rencontré notre avocat, M. Chenuot, lequel m'a dit que les chirurgiens de Saint-Côme n'étoient que des sots, et que la rescision qu'ils avoient obtenue ne serviroit qu'à leur faire coûter de l'argent et à augmenter leur honte. Il dit qu'il est tout prêt de plaider contre de Gorris, mais qu'il y a encore d'autres avocats qui s'apprêtent (ce sont ceux de l'Université), et que jamais les huguenots ne gagneront cette cause.

Pour réponse à la vôtre , que je viens de recevoir ce 6 juin , je vous dirai que je me souviens fort bien de votre M. de Lucques : il a été à M. de Guise et a été à Naples avec lui : c'est un grand, maigre, un peu rougeaud, délicat, et vitreœ valetndinîs. Ce garçon est pulmonique ; il a été quelquefois mon auditeur, je l'ai traité ici malade ; il avoit quelque procès à la grand'chambre , au rapport de M. Musnier. On imprime la Vie de Galien, du père Ph. Labbe, qui est de Bourges (I). C'est Labbe et non Labbé , qui diffère en tout du père Labbé, de Lyon, qui fait du latin par pointes, et de pain d'épices. Cette Vie partira avec quelques autres pièces curieuses que je vous destine.

On dit ici que le roi doit être marié aujourd'hui , 6 juin , et que demain le roi d'Angleterre fera son entrée dans Londres.

Je vous remercie très humblement, et vous et madame

(1) Voici le titre : CL GaUm tnla, expropriis opêrikus eoUeeta, alqye inUrvailiê quatuor diitinela, 1660, in-8".C'efriGui Palin qui la fil imprimer. L^auteur, n^étanl pas satbfait de son premier traYail , en publia la même année une seconde édition avec des changements et additions ; le titre même fut changé : CL GaUni chronologicum elogtum, cum Jaeohi HenUlli^ docior medieui, epiêtola. Celle Vie de Galien est fort savante « la seule complète , et beaucoup d'auteurs y ont puisé sans indiquer la source. (R. P.)

218 I.ETTRKS J)£ ULM l'ATlN

Falcoiiet , de la part que vous prenez au mariage que nous avons fait de mon atné. Nous n'aVons fait aucune assemblée ; il n*y a eu de notre côté que le frère du marié, Carolusmeus , filius dulcissimus, pathologiœ professor , et le frère et la sœur (le ma femme. Tout le monde se loue de cette modération; les grandes assemblées sont fort importunes et incommodes. Notre profession nous empêche de faire tant de cérémonies » joint qu'elles coûtent trop. Faites-moi la grâce de faire mes recommandations à notre cher et féal ami M. Spon, qui recevra dans huit jours une autre grande lettre de quatre pages, j*en suis à la troisième. Je lui écris volontiers, et à vous encore davantage. J'ai de la joie quand je vous puis mander quelque chose que j'espère vous pouvoir être agréable: aussi je lis et relis vos lettres avec réjouissance, et j'ai souvent regret que je n'aie de ces bonnes nouvelles à vous mander telles que je désirerois bien ; mais quid facet^evi ?

Je vis hier chez M. Rousselet un révérend père augustin , homme sage , savant et bon compagnon , nommé le père Carpentiei', qui fait grand état de vous. Nous causâmes ensemble de plusieurs choses. Je le trouve homme d'esprit et de belle conversation ; je lui ai promis de vous faire ses recommandations. Que fait votre Basset? M. Bouge est-il reçu? Paiera-t-il les 100 écus de la vérification de vos statuts? Cela causera quel- (|ue tranchée dans la tête ou dans le ventre d'un Provençal , qui est natif d'Antibes. Il y a ici des lettres qui portent, ce 7 juin, que le roi d'Angleterre fera son entrée dans Londres le 9 de ce mois, qui sera mercredi prochain. Pour le mariage du roi, nous n'en avons encore rien de certain; lès Espagnols opposent toujours par de nouvelles finesses leurs froideurs accoutumées à nos chaleurs ordinaires ; néanmoins Ton dit que ce doit être pour le 8 de juin.

Je fus hier souper chez M. le premier président, que j'entretins assez bien devant le souper; mais, comme nous achevions de souper, survint M. le comte d'Albon, qui dit qu'il avoit aoupé; tôt après survint madame sa femme, et puis

A FALCONBT. îlî)

d'autre iiioiide, ce qui tut cause que je m en vins tout doucement sans dire adieu à personne , coirime on fait i^hez les grands. J*appris là que te dernier rompu de la Grève étoit le vrai Solitaire ; qu'il avoit , avant Tàge de vingt-deux ans , tué cinquante personnes ; qu'il s'appeloit de la Noue ; que son père est à seize lieues d'ici moine de l'ordre de la Merci ; qu'il avoit été complice du vol de M. du Plessis-Belièvre , ce qu'étant reconnu , il satisfît à partie et se rendit moine ; qu'alors il étoit écuyer de M. de la Vieville; qu'il avoua à la question que lui étoit le véritable Solitaire , et que tout ce qu'il ^voit dit durant son procès d'un autre étoit faux. Hier au matin , rile Barbette, il Veut un grand carnage de plusieurs laquais qui s'y battirent en duel ; il y en a eu plusieurs de blessés et sept de tués sur la place. Les maçons et tels ouvriers de bâtiment ont tâché de faire ici sédition (l), laquelle eût été à craindre, tant elle étoit grande, mais on en a pris prisonniers par arrêt de la cour; on croit que le danger en est passé. Je vous prie de faire mes humbles recommandations à madame Falconet , à tous nos amis , à M. Spon et à M. Garnier, ei d'être persuadé que je suis de tout mon cœur votre, etc. Quand nous viendra le Saint-George du père Théophile Rayuaud?

P. S. Le roi d'Angleterre a mandé à la reine , sa mère , qui 66t ici, qu'il est arrivé en Angleterre, et qu'il ne vit jamais tant d'aeclamations. On attend demain le courrier qui apportera la nouvelle comme il est entré et a été reçu en Angleterre. La paix est faite entre le Danemark et la Suède ; celle de la Pologne est faite aussi. Le^ lettres de Hambourg portent qa*il y est arrivé deux vaisseaux de cromwellistes qui se sont exilés de Londres , et qu'ils n'y ont point attendu le retour du roi d'xVngleterre.

DeP«riii,le8Jain166K

(1) On voit que la grève des ouvriers en bâtiment et même d'autres corps de métier n'esl pas chose nouvelle, car cette sédition n'était pas autre chose. (R, P.)

LETTRE DXVIll. — Au même.

ic vous al écrit que le roi d'Angleterre a fait sod entrée dans Londres le 8 juin. Ce même jour, il a fait le général Monck chevalier de la Jarretière. Le milord Lambert s*tHoit encore une fois sauvé de prison , mais il a encore été repris. On a fait commandement à tous ceux qui sont de la famille de Crorawell et de son gendre de sortir d'Angleterre et des deux autres royaumes : certes digitus Dei hic est. Voilà un succès tout-à'fait extraordinaire de la puissance de Dieu sur le gouvernement des Etats , tôt ou tard il se fait paroitre. Si le roi d'Angleterre d'aujourd'hui vouloit, se voyant rétabli . faire comparaison avec une certaine galerie dont a parlé Martial , il pourroit dire :

Sunc ci damna juvanl, êunl ipsa pericu'a iantiy Stantia non poterani tecia probare Deo.:.

Mais en voici d'une autre. Para assem , et habebis fabulant. Hier, à six heures du soir, furent rompus cinq grands laquais en la rue Saint-Antoine ; il y en a encore deux autres prison* niers de la même troupe, les autres ont pris la fuite au nombre (le neuf. Seize coquins surent qu'une veuve qui n'avoit qu'une servante avoit nouvellement reçu quelque argent ; ils s'en allèrent eifrontément là-dedans, lièrent et garrottèrent ces deux pauvres créatures, qu'ils volèrent et emportèrent tout ce qu'ils purent. Quid facerent hostes capta ciiÂdelius w^be? Je suis bien fÀché que l'on ne tient les nteuf autres , aiin qu'ils subissent la même peine qu'ils méritent fort. Le diable n'est- il pas bien déchahié sur la chrétienté, que tels crimes se commettent par de telles gens, et au milieu de Paris? En fait-on de plusinfàmesen Turquie, où l'on ne prêche point TEvangile du Messie et où il n'y a point de moines? Pour moi, je crois que la tin du monde viendra bientôt, quand je vois tant d'iniquités.

A FALCONBT. 2*21

Nous avons céans votre planche , que Noël Falconet a été recevoir ce matin ; nous la conserverons et en ferons ce qu*il faudra. Je lui ai fait voir votre lettre, et Tai averti qu'il redouble son étude, d'autant cfUe M. Tarchevéque de Lyon sera bientôt ici.

On dit que le cardinal Mazario arrivera aujourd'hui à la Rochelle, d*où dès tlemaiu il partira pour venir de deçà eu diligence, afin de donner ordre à plusieurs choses, et entre autres à quelques siennes nièces , et à l'entrée que l'on prépare pour le roi.

On dit que le marquis de Richelieu est fort en faveur au«près du roi ; c'est lui qui est le gendre de madame de Reauvais , qui est chez la reine.

On tient ici le roi marié du 6 juin , et quelques uns disent déjà qu'il est en chemin pour revenir à Fontainebleau. Nous avons perdu un de nos compagnons , nommé H. Mandar, âgé de soixante-dix ans ; il s'étoit fait huguenot pour épouser une femme laide et riche, et est mort tel en Touraine, où il setoit retiré dans une maison qui lui appartient, où il a été trois ans paralytique. 11 y en a encore vingt-un devant moi , entre lesquels il y en a quelques uns de bien usés et fort arides ex ticritaie senili.

On dit que le roi sera ici le lô juillet prochain, et que nous allons voir beaucoup de princes souverains ligués ensemble pour faire la guerre au Turc, savoir, le Persan, l'empereur, le prince de Transylvanie , le roi d'Espagne , les Vénitiens, etc. I.*es Anglois et les Hollandois se sont déclarés pour le roi de Danemark contre les Suédois , qui ont encore tâché depuis peu de les surprendre On parle aussi des Mos«> rovites contre les Polonois.

