‹ Lettres de Gui Patin (volume 3)Chapitre 12 sur 49 · IM · texte numérisé non relu

IM

•iôS LKTTUES DK ùl I l'VTIN

y a été si souvent attrapé , (|u il est ici t;ii horreur dans l'esprit de la plupart. Plusieurs le haïssoient déjà , mais la mort du duc d'Orléans l'a mis en détestation par tant d'ofticiers (pii en ont été ruinés. Pour la saignée, on ne s'en peut passer à cause des débauches et de la bonne chère où l'on s'abandonne dans les grandes villes comme Paris et Lyon. On dit que le cardinal Mazarin se porte un peu mieux; s'il guérit, nest-cR point une marque que Dieu l'aime? J'ai autrefois ouï /îîlre au sermon , à un certain père Binet, que la porte du pal radis était dorée et que les riches ne dévoient point désespérer [de leur salut. Je le crois ainsi , parce qu'ils ont de l'argent. Tout leur est promis ou permis; du moins bien des gens que vous connoissez se servent de ce leurre pour tirer finement de l'argent de ceux qui les croient, et ne sont point chiches de promettre le paradis , dont ils n'ont pas la clef.

Je vous rends grâces de ce que vous m'avez mandé touchant le séné. En attendant que vous m'en marquiez davantage, je vous dirai ce que nous en savons ici. Les Marseillois nous en envoient de deux sortes; l'un vient d'Alexandrie (ju'ils appellent séné de la Polte. N'est-ce point un nom corrompu de Ripaltd (I), qui est une lie près d'Alexandrie, où pourroit croître ce bon séné , qui est petit et pointu comme le ter d'une pique , et qui est excellentissime quand il est vert? L'autre est nommé séné de Seyde , qui est l'ancienne ville de Sidon , dont il est parlé dans la Bible. Celui-ci est grossier , impur, à feuilles plates et plus grandes. C'est un séné bâtard et une espèce de colutéa ; il n'est pas si bon de la moitié que l'autre , quoique la teinture en soit plus belle. Quelqu'un m'a dit aussi qu'il y a une autre espèce de séné en Perse et aux Indes , mais je n'en sais rien de certain. L'an 1(334 j'en vis ici {\\\ beau, grand, à feuilles plates, que Ion vendit pour sa

(1) Mais nos marchands disent que Xa palta \\^^ veut dire autre chose (|ue la mallôle, ou le parti qui est sur le séné qu'on nous envoie d'Alexandrie. Voyez Mérat et Uelens, Dictionnaire universel de matière médicale, t. VI . pa;;. IMO el suiv. (i. P.)

A FAiAitiNtr. ^:>9

U'aiite ct'iit .s<uis la livre, tandis ((uOii doiiiioit le petit d'Alexandrie pour trente- deux sous. Nous IV'prouvàrnes et trouvâmes qu'il purgeoit véritablement, mais moins (jiic l'autre petit.

Nos apothicaires sont ici fort secs et ne font pres(iue rien. Ces bonnes gens sont à rouer. Ils voudroient bien que les chirurgiens fussent aussi abattus, afin d'avoir des compagnons de leur misère. Ils haïssent fort ces estafîers de Saint- Côme , parce qu'ils font les pharmaciens et leur ôteiit la pratique : ils ne savent à quel saint se vouer. Y en auroit-il quel- (|u'un en Paradis qui voulût aider à des gens qui font chaque jour tant de fourberies aux pauvres malades ? Adieu, je suis votre, etc.

Ue Paris, le 31 août 1660.

LETTRE DXXXI. — Au même.

M. de Bordeaux, maître des refjuêtes et chancelier de la reine, mourut le/ de ce mois. Guénautlui avoit fait |ireiulre cinq fois de son vin éraétique , et lui promettoit de le guérir. Ce M. de Bordeaux est mort a trente-huit ans et ne laisse point (Tenfants. Il est gendre d'un banqueroutier; son père même a fait banqueroute trois fois. 11 |>erd sa charge de chancelier de la reine; on lui doit cent mille écus de son ambassade d'Angleterre. Son père est un méchant et dangereux partisan. Voilà un échantillon de la bénédiction que Dieu envoie à cette espèce de gens maudits , à tes (intlirojjoplKigvs de la France.

J'ai vu les vers de M. Ménage, mais ils sont si rares que je n'en ai pu avoir. Il faut attendre que l'afiaire soit accommodée ou étoufl'ée; car bien que le parlement ait fini hier, néanmoins cette affaire ne l'est point encore. 11 y flatte tort le cardinal Mazarin en un endroit . et néanmoins ceux <j(u le

'iGO I.KTTKES DE tAl PaTIN

veulent excuser (lisent que lecardiiial a plus dei'aison de s'en plaindre que le parlement. Pour tous les livres qui s'achètent à Lyon , nous prendrons patience. On dit que le parlement et les maîtres des requêtes s'en vont avoir grosse querelle ensemble , et qu'elle est faite exprès pour mater le parlement. On dit aussi que le roi est fort en colère conti-e le cardinal de Retz, à cause des lettres qu'il a fait nouvellement courir; il y a même quelques termes que l'on prétend être fort offensifs , comme celui de tyrannie , et Dieu le sait. On dit que le cardinal Mazarin est fort attristé de ce qu'on lui a prédit par son horoscope qu'il n'a plus que cinq mois à vivre. Je ne crois ni l'un ni l'autre. Tous les astrologues judiciaires ne sont que des bavards et des menteurs; il n'y a (jue Dieu qui sache le futur, //// .«o// cù)/ipefif nfnnmo siw jure tnntum arc aman ^ scitntia futiiroriun ; mais c'est que la cour est pleine de charlatans iitrinnijne sexus. Le cardinal de Retz a fait signifier à ses grands vicaires qu'il leur défendroit les ordres cette semaine dans l'archevêché de Paris : ils y obéiront, mais cela fea'a du bruit, et gare même que cela ne nous mène à l'interdit. Paris s'en va être aussi désempli qu'il a été depuis trois mois plein jusqu'à présent. Tous les provinciaux s'en retournent ; le parlement est fini , ce qui chasse les plaideurs et permet aux conseillers de s'aller promener aux vacances jusqu'à la Saint-Martin ; le bourgeois même s'en va faire vendanges.

La charge de M. de Rordeaux , le chancelier de la reine , a été donnée à M. de Lionne. On croit que l'affaire de M. le cardinal de Retz s'accommode pour rin(|uiétude qu'elle cause au cardinal Mazarin, et qu'au moins il aura la jouissance de son reveiui temporel .

M. le premier président a entrepris d accorder l'avocat blessé, qui est M. Laurancher , avec M. de Courselles , (jui a donné le soufflet, et a député M. le Feron , président de la ;i(^con(le, où est conseiller .M. le Clei'c de (Courselles, et \r. doven des avocats , potu- aviser aux moyens d'aciocder et (te controverse.

