‹ Lettres de Gui Patin (volume 3)Chapitre 15 sur 49 · I.ETTKK DLXXXlll. — Au nirnif · texte numérisé non relu

I.ETTKK DLXXXlll. — Au nirnif

M. le comte de Verdun a eu , ce samedi 28 mai, audience, et a gagné son procès ; la sentence a été confirmée : fandem (■misa hcmu triwnplidt . Je suis bien aise qu'enfin il ait obtemi la justice qui lui étoit due. C'a été sous M. le président de x\esinond , (jui préside, tandis que M. le premier président e^-t au lit. J'ai tait aujourd'hui une tort bonne leçon (jue Noél Falconet, ce me semble, a toute letenue par cteui-. Je suis fort satisfait de ses études.

Les jésuites continuent de persécuter les jansénistes; ils le font avec plus de crédit que du vivant du cardinal Mazarin : le roi même en a quelque soupçon , et a demandé au père

1' Oui, sans doute, ce M (^ourl(/is devait un (|^ à Esculape , et même deux, pour avoir échappé à la maladie et au lir.::rmenl. R. 1'.

:\70 l-KirUES DE (iCI PATIN

Aiinat s'il ne lui en l'aisoil point li(i|) laire, et s'il n'allolt point trop avant ; néanmoins les bons pères ont encore le dessus; mais la supérieure du couvent du Port-Royal a envoyé au roi une lettre qui fait espérer à ceux du parti des jansénistes quelque modération contre la rigueur des jésuites. ]\I. le premier président se porte mieux ; son mal de tète et la lièvre l'ont quitté; il n'a plus que des hémorrlioïdes qui lui font de grandes douleurs; mais c'est encore assez, voire trop. On avoit proposé une consultation , et quatre médecins y avoient été nommés, savoir: Piètre, le Comte, P>londel et moi, qui étois l'ancien des (juatre. Guénaut éluda et para le coup , en disant que nous étions des médecins de grec et de latin. Hélas 1 le bon seigneur ne sait guère ni de l'un ni de l'autre. Les montagnes ne se rencontrent pas, mais les hommes se rencontrent , et tuniav manicas cf liahnu rcdinnoiln mitrœ. J'aime très cordialement le premier président, mais je ne me soucie pas d'être son médecin ; ce que je souhaiterois, c'est qu'il en eût pris de plus savants et de moins politi- <iues que Guénaut; il a pourtant dit qu'il n'y auroit point de consultations que je n'en fusse. Je n'ai point bonne opinion de ces fréquentes hémorrlioïdes; il en faut ôter la' cause, et je la sais bien, mais tout le monde ne la sait pas. Nous poiivons croire cependant ce qu'en a dit Hippocrate, sunt .^Xo^crrlpotra Trov cveôvtwv x-zxwî ÈyôvT-.iv. Le dedans n'est pas trop bon et me fait peur.

Le duc de Lorraine a été mandé et est à la cour; mais les plus fins n'en espèrent aucun accommodement sincère. On fait courir le bruit que M Fouquet est mieux dans l'esprit du loi (jue pas un des autres ministres. Je n'en crois rien.

On commence ici le jultilé pour prier Dieu contre le Turc; il me semble qu'il seroit bon aussi d'en faire un contre la taille, et qui est le plus grand ennenii des pauvres gens de France.

Le maître (fltiôtel de M. le premier président vient de me dire que son maître n'est guère en état daller |)iendie lair

A falcom:!'. :■/ I

aux tliaUips; (|n il a besoi!) dose l'cf'aire cncni'c plus de \\u'^[ jours, et que ceux qui Tout traité l'ont troj) llallt'-. Cela est vrai, mais c'est que Guénaut ne sait |)lus ce qu'il l'ait; il est vieux, et tantôt par ignorance, tantôt par fourbei'ie, il radote. Je ne me fierois point à lui.

Je viens de faire une bonne leçon au Collège royal, avec une grande aflluence d'auditeurs. J'y ai [iris avance pour quinze jours, à cause des H-tes et du jubilé. J'ai conseille à l'assemblée, qu'après avoir été aux stations du ])ape, elle doit employer ce (pii lui i-estera de temps à lii'ela MiUIhkIc de Gdlien et les .Kplifirif^mi's d' Hippdciofi'. On ne peut guère mieux faire. Je vous baise les mains, et suis de lout nmn cieur votre, etc.

UePari.s, le 31 mail<561.

LETTRE DLXXXIV. —A» nimw.

Je viens d'apprendre d'un bon endroit (pi'il y aura guérie en Espagne, par le moyen de l'alliance (pii est faite entre les njis d'Angleterre et de Portugal , auxquels se joignent les rois de Fez et de Maroc, et autres princes du côté de l'Afri- ([ue. Ceux-ci menacent d'entrer en Espagn(; avec une armée de 100,000 Maures, lesquels prétendent que le pays leur ap- Ijarlient, et que le roi d'Espagne n'a point eu le droit de les chasser, connue il a fait l'an KHO. Aux Canaries, les Hollandois de la compagnie des Indes orientales, qui est très puissante, ont rencontré sept vais-^eaux anglois qu'ils ont pris ou coulés à fond. Voila lecommencement d'une autre guerre entre les Anglois et les Hollandois; si cela continue, ceux-ci s'accorderont avec les Espagnols, qui leur laisseront quelque ville de Flandre pour en obtenir du secours. Les cartes se vont brouiller chez nos voisins; Dieu veuille que le mal ne vienne point jusque clie/iKjus' Nous en avons eu assez, et

en avons encore ; néanmoins il y a à (-raindi'e, car ce sont no's voisins. Vons savez ce beau vers d'Ovide (l) :

Ttnic lua rcx agiliir. paries quinn proxiiniis iirdel.

Et voilà votre très désirée lettre qui m'a été rendue. Je vous rends grâces très humbles de tant de peines que je vous ai données i)oui' mon ballot, duquel je n'ai point reçu de facture; mais je suis persuadé qu'il n'y a dedans aucun livre pernicieux : d'où viendroit-il? On ne vend point de tels livres à la Ibire de Francfort, et même ils n'y seroient point tolérés. Le magistrat de ce pays-là est pour le moins autant réglé que le syndic des libraires de Lyon. Peut-être qu'il y en a quelqu'un huguenot , mais c'est sans dessein , joint que le roi n'empêche point (pi'il n'en vienne ici de Genève , de Hollande, d'Angleterre et d'ailleurs. Nos libraires huguenots en ont ici leurs magasins fort garnis , i\u\ sont venus de Genève et d'ailleurs. J'ai fait moi seul toute ma bibliothè(|ue et acheté tous mes livres; j'en ai pour plus de -^0,000 fr, et néanmoins je puis jurer qu'il n'y en a point céans pour deux pistoles d'huguenots. Je n'ai nul dessein pour ces livres, (jui ne servent de rien à mes études. Peut-être qu'il y en a (luehju'un de nouveau fait que Ion m'envoie par curiosité; mais cela ne donne point droit de saisir à votre syndic, puisqu'il en arrive tous les jours de tous les côtés à Paris. Mais de peur que votre syndic ne trouve point assez forte cette raison, qui.n'est que morale, j'ai recours à votre amitié, et allègue pour i-aison politicjue yw le roi nf l'empi-clie point. J'ai bien de l'obligation au soin que vous en prenez et à ^L de Bagneau, auquel je baise très hundjlement les mains, et It' remercie de sa boime iiHéction. Dites moi, s'il vousplait. le nom de ce syndic des Hbraii-es de Lyon ; peut-être (jue nous nous rencontrerons queUpie part, et qui est le médecin de M. le lieutenant-génél'al de Lyon; si ce n'est vous, n'est-ce point M. Garnier'.'

1) Non pas «i'Oviili-, niai* (l'Huincf. Iib. I . ppl^l. 1S, Ad lollnim.

A Fvr.rHNEr 3/3

Pont-tHre (ju'il no relnscra pas do s'y omployoi' pcinr moi , et de m'y l'aire plaisir.

Votre M. Barbier esl en ^'raiid danytir ; la p'iipait do ces maladies sont mortelles et ne passent pas l'année ; celle-ci est dos plus dangereuses, et la foiblesse de la partie mo fait |)eiir (pi'il ne meure environ d'ici à un mois.

Pour votre histoire de Savoie , je la paierai ; jo vous ai trop d'obligation d'ailleurs; c'est trop pour vous de tant donner, ot trop aussi pour moi de tant pnndre ; en recevant si souvent, Tdiii teneor dono , quam si â'onitfdr onustus. Je ferai ici voir le livre <à bien du monde et ferai ce que je pourrai , afin (pi'on le connoisse et qu'il se vende.

Noël Falconet a porté lui-même la lettre à mademoiselle do Label; son fils est encore malade. Elle ne m'a point voulu croire; et au lieu de se servir de mes remèdes, elle lui a domié des siens, quongnitu irccssi. C'est un sot animal qu'une femme qui se mêle de notre métier : cela n'appartient qu'a ceux qui ont un haut-de-cliausses et la tète bien faite. J'avois fait saigner et purger ce malade; il seportoit mieux ; elle uio dit ensuite que mes purgatifs lui avoiont fait mal , et (pi'ellc le purgeoit de ses petits remèdes , dont elle se servoit à Lyon autrefois. Quand j'eus reconnu par ces paroles ([u'ello ne faisoit pas grand état de mes ordonnances, je la quittai la et ai })ratiqué le précepte du Messie, sinite mortuos sepelire iinu hms. Peut-être pourtant qu'il en réchappera , ce que je souhaite de tout mon cœur ; car s'il mouroit, elle diroitque ceseroit moi quil'aurois tué. Elle a témoigné à Nool Falconet ([u'elle avoit regret de m'avoir taché, rpi'elle m'oHverroit de l'argent (je ji'en ai jamais pris d'eux). Feu M. Haiitin disoit : Per momirlioset )ii()/iac/tas , cnyiiafos et aif/ixi/as , ricinns et ricin/if; , medicusnon f'acit ressuas. Ce n'est pas à faire à luie femme de pratiquer la méthode de (ialien, res est suOlimioris inipUifinifitr ; il faut avoir l'esprit plus fort. Mulicr est (uùindl dimidiati Inlellectus; il faut qu'elles filent leur quenouille , ou au moins, comme dit saint Paul , rontiiiecaU so in sHentio-. Feu M. de

^74 LEllKES DE (.li l'ATIN

Villeroi , le grand secrétaire d'Etat, qui avoit une mauvaise femme (il n'étoit pas tout seul , et la race n'en est pas morte) , disoit qu'en latin une femme étoit -niulier, c'est-à-ilire mule /lier, inole deina/n , mule tfjujours (l). Le professeur du roi (jui a fait la belle épitaphe du fdou teint en écarlate est M. François de Montier, professeur du roi en éloquence, que feu M. le cardinal de Lyon aimoit bien. Ne vous y trompez point , d'autres s'y sont trompés avant vous ; il en est le vrai auteur. Les jésuites, qui ne l'aiment point, l'ont fait exiler à Tours, sous ombre (ju'il est janséniste, non quod fcdissit, sed quod llUs bonis iialribus sit exosus. Il est éloquent et savant autant qu'une douzaine de celte société.

Un savant anglais avoit ramassé quantité de beaux commentaires sur la Bible, dont il en a fait neuf volumes infolio. On les voit ici chez les pères de l'Oratoire, et depuis on a découvert encore quelque chose qui mantjuoit pour l'accomplis?ementde l'ouvrage ; on en fait un dixième volume qui est sous la presse. On dit que ce3 dix tomes bien reliés (ce sont de grands volumes de belle impression ) reviendront à lOO écus. Voilà un nouvel impôt sur la bourse des curieux , et même sur la mienne.

Enlin M. Courtois est guéi'i ; je lui ai dit tout-à-fait adieu . et ne Tirai plus voir ([u'en passant; d a été saigné en tout vingt-deux fois et purgé environ quarante fois, ex medulln, ex fol iis orient., et intei'dian ex sijrupu diarrJtodon. lime disoit hier de bonne grâce : Voilà la quatrième fois que vous m'avez sauvé la vie. Au moins voilà la quatrième maladie ; mais ce n'est point moi ([ui l'ai. guéri : mmsanant illi ruinera, ai ipse Deus, et na.'thodas {/alenica, que je recommande surtout à Noél Falconet, a qua non deviet neque in dextram neque in si.nistram partent, de peur qu'il ne devienne chimiste ou chailatan : uœdio tatissiinus ihit cuni Nippocrate et Galeno.

{V' Salomon a dit quelque part : // n'y a pas de malice au-dessus de celle d'une femme. Érasme mil à côté celle réflexion : Vous ohserlerez qu'il n'ij avait pas encore de moines. (K. P.)

A FVI.r.ONET. 37.1

.lo \(jii(lroi.s bien savoir (}iiels sont ces livres [jcrnicietix (jnc le syndic trouve dans mon paquet. Je crois cju'il n'y en a aucun ; et quels pourroient-ils être? Je n'achète aucun livre que de médecine, de philosophie et de belles-lettres, quehjucl'ois aussi d'histoire. Le métier de libraire est exercé par de grands menteurs et de grands fripons ; c'est hasard s'il s'en trouve un honnête homme. M. le premier président est encore au lit avec un grand mal de tète et ses hémorrhoïdes. On dit (ju'il ne retournera au palais qu'api'ès la Saint-.Martin.

Le duc de Lorraine est ici ; il veut rétablir l'université de Ponl-;i-Mousson et y faire tleurir la médecine; il y voudroit envoyer quatre médecins de Paris, auxquels il donnera de gros gages , lettres de noblesse , etc. On m'a demandé si j'en voulois être, et (jue j'en serois le doyen; mais, */ bene te novi, je crois que vous ne seriez point de cet avis, ni moi non plus.

