I.KTTIiE> i)K en l'ATIN
LETTRE DCVIl. - Au mcnw.
Votre M. Gras est tout })lein de mines et de mystères : passe pour tout cela , si l'on t'aisoit ce qu'il faut, et que les malades en pussent guérir. Les fièvres continues malignes qui sont dans les Épidémies, étoient des maladies pestilentielles; mais Hippocrate n'a point parlé de la poudre de vipère. Est-ce que ce bonhomme n'étoit qu'un ignorant au prix d'un tas de novateurs et de nos thaumaturges, qui est le nom que f.alien a donné à ces prétendus faiseurs de miracles en plusieurs endroits de sa Méthode? Je sais bien que vous n'aimez pas à Lvon toutes les grimaces de votre collègue. On ne sait comment faire avec ces fantasques ; ils sont à charge à eux-mêmes et à tout le monde.
Le livre des Fièvres de Sennerlus me .semble bon à lire à M. votre fils. Cet ouvrage est une belle ville pour y passer, Galien et Fernel pour y demeurer. Ces deux derniers contiennent une doctrine ferme et constante, dans laquelle il faut mourir , jusqu'à ce que Dieu nous ait fait voir le contraire par quelque grand miracle; à (juoi il n'emploiera jamais nos nouveaux empiri(jues, ni tels prophètes qui ne font que du bruit , et ne sont bons ([u'à faire soimer des cloches.
Le parlement a donné un arrêt assez sévère contre une thèse de théologie qui devoit être disputée en Sorbonne, et qui ne l'a pas été , dans laquelle on vouloit faire passer comme un article de foi cette prétendue infaillibilité du pape, contre laquelle M. Talon fit merveilles au parlement. Un savant homme m'a dit à l'oreille qu'un honnête homme du parti des jansénistes avoit fait un livre in-folio, qu'on a fait imprimer en Allemagne touchant cette matière et autres en françois, qui sera bientôt ici. C'est-à-dire que, quand on a remis Fépée dans le fourreau , les hommes ne laissent [loint de faire la guerre avec la plume, .le suis, etc.
!t(- r.niis. le aO j.iMvi.M- 1^03.
\ t.ViXO.NLÏ. -24+-
LETTKE DCVIll. — Au mnnr.
Je vous (lii'iii ([ue depuis quatre jours j'ai délivré à uu libraire de la rue Saiut-Jacques, qui faisoit balle pour Lyon, un paquet de livres pour être délivré à 31. Spon, dans lequel il y a un livre de mou fils Charles, quia restitué et augmenté le Fulrius f'7'sinus, de Fwnilils roinani^ , in-folio. Il vous en fait présent avec une petite lettre latine écrite de sa main. Nous vous prions d'agréer sa bonne volonté ; j'espère ([ue dans deux mois vous en recevrez encore un autre de sa façon.
On attend ici de jour en autre le cardinal d'Est; mais on ne dit lien de certain, ni de la guerre d'Italie, ni du pape, ni de M. Fouquet, ni des partisans. Il y a pourtant ici une iiouvelle sûre, c'est que M. Merlet, qui étoit l'ancien de notre l'acuité, sera ici demain enterré. Il mourut dimanche dernier, 11 de ce mois, le troisième jour de sa maladie, qui fut un rhumatisn;e interne qui lui étouffa le poumon. Platon a dit quelque part(prun honnête luunmenedoit point mourir (pi'il n'ait passé <puatre-vingts ans; lui-même en a vécu quatre-vingt-un, et M. Merlet en a passé quatre-vingt-deux. 11 sera demain mis en terre dans Saint .hiC(jues-de-la-Boucherie, oii déjà gisent les corps de Jean Fernel et de Jean Hautin, dont on imprime les Commeittanrs et les oOservafions choisies de la Pratique d'HoUicr, avec la même Pratique in-folio, qui pourra être faite dans six mois. Nous avons encore un autre collègue, nonmié M. du Glédat, qui est de la Kéole près tle Bordeaux, âgé de soixante-quinze ans, phthisique et asthmatique, qui se meurt. Il ne fut jamais savant ni riche; néanmoins on dit ((ue toute sa vie il a fait des Commentaires sur saint Matthieu.
Le roi a fait saisir quelques libelles qui s'imprimoient à deux lieues d'ici, dans un village nonmié Montreuil, j;our
i-2'î LETTRES DE GLU PATIN
M. Fouquet, par le soin de ses parents. Je voiisbaise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le 13 février 1663.
LETTRE DCIX. — Au même.
Je crois que vous avez reçu ma dernière , en laquelle je vous mandois que M. IVoël , professeur très célèbre en philosophie, dans le collège d'Harcourt , devoit prendre possession d'une chaire royale dans notre grande salle de Cambray , à la place de M. Padet, qui n'en peut plus, quiqm fuit hactenus a multis annis Atlas Academiœ parisiensis , sur quoi je vous puis dire qu'il a donc harangué aujourd'hui (ce 28 février) en belle compagnie , très doctement et très élégamment. M. le cardinal Antoine avoit promis d'y venir, mais il n'a pu, étant pressé d'autres affaires. M. l'évêquedeCoutances y a assistéen qualité de grand-vicaire du grand-aumônier.
Avez-vous pris la peine d'envoyer au révérend père Théophile Raynaud celle que je lui écrivis il y a huit jours, que je laissai par mégarde dans le paquet de M. Langlois , au lieu de l'enfermer dans le vôtre? Je vous prie de vous en souvenir , afin qu'elle ne soit point perdue. Cl. virum et amicum singularem nostrum Cor. Sponum saluto. Je le prie d'avoir soin de m'envoyer notre petit ballot par le coche d'eau , maintenant que la rivière est dégelée; j'ai dit hier adieu au maître du coche de deçà, qui a été fort malade. On fait en nos écoles les opérations de chirurgie sur le corps d'un Normand qui fut hier rompu à la Grève; cela sera cause que je ne recommencerai pas sitôt mes leçons, auxquelles je pensois pour mardi prochain 16 du présent mois.
Quelles nouvelles avez-vous de Montpellier? Quel ordre M. R. de Belleval a-t-il mis dans sa maison pour la sottise de sa
A lALCUNET. 423
femme? Comment se porte 31. votre lils? Est- il grand botaniste? Quand passera-t-il docteur? Quand sera-t-il de retour à Lyon? car il sera mieux avec vous qu'avec qui que ce soit.
On parle ici de faire un recueil de toutes les œuvres de M. de Balzac en deux volumes in-folio , comme sont les œuvres de M. de la Motte-le-Vayer.
On montre ici en cachette un jeton en faveur de M. Fouquet ; il y a pour ses armes un écureuil , qui a à ses deux côtés trois lézards, qui sont les armes de M. leTellicr, et un serpent ou une couleuvre , qui est de 31. Colbert, et l'écureuil qui est au milieu , ne sachant de quel côté se tourner, et il a pour devise ces mots: Qko nie vertam? ncscio (l), se voyant entre ses deux ennemis.
Par arrêt de la chambre de justice , un nommé Pompardin, receveur de tailles, à Etampes, a été condamné de faire amende honorable dans la cour du palais, à 10,000 livres d'amende, et à un bannissement, pour plusieurs malversations en sa charge dont il a été convaincu. Il eût été pendu , si plusieurs de ses parents et amis n'y eussent employé tout leur crédit. Un honnête homme m'a dit ce matin que nous n'aurons point de guerre en Italie , et que quand on lèvera des troupes , ce sera à un autre dessein que de faire la guerre au pape; mais on parle du roi d'Espagne comme dun homme fort malade , et qui ne peut plus aller loin , si bien qu'on l'erapèche d'attaquer le Portugal, en divertissant son armée, cL l'obligeant d'envoyer ses troupes en Italie, pour munir le Jlilanais : joint aussi qu'il en a encore besoin pour la Flandre, à laquelle on ne manquera point, si le cas y échet.
On a de nouveau mis en prison , par ordre de la chambre de justice, plusieurs gens qui se sont mêlés de la raaltôte, comme Frémond , Roland , le Noir et autres commis des partisans. On dit ici que le pape est d'accord avec le roi , et que
(1) CeUe devise spirituelle rappelle celle du fastueux surintendant : Quô non ascendam ? (R. P.)
i2i LEllKES DE i.LI l'AllN
ijous avons, ce 2 mars , ([uatrc cardinaux nouveaux, savoir . 31. le duc de Mercœur, M. l'archevêque d'Embrun , qui est notre ambassadeur en Espagne, M. de Rhodes, archevêque de Paris, et M. l'ancien évêqiic de Rennes, aujuurd liui archevêque d'Aucli : cela n'est pas encore assuré.