Je vous remercie de votre Arithmétique latine , que je reçus hier par H. Troisdames ; je délivrai aussitôt Ji Falconet M)n cahier pour ta langue italienne: il est fort diligent , et il ne manque aucune de mes leçons. Je vous prie de dire à M. Rarbier que je viens de recevoir sa lettre et les beaux vers

222 LKTTRIS DB Caîl PATtN

de M. Boissat, qui est un gentihomme de mérite , et que jlioliore H y a plus de trente-deux ans. Tout notre arrêt est encore au greffe , h cause de l'absence du greffier, M. Boileau ( i ). L'affaire de M. de Gorris est toujours là , il ne jouit point ; c'est à lui à poursuivre l'audience, laquelle ne se pourra avoir que très difficilement. J'ai recommandé Taffaire des menuisiers de Lyon , que M. Barbier m'avoit recommandée , à quatre conseillers de la quatrième des enquêtes, l'un desquels est H. Bouvard , fils du feu premier médecin , qui tous quatre sont des plus forts delà chambre. L'un des quatre médit à l'oreille : Je sais bien ce que c'est: je ne sais si ces menuisiers pourront gagner leur cause. A quoi je puis vous dire ce que Néron disoit sur le théâtre aux juges des prix destinés pour ceux qui avoient le mieux chanté : Facienda feci , eventus est in manu fortwve , comme dit Suétone ; ou comme a dit Apulée en ses Plorides : Omnibus honis in rébus conatus fuit semper in lande , eventus in fortuna. Je vous baise les mains , et vous prie de faire mes recommandations à madame Falconet, à tous nos amis, et principalement à M. Spon, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris , le 16 Juin 1660.

LETTRE DXIX. ^ Au mpme.

Comme je me sens fort honoré de l'honneur de votre amitié, aussi dirai-je que je suis ravi de vous écrire et de vous témoigner ma diligence dans les occasions. Je vous envoyai hier un paquet de lettres par la voie de M. Langlois (ce samedi 19 juin) dans lequel étoient deux lettres pour vous, de trois pages; une pour notre bon ami , M. Spon , et une autre pour

(I) Le père de rilluslre auteur des Satires ot de VArt poétique , etc.

A PALCONET. 2d«?

M. Barbier, qui m*R envoyé Y Arithmétique du père Liotaud , iroparfaîte d'une feuille. Noël Falconet n'est, pas aujourd'hui venu à ma leçon, car il a assisté à l'acte d'un Lyonnois, nommé Manis, au collège de Lisieux, où même il dit avoir disputé.

Je viens de recevoir votre paquet de lettres , ce dimanche 20 juin. J'ai donné à Noël Falconet sa part , avec le mémoire de la lettre pour M. le Sanier ; j'y ai trouvé la lettre de M. Meyssonier, dont je vous remercie, et auquel , pour toute réponse, je vous prie de dire que je lui rends grâces de la sienne; que je n'ai jamais vu son livre dont il m'écrit, inti* tulé Y Histoire de l' Université de Lyon; mais je vous prie de me l'acheter et de me l'envoyer, avec le Sanctus Gregorius (appadox du père Théophile Raynaud , quand il sera achevé, si ce n'est que l'auteur même vous en donne un pour moi; j'ai grand regret de n'avoir vu ce livre ci devant. Vous pourrez aussi lui dire que Fr. Rabelais est mort à Paris Tan 1553, dans la rue des Jardins , paroisse de Saint-Paul , et qu'il y est enterré dans le cimetière , au pied d'un grand sirhre ^religione ^rum miUtos servata permmos. Il dit en mourant : Tirez le rideau , la farce est jouée, comme rapporte Freigius , tom. I , Commentar. inorationes Ciceronis ; en quoi il imita Auguste, qui , au rapport de Suétone, en mourant demanda k ses amis : Mtmquid vitœ minium coinmode peregisset? etc.

M. Simonet est «iJroit et rusé comme un fin vendeur de perles et un jqaillier rafliné. Je l'ai quitté ce ipatin ; il est fort content de moi ; je l'ai fait saigner hardiment cinq foi« , tout in nephrelico dolore , ^«/tm in arthritico , qui , ut morin est , priiâ^m subsecuttts est. Il n'a point avalé d'huile d'amandes douces, et n'a usé d'aucun secret, car je n'en ai point; je n'en demande qu'un à Dieu , nempe bene medçndi methodum , qaœ est arcanum cuifs yiiaximum , et secretum secretorum serretissimwn , e/wu jmucis notum I Quand op va par ce chemin là, on ne se fourvoie jamais, c'est le chemin des gens de bien , sed qui qmpmnt Inerum , per fraudes et impost^iras , per

vias obliquas gradiuntw\ tels que sontGuénaut, des Fouge^ rais , Bodineau , et les deux gazetici*s , et aliœ pestes artis nostrœ (I).

On parle ici du retour du cardinal Hazarin , et qu'il arrivera ici quinze jours avant le roi, afin d'envoyer ses nièces quelque part loin de Paris, d'où elles ne puissent jamais voir le roi ni être vues de lui ; on dit que notre nouvelle reine a bon appétit,

fet qu'elle mange comme sa belle-mère. Il ne faut pas tant manger si on veut vivre longtemps , natura paucis contenta, Ett passant de la médecine à la politique , il y a longtemps qu'on nous mange ; la France pourroit dire à bon droit avec Piaule,

Pdiù et ossa sum, misera tnacritudine.

Me pardonnerez- vous, monsieur, si je vous écris la débauche que je fis hier? Ce mardi 22 juin, je me laissai entraîner avec ma femme et nos nouveaux mariés h Saint-Denis . où je vis la foire, qui est une chélive chose. L'église est belle, mais un peu obscure; le trésor, où il y a bien du galimatias et de

(1) Notre auteur se laisse toujours emporter è sa vivacité passionnée contre ces itibiales tcrtoret , ou ces médicaslres qui ont beaucoup plus d'habileté accessoire , de vulgaire savoir-faire que de mérite réel. Sans doute, ce $ecrelum iecretorum $ecreli$$lmum de bien guérir consiste dans un savoir profond , réel , et dans la bonne méthode d'appréciation. Mais faut-il pour cela rester stationnaire , n'adorer que le dieu Terme , repousser tout progrés , toute idée qui germe , toute lumière commençant à poindre sur Phorixon scientifique ? Ce serait un sacrilège. Je l'ai déjà dit, quand l'homme durerait autant que le soleil , il irait toujours apprenant quelque vérité nouvelle , il mourrait encore affamé de savoir. Or, comment Gui Patin pouvait-il croire qu'avec Hippocrate et Galien on avait le dernier mot de la médecine ? C'est là précisément le reproche que lui iirrnt ses adversaires sérieux, et non sans quelque fondement. Mais rien de plus vrai , on tombe toujours du côté où l'on penche , les plus grands hommes ne furent point exempts de pareille chute; tous se sont fait illusion sur le mieux , sur le vrai , tous ont pu dire ce mot d'un ancien , répété souvent par Gui Patin luimême : Decipimur •/ ecie recti, ( K . P/

A FALCONET. î^ft

la badinerie , pro mare gentîs^ et les tombeaux des rois , où je ne pus m'empécher de pleurer, voyant tant de monuments do la vanité de la vie humaine; quelques larmes m'échappèrent aussi au monument du grand et bon roi François I*', qui a fondé notre collège des professeurs du roi. Il faut que je vous avoue ma foiblesse, je le baisai même, et son beau -père Louis XII, qui a été le père du peuple et le meilleur roi que nous ayons jamais eu en France. Il n'y a point encore de tombeaux érigés pour les Bourbons, qtiorum cadaveraservantur in quadcmi cella^ dans le chœur au-dessous du grand autel , à main droite , où on à mis encore depuis peu le duc d'Orléans, qui mourut à Blois le 2 février, et le septième jour d'une lièvre continue , avec une fluxion sur la poitrine et quatre prises de vin émétique , dont Guénaut ordonna les trois dernières , disant que c'étoit le vrai moyen de le guérir. Sic nuh riuntur principes^ sic iturad astra, faute d'un bon médecin qui sache le secret de Galien , cito et fréquenter mittendo sanguinem^ pour empêcher que le feu ne se mette dans le poumon et dans le cœur. Ha femme étoit ravie de ces bagatelles , et prenoit pour autant de vérités les pçtits contes qu'un moine lui débitoit, en les autorisant avec sa baguette. J'étois déjà informé de ces sottises, lorsque je fus à Saint-Denis aux funérailles du roi Louis XIII, avec notre doyen M. de la Vigne , en J642.

Le prince de Condé est arrivé la nuit passée à Paris, n'ayant été que quatre jours à venir ici de Poitiers. Oïditque l'empereur envoie ses troupes en Hongrie y faire lit guerre au Turc pour obtenir des réparations de certains pillages que les Turcs y ont faits.

Nos nouvelles de Londres portent que les deux frères du roi , les ducs d'York et de Glocester, ont été prendre leur place dans la chambre de la noblesse, au-dessus des gentilshommes du pays; mais on. n'y a encore fait mourir personne.

On fait ici grand bruit de la mort de mademoiselle de Guerchi. i>n avoit mis prisonnière dans le ChtUeiet la snge« m. ir>

l'emme ; elle a été traduite dan& la Conciergerie par arréidélai cour. Le curé de Saint- Ëustache a refusé la sépulture au eorpa de cette dame. On dit qu*oo l'a porté dans Vhôtel de Condé^ et qu'il y a étiè rois dans la chaux, afin de le consumer plus tôt, et qu'on n'y puisse rien reconnottre si on venoit à la visite. La sage-femme s'est assez bien défendue jusqu'à présent ; mais alice adtmvebtmtur mackinœ , aliœ artes adhibebuniur ad eruen-* dnm verum.ie crois qu'elle sera mise à la question ; les vicaires généraux et les plénipotentiaires se sont allés plaindre à M. le premier président que depuis un an six cents femmes, de compte fait, se sont confessées d'avoir tué et étouffé leur fruit , et qu'ils y ont particulièrement pi*is gai'de sur l'avis qu'on leur a voit donné (1).

Hier deux voleurs furent pendus à la Grève, tous deux jeunes, qui voloient ici alentour ; l'un des deux avoit été

(1) CeUe demoiselle de Guerchi, séduite par le duc de Vitry, se fit avorter et mourut des accidents qui survinrent. Oo croit, mais sans preuves, que ceUe aventure donna lieu au fameux sonnet de f Avorton, |Mir le poêle Hesnauit , et dont voici les derniers vers :

L*«mour, malgré ThoBnctir, t*a fait donner U vie» L*.lionn«ur, malgré Vamour, ta fait douocr la mort.

On peut consulter fiayle, article Gui Patin, Dictionnair» historique y sur Pinflme coutume des dames romaines de se faire avorter , »ed non itnpune , comme dit Ovide.