Je viens d'apprendre d'un autre libraire , qui a été syndic, (pi'il n'y a point de droit d'arrêter et moins de conlisquer des livres huguenots ; il m'a dit aussi que Paris en est plein. Mais enfin il n'est que trop vrai que les libraires sont la peste des gens de lettres. Encore quelquefois ils ne coupent que la bourse; mais aujourd'hui ils nous veulent oter le repos, et sous ombre de je ne sais quelle autorité, ils voudroient établir une inquisition à leur mode. Ces coquins-là riroient s'ils en a voient le pouvoir , et ils ne prétendroient pas moins (|ue de confisquer la moitié des Libliolhèques de France; mais Dieu et le roi aussi nous sauveront de leurs avares mains. J'ai de plus deux enfants (|ui aiment les livres , sur qui je me repose aisément de et; soin. Au reste, nos libraires de Paris ne valent pas mieux ({ue ceux de Lyon , (;t je les connois pour être très avides du bien d'autrui : prenez garde au vôtre. Je vous baise trèshumblement les mains, etsuisde tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le :3 juin 1661.

LLITHES DE Gll l'Ai IN

LETTRE DLXXXV. — Au

L'accord pour le temporel du cardinal de Retz n'est point encore fait; la reine d'Angleterre et le duc d'Orléans son gendre y travaillent fort ; on dit même que la reine- mère est fort adoucie , c'est ce (|ui fait espérer que l'affaire se fera. M. d'Estrade, gouverneur de Gravelines , avoit eu ordre de partir pour Londres ; mais les bonnes nouvelles qui sont venues au gré de la cour ont retardé son voyage.

Il y en a (pii disent que M. Prévôt de Saint-Germain , conseiller de la graud'cbambre et cbanoine de Notre-Dame, est encore vivant , mais il n'est ])as vrai : on cèle sa mort à cause de ses bénéfices; il fut enterré avant-bier, et même M >Ierlet me l'a dit.

Si M .\nis>on a encore noti'e ballot, il m'obligera d'y mettre le livre de M. de Boissieu , que je vous prie de lui payer, et d'y faire mettre les deux tomes de Paul Zacchias, Quœst. nied. lefjri/es , (lueje veux envoyer à M. de Farvaques, excellent liomme, à Bruxelles, médecin de son altesse. Je vous en tiendrai compte quand vous les aurez payés à M. Huguetan , comme aussi de Vl/if^foirc de Sncoie.

Le roi d'Angleterre ne veut pas vendre Durdverque au roi d'Espagne, qui lui en offre bien de l'argent. Les pauvres Normands ont envoyé deux députés à la cour pour faire très, bumble remontrance au roi sur l'énormité de leurs tailles. Cette province n'en peut plus, tant elle est opprimée d'impôts et de gabelles ; pour la taille seule , elle paie tous les ans buit millions au roi, sans le trafic qu'ils font de tant d'autres marcbandises qui paient au roi des sommes immenses. Les autres provinces ne sont guère mieux traitées. Il y a bien des Normands ([ui cbassent leurs enfants de leur maison , n'ayant point de pain à leur donner. Cela doit être bien bonfeux à ceux (jui y peuvent mettre ordre. Ce sont des restes du gouvernement mazarines()ue , qui ne se soucioit pas de tout rui-

IKT ; Dion b(!nis.se iioU'c roi, (iiii, dit-oii , y inetti'a ordre.

Il va grand briii! entre les héritiers de la maison du cardinal de Richelieu ; le duc qui en est l'aîné a venrlu son gouvernement du Havre-de-Grace h M. de Navailles, et sa charge de général des galères à M. de Créqui le jeune. Madame la duchesse d'Aiguillon est allée à Fontainebleau pour empêcher , si elle peut , la conclusion de ces traités.

Nous avons vu ce matin, 18 juin , passer par les rues de belles processions du Saint-Sacrement de plusieurs paroisses; Noël Falconet étoit avec moi, bien mis, avec son bel habit noir; il a bonne t'avon , mais je voudrois bien qu'il fût bien savant , j'aime bien mieux le dedans ([ue le dehors , filus hohcnt in recessn , (jitoin in fivnfe. J'eus hier une grande dou leur de dents, laquelle m'obligea de me taire saigner du côté même: la douleur s'arrêta tout-à-coup comme par une espèce d'enchantement ; j'ai dormi toute la nuit. Ce matin la douleur m'a un peu repris, j'ai fait piquer l'autre bras, j'en ai été guéri aussitôt. Je suis, Dieu merci, sans douleur. Je prétends que ces deux saignées me serviront pour pouvoir me purger sûrement ; je le ferai la semaine prochaine, si j'en ai le loisir; mais il faudra tâcher de le prendre. Je vous baise les mains , à mademoiselle Falconet et à M. Spon , et suis de toute mon àme votre , etc.

De Paris, le 19 juin 1661.

LETTRE DLXXXVI. — Au nnnw.

Le roi a envie de faire \\\\ voyage en Bretagne et d'aller présider aux Etats de la province. On soupçonne que ce ne soit pour y établir la gabelle, aussi bien ([u'en Poitou et ailleurs. \(^Tnmoins, je crois qu'il y a (pielque autre dessein caché ; je ne le sais |)as , mais le temps nous l'apprendra

La duchesse de Brissac est partie pour aller au lieu que le

378 LETTKES Dh (.11 PATIN

roi lui H ordonné, qui est Bourges , avec une grande constance et une forte résignation à la volonté de Dieu , dans une litière, avec un crucifix entre ses bras , elle toute seule , et deux carrosses k six chevaux, l'un devant, l'autre après sa litière, et quarante gentilshommes à cheval qui la suivent. Elle est parente du cardinal de Retz. Voilà ce que lui vaut la parenlé d'un homme en disgrâce et ennemi des jésuites.

Hier furent faites avec grandes solennités toutes les cérémonies du feu de la Saint-Jean , à la Grève, avec force boites, fusées et autres amusements du peuple. Il fait ici une grande chaleur fort étouffante, et néanmoins le nombre des malades n'excède pas. Plusieurs de nos compagnons s'en plaignent , comme si les hommes étoient obligés de se faire malades |)()ur faire gagner de l'argent aux avaricieux et aux vilains.

JXoèl Falconet a été aujourd'hui saluer 31. votre archevètjue, (jui lui a fait un grand accueil, et qui part demain pour s'en aller a Lyon. Dieu le veuille bien conduire ! Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Taris, le 24 juin 16G1.

LETTKE DLXXXVÏI. —Au mèmr.

Je vous dépêchai hier deux pages de nos chétives nouvelles. Aujourcriiui j'apprends qu'il va dans le (îiiàtelet |»risoimier un prêtre de trente-cin(i ans , accusé et convaincu d'avoir débauché une jeune fennne veuve, et lui avoir fait trois enfants (|ul sont morts, mais elle est grosse du (|uafrième. il étoit son confesseur et directeur de conscience, c'est ce (|ui aggrave fort le fait. Elle est aussi pri.sonnièredans un monastère, d'où elle a aussi été menée au Cliàtelet pour lui être confrontée. Elle nioit tout; mais elle a cntin tout avoué, voyant (jue le galant a\oit tout (confessé. Voilà des fruits du célibat et de la l'acuité généralive des prêtres. On dit (ju'ils avoienl délibéré de s'en aller tous deux à Genève et de

A KAI.CONET. '.V. [)

s'y taire huguenots , après qu'elle auroit accouché et (jueUe auroit vendu tout son bien. Voilà comment ce bizarre et fantasque animal qu'on a|)})elle homme se joue de la religion , et s'en sert ou à son plaisir on à son profit. Vous savez ce que (lit là-dessus Virgile :

Sua culque ficus fit dira libido.

M. l'archevêque de Sens est fort bien en cour. 11 est venu voir le roi, qui l'a fort bien reçu, et quoiqu'il aitétéjus- (|u'ici mal avec les jésuites, ils ne laissent pas de le servir. Mais vous les connoissez , il ne faut pas trop s'y lier. Je suis , etc.

De Paris, le 3 juillet 1661.

LETTRE DLXXXYHI. - Au mnue.

J'ai toujours bonne envie de vous mander (juelque bonne nouvelle touchant le soulagement du peu])le et quelque insigne diminution de la taille, mais cela n'est pas encore arrivé, tolis aapuntia 'tpad nus non habitat. Ou dit (jue le roi se plaint qu'il a affaire d'argent; qu'il a envoyé M. de Mâchant en Provence pour y établir la gabelle ; (ju'il veut faire un nouveau collège de quatre-vingts secrétaires du roi et de cent procureurs de la cour pour avoir de l'argent. Enfin on ne parle plus que d'argent , nous sommes au siècle d'argent : () )/aj)'es! 6 tenipom'. La paix est faite, le roi est marié, mais les imj)(jts ne diminuent point (1). Voilà la suite des mauvais conseils de ce filou malheureux , qui mourut le 9 mars pas.sé; (|ui n'a eu pitié de personne, pas même en mourant. .\(Mi' (jHud eunaclias nulla pietale movetur, nec genei-i natisquc rarct. Cette sangsue n'a eu soin que de .<es nièces, et de tirer à soi le dernier quart d'écu de la France.

Voici un autreaccidentqui fera encore bien pailer du monde.

[i) Les plaintes , les géiiusseiiT'iits «te (mi Patin n'étaient pas san^ fondement ; car déjà à celle épotjue la dette [>ublique a\ail piis un ac-

380 l.ETrHK>> DE (.Ll l'ATI.N

Il y a environ (juatreans qu'un certain méchant fripon, nommé Paris, tua ici , de gnel-apens, un honnête homme qui avoitété conseiller à la cour, à qui il devoit de l'argent, qui étoit frère de M. du Boulay Favier, maître des requêtes; ou reconnut bien que c'étoit lui , mais il se sauva. Au bout de quatre ans , il est revenu à Paris, où, étant entré chez un procureur, il fut reconnu pour l'assassin par un homme (\m étoit là-dedans pour autre affaire; il fut aussitôt conduit en prison. Le peuple dit que c'est Dieu quia permis que ce méchant assassin ait été reconnu et pris, aussi bien que celui qui a tué M. de la Fautrière. 11 est vrai qu'il l'a permis, non. est nialum in ciritafe quud nini ft'cerif Deus. Mais Dieu auroit fait bien davantage pour ces pauvres massacrés, s'il eût voulu permettre que ces honnêtes gens ne fussent point misérablement tués A): mais c'est qu'il faut que le bourreau y gagne, quod corvis dehetur, tandem corcis redditar.

On dit encore que le roi veut faire un nouvel accroissement

croissement considérable. Voici , d'après un ouvrage moderne sur les linances, la progression comparative de ceUe dette :

En lo62, sous Charles IX 17,000,000

En 16G0, sous Louis XIV 783,000,000

En 1807, sous Napoléon . .' 1,912, .300,000

En 1821 , sous Louis XVIII 3,466,000,000

En 1829, sous Charles X i. 260,000, 000

En 1844, sous le gouvernement acUiel .... ."i, 000, 000. 000

Dans ce document de noire histoire, et sous la forme cabalisliquc de chifTres , il y a bien des évciiemciils, bien des leçons , bien des averli*senienls, bien des germes de troubles et de révolutions; tels sont les résultais de ce grand art de ruiner le ])résent par les impôts , et l'avenir par les emprunts. (R. P.)

(1) Gui Patin touche ici en passant une question de philosophie des plus ardues, des plus délicates. Tout n'est-il pas prévu d'avance? N'existc-l-il pas un indissoluble cnchainemcnt des lois établi par Dieu même? noire auteur l'a déjà dit ; t'ula retjunt orhem , certà slant omii'a leijc. (K. P. ;

ilu iioinbi'c (les coniniissaires ot des notaires; ce qui fait bien encore nnn'inurer du monde et rendre odieux son conseil. Si le jésuite, confesseur du roi , étoit un honnête homme et bon chrétien tel qu'il devroit être, il feroit là paroître son zèle et obligeroit fort tout le genre humain ; mais le bonhomme n'a garde, car il auroit peur d'être chassé et désavoué, et la société, quŒ loyal itico spiritu perfusa rem suani propriarn vt jjrivafaût curât , (diix posfhdbitls : nemo curât rem publtcfnn , et néanmoins nous aurions bien besoin d'avoir quelque homme de bien qui parlât au roi, et qui lui fit entendre l'état piésent de ses affaires, et les calamités publiques de son pauvre royaume, dont personne ne lui parle.

Le roi s'en va en Bretagne pour présider aux Etats et tirer de l'argent le plus qu'il pourra; il n'y a plus que celte province où il n'a pas encore été. On dit qu'il tâchera d'y mettre la gabelle, et de réduire cette province dans une obéissance aveugle, comme les autres. Son conseil ne songe guère au soulagement des peuples et des pauvres provinces désolées , (|ui souffrent il y a si longtemps. Cependant il est certain que le roi est bon, qu'il a l'âme bien placée , et qu'il ne manque qu'à des lumières (juil ne se montre un très bon prince. Je prie Dieu qu'il l'éclairé lui-même, et qu'enfin il lui donne un conseil qui n'ait rien d'italien ni de tyran.

Noël Falconet ne peut avoir raison de son capitaine avec vos deux promesses; cet homme est un moqueur, tils d'un conseiller de la cour, et de plus il est capitaine; ce sont deux mauvaises qualités pour en tirer de l'argent. Il a bien perdu du temps à solliciter ce paiement , et néanmoins il n'en a pu venir à bout : voyez quel remède vous trouverez à ce mal , car cet homme ne veut point payer, en (pu)i il ressemble a beaucoup d'autres. Dieu nous a réservés pour un sot et mal ■ heureux siècle; je n'y vois presque que delà malice et de l'abus : 0 fd'ccin scculoruin ininidltaiii et luespcrutinK !

