‹ Lettres de Gui Patin (volume 3)Chapitre 17 sur 49 · f.ETTIlES DE (ii;i l'ATlN · texte numérisé non relu

f.ETTIlES DE (ii;i l'ATlN

LETTRE DCXXII. - An mrmf.

.le vous renvoie votre lettre de M. Toiini , dans laquelle je vois toute riiumenr de M. Morisset , qui est capable de s'achever et de se gâter de delà, comme il a bien commencé de deçà. Oh ! que la vanité est un grand vice , et qu'elle aveugle aisément les hommes! Madame royale, sa maîtresse, a les deux maux que vous me mandez, et je tiens pour certain (ju'elle en mourra, tum ratione diutvrnomm ajfectuum^ tmn œtatis ingravescenlls , tum gravissimo^ et imquissimœ tempestutis. 11 y a encore bien loin d'ici au 15 avril; si madame royale n'est bien forte , elle ne résistera jamais duplici hydropisi; il n'en faut qu'une pour la tuer, sérum in thorace co)ic/usummdla nrte exhauritni\ quwii per sectionem aut perforât ionem , a quu tarneii pauci cmdunt , imo paucissimi ^pene nulli; n'en déplaise à celui des nôtres , qui est un vieux fou , qui dit que le souverain remède de l'hydropisie du poumon est hydrargyrosis , le flux (le bouche , comme aux véroles : ad popidum phaleras ! Tous les fous ne sont pas dans les Petites-Maisons. 0 quantum est in rehus inane! L'on a envoyé à Turin M. Vaizon , à la seule recommandation de Valot. Il fait bien l'entendu, l'homme de secrets et d'importance; mais je le tiens cent fois au-dessous de M. Morisset, en fait de science et de bonne médecine.

Je ne verrai M. le premier président qu'après les Rois; dans la première occasion je j)rendrai mon temps de lui parler de nos six ans , qui est un grand terme ; il est vrai que la plupart de ces jeunes médecins ne savent rien. Ils n'étudient point; on les hâte aux universités , au lieu de les examiner rigoureusement , car ils ont peur de perdre leur marchandise ; et pour cela même les médecins de Rouen sont en grand procès, et ceux d'Amiens aussi ; et ainsi presque partout. Tous l(is villages de Normandie sont tantôt pleins de médecins , ipds enim non viens abundnt frislilms ofjscfenis? Tfnttus auior vif(i> ! et néanmoins ou voit par toute la France une paiivicir' pid)li-

A rAU'.ONET. ^l.M

(|ue et générale. V(P ric/is! jMallitnir à co royauni(> des l'raiics qui s'est laissé gouverner depuis ])eu i)ar di;s animaux rouges, par des cardinaux enragés d'avoir le bien d'autrui et de laiss r beaucoup de biens à leurs neveux et nièces. Vœtibl, terra, cuj(/s rex puer est , et m qua principes comedunt luane! Des femmes , des favoris et des princes de peu de courage ont toujours gâté le gouvernement. Les petites universités nwnifeste peccant in puhlica coitnnodn; elles ne renvoient personne. Si lejeune docteur n'est reçu à bon marché en un endroit , il s'en va en un autre ; c'est pourcpioi ceux de Heims s'en vont plaider contre ceux d'Angers, d'autant qu'ils font meilleur marché de leurs degrés académiques, avec un léger examen , peu de temps et sans thèses s'ils ne veulent. Enfin , si on ne trouve remède à un tel désordre , il sera plus grand nombre de médecins en France (m'il n'y a de pommes en Normandie, ou qu'il n'y a de frofi en Italie et en Espagne. Sans davantage exagérer leur ignorance, lacpielle est, devérilé, extrême, lionteuse et périlleuse, ils ne veulent plus même étudier ni avoir de livres; c'est assez pour eux si liaheant in monihus diplunKita academica , etiatn vili œrc redeinpta , et qu'ils soient cousins ou voisins de quelques chirurgiens ou apothicaires. J'en ai vu même qui avoient de fausses lettres. Ils se retirent en leur pays, village , bourg ou petite ville ; à peine ont-ils un Perdulcis et un Fernel , qu'ils n'entendent point , et font les entendus, comme s'ils avoienty/« vitœ et necisi J'ai vu un Provençal qui se vantoit imputlemment de guérir toutes sortes de malades avec un méchant livre qu'il a voit en sa pochette : c'étoient les Centuries de Rulendus, (jui n'a jamais été qu'un méchant fripon , et qui en a bien tué c/nn n/pin sua henedicfa , (jui n'est qu'une infusion d'antimoine, in aqaa plxriali distHlata. .\ee ntirarn pour un Provençal, nafio romœda est. Ce payslà est plein de gens atrabilaires , marchands afï'amés de gain, juifs, charlatans; mais les autres pays n'en sont pas exempts, hic et alibi venditur piper , tant est vrai le passage de Virgile : y'erra molos homines nunc edueat afqm pusillos. Plût à Dieu que ces erreurs finissent bientf'it. et (pie ceux ([ui en ont la