\ lAl.cn.Ntï. ^Q\

Nos cliirurgiens sont la plupart de grands co(|uins , pufidis' fiiiii nebidones , iniquissiini ardel.iones. Par le moyen du premier barbier du roi, qu'ils aimeroient mieux avoir pour clief de leur compagnie, que d'être soumis à notre Faculté, qui les a élevés , conservés et entretenus jusqu'à présent, ils ont obtenu un arrêt d'en liaut portant défense d'exécuter notre arrêt contre eux. Dès le lendemain ils ont commencé à nous niorguer et a taire remettre sur leur porte le mot de culh-ijimn quils avoient etfacé. Trois jours après, notre doyen a .ait casser cet arrêt par un autre qui leur commande de le retirer et ne plus parler de cette ati'aire , et d'obéir à l'arrêt du parlement. Le roi même a dit qu'il ne s'en vouloit pas mêler. Voilà une race de vipères qui continuellement se rebelle contie la justice et l'honnêteté.

Les voilà pourtant sanglés et réduits au devoir, il n'y a que la force qui les puisse dominer, et n'attendez d'eux ni l'aison ni humilité ; ce n'est pas pour rien qu'on dit (jloricux harliiir. Nous avons été persécutés par les apothicaires, nous le venons dêtre par les chirurgiens: mais grâce à Dieu nous en sommes venus à bout. Il y a encore d'honnêtes gens en France, qui savent combien un médecin est incomparablement au-dessus de ces misérables ignorants , et je ne me glorifie pas peu d'avoir contribué à leur abaissement (1 j.

Le mariage est accordé entre >L le duc d'Aiiiou et la sfinir

1) Quand on pense, après avoir lu cetle >irulenlc tlialribe, combien la chirurgie avait rendu de services à riiunianité, que les immortels écrits d'Anibroisc Paré eiislaient déjà, on ne peut que déplorer cet insupportable orgueil de corporation. Lu des plus grands méfaiis de la Faculté de médecine de ceUe époque, est d'avoir confondu avec dessein et préméditation, les chirurgiens de robe longue ou instrui!; dans les collèges . avec les barbiers , Oarbttousores , (|ui n'étaient que les valets des docteurs à perruques et à rabat. .Mais à cette époque . dej)uis 'e laite jusqu'aux dernières assises de la société , chacun avait -on privilège : or le privilège est implacable . car il a ses racines dans l'orgueil et la cui)idito. H. ]> /

■2fi-2 r.ETTiîF.s i>F. i;ii tvtin

(lu roi d'Avigletenv, liUjuelle est i';l; on s^eii va l<à-dessus envoyer un ambaïrSculeur eu Angleterre : ce sera le comte de Soissoiis. On a offert cette commission à M. d'Espernon , à la charge (|u'il iroit à ses dépens, ce qu'il a refusé. On donne 400,000 livres au comte de Soissons. Le duc de Lorraine s'en va retourner en son pays , fort mal content ; on envoie en même temps des garnisons dans Nancy, Metz et autres villes voisines.

Je vous envoie les vers de M. Ménage; je vous prie d'en faire part a notre bon ami , M. Spon, avec nos i^ecommandations. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

. De Paris, le iO septembre 1660.

LETTRE DXXXn. — .4// môme.

Il est arrivé ici une disgrâce au cardinal Mazarin. L'abbé de Saint-Vaast d'Arras y est mort : c'est une abbaye de cent mille écus de rente. On dit que son Eminence la veut donner au cardinal Mancini, qui est à Rome, qui est frère de son beau-frère, mais que les moines s'y opposent, alléguant que cette abbaye a toujours été régulière, qu'il faut être moine pour en être abbé , et même (pie ce dernier étoit encore régulier. Tout cela est beau et bon, mais la force l'emportera : via rnnjor imiiu'o domaf . Si le cardinal Mancini est bien avec le pape, il l'aura sans doute: cardinalis est draco furiosus , onimul rubrum , copàx et vorox onminm benefciorwn (l .

Les jésuites ont perdu un de leurs suppôts à Rome, savoir, le cardinal de Lugo, (]ui étoit foit vieux. Le maréchal de Grammont e.-^t fort malade à Rayonne; c'est dommage, car

(1; Définition 80iivciit citée t;ui(<>t avec hoinMir (aniôt avec assentiment ; cela doit é!re. (R. P-'

A I At.CO.NKT. ■263

c'est un excellent seigneur, r/V wtùqni si-cidi , nui mltinn tueliore difjnHx.

On parle à la cour d'un voyage île Notre-Dame de Liesse nd impetrandum fœcunditutem ; je l'espère sans miracle de la bonne constitution de leurs majestés , et je la souhaite de tout mon cœur. La lille du prince de Condé, mademoiselle de Bourbon , âgée de quatre ans , est ici fort malade ; on dit que Guénaut y perd s-qu latin , cela lui arrive souvent.

On dit qu'ici lundi prochain (18 septembre), le roi partira avec son Eminence , pour aller à Compiègne, à la Fère et à Notre-Dame de Liesse , et que la reine demeurera à Saint- Germain. Il court ici un bruit assez étrange , qui est que le cardinal Mazarin traite avec le roi d'Angleterre pour lui donner en mariage sa nièce Hortense , et qu'il y aura liberté de conscience dans les trois royaumes. Christine, reine de Suède, est encore à Hambourg. On dit qu'elle veut retourner en Suède, mais qu'on s'y oppose tortement , et qu'on lui a député deux sénateurs pour la prier de n'y point aller. Il y a là-dessous du mystère que nous n'entendons pas; le temps le découvrira , et les grands, pour grands qu'ils soient, ne le sauroient empêcher.

M. B. Prioleau , qui a autrefois été secrétaire de feu M. de Bohan, a fait l'histoire de France en latin, depuis la mort du feu roi ,m gratknn Mazariiii. Son livre est intitulé B. Prioli, de rébus gal/icis historia, ab excessu Ludovici XII f. Il y aura bien là-dedans de la flatterie, mais cela est de l'essence du siècle auquel Dieu nous a réservés.

On dit que l'empereur veut aller à Notre-Dame de Lorette . pour se consoler du regret qu'il a de n'avoir pu avoir pour sa femme notre jeune reine; et néanmoins, tandis qu'il fait des vœux en Italie, les Turcs sont en Hongrie, qui assiègent Varadin , et qui le prendront s'il n'est puissamment secouru. On disoit autrefois un proverbe: Dum deUberant Romani , Saguntua capitiir; il faudra nnùuteivdut (Wre: I^ioit /j>ecti/>v /"r^sY/;-, flungariu rapitur.

ffîl r/£Tii-.i> Di: i.n rviiv

J ai ce matin été au bureau de MM, les gouveiMieurs 6r l'Hôtel-Dieu, où j'avois été nommé par M. le premier président et autres pour y examiner des sages-femmes, et en choisir celle que l'on trouvera la plus capable pour la faire sage-femme de l'Hôtel-Dieu , tant pour accoucher les femmes grosses que pour enseigner celles (|ui veulent apprendre ce jnétier. M. notre doyen et moi en avons examiné deux qui ne sont que médiocrement capables ; la semaine prochaine nous y retournerons pour en examiner d'autres qui s'y présenteront. Je vous baiso les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

T)e Paris, le 14 .^eplembie 1(i«)(t.

LETTIU: DXWIII. - A" ,nrm<:.