M. de Chateaubriand a cité ce p«ssag;e de Gui Patin , parlant de ces six eenU fenaiea qui , depou un an , se sont confessées d'avoir tué et éloufTé leur fruit. Quelles mœurs! quelle corruption I Ce qui n^empécho paa que Tépoque de Gui Palin n^ait été regardée , louée et citée comme le bon tempe par la génération suivante. La plupart des siècles ont été calomniés de leur vivant ; il ne faut donc pas attribuer au nôtre une dépravation plus profonde que dans les temps qui ont précédé. D^ailleurs aujourd'hui , ainsi qu'on en a fait la remarque , tout est connu , tout est public. Quand un crime est commis dans le dernier village de France . il passe aussitôt du petit journal de la localité dans tous les j'.'urnaux du royamn^". Puis v'ennent les Compte s^rendue de /a jWke,

A TALCONBT. 2^7

tambour du roi. li est des larrons de tout métier ; Guénaut méipe en a fait être du nôtre. On ra*a dit aujourd'hui que notre des Fougerais se plaint de son même mal que Tan passé , vereri débet ne ait illi autumtms libîtinœ quœstus acerbœ.

La paix est faite tout-à-fait entre les Danois , Suédois et Polonois : la voilà tantôt par toute TEurope. Je vous baise les maina , et suis de tout mon cœur votre , etc.

P. S. Le greffier travaillée notre arrêt; je suis député pour travailler la semaine qui vient, avec quelques autres collégués, à Texamen des comptes de notre faculté.

De Paris , le 23 join 1600.

LETTRE DXX. — An mêino.

Je vous envoyai ma dernière vendredi dernier, 25 juin, par la voie de H. Troisdames; MH. du parlement onf ordonné que le lendemain samedi seroit fête, et le lundi suivant , à coûte que le Te Deum fut chanté dans iSotre-Dame pour le ma" riage du roi^ et les boutiques furent fermées le samedi 26 juin. M. de Vendôme étoit malade d'une fièvre tierce, laquelle est devenue continua S'il meurt, il faudra dire: Belle âme de* vont Dieu^ s'ii y croyoitî Au moins n'en faut- il point jurer qu'on ne soit assuré; car ce sont d'étranges gens que les princes d'aujourd'hui, et peut-être que tels ont été pareillement ceux du temps passé. .

' Je ne vois plus ce prêtre qui est tant déréglé ; il ne parolt plus dans les rues, latet abdttus agro oel angulo urbia. J'ai

espèce de grand-livre criniiuel, aussi régulièrctnent tenu que celui de la detle publique. De pareils documents n'existaient pas autrefois. Horace annonçait déjà progeniem vittosiorem ; la nôtre est-elle donc inférieure à la génération corrompue de la Rome des Césars? Conve« Dons qa^l y a loojoura des vices et des crimes au fond de toutes les sociéléa, comme il y a du limon au fond de tous les fleuves. (R. p.)

•228 LETTRiiS l)K r.ri PATIN

pour qti*il no se mette, faute d*argeni , à Taire quelque vilain métier, dont il se repentiroit à loisir. Paris est plein de fripons , de voleurs , de faux monnoyeurs ; on a beau en pendre, on n'en sauroit faire tarir la sourœ. Dieu veuille qu'il s'amende , et que non abeat in comiliwm impiorum, unclique naufragium imminet.

Le roi devoit arriver à Bordeaux la veille de la Saint-Jean , M. d'Espernon Vy a précédé; mais en ce temps-là toute la ville a été fort étonnée d'un grand tremblement de terre, qui a eu d'horribles circonstances. Les grosses cloches en ont sonné d'elles-mêmes, des pierres, des rochers en sont tombés: bcef , tout le pays en est fort scandalisé ; ils n'en attendent rien moins que la peste et des impôts. Cela est arrivé le 21 juin , qui est le même jour que M. d'Espernon y arriva. A aigniscœii nolite metuei^c : je suis de l'avis du Saint-Esprit

M. le comte de la Feuillade est disgracié pour avoir dit quelque chose mal à propos du mariage du roi , mais cela se raccommodera. On a renvoyé en Espagne quelques dames espagnoles qui étoicnt à la cour au service de la reine; on •eur a fait de beaux présents; elles s'en sont retournées contentes, disant néanmoins qu'elles ne se pou voient accoutumer en France, et que l'on n'y bu voit point assez frais. La reine nouvelle ne parle point encore françois ; elle dit seulement ces mots : Allons à Paris. On dit qu'ils seront à Fontainebleau le 15 de juillet , qui seroit une grande hâte , ce me semble. Noël Falconet acquiert chaque jour quelque degré de sa^ gesse , et dit qu'il répondra bien. Il aime fort à être près de moi et à m'écouter parler. Avant-hier après dhier , comme nous nous entretenions lui et moi , il survint un honnête homme , avec qui je parlai environ demi-heure, et puis je le menai dans mon étude pour lui faire une ordonnance. Cet officier du roi le regarda fort, et après il me dit lorsque nous fûmes seuls : «Ce petit jeune homme-là vouséc/oute atten- » tivenfient, et veut apprendre. Ahl que si j'étois en sa place, n je ferois bien mon profit do votre présence ! » Je lui dis (|iii

A PALCONKÏ. i^9

VOUS étiez, et il me promit de vous aller saluer quand il ira à Lyon.

On dit que le roi n1ra ni à la Rochelle ni à Tours ^ mais que de Bordeaux il viendra à Poitiers , et puis à Charobord et à Blois, et de là à Fontainebleau. Le roi d'Angleterre a désiré que Von changeât M. de Bordeaux , notre ambassadeur qui est à Londres , qu'un autre fût envoyé en sa place. On dit que ce nouveau roi se plaint fort du cardinal Mazarin . On dit aussi que le roi d'Angleterre, les Hollandois, et le roi de Danemark, vont faire un grand accord ensemble, dans lequel ils feront ce qu'ils pourront pour nous y faire entrer , aux dépens des autres qui ne voudront point être de nos amis ou alliés.

Il court ici un libelle de huit pages in-quarto , par lequel il est prouvé « que le crime dont la dame Constantin , sage* » femme 9 est depuis peu .accusée, n'est qu'une suite de lu » doctrine des jésuites , et aussi pour détromper les dames » qui se laissent abuser par cette erreur, sous prétexte que j» ces pères l'enseignent dans leurs livres. »

On dit que la sage-femme se défend fort bien ; elle avoue que mademoiselle de Guerchi est morte chez elle, mais qu'elle ne lui a donné aucun breuvage; qu'elle vint chez elle fort malade , où elle mourut en criant cruellement ; qu'elle a ouï parler d'un certain breuvage que ladite dame avoit pris, mais qu'ell0 ne savoit ce que c'étoit ni qui l'avoil fait.

M. de Maunouri, abbé de Gaillac, maître des requêtes, n'est pas bon marchand de son insulte contre M. le premier président ; les maîtres des requêtes l'abandonnent , aussi bien que H. le chancelier. On lui a envoyé un ajournement persoonel , signé de M. le procureur-général , auquel s'il ne défère, il sera changé en prise de corps. On dit qu'il est allé à la cour chercher de la protection.

On dit que le cardinal Mazarin arrivera ici avant le roi , mais qu'il est mal en sa santé , ex frequtenti dolorc nephretico etacefTimti jwdagra; mors etiam saxts mamiwnàmque euem't. On dit que le roi est présentement à Poitiers , qu'il sera le

230 LETTRES DE lil'l 1»AnN

9 de ee mois à Amboise , puis qu'il viendra à Cliambord, ou il séjournera quatre ou cinq jours ; de là à Blois , aprte cela, à FontaineMeau , de )à h Coropiègne, avant que de faire son entrée dans Paris , pour laquelle on continue de travailler eu divers endroits . et surtout dans la rue Saint-Antoine , dans le même faubourg, à la Grève, sur le pont Notre-Dame., au Marché-Neuf et ailleurs.

Les nouvelles de M. de Vendôme ne sont pas bonnes , il est encore en danger de sa personne. Le tremblement de terre n'a pas été seulement vers Bordeaux , mais aussi en Auver^ gne et ailleurs. Le roi passera à Richelieu, et on croit qu'il y séjournera plusieurs jours. On dit que ta reine a eu des maux, de cœur, d'où Ton soupçonne qu'elle est déjà grosse. Gela serolt agréable aux gens de bien , pourvu que le peuple soit, soulagé , lequel languit il y a longtemps de trop de pauvreté.

On rompit hier un voleur à la Grève ; aujourd'hui seront pendus trois autres malheureux au faubourg Saint*Germain. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 2 juillet 1660.

LETTRE DXXL — Au même.

Je vous envoyai hier, ce 3 juillet , une lettre de quatre pages par la vMedeH. Langlois. On ditqueM.rabbédeGaillacest. allé en cour pour obtenir un arrêt d'en-haut touchant Vinsuite qu'il a faite ii M. le premier président; cet abbé ne trou* tant point ici d'appui suffisant, ni parmi les maîtres des. requêtes, ni dans le parlement ; ses amis mômes avouent qu'il en sera mauvais marchand. Le parlement fut encore hier assemblé pour cette affaire.

Votre jeune médecin, M. L. de Serres, est ici, qui vient soigneusement h mes leçons ; il m'a dit qu'il avoit laissé son

eompagnofi de voyage , M. de Rhodes , à Lotidl*es , iiéaumoiiis incertain s'il passeroit en Hollande ou eti Flandre.

Ce joard'hoi 5 joHIet , nous avons fait la licence de nos vieux bacheliers ; ils sont sept en nombre , dont celui qui est le deuxième, nommé Dodart, âgé de vingt*cinq ans, e^ un des plus sages et des plus savants hommes de ce siècle. Ce jeune homoie est un prodige de sagesse et de science , monstrum $ine t;iVio,comme disoit Adr, Tumebus de JosephoScaligero{l). Hier leur paranymphe fut fait en nos écoles; mon^rang vient de donner le bonnet à celui qui a eu le trots. Il faut achever mes leçons, et après je travaillerai à en faire le latin ; il ne me coûtera que du temps, mais j'en ai si peu que c'est pillé.

J'ai vu aujourd'hui M. le premier président chez lui; comme je le quittois, j'ai trouvé M. le lieutenant criminel qui alloit parl^ à lui ; ils m'ont arrêté tous deux et m'ont proposé àU rerses questions sii[)ef'aborfu{i), et comment les sages-femmes et les chirurgiens se gouvernent en tel cas. Je leur ai dit qu'il y a en France des juifs déguisés qui facinuspalmarium reputant accidere gentem; cesoni les chrétiens qu'ils entendent (je faisois allusion à un certain). Je vois bien que l'on travaille au procès de la sage-femme de mademoiselle deCuerchf, et qu'elle n'est pas, comme on dit, hors de danger, joint que le lieutenant cri-mine! est un étrange compagnon, qui fait rudement justice.

(1) FoDtentlIe n'a pag manqué , dana son éloge de Denis Dodarl , de rapporter ces paroles de Gui Patin. Puis il ajoute : « Toute* les circonstances du témoignage de M. Patin sont assez dignes d^ attention : il était médecin, fort saTant, passionné pour la gloire de la médecine; il écrÎYaît II un de ses amis avec une liberté non seulement entière, mais <|oelqaefois excessive. Les éloges ne sont pas fort communs dans ses lettres, et ce qui y domine, c'est une bile de philosophe irés indépendant. » On ne peut qu'acquiescer è un pareil Jugement plein de sens et de vérité. (R. P.)

