‹ Lettres de Gui Patin (volume 3)Chapitre 14 sur 49 · I.ETTRE nui. — Ah .x.'rn · texte numérisé non relu

I.ETTRE nui. — Ah .x.'rn

Un commis au grefiedu Palais mourut hier (ce samedi 8 de janvier) de la rage, dont il ne fut malade que vingt-quatre heures, pour avoir été mordu d'un chat enragé , qui a été pareillement tué.

M. Richer de Belleval , qui est ici près de madame Fouqueî la surintendante, et qui se })répare pour s'en retourner, m'a fait ses recommandations, avec assurance (juil me viendi'a voir avant que de partir, s'il peut en prendre le temps; il n'a été guère de temps à Paris depuis qu'il est arrivé , mais presque toujours à Saint-Mandé, auprès de ladite dame. Ce qui l'a ici le plus retenu est l'opposition que deux jeunes médecins, qui sont ici pour plaider au conseil , ont formée à Montpellier, nommés Benoit et Scharpe, contre les deux professeurs qui ont été reçus, savoir, Chvcoineau et le jeune Sanclie. Il a témoigné grand regret de n'avoir point su que je devois haranguer le jour de la vesperie de M. de Laval , et a dit qu'il v fût venu s'il l'eût su. Celui qui me l'a rapporté lui a dit la

A KU.CdNET. 30?

plus grande ])arl de ce (iiTelle coiileiioit ; il voudruit IVumi qu'elle fut imprimée et en emporter quelques exemplaires à Montpellier. Les gens du pays d'Adieusias se vantent fort et mentent hardiment, et nous prennent pour des Fianc'iiiuian (pii doivent se laisser duper et tromper.

Le cardinal Mazarin a dit a un de ses amis qu'il se porte mieux depuis qu'il ne se sert plus du conseil des médecins, qu'il veut dorénavant s'en passer, et ne plus faire leurs remèdes ; ne fera-t-il ])as bien, s'il peut? Ne pensez-vous pas (lu"(Jvide ait eu raison , lorsqu'il a tlit :

Firina valent per se millnmque Machaona quœrunt , Ad »ndici diibius confngit ceger opcw.

La cherté des charges ne diminue point, et ne sait-on quand elle pourra diminuer : la charge de maître des comptes est à 90,000 écus. On parle fort au Louvre de bals, de ballets et de réjouissances ; mais on ne dit rien de soulager le peuple, qui meurt de misère, et sans exemple, après une si grande et si solennelle paix générale. Ô pudorl o mores! o fempora! Le soulagement du peuple devoit être le premier dessein de cette paix, et auroit été exécuté, si nous étions tombés entre les mains d'un bon François qui aimât sa patrie. Mais, de malheur, nous sommes tombés entre les mains d'un étranger, d'un Italien, qui ne songe qu'à son profit : aussi toutes nos affaires vont bien mal. Audi Justion Lipsium^ et jugez s'il parle de nous : T i in qunmdomian vespii/ones veninnt, sifjnnm est fa ï:r>ris , sic rcipi.i.bliCiC labcntis ^ ad rp'ain falcirnidjun adliibf-iitar jK'vcfjriui. La reine -mèi'e a fait supprimer certains droits qui se levoient sur la rivière de Seine par quel(jues particuliers, au passage des ponts, sans aucun droit ni vt-rilication : on dit que cela se hiisoit par l'auforité de MM. le chancelier et le surintendant, et la connivence du prévôt des marchands, quibutinoient cela ensemble. Quelle honte! ce péage alloit jusqu'à chiquante sous pour tonneau. Plût à Dieu que cette même reine prit un pareil soin pour diminuer la taille, qui est un fardeau effroyable, ojuts .-l'Jdni i/,s(i y/'ori'/s, par

308 LETTRES DE flll l'VTIX

|p(|nel le pauvre peuple est plus nialtrailé par les parlisaiir. que ue le sont les forçats et les f;al('M'iens sur mer (i) !

Demain, ce lundi 10 janvier, je fais du latin à M. Deeaen pour son doctorat, et après dîner où vingt docteurs sont invités, je me dois rendre à deux heures dans le collège de Honcouit, où tous les députés nommés du parlement se doivent rendre, pour la réformation de l'université de Reims, avec le recteur de ladite université et quekjues avocats. Je recommencerai bientôt mes leçons au Collège royal.

f.a reine d'Angleterre est arrivée au Havre avec la princesse sa lille, qu'elle ramène pour être mariée avec M le duc d Anjou, l^adiie reine veut demeurer ici jusqu'à la mort et ne jamais relounier en .\ngleterre, ne se voulant jamais llei' à l 'humeur farouche et cruelle des Anglois.

Sa lille aînée, veuve du feu prince d'Orange, est morte à la Haye de la petite-vérole, comme son mari en mourut il y a ïpiehjue tem})s. Cette maladie-là est bien fme pour des Seplenli-ionaux, qui n'aiment point la saignée, et nonobstant la- (Hielle [ilusieurs meureut i>c'r (j/nr/iK/nin iiieiDciif/oùilem et Ictlinlem partiuin inteDuinnii (liaplitliurdiii ^ iin.i'^i.'rtnii puliiiouts , ccrehri ne intes^t'uiorum.

La pluie est ici cessée depuis deux jours; mais le froid est venu , (jui resserre les corps et la rivière aussi , ce qui étoit fort nécessaire d'autant qu'elle étolt prête à déborder, et qu'il n'en venoit point de marchandises à Paris, joint que la trop grande humidité de la saison commençoit à faire bien des maladies.

(Juand le Turc a su (jue nous avions envoyé du secours en

^i; A toutes les époques on s'est plahil , à lorl ou à raison , du poids dos iuipôls, omis /Elna ipsa ijravius, comme le dit si énei};iqueiiuMil <iui l'alin. ï)n Icmiys de la inuMarcîiie absolue on s'en pie ait à cette (orme de }',ouvernemeiU; mais la République n'y a rien fait, bien moins encore le {jouverncmenl représentatif malgré ses avant.Tgcs. C.eit'S, ce dernier, vu rénormilé des im|iots, peut être défini l'art d'exil aire le jibis possible rarjreni des entrailles du peuple. A cl é[;ard , les preiue- <urabond( nf. Ji. 1'.^

\ rAi.(;(tMvr. ■■'()'.)

(laiidic, il <i lait t'iiipiisuiiuer notre anibassadi'iif, M. de la Haye, et la t'ait mettre dans les Sept Tours; il est aujourd'hui question de le retirer de là par le crédit du roi , ce qui ne se peut faire, à ce qu'on <lit, sans y envoyer un lionunc exjirès. Le tils dudit M. de la Haye, qui en est de retour depuis peu, n'y veut pas aller , et dit (pi'il vaut mieux qu'il soit ici, pour solliciter auprès du roi la liberté de son pèic. Ils sont très habiles tous ileux, et ont très bien servi l'Ktat cl la clu(''tienli'. On soupçonne ici (jue le Turc n'ait découvert une inlclli,ucncc secrète qu'ils avoient avec les Vénitiens , en leur donnant avis de tout ce qui se passoit à leur égard.

Hier au soir mourut dans lile Notre-Dame un j^iand [tartisan, nommé M. Dastri ; il mourut subitement, âgé de soixante-douze ans. On dit qu'il venoit de la débauche : telle vie, telle tin. Nous avons ébauché l'att'aire de Reims; mais il y a des pièces de manque, qu'il faudra faire venir de Reims, et après nous nous rassemblerons. L'avocat de la cour pour le recteur de Reims y étoit, ([ui dit que M. Talon, avocat-gf'-néral, en fera ci-a|)iès faire autant à toutes les universités par un édit oJu roi, qui s'étendra par tous les parlements. Si cela arrive jamais, Montpellier doit avoir peur; car il y a là bien de l'abus aussi bien qu'ailleurs, vu que les professeurs n'y font guère de leçons, et pres(pie point. On dit (pie le Mazarin porte l'empereur à déclarer la guerre au Turc, et <pie le roi d'Angleterre s'en va jn'endie la protection du Portugal contre l'Espagnol, .le vous baise ti'ès hund)lement les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Pari.s, le 13 janvier 1661.

LKTTRL Dim.-- Au nirmr.

M. Colbert a vendu sa chaj'ge de .secrétaire de la icnie .">(>0,0(JO livres à M. Hrisacier, maitie ties com[ttes, et lui se fait président des comptes.

.^10 LETTRES DE GUI l'ATIN

On (iit que le Turc envoie à l'empereur un cliiaoux (]ui lui apporte une épée en lui déclarant la guerre, à cause des prétentions qu'il a sur la Hongrie et sur la Transylvanie depuis la mort de Ragotzi.

Le comte de Fuensaldagne presse fort ici le Mazarin , atin qu'il congédie ses troupes, puisque le mariage est fait et la paix exécutée, et que l'on ne nous a rien promis qu'on ne nous ait tenu. Le duc de Lorraine poursuit fort son traité et n'en peut venir à bout.

Le cardinal Mazarin a promis l'ambassade de Venise à M. de la Haye, fils de celui qui est prisonnier dans les Sept Tours; c'est un excellent homme, savant, homme de bien , et qui connoît bien les moines et la malice du siècle.

Le père Ânnat , confesseur du roi , n'est point encore changé, il y en a qui disent que le père Brisacier ne sera point son successeur. On imprime ici un in-folio, qui sera une belle histoire, touchant les derniers troubles d'Angleterre.

Noèl Falconet étudie ; il a pris aujourd'hui trois leçons en nos écoles de physiologie et de botanique et des opérations de chirurgie, sous MM. Baralis, Préaux et Merles le fils, (jui a ci-devant été doyen de la Faculté.

Les députés de Reims sont arrivés : fcrcet negoiiurn rcformationis totius Acadtmiœ tieinensis. C'est bien malgré eux s'ils le souffrent ; tous tant qu'ils sont voudroientbien l'empêcher; ils ressemblent aux moines qui ont peur d'être réformés, et (pii ont appréhension qu'on ne leur diminue leur pitance, leur (Jevumsum. Ils ont envie de présenter requête au conseil pour faire casser l'arrêt de la cour, par lequel nous sommes députés ; mais je crois qu'ils n'en viendront pas à bout. Ils me sont ici venus voir en cérémonie, mais ils sont bien en colère contre ce recteur qui les a fait venir ici. Il faut que je vous dise avec Pétrone: Eheul qman maie est extra lecjem vivent ibus;quidfjuid meruerunt, semper cxpectant.

Le Mazarin a de mauvaises nuits et des douleurs piquantes, et des chaleurs cuisantes dans les deux côtés : ce sont les deux

A lALCHNEl. .'ÎI 1

liypoclioudres , /// quonan cdcitate lafcl alfumijoc iihuis //nn~ ceps. Istis partions supra riwdwn adversatvr siccitas, cl iiimrhict, ni follor, marcor viscerwn ejusmodi /ii/poc/tonJriacoruni , forson et rcnuin fobes a cakidosa dinf/iesi , etc. Les eaux minérales, pailiculièrement celles de Boui'boii , ne valent rien là. Sed popidns vidt decipi , ctimn voiimt vifi;j)nttcs, cf rcvcrn laiii isli (juarn funicafus poj/ulus , rccipiantur ab a.ulicis et itj>tans mcd.tcaslris. Scd rolenfi et pafienti non fit injvrin.

Pourvu (jue vous soyez en bonne santé, je ne suis nullement en peine de vous , et ne vous incommodez point de m'éerire : hoc uawn mi/ii sutis erit, si forliter tihi pcrsuusam hahueris nnlhim esse in orbe terrarum imiverso rao tibi decinctionem. Je vous baise très humblement les mains, à mademoiselle Falconet et à notre bon ami M. Spoii , et suis de t(jut cœur votre, etc.

De Paris , le 14 janvier lOGl.

LETTRE DLIV. - Au même.

Il y a quinze jours passés ([ue nous n'avons point eu de vos nouvelles, ce (jui me fait croire que vous êtes aux champs plutôt que malade; car si vous étiez au lit , au moins pourriez-vous nous faire écrire (juelque petit mot. Mettez-nous donc hors de peine, et tout au moins apprenez -nous si vous êtes en santé, vous et toute votre famille.

La princesse d'Orange, qui est morte depuis peu à Londres, où elle étoit allée voir le roi son frère et la reine sa mère , n'avoitque dix-huit ans. Elle n'est point morte de la petite-vérole , mais d'un remède fort violent ([u'elle avoit pris pour un soupçon (]u'elle avoit de quelque mal caché qui eût duré plus de six mois. Ce mal appartient au passage de rApologéti(pie deTertullien : ^tc^ntatam refert (pus eri piaf nni main, an nasccntem disturbet. Ce sont des désordres des princes, la plupart

M-l I.KIIUi:- U\i '.I I l'MIN

(lesqucU loiil ceiiiiiie David , qu'ils iniitt'iit bien en ses i>écliés> niais non pas en sa pénitence.

Il y a du bruit au palais pour un voleur âgé de (juatrevingt-trois ans, qui fut pris sur le tait samedi ilernier dans l'élection. H fut aussitôt condamné à être pendu. Appel surle-champ à la cour des Aides, qui contirma la sentence. Aussitôt le bailli du palais s'y opposa, disant que cela étoit de sa juridiction , ei il fit fermer toutes les portes du palais pour en être le maitre. La cour des Aides eut recours à M. le chancelier, qui envoya demander le prisonnier par un huissier de la chaîne et quatre hoipietons. Le l)ailli du palais gagna en attendant M. le premier président , (jui r(''pondit à l'huissier que M. le chancelier étoit mal informé de la vérité du fait; que le prisonnier étoit dans la Conciergerie, où il demeureroit jusqu'à ce que ce différend fût réglé. Les quatre horpiclons n'osèrent paroître ni avancer, parce (pie le bailli avoil dé-ja fait entrer dans la cour du palais (juatre compagnies d'archers. >LM.(lela Tournelle disent aussi que ce procès leur appartient. Ainsi , pour trop de juges, le larron n'est point pendu , mais je crois qu'il le sera bient(')t. Il se dit le roi des voleurs et des coupeurs de bourse, et dit qu'il a ai)i)ris ce métier de son père, (jui étoit un des premiers coupeurs de bourses du temps il'Henri IV. N'est-ce \n\s là une belle généalogie! Je suis votre , etc.

De Paris, le 18 janvier KiGI.

LKTTKE Ï)L\.— Atunémc.

Le cardinal Mazarin continue d'èlre mal, et celte longueur oblige bien du monde à penser à l'avenir : ex quibus oUi tiineut, a/ii sjieratit. Rarement arrive-t-il cpi'une maison tombe, r|u'il n'y ait quelqu'un (|ui en soit accommodé.

Le Mazarin a eu une fort mauvaise nuit: la reine-mère y e$t allée aujourd'hui matin ( 23 janvier); il a eu de grandes

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tiaiRliéc^, t'I II il [)U (lurmir , Imn (|u'il t'iil liicr au soir pris de ropiiuii (qui est ce cjui tua l'eu M. le président de Bellièvie (juc lui donnèrent Valot, Guénaut, et autres médecins et courtisans, pour a[)aiser les douleurs qu'il sentoit d'une suppuration qui se faisoit dans son côté. Si le Mazarin est réduit à l'opium ou au laudanum, et les médicastres ne pouvant mieux faire, que deviendra cet homme? M<ile lum m iKjitur , >■/ od taies incitas reductus sit. 11 se plaint iort de la maladie, et dit qu'il voudroit bien être au bois de Vincennes; mais il n'y peut être transporté.

Hier (ce lundi 24 janvier) fut faite une grande consultation pour le cardinal Mazarin, où il fut rés(»lu qu'il seroit saigné au pied, ce qui fut sur-le-champ exécuté , et (pi'il seroit purgé mardi, (jui sera demain; mais comme la nuit a été mauvaise, il a fallu presser le remède, et il l'a été ce matin. 11 y a bien ici du monde au guet et aux écoutes [)our ce qui arrivera après le décès de cet homme, quein puto idco abifurum ad plures, quia mûrbi magnitudo uryet ^ tuiii etimit quia medicis ntitur porum oculatis; sed eo fuio na.scuntur, vivunf cl mnriuntur aidici : copiant et capiuntur , decipiunt et dccipiioitiir. Des neuf consultants, il y en avoit six des nôtres, Guénaut, des Fougerais: ô les bonnes bétcs 1 Séguin, Braver, Rainssant et iMaurin ; les trois autres étoient Valot, Esprit (t ^'ezou, ami de Valot, au lieu de Daquin, qui est en Angleterre avec la reine. Quand on fait ces grandes consultations, c'est signe que le mal est grand, et néanmoins je n'ai point encore ouï dire qu'il ait pensé à sa conscience et au salut de son âme. Ne seroit-ce point que les cardinaux eu seroienl exempts? Enlîn peut-être arrivera bientôt l'occasion de dire : StulJe , laa: nocte répètent aninaun ta.ui/t ; et quaj parasti , cujus erunt ?

Je viens d'apprendre (jue le cardinal Mazarin est fort foibir, et ([ue, iVi'i (ju'il a mangé, la lièvre lui redouble, hecticufebris urynntentum certissimurn; iste inorcur viscerumest et cnrtuian.r et letludis ; il ne l'ait plus rien touchant les affaires j)ul)liques, et tout est abandonné en attendant la crise, et

3l4 LETTUES DE GUI rATlN

MM. de Villeroi, le Tellier et Fouquet coui'eiit après la l'ortuiie, et jouent tous trois à qui l'attrapera. Quelques uns disent qu'il n'y aura plus de ministre d'Etat , et que le roi gouvernera lui-même. Dieu lui en fasse la grâce (l) !