J'ai enfin reçu la vôti'e, qui m'ap[>rend de vos nouvelles, mais qui ne sont pas si bonnes que je voudrois bien. Vous savez aussi bien que moi les remèdes de votre mal , nenipe encwrifa , venœ sectionem, frigidœ potum, et topica anodyno ; je veux pointant croire que vous serez guéri avant que celle-ci vous soit rendue. Xoél Falconet étudie, et me demande souvent de bonnes (|uestions. Je lui prèlois quelques livres pour étudier, mais il a désiré en avoir à lui ; sur quoi je l'ai mené à la rue Saint-Jacques, et lui ai acheté en sa présence les œuvres de Rlolan père, en deux tomes in-octavo, et V Enrhiriâium anotoniicuin et pathologicvm du fils. Je lui ai promis encore un Perrhdcis; je lui ai baillé un Fernel in-folio, où il prend goût. Il veut avoir \' Anthroporp-aphie de M. Riolan, et l'HoUier in Apkorismos Hippoeratis , quiaconcHiavit doetrinam vetenna cum nosti'o methodo parlsiemi ^ qui est meilleure que celle des Italiens. Le roi et la reine sont de retour de Saint-Gormain ; on dit «[u'ils partiront jeudi pour Compiègne et la Fère ; son Emiuence est ici en meilleure santé. On di!

\ h Mj.d.NK 1. 265

que les Tiircb en veulent a Vaiadin , el (ju apiès il>, \ it-ndront à Vienne ; ils la pourront bien prendre faute de grand secours . et|)uis après gare l'Allemagne et l'Italie. Les huguenots disent (ju'il y a une prophétie qui menace que l'an 1666, il n'y aura plus de pape a Home; c'est peut-être (|u"il viendia à Avignon ou qu'il sera à Castel-Gandolfe. C'est Ei'asuie t\u[ a dit dan> ses Epitres : Cnlculus mevs carnifex (1 . Jh voudrois bien apprendi'e de certaines nouvelles de votre guérison.

M. Bordier, intendant des finances et grand partisan , stmeurt: ce sera une belle âme devant Dieu. Je ferai faire demain l'opération de la piqûre du sri-otum à un jeune enfant; j'y mènerai Noël Falconet. Nous avons examiné et reçu une sage-femme pour l'H(ttel-Dieu , 31. Blondel et moi; bientôt nous examinerons des chirurgiens, pour avoir la commission t't permission de tailler la pierre au même Hôtel-Dieu, et les ferons travailler devant nous. Je n'irai point que je ne l'y mène, car il témoigne beaucoup de curiosité pour ces o|)érations, et c'est un bon signe pour un jeune médecin. Il a lu aujourd'hui dans le Riolan tout le traite de Anlmu , ut y a pris un grand plaisir; j'espère que tout ira bien si vous avez soin d'être bientôt guéri. Je vous baise les mains, et suis de tout mon ('(eur votre, etc.

n<" Pari», \c 21 septembre J<j60.

l.KTTHE DXXXIV. — \n innm'.

Nouvelles sont venues que le Turc a pris Varadin. J ai [leur qu'uiie autre fois il ne prenne Vienne et toute l' Allemagne. Les mauvais chrétiens méritent cela -2'. Qui rem[»ècliera aidrs

J) Hi'iircu-'C expression que j'ai citée dan^ ma Physioloijie et Injijiénc des lioinmes livrés iiuœ travaux de resprit. etc. , 't^ édition , i' i)aiiie.

•2) Quand (mi Patin écrivait ces lii^nes , il ne se doutait j^uère de la juslcs.se de se.- prévi>i()n-. Ce fui vin;;t tiui- ans a|)res, en KiSo, ipTun"

â66 I.KTTrtES DK <.l 1 l'ATlN

d'entrer eu Italie, si le pape ne fait quelque miracle? Mais il y a longtemps qu'ils n'en font plus. Je viens de recevoir votre lettre du 24 septembre. Si vos douleurs sont encore foi-t

armée de trois cent mille Turcs pénétra dans la Hongrie, dans l'Autriche et vint assiéger Vienne. 11 n'est pas d'homme instruit qui ne sache que le vainqueur des Ottomans à cette époque , fut rillusire Sobicbki , alors roi de Polop;ne , sous le nom de Jean III. Ces faits sont trop connus pour que nous eu parlions ici. On peut d'ailleurs consulter les auteurs qui en ont écrit , et notammeut Texcellente Histoire du roi Jean Sohieski et de la Pologne, par M. de Salvandy, ministre de rinsiruclion publique , membre de l'Académie française. Rappelons seulement que Sobieski avait servi en France, qu'il épousa une Française , Marie-Casimire de la Grange d'Arquien , fille du marquis de ce nom , et à laquelle il fui tendrement aUaché toute sa vie. On sait que l'empereur Léopold \" , faible et lâche , abandonna presque ses sujets, et vint implorer Sobieski, quil n'avait jamais voulu reconnaître comme roi. Le héros polonais n'en marcha pas moins au secours de Vienne. 11 défit les Turcs le 12 septembre 1633 , entra dans Vienne par une large brèche que le canon de l'ennemi avait faite aux murs de la ville , puis il marcha droit à la cathédrale , où il entonna lui-même le Te Dextm. L'empereur Léopold ne le remercia qu'en termes vagues et insignifiants ; jamais le mot de reconnaissance ne vint effleurer ses lèvres. Sobieski le lui fit sentir d'une manière aussi piquante que spi rituelle : « Mon frère , lui dit-il en montant à cheval, je suis charmé de vous avoir rendu ce petit service. » Ainsi le sang de la l'olognc fut versé pour délivrer l'Europe , pour sauver la religion chrétienne , menacées d'être envahies, détruites par l'empire du Croissant. Comme le remarque M. de Salvandy, avec une grande justesse de raison : « Un Polonais de moins, et Vienne tombait devant les Ottomans ; l'Allemagne fléchissait sous leur débordement ; le torrent pouvait arriver par le Milanais au pied du Vatican ; c'est là qu'un vizir ambitieux prétendait se porter , etc. )> Sobieski et la Pologne , voilà quels furent les sauveurs de l'Europe , de la religion, et peut-être de la civilisation. Quelle a été depuis la récompense de ce petit service ? Le partage , l'oppression , la servitude, des fers et des supplices. Toutefois, la Providence est grande , la fortune mobile , le temps fécond en événements ; et jamais l'usurpation n'a été la sanction du droit, bien moins encore la tyrannie. La justice divine peut-elle condamner un peuple à une torture éternelle? (R. P.)

A IAI,(.<^NKT. 267

grandes, vous deviu'zen ('iii[)èche!' la suite, prévenir la fluxion el adoucir son acrimonie par la .saignée réitérée. Le ftemi-bain est un remède bien toible pour tant de maux, et ne peut servir (|ue le coi'ps ne soit désempli. J^e cardinal Mazarina la goutte en six endroits, aux deux pieds, aux deux genoux , au coude et au poignet. On lui a enseigné un horloger qui dit qu'il guérit la goutte. Il y en a d'autres à Paris qui feroient mieux si on les employoit ; mais tous les grands .sont sujets d'être mal traités, n'ayant près d'eux que des ignorants et des charlatans dont la cour est souvent pleine. Si téu M. Piètre avoit vu une ordonnance que je vis hier chez un apothicaire, mon Dieu! qu'auroit-il dit? Il y avoit quatre grains de crème de tartre, des perles préparées, du tartre vitriolé et de l'antimoine diaphorétique autant , délayés dans l'eau de chélidoine (l). A quoi cela peut-il être bon qu'à faire gagnei' l'apothicaire, en témoignant du mépris des remèdes connus bons et familiers? Adeu fit iuijjoffK/v. puù/irn <ih is/is humiiii/jus in urtiuui, uhinium luaterialiuiii iH-irsianfissinvi . comme a dit Sealiger. Je suis votre , etc.