4rf2 LETTRES DE V.Vl PATIN

(lii-pctioii s'y vouilliMit appliquer s(''riensenieiil ; car le mal est j^rand et les coiist'quences très dangereuses ; mais j'ai bien peur que cela n'anive pas sitôt , car le peuple est bien fou , les magistrats trop lâches, et tout le monde trop méchant (l).

(1) Que prouve celte diatribe , écrite d'un style si ferme et si âpre ? qu'il y eul des abus dans tous les temps, ce qui n'étonnera personne. Mai-* qu'aurait pensé Gui Palin s'il eût vécu de nos jours, s'il eût vu , depuis plus de cinquante ans , la médecine, comme profession, abandonnée , délaissée , toujours placée entre un passé détruit et un avenir douleux ? L'abolition complète des anciennes institutions , la radicale faiblesse des nouvelles ; l'insuffisance, l'imprévoyance des lois pour la répression des abus, l'isolement des médecins, le défaut absolu d'éducation professionnelle , la nullité des intérêts généraux , de la médecine; l'audace des charlatans-frelons exploitant impunément la sottise et la crédulité publique, profanant la sainteté de noire ministère comme .s'ils avaient jus vitœ el necis , selon l'expression de noire auteur. N'est-ce pas là le douloureux spectacle qui frappe les yeux à notre époque ? Gui l'atin se plaint du grand nombre des médecins de son temps ; mais aujourd'hui ce nombre n'esl-il pas hors de toute liroporlion avec la nécessité? On a calculé que si l'on défendait pendant dix ans toute réception de docteurs , il en resterait encore assez pour les besoins publics. Aussi, disait un vieux médecin, nous sommes en aussi grand nombre que les malades , bientôt même il y aura plus de chats que de souris. De là l'encombrement de la carrière médicale, les moyens odieux qu'on emploie pour y réussir, le froissement perpétuel des capacités, des cupidités, des vanités, l'art funeste de tromper le public par des réputations surfaites, des célébrités mensongères. On ne conçoit pas que , depuis un demi-siècle , les gouvernements aient abandonné cette profession à une espèce d'organisation inintelligente et défaillante, sauf de précaires, d'insignifiants correctifs, arrachés par de criants abvis. Qu'on se ligure bien néanmoins qu'à peu de chose prés , toute question médicale est au fond une question sociale; il y a ici une solidarité d'intérêts comme de principes. Si quelque bien-être est ajouté à la société , si quelques douleurs sont ôtées de cet immense fardeau de souffrance qui accable l'humanité, on le doit en partie à la médecine largement comprise. Toute amélioration médicale , dogmatique ou professionnelle , s'élève aux proportions d'un problème social. La vigueur el le perfectionnement des générations , les éléments de l'hygiène publique, l'assainissement des lieux , la découverte de la vaccine, l'usage général de la pomme de terre , les talsifi-

A lALCii.NLr. 453

Je me rcîjouis do la boniio fortune de M. Tiiouveiiot; je lui baise les mains. Je crois qu'il réussira mieux par sa sagesse, que le médecin de Madame royale par sa suffisance et sou humeur altière. La modestie sied bien à tout le monde; mais elle est particulièrement nécessairt; ii la cour , aux médecins, aux étrangers , et à ceux (pii ont besoin d'argent.