Je viens de consultation avec M. du Clédat, qui m'a dit que le cardinal Mazarin avoit les pieds enflés , et les jambes , avec tout le reste du corps en grande exténuation , Gavarwoeç. Je vous baise très liumblement les mains, à mademoiselle Falconet et à notre bon ami M. Spon , et suis de tout mon conu' votre , etc.

De Paris, le 23 janvier 16G1.

LETTKK DLVI. ~ Au minnc.

Eu continuant mes petits oftices, je vous dirai ce (jue me vient de din^, ce mercredi 26 janvier, un homme de qualité: c'est qu'eidin le cardinal Mazarin se résout à mourir, qu'il croyoit bien (pi'il est perdu, et qu'il ne peut guérir de ce mal. On parle des eaux et du lait , mais je vous laisse à penser de la grandeur de ces remèdes. J'ai fort mauvaise opinion de l'événement de son mal et du succès de tant de remèdes. Les uns disent qu'il a été trop saigné; les antres, qu'il a été trop purgé, et principalement avec la maime , qui est un mauvais remède en un tel COI ps : medicumentnin infidw/i , siœco tithymalvrinn , scainvionin , nielle et saecharo fucuhim et adultejr.itum. Le grantl et incomparable Simon Piètre V a[)^e[oïi praimm medicanientwn , et ob eo in hiliosis naturis fdjhorrebat . Mais le Mazarin est tout atrabilaire: aussi ce remède ne lui vaut rien. Valot Ta purgé soixante fois avec deux gros de séné et deux onces de manne; je l'en voudrois ôter tout-à-fait, et y mettre plutôt de la casse, des tamarins et quel(pies sirops de trois pur-

(1) C'est prcciséineiil ce qui arriva pour riionneur el la gloire de la France ; mais le cardinal Mazarin lui en donna -l-il le conseil, comme le disent certains hisloricns, voilà ce qui n'est pas sulïisammenl éciairci.

A FAl.CONKT. 3l5

galils, diuirhudvn , iierslairuiii auf de cicltuiio , et méiiagei' cela avec la misérable constitution de ses entrailles, qui ne peuvent être que désolées (i). 3Iais ils ont beau faire, tous les purgatil's du monde, même les meilleurs, ne le garantiront point, et ne peuvent ettacer la maie tache , y^mi-om labeia imistom et altius inrpressam visceribiis mitritiis , neque enim reposita est artisnostrœ dignitas, neque pendet a perpétua cocatione , comme j'ai plusieurs fois ouï dire à feu M. Nicolas Piètre, qui étoit l'Hippocrate de ce siècle. S'il y avoit quelque apparence qu'il put guérir , i^fi medicas/ri obfidissent jo.in un veneman simni cmeticwn ; mais ils n'osent, de peur de décrier leur chère marchandise, ner oudcrd focere periculum in tam UhMri persona. Il voudroit bien qu'on le menât au bois de Vincennes , mais les forces commencent à lui manquer, et ne lui en permettent pas la fatigue. Ce qui augmente le soupçon de l'événement funeste de son mal , c'est ([ue les deux prétendus archiàties ont demandé du conseil , et l'on leur en a donné sept, si bien qu'ils sont neuf. S'ils i'avoient cru pouvoir guérir, ils n'auroieni appelé personne. Septem illos adjunxerunt uf reniant in panen> vilupcrii. On parle ici de faire un beau service du bout de l'an du feu duc d'Orléans, et hoc milii adnugef !iuftpici())iem funesti morbi , et j'en tire plus mauvais augure pour le cardinal Mazarin , vu que l'an passé, après sa mort, on ne lui fit aucun service, combien qu'il fût oncle du roi. Ce sera dans Notre-Dame, où toutes les compagnies assisteront; j'entends les souveraines et rUnivei'sité pareillement. Quelques mois après ce service, il en viendra un autre.

Pour le livre du bon i)ère Tliéophile, je suis bien fâché qu'il soit supprimé; mais je vous prie de dire à M. Barbier que cela ne peut pas venir de moi , ni même des adversaires,

^1; Mais que pouvait (';ii:e sur ces eiilrail!e.s désolées, le sirop de trois purgatifs conseillé par notre auteur? et lui-même en convient. Le fait est que le cardinal de Mazarin était i se par le travail, par la (-(jutle et la dcbauciio. La médecine est bien impuissante contre de tels ennemis.

3i6 livIihes )>i. i,i i i-aiin

cal" It'S jaiiSiMiistes n'ont nul crédit auprès de M. le chancelier. Il y a quelque autre cause que cela dans la nature; mais je ne le sais pas ; vous savez bien que nndta sunt dœtnonia in crr.

On (lit (|ue la reine-mère s'entretient souvent des affaires avec iM. Letellier, qui a beaucoup de disposition pour la première place ; néanmoius il y en a qui croient (|ue le cardi'ial de Retz reviendra , et qu'elle s'en servira par nécessité , nf habeat in illo, quem opponat Condœo , (lu'elle craint et qu'elle hait. La santé du prince n'est pas trop bonne ; il est maigre , défait , exténué et décoloré ; il prend du lait d'ànesse et a souvent la goutte. Le prince de Conti son frère est en Languedoc aux. Etats pour avoir de l'argent.

On a promis au cardinal Mazarin de ne lui parlei' d'un mois d'aucune affaire. La reine tient le conseil avec MM. de Villeroi , l^etellier et M. Fouquet , le surintendant; mais depuis quatre jours il lui est arrivé un grand malheur. Comme ilétoit dans l'antichambre du cardinal Mazarin , son frère , l'abbé Fouquet y survint (ils sont mal ensemble il y a deux ans) : ils commencèrent à se quereller l'un l'autre en présence de beaucoup de monde , et se dirent de rudes injures. L'abbé Fou- ({uet dit au surintendant qu'il étoit un voleur, qu'il cachoit en terre l'argent de la France, qu'il avoit consommé dix-huit millions en bâtiments, qu'il dépensoit à sa table autant que le roi , qu'il entretenoit force femmes qu'il lui nomma par leur propre nom , et il lui dit beaucoup d'autres injures. L'autre lui dit aussi tout co qu'il put , et entre autres lui reprocha ses amours avec madame de Chàtillon. On les croit irréconciliables; mais l'abbé Fouquet a vu le cardinal Mazarin et y a si fort chargé son fière le surintendant , qu'on le tient en état d'être pendu. On s'est de tout temps moqué de la fortune sans vertus , on se mofiue déjà de celui-ci , qui est haï de bien du monde , hormis des partisans et des jésuites , gens de bien et d'honneur ; ce sont les publicains et les pharisiens que notre Seigneur Jésus-Christ votdoil convertir [V.

(t) Ce passage luomodaii- «hk-1 (Ic-didic de ma'ur.-ol de coniiplicn

A FVLf.ONET. 3l7

La miil |)ass(''t> (»ii a V(»lt'' dans un cahiiict des liaiiis de la leiiie G, (,()() pisloles (jui étoieiit dans une cassette , laquelle a|)partient h M. le duc d'Anjou.

Le Portugal s'apprête fort a se bien défendre contre le roi d'Espagne; et si le roi d'Angleterre épouse l'infante de Portugal , comme on croit que c'est une affaire arrêtée , jamais le l'oi d'Espagne n'y i-entrera. La reine d'Angleterre est à Plynioulli, où elle attend le bon vent pour repasser en France.

Demain , ;i onze heures du matin je fei';»i trépaner un gen-, tilliomme d'Avignon , pour un coup de pistolet (ju'il a eu dans la ti'te; j'y mènerai Noël Falconet, pour ne lui laisser aucun temps de reste , et lui donner toujours de l'exercic»; ; il s'y prend bien, et j'en prévois pour vous beaucoup de contentement. Je me recommande à vos bomies grâces, et suis votre , etc.

De Taris le 28 janvier 1G6I.

la Trance était alors plongée ; lo haut clergé surloiil en donna «le Irisles et fréqiienls exenii)lcs. On .sait les rapports du cardinal de Riclielieu avec .Ninon de Lenclo.^ , avec Marion Deloruie , (jui élail vu jjeu moins qu'une prostiluée , dit le cardinal de Retz , et avec tant d'autres. Le cardinal de Mazarin fut également loin d'avoir des mœurs austères , en admettant même que ses ennemis aient exagéré ses fautes et ses vices. Quant au cardinal de Retz . lui-même avoue avec une franchise cynique sa conduite dissolue, encore n'a-t-il pas tout déclaré, l'arlaut de madame de Guéménée, une de ses maîtresses : " Je fus assez sot, dit il, pour la prendre à la gorge , sur ce qu'elle m'avait lâchement abandonné ; elle fut assez iblle pour me jeter un chandelier à la tète , sur ce que je ne lui avais pas gardé fidélité à légard de mademoiselle de Lhevreuse. » (Mémoires.) Telle était la conduite peu éddiante de ce qu'on appelait alors les princes de l'Eglise , les tuteurs du peuple. Heureusement qu'il se trouvait dans le clergé inférieur des hommes «l'une \érilal)le piété, rigides observateurs des principes de la religion ; c'est même à celte époque que brilla par ses vertus éniinentes saint \ incenl de f'aul , ce héros de la chaiilé chrétienne, qui ne vécut que pour faire et enseigner le bleu. ' R. 1'.

318 LETTRES DE Ctl PATIN

LETTRE DLVII. — An même.

Samedi, 29 du passé, nous eûmes un jeune docteur qui nous fit festin. Nous étions vingt-quatre à table , et marchandise fort mêlée de gens de bien et charlatans. De ces derniers étoient des Fougerais , Rainssant , les deux Denyau et les deux Renaudot; car dorénavant les charlatans vont , comme Jes moines, deux à deux. Il y avoit encore LeVignon, H. Saint- Jacques , Lopez de Bordeaux, et autres gens qui seroieutbieu fâchés de mieux valoir. De l'autre côté étoient 3Iorisset, notre doyen, Mentel, censeur. Piètre, Braver, Puylon, et autres gens de bien qui ont de la pudeur de reste, et qui ne veulent point être réputés charlatans.

On a eu nouvelles que M. de la Haye, notre ambassadeur à Constantinople, y est mort de maladie et de douleur qu'on lui a fait de lui arracher les poils de la barbe l'tm après l'autn; , et ensuite les dents, par le commandement du grand vizir, de dépit qu'ils ont eu que nous avions donné du secours aux Vénitiens dans la Candie. On dit que l'empereur s'en va déclarer la guerre au Grand-Seigneur, et que pour cet effet nous lui donnerons quinze mille hommes, qu'on s'en va faire partir pour faire rejoindre ses troupes.

Nous avons ici un nouveau livre latin, fait par un jésuite: j c'est la vie du père Cotton de la compagnie de Jésus. J'aime fort ces sortes de livres qui contiennent la vie des hommes illustres. Joseph Scaliger, qui haïssoit fort les jésuites, disoit que leur société devoit plus au père Cotton qu'au père Ignace, parce que celui-ci avoit à la vérité fondé la société , mais que le père Cotton l'avoit ressuscitée , qui est un plus grand minicle que de l'avoir faite (l). Je voudrois qu'ils eussent aussi fait la vie du pèreSirmond , du père Petau, du père Fronton,

(1) Pierre CoUon,né à Néronde (Loire) en 1364. On sait qu'il cloit !e confesseur àv Henri TV; de là le célèbre jnron du rrand roi : Jarnicollon. R. P.'

A rALCONKT. 319

(lu père Une , ilu [H'ce Caussiii, et autres gens iii.signes de cet ordre, - .

Il mourut ici , il y a trois jours, un présideut des monnoies, nommé M. le Tanneur, d'une apoplexie, où un apothicaire lui donna du vin cméti(pie. Les apothicaires s'en mêlent cjict)re, et les médecins n'osent plus en dotmer de peur de se di-crier davantage. Si le vin émétique est bon quel(|ue part , ce n'est point dans l'apoplexie sanguine, dans laquelle le cerveau est sutfoqué d'une abondance de sang. Deux saignées l'auroient pu empêcher de mourir. Je vous salue, et suis votre , etc.

De Paris, le 1" tévricr 1601.

LETTRE DLWW. — Axnamr'.

On dit, ce 2 de lévrier, que le cardmal est un peu mieux , d'autant qu'il dort; nons(;royons pourtant (ju'il mourra d'Iiydropisie de poumon. Il a le pouls intermittent, palpitations de cœur, et, en un mot, il est orlhopnoiqne ; tout le corps est exténué, et il n'a de gros que les pieds. On dit que la plupart de ses nuits sont mauvaises, ce qu'il faut entendre de celles où il ne dort pas trois heures : ce n'est pas beaucoup , ni le moyen d'aller bien loin. 11 n'y a pas encore un mois entier d'ici en mars, qui est un mauvais mois pour les étiques et labides : cependant les sols veulent qu'ilse porte mieux, et il y en a un nombre infini.

Je viens (le l'ccevoir , ce ,"> février, vos lettres du 27 janvier, pour lesquelles je -sous remercie. Ne vous mettez pas en peine de m'écrire, si vous n'avez de la matière; il ne m'importe, }>ourvu (pie vous soyez, vous et les V(Jti'es, en bonne santé. Je sais bien que les grandes nouvelles ne sont pas chez vous, et moi je vous en écris telles que je les apprends, entre lesquelles même il y en a de fausses : sed quid fucerem'.^

320 LETTRES DE i.Cl P\TIN

(Jxiii ttnguni// ab /lis/oriro f'/mi f'.rcijif Z ÏMiiie a dit ([iicli|uo paît en ses Epîtres : Cai-niiNtnn t-xigun f'><t ynifia , nisi sin/ npfhi/n : hisforia (pioquo modo f!eri/)fn ddectot.

On (lit ici que le cardinal Mazarin , outre son mal ordinaire, a une grande affliction d'esprit pour quelque méchante nouvelle qu'il a reçue de Rome, où il avoit envoyé M. le président Colbert pour obtenir quelque grâce du pape, dont il n'a pu venir à bout, qui étoit pour le duc de Modène, son neveu, et une autre grâce qu'il demandoit contre le cardinal de Retz, qu'il craint après sa mort.

Il court ici un bruit que l'on a semt' (|uel(jues billets dans la (■liambre du cardinal .Mazarin , qui contiennent ces paroles : 1 oKS f'tcs priés d'assister oiix convoi , service et enterreutcnt de feu monseiçjiU'ur l'cminentissime cardinal Mazarin, dvc et pair de France , duc de .A ivernois et Rcfhelois , duc de Mayence, etc. , (jrand ministre d'Etat, etc., le 21 uiars prochain, ou tout an plus tard le 21 de septenil)re . etc. Il me semble que ces gens-là sont bien hardis; je ne voudrois i)oint m'exposera un tel hasard : il n'en peut arriver que du mal.

H fuit ici chaud et humide; j'ai eu ma part du mauvais temps, savoir : une fluxion douloureuse sur la hanche droite, sans tumeur et sans fièvre. Je me suis fait tirer cv. malin trois palettes de mauvais sang, cociichijiaia' renoscp ilehetur vena' secfio; j'en suis soulagé; il ne faut plus qu'une bonne nuit pour me refaire. J'ai reçu trois livres in-quarto (ri'trrclit, en Uo]- \^m\e:ji(cundissiaai mi là fuit istacaceptio, quœ Uaujuiduui aninormet libertnte carentem cchilaravit. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris . le 4 février (fiOl.

A FVLCONRT. 3-21

LETTRE ])U\. — A» m^wc.

Le roi viendra au parlement le 8 de lévrier, et ce pour la paulette, et sur la lin du même mois il partira d'ici pour un voyage en Provence.

On dit qu'il nous vient ici de la part du grand seigneur un chiaoux. Je vous envoie avec la présente une thèse nouvelle (|ui n'est point mal faite, et j'espère qu'elle vous agréera.

Nous avons ici perdu depuis peu un honnête homme, nommé M. Cramoisi, âgé de (juatre-vingt-quatre ans, qui êloit le roi des libraires. Comme il a fallu quinze cents ans pour faire un poêle (pii ressemblât à Virgile, c'éloit Buchanan , il en faudra peut-être autant pour faire un honnête homme de libraire, qui le soit autant que ce vieux bonhounne Cramoisi; il avoit pourtant l'àme toute loyoliti(jue, et il étoit un des directeurs de l'Hôtel-Dieu.

L'on parle fort ici des .'imourettes de ja cour et des courtisans. Jadis un savant Anglois, nommé Joannes Sarisberiensis, évèiiue de Chartres ( l ), fit un livre , de imgis ciirldh'mn ; s'il vivoit aujourd'hui , il auroit assez de matière pour en faire deux autres (-2). On dit enfin ici que nous perdrons Candie : tanta fuit socordia eomm quornin infercst. Les Turcs se mofjueront de nous et nous pilleront, et puis sera vrai ce qu'a dit Claudian in Ruf'., lib. 2. (Mais n'ont-ils pas raison, pui.squ'on les laisse faire? ) : Cet iris Fnrojia caterris hidibrio prœdœque datitr. Enfin , le roi accorde la paulette à MM. du parlement et à plusieurs autres officiers, hors à MM. les trésoriers de France et aux deux parlements de Bretagne et de Metz; mais elle n'est accordée qu'avec beaucoup de restrictions, et pour trois ans seulement, après lesquels le roi ne veut plus qu'il y ait de

(1} Jean de Salisbuij, moine anglais, né à Salisbury en 1119, fui nommé évéque de Chartres en IITG; il mourut en MSO.