De Wari.><, le 1" octobre KiOO.

LETTRE DXXXY. — Au m'im.

Le cardinal Mazarin se porte mieux; ce 2 octobre, il ira aujourd'hui coucher au bois de Vincennes pour y prendre l'air et s'y reposer, sans y être vu ni inq)ortuné. La cour d'Angleterre est en deuil pour la mort du jeune fi'ère du roi d'Angleterre, le duc de Glocester, qui est mort, âgé de vingt ans , de la petite vérole. MM. le comte de Guiche et le marquis de Kichelieu sonthcn^sde la Bastille; le comte de Soissons n'a plus que faire de toutes les broderies que l'on préparoit pour

*(1; Oti voit que Gui Patin n'avait pas tort de blâmer la chimie de son temps , et qu'à tout prendre , sa méthode curative était infiniment «iifiérieure à celle des empiriques à secrets. ; \\. 1'.

■2(^> l.l:;iTUK> !»h M I r.vi IN

son ainbassatle (i'Ai)gletei'i'e , puisque celle couiesl on deuil et qu'il n'y peut èlre liabillé que de noir.

Aujourd'hui au matin, ce dimanche 3 octobre, est mort dans les Jacobins réfoi inés . M. de Bordeaux , père de l'ambassadeur d'Angleterre, qui mourut l'autre jour. Ce vieux larron, financier, partisan, banqueroutier, s'étoit retiré chez ces bons pères , qui lui promettoient de si bien boire et manger ses péchés , qu'il n'en demeureroit goutte ; ils prieront Dieu pour lui , afin que son àme ne soit guère longtemps en purgatoire; mais en avoit-il une? Et en ce cas-la y est-elle allée? Va par leurs belles promesses, ne lui ont-ils point coupé la bourse? Certes je n'en doute point.

Le cardinal n'a point été au bois de Vincennes ; il est encore dans son lit, détenu de la goutte, mais non pas si cruellement que ci-devant ; néanmoins, il est fort décoloré, fort abattu et amaigri, ideo(jue noiinulU putant cura nd finein hijcnns non pervenfurum , adde qnod midtvm illi super est post t'im contumacem offeetum fortiter nietuendwn a caiculo , vel neplireticisdoloiHbitë, qui pmlcujrœ, chircKjrœet (fmo(jrn' uf pbrriinwn snccedunt.

M. le lieutenant civil a un tils conseiller de la cour, an(iuel il a acheté la charge de maître des requêtes , vacante par la mort de M. de Bordeaux, (jui mourut il y a (juinze jours ; il en adonné 333,000 livres, et a revendu sa charge de conseillf-r des enquêtes 70.000 écus : voilà bien de l'argent pour ini peu de funiée.

Les chirurgiens de Saint-Côna; ne veulent point obéir à l'arrêt; ils veulent continuer dans leur félonie, disant que le premier barbier est leur chef, et qu'on n'a point eu d'égard à ses droits, quand le parlement a jugé et prononcé pour nous contre eux , et disent encore qu'ils ont de nouvelles pièces à ])roduire, et même qu'ils veulent prendre à partie M. l'avocatgénéral Talon. Ne voilà pas de méchantes pestes; ils sont fous, em*agés , et ne savent à quel saint se vouer, de peur de [>ei(lr<' leurs l'obes et Ifuis binuuls cornus. f> (punUmii est ni

A i'ALCUNET. 369

/■('hnx indiu'l J'ai ptHii' qu'a la lin ils ne nous obligent de les tcaiter romnie nous avons antiel'ois traité les apothicaires, (|ue nous avons presque réduits à la gueuserie, n'ayant pas trouvé d'autres moyens de chasser leur insolence, (hniw mo- (pvnn exemplnm hohet alhpiid ex iniquo, quod vtilitd.te piihlim mmpi'mntnr. Ils n'ont plus de crédit, parce qu'ils en avoient trop.

Noël Falconet étudie bien ; il a été chez un chirurgien de nos amis y voir la démonstration du squelette qu'il continuera de lui montrer deux l'ois la semaine; puis il lui montrera les l)andages et quelque anatomio l'hiver prochain, qui sera faite là-dedans en particulier. J'espère qu'il passera tout le temps d'iri au carême à la théorie, et principalement à l'anatomie, et le reste du temps, jusqu'au mois d'août ou environ , sera employé à la pathologie particulière des maladies et à la méthode de leur guérison , et aussitôt vous le pourriez letirer près de vous en lefaisant passer docteur, pour au plustiU après le faire agréger à Lyon. Mais comme Montpellier est un lieu de débauche, je crains fort pour lui , s'il n'a quelqu'un qui le retienne et le veille de près ; c'est pourquoi j'aimerois mieux qu'il allât ailleurs prendre ses degrés, où il ne tardât point . comme Reims, Caen , Angers , Valence ou Avignon.

(Jn parle ici d'un grand incendie dans Constantinople ; on dit que, le vent portant le feu bien loin, il y eut 10,000 maisons brûlées , 500 mosquées, 10,000 personnes. Mais je ne suis |)as d'avis d'en pleurer; il n'est peut-être pas vrai : ce qui vient de si loin n'est point fort assuré.

M. des Bordes - Groin , jadis garçon cabaretier, fils du maître de la Pomme-de-Pin , aujourd'hui grand partisan , et même un des gabelles, fait bâtir une maison à trois lieues d'ici. Comme il étoit sur son bâtiment hier, il en chut d'assez haut, et se blessa à la tête; ou y a mené médecins et chirurgiens. M. de Lanchenu ronnuit bifu ces MM. (iroin.

Le cardinal se porte uii.Mix, cl ne mouiia pas sif(jt que semblent le désirer ses ennemis. On levé ici des soliliits poin'

•270 i.r/rniËs dk cVi paiis

pDVoyer en Portugal, et on continue de traiter pour M. le prince de Condé, afin de le faire devenir roi de Pologne; c'est la reine de Pologne qui entreprend de faire réussir l'affaire, pourvu que le duc d'Enghien épouse sa nièce , qui est fille de la Palatine, sa sœur, qui est ici.

On attend des nouvelles de Londres, où l'on croit que la paix est faite avec l'Espagne, à la charge qu'ils abandonneront le Portugal , aussi bien que nous : ainsi voilà les pauvres Lusitains tantôt délaissés de tout le monde. Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

P. S. Comme le cardinal Mazarin se porte mieux, madeinoisetle de Villeroi sera mariée jeudi prochain, 7 d'octobre , à M. le comte d'Armagnac, fils aîné du comte de Harcourt. La veuve de M. de Bordeaux, maître des requêtes, qui n'a jamais eu d'enfants, se trouve grosse; c'est ce qui étonne fort les héritiers.

De Paris, le 8 octobre 1660.

LETTRE DXXXVI. — Au mène.