Enlin aujourd'hui , à six heures du soir, a été exécuté dans la (irève le meurtrier de feu M. de la Fautrière; il a eu les

.^8'3 • LETTIlKs DE C,V\ PATIN"

onze coups vifs; il iiiériloit encore pis, car il a tué très méchamment un fort honnête homme et bon juge. Je viens d'apprendre que M. Fouquet a vendu sa charge de procureur-général 160,000 livres à M. de Fieubert, maître des requêtes. On prétend par là qu'il est fort en crédit près du roi , et qu'il est assuré d'autre chose, puisqu'il a abandonné le palais; qu'il sera ministre d'État ou chancelier de France, si la corde ne rompt, mais d'autres soupçonnent pis. Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon cœur voire, etc. De Paris, le 12 juillel ICGl.

LETTRE DLXXXIX. - Au même.

Je ne vous écris point sans joie, par laquelle il me semble que je m'entretiens avec vous , et que je vous vois d'ici , bien qu'il y ait grande distance entre nous deux ; mais pourtant j'ai toujours quelque petit regret de n'avoir point quelque l)onne nouvelle à vous mander.

On dit ici que les Bretons veulent se racheter, afin que le roi n'aille pas en Bretagne. En ce cas-là, il iroit en Provence pour y faire trouver de l'argent. Notre roi en a tant, mais il ne manque pas de sangsues qui lui disent qu'il en faut encore avoir davantage. .

Le président Miron m'a dit aujourd'hui que c'est un roman, tout ce qu'on a dit de la vente de la charge de procureur-général , mais bien que l'on a remis en bonne intelligence les deux frères , savoir, l'abbé Fouquet avec le surintendant, son frère; et néanmoins il croit que M. le surintendant se défei'a de sa charge de procureur-général , et qu'il y en a qui la marchandent. Il ne faut plus que de l'argent pour être grand; la vertu n'y sert plus de rien. Si forhmo volet , fies derhetore /■iDisiif. 0 forfwui , quantos tiln liido<t ffifh in vi(a m()rt(diinii! (iiiénaut, (|ui est un homme qui aime l'argent comme un ciMuMier (le change . dit souv(''nt (/m' himi lieurcux ^(»>l nni.f

A rAl.CONKT. ^S]

((nul Irs j)'''/'i'Si siiiif <liiii(iu'> jKiiir (tciKr /a/ss/' d k hicn ù /c//rs viipiiifs , {/ii'il ruiiilruit bien (d'ulr rti' ilf cviix-ln. Dieu soit loué . je no suis point de cet avis; je ikî voudrois pas être |)Ius i;ran(l seigneur cpie je ne suis; je n'ai point envie dt; ni'eniicliir aux dépens de persoinie; je ne demande à Dieu que sa sainte grâce, menfem tcniani in coi'iiorc saiio ; quoi s/s essfve/is, iilliilqui' iiKilis , swiiiiiiiiii W'C met mis dicin ncc optes. Mes père et mère étoient de bonnes gens, (pji se retirèrent à la campagne pour éviter la malice de Paris, où ils ont vécu ci: aclfn finidulo, jusqu'à la mort.

11 faut que je vous fasse i)arl d'une ji(Mist''»> (juc je trouve fort i)laisante. M. de Ven(l(')me a dit (pie notre l>on roi est siMublable à un jeune médecin qui a beaucoup d'ardeur jjour sa |)rofession , mais (pii l'ait bien dos qni /wo quo. ,[(> sais des gens qui le voient de près, (pii nidid assui'i; (pi'il a de très bonnes intentions, et (pie d('s (pi'il sei'a plus niaitri; (piil n'est, il en persuadera tout le monde. A)iicii. .le vous baise les mains, et suis de tout mon co'ur votre, t'ic.

De Paris, le I.t juillet 1()(>l.

LETTRE DXG. — An mente .

J'ai vu M. le premier président , (pii m'a fait grand accueil, et (pii se plaint fort de son peu de sant<''; il a grande envie ipie les vacances soient venues, afin de prendre l'air et jouir du repos en sa maison des champs, et m'a demaiidi' si je ne \<iulois pas m'aller promener avec lui à Basville, et rentict.iiii' un peu les vacances pi'ocliaiiies. .le lui ai répondu (|ue nous n'avions jamais de vacances, et (pie mes promenades étoient dans mon élude ; que pourtant j'irois li('s volontiers à cau^e de lui, (pii valoit mieux (pie tous mes livres. J'ai d(^jà été deux fois en cette !)elle maison de Basville; mais j'aiipreiids de mon lils Oarolus, (pii y va souvent , (pi'on l'a bien embellie (lejjuis. Je Vous |)iie (le due a M. Anissoii que mon balli»! de

384 • LETTRES DE r.V\ PATIN

livres qui avoil été saisi à Lyon est arrivé à la douane; je vous remercie, et lui aussi, de tant de peine (ju'il vous a donnée.

11 est arrivé à la cour un ambassadeur de Suède. La charge de M. d'Espernon est fort divisée et partagée. Ainsi fut fait après la mort d'.\lexandre-le Grand : de ses cendres on en fit trente rois. Il est ici mort un charlatan fort ignorant , qui làchoit de se donner de la réputation sous une qualité feinte de médecin de Montpellier, comme font d'autres, et néanmoins il n'y fut jamais. Il étoit natif de Melun , fils d'un chirurgien, ou plutôt barbier de la même ville; il avoit été garçon apothicaire ; de là il se fit élu à Melun par le moyen d'une succession qui lui en fournit le prix ; il vint ensuite planter son piquet à Paris , et pour lâcher de s'y donner du crédit, il oidonnoit furieusement chez les apothicaires : cétoit pour les attirer à son parti. Galien a dit au commencement de sa ^h'-thode , que: emjnrici suid Tro/.'jfâc'jot/.o!, nudtti et n'nnU nudln pnescribunt , quin ex tôt multis illud unuia nesciunt quod Ojnin eut. Il est mort en trois jours; il s'appelle Dupont. C'est ainsi que périssent ces misérables et ces viles onimœ.

Hier je fus près de Saint-Denis voir un malade, où je menai quand et moi Noél Falconet; nous herborisâmes en ce pays-là. J'avois appris qu'il avoit fait une partie de promenade à quatre lieues d'ici; je renversià adroitement ce dessein, étant persuadé qu'il seroit mieux avec moi que d'aller si loin, d'oii peut-être il ne fût revenu (ju'aujoui'd'hui ou demain; et puis que ne fait pas une jeunesse échappée, custode remoto? On nous fit bon accueil et bonne chère, et en revenant il me dit qu'il étoit bien plus aise d'être venu avec moi que s'il avoit exécuté son premier dessein ; qu'il apprend avec moi plus qu'avec qui que ce soit, et qu'il n'oubliera jamais les bonnes choses qu'il m'entend dire. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris, le 29 juillet Kilil.

K FAl.CuiNET. 38.'»

LETTHb: DXCI. — Au »inm-.

Il semble que les gens de bien n'ont (|tit' l'air»; daLlendit' du soulagement pour le pauvre peuple ; on minute de nouveaux impôts : ornnia fut h In ppjm^ rueri> ef refro mblnpsn rcferrl. On parle (pie le roi veut augmenter le prix du sel et les en Iréesdu vin, non seulement à Paris, mais par toute la Francp , (m dit que c'est M. Foaquet , If surintiMiiianl . qui est l'auteur de tous ces malheureux avis, d'autant (pi'il ne peu! autrement subsister dans sa charge , vu que du temps du Mazarin il n'avoit qu'a donner au Mazarin . Ie(piel tiroit tant (p)'il ])Ouvoit ; mais aujourd'hui il faut (ju'il donne au roi , à la reine, et encore bien plus à la reine-mère, sa bonne patrone, »pii le maintient et le conserve contre ses ennemis et envieux. On dit même qu'il est obligé de l'aire de grands présents à ceux qui sont auprès d'elle , et surtout a mademoiselle de Reauvais, qui est une harpie, et à plusieurs autres. Poiu' moi , je crois qu'on ne tait courir ces bruits que pour rendre M. Fouquet odieux à tout le peuple , et je crains pour lui. Eidin les pau vres gens n ont (pie taire d'attendre du soulagement : aussi meurent-ils par toute la France de maladie, de misère, d'op pression, de pauvreté et de dt^espoir : (Jieu nos rnispros ! 6 miseram Golliam! Je pense que les Toupinambous sont plus heureux en leur barbarie que ne sont les paysans de Francf.aujourd'hui ( l ). La moisson n'a pas été bonne, le blé sera encort-

(1; 11 est certain que les tailles , comme on disait alors, étaient hors de proportion avec les ressources de la France ; de là -ou malaise perpétuel. Quoique infiniment lourd, notre système financier, pri» dans son ensemble, est incomparablement supérieur et mieux réparti ; mais il se lie tellement avec celui des autres puissances, que le? moindres causes font osciller le crédit public dune manière redouta ble. Aujourd'hui un homme, ayant deux sous par ligne, peut, avec une fau.sse nouvelle , influer quelque temps sur les fonds publics de l'Europe. Quant an mode de (lerceplioii des contributions . il est n tu. -ij

38b LLlIKES DE r.Ll PaIIN

fort rliei' toute rannée. On dit nue le roi a uu yraiid caveau . dans lequel il serre volontiers ses pistoles, et d'oii il naime point de rien tirer; il dit que quand re caveau sera plein, (piil en fera faire \)u autre, et que M. le surintendant lui donne tous les mois 100, 000 écus. On dit qu'il veut aller en Bretagne jtour supprimer les Etats de cette province , et les tailler comme les autres , et y faire de nouveaux officiers au parlement et lilleurs. Voilà des effets de l'instruction mazarinesque et des échantillons de l'avarice italienne.

Le roi , parti hiei', ce mardi -20 août , de Fontainebleau , est allé à Blois; de là il ira où il plaira à Dieu. J'ai fait encore aujourd'hui ma leçon à Cambray, où j'avois encore plus de soixante-dix auditeurs. Nous avons ici quatre de nos médecins bien malades, dont il y en a deux de la première estime , savoir: MM. Rain.ssant et Piètre. Ceux qui vont trop vite sont sujets à se casser le nez ; le bon Martial n'a t-il pas eu raison de dire :

Imtuiniicis bi ti'it est it tas tt tara lieneclux.

Noël Falconet a vu, ce \:\ août, la tragédie des jésuites , dont il est fort content ; il a vu force beaux acteurs, force jésuites, force dames et de beaux sauteurs. Il y est entré par le moyen d'un billet que le P. Labbe, mon bon ami, lui avoit donné à ma prière pour y être admis. Je lui ai promis des cahiers d'extraits de quelques livres de médecine que j'ai faits autrefois : ce sera un moyen de le retenir, tandis qu'il s'occupera à les transcrire.

régulier , si bien combiné, qu'on le voit procéder avec la force et la rigueur d'une vis de pression et l'impassiibililé d'une pierre meulière, tant pis pour celui qui en est écrasé ; on a voté le budget, c'est l'arrêt du destin. A la longue néanmoins, quand les gouvernements manquent de modération , de bon sens ou de bonne foi. le ressort trop tendu de l'impôt provoque la réaction du ressort de l'opposition. F, ai jusiitia tel pereat mundni. R. P.

A tAl.Co.NKl. .'iSv-

M .liMli Pif'tl'c a It-ril le li()ll IMiMi. ilt' ))f(ii(lt' irVci ic dans -a fièvre coiitiniit^, la(|ii('ll(' estgrandt; et forte, cjusmodl dclirii joui nliqua rudimeiilo (ijipariii'vimf. (-es espi'its hilieux et ce> tètes échauffées y sont plnssnjettesfine d'antres si-dati inijr'iili. Mo//)nnii fsf bonc nasii corpiirc >■/ (ininin; fiiiiid''(iiit hene uati c/uos (CCfim nmnvit Jiijiifcr, nul nrdcus crciit od (l'tliern virfus. Celui dont il est (jnestion a de jiranrles veitns naturelles , il est savant et Tort rusé ; mais si vous tournez le talon , il a de grands vices ou au moins de grands défauts : >'itiif< iinvo fittie niiacifnr, optniinn ille fst qui niininiiff uviiclur.

On dit (|u"il y a bien du bruit à la l»oclielte, qii ils y ont pris un partisan (jii'ils ont écorelié tout en vie. iM. Amelol , premier président de la cour des aides , a reçu ordre d'aller a Fontainebleau ; on croit (|ue c'est poni- recevoir réprimande , par ordre du roi, de la bouche deM. le chancelier, jxun- avoir parlé trop hardiment contre l'injustice du temps et la tyrannie des partisans, lorsque M. le duc d'Orléans fut la semaine passée à la cour des aides y porter l'édit de suppression de tant d'ofticiers. A la cour, on ne veut pas de remontrances ; tout s'y tourne à la despotique. Si Dieu n'y met la main , on nous assujettira comme des Turcs , nous qui sommes bons chrétiens, et francs et libres, dès que nous avons été François : aujourd'hui les choses sont changées.

Au temps jadis, au siècle (Cor, (.rosse (le f)()is , évOqiifi (l'or.

Mainlenonl ont cliaiigé les lois :

«.inssf (l"nr. évr(j|li' de l)ois.

Je vous baise très Inunhlenienl les inanis, a niade/noiselle Falconet et à M. Spoji, n<ttre lion ami , et suis de toute mon àmç votre, elc

De Paris , le 2 septembre KiOl .

388 lETTKKS DE ii[j| PaTCV

LETTRE DXCII. — \<i wpmo.

Je vous envoyai liier , ce \\ sepiembie, deux paj^es de nos t'hétives nouvelles ; il n'y en a point ici d'autres , sinon quelques fièvres quartes automnales , omnis quartona nutumnalis vel est annim vel est lef/ialis, et des dysenteries ; mais je cr(>is que ce sera bien pis dans un mois ou six semaines après qu'on aura bu du vin nouveau , finu; puuper cornua sv.met. Alors nous aurons des s(|uirrhes de t'oie et de rate, des doubles tierces et des triples quartes , lesquelles dégénéreront en liydropisie ; nous aurons aussi des bydropisies et péripneuinonies et des rhumalismes. Voilà nos maladies d'hiver après le vin nouveau.