.2; Qu'aurait donc pense (lui Patin s'dcût \écu jusqu'à la lin de son •iècle , et surto il s'il rùl vu le grand roi légitimer ses bâtards et leur donner des droits «lu'ils ne purent conserver? R. V.]

\\\. Il

:M2 lettres de gui patin

paulelle. Je vous baise très liumbleaienl les mains et suis de tout mou cœur votre, etc.

De l'aris, le (! février Uifil.

LETTRE DLX.— t/^ m^hm-.

On va faire la (fisseclioii publique d'un pauvre lacjuais de dix-luiit ans, (|ui a été pendu en Grève, pour avoir volé son maitre, qui est un maître des requêtes. Ils étoient deux qui avoient t'ait le vol : celui qui avoit l'argent s'est sauvé; celuici , qui n'avoit rien , a été pris et pendu. Voilà la cliance de la vie des méchants, qui sont toujours en danger.

///( cniccni pntiiiw i^cc'cris tulil . hic diadiiini.

Peut-être que ci-après l'autre sera attrapé (|ui ne manquera pas d'être pendu. (Vest ^\. Baralis, brave et sage docteur, qui fait l'anatoiuie.

Le cardinal Mazariiiest toujours dans le bois de Vincennes, où il prend du lait; il fut purgé vendredi dernier, dont il se trouva très mal le samedi. Dimanche on croyoit qu'il mouroit, lundi il fut un peu soulagé ; mais il est maigre , sec, décoloré, exténué, hydropique du poumon, orthopnoïque, et il a de dangereuses suffocations nocturnes, dcniqu' proxlmc conturus in raf.ionem libitinœ. On dit que sa rate ne vaut rien : cela arrive souvent à ceux qui ont le poumon gâté, niat/no e^f sympathia ntriiisque jiortis, h'cet non tnm offcii, quom vicinirp et vosonon ratiom. J ■ soupai samedi et dimanche chez M. le premier président, où nous rimes bien. L'évêque de Vannes, en Basse-Bretagne, lui a donné d'excellent vin d'Espagne, dont il voulut que je busse ; il en a bu aussi deux petites fois, lui qui d'ailleurs est le plus sobre homme du monde. Il m'a dit que le pape est hydropique confirmé , et qu'il ne peut plus guère vivre. Il me témoigne autant d'amitié que l'on peut.

A FU.CONET. .'i-i;J

t'I voudroit qufi je l'iillasse voir liois l'ois la semaine, c'est-;. dire que je me trouvasse auprès de lui quand il a un |)eu de loisir pour se désennuyer.

Le roi a envoyé quantité d'ofliciers sur les villes frontières d(^ Picardie, Cham])agne, Flandre, comme aussi à Sedan, Nancy, Brissac, Philisbourp, et en Alsace. a|)pai'emment pour donner ordre aux gouvernements de ces places de peur de (juelque changement en cas que notre premier ministre meure, peutêtre pour s'assurer de quehjue gouverneur qu'on soupçonne d'inlidélité.

La femme de M. le maréchal de Fabeit mourut ici dimanche dernier, et néanmoins il reçut ordre de partir hier au matin , et de s'en aller à Sedan , ce qu'il fit tout-à-l'heure. Même on a vu sortir des compagnies suisses et françoises qid prennent leur chemin de ce côté là; on dit que ce sont des troupes que Mazarin ne vouloit point congédier, et qu'enfin l'ambassadeur d'Espagne a obtenu qu'on les enverroit. On dit (ju'elles vont à Vienne en Autriche, et que ces troupes sont destinées pour faire la guerre au Turc, en Hongrie, le mois de mai prochain.

Il y en a qui disent que le pape est mort; ce bruit vient de quelques moines qui ont rendu des lettres de sa maladie. P]idin le temps viendra que le pape, s'il n'est mort, niouira comme les autres, et enhn tout le monde mourra, t'oinin d terra tramibinif, lu aufem perjuaneOis, Domine.

Je vous baise les mains, <à mademoiselle Falconet et à M. Spon , et suis de tout mon C(ieur votre . etc.

De Paris , le \'.\ fétricr \(\(\{.

LETTUF DLXl. ~ Au mèmr.

J'ai vu des hommes qui tenoient \w\xv certain que le cardinal Mazarin est bien malade ; mais que l'on celoit cette grandeur de sa maladie tant que l'on pou voit; qu'il n'en f;d loit

324 l.llTTRKS DE GL! PATIN

croire ni méderiiis dtM'our qui tous n'en disent rien d'assuré , ou n'en parlent qu en biaisant , selon l'ordre qu'ils en ont reçu), ni aucun homme de chez le roi. Vous savez bien (jue les grands t'ont mystère de toutes leurs affaires ; mais la mort viendra qui lèvera le voile et découvrira tout : et même cette mort est un mystère , à ce que dit Marc Antonin en son livre quatrième : De rebns suis, vel de <<c ipso , od se ipsurn. Voici ces beaux mots :

Taie quiddmn mors est , quale noticitas : natvrœ utntriique mijstei'inm est ^ tf-jctw; u'j^Tr^piov.

Le roi a répété son ballet par deux fois pour le danser devant la reine d'Angleterre quand elle sera arrivée. J'apprends quAsfrologia gollica du sieur Jean Morin, natif de Ville- Franche en Baujolois , jadis docteur en médecine de Valence, professeur du roi ès-malhématiques dans notre collège royal, est enfin achevée à la Haye en Hollande. L'on m'a dit qu'il y a bien là -dedans des injures contre les médecins de Paris , et les autres aussi , qui ne veulent admettre ni l'astrologie judiciaire ni la chimie : et je ne m'en étonne pas, car cet homme étoit fou. Ce sont deux volumes in-folio , pour l'édition desquels la reine de Pologne a donné 2,000 écus , à la recommandation d'un sien secrétaire qui aime l'astrologie. Voilà comment les princes sont trompés ; si c'étoit un bon livre qui put être utile au public , on ne trouveroit point d'imprimeur ni personne qui s'en voulût charger.

La rivière est ici fort basse, et il y fait aussi doux quedans la lin du mois d'avril (l }. Etgi^assanfur morbi venu, rheumatismi , Ijodayrici nephriticique do/ores , sed poueœ fchres ossidiiœ.

Je commencerai, Dieu aidant, mes leçons mardi prochain. L'anatomie du laquais voleur s'en va être achevée, à laquelle Noël Falconet a soigneusement assisté, et il m'en dit tous les jours des nouvelles ; vous savez que c'est l'œil de la médecine

(!' Il faut remarquer celte température. Dans daulres lettres, (lui Palin se plaint , au contraire, de la rigueur du froid dans une saison avancée, (.e climat de Pari- ri\i pa« change. U I'

A KAI.CO.NKI . ;Î25

Ou dit ici ((lie le cardinal va l'aire trois dill'erents mariages, de sa première nièce avec le prince Colonne, de la seconde avec le grand-niaitre de l'artillerie, et de son neveu avec une des filles du palatin , et (jue ce neveu sera nommé duc de Nevers; mais peut-être que cela ne sera pas vrai. Vous savez que les politiques spéculatifs ne laissent point leur esprit en repos pour fau-e parler les autres. On dit aussi qu'il a promis à Guénaut une abbaye de 4,000 livres de rente pour un des fds de sa fille. Dieu lui fasse la grâce de bien faire a bien du monde avant que de mourir ; il a longtemps vécu en faisant bien souffrir plusieurs.

Je vous écrivis hier un billet à la prière de M. Aubert contre un garçon apothicaire de Bru.xelles qui l'a fort mal servi et qui étoit un grand fripon. Je vous supplie d'avoir créance audit billet, et ne vous point mêler des affaires de ce garçon. Je vous baise très humblement les mains, au R. P. Théophile Raynaud , à mademoiselle Falconet , et à notre bon ami M. Spon, et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris . le 18 février 1661.

LETTRE D LXII . — An nuhne .

Je ne vous écris jamais qu'avec joie; mais comment vous écrirai-je, quand je n'ai point de matière? On ne dit plus rien ici depuis que le cardinal se porte mieux. On parle seulement de danser un ballet pour la réjouissance de la cour et de la reine d'Angleterre , qui revient et ramène sa belle-fille, la princesse d'Angleterre, pour être, à ce qu'on dit , mariée H M. le duc d'Orléans. Je soupai hier chez M. le premier président, OLi j'appris que le cardinal ne se porte point encore trop bien. On augure qu'il mourra bientôt, de ce qu'il fait de si grandes aumônes, et'qu'il envoie de l'argent en différents endroits pour l'aire prier Dieu pour lui ; mais je

afO LETTRES DE t.Ll l'ATlN

crois (]u'il vaudroit mieux faire restitution qu'aumône. Dieu ne vouloit point autrefois des sacrifices faits avec du miel , à cause qu'il est fait de la rosée que les abeilles ont pillée sur les fleurs. C'est dans le Lévitique, chap. n : Omnisoblatio, qiiœ o/fertnr Domino , absqiœ fermento fiet , nec quidquam fermenti ac mellis adolebitur in sacrifcio Domino.

Je viens de recevoir la vôtre du 15 février, de laquelle je vous remercie, et aussi du soin que vous avez de ma santé , qui est bonne, Dieu merci. Je crois bien que je suis guéri par les prières de madame votre femme; mais je ne m'en doutois pas , et je l'attribuois à la saignée. 11 ne faut point douter que les prières d'une si bonne femme ne soient d'une grande efficace. Vous savez que l'Église chante pour le dévot sexe féminin , pro donto fcmineo sexu. Je lui en rends grâce de toute mon affection.

On me vient de dire que le cardinal est fort enflé , et (ju'il \w dort point; néanmoins on dit par la ville qu'il se porte mieux, et (pi'il s'attend fort au beau temps pour s'en aller aux eaux, où il espère de guérir. On lui enveloppe ses pieds iedé)not(:UX avec de la liente de cheval , mais cela ne peut ôter lacausedcson mal. Pour moi, je n'en ai point bonne opinion; car si son mal étoit léger, il ne feroit point faire tant de consultations, qui lui coûtent de l'argent, lui qui l'aime tant. Il se dégoûte fort de ses médecins et de leurs médecines : cela est ordinaire dans les longues maladies. Je suis, etc.

De Paris . le 22 février 1661,

LETTRE DLXIII. - Au même.

J'ai dispute c<^ ujatin 2-2 février, en nos écoles, pour un de mes amis , où j'ai prouvé qu'il n'y a point d'hermaphrodites 1) en la nature, et (]ue tout ce que les auteurs anciens

(T Su; colle espèce de monsiruosité on cun^ullera avec un {'.'"•''"d '"i"

A FAl.CO.NEl. 327

en ont dit ne sont (juc des cliaiisons , non plus (|iift ce(|u« quelques saints ont dit dans leurs écrits des néréides , des sirènes et des tritons, comme saint Jérôme , ou de ce que Platon a dit , (le tertio homi nui n ijencre , nempe , de Androfjynis in sun Symposio. Le président et le bachelier en sont demeurés d'accord , si bien que leur thèse est absolument fausse, et n'est pas plus vraie qu'une métamorphose d'Ovide.

Les nuits du cardinal Mazarin contirnient d'èti-e fâcheuses , quarnm rnalignitos neqiddem a yranis opinfin vincitur, et néanmoins le bruit court qu'il a envie de partir pour aller à Bourbon le 20 mars , quod nec faciet frœ summn virium imbecillitate , imo nunquam factunim j'juto. Peu de gens le voient hormis ses officiers; il n'y a guère que le roi et la reinemère qui entrent en sa chambre; mais on dit qu'il est fort décoloré , et qu'il a le visage tout défait, dont je ne m'étonne point, vu la grandeur et la longueur de sa maladie: iit se hahent ocidi , ifn est totum corpus. Il y en a qui le font foit malade, et qui disent qu'il n'ira pas jusqu'au 15 de mars : rumores duhii ac incerti . Un maître des requêtes me vient de dire que les médecins ont été consultés pour savoir si on le mettroit au lait de femme. Les avis ont été différents ; enfin il est résolu d'en prendre, on lui cherche des nourrices. Il faut que cet homme , qui a été le fléau du genre humain , et qui a mangé tant d'hommes , soit réduit à vivre de la mamelle des femmes (l), c'est-à-dire à sucer partout. En vous écrivant ceci , voilà le garçon de M. Bastormeau qui me rend le petit paquet, duquel je vous remercie. Je n'attends plus que le père de Bussières , et de Genève, Thèses Sedanenses; car j'ai reçu tout ce que j'attendois de Hollande, en trois paquets qui sont venus par différents chemins. On a imprimé depuis peu, à Nuremberg, Greyorii Horstii opéra omnin , in-

léiêl le icmarquabic ouvrage de W. Isid. Gcoffroy-Saiiil-Hiiaire , iiitilulc : Bislore des atiomalles de V urbanisation chez Vliomme et lea animaux; Pari.«, 1836. T. Il.pag. 30ol.suiv. (1) Voyet la noie lome \. page 321 .

3i8 I.KITithx DK (.1 I l'\tlN

fol., que l'on m'envoie par Lyon , à M. Spon ; quand il l'aura reçu, il se rencontrera autre chose à m'envoyer en ce tempslà; car il y a d'autres livres qui s'apprêtent à Strasbourg et à Genève , et alors on cherchera quelque voie commode.

La dame Hortense, nièce de sonEminence, fut hier accordée à M. le grand-maître de l'artillerie, auquel il doime le duché de Mayenne et beaucoup d'argent comptant. Le cardinal a donné ses pierreries au roi pour la couionne , et il en a obtenu le pouvoir de résigner ses bénétices à (|ui il voudra; il en a pour sept millions. On dit qu'il est fort empiré depuis trois jours , et (pi'il ne dort point, ni ne peut soutenir sa tète; il empire tous les jours. Cet homme n"a que faire de rien ordoimer pour faire (ju'on se souvienne de lui ; on s'en souviendra longten)ps pourtant de maux qu'il nous a causés.

Les articles du mariage de M. le duc d'Anjou avec la princesse d'Angleterre sont dressés et accordés. On ditcjue le cardinal Mazarin ne craint rien, et qu'il meurt intrépide, comme disent les Italiens. Il n'est pas le premier de son pays , qui fu'is ocuUs movtem bUuetui\ nec quidqacan timet ; ainsi meurent la plupart des caidinaux a Rome , et les papes aussi , et entre autres Urbain VIII et Innocent X, et néanmoins miserum est incidere in nianus Dti vivent is. Toute la cour est au bois de Vincennes. On dit que le 3Iazarin se plaint fort des médecins, qui ne peuvent empêcher un homme de mourir, et que M. le maréchal de Villeroi sera celui qui auia la meilleure part au gouvernement futur. Il y en a qui disent que le Mazarin a perdu l'esprit, (ju'il rêve , ([u'il ne connoît personne; il y a eu un médecin qui a dit qu'il le faudroit mener à Sainte- Reine : c'est en Bourgogne , près de Fiavigny et d'Alise. Alexia in Mandabiis , in Commentariis ('œ.-ioris.

Lundi prochain le grand-maître épousera la nièce Hortense, laquelle lui apporte 1, -.00,000 écus d'argent comptant, le gouvernement de la Fère et du bois de Vincennes, les duchés de Ponlhieu et de Mayenne, à la charge qu il changera d'armes et de nom , et (ju'il sera appelé Jean Armand de la Porte

\ lAictiNKi. 329

Mazat'iii. Se/l tmdcl nif talcs ni/f/ds itc/ s't^ifi\ et stu/tiis luljor est ita'[)ti(i}'uiii (l ). Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

De l'aris, le 25 février 1(561.

LETTRK DLXIV. — At, même.

Je vous ai écrit hier, samedi -26 lévrier, des nouvelles de ce pays, mais desquelles je nesuispoini ^^arant: QiihiKun unqu'iDi ab /liatorico fiilou exùjif'/ ce dit Sénèque. On dit (|ue le Mazarin dépêche d'achever ses affaires, et ([ue les six évèchés <|ui vaquent depuis un an sont donnés. S'il les a donnés, il fait contre sa coutume, car il a celle de les vendre, et il en tenoit banque en sa maison. 11 a fait de beaux présents aux deux reines, en leur donnant à chacune une gi'osse poignée de diamants ; et il a fait présent au roi de la somme de quatorze millions, dont il lui fait la remise , prétendant qu'elle lui est due (2). Ne seroit-ce point qu'il les auroit apportés d'Italie

(1) Le lecteur remarquera combien celle dernière réllevion de Gui Palin esl empreinte d'amcrlume et de profonde indij;nation. « // wc déplaît, écril-il à son ami, de vous entretenir dépareilles ba(jalelles,cc n'est qu'un sot travail d'inept es. » Puis il s'arrête. On conçoit sa douleur lorsqu'il voit le Mazarin, qui n'est , selon lui, qu'un étranjjer intrigant, fourbe, astucieux , rapace et dilapidateur; un prêtre tyran , dissolu, simoniaque, n'ayant qu'un talent de saltimbanque, donner à sa nièce, tirée naguère de la médiocrité, une dot énorme, tandis que la France est épuisée par une longue guerre, que le peuple est dévoré par la soldatesque et les grands seigneurs , accablé d'impôts , d'exactions , de corvées , de misère. C'est là ce qui le blessait dans le fond de sa haute et ferme conviction , en si parfait accord avec la mâle vigueur de son caractère. (H. l'.j

(2) Restitution qui eut lieu par le moyen du confesseur; mais au bout de trois jours, Colberl remit de la part du roi la donation entière de ces biens à Mazarin , qui déjà se désolait, criant sans cesse : nies pauvres parents mourront de faim. (R. P.)

tî^O I.ETTRKS DE (.11 l'AlIN

pour les prêter au roi? Ad pupulnm jj/taleras. Le monde est bien fou.