Je viens de recevoir de M. Saumaise le fils le livre posthume qu'il a fait imprimer à Dijon , de feu M. son père, pour réponse à Milton ; c'est un in-quarto de 369 pages qu'il a dédié au roi d'Angleterre nouvellement rétabli (l).

Le cardinal Mazarin a eu cette nuit, du jeudi 7 octobre, la colique; gare la néphrétique. On dit ici que M. Guillemiii n'en peut plus et qu'il a perdu la mémoire. Le roi devient fort gras, et même grossit, mais la reine n'est point encore grosse. Le cardinal se porte mieux. On dit que l'empereur a tout-à-fait abandonné le dessein d'aller en Italie et à Lorette; il s'en retourne à Vienne pour tâcher de remédier aux désordres dont le Turc menace l'Allemagne, d'autant qu'après Viiradin, il pourroit alta(jM(M' une antre j)lnce. o[ de là venir

1) N'oyez la note t. I. p. 179.

\ lAI.CONKT 271

dans la Croatie , et peiit-ètri; dans la Ualniatie et le Frioid.

On parle ici d'une édition nouvelle de flabelais, qu'on fait fil Hollande, plus belle que celles qui ont paru jusqu'à présent.

Le cardinal vient de partir en son carrosse pour s'en aller au bois de Vincennes; celui qui l'a vu monter m'a dit qu'il n'a jamais vu un visage si dél'ait ; le roi s'en va aussi et les deux reines paredlement. La princesse de Conti est grosse de quatre mois ; son mari s en va dans un mois aux Etats de Languedoc , d'où il espère d'être de retour pour les couches de sa femme. On continue à parler de la négociation pour faire le prince de Condé roi de Pologne. Le roi demande de l'ai'gent à MM. du clergé; ils ont demandé du temps à y répondre. On parle ici dune suppression de plusieurs officiers de gabelles , et que l'on y va faire de grands changements. La nouvelle renie a aujourd'hui été à la Madeleine, se faire enrôler sur le registre de la grande confrérie. A la bonne heure, pourvu que nos affaires en aillent mieux et que le peuple soit un peu plus à son aise. Je vous baise très humblement les mains, à mademoiselle Falconet et à M. Spon, notre bon ami , et suis de tout mon cœur votre, etc. De l'aris. le 8 octobre 16(50.

LLTTHE DXXXVll. — A» mi-un.

Il y a ici, ce samedi 9 octobre, beaucoup de malades, <pioitpie peu de monde se trouve à Paris ; car pendant ks vacances ilu palais beaucoup de gens vont à vendanges. On travaille fort au Louvre, et même on dit que pour en accomplir le grand dessein, on abattra la belle église de Saint-Germain-l'Auxerrois, et (pi'on la nietfr!» où est aujourd'hui la I\lonnoie (ij ;

(1} Ce (iiK- dit ici notre auteur prouve i\y\<- le projet de dtMruire ou de dé|ilacer cette éj'.lise , projet repris ol abandonné même à notre époque, u est pas nouveau. i{. P.

%7'i . LETTRES DE t.l I PATIN

j'ai (le la peine à le croire , <juand ce ne seroit qu'à cause de la religion, qui peut-être auroit ses rf^rlomnteurs. Notre roi est bien plus sage que l'homme d'Horace.

Deslruit, ndificcil y tmiUtl (/uaiircila rotiU((t(S.

Comme j'étois à table, ce dimanche 10 octobre, à deux lieures après midi , le premier médecin de la reine m'est venu voir; il a voulu que j'achevasse de dîner, et s'est entretenu dans mon étude avec mes livres dans ce tetnps-là, ensuite de quoi nous avons fait une graiide conversation. Il s'appelle Thomas Puellez: c'est un très petit homme, mais tort savant; il m'a dit (|u'on saigne les malades en Espagne autant qu'à Paris (l).

Notre licencié, si sage et si savant, passera ducleur mercredi prochain, 13 de ce mois : c'est M. Dodart; il a eu le deuxième lieu de sa licence, npininp rccldnionle. (Vest Ji moi de donner en mon rang le bonnet à celui qui le suit iiinnédiatement, et qui a eu le troisième lieu, non)mé de Laval, frère de la femme d'un des nôtres, nommé M. le Vignon, et tils d'un chirurgien fameux qui a (Hé toujours sage et du parti de la Faculté; il étoit autrefois chirurgien de la reinemère , Marie de Médicis. Je pourrai faire sa vesperie la semaine d'après, si les autres sont prêts : pour moi , je le suis toujours. J'ai une exhortation un peu sévère à lui faire, laquelle durera trois quarts d'heure; plusieurs des nôtres s'y trouveront dépeints, tdh'iii iiicdiciiKiin roqvirit iniquifns nostrorum feinporuiii ; j'y parlerai fort hardiment de la fourberie qui s'exerce aujourd'hui à ^àv'x^nifdicinœ prœtej:tu , et certes, après tant d'abus, il est malaisé aux gens de bien de se taire.

(1 L'abus de la sai;',iu'e ("st oiicoie poiisM- à lexlréme dans ce pa\^ , pairie du docteur Samjrddo. Il y a uiéuie d'iiicioyaliles préjugés à cet éjjard : j'ai \\i de* paysans C()iidui>ant leurs mules pas-ei devant une boutique de barbier, se (aire taire une sniçinéc Irè* abondante pour Tasf iiir el par vini|ile précaulimi. ( K. P, }

A KALCONET. 27^

Difficile est sahjram non scribere, nam quis iniqtue Tarn palicns sortis, tam ferreus ^ ut tcncat se?

Personne ne s'en itourra offenser, car je ne nomme personne , et puis ils sont trop gens de bien pour prendre des remontrances pour eux ; tout au pis aller, je puis alléguer ce qu'a dit saint Jérôme contre un prêtre qui se plaignoit de ce qu'il avoit écrit contre les prêtres (jui achetoient des bénéfices, l'olucvnt in vymmai'ioa Inrclù sacerdotes. Ce sont ses propres mots, et dit à ce complaignant : Disposui fœtentem secnre misinn , timeat qui sfruDiosus est ; qui se sent morveux se mouche, et(|ui est galeux se gratte. Ma harangue tient vingt-huit pages de latin; il y en a pour trois quarts d'heure, di.ci nd clciisjjdi'fnn^ comme faisoient autrefois les avocats. Je n'y ai pas oublié le crime de la Constantin, qui fut pendue le mois d'août passé à la Croix du Trahoir, et y ai appliqué fort à propos le beau passage de Tertullien : Humicidii festinatio est prohibere nasci , etc. J'y ai aussi parlé de médecins du temps passé de qui l'on s'étoit servi pour tuer leur maître; mais je n'ai pris pour exemple que des gens de la vieille histoire, caiceux d'aujourd'hui sont trop gens de bien. Le plus moderne est un certain Lopez, médecin, traître, empoisonneur et Portugais, qui fut pendu et étranglé à Londres, l'an 1594, pour avoir voulu empoisonner la reine Elisabeth, ii la persuasion des Espagnols, moyennant beaucoup d'argent qu'ils lui promettoient, et qu'ils ne lui fournirent point; mais aussi le bourreau d'Angleterre ne lui manqua pas. Grandes habeo authores , et omni exceptione majores ^ Guillelmum Camdenum, in vita Elizabethœ Anglorum regincp , et Hmjonein Grotium , in Annolibiis belgicis. Mais je ne vois pas que je vous ennuie en vous faisant part des folies de notre siècle, faiio ifaquc numuhi lit' tiihxdo..