(â) M. le préfet de la Seine vient de saisir TAcadéraie royale de médecine d'une question analogue, è savoir : Quelle peut être Vinfluenee du seigle ergoté $ur la vie de$ enfante et sur la eanté de» mer et? ( Bulletin de l'Académie royale de médecine , Paris , 1S45 , t. X , p. 665. }

, l3'2 LKTTK£S Dli GUI TATIN

Ou s'en va faire publier des monitoires par toutes les paroisses , touchant Taffaire de la dame Constantin , sag^ lemme; elle a été resserrée; il y a un chirar^en prisonnier pour le même fait.

L'ajournement personnel contre M. Tabbé de Gaillac a été changé en décret de prise de corps , s'il ne se présente dans trois jours ; sinon il sera trompette par les rues et carrefours de Paris.

Le tremblertient de terre a été fort grand aux bains de Baréges , près des Pyrénées. Il y a eu vingt-six hommes tués et (juelques blessés. Il y a duré trente-six heures, et a été senti en plusieurs autres endroits.

Les deux filles de madame la duchesse d'Orléans, qui étoient alléesàlacour pour le mariage du roi, sont ici de retour d'hier au soir. Mademoiselle, leur sœur aînée, y arrivera demain ; si bien que voilà la cour qui s'approche de nous. Guénaut a ici reçu un terrible scandale pour son vin émétique, dont plusieurs se plaignent fort de lui. Un des nôtres, nomméM.Mo* risset, traitoit un riche bénéficier, âgé de vingt-huit ans ; Guénaut y fut appelé à l'insu de M. Morisset; il dit qu'il le guériroit avec deux verres de tisane laxative. il ordonna donc deux apozèraes chez l'apothicaire; le malade n'en prit qu'un, a quo mulia dejecit. Guénaut, qui vit cette grande opération , dit qu'il étoit guéri et qu'il falloit qu'il prit encore le lendemain matin l'autre verre, et dit aux parents qu'il leur avoit parlé de tisane laxative, mais que c'étoitdu vin émétique, qu'il le leur avoit caché de peur qu*on ne l'empêchât de si bien faire, et s'en alla. Une demi-heure après, le malade se trouva nal; on courut requérir Guénaut, qui ne demeure qu'à quatre cents pas du malade; il y vint et le trouva mort. Les bénéfices sont perdus , toute la famille crie et se plaint fort de lui.

Je salue mademoiselle Palconct, M. Spon , et suis de tout mon cœur voire, etc.

De Paris, le 6 Juillet KMK).

LETTRE DXXII. — Auntètne.

H. le chancelier a été fort malade d'une néphrétique; il ^ vidé une pierre et se porte, mieux.

On dit que Tabbé de Gaillac est mal , et qu'on le poussera bien loin. Je ne vois ici personne qui ne l'accuse de grande imprudence. Ce malheur confirmera dans le parlement l'au-» torité de M. le premier président.

On dit que le roi est toujours réjoui d'amener la reine sa femme à Paris , et d'entendre parler des beaux préparatifs qu'on lui fait; mais néanmoins plusieurs croient que ce ne sera qu'au mois de septembre.

Ou dit que M. de Vendôme est hors de danger, mais M. Raiiissant n'est point encore de retour. M. le Prince et madame de Longueville sont allés à Amboise au-devant du roi. Le surintendant des finances et autres parlent d'aller audevant de son Ëminence jusqu^à Orléans. On redouble la dépense pour avancer les apprêts de l'entrée du roi.

Je vous prie de dire à madame Falconet que je lui demande pardon de la débauche que j'ai faite d'aller voir l'église , les tombeaux et le trésor de Saint-Denis, avec ma femme et nos nouveaux mariés. Elle peut bien me pardonner, ce n'est point ma coutume; je n'en fis jamais tant , et peut-être que jamais je n'y retournerai. Je ne fais guère de débauche que dans mon étude avec mes livres, au moins n'en fais-je point tant comme je voudrois bien. Feu M. Piètre , qui a été un homme incomparable, tant en bonté qu'en science , disoit qu'il faisoit la débauche lorsqu'il lisoit Gicéron et Sénèque ; mais qu'il se réduisoit aisément à son devoir avec Galien et Fernel , cujvji paihiilogiam impente adamabai : ainsi je me suis réduit dans mon étude depuis ce temps-là ; mais on ne m'y laisse guère dans l'état paisible qu'il faudroit pour bien étudier , carminu !tf'C€sswn ga'ibentis et otiu quœrunt (l).

\ Faire la débauché en liiHUit Cicéron el Séiiè<|ue ! c'est là iinr

234 LETTRES DK iiVl VATIN

Nous avons eu (ce dimanche 11 juillet) du feu, la nuit passée, dans ce quartier, ches un de nos voisins nommé Guillaume Marchand : on y a apporté beaucoup de secours , et en trois heures il a été éteint et arrêté. La perte est sur le dos de celui chez qui il s*est alliimé entre minuit et une heure; les deux maisons voisines s'en sont un peu senties. Son Dieu ! quel désordre fait cet élément! cela est effroyable. Arislote a dit dans le 4* des Météores : Omniâ elementa putrescunt prœter ignem , quia omnia sunt materia igni; il dévore tout cruellement et impitoyablement. Je vous ai ci-devant mandé que j*avois reçu* la feuille d'arithmétique , même elle est reliée, je vous en remercie; ce livre est bon à prouver

preuve de la sévérité des études en médeeine à cette époque et de Paustérilé de coodaité des praticiens d'autrefois; ils auraient craînl en certain sens le reproche de Ménage : N^antu-vout pai hante d*étre si êa^ vants ? aucun d'eux n'aurait pu concevoir la tie mondaine, dissipée de certains docteurs de nos jours , mais dont on peut dire : Nequidem mutas e Umine galutarunt. Toutefois , beaucoup de médecins ont soutenu et conservé les habiludes sévères de leurs ancêtres , même dans leurs études , bien que plusieurs se soient distingués par une profonde érudition. Quand on demandait à Morgagni son avis sur quelque controverse d'archéologie ou de littérature, il répondait par ces vers de Martial (lîb. IX, ep. 12):

Ynhit non licet esse tant liiseiiox , Qui mutas colimas severiores.

Dans le x.viii* siècle et au commencement du nétre , plusieurs médecins se sont fait remarquer , au contraire , par des goûts futiles et indignes de leur profession , notamment par la gourmandise ; ils se firent prosélytes de Grimod de la Reynière , « ce Zotle des fermiersgénéraux et ilatteur du cochon. » Il en est qui ont écrit des vers sur la beauté , sur les modes , sur les grâces et les fleurs , mais sans succès remarquable. Aussi un satirique a-t-il dit, en parlant des œuvres de ces médecins infidèles et mauvais poètes :

Mais CCS trésors <te go&t, d'amour, de ))oé«ie. Qui les remplacera ? ~- L'idiosyacrasie.

que les jéHuile» snvent tout, jusqu'aux linesses le plus cachées, de cette science des suppuUitk)n8. Dieu garde ceux qui n'eii ont que faire f *

J'ai Ici deux feuilles d'impression in-quarto du père Vavassor, jésuite, de Pace oc regalibus nuptih epigrammatoL Cet homme est en réputation d'habile homme, mais il est âme moutonnière, aussi bien que tout le troupeau dont il fait partie. Les vers en sont beaux , mais ils sont pleins de vilaines et puantes flatteries , pro mot^e gentin loyoliticœ.

J*ai vu un malade, depuis trois jours » que Picoté fidallre avoit entrepris de guérir, et d'où il a été chassé ignominieux sèment. Je vous le dis , en vérité , ce n'est qu'un malheureux coquin, fort étourdi, bien ignorant, nequidetu medicu$, ted plane mendicus. Il est si gueux qu'il en feroit pitié, n'étoit qu'il est fou et que la tête lut tourne de vanité: aussi est-il natif d'Orléans,'et d'une famille dans laquelle il n'est pas le premier fou. Il cherche des amis qui lui donnent aide et secours pour envoyer ses enfants en Amérique , n'ayant point moyen de les nourrir : c'est signe qu'il ne gagne pas tant; et certes, s'il y gagnort beaucoup , il seroit bien henreux , il vivroit d'un métier ou il ne connott rien. J'apprends que ses affaires sont en fort mauvais état, si M. le comte ne le soulage dçses libéralités. Voyez et jugez s'il n'est pas bien appuyé. Cette attente est vraiment, comme dit Scaliger, ficidnetim auxi^ iinm et sripio imminutus. Il emprunte de l'argent pour subsister à des chirurgiens et à des apothicaires ; mais c'est mauvais signe , et un support qui n'ira guère loin , voire qui le détruira.

Je viens de voir M. le Sanier, qui m'a dit que Noël Falconet est capable de bien répondre, et que l'épttre sera bientôt prête ; il attend M. l'archevêque pour soutenir sa thèse en sa présence, où il dit qu'il fera des merveilles, et qu'ensuite il s'appliquera tout-à-fait à la médecine.

M. Blondel m*a dit aujourd'hui qu'il a levé et payé notice

236 LETTRES U£ iiVt TATIN

arrêt contre les chirurgiens, et que demain il le baillera à l'imprimeur pour le mettre sous presse.

La dame Constantin, la sage-femme, est encore dans le Chàtelet en prison; elle doit être demain interrogée. N. et le Large ont reçu assignation pour y venir répondre de leurs faits et de la déposition qu'ils ont donnée. An est ubi fatts cedot pudore carceris et metu lethalis supplicii confecta ? On dit qu'elle se défend bien , et qu'il n'y a point assez de preuves contre elle pour la condamner à mort ; mais on attend des monitoires que l'on va faire publier par toutes les paroisses de la ville et faubourgs de Paris. D'autres disent que l'on la veut sauver, et qu'elle est trop bien recommandée par les plus grands; néanmoins on croit bien qu'elle mérite la mort et au-delà , et que si on la pendoit elle ne mourroit pas innocente. On dit que sa maison étoit un bordel public, et que quantité de garces alloient accoucher dedans, vel ab^ ortwH pasmrœ. Quoi qu'il en soit , je crois que les juges font ce qu'ils peuvent pour découvrir la vérité du fait; mais la vérité est souvent cachée, et ne se peut découvrir pour être trop avant dans le puits de Démocrite: aussi n'est-<;e pas d'aujourd'hui que les gens de bien sont tourmentés -et que l'on pardonne aux méchants.

Dat veniam cor vis ^ vea-al censura coMmbaf.