Hier au soir, ce 5 septembre, je soupai avec M. le premier président; j'appris que le roi s'apprètoit à revenir , et qu'il seroit à Fontainebleau le 15 dts septembre, et qu'il s'étoit trouvé mal d'avoir couru la poste à Tours, où il prit les carrosses de relais. Ce même jour, un maître des comptes, nommé M. Godard , revenant de deux lieues d'ici, passant au long de la rivière, et y voulant abreuver son cheval, s'y noya malheureusement. On a ici saisi un ballot de livres qui venoil d'Amsterdam, dans leiptel étoient plusieurs exemplaires d'un livre nouveau fait par les jansénistes contre les jésuites, sous le nom de Denis Ratfmùad , dans lequel on soutient que les cinq propositions dont il est question, et qui ont fait tant de bruit, ne sont point dans les livres de Jansénius, évêque d'Ypres. Dans ce même ballot on a aussi trouvé quelques exemplaires d'un livre fait par les jésuites, sedqnevi sup/rressiim et ifjiiotwn essp enpinnt : ce sont les règle* de la Société pour t(uis leurs desseins, leur gouvernement et leurs officiers a tous étages. Il y a dix huit volumes in octavo, (pii se relient en cimi gros tomes; les jésuites en avoient fait fitire une édition qu'ils envoyoient aux Indes, poiu' l'usage des pères en ce- provinces. Ce vaisserm fut pris par les Anglois, et les

i lALCUNbT. ."î^fl

f^xeinplaiies pcnlii^ \>oi\i les jésuites. Les Hollaiidois ont réimprime ce livre , que les jésuites l'ont saisir partout où ils peuvent, et même ont employé l'autorité du roi et de M. le président de Thon , notre ambassadeur en Hollande, pour raclinler tout ce qu'il y avoit de l'ait. Mais ils or)t beau l'aire, le livre ne se supprimera jamais; il y a des jansénistes qui en ont ici, et même les huguenots s'en vont le t'aiie in)primer in folio en Allemagne, dans un pays oîi les jésuites ne truuveront pas de crédit, afin que tous les curieux de l'Europe le puissent voir, et y connoitre les desseins et le fin gouvernement de ces bons pères , qui gouvernent le monde, /// nomino Dowiiti , à leur mode , avec beaucoup d'ambition et d'avarice, mais qui sont confites de la parabole ^/</ iitajn/ri/i iJei (jlorimit. Vn maître des i-equétes m'a dit ce matin que la nouvelle impression s'en tera ou en Angleterre ou à Francfort , mais que les jésuites ne le pourront jamais enq^éclier, et que ce sera un in-folio qui entrera dans toutes les bibliothè(jiies grandes et petites , et qu'eidin tuut le monde connoîtra les rusées façons de faire de ces maîtres passelins et de tons ces carabins du P. Ignace.

Mais, ce jeudi. 8 septenjbre, voici bien une autre afi'aire. i'romittv imt'iii, el hohebh fénlom. La fortune de M. Fouquet. surintendant des finances, est changée; le roi l'a f4it arrêter prisonnier dans le château de Nantes, el y a envoyé ordre a M. le chancelier pour faire tout sceller en ses maisons, el y mettre gariiison . ce qui a ete sur-le-champ exécuté. M. le chancelier a fait sceller dans la maison qu'il avoit à Fontainebleau, et a envoyé un maître des requêtes, nommé ?J. Paget, faire sceller à Vaux. M. le lieutenant civil a eu ordre de faire sceller dans la maison de Paris et à Saiut-Mandé , et d'y mettre garnison. Sa femme, la surintendante, a eu ordie de .se retire)' en Limousin : ses conmiis sont arrêtés , leurs maisons scellées, el il y a même ordre poiU' les enfants.

Le prêtre de Saint-(iennain qui avoit été condanuie aux galères perpétuelles, par appel n minitunihx procui-eur-géné-

.'■r»!) LtfTHLS Dt (.11 Patin

rai, a ete mis dans la Conciergerie, ou son procès a ele tait de nouveau. Il est condamné de faire amende honorable , nu en clu'ini^e, la corde au cou et la torche au poing, devant la principale porte de Saint-lJerniain-l'Auxerrois, et après condamné aux galères à perpétuité, sans en pouvoir être racheté ni retiré en façon quelconcjue, et sa petite garce condamnée a 4,000 livres d'amende.

Les partisans sont ici fort étourdis. On a scellé chez Boislève, chez le jeune Monerot de Lyon , chez Pelisson , Bernard et autres. On dit cjue M. Fuu(iuet est dans le château d'Angers, que M. le chancelier a charge de lui nommer des commissaires, savoir: vingt-quatre maîtres des requêtes. Un des .secrétaires de M le premier président me le vient de dire. Plura alias. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

Pp Paris, le 19 «epiemhr»' 1(>()l.

LKTTKE DXCIIL Auwèrne.

Le médecin espagnol, Thomas Puellez, que la nouvelle renie avoit amené avec elle d'Espagne, est mort à Fontainebleau. H aimoit mon second fils Carolus d'une manière à lui procurer quelque bonne fortune; mais celui-ci est demi-stoïque, et c'est tout dire. Il y en a plusieurs sur les rangs qui recherchent la place du défunt; Guénaut , des Fougerais, Brayeret Rainssant courent après. Piètre le mérite encore mieux qu'aucun par son érudition, mais il est encore malade, et n'est pas hors de danger. Celui (jui ne désire rien est encore plus heureux, comme sont tous ceux qui n ont point dambition. La cour est une mauvaise hôtellerie pour un homme de probité. Valot est malade de fièvre, rhumatisme et érysipèle. On dit aussi (|ue c'est de regret de ce que le roi lui a reproché qu'il éloit espion et pensionnaire du sieur Fouipiet. Tl y en aura

A l \l.(.n>ET. ■'>9\

bien (|ni roniruiil (••■ bciielict; s'il vient ii viKiiicr. .!•' ne sais ce ((Ut' peuvent ètie lieveiuis MM Pecquet et K. de Bellevid ; mais voila leur marmite renversée par la disgrâce de M. Koiiquet. Jamais Pec(juet ne l'a traité; il ii'étoit là que pour Us laquais (l). Croyez-moi. c'est nn hommequi ne sait pas lirand' chose. M. Fou(|uet est toujours dans le cliàteau d'Anj^ers. malade d'une fièvre quarte. Avant sa prison il avoit pris du quinquina et avoit été saigné de la salvatelle (i) par le conseil de Valût . et néanmoins il n'en est pas guéri. Les jésuites sont bien fâchés de sa perte , il éloit leur grand [lati-on. Ils ont tiré de lui })lus de 600,000 livres depuis peu d'armées; vous savez comme ces bons pères aiment fort le bien jjublic et le bien de leur prochain. Mais à propos de quinquina, il ne fait point ici de miracle. Quand le corps est bien déchargé par la saignée et les purgatifs, il peut [)ar sa chaleur résoudre ou absorber le reliquat de la matière morbilîque; à moins que cela , il ne fait qu'échauffer. Ceux mêmes à qui il a fait cesser la lièvre n'en ont pas été tout-à-fait guéris; car elle est reve-

(1) Est-ce par ijjiiorance, est-ce par esprit satirique que noire auteur parle ainsi de Jean l'ecquel ? Toujours esl-il que ce fut un illustre médecin qui .s'immorlalisa par sa découverte du canal tlioracqne et du réservoir qui porte .son nom, découverte qui confirma tout ce qu'avait dit G. Harvey de la circulation du sang.

Pecquct entra à l'Acadénue des sciences en 16()6. Il tut -i constum nient allachéà l'ouqucl, le surintendant, (juil disait que Pecquct avait rimé et rimerait toujours avec Fouquet. Madame de Sévigné en parle quelquefois et l'apiielle 'amicalement le petit Pecqitet. Elle dit dans une de ses lettres, 1671 : « J'ai envoyé quérir Pecquet iiour discourir de la petite-vérole de votre enfant. II en est épouvanté ; mais il admire sa tbrce d'avoir pu chasser ce venin , et croit qu'il vivra plus de cent an'< , après avoir si bim commencé. » On voit que ce médecin n'étoit pas celui des laquais, comme l'assure Gui Patin. l'ecquet se cassa la jambe en lomi>ant de cheval. Cet accident . ainsi que l'abus des liqueurs spirilueuses , qu'il recommandait même à ses malades . abrégèrent son existei:ce. Il mourut en février 1674. H. 1' )

\'l, \ eine du dos de la main près de son bord interne.

'M>-1 I Kl ri'.ir.S DF i.l I l-MIN

nue, quuitiii ils eussent été bien purges. Lopiniàtreté et la rlurée de ces lièvres quartes vient de la disposition mauvaise et presque carciiiomateuse de la rate, qui occupe sa propre substance (l. Jen'ai jamaisdonnéduquinquina. J'en ai vuqui pour s'y être trop liés sont devenus liydropiques. Je ne vou- «Irois point purger dans le Tort de la fièvre quarte. Il me semble que ce seroit trop hasarder; mais je purge suuvent a la tiii de laccès , avec beaucoup de succès. Même dans la grande chaleur, je leur hiis quelquefuis avaler quatre grands verres de tisane laxative, de trois gros de séné. Cela tait bien ouvrw le ventre , et emmène une partie de la cause conjointe, fX empêche rimpoitunité des grandes sueurs, dont ils se plaignent souvent. Pour ce qui est de saigner au commencement de l'accès, je ne le tais jamais. Il y a de l'iniprudeiice et de la témérité à le taire. Je suis, etc. De Paris, le 21 septembre 10(H.

LETTRE DXCIV. — Au même.

On dit ici beaucoup de nouvelles , dont je ne prétends pas être garant. Le roi est parti pour son voyage de Chartres , et sera ici la semaine qui vient, où il passera une bonne partie de l'hiver avec les reines. On tient pour certain que M. Fouquet n'est plus à Angers , qu'il en a été emmené à Amboise , où il est présentement en attendant les ordres du roi pour un différend qui est survenu entre le capitaine qui l'avoit arrêté, nommé M. il'Artagnan , et M. Talouet, lieutenant des gardes, que le roi avoit envoyé à Angers pour l'emmener en deçà. Il vint enfermé dans un carrosse à six chevaux, entouré de trois

(1^ Quoique celle oi>iiiion soil erronée, on voit pourlnut que nos devanciers av.ùenl , sur l'élal de la raie dans les licNres inUrmiUenlcs . dis idées fécondées de nos jours par des faits mieux observés, bien qu'il resie encore des douîes .<ur ce point de palholoî^ie. (R. P.)

\ K\l,(.(I.NKi. '^W

ceints cavaliers , graiiiis et petits iiU)US(iuetaire>. Oit a aussi arrête M. Pelisson, son secrétaire, liornme célèljre auteur de V histoire de /'.lrw/^'?///e, qu'on a amené ici à dieval en bonuf compagnie. On tait aussi venir par un autre chemin , madame DuplessisBellier , et on prétend leui' laire faire le procès à la rjiarnbie de justice, qui n'a point tenu cette semaine a causf des l'êtes ; vendredi prochain elle sera ouverte. .M. le chancelier se poite bien ; il a dit a un de ses amis que cette cham bredejustice iroit bien loin , qu'elle n'est pas j>rête à cesser ; il y en a pour plus de trois ans , et (jue le roi prétend par. la de rentrer dans son domaine, dont je prie Dieu qu'il lui tasse la grâce, atin que le pauvre peuple puisse être soulagé de tant de vexations que la guerre a apportées. Le pain est ici si déraisonnablement cher, que l'on craint une sédition du peuple , et ce sera bien pis dans quinze jours , s'il ne vient du secours pour l'Hôpital-Général , qui n'a plus de blé, et a la nécessité duquel les directeurs ne peuvent trouver de remède; il est vrai que M. le premier président leur a prêté 10,000 écus, mais cela ne peut guère durer. On nonmie ici des paitisans par lesquels on commencera l'exercice de la chambre de justice, et entre autres on nomme 31. Louveau , généial des portes, MM. Catelan , Jacquier, Girardin, le chevalier de Maupeou , prisonnier dans la Bastille , gendre de M. Catelan . .VI. Boislève . et plusieurs autres ; le temps nous en apprendra davantage.

Le jardinier Gaudron , qui avoit assassiné M. Lavié daii> sa cave . il y a plus d'un an, après avoir été quelques jours prisonnier, a confessé son crime, et a été condanmé pai M. Chauvelin , bailli de Sainte-Geneviève , a être rompu tout vil. H lut hier traduit dans la Conciergerie pour y être jug»' en dern er ressort par MM. de la Tournelle. Ce sera peut-être pour demain après-midi dans la place Maubert . ([ui est le /ieu des exécutions de ce quartier-là. On condanma aussi hii-r a être brûlés tout vils deux hommes qui ont été (lécouveil> dans le faubourg Saint-Germain. j)our le crinit; de in'dt'rushr.

^9i l.bl IUt.> DL 1.1 1 l'All.N

autiemeiil de S( idoine etGomorrhe, qui est le peclie que Théophile disoit que sa Sainteté ne punissoit point à Rome. Vous vous souvenez bien des vers de Chapelle et Bachaumont : rrtr Je suis un terre papale. L'appel en sera au parlement , et apiès ils seront renvoyés à leur premier juge, savoir, aulientenantciiminel , qui les condamnera à être brûlés tout vifs en Grève, où ils seront menés dans un infâme tombereau , après avoir fait amende honorable devant Notre-Dame, nus en chemise, la corde au cou. Mais voilà assez vous entretenir de malheureux crimes , des(juels nous pouvons dire avec Horace : F^r-^ runda oïdiiii' ''C'^da.

Il y a ici beaucoup de lamilles qui s intéressent contie la chambre de justice, prétendant tpie ceux à qui on fera le procès feront banqueioute , et ne paieront point leurs dettes a ceux qui leur ont |)rété de l'argent, desquels le nombre est très grand.