L'abbé de Richelieu , qui a 100,000 livres de rente, a répondu en Sorbonne de sa tentative, où j'ai vu beaucoup d'évéques , dont la plupart sont ici à l'assemblée du clergé. J'y ai été , d'autant que ledit abbé m'aime un peu , et m'avoit envoyé sa thèse , dédiée au cardinal Mazarin , duquel il seroit bien aise de recevoir la teinture de son bonnet , comme son oncle iit donner au Mazarin l'an 164-2.

Je me suis caché dans mon étude aujourd'hui (ce dimanche 27 février ) de bonne heure , et me suis retiré des rues pour les profanations qui s'y font , ou plutôt pour vous dire avec Barclay : « de peur que je ne semblasse autoriser par ma présence les folies de tant de gens qui courent les rues. >* Les anciens ont appelé autrefois ces jours gras : FesU/in fntuorum. On pourroit encore dire pire aujourd'hui. Dès que j'ai été en train , j'ai écrit une grande lettre latine à M. Bauhinus, médecin de Bàle. Comme je l'achevois , j'ai reçu votre lettre du 22 février, par laquelle j'apprends votre aCniction . laquelle me touche sensiblement ; j'espère néanmoins que M. votre fils en échappera, tant parce qu'il est en bonnes mains et en bon lieu que parce que vous avez bien commencé.

Je ne crois pas que son Éminence ait pris du vin émétique, tant parce qu'ils ne s'en sont point vantés que parce que M. le premier président m'a dit que non ; et c'est un mauvais signe pour lui. Non ausi sunt facere periculum in tam splendida persona , ne quid humanitus illi contingat , aut sibl fiât contunieliosum. Voulez-vous me permettre que j'emploie ici fort à propos, sed ironice et sceptice, deux beaux vers de Martial , dion laiidoret Regulum^ tanquom v/'ruin bonum , fpœut tante n P h' ni us in Epistolis vocavit bipedem nequissintum :

.\iiiiiriini tinniil nosluis fatliinu qitercUis. Qiur par tam magna- non erat inrifliœ. rie.

\ KVl.r.iiM-.T. 3'. I

iiiiisi (jiie pouiToieiil répondre à nos re[)roclies MM. Valol , Guénaut et autres arehiàtres auliqiies , s'ils avoient tué avec leur poison chimique ce grand ministre d'Etat, qui est si nécessaire au genre humain î 0 sic hiimwia , sic snpis pinidenfia !

Nous laisserons passer cette semaine les jours gras , et je commencerai , Dieu aidant , mes leçons le mardi S de mars. Ce sera là où Noël Falconet emplira bientôt son cahier, s'il veut, sinon cène sera jamais ailleurs avec plus de commodité,

M. l'avocat-général Talon a désiré que je l'allasse voir , ce (|ue j'ai tait très volontiers. Il m'a fait très grand accueil , et après avoir un peu parlé de la réformation des statuts de la faculté de médecine de Reims, il me fit entendre qu'il s'en alloit avoir une déclaration du roi pour faire réformer toute les universités de France et en ôter tant d'abus qui s'y passent tous les jours. Soutenez-vous bien en votre collège , observant exactement vos statuts, afin qu'en éloignant les [)laintes et les procès, le soin de ce censeur public n'aille point jusqu'à Lyon.

Le cardinal Mazarin a été fort mal ces deux dernières nuits; on ouvre les fenêtres de sa chambre en plein minuit, pour lui aider à respirer et de peur qu'il n'étouffe. Vifœ mmma hrrvis spem nos vetot inchoare longam. Le vin émétique et les eaux minérales ne peuvent rien là : contra vira mortis non est rncdicanien in hortis.

On dit qu'il est enflé, atténué, raccourci. Hélas! ce bon seigneur a bien raccourci les joies de la France ! Mais je ne sais si celui qui lui succédera vaudra mieux; nous sommes si sujets à mal avoir, que j'en ai déjà peur. Il étouffe la nuit de la poitrine, et le jour du ventre : ideoque diiplici hydrope lahomt , et est srirrhus in /lepofe.

Le roi d'Angleterre fait fortifier Dunkerque, et l'on croit (juil épousera la princesse de Portugal. Si cela arrive, le roi «l'Espagne ne pourra pas sitôt rentrer dans Lisbonne , ni se rendre maître de ce |tetit royaume.

La nièce Hortense a été aujoiu'd'liui mariée; a M.U- grand-

33*2 i.Eiruiis DE i.i I l'A UN

juaître. On avoit eu dessein de remettre à dimanche [)i'ocliain. mais la grandeur de la maladie a fait presser la conclusion dn marché , et a fait craindre ne quid Iwmanitus contingeret pitvpurafo. 11 ne dort les nuits que quand il prend de l'opium; s'il en prejid souvent , je crois qu'il n'ira pas loin.

Je viens d'achever mes visites de divers endroits ; je suis honteux de voii- tant de sortes de fous par les rues ; certes, il est bien vrai ce qu'a dit Lucien , to'ù.'X'. /uopfa: -wv àru^^ouvTojy. Ce que je vous ai mandé ci-devant de M. de la Haye , notie ambassadeur à Constantinople , est faux ; il n'est pas mort , il est en bonne santé. Il est vrai qu'il a été prisonnier et mal traité par les Turcs, mais il est présentement en liberté. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 1"^ mars 1661.

LETTRE DLXV. — Au même.

Enfin , le mardi gras est passé, mais la folie des honnues ne l'est pas. Le cardinal Mazarin prit dernièrement une pilule de la main d'un gentilhomme , nommé de Plainville , avec laquelle il a dormi trois heures. Il est fort dégoûté des médecins; mais il a autour de soi en récompense six docteurs de Sorbonne qui lui font connoitre les voies du ciel et qui lui parlent de paradis. 11 ne prend plus de lait ni de bouillon , ni de gelée , mais seulement des consommés faits d'une douzaine de perdrix à la fois, qui coûtent quatre francs la pièce, car elles sont fort rares ici. On dit que le roi a envoyé demander à Rome un chapeau de cardinal pour labbé de Montaigu , qui est un Anglois fort dans les boimes grâces de la reine-mère; c'est lui qu'on croit qui gouvernera après le Mazarin. Ne sera-ce pas un grand bonheur à la France que nous trouvions un Anglois (jui veuille bien prendre la peine de nous gouverner, après ({ue nous aurons perdu un Italien si honnête homme ? A propos de cet homme de bien , en voici de fraîches non-

A FAI.r.ONET. 333

velles. Il a ou rextivine-oiictioii et a demandé tous ses pal'ents , qui sout allés au bois de Vincennos. La morf frappe n s<( porte e( (fei/tnnde son niiv. Ou a envoyé en diverses maisons de moines, afin qu'on y priât Dieu pour lui, et qu'en chaque nioinerie l'on y dit dix messes pour dix francs , qui y ont été délivrés. Vous voyez qu'ils les prennent à vingt sous pièce. N'est-pas une marque certaine qu'il croit bien fermement en Dieu , puisqu'il a recours aux gens de bien tels que sont les moines? Mais à propos d'àme, cet homme en a-t-il une? Il est Italien , et de ce pays-là il y a bien des gens qui font de bonne heure provision d'athéisme, afi ; que les scrupules de conscience ne les empêchent jamais de faire fortune ; car, après tout, le mal qu'ils font ne leur paraît que des peccadilles. On dit que par le commandement du roi les prières de quarante heures se disent pour le Mazarin; mais parce que c'est pour lui , le peuple ne se hâte point , et il n'y a pas grande presse dans les églises. Quoi qu'il en soit , il est fort mal et nous aussi, si Dieu ne nous en envoie un meilleur, plus humain , moins avare et moins larron; mais surtout (pii soit François et laisse respirer le peuple plus à son aise (i). Je suis votre, etc.

De Paris, le 4 mars Kifil.

LETTRE DLXVI. — .1// même.

Je viens de recevoir le petit paquet que vous avez reçu de Bàle pour moi.

Le cardinal Mazarin contimie toujours d'être malade et va de mal en pis. II étouffe jour et nuit; il est enflé et asthma-

^1) Quelle oraison funèbre ! Jamais peut-être celte furie qu'on nomme esprit de parti, ne s'est exprimée avec plus <le virulence. Il faut avouer pourtant que si Mazarin fut un grand coupable , sa mémoire a été justement maudite par ses contemporains, et la postérité ne Ta pas encore absous. ,R. '^

:V.]i LETTRES DE (.11 PATIN

tique. Vous savez que ce mal est appelé dans Sénèque, la méditation de la mort. Tout cela ne vaut rien pour un ministre d'Etat, encore moins pour un autre ; c'est le chemin du repos éternel. Puisqu'il faut qu'il s'en aille par la violence de son mal, prions Dieu qu'au moins il nous eu doimeun meilleur qui ne soit pas si grand larron, (|ui ait plus d'humanité et plus de pitié du peuple. Il y avoit jadis en Grèce un paysan qui disoit après la mort d'un tyran : Refodio Antigonum. Je prie Dieu qu'il nous donne un bon successeur, que nous ne soyons jamais obligés de dire : Refudio Mazarinwn.

On dit que le pape est hydropique confirmé, et qu'on voit une comète vers le septentrion qui a deux cornes. Nos huguenots malcontents disent que ce sont le pape et le Mazarin (pii i)artiront bientôt pour l'autre monde. Mais je ne sais, (juand ils auront passé h; guichet , s'ils iront à droite ou a gauche. Ce n'est pas chose aisée à savoir, quoi qu'on en dise. Je n'ai encore rien ouï dire des religieuses d'Auxonne; mais il y a environ deux mois que je donnai des mémoires pour un médecin de Dijon contre quelque prétendue possession démoniaque de ce pays-là. Je hais fort l'imposture en quelque (rencontre que ce soit, mais surtout celle qui se fait en ma- Itière de religion. Le diable n'est pas plus à Auxonne qu'ailleurs. Ceux qui se plaignent ici du cardinal Mazaiin disent que le diable est au bois de Vincennes, niais qu'il se meurt.

Je ne sais ce que veut dire Spondanus , lorsqu'il parle de Cardan sur Homère; ce sera apparemment dans quelque chapitre de se^. livres A' lu subtil ilé ; car cet auteur brouilloil fort les matières , et mettoit omnia in omnibus. Je suis, etc.

Ue Paris, le 4 mars i661.

LETTRE DLXVIL — Ati même

Il court un bruit, que je tiens faux, que l'on a découvert que le cardinal Mazarin est empoisonné. Otez les petits grains d'o-

A i"ai.(.().ni;t. :VX)

j)ium, et un peu devin éniéliquetiue l'on peut lui avuii" donne, principalement dans la médecine (|ui lui l'ut donnée, comme il étoit pressé d'un étouffement signalé, (juand on lui lit (luiiter le lait , je crois qu'il n'y en a pas d'autre, relus iiifenijjpri/'s , prova diat/iesis fniniinni visceriini , /u/ffrofjs jiu/mfoiix , fahcs et lanrcor riscenoii ; liipc sunt rcnefrin^ (Juififes! ie n'en veux point excepter sa toux , ses veilles peipétuelles , sa tumeur ipdériKifeme , ses foiblesses inopinées, ses suffocations nocturnes, son dégoût universel et sa perte d'appétit , en voilà plus qu'il n'en faut pour mourir sans poison ; mais c'est (pie l'on ne peut empêcher les sots de parler, il y a des railleurs (jui disent l)ien autrement. On dit ici y^r// // a plus de quatff jours que h dliihie aur()it ciuportë le Mazariu , ruais (pi' il ne suit pirr a!/ le prendre, tant II pue . et que l'aut-e a peur rpie le Maznrin ne lui dontw la peste par la puunf( ur de S(jn r(.rps , s'il le foue/w. Ce .seroit i)ien [)is , s'il ('■toit informé' de la puanteur de son âme (l). Le Mazarin s'est mocjué de toute la nature durant sa fortune; aujourd'hui , avant qu'il soit mort, on se moque de sa vie, de sa mort , de son corps et de son àme, de sa fortune, qui lui a tant promis et tant donné, sic est Inoiumum genus , procax et pronuni ad contuutelium. 11 y en a (jui rient en mourant, il y en a d'autres qui se moquent de ceux cpii meurent, et principalement (piand ce sont des gens comme le Mazarin, et desquels on peut dire ce passage d Horace .

^1) Ce furent sans doule ces bruils, ce^ rumeur.s populaires qui produisirenl ce déluge d'épii^rammo^ , tic salires , d'epilaphes iiijuriitiscs , qui eut lieu après la mort de Mazarin. De tant de vers qui cxi.slèrcnt . on ne connaU guère que les «uivants :

Jiilfs, vdvaiit Saian tout auprès de sa couclie

F.pier sa pauvre ànii- an >ortir de sa ImiiicIic .

(lonciit pc;nr l'allraper un eauteleiix desseii; :

l'ius fin <pi'iiu diahie même, à son lienre ilernii-re.

Le rn^é eardiual demanda le bassin ,

F.t rendit dexirenieiit sein âme par derrière.

336 IF.TTUF.S DE i\V\ PATIN

Nofi vumenix stuims el fntgt.-f cunsuiiiere uali , Spoiisi Pi'neloj)es'. nehiiluiie.< , Alcinoïqiic ;

OU bien ce passage d'Homère, Itwc?;ov a/6o; àùr,-jyr,z: ielluris inutile pondus. On dit qu'il a écrit en faveur du pape, et qu'il lui fait présent de -200,000 écus, à la charge qu'ils seront appliqués ou employés à la première guerre que le pape fera aux infidèles. Voilà de grands présents qui ne lui ont guère coûté. On dit qu'il demande fort à revenir à Paris , mais qu'il est si foible et si abattu, (|ue Ion ne sait comment l'y ramener. Peu de gens le voient; il n'y a guère (pie le roi , et peu de ses officiers ; le prince de Coudé ne le voit point. Il a retranché -beaucoup du nombre de ses médecins; il ne laisse point de songer à l'argent ; il s'en fait apporter d'où il peut; il a envoyé demander à MiM. des gabelles trois millions, dont ils se sont excusés. On dit qu'il a confessé au roi qu'il avoit beaucoup d'argent dans Brissac et dans Sedan , et pour cet effet on y a envoyé quérir M. le maréchal de Fabert, qui en est gouverneur. On dit que le roi ira la semaine prochaine au parlement, pour y faire passer quelque chose quil a promis au Mazarin,et entre autres y changer le duché deMayeime en duché de Mazarin. On dit qu'il a donné l'évêché de Mende à un Italien jacobin, qui étoit évèque d'Orange, et 100,000 écus aux théatins pour bâtir leur église, dans laquelle il veut être enterré ; et en attendant qu'elle soit bâtie, il veut que son corps soit conservé dans le bois de Vincennes. On lui a parlé d'un grand médecin juif qui demeure à Hambourg, mais je pense que l'on n'ira pas le quérir.

Le roi d'Angleterre ne veut point que l'on marie la princesse sa S(pur sitôt; c'est pourcpioi on dit que cela est remis au mois d'avril. On dit :\u8si qu'enfin le duc de Lorraine a obtenu ce ([u'il demandoit, et que son traité a été arrêté et signé. On dit que ce moine , à qui on a donné l'évêché de Mende, est ini hoiuiète homme, et qu'il étoit compagnon de

A FAIX.ONFT. /).■)?

frère Michel, j'enleiuis Michel Mazariii, cardinal de Saiiitt»- Cécile, archevé(|ue d'Aix, tVère de cekii-ci.

Le maréchal de la Meilleraye (l) est ici fort malade iruiie goutte supprimée. On dit qu'il mourra de la joie de ce que son fils unique , le grand-maitre , est marié, et qu'il a rencontré un si puissant et si riche parti.

Le cardinal Mazarin demande fort à revenir à Paris. On a travaillé à aplanir les chemins; s'il est demain assez fort, on tâchera de l'y appoiter; on dit qu'il veut mourir dans Paris. 11 est raison qu'il y meure, puisqu'il y a tant et si bien vécu, et (juil y a fait une si belle fortune. On dit(|ue M. le Tellier, secrétaire d'État, est celui qui est en plus belle passe pour succéder au cardinal Mazarin. Je l'en tiens aussi le plus capable et le plus sage. Le cardinal a été très mal la nuit passée, et on a envoyé dès le matin à quelques églises le recom mander aux prières des gens de bien, et entre autres à 3L Joly, curé de Saint-Nicolas-des-Champs, qui est un des théologiens qu'il a consultés ([uehjuefois tlurant sa maladie. La recommandation a été en ces propres tei-mes : Priez Dieu pour :!/. tel , car il est à l'agonie. Le roi ne bouge du bois de Yincennes, et on croit qu'il n'en l'eviendra point (|ue le cardinal ne soit mort. Hier au soir on en soupçonna quelque chose, à cause que la reine-mère en revint, mais le roi n'en bougea. Le cardinal a fait de grands rcj*roches à Valot de ne l'avoir pu guérir et d'être cause de sa mort ; l'autre, pour paroître fâché de tels reproches , s'est mis au lit et s'est fait saigner trois fois. La jeune reine est au lit, et nonobstant la chute (ju'elle a faite sur les deux genoux, on soupçonne encore ([u'elle est grosse. Plût a Dieu qu'elle nous donne un prince qui rétablisse la Fi'ance et (\m aime les gens de bien ! Ou dit ([ue le cardinal Mazarin donne la plupart de ses bénéfices au duc de Mercœur, veuf de sa nièce, et qui sera cardinal. L'évéché de Dol , en Bieta-

(1) C'narles ilf la Forlc , dac <'r la Meilleraye, i)air cl inaréc!ial de France, né (mi ir>()-2. inori en KUJ'r 'H.''.'

lii. -22

338 LETTRES DE G Cl P.vTIN

giie, est donné à M. l'abbé Tuream , de Poitiers ; reste l'évêclié de Loinbez (jui vaque, maison ne sait qui l'aura. L'évéque d'Evieux est ici fort malade, septuagénaire, d'un asthme furieux.