Le roi est à Orléans aujourd'hui , et dans deux jours sera à Fontainebleau. Il n'a point passé à Tours. Madame est mal contente : on dit qu'elle s en va aux eaux de Forges. M. le chancelier, le prévôt des marchands, et les échevins, et plusieurs autres s'en vont à Fontainebleau , y saluer le roi , et y parler de son entrée.

Nouvelles sont venues d'Espagne que le grand-maitrc de Malte, François de nation, est encore mort, et qu'il y en a un autre nouveau qui est Espagnol, nommé Cotonnier; (|ue

A palconet. 337

ie bailli de Valence y a voit espérance de Tétre, mais qu'il a perdu sa brigue.

Ce jeune marchand , nommé Guillaume, duquel la maison fut hier brûlée , est fort malade chez sa mère ; il y a de la perte pour plus de 100,000 liv. par ce malheureux accident. M. révoque d'Autun a fait V Histoire des cardinaux illustres en piété, en trois volumes in-folio, en latin; il a dit làdedans plusieurs choses assez hardies contre le cardinal de Richelieu ; il a parlé mal de sa famille et de son père, de sa tyrannie, de son ingratitude contre la reine^mère, et en tout cela n'a dit que vrai. L'abbé de Richelieu , poussé par sa parente, madame de Gombalet , alias y niadame d^Egmllon, que quelques uns disent être sa tante, est allé à Pontoise , où se tient rassemblée du clergé , et s*y plaint de ces injures. On n'en a pas fait grand état, peu s'en faut que Ton ne s'en soit moqué, et j'en suis bien aise; je loue la générosité et la constance de ces bons prélats. Ce bon évéque est louable de son zèle et de son ouvrage ; il a été ci-devant minime , puis évéque de Riez en Provence, et enfin évéque d'Autun. Il est neveu de MM. de Marillac , j'entends du garde des sceaux et du maréchal , qui moururent tous deux l'an 1632, martyrs du crédit trop grand et de la tyrannie du cardinal de Richelieu. On dit que M. le cardinal Hazarin sera dans Paris sur la fin de la semaine , et que le roi a passé et couché à Orléans , et qu'il sera demain à Fontainebleau. On poursuit toujours H. l'abbé de Gaillac, et s'il ne comparoit bientôt, il sera trompette par la ville. Les maîtres des requêtes l'ont abandonné, disant qu'il est fou et trop étourdi. On dit pourtant qu'il y a bien plus d'imprudence que de crime en son fait

On dît que la princesse palatine a charge de se retirer de la rour; M. le chancelier est parti ce matin pour être demain malin à Fontainebleau au lever du roi ; le cardinal Mazarin et la reine-mère seront ici vendredi. I^e tremblement de terre continue encore ; il a été vu à Bagnères, dix-huit lieues par delà Toulouse, dans h*s Pyrénées. On dit ici que le chevalier Pol

2S8 LETTftts m fiiri patin

esl allé avee des TàisseauK k Alger pour demaader des esclavas françoîs , comme lit CromweH il y a quatre ans pour des esclaves angloîs qu'on lui rendit. On attend ici un ambassadeur espagnol et un autre anglois qui entreront ici en grande pompe.

Voilà M. de ta Mothe-le^Vayer qui vient de sortir de céans, ei qui m'y a apporté un de ses livres nouvellement fait , lequel m'a dit que ie livre de Hilton contre le feu roi d'Angleterre (1) a été brûlé par la main du bourreau ; que Hilton est prisonnier ; qu'il pourra bien être pendu , que Hilton n'avoit fait ce livre qu'en anglois, et qu'un nommé Pierre du Moulin , fils de Pierre , ministre de Sedan, qui l'a voit mis en beau latin , en est en danger de la vie.

On a pris aujourd'hui trois voleurs, qu'on a découvert «voir volé dimanche matin dans la maison qui brûloit en ce quartier. Un croclieleur et sa femme sont de ce nombre ; on a trouvé chez eui 25,000 fr. d'argent comptant. Vous savez qu'il y a trois sortes de gens qui courent au feu , les sots qui Vont regarder, les larrons pour dérober, et les gens de bien pour aider à éteindre le feu.

Je vous baise les mains, et à mademoiselle Falconet et à M. Spon, notre bon ami, et suis de k)ut monf cœur votre, etc.

De Parb , le i5 juillet leeo.

LETTRE DXXIII. — Au mémo.

Le roi est k Fontainebleau avec les reines ; mais la reinemère est ici attendue demain et son Éminence au bois do Vincennes.

Le mercredi 14 juillet, la dame Constantin, sage-femme; a été condamnée au Chfttelel à (^tre pf>ndue et étranglée apr^

[i) Voyez la note t. I , p. 460.

A fàioastt. iSUOr

avoir été mise à la question, cl*où elle a appelé, et a été transférée en la Conciergerie. On croit que la semaine prochaine la sentence sera confirmée à la Tournelle. M. le lieu-

toaani-criminei me contoii hier que N étoit bien ignorant,

et qu'il avoit fait un rapport plein de faussetés ; J. le Large , chirurgien, s'y est excusé du mieux qu'il a pu. M. le chancelier revint hier, de Fontainebleau ; les nièces y sont aujourd'hui parties pour y aller saluer le roi et la reine. On dit que 1es> États de Pdogne veulent élire un successeur à leur roi, et que Ton songe au prince de Condé , qui a été jusqu'à Ambotse au-devant du roi, de qui il a été fort bien reçu.

M. le lieutenant criminel me fit hier grand état d'un passage que je lui ai foulmi de l'Apologétique de TertuUien contre la sage-femme : Aobi$ vero homicidio semel interdicto, etiam eon* repium utero dum adhuc aanguh in kominem delibatw*^ dissoi^ verenonlicei. Uomicidii festviaiio est prohibere nasci^ necrefert mUam guis eripiat animam , an nasceniium disfurbet Homo est et qui est futurus; et fructus kominis jam in semine est. Je lui en avois aussi fourni des commentaires. Je vous baise les mainf , et suis de tout mon cœur votre, etc.

P. S. M. l'abbé de Gaillac a mis de l'eau en son vin , et a reconnu que les plus courtes folies étoient les meilleupès ; il a présenté requête ce matin au parlement, et demande la paix, pour laquelle avancer on a aussitôt levé la prise de corps qui avoit été ordonnée contre lui.

Le roi et la reine seront lundi au bois de Vincennes ; M. le due d'Anjou sera à Paris; c'est M. de la Mothe-le-Vayer, son pi^epteur, qui m'en vient d'assurer. Je salue mademoi« selle Paloonetet M. Spo».

De Paris , le 16 juillet 1060.

Mo LETTRIS Dt GV\ PATIN

F.ETTRE DXXIV. — Au mAmf.

J'ai oui parler ici d'une nouvelle Histoire du Dauphiné en 2 vol. in-FoIio, et d'une nouvelle Histoire de Lyon ^ în-4 , faite par un jésuite. Prenez , s*il vous platt , la peine à votre loisir d*en parler à M. Barbier, et d'en savoir des nouvelles , et même de me les acheter en blanc. Je pense qu'il vaut mieux faire ainsi que de s'attendre à nos libraires, qui n'en reçoivent que tard, et qui ne les veulent vendre que beaucoup trop cher à cause de la nouveauté.

Quand vous les aurez chez vous , il ne les faut pas envoyer par H. Troiôdames, ils sont trop gros ; il vaut mieux en faire un paquet et le délivrer à M. Spon, notre bon ami, qui prendra le soin de me les faire tenir dans quelque balle de M. Devenetou de M. Huguetan ; onpourroit y ajouter pareillement le S, Georgius Cappadox du A, Théophile Ratpfmud , si alors il est achevé.

Il est arrivé à Paris tant de monde de tous côtés » et même des provinces étrangères, pour voir l'entrée du roi , que les rues ne sont pas assez larges pour tout contenir ; on n'y peut passer, outre que l'on bâtit en plusieurs endroits.

M. Troisdames, lieutenant de la colonelle de H. de Lamoignon . comme il est notre bon ami , m'a prié de lui donner une d vise pour faire mettre sur un drapeau neuf qu'ils font faire, et a désiré que ce fût sur la paix et sur le mariage du roi. Voilà ce que mon fils Carolus lui a fourni sur ce sujet : Coeunt jam fœdere cerio pax et amor, Ëtes-vous de l'avis des approbateurs? Il n'y a mot qui ne revienne bien au sens de la saison présente et de l'état de nos affaires : le mariage du roi éteint une guerre grande et longue, qui dure il y a vingt-cinq ans ; la paix semble bien assurée par la bonne intelligence qui est entre les deux royaumes, aussi bien qu'entre les deux rois comme aussi entre le roi et la reine. Son Eminence se porte

A falco.net. S'il

mieux; mais on dit que ses jambes s*extoinienl fort, unde vmituenda videtur species ciijiisdam hijdropis.

L'imprimé que je vous ai envoyé touchant le fait de la dame Constantin a été brûlé parla main du bourreau à la Croix du Trahoir par ordonnance du lieutenant civil ; mais il y en a grand bruit au Chàtelet contre celui qui Ta Tait sans ordre, sans aucun consentement , sans en avoir parlé à personne et sans sentence; même ceux qui s'y sont déclarés contre lui sont amis des révérends pères : on dit que TafTaire en ira jusqu'ati parlement. Les magistrats ont bien de la Iftcheté et de la bassesse de souffrir que ces pères passefins aient tant de crédit pour les opinions extravagantes et dangereuses qui sont dans leurs livres et leurs apologies : voilà ce qu*à produit la paulette.

Le roi a député un évéque et deux abbés pour se transporter aux prisons du Chàtelet et delà Conciergerie pour voir à combien se monteroit la somme due par les prisonniers que le roi veut mettre en liberté; elle va bien à 100,000 écus; on tÂchc de diminuer la somme, afni de les délivrer à l'entrée du roi. On dit que si son Eminence étoit en état, on Tenverroit aux e<iux de Bourbon; elles ne lui valent rien. Elles sont trop chaudes , joint que Ton dit qu'il a pissé du sang , ce qui seroii un signe trop certain calcidi in vesica delitescentis. Il se plaint fort de Valot, qui lui a promis de lui adoucir ses douleurs, et qui n'en fait rien. Le pauvre Archiater est en danger d'ôtro chasse de la cour, siquid humanftuscoiUingat in viro pnrpurato ; car il n'y a que celui-là qui le maintienne, tous les autres sont contre lui , même le roi et la reine.