Ne vous mette/ jias en peine du livre du père J. de Bussières , Hisinyiti Friniini' ah iiufiu iit<iii(ir<liiie ml (liinnni , ctc . Ml. 18

5/'4 I.ETTUKS ViV. CCI TMIX

(jne M. de Veniet im[)rim()il lorsqu'il toiiil);i inalado, cela viendra en son temps.

Il y a longtenjps que je n'ai vu ni rencontré votre M. (iras. Quand le jour de ma vesj)erie sera pris et arrêté, je le ferai avertir afin qu'il y vienne s'il veut; et j'en ferai autant pour le doctorat, qui sera environ quinze jours après. Mais que direz-vous de moi? N'est-il pas vrai que je ne vous saurois quitter? Excusez donc, puisqu'un sage ancien a dit : liorrida res nmor cfif. Ceux qui ont vu le cardinal Mazarin quand on le mit dans son carrosse pour s'en aller à Yincennes disent qu'on n'a jamais vu un homme si pâle et si défait ; il étoit inonrotn pallidior statua. Le tartre vitriolé et la fré(iuente manne de Valot ne guériront jamais celte vieille intempérie de ses entrailles, laquelle cause la goutte, et qui tôt après être supprimée causera la mort à ce mignon de fortune : Sttdte , hac nocte répètent am'mam tuom; et quœ parasti ., cvjus erunt? Jamais monarque ni favori n'en eut tant durant sa vie, et néanmoins tout son fait ne sera pas grand'chose après sa mort , il y viendra comme les autres sans aucune exception de mérite, fie faveur ni de fortune :

Sub lua purpurei fenient i'cKti<jia reges , Deposilo lu.TH hirba onn paupere nii.ili.

Hélas! (|u'un pauvre homme est heureux, s'il peut être content dans une petite médiocrité ! Salomon étoit bien plus sage que tous les hommes qui suivent la cour par avarice et par ambition , quand il tiisoit : J)u() rogavi te., Domine Deus , ne deneges mifii anfeqncnn niorinr. \ (mitafeni et verha mcndacii longe far. o. me ; divitins et pnvpertntcm ne dedcris nn'/ii , Domine, ne forte satintus (dlieinr od negnndion , et dicum , quis eut Dominas? aid egent(de eompidms farer et perjurem nomcii Dei mei ; tribne tantum ri étui rneo necessnriu , etc.

Voilà Noël Falconet qui vient (ce dimanche 10 octobre à cinq heures du soir d'arriver de sa leçon d'o>téologie ; il a

K FM.CnNKT. ^75

VU veveiiii" lo roi et la rp'mtMlii boisfU^ Vincoiiiins, qui avoiPiit avec eux le cardinal AFazariii ; n'est-ce pas un signe qu'il se porte mieux? Il y a encore deux leçons d'ostéfdogie, et après on fera les bandages et les opératifins, oii il aura toujours bonne place et y profitera s'il veut. Il a les Aphoristnes de Hollier, les ouvrages des deux Hiolan père et tils , et un bon Perdiilc/s , desquels il témoigne d'être fort amoureux. Tout l'hiver prochain nous aurons plusieurs actes publics au nombre de quinze , plusieurs dissections anatomiques; et je recommencerai, Dieu aidant, mes leçons à la tin de lévrier, nu bientôt après, dès que les jours seront un peu plus grands; l't ainsi je fais état que dès le mois d'août prochain il pourra être docteur, et aussitôt vous le prendi'ez chez vous pour le l'aire agréger à Lyon.

Nous avons ici perdu Scarrou , le poète bur]es(|ue 1 , (jui ne vivoit presque que des libéralités de la reine et du cardinal Mazarin, tant qu'il en pouvoit tirer, et de quelques dames libérales qui lui t'aisoient présent de quelques bijoux et d'argent comptant.

Cejourd'hui, il d'octobre, m'est venu voir, t<')t a|)rès dîner, votre M. (îras ; mais il ne m'a rien dit de nouveau : aussi n'avons-nous pas été tout seuls: plusieurs autres sont venus, et entre antres un savant lionmie de I Tniversitt'' , nommé M. du Houlay (-i , qui s'en va l'aire imprim(>r ini

(1) Pau! Scanon , né à r'aii» on 1010. niorl en KiGO. F.a répiilalion (le cet écrivain est trop bien étal)lie pour (|tic nous donnions ici qnel- (jues détails. Qui ne sait que malgré ses inlirmilés , (pii l'avaient rendu l)erclus, contrefait et comme un raccourci des misères humaines il étoit dune iiumeur joviale et garda sa gaieté jusqu'à la mort ? Il avait épousé, en 16.">2 , Françoise d'Aubigné, à laquelle il reconnut pour dot, deux yrands yeux fort mutins , un tris beau corsaçje , de belles mains et beaucoup d'esprit. C'est la célèbre madame de Maintenon née dans la prison de Niorl en \(t'X6 . uiorle à Saiiil-Cyr en 1719 ,. Scarron est priiicipaleiiienl connu jiar son lioman commue et VEné de travestie en vers burlesques, les meilleurs de ses ouvrages. (R. 1>.)

[2] F,. |{ul;i'us . Hisinria l^nirersitalis Parisie)is's . insiis fundulio-

grand ouvrago, savoir, V Hifitoin- tic l'I airersUo de Paris , «Ml six tomes iii-folio , commençant avant sa première fondation par l'empereur Charlemagne , et la prouvant. Ils se sont entretenus de ce beau dessein , tandis que j'en entretcnois d'autres , ou que je répondois à quelques malades. Enfin , nous sommes sortis ensemble , d'autant que j'étois pressé de quel- ({ues visites.

On dit que le roi d'Angleterre demande que la reine sa mère retourne à Londres et qu'elle s'y prépare. Le duc de Lorraine est ici fort mal content de ce qu'on ne lui peut pas rendre Nancy et d'autres places fortifiées , et sans garnison , comme il les demande. On dit qu'il est fort triste de ce qu'il ne peut rien obtenir de son Eminence. Le Mazarin est reveiui du bois de Vincennes : il est logé dans le Louvre , et est fort maigre. On fit hier une consultation pour lui ; on s'étonne de sa maigreuTj après tant de remèdes faits ci-devant. L'on dit que son foie ne fait plus rien qui vaille ; gare qu'il ne s'en aille par eau en l'autre monde , débet enim sibi metiiere ab hydrope^ vel a cacliexiu, quœ duo symptomatc. , ejusdem causœ, nimirum fortis et contumacis intemperiei soboles , porum inter se différant , nec multum abstint a metavitœ faUdi. On dit qu'il est fort triste et fort abattu ; n'est-ce point de regret qu'il faille quitter tant d'écus , quos tonto labore sibi collegit? Et puis peutêtre qu'il n'est point assuré de ce qu'il deviendra en l'autre monde. Vous savez ce que c'est que d'être cardinal.

M. Radix , procureur de la cour, s'étant rencontré céans, a bien voulu se charger de la présente, ce sera lui qui vous la rendra. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur Votre , etc.