M. le chevalier Falconet m'est venu voir, (jui m'a lait vos très agréables recommandations, pour lesquelles je vous remercie. Il m'a promis de bien étudier; il dit qu'il va fort soigneusement au palais à toutes les audiences, et qu'il ne perd point du tout de temps. Dieu lui fasse la grâce de dire toujours vrai 1 Fiat , liât !
M. Faucon de Ris, ou plutôt seigneur de Ris, gros village près de Corbeil , premier président de Rouen , est mort à cinquante-huit ans ; il avoit succédé en cette charge à son père, et son père à un sien frère aîné qui étoit un fort habile homme. Je pense que vous avez vu ce dernier, mort, autrefois à Lyon, intendant de justice, lorsqu'il étoit maitre des requêtes.
On parle ici d'assembler les chambres du parlement pour entendre les plaintes d'une belle demoiselle, laquelle accuse 31. Hillein, conseiller de la cour, de la cinquième des enquêtes, de l'avoir engrossée : nempe umnis orcio cxcrcet hish-iomam, vcnaliion grex , rex , sacerdos, pi eus , eqncs : sed furto , fraudes ac scelus mortalium , cogente vero , lingua aberra.ns indicat , multi cloqnuntin\ imc lentes edocent.
Il y a ici un factum nouveau pour 31. Fouquet, dans lequel M. Colbert est fort chargé sans y pouvoir répondre.
3Iadame la duchesse de Savoie sera mariée dimanche prochain, et dès le matin elle partira pour son voyage de Turin. 31. 3Iorisset, passant à Lyon, ne manrpiera pas de vous aller saluer et de prendre vos bons avis pour cette cour-là. On dit (jue l'on va donner à 31. le duc dOrléans le gouvernement de Languedoc; que 31. le prince de Conti aura la Guyenne, et que nous sommes à la veille de voir du changement de faveur à la cour. On dit que la paix est arrêtée entre le roi et le pape:
A l\L(.(LNKr. 1-io
que lOii l'tjiivuit; 31. del^'équi à Uoim; ; cl que (iiiaiid il sera a Tuulun, le pa[)e renverra prier de venir à Uonie. On dit ([iie nous aurons bientôt un livre bien curieux contre les jésuites : toute lu dt'tense des jansénistes; que ce sera un gros in-folio imprimé dans une ville catholique oi^i les pères de la sainte société n'ont point de crédit. Le prétendu accord entre ces deux, partis est tout-à-t'ait rompu ; on dit que quelques vieux docteurs en Sorbonne en sont cause, à la suggestion des jésuites, (jUL sont des maîtres passelins.
On commence ici une nouvelle édition du liccueil (h; (uuùs /rs (ritvi'C'S (le feu M. de Balzac; il y aura deux volumes infolio : ce sera un grand ouvrage, bel et bon , qui feraliojmeur à la France et à notre langue, môme sa vie y sera ajoutée. Permettez-moi, monsieur, de vous faire une petite importunit(''. Ouand vous verrez le révérend père Théophile Raynaud, lâchez de savoir de lui (|ui est un certain G^mpar C/iiracias , ////. 1 , Atloquiorion , qui a écrit contre Erasme, et oii ce livi-e a été imprimé. Le révérend père Théophile a cité cet auteur dans son livre, de JJoius et nudis (iOi-is , impriujé inquarlo chez 31. Huguetan , l'an IG53. C'est à la jiage^fi.
M. Colbert fut hier saigné; IM. le Tellier est au lit, malade d'une lièvre centinue , pour laquelle il a déjà (Hé saigné (juatre fois. On dit (jue la reine-mère est mal contente de M. Colbert, et que l'aiTaire de M. Fouquet est civilisée, et qu'il en sera quitte pour quelque bannissement , ne pouvant être convaincu d'aucun crime , qu'il ne s'en défende bien et ne le rejetle sur le cardinal Mazarin , ce que la reine-mère ne veut point souffrir, joint qu'il se plaint (ju'on s'est saisi de ses papiers, parmi lesquels il y en avoit plusieurs qui conlenoient sa défense.
Je vous envoie un billet de mon hls Charles, qui servira de réponse à celui que vous lui avez envoyé.
Madame la nouvelle duchesse de Savoie part demain de cette ville, et s'en va trouver son mari. Je crois aussi ([u'elle emmène son médecin, M. Morissel.
M. Morissel est Ibrt habile homme, parle bien latin et en-
426 LETTKES DE bUI i'AllN
tend bien la pratique. Ce n'étoit point son fait de quitter Paris, où il avoit assez d'emploi et auroit bien pu en avoir davantage ; mais les désordres de sa famille et sa vanité trop ambitieuse, avec le grand nombre de ses créanciers , l'ont obligé de prendre le parti qui s'est offert de Turin, et que plusieurs autres avoient refusé. Nous sommes de même licence et de même pays. Il est natif de Beauvais, lîls d'un seigneur, et moi d'Hodenc-en-Bray , à trois lieues de là , fils de bonnes gens que je ne voudrois pas avoir changés contre de plus riches. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 6 mars 1663.
LETTRE DCX. — Au même.
M. de Vertamon , conseiller clerc , homme fort riche et fort épargnant, n'est point mort pauvre. Il avoit si rudement épicé ses procès, qu'on lui a trouvé dans son coffre, après sa mort, 400,000 livres en or et en argent comptant. H étoit chanoine de Notre-Dame, mais il ne donnoit jamais l'aumône.
Le roi est avec les reines et M. le dauphin dans le bois de Vincennes; on dit qu'il s'en va bientôt avec tout son train à Versailles. On dit ici que les députés des Suisses sont en chemin. Quel grand dessein a donc le père J. Gibalin, dans lequel il y aura tant de volumes? Qui vous a dit que le grand ouvrage, de Plant is, à' Ulysses Aldrovcmdus , soit achevé à Boulogne? En avez -vous vu quelques exemplaires à Lyon? Votre M. Barat ne pense-t-il plus à son G. Rondelet? Que font vos deux jeunes médecins à Lyon, Basset et Lucques? Et ce musicien provençal n'y demeure-t-il point aussi? Que devient donc l'édition des œuvres du révérend père Théophile Raynaud? Y a-t-il apparence qu'elle sera bientôt achevée? ■l'apprends ([ue vous serez bientôt échevinde Lyon: je vous le
A KAI.r.dMiT. 4'Î7
souhaite et m'en réjouis de tout mon cœur. Ou fait ici des préparatifs chez quelques moiues, pour y solenniser la fête de sainte Thérèse, à cause de la reine. Dieu soit loué de tout; mais le peuple est bien grevé ; il faudroit que la taille diminuent, afin qu'il se put réjouir aussi bien que les moines , pour qui il est fête tous les jours. Il n'est point ici de malades ; j'en loue Dieu. Je ne serois point fâché de ce loisir s'il pouvoit durer; nous nous gendarmons assez toute l'année, nous nous tuons pour autrui, auntm dum quœrimiis, œvuïnjierdinms, et, comme Martial a fort bien dit, jacfamur in alto Kvbis, et in sterili vita lahore périt. Mais il faut prendre patience, le bon temps viendra quand il plaira à Dieu ; si nous ne l'avons , c'est que nous ne le méritons pas: fonùcavcrvnt fUi Adam , et dedinovcrunt ad avarifiam. Je vous baise les mains, et suis de toute mon âme votre, etc.
De Paris, le 13 mars 1663.
LETTRE DCXI. — Au même.
Je vous rends grâces de votre belle lettre qui m'a donné beaucoup de satisfaction. Je suis bien aise que le Cardan soit si fort avancé. Vous m'avez fait honneur de me mettre dans votre préface ; mais si l'on se moque de moi pour la disproportion qui se rencontre de ces messieurs avec moi, qui ne puis et ne pourrai jamais entrer en comparaison avec de si grands personnages , vous en serez cause, et je vous en prendrai à garantie. Néanmoins, quoi qu'il en puisse arriver, comme je vous en ai obligation, je vous en remercie de tout mon cœur.
Pour ce que vous me mandez touchant le livre de feu M. Bouvard (1), c'est une autre affaire. J'en avois un qu'il m'avoit donné avant que d'être achevé. Il en lut quelque chose à feu M. Riolan son beau-frère , qui lui conseilla de
(1) Voyez le.^. notes t. II . p. 243 et 28b.