Le cardinal Mazarin a dit (jue tandis qu'il a été dans les affaires, il a tout t'ait lui tout seul, mais qu'après lui ce ne sera pas de même; qu'il y aura un conseil de six honmiesqui gouvernera tout; le roi même en a dit autant à quehju'un, si bien que l'on croit que cela ira ainsi : vous ne doutez pas que M. de Villeroy n'en soit un des principaux. Le Mazarin a tlit à un nommé de Termes , qui appartient à M. le maréchal de Fabert : Dites à votre tnaître que je m'en vais trouver sa femme , et que lui bientôt après nous viendra trouver. N'est ce pas mourir intrépide que de parler ainsi, (juand la mort nous tient à la gorge?

Je soupai hier avec M. le premier président, où nous étions fort peu, et y rîmes bien; mais il vint du monde en grand nombre après souper, tant de la part de M. le chancelier que du surintendant des tinances, à qui nous quittâmes la place; un conseiller de la cour me ramena dans son carrosse , j'entends moi et mon lils Carolus , pour lequel son altesse présidentale a des amitiés surprenantes : aussi le fait-il bien rira quand il lui parle des antiquités et de ces grands hommes du temps passé. Nous parlons aussi des modernes , et il en dit de bons mots.

Ce malin le Mazarin a reçu l'extrcme-onction, et de là est tombé dans une grande foiblesse; il a reproché à Valot<ju'il est cause de sa mort. Hier à deux heures dans le bois de Vinrennes, quatre de ses médecins, savoir : Guénaut, Valot, Brayer et Beda des Fougerais, altcrquoient (l) ensemble et ne

(i j Ce mol , souligné par Taulcur, mériterait d'être français. On remarquera en outre la piquante vivacité du morceau suivant. Il est probable , si Molière l'a coiuui , qu'il y a puisé l'idée de la scène dixième du dernier acte du Malade imaginaire, lorsque Toiiielte , déguisée eu médecin , dit à Argan : Quel est votre médecin ?'€tc. (K. P.)

A lAl.CONET. 330

s'accordoientpasderespècede la maladie dont le malade mouroit : Hrayer dit que la rate est {iàtée, Guéuaut dit (|ii(' c'est le t'oie, Valot dit que c'est le poumon et qu il y a de 1 eim dans la poitrine, des Fougerais dit (|ue c'est un abcès du mésentère, et qu'il a vidé du pus, ([u'il en a vu dans les selles, et en ce cas-la il a vu ce qne pas un des autres n'a vu. Ne voilà pas d'habiles gens! Ce sont les l'ouibeiies ordinaires des empiriques et des médecins de cour, qu'on t'ait suj)pléer à l'ignorance. Cependant, voilà où sont réduits la plupait des princes, sic mérita plectuntur. Je vous baise les mains, et suis de toute mon ànie votre, etc.

De Paris , le 7 mars 1G6 1 .

rj:TTRE DLXVIII. — .1^/ môuip.

Je vous envoyai liier plusieurs nouvelles du Mazarin ; mais depuis (}ue ma lettre tut envoyée à la poste, je vis un iiomme qui m'apprit (|ue lundi dernier 7 mars, le roi avoil tenu conseil dans le bois de Vincennes avec trois hommes seulement, savoir : MM. Fouqwt , le Tellier et de Lionne, MM. les maréchau.K de Villeroy et de Turenne étant demeurés dans lanticiiandjre, dont ils n'étoient guère contents.

Entin tout le monde avoue (]ue le Mazarin est mort ce matin à deux heures et un quart; mais ce sont des perroquets qui ne disent que ce qu'ils ont ouï et ce qu'on leur t'ait dire : il mourut lundi dernier, 7 mars, entre deux et trois de l'aprèsdhier. Cet homme a été si grand fourbe durant sa vie, qu'il fourbe encore après sa mort, et fait rudement mentir les fous qui ne savent ce qu'ils disent.

Je viens de recevoir votre dernière, dont je vous remercie; je n'y ai rien tiouvé de la santé de M. votre tils aine, que je crois être guéri. Amen. Enfin le Pendus Zoccliiaa est-il donc achevé? Quand vous l'aurez reçu, je vous prie àen dire un petit mot à M. Spon, notre bon ami ; car je crois (pi'il a reçu

'Mo LETTRES DE (.CI PATIN

pour moi un petit paquet de Nuremberg, que l'on pourra mettre ensemble , et après il vous plaira de me l'envoyer par le messager de Lyon, \olre Histoire de In ville de Lyon est-elle sous la presse, in-tblio? On dit que deux jésuites en sont les auteurs, savoir : le P. du Lieu et le P. Saint-Aubin, qui sont tous deux morts. Il me semble avoir oui dire qu'un jeune médecin de Lyon, nommé M. Bara, s'en alloit faire imprimer toutes les œuvres de G. Kondelet. On dit que de tous les conseillers d'État qui approclient du roi, celui qui tient le haut du pavé présentement est M. le Tellier , et qu'il est le plus près de la première place. Dieu le veuille, car il est le plus sage et le plus éclairé de tous. On continue de parler d'un voyage de Fontainebleau ; depuis le matin force chariots chargés de bagage n'ont fait qu'arriver du bois de Vincennes, et même voilà le roi, qui n'en a bougé de longtemps , qui vient d'arriver à Paris et au Louvre.

On ne parle plus de la mort du Mazarin; il est passé, il a plié bagage : il est en plomb, l'éminent personnage; mais on parle de son testament, de sesécus, et on est en peine de celui ([ui lui succédera en sa toute-puissance ])olitique et financière. On dit qu'il a légué deux millions pour faire bâtir un grand collège , dans lequel seront instruits de pauvres gentilshommes des quatre nations (je pense que c'est comme l'Université) à Paris ou à Nevers ; qu'il sera enterré dans léglise de ce collège, comme un illustre fondateur; d'autres disent qu'il sera enterré dans St-Denis, en France, connneen étant l'abbé. Mais il importe peu où on l'enterre, pourvu (ju'il ne dérobe plus et qu'il ne tyrannise plus le monde corame il a tait trop longlc:nps. Bon Dieu, (jue votre patience a été grande sur ce tyran ! On dit que ce collège sera bâti vis-à vis les galeries du Louvre, sur le bord de la Seine (l). On dit aussi que la reine mèi'c n'est point fâchée de la mort du ilazarin , ni le duc d'Anjou , et que

(l'i Aujourd'hui le palais de l'Inslitul de France, et la bibliothèque M.izariiie , (|ui porle sur lo lioiitispicc , Bibliotl eca a fundalorc Mazarincu. ( K. I*.)

le roi les en a querellés. Le Mazariii a prié le roi de ne mettre jamais en son conseil aucun homme d'épée; on dit que M. le Tellier sera le premier, et que bientôt il sera garde des sceaux, que l'on ôlera à M. le chancelier. Les quatre nations dont je vous ai parlé ci-dessus sont des Espagnols, des Italiens, des Allemands et des Anglois, Il emploie le bien qu'il a dérobé en France pour des étrangers, non pour des François. Il donne 120,000 écus aux théatins pour leur faire une belle église où il sera enterré. On a défendu à tous libraires et imprimeurs de rien imprimer sur sa mort ni sur sa vie. On dit qu'on lui fera un beau et solennel service dans Notre-Dame , la semaine prochaine , où M. l'archevêque d'Embrun lui fera une harangue funèbre, devant MM. du Parlement, delà Chambre des comptes, la Cour des aides, l'Hôtel-de-Ville . l'Université et autres compagnies souveraines. Le cardinal de Retz est en Angleterre, mais fort mal daus l'esprit du roi Louis XIV, par la suggestion du cardinal Mazarin , ([ui a eu peur de lui jusqu'après sa mort. Le roi d'Angleterre a fait prier le roi (pi'il permette au cardinal de Retz de se déclarer dans Londres, où il est caché il y a longtemps. C'est la reine d'Angleterre qui en a porté la parole au roi et à la reine-mère, qui ont été fort étonnés de cette demande, et qui ont pris terme pour y répondre. Le roi d'Angleterre a fait dire qu'il avoit de l'obligation à ce cardinal de Retz, le conseil duciuel lui avoit bien servi pour se faire rétablir dans Londres. Pour M. le chancelier, on le tient perdu, et que M. le Tellier sera son successeur.

Ce matin dans la chambre du roi, où plusieurs attendoient qu'il fût levé, M. l'évêque de Rhodez, ci-devant précepteur du roi, a reçu commandement de sortir et de se retirer en sa maison. On croit que c'est qu'il avoit dit quelque chose en faveur du cardinal de Retz. Le roi a montré les cassettes du cardinal Mazarin , et a dit que c'étoient pour y mettre les requêtes qu'on lui présenteroit dorénavant.

J'ai fait ma leçon aujourd'hui, où Noël Falconet est venu en retouriiant du Jardin du Roi au faubourg Saint-Victor, oii

3i2 LEÏTUKS DE GUI PATIN

un (le ses compagnons l'avoit mené pour lui faire voir ce qu'il n'avoit point encore vu. Je leur ai parlé, de lujdrnpe tlioracico , de la paracentèse du thorax , et aliU affectiàus pid^ munis.

I^PITAPHE DU MAZARIN.

Cjgîl rÉmiiience deuxième, Dieu nous gaitle de la troisième !

Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc. De Paris, le 9 mars 1661 .

LETTRE DLXIX. - Au même.

Je suis revenu des champs, Dieu merci , après y avoir eu bien du mal, et n'y avoir passé qu'une nuit, mais sans dé- ]toniller, ]iar un malheur qui nous arriva d'une roue qui i'omi)it à notre carrosse. C'étoient deux gentilshommes normands qui me menoient voir leur beau-l'rère qui avoit une lièvre continue, avec un mal de gorge et un érysipèle au visage. Synesius, mal content d'un certain voyage qu'il avoit fait sur mer avec quehpies juifs qui , même en danger d'être noyés, voulurent garder le sabbat et ne jamais aider à la chiourme , fait protestation de ne voyager jamais avec telles gens : pour moi, j'en dis de même avec des gentilshommes normands. J'en ai pourtant rapporté mes oreilles. Cicéron parle d'un certain Caninius qui, dans tout son consulat, ne dormit point ; à cause de quoi il l'appelle très vigilant : c'est qu'il mourut le même jour qn'il fut élu consul. Ainsi, je puis passer pour un médecin très vigilant, car en tout mon voyage je n'ai point dormi. Je partis d'ici lundi à midi, je n'arrivai chez mon malade que mardi à huit heures ; j'en partis à dix heures du matin, et j'arrivai ici hier après neuf heures du soir. Dieu me garde de tel voyage! j'en ai encore mal à la tête et aux pieds , car le malheur nous arriva au milieu de la

A I-ALC.ONET. 3-13

campngne. Mais c'est assez et même trop de vous eiilreleuir (le notre petit malheur. Conservez-moi votre amilic et je me tiendrai assez heureux. Je suis , etc.

De Paris , le 10 mars 1661.

LETTRE DLXX. — .4?^ même.

L'évèque d'Evreux est mort ici asthmatique , avec le vin émétiquedeGuénaut et des Fougerais. Le jour avant sa mort, commeon le saignoit de peur qu'il n'étouffât, il sortit avec le sang un ver gros comme une plume et long d'un quartier. Le cardinal Mazarin a touché avant que de mourir 50i>,000 livres d'argent comptant, pour la charge de chancelier de la reine qu'il a vendue à M. de Fieubert, maître des requêtes. De plus, il s'est fait payer de ses gages pour l'an 1661 , des places et gouvernements qu'il avoit , et a demandé à M. Tubeuf une somme de 26 francs, qu'il lui devoit de reste d'un certain jour qu'ils avoient joué ensemble. X'étoit-ce pas être bon ménager? On dit qu'il n'a rien fait en mourant que ce qu'il avoit fait durant sa vie. 11 pria M. Joly, curé de Saint-Nicolas, de lui parler de Dieu jusqu'au dernier soupir de sa vie , et que pour lui témoigner qu'il l'entendoit, il promit de lui serrer la main. C'est un métier qu'il a toujours fait et qu'il a fort exercé à son profit. Le roi a défendu dans le Louvre que personne n'eût à dire du mal du Mazarin. Il n'en faut donc point parler ni en mal, de peur de déplaire au roi, ni en bien, de peur de mentir (l). On conmience à débiter ici des épitaphes contre

(1) ^'oilà qui est très logique ; on voit pourtant que l'auteur est peu fidèle à son priiicip'. .Mais la génération suivante ful-eile plus heureuse? Les Uaitanls, les financiers , les hommes d'argent cessèrent-ils de s'engraissera l'auge dorée du trésor public? C'est l'histoire qui doit répondre. Toujours est-il que la civilisation matérielle marche infiniment plus vite que la civilisation morale, de notre temps comme dans celui de Gui l'alin. (R. p.)

^44 LETTllES DK (ili l'Ai IN

lui ; (juaml il y en aura quchiiies bonnes, nous vous en ferons part. Elles ne se disent encore qu'à l'oreille. Je suis, etc.

De Paris, le lo mars 16G1,

LETTRE DLXXI. — Au même.

M. d'Erval , contrôleur général des finances, est en mauvaise posture, et on dit que I\[. Fouquet, surintendant des finances, l'a mis n)al dans l'esprit du roi pour le ruiner, ou au moins le chasser de là.

^On dit ici en riant que les jésuites se plaignent fort du Mazarin, qui a donné -{00,000 livres aux Ibéatins pour le mettre en paradis, et qu'ils l'y auroient mis pour la moitié. N'étoit-ce pas une bonne épargne , et particulièrement pour un bon ménager comme lui? Le Mazarin avant «pie de mourir a donné à M. le Maître , docteur et professeur du roi en Sorbonne, l'évècbé de Lombes, sur lequel pourtant il y a une grosse pension.

Le roi fait ici espérer qu'il s'en va faire merveille de justice et de soulagement du peuple; il a mandé aux églises qu'il veut que samedi prochain 19 mars il soit fête; que notre reine prétendue grosse l'a fort désiré pour l'honneur de saint Joseph, au nom duquel elle a une particulière dévotion, et même on dit (pie son mariage avec le roi fut arrêté et conclu en pareil jour, et qu'elle espère que par l'intercession de ce bon saint, elle accouchera heureusement dans sept mois ou environ.

Le roi a dit au seigneur Ondedei , évêque de Fréjus, qu'il ne veut point qu'il s'en aille à son évêché , qu'il veut faire approcher son évêché de Paris, afin de prendre son conseil quand il en aura besoin ; et pour cet effet, il a donné l'évêché de Fréjus à ral)bé Ondedei, neveu de celui-ci, et celui d'Évreux à cet oncle , ce qui rend les Italiens tout glorieux , et ainsi l'on pourra dire du Mazarin ce que l'on disoit autrefois

A rAl.CO.M'T. 34à

d'Alexaii(lre-le-Graii(l : etiam morlum, adhuc hnijeraf. On dit que la reine-mère est mal contente de ce qu'elle n'est point appelée au conseil; on dit même que MM. Fouquet et de Lionne sont fort bien ensemble aux dépens de M. le Tellier; mais je ne le crois point du tout, au contraire.

31. Colbert a prêté serment pour sa charité d'intendant des linances. Le gouvernement de Saint-Germain en Lave a été donné au marquis de Richelieu, gendre de madame de Beauvais. Mardi dernier, M. Talon, avocat-gé-néral , entretint le roi dans son cabinet , seul à seul , trois heures entières, qui est une nouvelle qui réjouit ici tout le monde, sur ce que M. Talon est un excellent persoimage qui ne donnera jamais que de très bons conseils au roi, qui prend plaisir à recevoir des requêtes des uns et des autres , et à dire qu'il veut gouverner lui-même , dont tout le monde conçoit ici fort bonne espérance. 3L le premier pi'ésident l'a pareillement entretenu ; le rui lui a dit qu'il vouloit gouverner lui-même, et il lui répondit que jamais les sujets n'avoient mieux ni plus volontiers obéi que lorsqu'il n'y avoit que leur maître qui leur commandûit.Un honnête homme me vient de direque bientôt nous verrons grand changement dan.s les affaires , ce iie peut être que du côté des sceaux et des finances ; car il me semble que le cardinal de Retz est bien éloigné et bien avant dans l'eau.

Nonnuili. sunt qui nude ominantur polemarcho vesfro Villafcgio, quasi minus apud reçjem potenti vcd gratioso ex valida et contumaci cormnendatione istius purpuraii nebuloiiis, qui nuper abiit in regionevi midtorwin : sed patienter ferendi sunt isti nanores , dum omnia sunt suspirionibus plena.