On dit que le petit prince d'Espagne, qui n'a guère qu'un mois . n'est pas de taille à vivre longtemps , vec videtur vitalis j'afii/ds. . idcirco dicitvr mite senium ingressuriis viam universœ carats , comme ont fait ses autres frères par ci-devant, et tant de princes de la maison d'Autriche qui, faute de bons médelins ou autrement, ne vieillissent jamais.

M. le Dauphin est arrivé aujourd'hui à Paris, et est logé rians le Louvre, au même appartement qu'occnpoit le cardinal Mazarin. Je vous écrirai plus amplement une autre fois , et en attendant , je vous baise très humblement les mains, et snis de tout mon cœur votre, etc.

De l'aris, le 6 déceinltre 1H61.

LETTRE DXCV. Au atènic.

Le roi a lait des chevaliers de l'ordre en bon nombre ; la Ci'rénionie de leur promenade éti(it fort helie: et il v avoit

|»l.ii>ii (le l(.'S \ttir passer .M. I''oii(|iit'! r>l daii^ le bois de ViiiroiiriHs , bien ent'ernié. Il y en a (lui croient (|ii'il en '<era quitte a l)oii iDairlié, a cause (|ue le roi et la l'eiiie d'Angleterre s'eni- [iloieul pour lui; mais le sieur (lolbert €\st contre, et l'on croit que le roi e.^^l loi t attaciié à ses sentiments. M. le cardinal «le Ketz a l'ait enlin son accorti , et a donné sa dénjission pure et simple au roi ; on lui donne pour son archevêché de Paris l'abbaye de Saint-Denis avec une autre de grand revenu. Le roi lui permet , au lieu de revenir à Paris, de se retirer en Lorraine en sa terre de Comniercy, dont il est damoiseau îcela s'appelle, dans le latin du moyen-àge , dninirelhis). Voilà un homme qui a mal joué son rôle, et qui , pour avoir déplu à la reine-mère durant nos guerres parisiennes, a perflu l'archevêché de Pai'is. qui est, comme vous savez, un bon morceau, et de 100,0(10 livres de rente. Les Allemands ont peui- de la guerre en leur pays l'été prochain , à quoi néanmoins il n'y a pas grande apparence , vu que la paix est arrêtée entre l'empereur et le Turc.

Je vous supplie de in acheter chez i>L Huguetan un nouvel c.xemplaire de la nouvelle édition, en deux tomes in folio. fjuœstiomi.ni medicd-lcçiolluin ; c'est pour envoyei' à un de mes amis en Flandre.

Je vous prie d'assurer le révérend père Théophile Kaynaud que je suis son très humble .serviteur, et lui demander quand il téra imprimer la seconde jiartie de ses Heteroclita spiri ■ fimlia. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

l>e Piiri* . Ic:^ jjuivitr \*AM.

LK!TI5K DXCM. - .\h mh„o.

(^e matin il s'est l'ail mi duel signale a demi-iieue de Pans , près (If {'liaillol , di' Imit siigneurs. desquels plusieurs ont

396 I Kiruk^ i)t (.1 I l'MiN

été blessés, et un est demeuré muil sui' la place, (jui est le marquis d'Anliii , neveu de M. l'archevêque de Sens. Le marquis de Marmoutier, M. de la Fètre et M. le comte de Chalais sont du nombre.

Il y a eu cette semaine une querelle dans la buvette de la grand'chamlire, entre M. Talon, avocat-général, et M. le président de Mesme, le président de Novion et autres; mais on croit que la querelle nira pas plus loin : c'étoit pour lautorité du parlement par-dessus la chambre de justice. L'accord du cardinal de Kelz est conclu tout-k-fait; on sait qu'il a été en plusieurs entlroits déguisé, habillé de gris, se /'aisant appeler le baron de la Neuville. 11 parloil latin, connoissoit tout le monde, et se faisoit aimer de tout le monde. 11 a été à Dunkerque, à Anvers, à la Haye, à Rotterdam (pays du bon Erasme), k Paderborn, à Munster en Westplialie , où il a demeuré trois mois entiers incomiu, mais admii-é merveilleusement pour les belles qualités (|u'il possède. Il étoit logé chez un savant médecin, nommé M. de Uottendorf, qui lui parla de moi avec atiéction ; le cardinal lui répondit de même, et lui dit qu'il me connoissoit lort bien, et qu'il faisoit grand état de moi. Le médecin , ^on hôte , qui l'admiroit, et particulièrenjent pour deux choses, dont la première étoit de voir qu'il comioissoit tout le monde; la seconde, (|u'il savuit tout, et qu'il excelloit particulièrement en politique, souj)conna (ju'il n'étoit pas homme du commun , outie (|u'eii t(jute occasion il parloit mieux latin que ne font tous les gentilshommes françois. Cela l'ut cause que ledit h(")te en entretint M. l'évèque de Munster, prince du pays, (|ui témoigna de la cui'iosilé de connoitre ce gentilhomme; mais lui, sachant qu'il eût été en danger, s'en détendit pi'utiennnent, et délogea dès le lendemain de grand matin, de peur (ju'il ne lui arrivât pis ; c'est qu'il n'y veut point manger le carême prochain de jambons de Westplialie, que nous appelons ici jambons de Mayence, jtefasuHcs Moyaiituii , parce qu'autrefois cette grande foire de jaudxHis étoit a Mayence (et aujouid'liui

A KALCONET. TiO/

à Francfort j, oi la grande^ .juantité que nous en avons à Paris, vêis Pà(|n<'s , n()Us vient par les marchands lioUandois. ^lais V(»ns direz (pie je ne vous t'ntreîiens ([ne de jambons; j'aimelois nneux vous en taire manger ici en dépit des jnit's , (jui s'en t'ont nue loi. Que j'aurois de plaisir de vons taire bomie clièri'! Au moins je vons la t'erois spirituelle, sans qne les moines s en mêlassent. Je vons baise les mains et suis de tonte mon âme voti-e, etc.

De t'iiris. le -20 janvier KUii.

LKTTRE nXCVII. — Axnirn»-.

Je vdus envoie la thèse des jésuites , hupielle a ici t'oit réveillé les esprits de ceux qui aiment la controverse; la Sorbonne même s'en remue encore; mais je ne sais ce qui en sera On dit que dans peu de jours le roi doit aller an |)arlement pour faire vérifier la convention (pi'il a faite avec le dru- Charles pour le duché de Lorraine. Le prince François et le liuc Charles son tils se sont retirés à petit bruit en Allemagne, voyant leur maison ruinée. Le roi rachète Dunkerque du roi d'Angleterre , et l'on dit qu'il la rend au roi d'Espagne pour lieux autres villes qu'il nous donne dans la Flandre. Le roi n'ira que samedi prochain au parlement pour Tatiaire du duc de Lorraine : c'est M. le président qui me le vient de dire ; M. Talon a demandé ce temps, qui lui est nécessaire pour un plaidoyer de si grande importance. On va travailler vigoureusement an procès de M. Fonquet ; le roi veuf qu'il soit fait en ([uinze jours.

M. .\rnaiild d'.\ndilly, seit;nenr de l'ompoime , stH'retaire d'Etat neveu de M. A. Arnauld le janséniste, docteur de Sorlionne, et frère de l'évèque d'.Xngers . a reçu commandement du roi de se retirera Verdun: il a répondu qu'il éloit prêt d'y

;{; iS 1 T:rii!i:> i>i; «.i i pmis

ulii'ii', mais (|iril p» ioit le roi de clianger If lirii de sitii êvil , ri (le l'envoyer [tliitàl à Angers fiiez son Ircre, lévèqne du lieu. Adf'O vere dixit Ltœretitis:

DU'il'ni de fonte lepanim

Surgit amnri ulufui'l quod iv ipuis j1oiibu.< ainjai.

Voilà M. Caiii qui vient île sortir de céans, et m'a rendu l'almanach de votre M. Meyssonier. Pour le grand livre, il n'est pas encore arrivé, il est avec ses liardes; il faut attendre encore huit jours à cause que la rivière est trop grosse. M. Cani a un procès à la quatrième des enquêtes, on j ai plusieurs amis que je lui fournirai lors du jugement. 11 y a sur la rivière de Seine , près de Rouen , trente grands bateaux de blé pour venir à Paris, et quarante autres qui viennent de Dantzic et d'Amsterdam . et(|ui seroient déjà arrivés s'ils avoient eu le bon vent.

Le voyage du roi au palais est différé jusqu'au retour du courrier que l'on a envoyé au prince Françoi§ en Allemagne avec un nouveau traité pour tâcher de le contenter. Quand nous aurons l'Alsace avec la Lorraine , la Francbe-Comté n'aura qu'à se bien tenir et se garder de nos gens, aussi bien que Strasbourg et autres villes sur le Rhin , en vertu du vieux proverbe: Gallum Imbeat aniicum, non vicinuni.

Lu chambre de justice a fait donner des assignations à tous les traitants et gens d'affaires pour venir répondre sur k'S faits qui leur sont proposés. Girard y a été plusieurs fois et a tâché de faire pitié , mais les juges n'y ont pas consenti. On contiime de vendre dans la cour du palais les beaux meubles de Boislève, qui est en fuite.

r*our M. voire lieutenai.d général , sa mort a été plus souilaine qu'étrange; il est mort , comme vous me le mandez , ilune obstruction du cœur et du poumon , à quoi il n'y avoit nul remède : cette maladie est fort contraire aux mélancoliques. S"d eût été ouvert on lui auroit trouvé dans les vaisseaux du

\ tALC.nVKT. ;U i>

ca-urdii sang lige ^{],fl dlujKod riiimit lu smf/staiitia pviniojiis, (jt/Dil ni II il nliiiil f'sl ^ qiKiiit iiisif/ii/s il lu iliit^thfhiU'U tuuluporc cric hiiitu , nuw jucit usilmiu h'thuh\ et (juuui <iruiiliirp dcsiri/isit !■ ( lui'l iu!i, jiuuci u h'ciufliu. uullus outt Ferui'liuiu. C.ot lloimiit' • toit iiirailliltlenitMil iDelancoliqin^ et astliniatiqut', au in(>iii.> t'>t-il niiti'lt'l . ''./• ritiii lifuis , (/ui truuSuiitfit iu pulnuuuiui , vt [oeil ujl'i^ction imuiedicahilcui jur riutit ^uljhcntionis. \jH syncope est une marque infaillil)le que les canaux du ccjL'ur sont bouchés. Il peut être qu'il y avoit wf/ov yvua iu Uevibu» nrteriis pnl/inouis. La sueur diapliorétique ^"//i à(7<*v?!a est une marque certaine que tout étoit perdu. La maladie d'Antijjaler, dansGalien, /// /.oris n//'rcfis. étoit de ce genre, hormis (ju'elk' dura plus long(em[)S : aussi y a-t-il des intrr[)rèles qui ont tloulé t/r uuuIki Au'i/jufii. IHcu veuille avoir son âme

LLTTIiL n\(.MlL Aa mêuu:.

Vous êtes un merveilleux ami ; vous m'avez ci-tlevanl envoyé tant de présents , et vous contimiez encore de m'en accabler ; je suis réduit à ne savoir plus me gouverner avec vous, car vous me réduisez à l'impossible. J'ai reçu ce matin, mercredi des cendres, 22 février, V(jtre baril d'huile et h Horenol , par les soins de M. Cani ; je vous prie d'en recevuii' le prix des niains de M. Spuii . «'onmieje lui ai niandi'-. avec

(l) Les maladie»^ oif^aiiiques du c<»jiir, élucidée» par les travaux de Corvisart, de Laënucc , de ^L le professeur lînuillaud , et si bien élu diées de nos jours, étaient à peu près inconnues du temps de Ciui Patin. Au lieu d'un anévrysme, on croyait qu'il y avait un polype ou du sang coajïulé dans les ventricules. Mais, quoique nous connais>iion. mieux cette maladie , elle n"en est pas moins incurable , et l'épigraplie que Corvisart , médecin de Napoléon, mil à son ouvrage : H(eret lateri lethals arundo . n'en est p;i< mnin* utie fuiièl>re vériié. R. P-,

400 I.F.TTltES DE (;ri PATIN

ce ([lie vous avez déboursf'. Pour l'autre paquet qui vient de chez MJM. Arnaud et Borde , je ne sais quand je le recevrai; il n'étoit point dans ce dernier coche d'eau ; mais les eaux ont été mauvaises jusqu'à présent, peut-être (|u'il est enfermé dans quelque balle de nos libraires.

On ne parle plus ici du duclié de I.,orraine, ni de M. Fouquet, ni du cardinal de Retz, qui est à Commercy ; on dit seulement que le roi va la semaine prochaine au bois de Vincennes.

On imprime en Hollande pour les jansénistes quelque chose qui sera fort contre la thèse des jésuites , de Infnllibilitdte Ijcqjœ. On y aaclievé une impression de toutes les œuvres de Hugo Grolius, que j'ai autrefois connu ici , ambassadeur de la reine de Suède. Il a été le plus bel esprit de son temps. Il y aura neuf tomes in-folio; il étoit admirablement savant, et d'un savoir tout beau et tout noble. On parle ici d'une espèce d'un nouveau carrousel, où le roi fait entier plusieurs seigneurs (jui seront obligés ii une belle dépense, tant |)our les chevaux que pour les l)al)its ; il en aura cinq compagnies , dont chacune sera conduite par un j)rince

U est venu du blé de Rouen; mais la police est ici si mauvaise que le blé ne rabaisse point , sur quoi les pauvres crient bien fort, nec tdiiwn habclur ratio tôt querelarum. Je vous baise très humblement les mains, et suis de toute mon àme votre, etc.

De Paris, le 24 février 1<îH2.

l.ETTRE DXCIX. — A» mèmr.

On piirle ici d'amener S\. Fouquetdans la Bastille; son becrétaire Pelisson est dans la Conciergerie. Sans par'er du maître, ce M, Pelisson est très habile: '«a disgrâce e.^t plainte

A lU.CONET 'lOI

(lo tous les lionnêtos cjens : on dit (juCIIp loi fera perdi'e l'esprit (i).