4iH i.Li nii-,N Di'. i.i I l'MiN
caclier lo luut et de le suppi'iiiitT, taut parce qu'il doit lual l'ait (jLie parce qu'il y olleiisoit des iicus (lui lui pouvoient nuire. Ces messieurs étoieut le cardinal 3Iazariii , Vautier et Valut. M. Bouvard , qui étoit déjii fort vieux, eut peur des menaces de M. Uiolau, qui étoit un homme acre. Il en avoit donné un à M. Moreau, qu'il retira disant qu'il y vouloit changer quelque chose. 11 m'en lit autant, et je fus assez simple de le lui rendre. Feu M. Moreau me dit que cela ne valoit rien, et qu'il étoit indigne d'avoir place dans son étude. M. Bouvard étoit déjà fort sec et fort maigre ; enfin il mourut d'une phthisie de vieillesse. Depuis ce temps-là j'en ai parlé une fois à ma- (.lame (^ousinot , sa tille, qui me témoigna que la famille n'étoit pas contente de ce livre. Je sais bien ({ue M. Bouvard m'a dit autrefois (|u'il avoit entretenu le feu roi du mérite et de la capacité de (juelques médecins, par les mains de <[ui sa juajeste avoit passé , et après qu'il lui en eut dit ce qu'il eu savoit, que le roi s'écria : a Hélas 1 que je suis malheureux d'avoir passé par les mains de tant de charlatans! » Ces messieurs étoieut Héroard , (iuillemeau et Vautier. Le premier étoit bon courtisan , mais mauvais et ignorant médecin. M. Sanche le père m'a dit ici l'aimée passée que cet homme ne fut jamais médecin de Montpellier. Le second étoit un rusé courtisan ([ui avoit grande envie de faire fortune; nuiis les malheurs de la reine-mère, de laquelle il espéroit, reuli-.iînèrent , et le démon du cardinal fut plus fort que le sien. Si bien (|u'il succomba , et , quelcjuc effort qu'il ait fait depuis, il n'a i»u y revenir, quoiipfil ait remué ciel et terre, et ([ue même le feu prince de Coudé en eût lui-même parlé , tant au cardinal de Bichelieu même, qu'au feu roi et à la reine-mère. Il avoit quelques bonnes ([ualités; il en avoit aussi de mauvaises. Je l'ai fré(iuenté vingt-sept ans. Nous étions de môme licence. Je savois bien sa portée. M. Baralis et moi avons été ses médecins jusqu'à sa mort. Enfin , j'ai reconnu qu'en son fait il y avoit beaucoup d'hypocrisie et de finesse; mais aussi v avoit-il de la bonne doctriiie el de la vertu, c'est-à-dire de
^ A rAi.c.KNKT. A20
la marfliaudi.^o m(M(''0. Pitur Vautior, qui (''(oit un ni(''(;liaiit jiiit'dii conitat (rAvignoii , fort glorieux et t'oit ignorant , il a ('(('; bienheureux de n'avoir pas éti'; pendu , et il l'eût ('li' infailliI)lonient, si la pauvre reine eût vécu encore six mois. Il avoit fait do la fausse monnoie , et trouvé moyen de se fourrcn' ensuite à la cour. Les disgrâces de la reine-mère lui donnèrent entrée à Blois par le crédit de madame de Guercheville. Il se vanloU de secrets chimiques , et ressembloit fort à ce médecin de Tacite, Eudemus specic ai'fis , frequois sccretis. Il se poussa ea perte qwi fiunt Jioininea , et qim pnllcbot (I). LesMarillac lui aidèrent en abaissant le cardinal de Uichelieu ([u'ils avoient dessein de perdre. La journée des dupes arriva. Le cardinal Ht arrêter les Marillac et h^s perdit. Vautier fut arrêté prisounicMdans la r»aslille près de douze ans. Enhn , la scène et le théâtre de la cour étant changés, il devint premier médecin du roi, moyennant 20,000 é'cuscpi'il donna au cardinal 3Inzarin qui prenoitde toutes mains, à la charge, comme on dit , qu'il seroit là son espion. Voyez la politicpie : il avoit été prisonnier du père douze ans, et on lui commit la santé du fils. L'histoire du temps eu dira davantage. J'ai vu d'étranges mémoires contre lui sur la sortie de France de la reino-mère (piand elle passa en Flandre. En voilà assez pour vous (!('peindre ces trois fameux personnages. Je suis, etc. Do Taris, le 23 mars 1003.
LETTRE DCXIL — \» mniv.
J'avois recommencé mes leçons en lort belle compagnie; mais on j)endit hier ti'ois jardiniers , voleurs de grands chemins, dont l'un a (Av porté en nos i^coles pour en faire lana-
(l) L'ilhislrc Bordcii fut aussi acou-é , mais à lorl , d'avoir (-mi)loyé !(^ même moveii. 11 a\ail «le-; r.ieull<\-; le.mrdiip iilii-; iiolilc»-. \\. P. i
tomie. C'est pourquoi j'ai averti mes auditeurs que je ne continuerai mes leçons qu'après l'auatomie.
Je vous chercherai quelque thèse de la saignée dans l'apoplexie, que vous me demandez ; je crois qu'il y en a : cependant, voyez Duret, inCoacas Hippucrat is et Hofinanni Cominenturia in Galenum . de usu partium. L'apoplexie proprement dite vient toujours du sang , mais c'est une maladie très rare. Les anciens l'ont appelée ictus sanyuinis , comme on lit dans Aurélius Victor , en parlant de l'empereur Yérus : Qui inter Altinum et Concordiam ictii sanguinis exanimatus est , quein G7Yeci apojjlexiam dicunt.
Nous avons perdu notre maître Jean Maurin, Provençal, fameux esclave des apothicaires. Il est allé ordonner des perles en l'autre monde en leur faveur. Il a été suivi de M. du Cledat, Gascon de la Réole en Bazadois. Je pense que les apothicaires feront en leur chapelle dire des messes pour le repos de l'àme de ces deux hommes. Mais prier Dieu pour ces gens-là , n'est-ce pas abuser de sa bonté? Ne faudroit-il pas auparavant savoir s'Us étoient baptisés , s'ils croyoient en Dieu , et s'ils avoient une âme? Adieu , je fuis , etc.
DeParis,le20aYrill663.
LETTRE DCXIII. — Au mêmb.
Je porterai votre lettre à M. le Blanc, qui est un grand homme du Languedoc, bon et doux, demain en allant au Collège royal y faire ma leçon. Il n'est pas docteur de Sorbonne, mais docteur et professeur en droit, et prêtre assez dévot; au moins il en a la mine. Je crois qu'il est fort homme de bien.
Je vous remercie de l'amitié que vous m'avez procurée du révérend père Théophile; je lui en écrirai tout exprès , et l'en remercierai; je vous supplie , en attendant, d'avoir bien soin de sa santé, et d'obtenir de lui qu'il se purge à ce printemps,
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avant que les chaleurs de l'été nous viennent accabler, alln qu'il ne meure pas sitôt et qu'il puisse voir la lin de tous ses ouvrages imprimés en dix-neuf volumes, et qu'il jouisse longtemps de la gloire qu'il a méritée ; c'est la moindre récompense qu'il puisse avoir pour tant de veilles et tant de travaux. J'espère que Dieu le récompensera de tant de peines qu'il a prises pour la défense de la vérité. Je baise très humblement les mains et à lui et au révérend père Bertet. Je prie Dieu qu'il les conserve tous deux encore longtemps en bonne santé. J'attendrai patiemment tout ce que vous me promettez des pères J. Gibalin et Ménétrier, et du père Bertet.
Le chancelier de Navarre, dont M. Cellier a acheté la bibliothèque, étoit ce mémo M. Sofroy de Galignon qui a été un grand homme d'État, et qui a fait l'édit de Nantes, avec M. le président de Thou, qui a fait l'histoire de son temps, et qui a été le père de ce pauvre malheureux qui eut la tête tranchée à Lyon l'an 1642. M. Galignon avoit laissé un fds, qui a été conseiller au parlement deDauphiné, que j'ai conim en cette ville l'an 1639, et qui est mort il y a quelques années. G'est peut-être de lui que vient cette bibliothè(pie.
La bibliothèque de Gesner est un fort bon livre; mais comme il y en a de diverses éditions , il en faut avoir la meilleure, laquelle est in-folio, de l'an 1583, Tiguri, qui est Zurich en Suisse. Ge livre aussi bien que Emtathius in Homerwn , n'ont plus de prix , ainsi je ne vous le puis dire.