La sage-femme est toujours prisonnière; on dit que ce ne sera que pour la semaine prochaine , et que M. le procureur^ général en appelle contre elle de sa sentence a minirna ; qu'il veut donner de rudes conclusions contre elle ; qu'elle devroit être brûlée toute vive , si elle ne nomme ses complices, ftlais puis(|ue vous avez trouvé si beau le passage deTertullien contre elle, je vous en veux in(li(|uer un autre du même auteur» m. l«

2'(2 LfiTTRRS DE Ctîl PaTII^

uu livre É^e Anima^ cap. 25, edit. higaltii, anni l64l, p. 328. At quin et in ipso adhuc lUero in fans trucldcUur necessaria crudelitnte , quum in exitu obliquatus denegat partum , matricida , ni moriturus. Itaque et inter anna medicorum et organa est quo prius patescere sécréta coguntur tortili temperamento , çum an* imlo cultraio , quo intus membra cœduntur anxio arbitrio , cwn hebete unco quo totum pectus e£trahitui\ violento puei^perio. Est ctinm (tneum spiculum, quo juguliUio ipsa diriyitur cœco latro^ cinio, Bpy&9«>axTy/.» apijellont de infanticidii officio^ utique viven^ tis infnntis peremptorium, etc. Optima, ac lertulliano digna (i).

Je suis bien aise que vous soyez satisfait de M. le Marquis ; je le connois , je l'ai vu en cette ville : c'est un esprit chaud et bilieux , qui a bien étudié ; outre cela, il est gentil et éveillé. Paiera-t-il les cent écus?Que sont devenus vos deux autres, de Luques et Bouge?

Notre licencié , qui est si savant , s'appelle Dodart ; il est fils d'un bourgeois de Paris fort honnête homme ; c'est un grand garçon fort sage , fort modeste, qui sait Hippocrate, Galien , Aristote , Cicéron , Sénèque et Fernel par cœur; c'est un garçon incomparable , qui n'a pas encore vingt-six ans; car la Faculté lui Ht gi'âce au premier examen de quelques mois qui lui manquaient pour son âge sur la bonne opinion qu'on avoii de lui dès auparavant (2).

Noël Falconet a reçu vos lettres ; il a délivré à M. Horanges la sienne ; mais H. l'archevêque n'est pas à Paris ; il est au bois de Vinccnnes ; s'il ne vient bientôt ici, il Tira chercher là. Quand il sera de retour, nous prendrons temps de l'aller saluer par l'entremise de M. Moranges. Je vous prie d'asstner madenioiselle Falconet de mes très humbles services; je ferai tout ce qui me sera possible pour celui qu'elle aime tant , qui

(1) Ce passaiçc remarquable de Tertultion prouve que les anciens étaient plus avancés que nous ne le croyons dans lart des accouchenienls. Voyez Essais historiques, littéraires tt critiques sur l'art des accouchements , par P. Suc i Paris , 1779 , 1. 1. (H. 1*.)

{'!) Voyoi la note prvcédenlc , p. 231.

A FALCONET. i4^

seroit bien aimable s'il vouloit ; mais j'espère qu'il le sera quelque jour.Un bomme de qualité m'a aujourd'hui demandé : Les eaux de Bourbon sont-elles bonnes à son Éminence? Je lui ai répondu sur-le- champ : Comme le vin émélique au feu duc d'Orléans. Y auroit-il apparence que cette pensée entrât dans le cœur des médecins de la cour , que les eaux de Bourbon fussent bonnes à tant de maladies et de symptômes qui ne proviennent que de chaleur, ex (auto fervore et siccitaie viscei^wn^ cumjugibus vigiliis^ qtiœ pravamdiathmm imprimimt singulis partibus olvinœ regionîs.

Je viens d'apprendre qu'il est bien malade , et encore pis qu'hier, tant pour sa gravelle que pour ses hémorrhoides et son exténuation , tant des jambes que des cuisses , quœ est via ad hydropeni^ sur quoi je brise.

De Paru, le 27 Juillet 1660.

LETTRE DXXV. — An même.

Je vous ai envoyé hier, ce samedi 3l juillet, ma lettre avec celle de Noël Falconet , par la voie de M. Lauglois. Je ne vous puis rien dire de nouveau , sinon qu'un de nos capitaines vient de me dire que l'on veut remettre l'entrée du roi au 2 septembre, parce qu'il fait trop chaud. Si cela est , vera causa tantœ diiationis est dubivs et anceps morbus purpurnti ; faiso qiiodam rwnore sparguntur fama et v hautes aqunrum Ror^ bf/nensium ad ejus morbi pvofligationem , cujus carationi niUlo modo competunt. Mais toute la cour est mystique, imo tpsa auia (st mysteritmit et auliciomnes sont mysticiy et mystce sive baptœ divœ forcunœ , quœ in rébus mortaliwn , tœn in l'atione accepti quam expensi utramque facit paginam. Il y a encore d'autres déesses qui 'se mêlent des affaires de ces gens-là , mais qui ne sont que des suivantes et des courtières de cette première. Fatn regnnt orbem, eerta stant omnia lege.

Le cardinal Mazarin a été saigné (ce dimanche l"* août), en 1

244 LKTTRiiS DE C.Dl PATIN

loiit sopl fois; il a pris aujourd'hui malin médcciiîO, vl ^i) poilc mieux Un marquis espagnol fut noyé près <!e Cliaronton , en se baignant il y a trois jours. Les meubles de la couronne, qui étoient à Bordeaux, ont été renvoyés par mer pour en épargner le port : on n'a point su quelque temps ce qu'ils étoient devenus. EnPm ils sont arrivés au Havre, et seront ici bientôt: c*étoit une des raisons du retardement de l'entrée; la seconde étoit la maladie du cardinal; il n'y en a point d'autres, car tout est près de deçà; on n'attend plus que Tordre du roi.

Les chirurgiens ont fait dresser une chaire à présider dans Siiint-Côme en leur grande salle. Notre doyen s'y est opposé, et a présenté requête contre eux ; il a les conclusions du procureur-général , lesquelles portent que la chaire sera ôlée. Il faut pour cela un nouvel arrêt qui sera mis ensuite de l'autre; cela fera connottre à la postérité l'obstination et la malice de ces laquais bottés, qui briguent pour être nommés chirurgiens de longue robe, ou médecins de courte robe, aussi bien que de courte science (l).

Le cardinal Mazarîn se trouva fort mal hier au soir, lundi 12 août; ce matin un peu mieux ; consultation a été faite par ordre du roi.

F^e procès de la dafne Constantin a été ce matin mis sur le bureau ; on le continuera demain matin , nisi iis major tnter^ veniat. Elle est en grand danger de passer par les mains d'un terrible ménétrier , qui olim Romœ Cadmus vocabatw\

Le mal de son Eminence n*e$t ni goutte ni gravelle, c'est plutôt morbus viscerum , quorum imminet diapidhora in propria substantia ab antiqua et forti intempérie , quœ genuit pravam diathesim , nidlo artis nostrœ prcpsidio delebilem,

Omnia transibtinl ^ vos ibimuSj t6t/tx, ibunt ignari, gnon; cunditione pari,

(J) Voyef. la noie rwles^ii* , pour le scrnienl cxit;c des cliiriirgieiis, p. 17*

A KALCONET. ' 245

Purpwatus illc iwster maie habct , quoi (lue Ton en dise, imminet marcor universi cm'poris , imminet quoque autumnus , tentator VfUetudinum , inquit Tertullicmm,

Il me semblequevous ne pouvez donner nioins de six- vingts francs à M. le Sanier, à cause de l'acte de dimanche procliain; j'en donnai autant pour mon Carolus, qui soutint ses thèses de philosophie en grec et en latin , Tan 1657. J'en feiai tout ce qu'il vous plaira Je vous baise très humblement les mains^ et suis de tout mon coeur votre , etc.

P. S. Je vois ici des Hollandois qui sont fort en peine que deviendra Dunkerque, et comment s'en pourront accorder les /rois rois intéressés, de France, d'Espagne et d'Angleterre.

Demain toutes les xhambres seront assemblées au parlement pour délibérer sur l'entrée du roi et nommer des députés de chaque chambre.

DcParis,l«3aoûtieOO.

LETTRE DXXVI. • Au mène.

Je vous envoyai hier de nos nouvelles par la voie do M. Troisdames. Noél Falconet a été aujourd'hui, ce samedi 7 août, par tout Paris y porter de ses thèses, et j'espère que demain il aura un bel auditoire. Il a même été à Vincennes, où il a présenté ses thèses à MM. l'archevêque, le maréchal et le marquis de Yilleroi. M Tarchevôque lui a promis de le venir entendre demain.

Le cardinal Mazarin se porte mieux; ou dit qu'il n'ira point aux eaux, mais qu'on le mettra au lait d*Ànesse. On le baigne maintenant. M. Esprit lui a dit en particulier que le bain ne lui étoit point bon, et qu'il s en trouveroit mal s*il le continuoil; qu'il s'inscrivoit en faux conire ce bain, bien qu'il lui eût été ordonné par Yalot et Guénaut. Je ne sais ce qu'il fera là-dessus, mais je suis bien averti que depuis (|ueU quc temps Valut le veille et y couche tories les nuits. Seroit ce

•24) I.ETTUES ïlli t;ri I».\IIN

que les nuits seroîcnl j>lus mauvaises à ce malade, ou bien que Valot le flatte et fait le chien couchant de peur d'être chassé? Quoi qu'il en soit, j'ai peur que Thivcr prochain ne fasse des places vacantes , tant en ministres d'Etat qu'en plusieurs abbayes.

Le jour de l'entrée n'est point encore déterminé*; mais néanmoins on croit qu'il est arrêté, et que ce sera le 24, le 25 et le 2B de ce mois , car la fête durera trois jours , et même on est convenu que le parlement ira jusqu'au bois de Vincennes, tous à cheval, en robes rouges, avec des housses de velours noir sur leurs chevaux ; les maîtres des requêtes iront avec M. le chancelier en robes de velours noir; la chambre des comptes , la cour des aides , les monnoies, la ville, le Chàtelet et autres compagnies iront plus matin, afin que le parlement aille le dernier de tous.

Le médecin de la nouvelle reine, qui est Espagnol, m'a envoyé un billet et un compliment , pour savoir de moi , touchant deux questions de médecine, qui étoient les auteurs qui en avoient traité, savoir, de consuetudine eide frigidopoiu in mm^bis; je lui ai fait réponse et lui ai offert service. 11 s'appelle Thomas Puellez. C'est un petit homme bien savant, qui a été professeur à Salanianque.

Enfin ce tant souhaité dimanche est venu ; Noël Falconet a répondu fort bien : belle compagnie; MM. les prélats y ont été fort honorablement reçus. S'il veut aussi bien étudier en médecine qu'il a fait en philosophie, il pourra dans un an être reçu dans votre collège de Lyon. Il est jeune, chaud et bouillant, en état d'apprendre et de comprendre beaucoup de choses; il faut qu'il charge sa mémoire, et remplisse son esprit dorénavant de tout ce qui lui peut servir pour être dans peu d'années un bon médecin , savant, judicieux et bien raisonnant.