Je reçus hier de Nuremberg une lettre par laquelle on me mande que le Turc a déclaré la guerre à l'empei-eur, et que dans six semaines il veut attaquer la Transylvanie et la Hongrie; c'est pourquoi l'empereur a envoyé à tous les électeurs et autres princes d'Allemagne , qu'ils aient à s'appi-êter pour lui donner promptement du secours. On a vu la comète nou-

S'Iê" LETTRES DE ULI l'ATlN

velle par toute l'Allemagne ; on l'a fait graver, et j'en ai reçu une copie dans ma lettre. Je baise les mains à M. Spon, auquel je vous prie de dire que je n'attends rien de Nuremberg, vu que les livres que M. Volcamer m'avoil destinés par Lyon viennent par Hambourg, et de là à Rouen : ce sont quelques t/mes et disputes de médecine de Rolfingius : Gregorii Horstii , Opern omnin in-fol., etc. Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc. De Paris, le 18 mars 1661.

LETTRE DLXXII. — Au même.

Vous eûtes hier de nies nouvelles, ce samedi 19 février; aujourd'hui nous solennisons la Saint-Joseph pour le roi et la reine, et le tout fort dévotement, en attendant le soulagement nécessaire à toute la France, que la mort du Mazarin nous semble promettre.

11 coui't ici un bruit plaisant, et que j'ai déjà ouï dire il y a six jours , savoir, que la dame Hortensese plaint du grandmaitre, duc de Mazarin, son mari, j)our être accusé d'impuissance. Si cela est, voilà une grande marque de malédiction sur la famille de ce cardinal pour renrichissement de laquelle il a tout ruiné : c'est une médisance à mon avis; mais des gens qui veulent rire , rient aux dépens de tout le monde (i).

(i; On sail que la nièce du cardinal de Mazarin , la belle Horlcnse Mancini , épousa en 1C61 le duc de la Mei!!era;|e, qui fut obligé par le contrat de prendre le nom et les armes de duc de Mazarin. Rien n'était plus opposé que les caractères de ces deux époux : aussi le mariage ne fut-il ras heureux. La duchesse de IMazarin , dont la dot était de trente millions, s'éloigna de «on époux, parcourut une partie de l'Europe , puis elle tint une espèce de cour à Londres , où elle mourut le 2 juillet i6SÎ) , à l'âge de cinquante-trois ans. Saint-Evremont fut un de ses courtisans les plus assidus. Le duc de Mazarin , d'un caractère jaloux , d'un esprit borné , avare, fantasque . tomba dans tous les Iravers d'une dévotion super>tilieuse : il fil mutiler de magnificpiej sta-

A r.M.C.d.NKT. 347

Lo prince (1(> ('oiiti rovieiit do F^angiiedoo , mal conletit du testament deMazariii, aussi bien (]ue le sont M.M. de Mercœur et de Soissoiis, et cela ne peut mancpier d'engendrer des procès : jnstii!<in intrrituptorum ridebit, et rcUquiœ impiorum intcribunt. La bonne fortune ne peut pas toujours durer; elle fait enfin comme le singe, elle fait voir son derrière. Cela paroi t visiblement en sa famille et aux héritiers du feu cardinal de Richelieu et dans les belles alliances qu'ils ont faites. Le vulgaire croit que ceux qui font grande fortune sont les plus heureux , je ne le crois point, et n'ai jamais été de leur avis ; il me semble qu'il n'y a point de gens plus sots et plus malheureux. J'ai vu la fortune tout entière des deux derniers cardinaux . laquelle ne m'a jamais fait envie , mais bien pitié. Il me semble, au contraire, ([u'il n'y a rien de plus malheureux que ces gens là; ils font fortune aux dépens du public par mille fourberies; il vaut mieux être pauvre et content. Il est de la fortune comme d'un soulierou d'une robe, ni trop grand ni trop petit, mais bien séant. A quoi sert d'avoir tant d'ambition et d'être chargé du bien d'autrui ? Auream quisquis mediocritotem diligit , tutus caret obsoleti sordibvs tecti , caret inlidenda sohrius aula, etc. Dieu nous donne sa paix et sa grâce !

Il n'y a rien ici de certain touchant le mariage du roi d'Angleterre ; on ne sait s'il se tiendra à sa chanoinesse deMons, ou s'il prendra la fille de Portugal , ou bien si on ne le mariera pas à mademoiselle d'Orléans la grande et la riche, j'entends celle qui est du premier lit , et qui a 5 ou 600,000 livres de rente et trente-trois ans.

Je soupai hier (lundi 21 mars) chez M. le premier président, où j'appris que deux fois la semaine on doit s'assembler chez lui pour l'exécution du testament du feu Mazarin, dans

(lies pour en caclicr la niidilc. Enfin , ayant demandé une audience à Louis XIV , il l'as^^tira que l'ange Gabriel lui avait apparu pour (pi'il vint supplier lo roi de renoncer à mademoiselle de fa Vaflièrc. Kt à moi aussi répondit le roi , l'an^je Gabricf nf a apparu , et if m'a dit (pic vous étiez, un fou. (H. 1'.)

3iS LETTKliS DE GUI PATIN'

lefjuel il y a tant de conditions et tant d'apparences d'opposition , qu'il faudra bien du temps avant que l'exécution en puisse être paisible, pour les divers procès qui en naîtront. Il y eut un évêque qui dit que ceux qui vivront d'ici à cent ans n'en verront point la fin. Demain se fait ici la procession générale pour la reddition de la ville de Paris au roi Henri IV, l'an 1594. M. le premier présiderit m'a dit qu'il n'y iroit point.

On dit que le feu Mazarin a laissé cent cinquante millions. de biens. Il faut qu'il ait bien volé. Le roi devroit prendre tout cela, et soulager son pauvre peuple qui souflVe depuis si longtemps. Je ne sais rien de nouveau touchant le gouvernement ; je vous ai mandé ci-devant tout ce que j'en savois et je n'ai point manqué de vous écrire deux fois la semaine , afin que vous sussiez tout ce qui se passe de deçà.

Il court ici des épitaphes assez communes sur le cardinal Mazarin ; mais j'en voudrois bien avoir quelques bonnes et bien salées , comme ce personnage méritoit.

Voici deux vers à peu près tels que je vous ai mandés cidevant :

Julius occubuit tandem; rcs mira toi intcr Curnifices furem rix 2)otuissc mort.

Le feu Mazarin s'est moqué , en mourant , de Guénaut ; il avoit promis de lui donner une abbaye' près de Soissous , de 4, ,00 livres de rente, nommée Val-Chrétien ; deux jours avant que de mourir, il la donna à M. l'abbé de Tallemant en présence de Guénaut, qui est bien en colère d'avoir refusé les deux pistoles que l'on donnoit aux autres par consulte, puisqu'il n'a pas eu l'abbaye qu'on lui faisoit espérer; il dit pour se consoler qu'il espère que le roi lui en donnera quelque autre.

M. Blondel rendit hier ses comptes en nos écoles (1) ; j'y fus exprès pour le servir contre ceux qui l'avoient menacé; nous

(1) François Blondel , ne à Paris, reçu docteur en médecine en 1G32, doyen de la racullé en lGo8 cl conlinuc en 1039. Il avait Tespril de

A FAr.r.oNKT. 349

étions bien soixante pour lui. .l'vai^pris les deux vers suivants :

Occidit mii^o'nui stibii rcpclila minislniin Potio; qiiam fclix hœc viciliciiia fuit !

Je sui.> bien aise que M. votre tils aîné soit guéri. Ne vous mettez pas en peine de m'éerire si souvent , ce nous sera assez de savoir ([ue vous soyez en bonne santé , vous et les vôtres. Il n'y a rien ici de nouveau ; on attend de voir quelque cliangenient de la part du conseil du roi, pour le soulagement du pauvre peuple. L'opinion de la grossesse de la reine continue. Je viens de ma leçon, où il y avoit près de deux cents auditeurs. Je Vous baise les mains, et suis de tout mon cu'ur votre , etc.

De l'aii.s, le22 mars 1661.

LETTRE DLXXllI. — Au même.

Je vous ai écrit , et à M. Meyssonier, le 25 de ce mois ; j'y avois joint une lettre de Noél Falconet, qui augmente clia(}ue jour sa curiosité d'apprendre quelque chose de ce qu'il doit savoir. Omnis homo natui-atiter sc/re desiderat , et celui-ci s'y

chicane , cl mit souvent le trouble et la division dans sa compagnie. Mauvillain , pendant son décanat en 1666 , eut un procès avec Blonde! ; ce dernier le perdit avec dépens.

Pendant son décanat , comme on le sait , chaque doyen faisait frapper un jelon contenant son portrait, et au revers un emblème ou devise à Son choix ; -Mauvillain , faisant allusion à François Blondel , qui était bor[;ne , (il mettre sur le revers de son portrait un c}ckipe ren\erâé dont Lljsse crève l'œil avec un pieu , et pour inscription :

f'ero lumine c<iL.it,

François Blonde! fui le conlinuatrur de la bille édition iïes OEuvres d'IIipjwcrate et de Galien . par il. CJiarlier. f N'oyez la noie tome F'"", papio-ii-i.) (K.P.)

350 LETTRES DE tiUl PATIN

prend fort bien. M. d'Argouges, maître des requêtes, est premier président de Rennes en Bretagne; la reine-mère vouloit lui en faire donner la commission pour rien , il y a deux mois; le Mazarin l'empêcha, et vouloit avoir sa charge de maître des requêtes ; celui-ci ne la voulant point donner, on en demeura là. Le Mazarin étant mort, la reine-mère la lui a fait donner pour rien , et ensuite il a vendu sa charge de maître des requêtes 3oO,(/00 livres au tils de M. Tubeuf , gendre du président de Novion.

Je viens de recevoir , ce 28 mars , la vôtre par les mains de M. Duchef ; il poursuit son procès. M. le premier président lui a promis audience et lui a signé des placets. M. Duchef sait par cœur quantité d'épitaphes sur le Mazarin , qu'il m'a promis de vous envoyer.

M. le premier président me dit hier qu'il ne croit pas que le prince de Conti revienne à Paris que les Etats du Languedoc ne soient finis, et que le pape se porte mieux.

Aujourd'hui a été porté le cœur du Mazarin, en fort grande cérémonie, à neuf heures du soir, du buis de Vincennes à la chapelle desTliéatins, qui est au fauboui-g Saint-Germain près du pont Rouge. Quoique cet avare cardinal soit mort, il semble (ju'il règne encore. Les partisans ont fait exiler trois conseillers de la cour des aides pour avoir résisté à un nouvel impôt sur le vin et avoir parlé de soulager le peuple ; ces trois dignes hommes méritent d'être nommés , ce sont MM. Quatrehomme , Pussort et Bouvot. On les a envoyés à Perpignan , à Pignerol et à Quimper-Corentin, en Basse-Bretagne , oîi jadis fut envoyé le père Caussiu, confesseur du roi Louis XIK, pour avoir parlé contre le gouvernement du cardinal de Richelieu. Néanmoins j'apprends qu'il faut espérer leur liberté, puisque le roi a promis de donner audience la dessus à messieurs de la cour des aides.

Je viens d'apprendre que les trois conseillers delà cour des aides ont reçu quehjue grâce, et qu'ils n'iront pas plus loin (]iie leurs maisons des champs. J'ai aujourd'hui reçu une

A kalconet. 8jl

It'ltrt! (rAileniagne dans kuiiu'llt' j'ai Iroiivi'; une (imir*; de; la cointile (jui y a été vue, et (jui est bien [jIus grande (|iie celte autre, la(|uelle me fut envovf'u; il y a un mois. Néanmoins j'apprends que l'on y parle de la paix avec le Turc ; mais on s'y plaint tort des jésuites qui y gouvernent trop l'empereur. Le roi a entendu les plaintes de MM. de la cour des aides , qui ont été réduites en trois choses : sur la façon que l'on fait payer la taille avec des fusiliers et par solidité (1) ; la seconde, que l'on veut faire autant payer pour l'entrée du vin aux bourgeois qu'aux cabaretiers; et la troisième, (jue les directeurs des gabelles les veulent obliger de faire la punition et la justice des faux-sauniers, à leur mode. Le roi leur a répondu (|u'il savoit bien que dans cette cour il y avoit bien des gens mal afiectionnésà son service, qu'il les feroit punir ; que du reste, il leur feroit savoir sa volonté par son chancelier, etc. Le mariage du duc d'Orléans avec la princesse d'Angleterre est encore différé. On a remis sur le bureau le mariage du roi d'x\ngleterre avec la princesse de Portugal , dont le roi d'Espagne est fâché: aussi il tâche de l'empêcher.

J'ai fait aujourd'hui une tiès bonne leçon, de vcna.' sert/une in fpbribus intermittentihas , où j'ai expliqué Fernel , et ai montré qu'il faut saigner premièrement, ncc unquani purgandum , nlsi ajiftarentibus signis coctionis, et undenum sint eruerida tlla signa, quorum optimum est imm/itufio morbi et omnium sym[itom(dum : actum qunque fuit de pleur itide et eedculo , etc.

Noël Falconet a fort bien écouté; les bonnes opinions lui entrent dans la tête d'une manière ([u'elles n'en sortiront jamais , et c'est ce (pii manque i\ tant de gens qui ne se font médecins cpie pour gagner de l'argent, et tromper le monde. Je vous baise les mains, à mademoiselle Falconet et à M. Spon notre bon ami , et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 20 mars 1661.

(1) Solidairt ineiil, comme on dil aujourj'hiii.

LETTRE DLXXIV. — Au même.

Je vous envoyai liier, ce samedi 2 avril , de nos nouvelles, telles qu'elles, car on neditplus rien (jui vaille. Le roi reçoit force requêtes, et promet de taire justice, et en l'attendant on s'amuse à des badineries ; on parle de la loterie, du jubilé, du voyage de Fontainebleau , de la comète et autres signes qui ont paru au ciel. Les trésoriers de France se sont plaints au roi, mais ils n'ont pas obtenu ce qu'ils demandoient; on les a renvoyés à M. Fouquet, le surintendant des finances, ([ui n'est pas ce qu'ils vouloient; car ils prélendoient que le roi lui-même leur accorderoit ce qu'ils demandent.

Je soupai bier avec ^L le premier président, qui me dit qu'il avoit un arrêt du conseil pour le rabais des tailles, de l'an 1662, de trois millions, mais c'est si peu que ce n'est point la peine d'en parler; que le roi a aussi accordé une surséance sur les francs fiefs et autres affaires du domaine; mais c'est bien tard, après (pi'on a bien tourmenté du monde et que l'on n'en peut plus guère tirer ; il me dit aussi les vers latins qui ont été faits sur l'épiscopat de Zunfjo Ondedei , dont l'on fait ici auteur M. Gaumin , liomme fort savant et doyen des maîtres des requêtes.

Nunc comtnissa lupo pasloris ovilia ccrnis, Dedcciis unde honiimun, dcdecus undc Dii.

Il est vrai que Noël Falconet étudie bien, et qu'il écoute attentivement ce que je dis à mes leçons, et même qu'il en confère avec moi après, à utinam bene! Il ne man([ue pas d'esprit, mais l'application est souvent distraite. Il n'y a que vous qui puissiez fixer le mercure de cet esprit , ce qui arrivera heureusement par votre autorité et par votre exemple. Paris fournit trop de distraclions aux jeunes gens, qui ne se jienvcnt |)as ictcnir d'eux-mêmes; cet âge est sujet a des

A lAI.CONF.T. :>.').'i

r^niporlcnicills , i^nil/ns (h'/fm/is <ti</ <n:fi'r'niriiiif//s non Imn Uniiilis Alf.cictti'i (fouiii jKifcriHi rltii'ii ri'tjin i-ilur. Je vous haist^ les mains, et suis de lout mon i'(eni' votr(>, etc. De Paris. le 3 avril UM>!.

f.KTTRF. IM..\.\V. — l,/ ,„<■,„>■ .

Je vous l'emet'cie (le la V(Mre, et de celle de M. Afeyssonier. lequel je vous prie de remercier poui" moi , n'ayant rien a lui mander; car il me parle d'astrologie, où je n'entends rien , et je n'en veux pas même rien apprendre dt; peur (\e\\ devenir l'ûu. Je n'ai rien vu des observations d'Allemagiu; sur la comète dont il me prirle, (ju'une simple taille-doiu'c , faite à Strasbourg, qui n'est pas fort considérable.

La nièce Marie , cpii est une des princesses nur/.arines. a été aujourd'hui mariée par procureur au prince Colonne, (hi lui donne en mariage un million de livres en beaux louis d'oi'. Le mariage de mademoiselle d'Orléans, fille aînée du second lit du duc d'Orléans, est reculé faute d'argent comi)tant. H n'y en a point pour les enfants de la maison, (piolipril y en ait de reste pour les Mazarines.

On a ici découvert que le cardinal Mazarin n'éloit point naturalisé François, et qu'ainsi tout le bien qu'il a laissé est sujet à l'aubaine : on en parle fort ici. Quelques uns disent (^ue sa haute fortune l'a aveuglé; d'autres, qui vont ])lus loin, prétendent (pi'il avoit dessein de devenir pape, et (pie cette naturalisation l'en auroit empêché. Sur quoi l'on dit en riant qu'il a bien ferré la mule, mais (pi'il n'a jamais monté dessus. Ce proverbe, de ferrer la mule, vient de Suétone, dans la vie de V^espasien , lorsque ce bon mais avare prince demanda à son muletier : Qinniii çtilci'uMl'! Mais, ii l'avarice près, plut à TJieu ipie la France en eût plusieurs semblables! Le lilsdu mari'clial de Villcroy loiidui liiei' de cheval a l'Ac.ini. -i.i

354 i.KTTltES HK (ill l'ATIN

(léiiiie , et se blessa fort ;i la lete. Ce seruit grand doniniage (|ii"il lui en arrivât accident, ,1e suis voire, etc. De Pari-, co 12 avril l(J«l.