Le roi vent envoyer un ambassadeur à l'empereur (on dit que ce sera M. de Yitri; , pour y faire maintenir le droit de préséance par-dessus tous les antres princes , que le lol d'Espagne lui a cédé.

Hier, ce 26 février, la duchesse de Retz fut trouver la reinemère au Louvre, et elle la conduisit jusque dans le cabinet du roi, où elles furent avec lui plus d'une heure. Les uns disent que c'est pour la démission de l'archevêché, les autres disent que ce sera un accord pour faciliter le retour du cardinal de Retz.

M. de Louvois, fds de M. Michel le Tellier, secrétaire d'État, qui est reçu en survivance, s'en va épouser mademoiselle de Courtanvaut.

M. l'abbé de Roches, chanoine de Notre-Dame et archidiacre , mourut hier; il étoit bien riche du bien d'église, et en faisoit un bel usage, carrosse, laquais, équipage, beaux meubles, etc. On parle d'un carrousel qui coûtera bien d.' l'argent à la noblesse , qui y aura part. La reine est grosse , et sur cette nouvelle le roi a dit : yox.-i ne manquerons pas de petits Courtenni a ^ c'est-à-dire de pauvres princes, et incommodés.

Le roi a été ce matin , lundi 27 février, au palais en grande pompe , pour l'affaire du duché de Lorraine , et y a demeurt* jusqu'à midi. Nous en saurons le succès ce soir.

Demain , sur les onze heures du matin , sera enterré dans Notre-Dame M. des Roches , qui autrefois nous a promis 10,000 écus pour faire rebâtir nos écoles. Toute notre Faculté ♦•st priée à cet enterrement. Je ne sais pourtant si nous aurons les 10,000 écus, bien que la donation en soit bien faite, el

(r Loin Je là : On >oU au conlrairo qu'il la sui)f)orta avec une é,";nlité , une force trànip qui le tirent sin?;ulièrenient estimer de tout le monde. {R. P.)

A()-2 I.ETTllES 1)Ë (ifl I'aTLS

même insinuée au (J.iiàtelet de Paris, dès l'an 1644. Un dil qu'il laisse plus de 100,000 écus à l'Hôtel-Dieu de Paris, et sa grande bibliothèque k la Sorbonne. 11 auroit bien pu nous faire davantage de bien , mais il se mécontenta de nous sur le refus que nous lui fîmes de rompre nos statuts pour plusieurs particuliers qu'il nous recommandoit trop souvent , et cela n'alloit qu'à ruiner notre Faculté. Moribus antiquis res stat romana virisque. Je lui dis un jour chez lui, ayant été député de notre Faculté , qu'il eût été à souhaiter qu'il nous laissât dans l'observance rigoureuse de nos statuts, plutôt que de nous porter k les rompre , et que nous étions résolus avec sa permission de n'en rien faire.

On ne parle plus ici de ces derniers duellistes ; ils sont assez malheureux d'être hors de France et d'avoir perdu leurs biens.

Le cardinal de Retz a donné sa démission de l'archevêché de Paris, duquel une heure après le roi envoya le brevet à M. de Marca , archevêque de Toulouse. Voilà bien du malheur pour le premier, qui est un honnête homme , et une étrange fortune pour le second, qui vient de si loin à une si belle charge. On dit aussi qu'il deviendra cardinal, mais il est déjà bien vieux , et je crois qu'il a plus de soixante-dix ans. Je l'ai entretenu deux heures dans sa chambre depuis un mois ; il a encore l'esprit fort présent, mais je le trouve sec et cassé : senectus ipsa raorbus est.

Le roi s'en va dans peu de jours au bois de Vincennes; il veut être duc de Lorraine absolument, jure vel injwia, ce n'est pas à moi à le décider. Sa déclaration en fut hier enregistrée au parlement, où M. le premier président harangua fort bien, et où il parla de la misère du peuple et des punitions exemplaires que le roi veut faire faire en bref, ce que Ton sousentend des partisans. La chambre de justice a fait donner assignation à plusieurs particuliers, pour savoir s'ils n'ont aucun commerce avec Brunaut, Catelan, Boislève et autres. Si reux qui ont été mandés n'y obéissent , ils .sont déjà condamnés

A l'AtJ.oNK'l . 403

à payer le jour même 500 livres cl'amei)(l(\ .le vous l)aise les mais , et suis de tout mon cœur voire , etc. De Paris . le 29 février i 662,

LETTRE DC. — An wmir.

On parle ici d'un voyage que le roi veut faire à Saint-Germain , pendant lequel l'on poursuivra vivement M. Fouquet. Il a affaire à une rude partie, et je sais de bonne part que M. Colbert fera ce qu'il pourra pour le perdre. Madame du Plessis-Bellièvre lui doit être confrontée celle semaine. Madame Fouquet est ici dès jeudi avec permission de solliciter pour son mari. Nous en avons à attendre un grand événement. Le roi a rabattu quatre millions sur les tailles, après les remontrances (jui lui en ont été faites par la cbambre de justice, à ce que me dit hier au soir M. le premier président.

La rivière est ici encore tellement grosse, qu'il ne nous peut rien venir de Rouen, ni blé ni autres commodités dont on a ici fort besoin.

On a découvert en Espagne une conspiration contre le roi et sa personne: c'étoit pour le faire sauter avec des caques de poudre, en cas que l'affaire eût réussi. On dit que c'est le comte de Liche, tils de don Louis de Haro, qui en éloil lauteur, et (jui a été arrêté prisonnier.

II étoit parti d'Ostende dix vaisseaux du roi d'Espagne, pleins de soldats tirés des garnisons de Flandre pour aller en Portugal y faire la guerre; mais la tempête les a écartés et comme dissipés.

Je suis de votre avis pour la chimie; il n'y a pas de danger que Noël Falconet en sache quelque chose, ce peu suffira pour en faire reconnoître la fourberie : nusti iUud yeoptolemi apud Ennium; philosophandvm ^ sed paucis : les plus courtes folies .sont les meilleures'. A . Barlet demeure dans Cambray, où je fais

M\4 l.l.lTUt'S 1»K (.11 l'MlN

lei-(tii ; je saurai a})rt's-ilomaiii s'il commencera bientôt , et nprès nous prendrons son temps et son lieure; je fournirai l'argent nécessaire. Je n'ai point vu M. du Chef il y a longtemps , mais je ne crois pas qu'il vienne à bout du prêtre ])Our le faire aller à Lyon ; il n'auroit point là ses coudées franches, comme telles i^ens que lui les ont à Paris, dans l'abus et le libertinage.

Le roi et les reines s'en vont jeudi prochain à Saint-Germain-en-Laye ; on dit que c'est un mauvais signe pour M. Fonquet. Cependant on supprime une certaine sorte de rentes, faites ici l'an 1659 , de la somme de 160,000 livres, dont beaucoup de gens crient. Ceu.K qui les ont achetées en ont eu bon marché ; mais ils sont en danger d'être mal payés de leurs intérêts que le roi ne veut plus maintenir.

M. Fouquet a été interrogé sur les ordres qu'il avoit laissés de faire mettre des gens de guerre en campagne deçà et delà, et de faire assembler le parlement, en cas qu'il fût arrêté par les ordres'du roi. il s'excuse sur la haine que le cardinal .Alazarin hii portoit , et se défend parfaitement bien : il ne perd point courage , quoique beaucoup de gens le tiennent perdu : ruystprium osf. On dit (pi'il est devenu tout blanc depuis sa prison : on devient blanc à moins de perte , mais c'est en vieillissant, .le vous baise les mains, et suis de font mon cnenr votre , etc.

DePari>.le-2l in.irslfifâ.

LETTRE DCL — ht mi^m-.

.Lai reçu la \ù\.ve du 5-2 aont, dont je vous remercie. J'attends la perfection du Cardan avec toute patience. Je ne m'étonne pas si le sieur Cellier fait une nouvelle édition de toutes les œuvres de L. Rivière : si ce livre éfoit bon, il ne seroif pas devenn coninnin ; oi! vend en carême pln> de liart-nirs que

. A rvi.( iiNKi. 405

(iesok'S, ci ix'.uiiiiuiiis les .soles v;ihMil liit^ii iiiiriix (|iic li> liarengs.

J'ai vu les épîlres de llichtefiis : il y a (|uel([iies buiiiies choses , quehiues unes de médiocres , mais beaucoup de me chantes , et tout l'ouvrage est assez mal faguté.

Il est vrai que M. Fr. le Viguon , folâtre et empirique, a fait un coui's de chimie chez lui, où ([uelques uns de nos jeunes médecins ont assisté , tant par curiosité que parce qu'ils ne payoient rien ; mais tout cela s'est évanoui comme un ("eu de paille. Pour des spécifiques , il n'y a que des charlatans qui se servent de ce terme (1) ; je sais bien que Guénaut et ses ( onlidents les vénérables des Fougerais et Kenaudot, portent de petites boites dans leur pochette , oi'i il y a de petits grains pour IV.ire dormir et (|uelque autre drogue qui ne vaut pas mieux. Tout cela nempéche pas que les gens de bien ne s acquittent de leur devoir ; j'avoue jjourlant (|ue les mauvais exemples miisent beaucoup, et la fortune des méchants en éblouit toujours quelques uns. Xuus sommes encore cent douze dans notre Faculté, il est iuipossible ([u'il n'y en ait toujours quelt}u'un de fourbe et d'ignorant.

M.Ciontier a tâché de faire imprimer ici ses mamiscrits , mais il n'a pu trouver personne (jui l'ait aouIu entreprendre. Nos marchands sont trop secs et même trop j)auvres. Tandis qu'il gardera ses écrits, il pourra les amender, la règle d'Horace est encore recevable : XonininjKc prcinuinr in un nu m. Il est toujours dangereux de se trop ]}récipifer à se produiie dans le monde des savants.

On ne dit rien ici de nouveau cbjL-pape, sinon (pie l'emjteleur et le roi d'Espagne nont [loint voulu preiulre son parti contre nous. U^X-JLJnLtks-^ens (jui ne seroient pas trop fâchés d(; la guerre en Italie , et quLjoiudroient aidei- à i-i-foiiner e^ Jupiter £apito! in, dont les foudres ne sont plus si forts à la

1; Il c^l é\ideiil (juc cclk' opinion n'o-! pa- nome'!'' . elle (ail iioniieiir à <jiii PitUii, [ K. I'. )

iO(i I.ETlIUiS iJh (il I l'AliN

Tniode. Un dit ici que la cour de Rome eu a trop fait, et on est \ici furieusement sur ses gardes. Pour ce que vous me mandez d'Iyiasnje , je vous dirai qu'il ne fut jamais mo'me : c'est une médisance; il fut seulement novice dans un collège de chanoines réguliers de Saint-Augustin, où son tuteur l'avoit fourré, âgé de quatorze ans seulement, croyant l'y faire demeurer pour avoir son bien , mais le compagnon n'en voulut point tàter. Je sais bien que quekjues uns ont dit qu'il avoit fait profession. La plupart des moines lui en veulent, mais ce n'est qu'en récriminant. Je le pardonne aux ignorants qui sont passionnés pour leur besace. Je m'étonne comment un savant homme tel que le père Théophile Raynaud s'est emporté aux mêmes médisances. Il est vrai qu'Érasme étoit bâ- •tard et fils de prêtre , comme on peut aisément le voir dans sa Vie, qu'il a écrite lui-même. Néanmoins les moines n'ont pas été les premiers qui lui ont reproché le malheur de sa naissance. C'a été Scaliger le père, dans son Ciceroinamis, et ensuite ^giite la confrérie des capuchons. Adieu , je suis , etc. De Paris, le iO septembre 1662.

LETTRE DCIL — Au même.

Je vous dirai franchement qu'il m'ennuie quand je n'ai pas de vos nouvelles : au moins ne soyez point malade; nous avons ici grand nombre de fièvres tierces , quartes, doubles tierces, hydropisies. dysenteries.

On parle fort ici de la colère du roi contre les Cliigi, neveux du pape, d'où s'ensuivra une guerre en Italie, si le roi ne reçoit satisfaction pour le mauvais traitement que l'on a fait à M. de Gréqui, notre ambassadeur. On parle aussi de la diète de Ratisbonne , et que le roi y veut envoyer M. le cardinal de Retz. Piùt à Dieu qu'il rentrât en grâce! Il est homme d'esprit, qui aime la belle gloire et le public, auquel infailli- ItlcniiMit il ferfil du bien.

A KALCONET. 407

Le partisan Catelan s'est rendu prisonnier, et est dans la Bastille; on croit (|u'il a traité en secret, et qu'il n'est point assez sot pour s'enferrer de la sorte, s'il n'en a eu quelque assurance. On continue de bâtir au Louvre, et l'ouvrage avance fort et en sera fort beau. On abat l'hôtel de Longueville ; le roi a donné en récompense à M. de Longuevillele bel hôtel de Chevreuse; son fils aîné, nommé le comte de Dunois, s'est rendu jésuite. On parle de donner la seconde fille de feu M. le duc d'Orléans au duc de Savoie. Vous savez que la première est à Florence; on parle aussi de la troisième pour le prince de Danemark , et même il y en a ici un ambassadeur fort leste et fort brave; mais je crois qu'il y vient pour autre chose. Je suis son médecin et son ami.

M. van der Linden fait imprimer à Leyde VJ/ippocrofe, en deux volumes in-octavo, grec et latin, où il mettra des notes (1).

M. Martinus Schoockius a fait l'an passé imprimer un livre de Cervisia , qu'il m'a dédié; il le fait réimprimer fort augmenté. J'attends de lui son nouveau livre, de Fermento et fennentoiiijiw , et quelque autre nouveauté.