Je viens d'apprendre de bonne part que samedi prochain le roi ira au Palais pour divers sujets, savoir, des jansénistes et pour plusieurs articles de suppression. Je prie Dieu (ju'ii veuille inspirer son cœur pour le bien de toute la France et pour le soulagement du pauvre peuple , lequel gémit d'une misérable pauvreté depuis si longtemps, et principalement de- |)uis la faveur de ces deux derniers cardinaux, qui ont été de vraies sangsues, qui ont niisérablemeut sucé le sang de toute la France.

M. Spon me mande que vous êtes allé à Turin y voir iMadame royale ; je vous y souhaite bonne réussite, qu'elle j)uissc bien guérir, et vous en revenir bien content. Je vous prie aussi, étant sur les lieux, de faire mes recommandations à M. Torini le père, à M. son fils, à M. Morisset, et à iiotic ancien ami M. Thouvenot. Je vous souhaite toute sorte de prospérité et de contentement, et un prompt retour à Lyon. Je suis de tout mon cœur votre, etc.

i)c Paris, le 2b décembre 1063.

calions des substances alimentaires ; tout ce qui concerne la m deciiic li'i^ale dans les cours de justice, le travail des ouvriers et des enfants dans les manufactures, la répression par les maisons pénitentiaires , etc.; toutes ces questions et une infinilé d'autres ont leurs racines , leur solution dans la médecine, qui est l'art de conserver, d'améliorer, aussi bien que l'art de guérir. (Voyez les Annales d hygiène publique cl de médecine légale , recueil publié depuis 1829 , par les membres du Conseil de salubrité de l'aris.) C'était donc une pensée juste , jirofniide, plutôt qu'un sentiment d'orgueil, qui animait l'ancienne l'acuité lor.-iprdle gravait au fronlisi)ice de ses décisions et dans renreinle de ses délibérations la célèbre devise : IJrbi cl orbi salus. \\. V,\

i.M I.LIIKKS UK lill l'All.N

LETTRE DCXXIII. — Au même.

Je vous salue dans l'espérance que j'ai que vous soyez de retour et de repos en votre maison à Lyon, après tant de peine que vous avez eue auprès de Madame royale et en votre voyage. Que deviendra notre cherM.Morisset, après la perte de sa maîtresse? Je ne sais si on le retiendra de delà ; mais même je ne sais pas si l'état présent de ses affaires lui permettra de revenir à Paris. On dit ici que vous aurez le carême prochain le roi à Lyon, qui y mènera la chambre de justice , et que l'on mettra M. Fouquet dans Pierre-Ancise. Tout le futur est bien incertain ; Dieu est pardessus tout. Je vous recommande l'incluse pour notre bon ami M. Spon. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur voire, etc.

De Paris, le 21 janvier 1CG4.

LETTHE DCXXIV. — Au même.

Je ne doute pas que vous ne soyez en bon lieu et toujours en vous-même, mais je ne sais pas si vous êtes à Turin; quel- (pie part que vous soyez , je ne vous souhaite que du bien.

Nous eûmes hier une grande assemblée en nos écoles , où l'on disoit que M. Morisset étoit parti de Turin , et qu'il étoit à Lyon, d'où il nebougeoit jusqu'à ce qu'il eût accordé avec ses créanciers , de peur qu'autrement en revenant à Paris , on ne lui fit un pourpoint de pierre ; ce qui arriveroit apparemment. J'ai regret que ce pauvre homme soit si fort eml)arrassé en ses affaires. Notre assemblée d'hier étoit pour élire des examinateurs pour le mois de mars prochain; cela n'arrive ([u'une fois en deux ans , et très rigoureusement. Si on riinitoit en ([uel([ue façon dans les petites universités , nos jeunes gens n'(Hudieroient que mieux : mais les Allemands î>e

fient à Padouo, nos François à Montpcllior, et ils en ic\ii"nnent souvent aussi ignorants qu'ils y ont été.

On (lit ici que la paix du pape n'est point faite, mais que nos troupes vont en Italie pour la faire ou faire faire. Nous avons ici M. (iliarpentier malade cxpodagra et. vcsicœ caictdo , âgé de soixante-neuf ans.