LETTRE] DLXXVI. — Au wôme.

Depuis ma dernière, que je vous envoyai parla voie de M. F***'*, je me suis avisé de faire un mot de réponse à M. Dinkel , et de vous l'envoyer pour vous prier de lui faire tenir à Strasbourg.

On parle ici de plusieurs signes qui ont été vus au ciel dans toute l'Allemagne outre la comète, et de plus (pi'a Leipsick on a trouvé plusieurs tombeaux ouverts, dans lesquels il jjaroissoit du sang. Je ne suis pas d'avis d'en pleurer, il n'est peut-être pas vrai; le peuple sot et crédule prend plaisir à faire de tels contes , mais quelque chose qui puisse arriver, il s'y faudra résoudre.

Je tâcherai de servir cet apothicaire allemand qui m'est venu voir de votre part. 11 m'a dit qu'il voudroit bien être ici quelque six mois dans quelque bonne boutique, mais il n'v en a plus guère de bonnes. Dieu merci , les gens de bien et la misère du temps, ces deux rencontres, avec le séné cX\e Médecin chnrhoJde , ont ruiné les apothicaires de Paris. Les chirurgiens mériteroient bien pareil traitement pour leur insolence; mais il faut (ju'il survienne quelque chose qui réveille encore davaiitage notre Faculté et qui nous fasse entrer en plus grosse colère.

Enfin la petite Marie, nièce du cardinal Mazarin , a été mariée par procureur avec le prince Colonne, et est partie le 13 de ce mois par ordre du roi pour aller trouver son mari. Elle emporte d'ici un million d'argent comptant. C'est ainsi que la France nourrit les petits poissons d'Italie. Je suis . etc.

De Paris, le 1S nMii KUil.

A r.M.CONKT. 3.");")

LKTTRE DIAXVII. - \>( minno.

Aujourd'hui , (^c samedi -IQ avril , j'ai t'ait tailler [);ir M. Colot un vieux bourgeois uoninié M. Cliaulale. dans la rue Saint-Denis , où j'ai mené Noël Falconet , (|ui a vu a son aise le mystère de l'opération; on lui a tiré en peu de temps une grosse pierre du poids de quatre onces et demie , elle est grosse plus qu'un gros œuf d'oie. Le bonlionune a soixante-dix-huit ans, et ainsi est en danger d'en mourir; pourtant j'en ai bonne opinion.

H y a eu ce matin, dimanche 17 avril, force fcinfares en notre église deSaint-Gcrmain-l'Auxerrois; le roi y a rendu le painbénit avec grandes cérémonies, (ifres, taml)ours et trompettes ; il y a assisté lui-même avec les deux reines et toute la cour. On dit qu'il partira dans huit jours pour Fontainebleau , et que le fils de M. le maréchal de Villeroi se porte mieux. Le coup n'ayant point été jusqu'à la tête , il n'y a rien eu de cassé; le vomissement n'a été que, ^/e compressionc centn'cidi , sur lequel le pommeau de la selle avoit appuyé par la chute du cheval. Voilà un coup heureux , et un fils anjé (piitte à bon marché d'un grand malheur. Vne pareille chute ne fut point si heureuse au jeune prin(;ede Castille, oncle de l'empereur Charles V, à ([ui un cheval cassa la tête, et lit passer l'Espagne tout entière à Jeanne de Castille, fille de Ferdinand et dîsabelle, laquelle Jeam)e fut mère de Charles V et femme de Philippe-le-Beau , (ils de Maximilien I" et de Marie de Bourgogne, laquelle |)orta les dix-sept provinces des Pays-Bas à la mai.son d'Autrich(>, du bien d'ouliui i-ichc Si le roi Louis XI eût été bien avisé, il eût marié cette ]\Iarie à Charles, duc d'AngouIême, père de François !"', et ainsi les Pays Bas nous fussent demeiu'és, et cela eût sauvé la vie a bien du monde, et la maison d'Autriche seroit encore bien sèche dans rextrémitt' de l'Allemagne. Vous pouvez me i-e-

:]:)Ci l.ETTKES DE <.I'I I>\T1\

procher (|ne jcH'ais ici If. |)()liti(|iu', sans iK'ressitf', ainsi jo iii;lais Pt vous entretieiulrai d'autre chose.

Gejourd'hui lundi 18 avril, 31. le premier président a présenté au roi MM. les directeurs de l'Hôpital-Général , qui ont fait entendre à S. M. les nécessités de cette maison publique, [)ar les diverses causes qui leur fournissoient tant de gueux., entre autres que cela venoit de ce ([ue la campagne n'étoit point soulagée, bien que la paix fût faite, et de ce que les capitaines renvoyoient les soldats de leur garnison faute de paiement. Le roi leur a promis d'y remédier, et d'avoir égard à toutes leurs belles, fortes, charitables et chrétiennes remontrances.

J'ai vu ce matin un hoimète homme de Lyon, malade, nommé M. Perrin , qui ma dit que vous étiez son médecin, et fjuehpiefois M. de Rhodes, quand vous étiez malade. Nous avons parlé de M. Spuii, (ju'il connoît et qu'il estime; il dit fju'il a connu toute la famille, ([ue c'étoient d'honnêtes gens : il dit qu'on lui a donné avis qu'à Pai'is il y avoit des charlatans (|ui prétendoient passer pour grands médecins, en donnant du vin émétique, et qu'on l'avoit aveiti de se garder de ces gens-là, et de ne point tomber entre leurs mains. L'avis qu'on lui a donné me semble fort raisomiable. C'est à vous de juger s'il en a eu un i>on , quand il m'a préféré à tant d'autres qui sont ici. Je crois qu'il m'a choisi parce cpie je suis ennemi juré de la charlafanerie.

On imprime ici Y Hidoire et les Mémoires du marprlinJ (/>- Mat i (puni , in-folio, avec un autre livre fort curieux, r///.«>'tf)ire df la mai si, n romlc de Conrfcnay , et un autre volume in-folio, VHis/oi/'f' de la Grandr-Iircfaiiuc , faite par M. Salmonet. On imprime pareillement, au Louvre, le tome III du Minish-c d'/ifaf, de .M. Sillion , in-qunrto; tout cela sera curieux et bon. Je vous haisi^ très hunil)l(>menl les mains, et suis de fonte nion âme voire , etc.

Do Piiri.-. le I9;isril ir.dl.

\ KAI.CdM', I'. •5.'')7

LETTHIi DIAWIII. — \/' inn„r.

fjtM'oi est, ce samedi 23 d'avril, à Fontainebleau ; la reinemère s'y en va avec le conseil et toute la cour. On ne dit encore rien de nouveau touchant le changement Au j^ouverncment depuis la mort du Mazarin.

Le bonhomme Scipion Dnpleix , historioj^raphe de France, âgé de quatre-vingt-onze ans, est mort dans sa maison de Condom. 11 y avoit fort longtemps (lue je le connoissois; je l'avois ici traité bien malade l'an ]6-25; il y avoit déjà sept ans (jue j'étois de ses amis. Il a bien travaillé toute sa vie et n'a pas eu grande récompense; le cardinal de IVu-helien lui man(|ua au besoin, car il mourut au même temps (ju'il lui avoit promis de le l'aire payer de ses appointements, qui lui é'toient dus depuis plusieurs années. Sa Pldlosophii^ fi((}iniisc n'est pas mauvaise , son Histoire, romaine est fort bonne ; son Histoire de France seroit passable, s'il n'avoit pas tanttlatlé le cardinal de Richelieu , mais il est excusable de ce qu'il ne pouvoit alors faire autrement, puis([u'il écrivoit l'histoire de son temps sous la tyrannie de celui qui y prenoit paît et (pii vouloit que cela allât ainsi. Iho-inn est servire r/innino feraei. Fe cardinal de Kichclieu ressembloit ;i Tibère, ernt asper et iinmitis, oninium eervicihas itnniinehot, et (hmiinahatiir in ri-rf/o ferrea : c'étoit un atrabilaire qui vouloit régner : erat Jujiiter rnactator. Le Mazarin n'aimoit pas tant la vengeance ni le sang, mais il étoit grand coupeur de bourses : iimieortiui sun- (jainein effudit ^ ([uia omnium sumjuinem sii.vit (1). Tout le monde parle encore ici de lui, mais personne n'en dit du bien; on dit seulement (pj'il est mort sans (ju'il y ait aucun autre changement. Toute la maison de la reine-mère est fort leste et brave [)our la conduire à Fontainebleau; on ne parle

(1) Cf! l'aiiilièlt", <nii IIP rc^scin!)!*' ''.ncro à celui do \ oltaire, ne iiiaii- (jne itomlaiil ni de tbroe ni de \ élite. Gui Patin le termine par une bien iTHclle réllevioii. R I'.

;Î5S I.ETTKES DK (,I 1 l'All.N

ici (jiic de ce beau train, et de tant de beaux chevaux. Je n'ai garde d'y rien trouver de mauvais, puisque c'est la mère du roi ; maisplùt à Dieu que le pauvre peuple eût plus de pain a manger, et qu'on ne mourût pas de faim à la campagne tandis que la cour est si leste.

La reine-mère, ce 25 avril, est partie av^ec son beau train ce matin , est allée diner à Essone , et coucher à Fontainebleau; grand monde va aujourd'hui dire adieu à M. le chancelier, qui partira demain avec MM. les maîtres des requêtes.

La nouvelle est certaine que le roi d'Angleterre épouse la .sœur du roi de Portugal et douze millions qu'elle lui apporte, avec deux villes qu'on lui doime dans les Indes. Il s'oblige de fournir dix mille hommes entretenus pour les intérêts du Portugal, tant contre le roi d'Espagne que tout autre, sur quoi il fait entrer des soldats dans la France par Dunkerque, et a fait assiéger une ville dans les Indes sur les Hollandois, (jui est il sa bienséance. Si cela est vrai, voilà le roi d'Espagne hors d'état de songer à la conquête du Portugal.

On parle aussi du couronnement du roi d'Angleterre, qui se doit faire dans Londres , le 3 mai. Je vous baise les mains, a mademoiselle Falconet et a M. Spon notre bon ami, et suis de toute mon àme votre, etc.

L)e Paris , le 23 avril 16()1.

LETTRE DLXXIX. — Aie même.

Notre M. Courtois, ce samedi 7 mai , est encore bien malade. Quoiqu'il ait été saigné douze fois , je ne vois pas encore sa guérison assurée : son mérite me fait peur de sa perte, et je le tiens un des plus sages et des plus savants de notre compagnie. J'ai encore une autre malade en grand danger, c'est madame Dulaurens, âgée de quatre-vingt-un ans; elle est mère du conseiller et belle-sœur de feu M. André Dulaurens, qui a fait VAm(fomie. Elle s'appelle Anne Robert , fille du savant avocat Anne Robert, (|ui a fait de si beaux plaidoyers.

A FALCONKT. 359

Anniri lioberti , rvnnn judicatariim , etc. Le livre se trouve en latin et en françois.

Je viens d'apprendre que l'on imprime à I*aris un nouveau livredu P TliéophileReynaud, DeTlieophiUa-.W y en a de bons et de mauvais. Je m'imagine qu'il n'aura pas oublié d'y parler de ce pauvre François, Théophile IVw/r/, qui mourut ici/ tort jeune, d'une pilule narcotique que Guide Labrosse lui doima pour dormir, dont il dort encore; ce fut l'an lôi"^, et il n'étoit âgé que de trente-six ans l).

M. Courtois, ce dimanche 8 mai, a une grande sueiir critique , de laquelle il n'a été soulagé que très peu ; je commence à le purger, in spctn levât ionis et nielioris (eci. Solo rafliarsis potesf tantian morlmmpercnrare. Utinomcito convalescof !

On dit ici que 31. d'Espernon est fort malade, en son hôtel, d'une suppression d'urine, et que M. Fabert, le maréchal, se meurt à Sedan; même on dit que les médecins l'ont abandonné. Madame la grande-duchesse de Toscane partit hier pour l'Italie; sa sœur aînée la doit conduire jusqu'à une journée de Paris seulement.

Aujourd'hui, ce lundi 9 mai, m'a été rendue une lettre de votre part, par un honnête Lyonnois, qui demande à obtenir une audience de M. le premier président; mais cela ne se peut faire, car il est au lit malade, entre les mains du sieur Guénaut, qui a reculé la guérison au lieu de l'avancer : l'ayant purgé trop tôt, cela les a obligés de recourir à la saigriée et plusieurs fois. On commence maintenant à le purger, mais il a un grand mal de tête qui empêche qu'on ne lui parle d'aucune affaire. J'ai promis à votre ami que dès qu'il sera guéri je l'irai voir, et que je tâcherai d'obtenir quelque chose pour lui. Ne vous étonnez point si je ne suis pas son médecin, Gué-

(1) Gui Palin iraimail pas ce médecin , célèbre à juste tilre ; j'en ai dit la raison , voyez la noie du tome I , p. 82. Quant à Théophile Vlaml ou Deviau, il n'est pas d'homme de lettres qui ne sache que ce turent SCS excès, ses folies, ses malheurs , sa loni;ue prison , qui le firent succomber dans la fleur de l'âge , le 26 septembre 1626 et nrn 1627. . (K. P. ;

jiaut lest il va |»lus de viiigl-six ans, par des raisoDs polititjues ; il Y a un autre petit médecin du commun pour la famille.

Noël Falconet vous transcrit A.riuiiinin Dureti; il y a quelque chose de fort bon , mais cela est court, et à cette imitation j'en fais un dont je lui ferai présent; il y aura quantité de bons mots, ijui m'ont servi quelquefois et bien souvent en mes explications publiciues.

M. d'Espernon continue d'être bien malade: c'est une suppression d'urine produite par une pierre qu'il a dans la vessie; c'est le jugement des médecins; pourtant un chirurgien a dit (jue c'est une carnosité. Feu M. Piètre disoit que ces barbiers ne manquoient jamais de mentir en ce cas là ; quoi (pi'il en soit, il est fort malade.

il court ici quantité d'épitaphes contre le cardinal Mazarin, dont Noél Falconet fait un recueil ; plusieurs étrangers en font ici de même, avec dessein de les faire imprimer ensemble en Flandre ou en Hollande, ce qui arrivera tant plus tôt que 1 on n'en a osé imprimer de deçà, le roi l'ayant expressément défendu. Vous savez ce que dit Médée dans Ovide : Video melirjra, prohoque , détériora sequor. 2\itiwiir in vetitum semper, cupimusque uegata. M. d'Espernon a fait son testament ; on dit (]u'il lionne tout son bien à son neveu, Monsieur, frère du roi, que l'on appeloit ci-devant duc d'Anjou : c'est que sa défunte femme étoit fille naturelle d'Héin-i IV et de madame de Verneuil , et par conséquent sœur de M. de Metz, abbé de Saint- Germain-des-Prés et marquis de Verneuil.

J'ai fait aujourd'hui après-midi une fort l)onne leçon, en huiuelle j'ai amplement expliqué l'apoplexie, où j'ai sanglé les apothicaires qui voudroient épuiser leur boutique sur cette maladie, mais en vain; nous ne la guérissons que par la pronq)tect fréquente saignée (l). Je vous baise très humblement les mains, et suis de toute mon âme votre, etc.

De Paris, le 10 ihhi IWH.

■^1 Gui l'fllin a complètement raison même aujourd'hui, liien que

J.ETTHE ULXXX. — J/oz/'/w.

Voilà que je vous envoie, ce samedi li mai, une lettre (|U(!M. votre frère le prêtre a apportée eu mou absence. Voici une autreaffaire pour laquelle j'ai bien regret de vous donner de la peine; mais je ne puis faire autrement; c'est un cas imprévu , et dont je ne me pouvois garder, étant impossible aux gens de bien d'aller au-devant de la malice des hommes , connue vous allez entendre.

Un de mes écoliers, aujourd'hui docteur en médecine, tpii exerce dans Francfort, et qui m'aime, sur l'exemple d'Hippocrate, à l'égal de ses parents, m'envoie tous les ans un paquet de livres qu'il peut ramasser aux deux foires de Francfort (vous savez que toutes les curiosités de l'Europe se rencontrent là). Il donne ce paquet à MM. de Tournes, libraires de Genève , qui sont à Francfort à la foire de Pâques. La même chose s'est faite cette année ; ils l'ont mis dans leurs balles et l'ont fait venir à Genève , et de Genève l'ont envoyé à Lyon, et, suivant la coutume, l'ont adressé à M. Anisson, libraire , pour me le faire tenir , comme ils ont fait ci-devant. Le syndic des libraires de Lyon a fait laisser mon paquet à la douane pour |)i(|ue (ju'il a contre les libraires de Genève, comme s'il avoit(iuel(iue droit sur le paquet qui ne lui doit rien, et comme si c'étoient des livres huguenots. Je ne crois pas qu'il y en ait un de cette religion; mais quand il y en auroit qnebiu'un , c'est un présent que l'on me fait, et même il en vient à Paris tous les jours de tous côtés, d'Angleterre, de Hollande , d'Allemagne. Ce paquet est extraordinairement composé de livres de médecine, de philosophie, d'humanités, qui sont les fonde-

nou.s coiinaission.s beaucoup mieux Ie.s causes cl les effets de l'apoplexie. Kl le croirait on ? la réprobation dont il frappa certains i cmèdes anliapoplectiqucs prétendus est encore applicable de nos jours. Qui n'a pa* entendu parler des sachets du sieur Arnoux, (pi'on pend au cou comme prc.«ervalifs de Papoplexie. O faiblesse ! ô sottise humaine! H. f.