Les députés d'Avignon s'en sont retournés, après avoir prêté serment de fidélité et d'obéissance au roi, et avoir fait toutes les protestations nécessaires. Un rieur disoit ce matin en bonne compagnie que la donation d'Avignon aux papes étoit l'effet de la peur qu'on a du sacré feu du purgatoire, qui est la mère nourrice des moines. 0 la gentille invention , ô la belle fiction que ce feu du purgatoire! disoit-il ; ce pape n'étoit point sot, qui en a inventé l'histoire pour faire bouillir son pot, et de quelques raillions de gens oiseux, que saint Paul appeloit rentres j)>f/r/\ auquel nous pouvons ajouter, frvfjes consumere nati (2;.

(1) Voyez tome II. page 'lUT.

(2) On voit toujours dans Gui Patin sur;;ir celte opinion de protestantisme dégni^é dont nous avon-^ parle. (R. 1*. )

40S ■ LEllKi;^ Di; (.11 rviiN

Eiiliii Dunkeiquf esl a nous; le roi d'AiiglL-k-n'e nous l'a leiidue pour -2,000, 000 livres; il en a retiré sa garnison, etia jiôtre y est entrée. Le roi va souvent à Versailles y voir les bâtiments qu'il y fait faire ; néanmoins on dit qu'il y a quelque chose encore plus doux qui l'y en fait faire souvent le voyage.

Nous sommes ici accablés de doubles tierces, de fièvres quartes, de dysenteries. Je suis bien aise que M. votre lils soit où vous l'avez envoyé ' mais prenez garde qu'il ne s'y débauche; ordonnez-lui quelque surveillant qui le tienne de court. Je m'informerai demain de M. Leblanc, professeur en droit, que je ne connois que de nom.

L'on dit que quelques cardinaux se sont battus à coups de poing et (le chandeliers en présence du pape, les uns pour la France, elles autres contre. Midfibt'r In Trojarn , [jro Troja stnljut Apollo. Je le tiens pour une fable. Rome est un pays de respect et de cérémonie , oii sa Sainteté ne permettroit pas ces folies. Les politiques disent ici qu'il faut attendre un courrier que le roi a envoyé en Espagne, sur la réponse duquel le roi prendra ses mesures pour la guerre qu'il médite en Italie.

l'n apothicaire de Lyon, ([uc vous m'avez autrefois adressé, iiTcsl venu dire adieu, et ma demandé une lettre pour vous. Je lui ai promis celle-ci, que je vous aurois aujourd'hui envoyée par la poste.

Nous attendons d'Angleterre le beau livre savant et curieux (!c M. Samuel Bochart, ministre de Gaen, de Animcdibus Sanij; Sc/ijjft(i'(t'. M. Anisson, libraire de votre ville, a été ici ; il m'a promis d'imprimer mes deux manuscrits de feu j\1 Gaspard Hofmann : Hieu lui en fasse la grâce! Le voyag:; du roi pour Dunkerque est différé, il devoit partir demain.

On travaille au procès de M. Fouquet; on lui a donné deux ripporteurs, savoir : M. d'Ormesson, maître des requêtes, et M. de Sainte-Hélène, conseiller au parlement de Koueji. Il y a ici deux hommes de qualité qui ont gagé de la lenninatson (!(' .-on prorè:^ : l'un dit qu'il ne p<".it (Mrc jug(' (pra[»rcs Noël ,

A FAI.r.u.Nti. 409

à cause de beaucoup de foiiualifés (lui icsteut a taire; l'autre dit que ce sera devant la Saijit-Martin. Latlaire tirera de lon^, sans doute. MM. de la chambre de justice prennent leurs vacations depuis la Saint-Sinion-Saint-Jude jusqu'à la Saint- Martin.

NotreM. Piètre est au lit , malade d'un abcès du ventre qu'il vide avec de grandes douleurs. Cela vient du co/o/< ; je pense qu'il en guérira. C'est un lionnne fort savant, mais qui devient tout atrabilaire par ambition et avarice. Otez-lui ces deux passions, c'est un des premiers hommes du monde, comme il est des plus savants. Je prie Dieu qu'il guérisse; ce seroit une grande perte pour nos écoles. M. Merlet est aujourd'hui notre ancien qui se porte bien, mais il a quatre-vingts ans passés : Mafa laerx, m<ih.i n-tax, ce disoit un vieillard dans Plauh: ; mais les Hébreux disent : ./'.irf'uf.'s hkuI iiossant , senes dlu civcrc HvniJusmnt. Le voyage du roi pour Dunkerque est ditiéré et remis après la fête. Ou dit ([ue le roi a ordonné à M. de Créqui , son ambassadeur a Home, de revenir à Paris. Le roi a envoyé à Sedan un homme entendu, avec connuission d'y taire faire 6,000 mousquets : cela sent bien la guerre. Tâchez d'obtenir du bonhomme M. Siittrhc que M. votre tils «Hudie beaucoup , qu'il ne s'éloigne guère de la maison , et qu'il ne se laisse empaumer daucinie mauvaise compagnie.

J'ai vu aujourd'hui (Il'S [tartisans et des conseillers de la cour (jui ne savent que dire de M. Foui[uet; ils disent que l'on travaille tout de bon à son procès et que le roi en veut voir la fin; mais bien plus encore ceux qui le poursuivent , (|ui, dit-on, en veulent fortement à sa vie. Le roi est fort secret et son conseil aussi; à peine y a-l-il quflquun qui 0ï>e dire ce (ju'ilsait. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Pari», le 24 oclobre 1(302.

410 Ltl IKLS DE I,U1 l'ATlN

LETTRE DGIII. — Au même.

J'ai reçu le ballot de livres de M. de Tournes, que vous m'avez fait la grâce de m'envoyer, et je vous remercie do tout mon cœur. 31. Alexandre Morus est guéri , à ce que j'apprends depuis deux heures de 31. du Four, ci -devant médecin de M. de Vendôme, qui l'a traité dans cette dernière maladie. C'étoit une fluxion sur la poitrine avec une fièvre continue; son médecin étoit assisté des bons et fidèles conseils de 31. Elie Beda, sieur des Fougerais , vénérable ou plutôt détestable charlatan s'il en fut jamais ; mais il est homme de bien , à ce qu'il dit, et n'a jamais changé de religion que pour faire fortune et mieux avancer ses enfants.

On dit que le pape est malade et que le roi d'Espagne a promis de donner passage par le 3Iilanais quand le roi voudra envoyer une aimée en Italie. Mais si cela est , et qu'on se venge bien du pape par ce moyen-là , que deviendra la catholicité du roi d'Espagne, dont on fait tant de bruit? On dit que M. de Roquelaure a proposé de beaux moyens pour envoyer une grande armée en Italie, savoir, ([ue M. de Liancourt fournira •20,000 jansénistes , 31. de Turenne -20,000 huguenots, et lui, fournira 10,000 athées. Voila 50,000 hommes qui n'épargneroient point le pape. Vous voyez comme, dans l'affliction publique, les courtisans ne laissent pas de railler.

Valot a été malade d'une grande fluxion sur la poitrine ; il a été saigné plusieurs fois, et ensuite purgé ; il se lève. Guénaut l'a mis au lait. Quand Vautier fut bien malade , il prit Valot pour son médecin. Je ne sais si celui-ci fait mieux; mais je sais bien qu'un homme sage ne prit jamais son héritier pour son médecin. Guénaut passe septante-six ans , et a encore bon appétit. On parle déjà de cette succession en cas que mort arrive. Le monde est plein de gens altérés et affamés, et qui songent fort au bien d'autrui. Les jurisconsultes disent que le titre du di"<>il Oc ftrrjia'rvuflo rp/>'m rlmninio , est

A FAL<:0NEr. 41 1

le titre des habiles gens. Je vois bien que je n'en suis pas , car je le méprise. Je me recommande à vous et à toute votre chère famille , et suis votre , etc.

De Paris, le 17 noveaibre 10(52.

LETTRE nClV. — Au môme.

Le roi est ici de retour de Duiikoniue ; je le vis arriver et passer à la rue Saint-Denis , le mercredi 6 de décembre, a onze heures trois quarts, dans un carrosse attelé de huit ciievaux (|ui alloient rudement vite.

Ce même jour je soupai avec M, le premier président , le- (juel me dit qu'il y avoit uu médecin arrêté pour madame la duchesse de Savoie, (pie ce seroit 3L Morisset , et qu'il en avoit l'obligation à M. Guénaut. Je lui répondis snr-le-chanq) (jue l'obligation n'étoit pas grande , que peut-être Guénaut lui avoit doimé quelque degré d'approbation, mais que lechoi.K n'étoit point venu de lui. Guénaut est trop chiche de louanges, si ce n'est pour ceux qui lui sont dévoués, tels que sont des Fougerais, Brdyer, Ualiissonf , les deux gazetiers , Dieiuivui/e , qui se prostituent trop librement au dieu Plutus, ut facionf rem, sinon rem, quocintqne modo rem. Ni Thonneur de leur profession ni leur conscience ne les retiennent point; ils courent au gain à bride abattue, et tâchent de iaire d'une profession pure et saine , qui n'a jamais été établie (pie pour le bien public, une pure cabale et imposture publique. M. le premier président dit que cette place étoit bonne, vu qu'il pourroit devenir bientôt premier inédecia du duc même. Je lui répondis que le pavé de Paris valoit plus que d'être médecin d'une cour si éloignée. Une dame de qualité qui étoit à table entre mondit seigneur et moi dit qu'elle n'avoit pas bonne opinion de cette condition , vu qu'au bout d'un an ou de deux il seroit renvoy*'; à Paris. Ledit sieur Morisset est âgé de suixante-^^cpl

.iiis, (l'j inécliocie jj;raiitleLir el asicz uiaiyre. Il a pourtant bon air; il est propre et se plaît aux beaux habits, il paroit glorieux , mais il ne lest point; il a pourtant de quoi l'être plus que d'autres, car il est tort savant et habile homme. H parle tort bien , il harangue élociuemmeiit , il consulte de bon sens , il parle bon latin , il sait le grec , et n'a jamais voulu signer l'antimoine, bien qu'il en ait été bien prié , et principalement par Gn&iiaul. Il \ a quarante ans qu'il fait la médecine à Paris ; il n'y en a guère de meilleurs que lui , mais il y en a bien de pires. M3I. Piètre , Charpentier, Courtois, Blondel, le Comte, sont peut-être plus savants que lui, mais il ne leur en doit guère pour la bonne pratique. T. Fontaine et Perreau ont refusé tout à plat cet emploi, jlauvillain (l) et le Bel eussent bien voulu l'avoir, mais ils nont pu y atteindre, et môme on leur demandoit de l'argent pour être préférés ; n'ont-ils pas bien fait de n'eji point donner? 11 faut servir les princes pour leur argent, mais il n'en faut juis donner pour les servir : cela n'appartient qu'à Vau(/er, qui n'y a point réussi , et à son successeur, tlont l'événement est encore fort douteux ; il faut attendre la tin de la comédie: oiUcvbituni nemu felix^ niai ad ttnrqjus. M. Morisset est présentement au lit pour une petite disgrâce qui lui est arrivée chez un malade de qualité, savoir, le lils de madame de Kohan , mais je crois qu'il en sortira bientôt.

On ne dit rien ici de M. Fouquet, et c'est bon signe ; il y a dans le droit une règle dont il me fait souvenir, esse diu in rcdiv pwiioia 'initiijat.

Les troupes destinées pour l'Italie ont ordre de marcher, et de se lendre en Dauphiné et en Piovence. Les mains du roi lui démangent ; il ne [)arlequedegueri'eetde voyages; beaucoup de gens disent ici que les papalins s'en trouveront mal.

1 ) Ce doclour ]M Jiuviliaiii, dont il est souvent (jucslion dans les le(lre> de noire auteur, élail, dit-on , 1res lié avec Molière. On prétend que c'est lui (|ui fournissait à Tiilui^lre auteur cuniique tous les termes de lo >(.ieMCc doni il M\i.ii ^H•.-^M^. 15 1',

\ I Vl.CdNFI 413

J»^ voii<> baise l^è<^ liuinblemenl les mains , à madomoisello FaI(Mi)iet et à Jf. Spnn . nntro l)on ami, et suis de tout mon rœuv votre, etc.

De Paris, le S décombre Kilvi.

[.ETTUK 1>CV. -- An i>,pu>r'.

Ponr iV'ponse à la v<')li-e dn l.") décembre , que j'ai reçue ee matin 2-2 décembre, je vous remercie de la peine que vous avez eue de donner ma lettre a ^F. Kavaud , comme aussi d'avoir si lieureusement plaidé* la (\ause ])Our M. le premier président. J'attendrai sa réponse et ce (ju'il me doit envoyer sur cette afliaire, laquelle je ferai réussir, tant qu'il me sera possible, à leur contentement. .le tiens pour certain qu'il est fort honnête homme, et qu'il leur témoignera sa gratitude d'une façon ou d'autre.

Il est ici peu de malades, mais le grand froid est fort contraire aux vieilles gens. J'ai fait aujourd'hui donner rexlrémeonction à une vieille femme âgée de quatre-vingt-sept ans : ces! la l)onne femme madame Dulaurens, de qui je suis médecin il y a trente-six ans. Elle est mère d'un conseiller de la cour qui est fort homme de bien ; elle est veuve depuis quinze ans (l'Antoine Dulaurens, avocat au conseil, qui mourut âgé de quatre-vingt-trois ans d'une lièvre quarle; il étoit le plus jeune frère d'André Dulaurens, qui a écrit de l'aiiatomie. Il y en a qui croient que M. ^forisset partira l)ient(Jt, et qu'il n'a accepté cette condition que pour éviter l'importunité de ses créanciers. Je ne vous puis dire que cela est vrai ; mais je liens pour certain qu'il pourroit plus gagnera Paris qu'il ne fera en Italie , où il y a meilleure mine que bon jeu , peu d'argent, et même peu d'estime pour les gens de lettres. .Morisset est savant et ba]>ile homme. Ixm médecin, "'esi loui

■i\i i.ktthks df. i.ti i>\ri\

dire ; il a soixaiilo-iiuit ans. Vous avez J)ieii fait de ne point demeurer à Turin, Lyon vaut mieux, où vous primerez et triompherez si vous voulez , pourvu que la santé ne vous manque point. 0 soniios! lu moximuni ho)7iinihm bonum, et utilissimum omnigevœ felicitatis hinnauœ fimdomentum. (l). M. Morisset peut bien enseigner les médecins hémophnhes italiens, et leur apprendre ce qu'ils ne savent pas. Je lui parlerai devant qu'il parte de Paris , et l'avertirai de ne point passer par Lyon sans vous aller saluer.