Le roi donnera dix mille hommes de secours à l'empereur, à ce qu'on dit; ils seront conduits en Allemagne par M. D'Erlac , contre le Turc. On dit aussi que nos troupes d'Italie s'en vont assiéger Bologne que tient le pape. Où donc est de présent M. Vaizon ? On dit qu'il a été pris de quelcpie fluxion à Turin ; c'est un double malheur d'être hors de sa maison et être malade.

Le comte de Brienne, ci-devant secrétaire d'État, après avoir perdu sa charge et sa femme, fille de M. de Cliavigny, s'est enfin rendu père de l'Oratoire. Voilà un jeune homme perdu si Dieu ne le sauve, que les jeux et les pipenrs ont ruiné. Il méritoit une meilleure fin , car c'étoit un honnéle homme et très savant. Il ainioit mon fils Charles au dernier point et l'envoyoit quérir tous les jours. Il lui fait une belle préface à ses Familiœ ronianœ.

Je viens d'apprendre que l'ambassadeur d"P]spagne présenta hier au roi un courrier de Rome, qui lui oflVe tout contentement , et que la paix d'Italie seroit faite, si nous avions la ratification de ce que le pape promet. Si M. le maréchal du Plessis-Praslin va en Italie pour notre général, on dit qu'il emmènera (puind et soi pour médecin 31. de Mauvillain, un des niMres, qui est grand ami de M. 3Iorisset (I) , duquel je vous dirai des nouvelles si vous en avez besoin. Les jours commencent à croître, et je recommencerai aussi mes leçons au Collège royal , dont beaucoup de gens me pressent. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 29 janvier 1664.

0) Ll de Molière.

-■jo'j l.lilTlŒS DE (iV 1 l'ATlN

LETTRE DCXXV. — A» ntnne.

J'ai reçu votîe lettre, datée du 5 janvier, des mains de M. Jérôme Colot ; vous étiez encore alors à Turin , et maintenant je me persuade que vous êtes à Lyon : ainsi soit-il.

On dit ici que la paix va se faire en Italie avec le pape, mais qu'il en faut attendre la ratification et l'exécution , et que nonobstant tout cela , le roi ne laissera pas d'aller à Lyon le mois de mai prochain ; mais tout cela est incertain , aussi bien que tout ce qui dépend de l'avenir.

Quelques uns des r.ôtres qui connoissent iVL Vaizon (c'est celui que je ne vis jamais et duquel je ne sais rien (jue par oui dire) , disent qu'il est tombé malade à Turin. Une grande maladie en pays étranger, arrivée de la sorte, me fait pitié, même pour un inconnu. On dit que M. Fouquet ne peut être jugé de six mois, pour avoir obtenu (jue les comj)tes de l'épargne lui soient comnmniqiiés , atin que par après il puisse répondre sur les objections qu'on voudra lui faire. La peste est cessée cà Amsterdam.

On dit ici quo(puuid bien la paix seroit faite avec le pape, M. le maréchal du Plessis-Praslin ne laissera pas d'alleren Italie pour y commander l'armée du roi ; c'est donc signe qu'il y a quelque autre dessein. Je vous baise très luimblement les mains , et suis de toute mon àme votre , etc.

P. S L'on a envoyé des gens à Arras, pour amener prisonnier M. de Montejeu, autrement dit le maréchal de Schulemberg , qui en est le gouverneur, pour plusieurs plaintes qui sont contre lui. Plusieurs morts subites arrivent ici à des vieilles gens , ex syncope cordiaca et ohstructione cordis otque mcntiium pulmmiis ( 1 ).

M. Morisset est à Paris ; (juelques uns des nôtres l'ont vu ; je n'en sais encore (juc cela, mais après demain j'en saurai

(1) Syiijplôiiics Jes anévriniies du cœur ou des gros vaisseaux , mais ])cu connus à réi)o luc de Gui l\itin. ^'oycz la note ci-dessus, page 39y.

dav;iiitage, car il est un dos disputaiilà ii l'aclc ([ue nous aurons après demain en nos écoles. M. le maréchal du Plessis- Praslin, général destiné pour notre armée d'Italie, avoit ordre de partir aujourd'hui, mais le roi l'a remis jusqu'à samedi ; encore dit-on que l'on attend un courrier : s'il arrive, il jiourra hien encore différer ce parlement, et tout au [)is al Ici-, on dit (jue, la paix venant à étreratiliée, il ue passera [)as a Lyon.