J'apprends que le Gardan de M. le premier président est en chemin avec trois autres exemplaires que j'ai demandés pour le roi de Danemark, pour M. son ambassadeur et pour moi. Je suis bien aise que M. votre fils soit docteur, mais il me semble que vous êtes obligé de le tenir près de vous : il ne peut être mieux en aucun lieu; votre présence l'instruira, non est in toto mnctior orbe locus. Montpellier est tout plein de débauches et de vanité, et il n'y peut rien apprendre au prix de ce qu'il peut faire à Lyon près de vous. G'est M. 3Iorisset qui a eu du malheur en son décanat. M. Blondel, son prédé-
iVi LETTlil'S DE en l'ATIN
resseur, avoit rendu ses comptes, par lesquels on reconnoissoit que la Faculté lui devoit 4,160 livres de reste. L'arrêt contre les chirurgiens-barbiers et quelques autres dépenses étoient cause de cette grande somme. M. Morisset ne la paya point, ut morts est, disant (ju'il n'avoit point d'argent (il en devoit pourtant avoir , car on lui montra qu'il avoit reçu plus de 6,000 livres depuistju'il étoit doyen). M. Blojidel, qui entend la chicane, le mit en procès, et enfui le fit arrêter prisonnier et lui fit trouver de l'argent; ensuite de quoi ils se sont fort chicanés. Quand M. Morisset a voulu rendre ses comptes, il a voulu y taire passer beaucoup d'articles auxquels on s'est opposé , et même le censeur au nom de toute la Faculti''; sur quoi il s'en est allé en Savoie sans avoir terminé cette alfaire et sans nous rendre nos registres ; c'est pounjuoi notre doyen plaide aujourd'hui contre sa femme, et a obtenu arrêt contre elle, par lequel elle est obligée de les remettre entre les mains du doyen. On lui en a écrit en Piémont , mais je ne sais ce qu'il en fera. Feu M. Merlet étoit son grand conseiller et le faisoit avec plaisir, et en dépit de 31. Blondel, avec lequel il étoit fort mal, etc.; mais ce M. Merlet est mort. Je vous manderai ci-après ce qui en arrivera.
J'ai un livre que mon second fils vous envoie, et un autre pour M. Spon ; les deux que nous vous avons envoyés sont en chemin , ceux-là sont in-folio, ceux-ci sont in-quarto, des Tourbes comhmtiblcx, et assez curieux. Je tiens que M. Moris.set reviendra, et qu'il a mal fait d'être parti. Quand on veut gagner de l'argent, il ne faut point sortir de Paris; mais je pense que le mauvais état de ses affaires doniesti([ues l'y a porté.
M. le prince de Danemark et ^\. son ambassadeur me veulent tirer d'ici, et m'emmener en ce pays froid. Ils en ont écrit au roi , qui leur a donné charge de m'emmener. (!n m'a fait de belles offres, mais je n'en veux [ïoint. Je ne suis ni à vendre ni à acheter; je veux être enterré <à Paris auprès de mes bons amis.
- 3F. le président de Tliou e^^ sa belle histiur*^ r. fait mention
\ ru.coNEi. 43,3
(le M. (Ie(!laligiioii , cliaiic-eliei- de .Navarre, en divers eudroils, du temps de Henri IV, et entre autres sous l'an 1606; auprès de M. Desj)ortes, abbé de Tiron, qui (luitta le parti du roi, et se mit du côté des ligueurs; c'est pourquoi la Satyre mriiippf'e, de la vertu du cothiilicnn d'/ùj/a/jne , l'appelle le poëte de l'amirauté, sous ombre (|u"il se mit du côté de l'amiral de Villars , lequel ayant voulu tromper les Espagnols st; trompa lui-même, et en fut mauvais nuirchand.
Depuis fort peu de temps , et eu moins d'un mois , le vin émétique donné de la main de M. Guéuaut a tué ici (|uafre personnes illustres , savoir: madame la présidente de Xesniond , propre s(eur de M. le premier président ; la présidente de Biron , delà cour des aides; ^f. Colbert de Saint- Pouange, beau-frère de M. leTellier, et son premier commis, et lamar- (jiiise de Kichelieu , fille de madame de Beauvais, première femme de chambre de la reine- mère. (On dit (pie le père de celte madame de Beauvais étoit un fripier de la halle, d'autres disent encore moins (pie fripier, mais seulement crocheteur; si bien (pie le cardinal de Kichelieu a volé toute la Krance pour enrichir les descendants di.n crocheteur. ) Gnenaut en est fort blâmé par tout Paris, et en a reçu des reproches et des rebuffades à la (;our : il est malaisé d'être longtemps bon marchand de mauvaise marchandise. Madame de Beauvais lui a reproché la mort de son gendre et de sa tille, en pleine (;our, et en présence de la reine même.
,1e vous donne avis que j'ai vu aujourd'hui M. Leblanc, a qui j'ai rendu votre lettre en mains propres , je Pavois cachetée; il m'a dit que sa lettre étoit vraiment de lui, aussi bien que la première (pi'il écrivit en relevant de maladie, mais que M. votre hls, le chevalier, étudioit fort bien, et qu'il en étoit bien content; qu'il y avoil ici un jeune liouuiie .\uvergnat qui lui doimoit heureusement de l'émulation ; mais il se plaint qu'il n'a rien re(,-u depuis (;inq mois, et qu'il l'a dit il M. de Fontenelles. ,1e ne sais ce que c'est ; mais mandez-m(>i ce que vitus vouiez (pie je fasse , s'il y a (piel([ue argent a lui m. '2S
-i'^A I.ETTIIF.S DK ClJI PATIN
ilDiiiipr; je lui doiiDcrai volontiers. Il craiiil que M. votre lils, le chevalier, n'ait reçu cet argent, et ne l'ait employé à autre eliose.
Ou (lit ici (lue mademoiselle de Turenue est fort malade; c'est des Fougerais qui me l'a dit ce soir , antiquojure et ovifo religio)iis princi/jum, riKupiatuin et medicontm, t,\)p.iTaBéy Travra.
La Chambre de justice continue au procès de M. Fouquet et des trois trésoriers de l'épargne. M. de Longueville est fort malade à Rouen; un de nos confrères , nommé Braver, très savant liomme, y est allé en ddigence. La reine-mère a été malade d'une double tierce; mais on dit qu'elle se porte mieux. Le livre de M. Bochart, (^/e Anijiml/'/ms moyf Scn'pfiirrr, imprimé en Angleterre, est en chemin ; il y en a déjà quelques exemplaires à Paris entre les mains de quelques curieux(l). Je vous baise très humblement les mains, à mademoiselle Falconet , et à iM. Spon notre l)on ami. et suis de tout mou rreur votre , etc.
De l'nris. lo 4 mai 1663.
(l) l?ocliarl ^Samuel] a élé romarquablo par son érudition , même à une époque où il y avait beaucoup d'éiudits. 11 naquit à Rouen, cl'iui ministre protestant , en JoUy. iJès sa jeunesse il s'acquit beaucoup de réputation. Personne ne sut mieux que lui pénétrer dans les profondeurs historiques de I Ecriture sainte. La reine Christine l'appela à Stockholm , et il fil ce voyage en société avec le célèbre Huet. On assure que Christine , dont le caractère était assez bizarre , l'ayant [iressé déjouer au volant, Bochart mit bas son manteau et joua de bonne grâce. De retour en France , sa réputation ne fit qu'augmenter. Ayant perdu sa fille unique , il en conçut un tel chagrin , qu'au milieu d'une dispute littéraire avec Huet , dans l'Académie de Caen, il fut trappe dapoplexie le 10 mai 1667. Ses ouvrages très nombreux ont été recueillis à Leyde sous ce titre : Sam. ISochart, Opéra omnia , hoc est . Plialeg, Canaan, spu fieograpliia sacra et hierozoïcon , seu de animalibus sacris , sacrée Scripturw , et dissertationes varicp : 167.'>. 2 vol. in-fol. : 1692, 1712. 3 vol. in-fol. R. l'O
IKTTUE ncXIV. — 1*/ ///rW.
•l'ai (loilc eu raison de vous niaiider |»ai' ma dernière quf cette bibliothèque de Grenoble devoil venir chez M. de (^alignon , dont j'ai traité ici le fds qui y étoit conseiller, et tort galant homme : monorio honointu sit in heueiUctioticiu.
Je ne sais si l'Érasme s'imprime à Rotterdam; mais on m'a fissuré qu'il s'y fera et qu'il est conmiencé.
.l'ai reçu ce qu'a fait le H. P. Bertet sui- le mariage de Savoie ; cela est fort beau , je l'en remercie de tout mon cœur. lllc iiiide audit et dicitur dellrare Hubljunis ocsfer senior ; quad facile credo; ulter non sapit , et vix naquain sapiel ; isthivc pars Hst maxinia stultitiw talium medicastrorum ; sed ùg xéouxaç nbeant aîfjtaTÔtpoÇo! Isti nelndones , imo in molani crucem , res suas haOeant sif)i.
Je vous promets quelques thèses, de venci; sectione in apopiexia. Si l'occasion s'en présente, et que j'en aie le loisir, j'en ferai «ne moi-même pour vous contenter. Mes deux fils vous remercient de l'honneur de votre souvenir; leur rang de présider est passé et ne peut revenir de longtemps ; mais le mien approche. Si j'y suis encore , je vous promets que je m'ew a([uitterai à cause de vous, et que j'y sanglerai les hémophc^es aussi bien que le vin émétique de Guénaut.