Vous savez bien que Ton cache les maladies des grands tant que l'on peut, encore que bien souvent on n'en puisse venir à bout. On dit que la maladie du cardinal Mazarin est

A KALCO.NtT. 247

clouleusc, dubii et iwcipitis eventus , et je sais de bonne part que Guénaut a dit qu'il aiméroit mieux être vieux et pauvre médecin, comme il dit qu'il est (car il se plaint toujours), que d'être cardinal Mazarin et avoir tant d*écus. La reine* mère est Tort contre Yaiot ; on a parlé de lui ôfer sa charge , et de le réduire à une pension viagère, en donnant sa place à un antre y qui n'en sera pas fâché. Tacite a dit quelque part, fort à ce propos : Rerum kumanarutn nihil est tam instabile , fluxum et caducurn , quam potentiœ fama sua vi non nixa. C'est ce que je répondis à M. Guilleraeau , lorsqu'il me vint un jour annoncer, de grand matin, que M. le garde des sceaux deChàteauneuf étoit disgracié, dont il étoit fort étonné, nec immerito; mais il trouva mon passage fort à propos. Ce fut le même jour que , l'an 1643, me naquit mon second fils, Caroitu Paiinus, professer pathologicus y et omnibus honoribus dignis^ êimus.

n y a grande amitié à la cour entre le prince de Condé et la reine-mère; tout le monde s'en étonne et s'en réjouit comme un grand augure d'un bon temps ; ce sont les effets de la paix, et comnfe a dit Virgile :

Jungenturjam grypes equis, annoque sequcnli Cum canibus timidi lenienl ad pocula damœ.

Dieu leur fasse la grâce de nous laisser vivre e^ paix plusieurs aunées , afin que la pauvre France , épuisée par leurs discordes et mésintelligences , puisse enfin respirer.

La sage-femme fut hier menée à la Tournellc , et fut interrogée. I.ies juges ont commencé à opiner. Le bruit court qu'il n'y a point assez de preuves pour la mort, et néanmoins elle a été condamnée au Chàtelet d'être pendue , par le lieutenant criminel et par des conseillers, qui sont d'habiles gens.

On dit que dès que le cardinal Mazarin se portera mieux , il ira au boisile Vincennes y prendre l'air et du lait «l'ànesse,

•;-<8 KLTTUtS I)K un PATIN

ioco (iquavum matoUicanim ^ qui avoieiit été proposées par Valot , mais improuvées par les quatre autres médecins. Pour le jour de rentrée, nondum constat nec offinnatur.

Le temps est venu de remercier M. le Sanier; mandez-moi ce que vous voulez que je lui porte. Il m'a dit qu'il mV^nverra l'imprimeur pour payer les thèses, le papier, la taille-^ douce, etc. Nous retiendrons la planche et vous la renver^ rons quand vous l'ordonnerez , ou bien nous la rendrons à M. Morange , si vous le voulez.

Je m'en vais demain faire étudier Noël Falconct en médecine et lui faire apprendre par cœur les premiers chapitres du Compendium de M. Riolan le père , et après les commentaires du môme sur la physiologie de Fernel , avec YEnchiridium anatomicum du fils : c'est le chemin que j'ai fait prendre à mes deux fils, et qui y ont bien réussi.' A mesure qu'il avancera dans ces premières institutions , je lui ferai mettre le nez dans queh]ucs autres livres, qui et sternent viam ad lectionein Galeni et Hippoa*atis; et s'il me veut croire, il sera capable dans un an de passer docteur et d*étre agrégé à votre collège de Lyon. Je vous prie d'y penser et de m'en mander votre in^ tention.

Je vous l'emercie des beaux vers que vous m'avez envoyés sur le mot de Mozarinus , }fars an Jus? Si M. Talon fait imprimer sa harangue sur la paix , je vous la promets ; mais j'en doute , car il n'aime point l'impression. C'est un grand personnage et très illustre; je ne sais s'il a son pareil au monde à tel Age pour sa science , son expérience , son, jugement.

Que fait M. Gnillemin à Lyon? Il y a longtemps que je n'ai ouï parler de lui. Ne lui dites rien de moi. Quel âge a-l-il? Que fait votre Basset? Bouge est-il reçu ? A-t-il payé les cent écus? Quand est-ce que votre de Luques pourra être reçu? J'ai peur que son poumon ne 1c tue avant qu'il en puisse arrivin* jusffue là. C'est grande pitié de manquer de santé et de force

A KALCONtr. 249

d' esprit. Cel tiumii c a deux mauvaises pièces dans son sac. Je baise les mains à notre cher et féal ami M. Spou. Tertullieo se plaint de ce qu'on reprochoit aux gens de bien de son temps, Caillé vir bonus ^ tantwn qi{pd christ ianxis.

Il y a vingt-quatre heures qu'il pleut à Paris rudement après iHi effroyable tonnerre ; si cette pluie ne (ùt venue , on dit qu'il n'y eût eu non plus do vin que Tan passé. A. quelque chose malheur est bon.

Je vous baise mille fois les mains et à mademoiselle Falconet, à la joie de laquelle je prends part, sur ce que son fils Noël a si bien répondu , et utinam olioa non menliatur fructiini suum ! Je suis de tout mon cœur votre , etc.

De Parti, le iO «oui 1660.

LETTRE DXXVII. ~ .li* mène.

Je vous ai mandé par ci-devant comment Noël Falconet a fort bien répondu , et comment M. l'archevôque et M. Tévôque de Chartres y ont assisté; il a témoigne beaucoup d esprit et beaucoup de jugement, cela me fait espérer qu*il sera un jour très bon médecin et digne fils de son digue père ; virtus fiiii gloria palris.

Damnata fuit laqueo infelix ob$tetrix et sulfocata^ en belle compagnie à la Croix du Trahoir.

On dit que l'entrée du roi se fera le jeudi 26 août.

On nous a rendu la planche de la thèse, je l'ai céans ; pour l'impression, le papier, pour le tireur en taille-douce, pour le doreur, pour rafficheur, pour les droits du portier, pour le tapissier, etc., j'ai délivré à l'imprimeur, nommé Julien , en présence et du consentement de M. le Sanier, la somme do six-vingts livres deux sous , dont j'ai céans les parties signées (ludit Julien et de H. leS-jnier, lesquels je suis prèl

250 LETIKKS DE cai l»ATIN

(le VOUS envoyer. Pro <5t<îaxTpMv domini prœceptoris , je suis d'avis de Taller voir demain avec Noél Falconet, et lui donner de votre part dix louis d'or. Je crois qu'on doit encore quelque chose au répétiteur; je verrai ce que M. le Sanier m'en dira , et ^re cogntta, illi homini faciam satis.

Le cardinal Mazarin se trouva hier mal ; il fallut le recoucher, et il fut saigné , e/m est vtdere ne proximus aiitumnus infinnam et pertinacem vaietudinem fotiiter tentet^ de qm vide* rint tanti et tôt yEsculapit,

Lundi prochain , Noël Falconet commencera d'étudier en médecine. Il m'a promis d'avoir un cahier de médecine dans I lequel il écrira tous les jours quelque chose ; et moi je lui ai I promis de bonne foi de lui fournir ce que je sais de meilleur. S'il me veut croire, il sera bien savant dons un an.

Un honnête homme, des premiers de sa robe, m'a dit aujourd'hui (ce mardi 17 août) que dans peu de temps nous aurons de bonnes nouvelles ; quelques uns croient que c'est qu'on parle du cardinal de Retz. Bien que le cardinal Mazarin se porte mieux, on ue laisse pas de songer qui seroit celui qui pourra attraper sa place. On parle fort de quatre, savoir: M. le maréchal de Villeroi, M. leTellier, M. Fouquet, surintendant des finances, et le seigneur Ondedey, évoque de Fréjus. J'âimeroîs mieux le cardinal de Retz que tout cela, mais je n'en serois pas cru , neqiie res istœc mei futura est arhitrii. Aussi les jésuites s'opposent-ils à ce dernier plus qu'à pas un » et s'il n'a un très fort et très puissant archange qui puisse renverser toute cette noire légion , je ne pense point qu'il y puisse parvenir; néanmoins Dieu est sur tout, qui se sert de telles gens qu'il veut pour le gouvernement des États. Job a dit en quelque endroit : Propter peccata popidonmx Deus sinît reqnare tyranum , et je me souviens d'avoir vu un Hollandois qui disoit in sensu non admodum dispari, et même portait pour sa devise : Sapientia Dei et stultitia hominum gubemant mundunu Ce qui est de bon , est que nous avons un très bon

roi, qui a d'excellentes inclinations; plaise à Dieu qu'on ne les lui corrompe pas.

J'ai donné dix-huit francs au répétiteur , suivant le conseil de H. le Sanier. Je vous baise très humblement les mains , à mademoiselle Falconet , et à notre bon ami M. Spon , et suis de tout mou cœur votre , etc.

De Paris , le 26 août 1660.

LETTRE DXXVIII. — Au même.

Je vous écrivis hier (ce mercredi 18 août) par la voie de H. Langlois. On dit que don Louis de Haro est mort en Espagne d'une fièvre maligne, et plusieurs autres seigneurs de la même cour. Le cardinal Mazarin se porte mieux , il commence à se lever , et néanmoins on dit qu'il a de fort mauvaises nuits , et que Valot continue d'y veiller.

Noël Falconet fut hier, ce jeudi 19 août, à ma leçon au Collège foyal , et me répéta hier au soir une partie de ce que j'y a vois dit , de vermibus , eorum natwa et remediis ; ut de dupliei crisi pleuritidis^ per venœ sectionem et cmacatharsim, quo^ rum illa tollit causam cmtecedenten , hœc vero conjunctam. S'il veut continuer de même , il en saura dans deux ans plus que le jeune de R. n'en saura de sa vie , j'entends de la bonne et de la pure médecine {Chimisticam , agyrticam et enipiricam^ quœ fanquam pingues vaecœ multos alunt vitidos , nihil moror,) Il faut être homme de bien et savant pour y exceller. Medicus est vir banuê , medendi peritus. Un habile homme doit être an -dessus du commun , qui est fainéant et paresseux :

mediocribus esse poetiê

Non Dii^ non komine^i non coneessere eolumnœ.

La polypharmacie ne fit jamais un bon médecin; ad bene

iyi LETTIIES DE UUl PATIN

/ medendum , pauca, sed selecta et longo u$u p^obala requivuiUuP

\ remédia , iemporc et loco adhihita (l).

Il y a dans Tours une grande banqueroute de deux mar-

. chands, nommés les Bourreaux frères ; elle est de 1 6 cent mille livres; mais on dit que dans peu de jours il y en aura encore une autre fort grande. Les Tourangeaux enfin perdront leur crédit, tant à Paris, à Rouen , à Lyon qu'ailleurs.