Madame la présidente de Thou est morte ce matin; elle éloit fdle de M. Picardet, procureur-général de Dijon. Elle laisse beaucoup d'enfants à M. son mari, cjui est frère de ce pauvre martyr du cardinal de Richelieu , qui mourut à Lyon l'an ]G42, le 4 septembre, avec 3L de Gin([-Mars. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cojur votre, etc.

De l^aris, le o février 1G(34.

LETTRE DCXXYL —Ah môme

On parle de la maladie de M. le duc de Savoie, pour hu|u<'lle M. le comte de Soissons, son proche parent , s'en va à Turin ; je crois même qu'il est déjà parti.

J'ai, ce matin 7 février, été entendre l'acte de nos écoles, où j'ai api)ris que ^\. 3Iorisset n'est point encore arrivé à Paris. Celui qui croyoit l'avoir vu a la berlue ; il est encore à Lyon avec sa femme, qui y a été malade. Tout le monde parle du procès qui est entre deux gros marchands de la rue Saint- Denis, nommés Salar et Gautier; celui-là demande à celui-ci 62,000 livres par une obligation qu'il dit avoir de lui, passée par-devant deux notaires qui tous deux vivent et recounoissent leur écriture ; mais tous deux avouent qu'ils ne se sou- / viennent point de cet acte. On croit qu'il y a quelque fourbe- ^ rie du côté de Salar, que l'on dit être un méchant honnne et n'être pas à son aise, et au contraire M. Gautier a bonne réputation et est fort riche. Je les connois fort bien tous deux, et ai plusieurs fois été chez l'un et chez l'autre en consulta-

4ôS LETTUES DE (lU PAÏIX

tioii. J'ai peur que Salar ne perde , étant souproinic de beaucoup de friponneries, et au contraire M. Gautierest fort aimé; je le tiens homme d'honneur, et digne du grand crédit qu'il a.

Dieu soit loué de ce que vous êtes de retour à Lyon après un si grand voyage et un si mauvais temps. Je suis bien aise que vous n'y avez pas perdu votre peine, et qu'on y ait reconnu votre vertu ; on ne pouvoit pas moins faire après vous avoir tiré de Lyon et de votre maison : principibus placuissc viris. non ultima Inus est.

Pour M. Morisset , j'ai pitié de lui ; mais il a toujours gâté toutes ses afîaires par sa vanité, quelque habile homme qu'il soit ou qu'il croie être. Je ne crois pas qu'il séjourne longtemps à Lyon , car ses créanciers le feront prisonnier là aussi bien qu'à Paris. Voilà comme on en parle ici; cet homme est malheureux : habet equum Sejanum, et est qnarta lima natus.

Je vous remercie de ce que vous me mandez des recommandations de MM. de Torini et de M. Thouvenot ; je vous })rie de leur en faire autant pour moi à votre commodité. Je vous renvoie votre lettre pour M. le chevalier ; je crois <]u'il est à Lyon , au moins m'est-il ici venu dire adieu, prétendant partir le lendemain, et que madame sa mère lui avoit commandé de s'en retourner; il y a déjà bien douze jours ou environ. Un fort homme de bien, grand serviteur de Dieu et de bonne conscience, mourut hier ici : c'est M. le inavi'chnl de la Meillerayp , tyran de la Bretagne, cousin de M. de la Hocliefoucault, jadis surintendant des finances ; grand-maître de l'artillerie , cousin de mademoiselle la duchesse d'Esguillon et père de M. le duc Mazarin , magna domina. Ne pensez-vous pas qu'il faille dire de cet homme ce qu'a dit un certain poète de ce temps : Belle Cane devant Dieu, s'il y croyoit? Il n'y a donc plus guère que mademoiselle de Gombalet de cette première branche de la parenté du cardinal de Richelieu qui puisse empêcher que M. de Saint-Germain, jadis nommé Mathieu de Morgues, aumônier de la feue reine-mère Marie de Médicis, ne mette au jourson histoire de la vie dudit cardinal , où l'un verra d'étranges choses . à ce ((u'il m'a dit lui-