Le chevalier Falconet lit à ses heures de loisir l'Histoire de France sur ce que je lui ai prêté ; cela est nécessaire à uji •avocat; il étudie fort bien, et est fort sage et modéré.
On dit que M. Uasponi n'a pas le même pouvoir de traiter v^we le pape avoit promis au roi , à cause de quoi il a été' ■o'Migé de renvoyer a liome. On parle fort ici sinistremenl de .M. Fouquet et de la Hazinière, et même de Catelan. On dit que la reine-mère se porte mieux ; mais néanmoins elle a encore tous les jours la fièvre. Quand elle sera plus forte, on dili (ju'ella se fera porter au bois de Vincennes pour y prendrel'air.
La chand>re de justice fait <le grands retranchemeiiiK^dk'
4;}(j i.KTTRKS DE Mi l'AïlN
gages contre quelques grands officiers, et entre autres MM. les présidents au mortier, qui s'étoient fourrés en divers'partis, et avoient de fort grands revenus ii bon marché. MM. le Coigneux , de Bainet'l, Mole de Clinniplostrenx , de Mesme et de Novion, en ont de chères preuves en leurs familles ; car on leur a bien rogné les ongles à chacun , l'un portant l'autre plus de GO, 000 livres de rente annuelle. 11 court ici un poème imprimé in-quarto avec ce titre : Fnquetus in vmcidis, ad viryinem Matrem. On prétend que c'est un jésuite qui l'a fait , et il est bien fait ; d'autres croient que c'est un de nos bacheliei's en médecine, nommé Gervaise , qui est fort bon poète latin . mais qui n'a pas continué de faire son cours sur nos ban<'.s avec les trois thèses ordinaires comme ses compagnons , faute d'argent. 11 a voit demandé qu'on lui remit tous ces frais de la Faculté et qu'on lui fit grâce ; mais qtioi(pi'il ait bien Irrigué, qu'il fût ami de Valot , et que (Uiénaut se fût aperfement déclaré pour lui , néanmoins il n'en vint pas à bout. La plupart y résistèrent, disant qu'il n'étoit pas raisonnable qu'il fût admis pour rien, les antres ayant payé, dont plusieurs étoient bien plus savants que lui. Il m'en avoit aussi fait prier par de mes bons amis, et néarmioins je fus de l'avis contraire à cause de la conséquence; car s'il eût obtenu celte faveur, tous les deux ans il eût eu (juehiu'un qui eût demandé la même grâce, ce qui eût causé bien du désordre. Tous tant ipie nous sommes, nous avons payé, je suis d'avis cpie ceux qui vienilront paient aussi: hibc ai/tobi, solvemtf nlji .
La reine-mère n'est point encore guérie; elle eut encore hier un frisson de deux heures et l'accès de dix heures. La jeune reine est pareillement malade; elle fut saignée hier an matin. Quelques uns disent que la reine-mère, intercède puissamment pour M. la Bazinière, et qu'il en sera remis en liberté. Tibère accordoit à sa mèreLivia tout cequelle lui denumdoit : ei nom dehehaf vilom , liherfofeni. et imjierinni.
On dit que la Hongrie s'est révoltée contre l'empt-reur, et (pi'elle s'est donnée au Turc inuyennant ct'rtaines condilions pécuniaires.
V I \i,(.(im:i. inl
M. I(> piiiicc (le DiiiH'inaik , (|iii ii ;i (|ii(; (li\-s(!|>l iiiis passés, beau et bien t'ait, partira d'ici dans peu de j(jurs pour aller l'aire un tour i)ar la France ; il va d'ici à Orléans, Tours, Anjiers , Nantes . la Koclielle , Bordeaux , Toulouse , Lyon , Genève , Bàle , Strasbourg, Francfort, Handjourg et Copenhague. Je lui ai donne'* un mémoire , alin (|u'il vous voie quand il passera à Lyon , et je l'ai recommandé à M. de Pasberg . brave gentilliomnie, qui est sou gouverneur, un grand J)l()nd. (|ui est picoté de v/'role.
Les nouvelles de Rouen soni mauvaises touchant la saut*'' de i\L Longueville; même il y en a qui le tiennent mort.
Il y a du bruit en Angleterre, et le parlement s'y fortitit^ trop conti'e les catholiques aux dépens de la religion romaine. Je vous su[>j)lie do dii'e à M. Spon que je lui baise les mains, et que je le prie de se souvenir dececjue je lui ai maiidt'' [)ar ma dernière, touchant im jeune médecin allemand, nommé M. Zolikofer, qui doit à son letour de Bordeaux et de Toulouse passera Lyon, où il le verra , et de là passer à Genève, a Bàle, à Strasbourg, où il prendra ses degrés de docteur en médecine, et de là s'en retournera à Vienne, sa ville natale. !\L de Longueville est mort à Rouen , ex duplki rjuideix fchrc tvrtuma , et fluohns (losihus vini (intiinonialis pmefici , cerhis enctii-i , caia tôt lunnlne^ enec<'t . Notre M. Braver, qui y avoit été envoyé , lui en a t'ait prendre malgré le relus et les plaintes des trois médecins de Rouen , (jui étoient d'avis contraire. (!e n'est pas ([u'il sache tort bien que le vin éméti(]ue est un dangereux remèdeet un pernicieux poison ; mais il v en ordonne quel({uetois connue cela à cause de Guénaut , qui est son ami, et duquel il espère d'être avancé à la cour, bien que s'il vouloit être homme de bien il passeroit Guénaut de bien loin: mais avoir Guénaut pour ami pai' lâcheté, dire quel(|ues mots grecs , avoir 300,000 écus île beau bien , et être le plus avaricieux du monde, cela tait venir de la pratique a Paris. .M. de Longueville a laissé deux tils dont l'aine a été si sim|ile ipie de s'être t'ait j(;suite ; on I appeloil le comte de Ihmois , et
•fis I.LTT1U:> Dli (.11 l'MIN
il n'rsf [)as trop saj^e; l'autre' est le comte de Saiiil-l'aiil (i;. Celte maison est tort riche.
Qu'est devenu votre M. Meyssoiiier ! Fait-il encore des almaiiachs? \e vous pourroit-il pas dire par ses sciences astrologi- (|ues (pianti c'est que le pauvre peuple sera soulagé par la diminution de la taille , et de tant d'autres impôts ?
Nous pourrons avoir dans la tin de Tété le beau /Jioyene.s Loei'tius in-folio, grec et latin, de M. Ménage. Les cahiers (|ui avoient été égarés en chemin sont recouvrés; on y travaille à Londres tous les jours : ce sera un des meilleurs ouvrages de ranti([uité. Je vous baise les mains, et suis de tout mon co'ur votie , etc.
De rjiiis, le 18 mai 1(îH:5.
LLTTKK DCXV. — Av nuhw.
Je vous remercie du petit patiucl que ma rendu M. Colot ; tout y est beau et savant , fdiciter ayifur cura nostro seculu qmd fantua vifos /trofu/it: j'entends le révérend père Bertet et Ménétrier, (luibas jjro (aiitis muaeribus yratias ago singidares. Mais connnent se porte le révérend père Théophile R-àyna.uà?Ltiitani iv'vaf in multos uiinus , ucc mors eurii attingat , que quand il verra toutes ses œuvres imprimées en vingt volumes. Ho ! que j'ai bien envie de voir tout cela ! Nous avons aujourd'hui présenté à M. le premier président Le Cardon , de Lyon , en dix volumes de papier fin ; il a fort bien reçu M. Ravaud, et je suis assuré qu'il ne se repentira pas de lui avoir fait ce présent. La reine-mère est bien , Dieu merci ; elle ira bientôt à Saint -Germam-en-Laye prendre l'air et se refaire. Le roi et la jeune reine sont allés à Versailles, qui avec M. le dauphin sont en bonne santé, .l'ai vu aujourd'hui M. le comte de Rebé sortir de chez M. le premier président, appuyé sur un bâton;
(i) Celui tiui liil lue au pas-aj-.c du Rhin en W'rl. Voyez la note I. l j>. i12 . où par erreur l'on a iuiprinié Sainl-1'ol. (R- ''•
A lAI.Cd.Ntl. 4^9
il »'tuit accoiiipcigiiu de M. 1 abbt: df la lia^lidc 11 a bit'ii la mine d'un homme (|ui n'a su (juilter le péché, mais que le péché quitte. 11 m'a salué fort humainement, et moi de mémo lui et sa compagnie; mais il avuit autrefois bien des compa- ^wes dont il n'a plus à l'aire. On peut dire dorénavant de lui (;e(|u'a dit Juvénal /// n/jcir- ndiN/rfmdo . sat. X :
Jaeet exiguus citin rainice nervits , Et quantris lola palpeliir norte , jurebil.