De Paris, le 10 octobre 16(50.

Hern. nationes, facultaics. mi(jlstratits, décréta, censuras et judicia in nefiotiis fidei . privilerj (t , comitia, etc. Cum instrumenlls publicis et ^uthenticis a Carolo magno , ad nostra tempora KiOO"; Parisiis^ IGfio- KiT^.fi v.tl. in-f(,l. R. P.^

A rALi^d.NKr. 277

LET'JKK DXWVJII. — Au uuhiu;.

Il est aujourd'liui arrivé dans nos écoles une chose extraordinaire. C'est que notre savant licencié, M. Dodart (1) , y a passé docteur. Comme tout le monde étoit assemblé pour voir commencer l'acte, il y manquoit un des acteurs, le sieur Bodineau, Manceau recuit, qui l'ait l'iiomme d'importance, à cause qu'il est un des couteaux pendants de Guénaut. Un a envoyé chez lui le bedeau, qui l'a trouvé au lit, par lequel il a mandé qu'il ne pouvoii venir, qu'il est malade depuis samedi, sans en avertir le doyen ni aucun autre. Cela pouvoit empêcher l'acte, d'autant que sa présence y étoit nécessaire , et n'y ayant personne pour répondre en sa place à la question que le président de\oit faire :.!?« artlinticAs laclh mm'f Ayant peur que l'acte ne fût diftéré à cause de cette absence, je me suis offert de répondre à ladite question sur-le-chaiiq) , à la place dudit Bodineau. En même temps M. Blondel , notre doyen, m'a dit que si je ne me fusse trouvé là , (|u'il l'ain^oit entrepris ; je lui ai répondu que je lui cédois la place, et qu'il valoit bien mieux que ce fût Inique moi, dHplicl nomme; 1" qu'il étoit fort habile homme et qu'il s'en acquitteroit mieux que moi ; -l» que, comme il étoit doyen , cela lui appartenoit mieux qu'à pas un autre. Provinciam itaque susceplt non invifus. Tout l'acte s'est donc fait, et M. Blondel a répondu suo online à la question : An arthriticls lacfis usiis ? ou comme le programme portoit , yAy.xTrjTvoGÎoc'l C'étoit mon lils aîné qui répondoit à l'autre (jnestion: A» artkriticisaquœ Borbonienses? qui a assez bien fait, mais il étoit préparé. M. Blondel, sans autre préparation, a fait merveille sur-le-chanqi, in jjromptn , et a parlé près d'une heure entière en fort bons termes , et a dit tout ce que les anciens ont jamais dit et rap-

il) N oyo/, la iiolc ci-dessus, page 231.

2TS l.l'ilHES iH'. (.11 l'MIN

[)Ollt' de Idctis jjdIh in curiilinnc rt-l prd'riiulinnc iinirbunnii. Enfin , il a conclu de tort bonne grâce sa réponse, au contentement et il l'admiration de toute la compagnie qui éloit dt; plus de trois cents |)ersoinies. Mon Dieu! qu'il n'est guère de tels savants, au prix de tant d ignorants qui, comme une mauvaise herbe, se rencontrent partout!

Dieu soit loué de la bonne nouvelle que vous me mandez, et (|ue votre santé est eu meilleur état , ce qui me réjouit fort. Ceux qui sont du parti de Guénaut , n'osant pas souvent ordonner du vin émétique, qui n'est pas sans danger, ordonnent dans les occasions du stibium cUdphorcticnm , et disent qu'il ne sauroit taire de nud ; mais ce n'est que pour le tlatter, et tout cela n'est (|ue l'ortanterie aux dépens des pauvres malades, quad non liceat arfein nostnnn exerceve sine fuco , sine fraude , sine imjjostnra. C'est Cuénaut qui est un vieux singe , (jui leur a appris toutes ces malices et fourberies. Pour feu ]M. Moreau , il est vrai qu'étant devenu vieux , factits est puli/pliarnuicits, soit par complaisance envers Guénaut ou par flatterie envers les apothicaires, et peut-être pour gagner davantage. Il avoit beaucoup d'entants, ce sont des foiblesses attachées à l'humanité; tout le monde n'est pas Nicolas Piètre, Jean Hiolan ou Michel de la Vigne , qui se moquoient de boinie grâce de ceux qui se laissoient ainsi emporter au til de l'eau et au courant des apothicaires. Anri sacra /innés , qnid nun niurtalia coyis peetora ?

La saison est fort mauvaise et dangereuse pour votre M. Guillemin; mais les gens de bien meurent en tout temps. (Jnod mihidixisti, lapidi dixisti. Je baise les mains à M. Barbie4', et souhaite fort qu'il guérisse bientôt de son hydrocèle. Prenez donc l'air pour vous fortifier, et je ne laisserai pas de vous écrire tout ce qu'il y aura ici de nouveau , pour vous déseiHUiyer, et peut-être aussi pour vous récréer.

On dit aujourd'hui que le Mazarin est au lit , que sa goutte l'a un p(!u repris , et «pTil (>st plus mal ([u'hicr. Tous ces

\ KALCUiNKl. 279

.s,Mii|)l(HiiL'8 aillii'iliiiues , pneuiuciti([ues, coliques, néphrétiques ot héniori'lioïdaux ne sont autre chose que fi/. /cr-rryuaTa -wj xaxwî zyojTtMij quŒ tiihil alttul muiantiu\ (luaiu tundeui afj'n-

On parle ici, ce jeudi 14 octobre , de grands jours en Auvergne, et(}ue la comnjission est scellée pour M. le jirésident de Bailleul , ii cause de certains nobles de ce pays-là, qui l'ont les méchants. La Rivière, gentilhomme d'ici près (jui s'étoit rendu maître dans Hesdin, a été mis dans la Hastille pour un duel (fu'il a voulu faire : cela ne touche point l'amnistie , et l'abolition qu'il a eue pour le fait de Hesdin. Le cardinal Mazarinest au lit, pis que ci-devant; il a fait mettre un nouvel impôt sur le vin de cinq sols sur chaque muid : voilà des fruits de la paix qu'a faite cet homme, qui ne songe qu'à de l'argent, et qui hoc unuiu iiu'(1ltutai\ ne qi/is quid /laOetif ^ comme faisoit cet empereur romain , (pii étoit le méchant fils d'Agrippine. On dit que le comte de Soissons est tantôt prêt pour son ambassade d'Angleterre, et qu'il partira lundi prochain. Mais partira-t-il , si son oncle est si fort malade?

Lundi prochain sera notre fête, M. saint Luc; nous avons ce jour-là une grande assemblée dans nos écoles , à la fin d'une grande messe , où on lit publiquement nos statuts, et le lendemain s'y dit eiicore une autre messe pour les morts, à la(|uelle nous sommes tous obligés d'assister par sei'ment; et à la fin d'icelle les apothicaires et les chirurgiens vieiment faire hommage à la faculté , et jurer entre les mains du doyen <iu'ils nous reconnoissent pour leurs maîtres, etc. (1).

Mais je ne sais s'ils y viendront cette année, puisqu'ils n'ont pas encore obéi à l'arrêt, et qu'ils veulent àrencontred'icelui se servir d'une requête civile. Nous avons quelques uns de nos compagnons malades ; notre maître Beda des Fougerais a fort mauvaise mine ; je ne crois pas qu il puisse passer l'hiver sans quel(|U(i rude atteinte ; il est ici fort peu de malades. Je

1) Voyez p^ivo 17 i cl la iiolc ci-ainé,'* , itaj;c 280.