A lAl.ro.NLT, 4.'; 9

mémo, et oiisuite la vio du l'eu roi Louis XIII , et l'histoire de tout sou règue, depuis l'au IGIO jusqu'en l'au 1G4'3 qu'il est mort. On dit que la paix est faite avec le pape; mais la Chambre de justice continue ses poursuites , et même sur M. Fou- ([uet, qui a refusé de répondre )wrissime à son nouveau procureur-général nommé M. Chamillard, et à un de ses rapporteurs. On parle ici d'un nouveau commerce établi par le roi avec le roi de Dancmarck , lequel diminuera (juelque chose du gain des HoUandois, et entre autres pour du grand bois (|ue l'on tirera de Norvège, à faire de grands bàliments et des vaisseaux pour la navigation, que M. Colberts'cn va faire établir en France pour aller aux Indes orientales et occidentales. On parle aussi de faire en France une jonction des deux mers, Océan et Méditerranée, en commençant devers Bordeaux par le Languedoc jusque près de Narbonne (i). Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, el(;. Ue Paris, le 8 février IG64.

J.FTTHE DGXXVIL — Au uinuc.

Je vous écris la présente pour vous dire que les' molinislcs ont eu le crédit, par un arrêt d'en haut, de faire brûler en Grève le Manwde catholicurum et le Journal de M. de Saiut- Aniûur. Mais on ne brûle pas la vérité {i). Voici un autre

(1) La marine française acquit bientôt une prépondérance inconte-îtable; on compta jusqu'à quatre-vingts vaisseaux de Hj^ne dans nos ports. I.e magnifique canal du Languedoc , ce monument dû au génie de rilluslre Riquel , fut décidé en JfîOC) ; on employa à sa conslruction plus de quatorze années, car la navigation ne tut établie sur ce canal qu'en 1681. (R. P.)

(2) Non certes, on ne brûle pas la vérité, pour Tlionneur et le bonlieur des sociétés; toutefois on la cache, on l'obscurcit, on la dégtiise , on raltère, on la farde , on la couvre avec plus ou moins d'art du masque de l'erreur. Vains et stériles efforts! la \érilé , celte lille du ciel , réparait toi ou tard plus vive , plus éclatante (pie jamais :

•i60 i.tTTllL.S DE (ill PAI'.N

iiiuiiïjtre (|Lie notre AlViciue nous présente. C'est un apollii-

/ Caire nommé Tartarin, âgé de soixante-quatre ans, "logé dans

la rue Saint-Antoine, qui par ci-devant avoit été échevin et

n'avoit que deux enfants , dont le lîls a été si sot, qu'il s'est

fait moine do l'oi'dre qu'ils appellent Séraphique. C'est une

espèce de cordeliers , dit du tiers ordre, récolets ou piquepus.

Pour sa iille , il l'a mariée à M. le marquis de Baradat avec

. 200,000 livres. Mais ce noble geridre devoit tant, que pré-

i sentement il n'a plus rien vaillant , et le beau-père estimé

i' fort riche a fait une vilaine baïKjueroute. Voilà des fruits du

temps et des tleurs de notre siècle.

Vous savez bien que M. de la )leilleraye, maréchal de France, père du duc Mazarin , est mort ici depuis trois jours. 11 étoit lieutenant du roi en Bretague , et avoit été surintendant des linances, et cousin du cardinal de Richelieu. On l'appeloit à Nantes le tyran de la Bretagne. Le roi envoie dans ce pays-là une compagnie de cavalerie pour y prendre mort ou vif un baron de Polie pour la fausse monnoie. Je suis, etc. De Paris , le 22 fé\ rier ICAV'"

LETTRE DCXXVIIl. — Au même.

On tient ici la paix faite avec le pape et le roi le dit luimême hier, ce samedi 23 février, que le cardinal Chigi viendra ici en (jualité de légat. M. Jér. Colot m'est ce malin venu voir et m'a demandé de vos nouvelles, tlont il témoigne être fort en peine ; je lui ai dit (pie vous étiez à Lyon en bonne santé, i^t que vous m'aviez honoré d'une des vôtres depuis votre retour de Piémont.

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