Nous n'entendons ici que tambours et soldats, qui n'ont fait que marcher aujourd'hui pour faire la revue générale de toutes les colonelles dans la campagne, entre Vaugirard et Saint- Cloud ; on dit toujours que l'entrée sera le 26 de co mois. Purpuralus noster utcunque melius habere dicUur, sed fwndttm optime , imo néquidem bene ; néanmoins , on dit qu'il verra l'entrée et qu'il sera dans la rue Saint-Antoine.

Nous avons ici un bénéficier, natif d'Angers , nommé Ménage (-2), qui est homme d'esprit et de grande érudition ; il a fait des vers fort adulatifs au cardinal Mazarin , dans les«

(1) Drogueur» serviles et inconsidéréâ , tourmentcurs de malades et de la nature, ennuyeux paraphraseurs de banalités scientifiques, mé^ ditez bien ces paroles de Gui Pal in , c'est Tabrégé de toute bonne méde cine pratique. Cet homme met souvent Pongle du lion au bas de ce qu'il écrit. Remarquons) quMl ne s*agit pas de rien faire , de s'arréler Ici bras croisés sous son manteau dans la médjiialion de ia mort , mais d'employer des remèdes , pavcaetielêcia , point délicat , choix difUcile , d^où dépendent néanmoins le salut du malade cl la gloire de l'art. (R. P.)

(2) Ce bénéficier d'An{;crs cHt, en crfcl, le célèbre Gilles Ménaj^c, qui avait beaucoup moins d'esprit et d'imagination que de savoir et d'érudition. On croit que Molière, qui avait à s'en plaindre, l'a désigné dans le "Vadiut des Femme$ êavantês. Son ouvrage principal est le Dictionnaire étymolog que de la langue frança ee , dont la dernière édi'ion , avec des addilions par Huet et Lcduohat , a été publiée par Jault ; Paris , 1750 , 2 vol. in fol. Ménage n'était pas sans mérite , mais il eut deux travers qui le rendirent ridicule : le premier, de se croire un personnage important dan/» la republique des lettres; le second , d'oser aimer madame de Scvignc, qui se moqua de lui. Il était né h Aiigcr«,

r|ncls MM. du parlement préteiulcnt être offensés. (I y a du bruit contre lui; j*îii regret qu'il art fait ce pas de clerc, faute de jugement, car il est honnête homme et de mérite. Nemo ncstrum nonpeccat , homines sumus , non dii.

Nous n'avons ici que du bruit des tambours et de la milice, et je crois que devant que la fête soit tout-à-fait passée , nous n'aurons pas meilleur temps. J'ai du jatin à faire, qui est commencé , mais je ne puis achever durant ce bruit. Je voudrots être à Lyon avec vous pour une huitaine; nous nous entendrions , inter pùvntos pariete$ , de plusieurs choses quw iitteris non consignant ur; et après le bruit apaisé de deçà, je m en reviendrois depuis Roanne jusqu'à Orléans , par la Loire , sed frustra voveo vel opto , «on sum mei juris. Notre profession nous fait esclaves; je n'aurai jamais de repos que lorsque je serai enterré , et alors on me pourra faire l'épitaphe pareille à ce maréchal de France , nommé Trivulce , Hilanois, qui est enterré dans l'église. de Saint- Nazaire, à Milan : Hic quiescit qui nunquasn quievit. J'en ai aussi menacé mon fds Harolus,. qui étudie toujours et ne se repose presque jamais. M. Huguetan, quand aura-t-il achevé ces deux tomes de Pauliis Zacchias , Qmstiones medico-legales? M. Ravaud , étant ici , nfa promis de me les envoyer dès que celte cinquième tHlition sera achevée, qui doit l'être bientôt.

M. Monerot, le trésorier des parties casuellcs, avoit entrepris un parti contre les partisans , et avoit fait son marché moyennant 17 millions. Quelques partisans, l'ayant découvert,

<e 15 août 1613, et il mourut à Paris le 23 Juillet 1693. Tout le monde connaît cette épigramme de Lamonnoye :

Laissons en paix monsieur Ménage , C'i'Uit tio troj» bon personnage Pour n'être pas de »es ânii».

Suitrfiez qu'à ««m tutir il repose , l.iii , «lout \vs vcr.H et ilonl la |-.ro-.e fio'-^ oir si «oiivriil endormis.

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ont enchéri par dessus , ont fait casser son traité , et offrent 30 millions avec bonne envie de bien remuer lemonerot. Ainsi les loups se mangent l'un l'autre. Érasme donc , tout bon homme qu'il étoit, s'est trompé lorsqu'il a dit : Homo hominî Deua , et lupus lupinum non est ; mais en récompense il a dit vrai quand il a écrit : ffomo iwmini lupus. Je vous baise les mains, à mademoiselle Falconet et à notre bon ami H. Spon, et suis de tout mon cœur votre, etc.

P. S, Mardi prochain se fera la revue générale de toute notre milice devant le roi, au bois de Vincennes ; jeudi sera l'entrée fort pompeuse et solennelle. Ah ! que ne suis-je pour huit jours avec vous à Lyon !

De Paris, le 30 août 1660.

LETTRE DXXIX. — Au même.

Je vous envoyai hier une lettre de deux pages par la voie de M. Langlois. C'est donc demain que se doit faire cette belle entrée du roi dans Paris , un 26 août, pareil jour que l'on fit les barricades, l'an 1648 , afin de faire rendre les deux prisonniers que le Mazarin avoit fait arrêter, savoir : M. de Broussel, conseiller de la grand'charabre , ei M. de Blancmesnil, président en la première des enquêtes. Pensez-vous que l'on ne s'en souvienne point encore au cabinet et au conseil d'en haut , et que la démarche que feront demain MM. du parlement à cette belle entrée ne soit pour eux une espèce d'expiation et d'amende honorable? Car le roi veut qu'ils y aillent avec les robes rouges et leur bonnet carré , sur des chevaux , avec des housses de velours noir, par un chemin particulier, aussi bien que MM. de l'Université, et non point par la grande rue Saint-Antoine, sous ombre qu'elle seroit trop embarrassée si tout le monde y passoit. Pour moi , je crois qu'ils s'en souviennent fort bien; car Corn. Tacite, qui

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est un bréviaire d*Etat et le premier ou le grand mallre des secrets du cabinet, et même que M. de Balzac a quelque part appelé V Ancien original des finess€$ modernes , a dit en parlant de Tibère à un certain courtisan de ce lemps-là , arerbis canvitiis irridere solitus , quomm apud prœpotentes in longum uic» maria est. Le cardinal de Richelieu lisoit et pratiquoit fort Tacite : aussi étoit-il un terrible homme. Machiavel est un autre pédagogue d^ tels ministres d'Etat, mais il n*est qu'un diminutif de Tacite.

Toute notre ville est en mouvement, et tout le monde court à la rue Saint-Antoine comme si le feu y étoit ; Noël Falconet est déjî( parti. Chacun va chercher, retenir ou prendre place. Je m'en vais aux Mathurins , qui est le lieu où se font les grandes assemblées de l'Université ; nous y avons notre rendez-vous à cinq heures du matin avec les autres facultés pour aller avec M. le recteur jus<|u'au trône, où il doit faire la harangue pour toutes les facultés de l'Université. Je ne sais pas néanmoins si je m'engagerai d'aller jusque là avec nos autres compagnons.

Enfin notre arrêt est distribué ; j*en ai céans un pour moi que notre doyen m'a envoyé ; j'en ai acheté six autres , dont j'en ai mis deux dans votre paquet q\ic je ferai partir bientôt : Tun sera pour vous et l'autre pour être mis dans les archives de votre collège ; j'en envoie aussi un exeniplaire à notre bon ami M. Spon.

Jemesuis laissé persuader par mes deux enfants d'aller avec H. le recteur de 1 Université jusqu'au trône, dans le faubourg Saint-Antoine, saluer le roi. Ce corps de l'Université étoit fort grand et occupoit beaucoup plus de place ; les moines et le clergé séculier y ont été les premiers, l'Université après, laquelle a été fort regardée pour la diversité des habits de tant de suppôts. Nous y étions 3ti docteurs en habit rouge, sans les docteurs en droit canon , et ceux de Sorboinie , qui étoient en fort grand nombre. Nous avons été bien regardés : aussi avonsnous vu bien du monde, gpnfem magnmn f/imm d/ninnerare

nciïw poterat. Noël Falconot y étoil aussi, qui a vu le roi et la reine dès le matin sortir du bois de Vincennes pour venir au trône. Nous avons été de retour à midi et avons dîné ensemble; et puis nous sommes allés voir toute la pompe qui arri voit auprès du palais; il n*a bougé d'auprès de moi , et M. de Label le père avec ses deux fils : nous avions bonne place ; enfin , outre la braverie , nous avons vu fort à notre aise le roi, la reine, M. le maréchal de Villeroi et plusieurs autres, quorum tnfinitus est numerus. Je viens de recevoir votre paquet de la part de M. Moranges ; nous en étions en peine, et principalement Noël Falconet.

Son Eminence s'étoit mal trouvée du lait d'ânesse; il Ta quitté avec grand regret d'en avoir pris. On dît qu'il se porte mieux; mais je ne sais s'il atteindra le mois d'avril prochain , car nous avons ici ordinairement un méchant liiver, qui est fort contraire aux convalescents.

Le jésuite qui nous fait espérer une Histoire àe France en latin, en trois tomes in-8, n'est-ce point le père de J. Bussières? Je vous remercie des autres livres que vous me promettez.

Le meilleur opérateur que nous ayons pour l'extraction de la pierre est le jeune Colot, rue Quincampoix, fils du dernier mort; les deux autres du môme nom , mn ita hene andiwit, et principalement le petit de cinquante ans , que Ton nomme ici Colot de Bordeaux (i).

Votre Luques ne lardera guère à mourir; je Tai autrefois ici traité de crachement de sang et d'inflammation de poitrine. Le lieutenant criminel est ici fort malade ; sa femme , qui est une mégère , l'a battu et enfermé dans sa cave : c'est une diablesse pire que la femme de Pilale. Elle est fille de Jérémie Ferrier, jadis ministre de Nîmes , révolté.

N'attendez point les thèses que vous avez demandées à Noël Falconet, je les donnerai à M. Cani avec la i>lancho. Le

(I) Vïjyri Trailé de Vo;}éralion de la ta'Ue, par Fr. Colol , Paris , i7û7 , iii-12 , Inpirl coiitirnt l'histoire de la (anitllc de» Colol. (U.l*.)

paquet qu*il en a fail est trop gros pour élre envoyé par la poste, il vaut mieux attendre un peu de temps. Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon coeur votre, etc.

I)e Paris, le 25 août 1660.

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