•380 I.KTIKK^ 1>K 1,1 ! PAllN

VOUS baise Ires huiublenieiit les inuins , à mademoiselle Falconet et à notre bon ami M. Spon , et suis de tout mou cœur votre , etc.

P. S. Je ne veux pas oublier de vous dire qu'après les soumissions que les chirurgiens ont coutume de faire k la Faculté, ils paient au doyen 100 sous tournois de redevance annuelle, qui est une marque de leur sujétion à la Faculté depuis longtemps; outre que chaque maître, du jour qu'il est reçu , paie encore par reconnoissance qu'il a de sa bonne mère la Faculté au doyen d'icelle, pour sa réception , 4 livre^l2 fous, qu'on ne manque pas de leur faire payer, si eux-mêmes oublioient de prendre quittance ;•).

De Paris , le 16 oolobre 1660.

LETTRE \)\\\\\. — \nmf'm>:

Le cardinal Mazarin a été purgé fort heureusement, et il se porte mieux. On cherche de nouveaux moyens d'amasser de l'argent; on casse dix compagnies du régiment des gardes. et on va ôter les gages des officiers, ne leur en laissant qu"un quartier, excepté aux officiers des cours souveraines. On met aussi un impôt nouveau sur le vin et sur tous les bateaux qui arrivent au port, chargés de diverses marchandises; et de tout cela grandes plaintes. On dit que ce sont les fruits de la paix et du mariage , et qu"il n'en faut rien espérer davantage tandis que nos affaires sont entre les mains du Mazarin. La Sainte-Écriture nous menace de trois choses , si nous mettons

(1) Celte bonne mère , la Faculté ! amère et sanglante ironie : bonne mère 1 qui les tenait dans lavilissement , dans l'ignorance et dans les dernières classes de la société, pour salislaire celte insatiable puissance de vanité sociale qui s'appelle l'honneur du corps. Que les choses ont changé de face ! Le droit, le temps, la Providence ( les hommes n'y ont jamais compté en vain), ont donné à la chirurgie le ran,; qui lui convient ; ils ont rétabli le grand principe de Vitnité de l'art dans ses moyens , dans ses progrès et dans son but. (R. P.)

.4 iai.ccm;!. 2SI

Dieu en culi're , savoii-, tie nous faire lunibei' entiT les mains d'un entant, d'une femme et d'un étranger. Dieu soit loué , nous n'en sommes pas loin, sans ce qui peut arriver (1). Tacite a dit quelque part : Xonesse Diis curœ seciiritatem itostram, esse vltioncm. Mais enfin le mauvais temps finira, ou par notre mort ou par celle de ceux qui en sont cause. Mais voilà que je reçois la vôtre, par laquelle j'apprends que vous êtes aux cliamps en meilleure santé, utinom in dics ridougeafia-! Noél Faiconet prend plaisir à l'étude; il a aujourd'hui assisté à la dernière leçon dostéologie chez M. Emnierez , (pii lui montrera aussi les bandages, et l'anatomie sur le premier corps qu'il pourra avoir. J'ai ici traité un épicier de Lyon, nommé M. Claret, oncle du jeune Tisseur ; j'en ai donné la })rati(|ue à M. Emmerez, qui l'a saigné, et dont il se loue fort. Ledit Claret n'a guère été malade; il m'a dit que M. Garnier est son médecin et son allié à cause de feu M. de Lamonière , duquel il est gendre. 11 n'y a point de lieu plus propre pour passer docteur Noél Faiconet ([u'Angers , où j'ai tout crédit; de là, il passera en Berry , à Xevers , à Roanne , à Lyon , où vous h; ferez encore un peu étudier auprès de vous et le ferez agréger; et je pense qu'il nous convient faire ainsi , puisfju'il n'importe d'où l'on soit docteur pour être agrégé en votre collège ; mais il faudra avoir l'œil sur le jeune homme, de peur qu'il ne s'échappe, ut soient adolescentul i . Vous savez que l'occasion fait le larron , et qu'elle guérit plus de malades que toute la science du monde. Imberbis Juvenis, custode remoto, gaudef equis, etc., pour n'en pas soupçonner d'autres.

M. Barbier ne manquera pas d'obtenir le privilège qu'il demande contre les jansénistes pour le livre nouveau du P. Théophile Raynaud; caries carabins qui sont sortis de la

(1) Il falloit que Gui Palin fùl bien sur de la discrétion de ses amis , pour écrire de telles choses. Dans ces temps de despolisme et d'arbitraire , il s'e\posail beaucoup avec une telle liberté de plume , mais le naturel l'emportait; Juvénal , comme il le dit , élail un de ses saints.

282 i.tiiut^ UL L.L1 l'A UN

biaycUc ilu I*. lyuace, ces inailles passeliiii gouvcriJi;iil tout-k-lait M. le chancelier, et font de lui tout ce qu'ils veulent, tant il a peur d'être dégradé et dessellé avant que de mourir.

Nous avons aujourd'hui célébré la léte de M. saint Luc(l), et assisté à la messe; la plupart de nos anciens n'y étoienl point, car j'ai été le quatrième à l'offrande, (iuénaut est allé a cinq lieues d'ici, à Noisiéres, près de Lagny, y voir M. Groin des Bordes, qui est demeuré malade de sa chute et de sa tête. Ne seroit-ce point grand dommage s'il mouroit ! Mais en cas que cela arrivât et que le diable l'emportât, fauilroit-il crier au larron? Il se porte mieux (ce 19 octobre); Guénaut eu est revenu , on ilit qu'il n'en mourra pas. N'est-ce pas que Dieu rallend à pénitence? Mais seroit-elle bonne sans restitution? Neniii dà. Si Uieu attend que ces gens-la rendent tout ce (ju'ils ont dérobé , il a beau attendre.

M. le comte de Soissons est parti aujourd'hui pour l'Aiiglelerre, et la reine d'Angleterre partira jeudi prochain avec sa lille pour Londres. Le cardinal Mazarin n'est pas bien; on a encore consulté pour lui, et il devoit être saigné ce matin : c'est signe qu'il y a encore quelque chose. On tit avant-hier relever pour lui deux asclépiades, savoir, Valot et Yveliii ; voila les Piètre et les Duret de ce temps, au(pjel Dieu nous a réservés. On dit <pi'il a toujours froid, et (|u'il lui faut réchauffer les pieds et les cuisses à toute heure; c'est là un mauvais signe; de plus on dit qu'il amaigrit fort, A/.s gradibus itur ad irqaieia sempiternaïa. M. Colbert, intendant de sa maison, avoit la charge de secrétaire de la reine, il l'a vendue à M. Housset, trésorier des parties casuelies, 5U0,01'0 livres. Je vous baise les mains , à mademoiselle Falconei et à notre bon ami 3L Spon, et suis de tout mon cieur votre, etc.

De Paris , k- 19 octobre 1660.

'1 On riMiiarqiicra celle exiMcs-ion (liii ^piil r-on moyen - àjjc , M.-.MnlLue. (lî. T.

Page 1