Ou bien il dira lui-même au premier proxénète, ffwf/ il le '•f](Hus ai)ud Pctroniiun : C'redc mihl , f voter, non intellujo me l'iruin esse , non sentia : fu.nerutfi esf iinrs ilht corporis ////<> tpiondani Achillcs erai/i.
On s'en va transférer du Palais a l'Arsenal la chanibrc de justice.
On dit ici que M. de Lorme n'est point mort.
M. le comte de Comières, de votre pays, a été condamné à la fournelle d'avoir la tête coupée en (irève, ce ([ni a été exécuté mercredi 30 de mai. Je le vis passer sur le j)ont Notre-Dame ; je soupai le même jour avec M. le premier président, qui avoit présidé au jugement : c'est njademoisellede Saint-André qui l'a poursuivi et lui a fait trancher la tète. On dit qu'elle est cousine de M. le manjuis de Rebé. Je vous baise les maijis, et suis de tout nionc(Cur votre, etc.
De Paris , le (i juin 1H<i3.
LETTHK DCWl. — An wrmc
Je vous écrivis hier ce que je savois de nouveau ; ce même jour, 20 juin l(î63 , doux choses arrivèrent à l'aris : l'une est (jue M. Fouquet fut conduit du bois deVincejnies à la Bastille, à quatre bennes après midi , par 300 chevaux ; l'autre est la mort de M. du ("Jedat, un de nos anciens, âgé de soixante- (juinze ans.
On dit (pi(' la cliandirc de justice linira à la lin du mois
440 LEiriti;> dk i,\ \ patin
pi'uclitiin, à cause qu'elle retarde le commerce, et qu'elle enqjèclie le crédit de ceux qui doivent fournir de l'argent au roi, tels que sont MM. des cinq grosses fermes, des aides et des gabelles; néanmoins on dit qu'il y aura restriction pour quelcjnes prisonniers , et entre autres pour M. Fouriuet , M. .Tanin de laBazinière, Monerot, etc.
I^a reine-mère a pris du vin émétique, fc quo lonijo [icjns //'//////^, et même le médecin de cour m'a dit aujourd'hui, ce '14 juin, que son accès fut encore hier de douze heui'es. Pliir<-^ sibi metuunf a sinistro ev('nlu;\e. crois néanmoins que Guénaut espère qu'elle guérira, de |)eur de décrier sa marchandise empoisonnée, mais il se gardera bien d'en prendre; même on dit que la leine-mère pense séiieusement a la mort, et qu'elle se reconnnaude aux prières de tout le monde, et (pion s'en va faire des prières de quarante heures par toutes les églises. et y exposer le Saint-Sacrement siii" le maître autel : on en lit autant pour le cardinal Mazarin , mais il ne laissa pas de mourir bientôt après. Ce seroit grand dommage que la reine mourût présentement, car elle est bien intentionnée, et a dessein de faire soulager le peuple de tant d'impôts qui ont été établis durant la guerre par toute la France; mais il arrive souvent que les piinces meurent quand ils ont envie de bien faire. Quand les rois d'Espagne se seîitent malades , ils songent à i;ous restitue]" la Navarre; mais la iiioit les attrape avant que de reftectuer; ainsi la mort renverse les bons desseins de ces messieurs-là.
Ou dit que les accès de la double tiei'ce de la reine commencent à être plus légers, et à diminuer : Guenont qui es/ un 'inimnl fort menteur ^ et qui ment comme un moine qui se dit venir du Japon , dira que c'est son vin émétique ; mais néanmoins ou dit (ju'elle a le visage fort défait et cadavéreux, qui est encore un mauvais signe cpie l'antinsoine piMit avoir l'ail. et qu'il nôte.'a jamais.
Kniiii. jai fait un nouveau marché : j'ai marie nion lils Carolus, âgé de trente ans, à la tille de M. P. Hommets, mon coUèizue: elle s'appelle >b{(lelon. et est âgée de dix-neuf
\ !\l.i "Ml. 14 1
;tns moins ijiiatre mois; Itcllc lillc, bien née cl bien flevéc , (l'nn bon père et dune sage mère, cli/ynii niim/n jnnsie sncfc- (Ifitii ; c'est lin marché douteux pour la léussite: u.niri ntt^w riro tliorns est fatalix (1). Le bonhomme Lipse (jui avoit une niéeliante femme, a dit quehpie part dans ses ('pitres (pi'ii y a seciet (kl destin (hms les mariages; maison ne sait guère bien ce qu'il faut entench'e par ce destin, si nous n'avons reeoiH's à Sénèque, (pii a (.lit. .\<il>n<i, roiiinui. l'iuvidi-tilia . l'iitinii , luiiin'na siint imitis et cjitsdt^m Dti , rdric (Kjcnfis in rclius /iinnoiiis. Il me semble que saint Augustin . (pii («toit très persuath' delà foi chrétienne, n'auroit pu nneux dire.
Il est arrivé un malheureux accident «pu retarde la grande ('(liiion de toutes les onivrcsdefeu M. de Balzac: c'est (jue sa \ie faite par M. Girard, grand-archidiacre d'Angouléme , est achevée , mais ce M Girard est mort; on n'a encore pu la tirer des mains de ses héritiers 11 yaura danscetteédition nouvelle plusieurs traités nouveaux, (pu n'ont pas encoi-e éle imprimés. Ce grand recueil sera précieux, et fera honneur a la France , aussi bien que les œuvres de nos plus grands |)ersonnages , tels qu'ont été les Mémoires de Ph. de Gomines , de Wdthieu, les Essais de M. de Montaigne, V Histoire nuivi-rsetle de M. le président de Thou , la Sa<jes'<e deCharon, le Hi'i,iil,li)i>ic de Bodin , les (euvres de I.amotte-le-Vayer, Fernei , llollier. ("ujas, Scaliger, les pères Sirmond et Pefau, le cardinal du IVrron , .M. Coëtïeteau , et autres en grand nombre.
Le roi et la rein(>, M. et madame d'Orléans sont allés à Saint-(iermain se réjouir de la convalescence de la reine-mère.
On recommence à parler d'un certain accord prétendu entre les jésuites et les jansénistes : on dit (pie eist k- pajie (pii
t. Le liisle uujl (le marcUr qu'emploie ici (iiii l'aliii couune sjiioiiymo de mariage, ne maii(|iie pas île vérilé. Aiijomdiiui ofjmiue de >()ii Icinps , u peu de chose près, les mariages ne sont (pie des niarclie> ; on aecorde au plus oifranl. Gependant la lemme de Cliailes Palinélail. en eftel,d'uii esprit liè> remarquable. Lorsque son mari exilé lui professeur à Padoue . elle devint mcndsro de la société des licovrad. Voy. Bayle. articles (iii> faim et < harles l'ulin. ^ K. I'. '
i kl i-tTlKt.-- DL ul i l'A UN
le veut , et que le père Annat y est t'oit porte, malgré les pères et ses compagnons. J'ai peur qu'il n'y ait là quelque supercherie cachée, et qu'il n'y ait quelque frère simplicien attrapé. Balzac a dit qi\e les femmes faisoient la plus belle partie du monde, mais à mon avis les jésuites en font la plus line.
Qtiidquid id est , titueu Danaos. il doua frrenles.
.le vous baise les mains, et suis de tout mon co'ur votre, etc. De Paris, le 19 juin 1663.
LETTKE DCWll. — .1^^ méua .
J'ai dessein de répondre à celle «jue je viens de recevoir de NOUS, avec celle que vous avez pris la peine d'écrire à mon second et cher tils Carolus , que je lui porterai demain matin Dieu aidant. Je ne connois point ce médecin de Nancy, nomme M. Perrin,quisedisoit autrefois médecin de juadanu; la duchesse d'Orléans, qui est de Lorraine, en vertu de quoi les Lorrains tàchoient ici de faire fortune, mais ils n'ont \m ; sur (juoi M. Perrin s'en retourna, après avoir épousé une tille de Paris, dont le père étoit orfèvre, à qui il avoit fait accroire que sa fortune étoit toute d'or, .icd pro thesatuo rurhoues invenit. C'est celui que je ne vis jamais; je sais bien qu'il trouva fort mauvais que je ne lui voulus point donner heure pour une consultation, ayant allégué pour mes raisons (|ue je ne le comioissois point , hoino nocus, nidlins noiniitis, nullias rlidni- (atis, que les lois de la Faculté me défendoient de consulter avec des médecins étrangers : sur (pioi le bon seigneur se mit en colère, et dit (pie je n'étois qu'un ignorant , et <iue je n'osois pas user d'antimoine, (iuéiiaut y fut à ma place, (pii étoit de tons bons accords, et qui ne trouvoit lien ni de trop rhaud ni de trop froid , voire même, (pii par son avarice, de peur de perdre un et u . se trouvoit tous les jours avec des charlatans., des chimistes, et toutes sortes de coureurs; voila
OU j l'ii .Miiii avec M. I*cifill. Srd s/ce niihls fiircnl ^ s/rc iinii , rulcdt illc, (it abi'dl in boiuiin nuii stuim.