Ce que vous m'avez mandé de Rome et de notre affaire avec le pape est vrai; M. le maréchal d'Estrées, doyen des maréchaux deFrance, Ta dit tout haut à sa table. Il y a ici des politi- (jues spéculatifs qui disent que nous n'aurons point de guerre en Italie, et que ce que l'on en dit n'est qu'une feinte pour cacher le dessein du roi , qui veut sous ce prétexte faire passer des troupes en Provence et en Dauphiné, pour aller assiéger Genève, ou tout au moins les obliger de permettre une liberté de conscience; mais cette pensée ne me semble point vraisemblable.

On ne dit rien ici de M. Fouquet (jui soit nouveau. M. le chancelier va tous les jours , soir et matin , à la chambre dt; justice.

Hier mourut ici un grand et fameux partisaji, nommé

(l)Ce mouvement d'enthousiasme pour la santé est, du reste, plein de sens et de raison ; mais la plupart des hommes ne tiennent aucun (îomple de ces sahilaires avertissements. Je Vax dit ailleurs : « Qui estce qui comprend riinmcn.'e bonheur de la santé , quand ou se porte

bien ? La santé est le premier des biens ; on le dit , et on agit comme

si c'en était le plus méprisable. Toujours inconséquents, les hommes accusent la nature de nous avoir donné une existence trop fragile , et ils agissent comme si elle était inaltérable ; d'avoir assigné à notre vie une période trop courle, et ils ne cessent par leur conduite d'en accélérer le terme. Ils voudraient être jeunes jusqu'à la dernière heure , et ils hâtent la vieillesse par une foule d'excès , etc. » ( Etudes de i/homme (l;ins Vétal de santé cl dans Vétat de maladie; 184o, 2' édition : sur la anté . tome I. ) R. P. }

\ lALCoNKT. 41.'»

M. HoiiUL'au; il i-toit un des adjudicataires des gabelles, et avoit soixante-seize ans. Jl a toujours dit, avant que de mourir, que la chambre dejustice lui coupoit la gorge, et qu'elle étoit cause de sa mort. Il étolt natif de Tours, avoit autrefois été marchand de passements , et puis est devenu grand partisan; il a eu des enfants qui lui ont bien coûté, et il a encore un fils conseiller de la cour, et néanmoins quelqu'un de ses amis ma dit aujourd'hui (jue par celte mort sa maison étoit ruinée après une si grande fortune. On appeloit sa femme la reine des partisans; peut-être qu'après la mort de son mari , elle sera réduite à sa première mesure. Il y a dans ^lartial une épigramme fort gentille contre un nommé Cinnamus , qui avoit autrefois été barbier, qui par un changement de fortune fut encore bien heureux de le redevenir :

Qui lonsor fneras iota nodsfininx urhe , elr. Quod superest . ilcruni , Cinname. tonsor eri.t.

Ainsi ce qui vient par la llùte s'en va par le lambourin, et ce grand feu de vanité et de richesses jnal ac(iuises s en va en fumée: mal f porta maie dilabaalur.

La mère de M. le chevalier la Pome n'est point à Paris ; elle est allée trouver son mari en sa garnison ; mon fils aîné lui mandera que son fils est parti pour Malte, d'où il reviendra s'il peut et si Dieu veut. Mes deux fils vous baisent très humblement les mains, et vous remercient de votre bonne affection. J'ai céans un des livres de Carolus, de Familiis romanis, pour vous, et un autre pour M. Spon , que je vous enverrai à la première occasion. Ce livre lui a accpiis beaucoup de réputation , et il la mérite, car il étudie toujours. On dit que M. Janin de Castille, ci-devant trésorier de l'épargne, et maintenant prisonnier dans la Conciergerie, est un homme ruiné, et que quand le roi lui laisseroit la vie, en lui pardonnant tout ce qu'il a fait de contrebande en sa charge, qu'il ne peut être jamais que malheureux, à cause qu'il doit à plusieurs particuliers plus de sept millions.

4lG i.ETTiii:s DE (a:i patin

La cliaiiibro fie justiro a dniiné arrêt pour faire vendre des meubles et des terres de plusieurs partisans, que l'on a saisis de tous côtés.

Pariim obfuit quin uxor mea nobi^ /h/k/'/t pf-rii^rit : noiiniliil imcundn et bi/iosn incidit m febrem confinuam cum dolovi loferh pimctorio, rhenmotico (amen potivi^ (p.inm plenritiro ^ qui féliciter de.^iit pnsf terfiom vence aectirmem. Sed fnms/nfa mnterin in pvhivmem einn occendit ne pêne perdidit. Sjntfa eruenta mu] ta prodiervnt , ingens fuit fébrile ineendiimi , surnma anhelitus diffieidtas, vigiliœ Juges , pi d sus pêne nullus. Tandem singulari Dei bénéficia evasit per octies sectas venns snperiores , saphenamque semel , post depleta majora vnsa. Sa soif étoit presque inextinguible; maintenant nous la purgerons avec casse et séné, et elle est, Dieu merci , liors de danger. Débet illa gnllum ^"Esculapio^ pour étrerécbappée d'un tel mal, duquel cent autres seroient mortes. Vive la bonne méthode de Galien et le beau vers de Joachim de Bellay !

0 l)onne, ô saiiicle, ô divine saignée !

In (lies alifpH, modo levafur, quofidie apparent signa coctionis manifestoria et dilucidiora , nempe niorbi inuninutio et symptomatum remissio , qurç sunt certissima média récurrent is melioris valefiidinis. .le voudrois bien qu'elle fût guérie, et qu'elle fût moins colèrp à l'avenir 1). On dit que la loi salique est fondée sur ce vers suivant :

Prùvida consilia quia nescil ciiria malruni.

Mon fds Garolus a été son principal médecin ; elle a voulu se fier particulièrement à lui plus qu'à moi et à son frère

(Ij II est cvidtnt que madame Taiin , nonnihil iracunda et biliosa , tiil aUointe d'une i)neumonie ou fluxion de poitrine, et la saignée répelée eul un plein succè? : au<?i noUe auteur enlonne-t-il avec un véritable enlliousiasnic le chant du Iriomplie , el le vers si heureusement cité d'un de nos vieux poi-lf» en <'sl l.i lucuve. R. P.)

A rAi.i'.d.M'i'. 4 [7

:iîiié ; pourtant elle no lu aiiiK; (lue dejdiis (iirclle a connu que tout le monde l'ainioit , car naturellement elle n'aimoit que son aîné.

Vous trouverez ici incluse une lettre pour M. Toi-ini . m('(l(!cinde M. le due de Savoie, laquelle je vous prie lui faire tenir ;i votre commodité ; c'est la réponse à celle (pi'il me fit l'honneur de jn'écrire l'été passé , qui , par je ne sais quel malheur, s'étoit égarée sur ma table ; il vaut mieux tard (pie jamais. Je ne lui parle en aucune façon de M. Morisset. Je vous bais*; très humblement les mains, et suis , etc.

\)c Paris, le 2r. décembre 1062.

LETTRE DCVI. — .hf mnno.

La saignée de la petite Madame , lille du roi , a été ici fort blâmée. Les princes sont malheureux en médecijis. Biaise do Montluc , maréchal de France , l'a fort bien remar(pi(; dans ses ('omincnf<iir<:)<. L'éducation de Louis XIII , la mort de (iaston duc d'Orléans, son frère, et celle du Mazarin, en rendent de grands témoignages. Cette petite Madame n'est morte que d'un coup qu'elle avoit eu à la tète, qui avoit fait un ébranlement du cerveau et qui lui a causé les convulsions et la mort. Donc elle n'avoit pas besoin de saignée. Il y a bien des gens qui ressemblent à ce peintre dont Pline a parlé, (jui ne pouvoit pas s'empêcher de mettre toujours la main à ses tableaux.Quand un tableau est bien fait, il n'y faut plus toucher. Il ne faut faire des remèdes qu'à ceux qui en peuvent être soulagés , de peur, comme dit Celse, de diffamer des remèdes qui ont été salutaires à plusieurs autres, et il falloit simplement s'en tenir au pronostic. Dans la première race de nos rois, il y en eut un à cpii tous les enfants mouroient. Sa femme lui remontroit que Dieu le permettoit ainsi, à cause qu'il chargeoit trop son peuple. Tous ses enfants moururent, et le peuple ne fut ])(»inl déchari;(''. Ce n'f^sf pas i\\\o je le voulusse ap[)liui. -27

4\% LETTRES DE GUI l'ATIN

quer au roi, rar tous les gens de bien sont ici assurés de sa bonne volonté, mais je voudrois qu'il en sût la remarque. J'ai fait saigner autrefois un enfant de trois jours pour un érysipèle qu'il avoit à la gorge. Il est encore vivant, âgé de trentecinq ans. Il est capitaine deDunkerque. C'est le fils de mademoiselle Choart. J'ai fait saigner le fils de M. Lambert de Torigny le soixante-deuxième jour de sa vie , qui a aujourd'hui dix ans. L'application des grands remèdes, dans un âge si tendre , demande beaucoup de jugement (l).

Guénaut ne sait tantôt plus ce qu'il fait; il n'a ni mémoire ni jugement, il n'a plus que l'avarice et l'ambition dans l'esprit. C'est grande pitié que la vieillesse ! Quid non longa dies, quod non consumitis anni? Punition divine, dit Homenas dans Y Auteur françois.

Le petit Gascon avoit beaucoup de feu , et peu de fonds , mais il avoit de la malice et de l'ambition extraordinaire ; il avoit supposé de faux contrats pour se marier : ces tours n'appartiennent qu'à des Gascons. Il a laissé du désordre en sa maison. On dit que son grand-père, Lvdov'wu Lopes, medtcus lusitaniis , jv/Iaicœ religioais , fut pendu en Angleterre l'an 1595. Iïc?e Grotium, de Bello belyico, et Cambdenuni^ inAmudilus Elisabet/ice, Anglorum l'eginœ. C'est une méchante peste qu'un juif portugais empoisonneur, etc.

Madame de Koliàn a fait faire quelque satisfaction à M. Morisset , mais cela ne va pas encore bien : ex inflicto vidncre remanet cicotrix quœ non facile ddetuj\ semiiev ovarus eget.

Les deux rapporteurs de M. Fouquet travaillent aux pièces de son procès , pour en faire leur rapport , qui ne sera pas sitôt, d'autant qu'il faut bien du temps à visiter tant de papiers. On dit qu'il y a des conclusions de mort contre Catelan , qu'il sera pendu et étranglé , et que son corps demeurera à la potence trois jours et trois nuits. On dit qu'il y a trois nouveaux intendants des finances, MM. Charon , Piquon et Hotte-

{i] Rien de plus vrai; mab faire saigner un enfant de trois jours et un autre de deux mois ! Cela esl-il possible, cela csl-il vrai? De nos jours n.Mi* u'avoii* j)n- une jiarpillf ItMiiéril»-. 'R. P.)

A FALCONET. 4l9

niaii , dont le premier est beau-père de M. Colbert , qui est aujourd'hui le mignon et le favori de la fortune (1).

On ne parle ici que de la guerre en Italie et contre le pape, et qu'il y a des troupes qui ont ordre de marcher.

Je vous envoie un petit mot de réponse pour M. votre lils, que je vous prie de lire et de lui envoyer ensuite. Mais retirezle de là le plus tôt que vous pourrez : heu! ftuje crudeles terras, fiuje littus avarwn ! Il ne sera jamais mieux qu'auprès de vous ; ce sera votre présence qui le retiendra et l'enseignera ; il se doit imaginer que vous lui dites tous les jours : Disce, puer, virtutem ex me veruinque laborein.

On commence ici l'impression in-folio de la Pratique de Hollier, in qua , prœter textuui. et seltol la Huiler ii , erurrrationes et aunotdXumes Lud. Dureti , et exercitationes Valesii , legentur cuinmetitarn novi et observât iones sélect œ Joli. Hautia, nied. paris. , qui a été fort savant et fort employé , et qui mourut ici l'an 1616. Jlais j'ai bien peur qu'il n'y ait bien des fautes, car tous nos libraires sont bien taquins et bien ignorants ; ils n'ont pas même d'esprit pour bien faire.

J'espère de renvoyer à MM. Huguetan et Ravaud leur épître dédicatoire pour le Cardan la semaine qui vient , et que le soir de dimanche prochain on me la rendra chez M. le premier président. J'y suis invité à dîner, inais je ne puis y aller.

Le jeune M. de Rhodes est-il de retour d'Italie? Jesuis, etc.

De Paris , le 19 janvier 1663.

(1) II le fui jusqu'à la fin de sa vie , car Louis XIV connaissait la valeur d'un tel homme. Jean-Uaptiste Colbert (né à Reims le 29 août 1619, mort à Paris le 6 septembre 1683), petit commis dans les bureaux du cardinal Mazarin , puis son intendant , rlevinl contrôleur général des finances et fut l'un des plus grands minisires de la Irance. Colbert resta ministre vingt-deux ans, el il laissa près de douze millions de fortune, malgré les énormes dépenses de sa maison. On lira avec intérêt sur ce grand homme l'ouvrage ayant pour titre : Histoire de la vie el de l'udministralion de Colbert, ])récé(h'e d'une étude h'slorique sur IS'icoîas F auquel , surintendant des finances; suivie de pièces justificatives , lettres et documents inéd.tn: par Pierre (".lémenl . l'aris, 1846, in-S'\

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