362 LETTHES DE til ( PATIN

meiitsde ma bibliotlièque. M. Anisson me mande par sa lettre (jue jevous envoie, qu'il faut avoir un arrêt de défense contre M. le lieutenant-général ; mais le conseil que j'en ai pris est d'un autre avis, qui est de faire représenter à raondit sieur lieutenant-général de votre ville mes raisons, afin d'obtenir de lui par douceur que le paquet me soit rendu. Je ne me sers nullement de livres buguenots et n'en ai que faire, mais le roi même permet bien qu'il en vienne à Paris de Genève. Je crois qu'il y a dans ce paquet : Maltho vêtus et nova, qui est une histoire de lile de Malte, in-folio, et plusieurs autres petits livres curieux de médecine, que M. Scheffer ramasse tout le long de l'année pour in'en faire un petit présent. Je n'ai pt)int la facture dudit paquet et ne sais s'il est gros. Quoi qu'il en soit , s'il y en a quelques uns que mondit sieur lieutenant-général veuille être retenus, qu'il le fasse ; mais il n'y a rien qui puisse donner droit de confiscation au syndic des libraires de Lyon. Je pense que si vous en voulez prier M. votre lieutenant-général , qui ne vous refusera pas cette justice , dictantum verbum, et sanobitvr mi/ma mea. C'est pour l'embellissement et la perfection d'une bibliothèque qui est ''.%■: r.{ï'yj T7ÏÇ xl/u^^y;;, incdelci aniinœ. Si vous n'êtes pas son médecin , priez s'il vous plaît celui'qui l'est d'obtenir cette grâce pour moi de M. le lieutenant-général. S'il vous y faut débourser de l'argent, je vous en tiendrai compte: s'il faut plaider à Paris contre le syndic des libraires , je suis tout prêt ; je n'y manquerai ni de bonnes raisons ni d'amis. Excusez-moi si je vous donne tant de peine , c'est l'iniquité du siècle qui est cause : n'unis midtali cent iniprobis. Vous savez bien ce que dit Martial :

Omni< inhumanos habet offici su^ aniicos.

Si Dieu nous fait la grâce d'obtenir ce paquet, vous le ferez, s'il vous jihiît , garder chez vous ou chez M. Spon , et après (Ml avisera de le faire venir ; mais il faudra encore y ajouter

les Out'sduiis mêdicii-U'fjah's di', \\ Za(X'liias , (lu'uii de mes amis de Bruxelles désire avoir, et à qui je l'ai promis. Si vous prenez la peine de parler de notre pa(piet saisi à MM. Huguetan et Ravaud , peut-être qu'ils vous fourniront quelque expédient pour vous le faire rendre. .le me suis autrefois mêlé ici pour eux d'une pareille affaire , dont ils eurent contentement, à la prière que j'en fis à M. le lieutenant civil , qui me fait l'honneur de m'aimer. Je vous demande pardon de tant de peine ; mais au moins vous voyez que ce n'est pas ma faute, ce n'est (pie mon malheur qui est commun aux gens de bien. La chicane n'a que trop de crédit en France , et l'innocence n'est que trop persécutée. Sponiwn nostrum mluto ^ rorjoqae ul lib't mlhique oprnn forcit in prcescnfA negotio, toliquc difficultafe Ubercmur : in tito enim ejnsquc in nos nmore pJ urinmm spei reponimus. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

P. S. 31. d'Espernon se porte mieux ; il n'y a rien de nouveau à la cour, ils sont tous à Fontainebleau avec la reine grosse. Le roi d'Angleterre a été couronné en grande pompe et cérémonie. Notre M. Courtois est encore malade, et le sera, riegenerot eniiit morhns acutns in diaturnum , reliquiœ magna' nos exercent. Il a été saigné seize fois et purgé huit fois , of tainen nliquid super est. C'est le meilleur ami que j'aie dans la Faculté , et le plus honnête homme.

De Paris, ce 17 mai 106 1.

LETTRE DLXXXl. — Au même.

On dit ici que le roi d'Ethiopie , autrement dit empereur des Abyssins , ou le grand Négus , ou le prêtre Jean , ayant reconnu l'avarice et l'ambition des jésuites, les a tous chassés (le ses pays, comme aussi tous les cathoVupies loiuaiiis, d'autant (]u'ils mettoient tous ses pays en désordre par troj) de cabales.

3Gi LhirUl-^ DE (.11 l'All.N

Le prince de Conti est ici arrivé, avec grande joie de lroii\ er un fils en sa maison et sa femme en bonne santé.

Le comte deSoissons a fait appeler en duel M. deNavailles. qui Y\ refusé, alléguant pour ses raisons les défenses du roi tant de fois réitérées ; il s'en est plaint au roi , qui a envoyé ledit comte en son gouvernement, et dans la Bastille le chevalier de Maupeou , qui avoit porté le déli.

Mademoiselle de Label a un fils de douze ans, nommé Hugues , fort malade ; elle m'a envoyé quérir le neuvième jour d'une fièvre continue, durant lesquels il n'a été saigné que deux fois, et a pris quelques poudres qu'elle lui a données; il est en grand danger. Omncs pleriqne hounncs non iam v.tiDdur^ qnam abuntnr ingenio suo. Elle a assez d'esprit , mais elle s'est voulu mêler d'un métier où elle ne connoît rien , /jui non intrfliynnf arfes , non nnranfn)' artifices , à ce que dit Sidonius Apollinaris , évêque marié deClermont en Auvergne (1).

Dieu soit loué que nous aurons bientôt quelque chose du bon père Théophile Raynaud , que je recevrai comme un grand présent de votre part. Mais pour V Histoire de Savoie , je la veux payer, autrement je ne la désire point; je la ferai voir à bien du monde curieux qui me vient voir souvent; mais n'aurons-nous jamais son Sanctus Georf/ius Cappadoj:? Je l'attends pour le faire relier avec son Saint-Antoine et Sœur Marie Egytienne.

Je tiens M. Barbier en bonnes mains, puisque vous le traitez : mais je crois qu'il le faut purger souvent avec une dcmi-

(I) Ce n'est pas r^ans arrière-pensée que (lui l'alin se sert de ces mois très significatifs : évêque marié. 11 est certain que Sidoine Apollinaire ( Caius Sulllus Sidonltis Apollinaris ) , cet illustre Lyonnais du V siècle, était marié, mais avant d'êlre évêque. H avait épousé Papianilla , fille d'Avitu's, qui fut depuis enii>ereur, dont la maison de l'oli^nac a prétendu descendre. 11 est certain encore que Sidoine Apollinnire fut élevé en 472 au siège épiscopal d'^iruerna ( Clernionl ;, et que sa femme vivait encore ; elle ne mourut que deux ou trois ans après. L'E^ïIisc tolérait sans doule alors de pareils arraufje- Miriite. Sidoine Apoilinjiirc mourut !<• l'i noùi ^89. K. V.,

A FAI.CONET. 3C5

DDCe (1<* s«''iit'', une oiic*^ et diMiiie de sirop de roses pâles de l'an passé , y ajoiilaiil irièine quehjiiefois deux dragines de diai)li(eiii\ J).

Le livre de M. Sebizius est achevé à Strasbourg. M. Courtois est bien mieux , sed rémanent veteris vestigiu flcmvnœ iinpresso m venis , ideoqne adhuc indiget Manda cat.lwrsl , multa amtemperotione viscerum , semicnpio , aqua vitnlina , lacté asin/)io, scro lactis, oej'i^ et loci nintatione , seciauhim prœceplum (iul.^ lih. 5, Met/iodi, qui mittebot eos quorum nation verqehat ud tobem et jj/if/n's/' ernuf olmoxii, ad niontem Stahiunum , etc. Ce mot me fait souvenir du triomphe que prétend mon Carolus pour avoir trouvé ce mot sur une médaille anlicpie de Geta , par laquelle il prétend (\ue ces peuples ont représenté une vache sur leur monnoie , comme pour en offrir le lait à leur empereur; mais son frère Caracalle ne lui donna pas le loisir de devenir étique, car il le poignarda bien jeune dans le giron même de sa mère Julia. Je vous dirai quelque jour le nomdecelui qui a fait cette belle épitaphe du .Afazai-in ; c'est un de nos professeurs du roi.

M. Chanlate se porte bien de sa taille, je l'ai vu auj(jurd'hui ; il a un peu la goutte et dit qu'il a soixante-dix-neuf ans passés.

Noël Falconet ne manque pas de venir à mes leçons et à la botanique, à hupielle il prend grand plaisir. Il connoit dt'jà l)ien des herbes.

Je vous prie, monsieur, d'assurer M. Spon que j'ai reçu ses livres; je lui en écrirai tout exprès par le premier ordinaire. J'ai tant d'affaires, que je ne le puis aujourd'hui ; j'ai eu six •consultations, dont il y en a deux de conséquence avectiiu- Haut et autres. Je vous baise les mains, et suis de toute mon i'une votre , etc.

De Paris, le 20 mai 1()(î).

(i) Electuairc purgatif alors Ucs employé , tait avec des datles et de Jâ s<;ammoiiée. Cette coiiiposiiioii i>liarinaee'.itiqiie était contuie des •inrieiis. [ R. P.

3r»6 LETTRES DE (iil PATIN

LETTRE DLXXXIl. - An mmic

Je ne vous écrivis hier, ce samedi 21 mai , en liàte , qu'une petite lettre : aussi n'avois-je guère de matière. Ce matin je me suis rendu chez M. Mongin , maître en droit , uii j'ai vu votre conseiller, M. Pecoil , qui a été taillé de la pierre ; je l'ai autrefois traité malade en cette ville , chez ce même M. Mongin ; il m'a dit que vous lui aviez montré de mes lettres (lesquelles ne valent point la peine). 11 veut être purgé la semaine qui vient ; je ferai ce que je pourrai pour son secours , et cependant je vous remercie de tout le bien que vous me faites , et de tout ce que vous dites de moi.

J'ai ici rencontré un nommé Fraguier, apothicaire, qui m'a dit que votre Rousselet, de Lyon, étoit marié, que 3L son père étoit mort. Il m'a dit aussi qu'il s'en alloit plaider contre lui pour quelque argent qu'il lui doit. Je ne sais ce qu'est devenu ce M. Rousselet; mais lorsqu'il étoit ici, il étoit bien fou et bien débauché.

Notre M. Courtois est beaucoup mieux; il n'a presque plus de fièvre, il a de bonnes nuits et n'est point altéré; les petits lavements lui font grand bien , mais il a de reste une fréquence de pouls et quelque impureté dans le ventre. Quand je l'aurai purgé encore trois ou quatre fois , j'espère de le mettre au lait d'ànesse, et de l'envoyer aux champs. Son corps est encore fort échauffé, il n'a besoin que de rafraîchissements et de temps pour se remettre ; le lait d'ànesse et l'air des champs oiniie ferent punctum ; nëris et loci mutatio in tali casu valde coiamendotur a Galeno. Je lui ai offert aujourd'hui ma maison de Cormeilles; mais il aime mieux s'en aller en son lieu natal, (jui est un village devers Meaux , nommé le Mesnil }h lionsse, duquel il est parlé dans A. Paré. Ex humili tinjurio tmiiiquc rasa sœpe magni viri prodierunt : celui-ci en est un bel exemple, et plusieurs autres de différents pays et de divers tenjps.

A ivi.r.oNKT. 3G7

DeniGcrili ^apitiitia ninnsftyU

Sumuios posse i irof: <■/ niOf/KCi r.rempUt dalurOH VcrrecKiii in patria rras.<oquc suh aëre ncifci.

La iialiJi'e ne l'ait ordiiiairemenl (lu'uiie brute, c'est rétlii- (■alioii qui l'ait l'iiomme. i\ï. Courtois a eu un oncle nonnné 31. Julien, qui étoit un excellent docteur de Sorbonne , qui l'a élevé et l'a fait bien étudier: aussi est-il un des plus habiles delà troupe avec j\IM. Piètre, Blonde!, le Comte, Charpentier, Moi'isset, Hommets, f*réaux, Corniain, Léger, Fontaine, Perrot, Lebreton, Moreau et autres.

Je vous demande, ce dimanche -22 niai , pardon de la peine que je vous ai donnée par ma dernièi'e pour ce paquet de livres (pu3 le syndic de vos libraires de Lyon a saisi sur moi à la douane, sous ombre qu'il vient de (ienève; mais c'est (pie M. deTournes l'a reçu à Francfort, pour me le faire tenir, do la partdeM.Séb Scheffer, uîédecin de Francfort, qui ;i autrefois été ici mon auditeur. Ce sont divers livres, la plupart petits et curieux , que l'on me ramasse à la foire, et qu'on m'envoie une fois l'an, qui sont presque tous de philosophie et de médecine; j'en écris un mot de prière à M. Spon , ut pra 7//e con- J/mcfis l'/j'ibus (Ujot tecnm, si vous n'en êtes déjà venu à bout. Ce n'est pas (pio je ne mette toute mon espérance en votre crédit -, et à l'amitié que vous avez pour moi,' mais c'est (pie je souhaite, pour vous dégager de tant de peines, ut ve.iiat tcciuii iii puiioii oitcris , fatque Idltoris particcps otque soci//s , quud liôeutcf tic (i'ip((j anii/io j'uciuiH (Ui/ic/\ qitotirs aliqini. (lifficulffis su/jo/'itur. Vous savez bien la maxime de; philosophie: (Juœ mnf emleui uni t'-rtin, suut eodem iiiter sr. S'il faut en plaider à Lyon , il vous aidera à solliciter le procès contre ce syndic, à qui je ne dois rien et à ipii je n'ai jamais fait de mal.

J'ai vu ce matin, ce lundi :>3 mai, M. Pecoil, qui a ('té purgé heureusement; je lui ai conté l'histoire de ce que le syndic des libraires de Ly(»n m'a fait sur mon paquet de

.ÎOS LETTRES DE Gl I PATIN

livres qu'il a fait arrêter ; il dit qu'un petit mot do recommandation de votre part à M. le lieutenant-général me fera obtenir main-levée, et s'est offert de vous en écrire ; mais je n'ai point voulu qu'il en prît la peine, je m'attends uniquement à votre secours, et crois, j>ar prévision, que l'affaire est déjà faite.

On ne dit rien ici de nouveau de Fontainebleau ; on dit (jUf le roi fait espérer merveilles, mais en attendant (pi'il est fort résolu, même avaricieux. .l'aime mieux croire qu'il e-t bon ménager, jusqu'à ce que, connoissant ses grandes richesses, il en puisse soulager le peuple. Nous avons ici une grosse querelle, dans l'Université, du recteur de la Faculté des arts, contre les trois Facultés que l'on nomme supérieures, savoir : la théologie, le droit canon et la médecine. Cette Faculté des arts prétend avoir quatre voix, à cause qu'elle a quatre procureurs qui président à autant de nations , savoir : à celle de France, Picardie, Normandie et Allemagne, laquelle contient tous les pays étrangers. L'affaire est prête d'être plaidée. Ceux de la Faculté des arts ont fait un beau factum, que l'on commence d'imprimer; je vous en enverrai une copie, dans laquelle vous verrez de belles choses touchant l'antiquité de l'Université de Paris, depuis Charlemagne, qui en fut le fondateur, jusqu'à présent, et même de l'état des écoles publiques avant Charlemagne. Le factum sera gros; mais ne doutez pas que les trois Facultés supérieures n'y répondent, et principalement les théologiens qui en sont fort animés; vous aurez de l'un et de l'autre, et en jugerez; il y aura là-dedans de fort belles choses.

Nous n'avons rien ici de nouveau, excepté le jubilé; ce sont des consolations spirituelles de grand bruit et peut-être de peu de fruit , (jue l'on ofl're à des gens qui ne s'en soucient guère, tandis que le pauvre peuple de la campagne meurt de faim, et que l'on ne lui donne point de pain ni aucun autre soulagement.

Le duc (^.liarles est en Loi'raine . mais il n'es! point à \ancy.

et n'y entrera point que les ibrtilications n'en soient ahaltucs , à quoi l'on travaille; il y en a deux bastions à bas.

Le triumvirat , (|ui a jus(|u'ici subsisli'; en bonne intelligence, donne à soupçonnei' (ju'il ne durera })lus guère, et qu'il commence à y avoir entre eux quehjue mésintelligence sur ce qu'ils espèrent d'avoir l'oreille du roi , pins les uns (pitiés autres.

M. Courtois est tout autrement mieux d'aujourd'liui ; il commencera demain à se lever, et à mettre le pied hors du lit ; il l'a échappé belle, moyennant dix-huit saignées et vingt purgations. (rolium debt't . Esmlnjjin , comme ditSocrale dans l'Apologéticpie de TerluHien(l). J'ai fait aujourd'hui une fort bonne leçon, de Cjjilcjjsia , avec un grand concours d'auditeurs de toute sorte de conditions, ,1e vous baise les mains , et suis de tout mon creur votre, etc.

De Pari.s, le 24 mai Uifil.

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