Le testainenl du Mazarin est iiuprimé eu Hollaude; le laituui de M. Fouqueta l*aris, et les mémoires de M. de Lafoelu!l'oucault à Bruxelles. M. Foutjuet a présenté une nouvelle requête, laquelle laisse bien des articles à décider à ses juges, (^t qui reculeront Tort la lin du procès ; même on dit qu'il a dessein de récuser JM. le chancelier et de se déclarer son accusateur.
On parle ici de la grande maladie du petit prince d'Kspagiie.
M. le chevalier m'a bien promis de bien taire; il va souvent au })arlement et aux autliences : il retient Tort bien, selon ipiil me raconte, les intérêts des parties (jui plaident à la grand'chambre, et qui viennent de tous côtés plaider à Paris. 11 m'a dit aujouid'hui tort particulièrement comment de certains chanoines d'Angers avoient perdu leui' procès, et même avaient été condamnés à l'amende en une cause (ju'ils avoient entreprise contre leur évêque, qui est frère deîM. A. Arnauld , docteur de Sorbonne, ((ui est si savant, et (pii est le clietdu parti (les jansénistes.
Feu M. Naudé, (|ui n'étoit point métiisant , m'a dit autieiois que M. G. Scharpe , médecin de Montpellier et Écossois , n'étoit mort à Houlogne que de trop boire, et je sais bien de bomie part, par des gens (|ui l'ont connu , qu'il (Hoit grand ivrogne ; je sais bien aussi iju'il étoit tort savant, et surtout grand logicien , et c'est de telles gens , aussi bien ({ue des Hibernois , qu'il faut entendre le beau vers de M. Hemi , professeur du roi , lors(iu'il dit de ces genscpii disputent si volontiers et faut liHjInilifcr :
(Jciis ralione fitrcns il mciittin paslu rliimœris.
(îc vers se peut aussi api)li(puM' aux chimistes.
Nous avons ici un savant persomiage , nomuK'M. iVlénage , •à (|ui ce vers a [ilu si fort, (pi'il a dit plusieurs fois qu'il en voudiuit être raufeur, et avoir doiUK' le meilleur de ses bé-
Mi I i;iïiii> i)i: i.i i i'\Ti\
iiélices. Il lit' laisM'i'oit pniiit de t'aii'c bomiê cluTO, caril en a l>eaiK'Oup d'auttes; c est de lui que nous attendons bientôt le beau /Jitif/i'iies; Laërf I a x ^rec et latin in-t'olio de Londres avec de beaux commentaires. Il n y a plus que l'épitre dédicatoire de M Ménage à envoyer ; mais j'ai peuriiue cela ne tire de long; la tin des grands livres est toujours accompagnée de quelque empêchement , joint (|ue les libraires nei^cimtf />/■()/><'' /■rire , et ejnsinodi fincrii )i(iii intell/y/iiif .
Plutarque a ditquekjue part que la dernière pierre qui nnt la fin au bâtiment du temple de Diane en Ephèse tut trois cents ans à être trouvée , taillée et appliquée à ce grand bâtiment, .le m'eiiquerrai demain chez M. l'ambassadeur de Danemarck si le prince de Danemarck ira à Lyon , et après je vous en écrirai. On dit ici que nous allons avoir un grand comnierce sur mer, et que le roi a acheté des Portugais l'île de Madère. Je vf»u.s bai^e les mains , et suis de toute mon âme votre, etc.
Dr Taris. le 27 juillet 1(5()3.
LKTTliK DCXVIll. — .1// //^p///' .
Je vous envoie un écrit nouveau (jue je n'ai pu lue tout entier sans rire; je crois (pie vous en térez autant. Vous y verrez un bel échantillon des bagatelles que le temps présent nous fournit, et delirio moi'ientis scculi.
Pour ce qui est de Jean Liebaud , c'étoit un médecin bourguignon (pii ne lit jamais ici fortune. H étoit gendre de Charles Estienne, qui mourut accablé de dettes dans le Chàtelef. Après cette mort, Liebaud s'en alla mourir à Dijon, son pays. Sa fennne s'appeloit Nicole Estienne; elle étoit nièce du grand Kobert Estienne. lequel (piitta Paris après la mort de Fraji- (;oisl". se voyant privé de son bon maitre et persécuté' pur les sorboniïîtes. pour .se relirei' à (leiié\e ^ 1 . Ce livre de In Ma
[\\. On lira avec le plus \il iiilc-iel. sur ceUe jp-arulr laniillc dr-^ Ksiienne, riioiiiiriir tic la lypop.iaiiliie ll■aIlcai^e que leurs oinra;\cs
A FAI.C.oNEl . 1-15
/(l'/'C (/ts /('//tiiH's, (le Liel)au(l , n'est (luuiie tra;lucti(»ii de Marinelliis^ qui l'avoit fait en italien sous le liln; de la Cnmara. On imprime ici VA/m/of/ie jxixr l'in innlerim contre ceux qui h'S (lornsent de (IpIV-rcr trop à la nntnro et de n'avoir point de religion, par M. Cli. Lussauld. Si M. Amyraut daigne sedonner la peine de répondre à ce livre, il est homme à dirt; là-dessus de belles choses , que Lussauld ne sait point , et qui ne sont point dans son livre. Je lui en ai suggéré quelcpies unes, cl entre autres de beaux i>assuges et de bonnes autorités, mais il n'en a pas fait cas : aussi est -il d'inie {)rovinco (]ui n'est pas loin (lu jjays d'Adieusias, où ils sotit plus glorieux qiu^ savants, et ne mancjuent pas de vanité. Ainsi seroit ce contre la raison et même contre le droit des gens (pi'un Poitevin presque Gascon voulût ai)j)rendre (pielque cho>e d'un Picard qui est sorti de la garenne des sots.
Mos viles ijulli , noti inftlicihK--^ oci.s Vercecuni m palria . rrasxufjue suli aërc nali.
Pour le nouveau catalogue de Franciort , je n'y trouve rien ; les Allemands ne prennent point le chemin de l'aire ({uehpu; belle production pour le salut du geiu'e humain ; ils se lais-
et leurs publicalioii.s oui imiiiorlalisée, l'ouvrage a\anl pour lilrc : Annales de l'imprimerie des Estienne , ou Histoire de la famille des lîslienne et de ses édition., , par Aiil. Auy. Reiiouard ( ancien libraire à Paris ) , 2' édition , l'aris , 18'i3 , in-S" de 384 pages à deux colonnes. Après avoir publié les Annales de l'imprimerie des Aide, la gloire de l'Italie, il ai)partenait à M. Anl. Aug. l'enouard de coiuplcler rhi<loire lilléraire et bibliographique du .vvi' siècle par l'iiisioire i\v celle laniille de typographes qui . dans les mêmes temps, servait et honorait la France par de savantes et belles |)ubIicatioiis , et (|ui . suivant les expressions de -M. .Magnin, pour prix des plus pénibles veilles, des plus parfaite.s productions , des plus coûteux sacrifices , ne recueillit que la pauvreté . l'exil et les persécutions du clergé, l'abandon de l.i cour , une prison pour dettes au Chàtelet , un lit à l'hôpital de I.,}oii pour le [)lus illustre de ses membre-; , un grabat . et une bière eidin à l'Hôtel-Dieu de Paris , pour son dernier repré*entanl. ( Journal ((es >((( v(/»^s . iKlobre 1840 , pa;>e (iîl», ; \R- P.-
■Vi(> LETTRÉS DF. i.l I l'\TI\
seul trop ê-tuporltT ;i leur génio et aux l)ellt's promesses de hi chimie, .le vous baise les mains et a loute votre famille. Dr- Paris. le 3 juillet 1663.
r.ETTRE DCXIX. — Au )„<',„<'.
La reine-mère n'est pas encore hieji ; l'on dit qu'elle a mauvais estomac et le visage fort défait , à cause de cpioi ell»n'a encore bougé d'ici. J'ai céans la troisième édition du livre de M. van der Linden, 'de Scriptis medicis, en un grand volume in-octavo, ex dono mitlvris. J'ai aussi reçu de Saumur une nouvelle édition du Longinus, nim notis Ton. FaOri . in- 12. Le Fr. Rabelais est achevé en Hollande avec quelque explication nouvelle. L'Hippocratede >[. van der Linden continue fortement.
Je ne vous écris rien touchant M. le prince de Danemarck. On dit ici qu'il est à^Oenève ; mais on ne sait s'il en reviendra \)\\ s'il s'en ira par l'Allemagne. Est oliqunâ nr-goiiinii pcro.nil)iil(i,i>i in tenehrh. On parle d'un nouveau traité, que quelques uns interprètent du mariage avec mademoiselle d'Alençon ; mais ^r. l'ambassadeur n'en dit mot , sinon qu'il est accablé d'attaires, et qu'il a peur de ne s'en point retourner sitôt qu'il espéroit, à cause des nouvelles commissions qu'on lui envoie toutes les semaines. Votre jeune docteur est -il revenu? Je 1»salue cnm niotre carisshna , avec les RP». pères Théophile Haynaud, Bertet et Ménétrier, et suis de (nul ninn cn'ur volrt', etc.
De Pari-, lo 17 iiiill.-l 1663.
LETTRK DGXX. — Au u,H„r.
Voici une nouvelle de laquelle peu de gens .se douloienl : le roi a remercié M. Talon , et a révoqué sa commission de la chambre de justice, en le renvoyant au parlement. On dit que voilà une nianpie très évidente de la faveur de M. (>olbert au-
li r\i.«;o\KT. 44"
près (lu roi ; il ;i réussi à faire ce i-im[) a cause de M. Berrier, sou i)remier commis, qui avoit été menacée par M Talon, pour (|uelques faux mémoires qu'il lui avoit délivrés contre M. Fouqviet.
La venue du roi au parlement est remise à la semaine pro- (;liaine. On dit aussi que le roi veut réduire la chambre de justice au nombre de douze , pour retrancher la dépense et faire dépêcher le procès qui traîne depuis si lon£;temps. An lieu de M. Talon , le roi a fait deux procui'eurs-géuéraux, dont l'un est purement pour M. Fouipiet, l'autre est pour les affaires civiles de la clianibre de justice. Le premier estM. CJiamillai'd, maître des requêtes , et frère du docteur de Sorbonue , grand anti-janséniste et professeur en théologie ; l'autre est M. de Fontenay-Hotman, aussi maître des requêtes, qui est allié de 3!. Colbert. Voilà qui fait une partie de l'histoire de notre temps; après le temps présent il en viendra un autre qui nous produira des spectacles nouveaux, qui feront toujours dire vrai au i)Oète, auteiu' de ce distique:
Kloqnar av itHeam? >v(/ qua- Uini disullu Icrrin liarbarii'n Vrannc hulihrla ncsclat (inhc^clc.
Le roi a fait laire commandement à la maréchale de rihijMlal (pi'elle eût à se retirer. On croil que c'est pour avoi'' parlé en laveurdeM. Talon, à qui m'anmoins on n'a fait anhe toit (pie de le délivrei' de l)eaucoup de peine et d'une commission odieuse, et (pii lui produisoit tous les jours grand nond.)re d'ennemis.
.le baise très humblement les mains au révérend père Bertet , et le remercie de son souvenir. Les ot^uvres du père liibalin sont-elles sous la presse? J'ai envoyé vos deux lettres a hiur adres.se. Le chevalier de la Pome a payé .son nié(l(>cin a Lyon, comme ses parents font à Paris. 31. ^Ferlet, M. Blonde! et moi y fumes aussi bien (jue vous attrapés il y a deux ans. /// (iiic iiosfra iiiç/rotifndin/s /jlciKi sinif ouuiin : uiniiiu surtl In- (jintii , iiiliil jrrl^ini- lii-iikpic t'.<t : jncfntiiiir m nllit iifhis. et m
44S I.KTTRES DE (.11 PaTIN
stt'rih ntn labort! i)ei'it . P ru molli riola , /j/o jjurpureo noro'sso. ca/'duus , et spinis surgit paliuruH acutis. Infeiix loliurn et stériles dominnntur avenœ. Prenons patience , et tenons pour certain que nous sommes encore plus heureux qu'eux , en tant que nous ne sommes ni marchands, ni usuriers, ni banqueroutiers, comme sont tous ceux de cette race. /// mnicatura scmper est aliqiiid iniinicum virtuJi pra inercotorilnis. C'est pourquoi Cicéron a tort bien dit , et fort véritablement : Officiiw rtihil lidJjcf i/igeniii. Erasme haïssoit U^s marchands, (juoluoni crut jiruprunii cjitëjnodi liouinitnn mliil nlind rin'ditori quum lucnnii , etiain. lurpe et fœdum (1 1.
J'apprends que 3i. Morisset Ji'est pas bien à Tuiin , (ju il est fort haï. Les François ne seront jamais aimés des llaHens; ils sont pins lins que nous , mais nous sonnnes plus honnêtes gens qu'eux lis n'étudient guèie, et croient pourtant être fort savants. J'en ai vu qui se moquoient de nous, à cause de la grande peine que nous nous donnons. Ils disent que nous portons la science sur nos épaules. Je pourrois dire (pi'ils tiif
^1) Qu'aurait ixmisc (lui Tatin .>>'il eùl vu uue éi)oiiue a«suic'inenl'i)Iu» Hoiissatite que la .«tienne , où l'on peut exercer *a poitiou de souveraineté au moyen d'une palenle de marchand de drap, d'épicier , de brocanteur, elc.;. «'il eût assisté à l'avènement de la bourgeoisie qui t;ouverne aujourd'hui sou.s la raison commerciale ? \'oilà la réponse à la question du célèbre pamphlet de Sieyès : Qu'est-ce que le tiers étal .' JN'est-ce pas aussi le cas de répéter : tout se voit en France. Cependant est-il vrai que les agitations politiques, les divers gouvernements n'ont que changé les formes et non le caractère de violence et d'arbitraire ? que les principes ont été proclamés, mis en lumière, et jamais en action ; en un mot, que la révolution française . en ])r()nu'Uant le bonheur de tous , a manqué de parole à l'humanilé ? Ces questions sont délicates et difficiles à résoudre. Toujours est-il que dans noire société la masse n'est point heureuse, (ju'il n'y a pas place pour tous. Il est affreux de penser que Mallhus a pu écrire avec quelque raison le passage sui\anl qui résume sa doctrine : » Fn homme qui naît dans un monde déjà occupé, si les riches n'ont pas besoin de son travail, est réellement de trop sur terre. Au grand banquet de la nature , il n'y a point de couvert mis pour lui. La nature lui commande de s'en aller, et elle ne tarde pas à mettre clîe-mtme eet ordre à exécution. > K. I'.
A FAI.CONET. /^^Q
l'ont souvent pitié avec leur esprit, et (pi'ils ne iCrnploitjnt souvent qu'a malice. Si la princesse vient à mourir, il n'est pas Men ; vous savez bien comme elle est sujette à des fluxions sur lapoitrine. Je vous baise les mains, à madame Falconet,et à M. Spon, notre bon ami, et suis de tout mon cœur votre, etc. De Paris, ce 4 déceinbie IfiGS,
LETTRE DCXXI. — yh/ mm^.
Le roi est allé au palais, où il a fait enregistrer les noms des quatorze ducs et pairs nouveaux. Je suis bien aise que M. Tliet, gentilhomme de Danemarck, de grande et ancienne maison, soit tombé entre vos mains ; il m'a l'ait l'honneur de mêle mander lui-même. Je vous adresse une lettre pour son éphore , qui est un fort honnête homme , nommé M. Fogli. Ce M. Thet est promis à la petite-lille de Tycho-Brahé , grand seigneur de Danemarck, grand mathématicien , et heureux restaurateur de l'ancienne astronomie, qui mourut en son château d'Uranisbourg, dans l'ile de Huen , dans la mer Baltique, l'an IGOl , où il s'étoit retiré dans la disgrâce de son roi. Avez-vous ouï parler de la rechute de la duchesse de Savoie? M. Morisset y est ; mais néanmoins le roi n'a pas laissé d'y envoyer un médecin par quartier, nommé Vaizon , qui est un des amis de Valot , qui apparemment lui a procuré cette commission. Il l'avoit mis auprès du cardinal 3Iazarin en sa première maladie ; c'étoit lui qui le veilloit. On dit qu'il en a été mal récompensé. Il fait l'homme d'importance et le mystérieux , mais tout son fait est peu de chose, non est Silenm Alcibiadis , dont il est fait mention dans les adages d'Érasme. Je vous baise très humblement les mains, à mademoiselle Falcouet, et à M. Spon , notre bon ami , et suis de toute mon âme votre, etc.
De Paris, le 18 ticocnibiv i6G:?.