le duc Mazarin est allé en Alsace par exprès comman
S(>n iiinii<iicc est d'aulant plus (Micr^ique, qu'elle a clé plus loiigtein])s com])iinice. Kn (oui et partout, dans la vie publique comme dans la vie l>rivée , il faut donc consulter la vcrilé . la respecter , la rechercher à sa source la plus haute , la phi^ sacrée, cl ne reculer jamais devant ses conséquences, (R. l'.î
(leriKMil (Iii roi ot [>nv nécessité. On dit (\ue 1(î roi fail faire de la ])ou(lre à canon en divers lieux, et en telle f|aantité, que l'on soupçonne toujours de la guerre que^iue part. Le Habelaisest achevé à Amsterdam en deux tomes in-douze qui se vendent ici i livres 10 sous en blanc; Timpression en est fort belle; il y a à la lin une explication de plusieurs mots dudit auteur, laquelle est bonne.
Il n'y a que trois jours qu'un des bons amis de AI. Morisset me dit que l'on travailloit à obtenir de ses créanciers qu'il pût venir ici, et (ju'il espéroit d'en venir à bout; il y seroit mieux qu'a Lyon , à ce que je vois. La vanité a été le pi'emier péché du genre humain ; il en a eu toute sa vie , el n capite ('JHx fulhoii non drflnet ; il sera toujours glorieux et malheureux. Cette vanité est une maladie incurable qiur Itoinincni comitafurvMjW ml tumnlnm. Il y a en son t'ait beaucoup d'imprudence, vanité, pauvreté, et connue j'entends, j'ai peur qu'il n'y succombe à son âge de septante ans ; j'en ai pourtant regret et le plains bien fort , car il est bon homme et savant; mais quoi ! auriculos osini quis nonliohet? Tout le monde le plaint ici, mais personne ne l'assiste. Vous diriez qu'il a la peste, niliil liabet infelixjxn/jjcrfas (bir/n;^ in se , qnnm qnijil Imrninesi ridiculos fnclt.
Je viens de voir M. Roussel, marchand de Lyon, beau- IVère de M. Kaftin, qui m'a demandé <le vos nouvelles ; je lui en ai dit de bonnes. Dieu merci ; il vous liaise les mains : c'est v.n bon corps d'homme, un bon chrétien , (jui auroit été bon pour l'église primitive; mais il aime bien les cérémonies d'église, qui n'étoient point en usage en ce temps-là.
Le Turc a pris tout nouvellement Clausembourg en Transylvanie. Si on le laisse toujours faire ainsi, je crois qu'à la fin il prendra tout; mais (juoi qu'il en arrive, je ne me ferai jamais Turc : c'est une sotte religion , avec leur Alcoran , aussi bien (jue celle des juifs, avec leur Messie prétendu.
On dit ici ([ue M. Morisset tient le lou[) par les oreilli\s, et qu'il n'ose reculer; je crois que cet homme Iiohcf cqnnni Scjn-
462 LETTUES DE (.11 PATIN
iiinii ^ tant il est mallieureux, qnrtinvis non Imhfdf (luriini TdIosiuntm. Je vous baise très Imnibleineiit les mains, et suis de toute mon âme votre, etc.
De Paris , le 29 février 1fiC4.
LETTRE DCXXIX. ~ An môme.
Je ne sais rien de nouveau de l'Hippocrate de M. van der Linden. Cet auteur est moi't àLeyden, âgé de cinquante-trois ans, d'une fièvre avec fluxion sur la poitrine après avoir pris de l'antimoine, et sans s'être fait saigner (i). Quelle pitié! faire tant de livres , savoir tant de latin et de grec , et se laisser mourir de la fièvre et d'un catarrhe suffoquant sans se faire saigner ! J'aime mieux être ignorant et me faire saigner quelquefois. Il y a trois ans que j'en tenois, si je n'eusse eu l'esprit de me faire promptement saigner. J'aime mieux que l'on jette mon sang sur un fumier, que si l'on mettoit mon corps en terre. Voilà comment meurent les fous et les chimistes.
Je prie Dieu de bon cœur qu'il renvoie la santé à votre chère moitié. Le lait d'ànesse sera dans sa grande force dans dix jours. Je souhaite qu'elle s'en trouve bien. Si je la pouvois guérir, je partirois dès demain pour Lyon; mais il y a trop loin d'ici. Galien envoyoit ses malades à la montagne de Stabium , qui en revenoient en bonne santé. Mon iîls Carolus m'en a contirmé la remarque par une médaille de l'empereur Geta, qu'il estime fort, où il m'a montré une vache que les habitants de cette montagne avoient fait représenter pour rexcellence de son lait. Nous en avons aussi de celui d'ànesse très bon à leiitour de Paris. Ma belle -mère, morte âgée de (|uatre-vingt-quatre ans, d'une apoplexie, avait pris soixante ans durant le lait d'ànesse. La mère de M. Dulaurens, lecon-
(i; Vojez les noies t. I , pag. 6:], ACt'S, 373 : I. Tf. paj',. '(!»".
A FALC.ONET. -IG.'Î
sciller, mourut l'an passé, àyù de (lualic-viiij^t-srpl ans. Elle en usoittous les ans depuis l'âge de vingt-deux ans. Sa bellesœur, veuve d'André Dulaurens, l'anatomiste, avoit fait la même chose et a vécu quatre-vingt cinq ans. Il fait ici des merveilles, particulièrement au printemps et en automne, notamment quand on le prend avec précaution fl). Je n'en donne jamais que les entrailles ne soient bien nettes et préparées par de bonnes et douces purgations. Je suis , etc. De Paris , le 8 avril 1664.
LETTRE DCXXX. — Au même.
Depuis ([ueje vous écrivis il y acjuelques jours, on m'a dit que M. de Belleval , professeur et chancelier de Montpellier, est mort (2) , et que le roi a donné sa charge à M. Valot. Il est docteur de Reims, le voilà chef de Montpellier; ainsi la fortune de la cour fait tout.
On cherche ici un médecin qui veuille aller en Pologne ; maison veut qu'il soit astrologue, chimiste, et qu'il ne saigne guère. Je suis d'avis qu'on leur en fasse faire un tout exprès, car Galien ne leur seroit point propre, si ce n'est (pi'on leur en trouve un tout fait à la foire Saint-Germain.
On parle maintenant de réformer et retrancher les greffiers, i qui ne sont pas les moindres larrons du royaume. Qui pour-l roit réformer les apothicaires et les procureurs , et même tant
(t) Lorsqu'un médecin juif , envoyé par l'empereur de Cotislantinople à François 1", rétablil la ranic do ce p.iaïul roi au moyen du lait d'àncsse , on croyait ce moyen absolument inconnu des anciens. On voit par ce (pie faisait Galien pour ses malades, et surlout par la curieuse médaille (jue (.îiarlcs l*;)lin possédait, et qu'il lit voir à son père, que les anciens médecins employaient souvent le lait et même celui d'ànesse comme un puissant moyen de guérison. (R. I' )
^•2) Martin Riclur de Belleval, neveu de l'ierro Hichcr de Delleval.
464 LF.TÏRES DE Cil PATIN
' (le juges et de intklecins ignorants qu'il y a en France, oblige p'oitfort le public.
On craint le Turc en Allemagne ; plût à Dieu que ce tut une terreur panique. Si du Pont-Euxin par le Danube reniontoit quelque vilaine bète comme une tortue, les Allemands ne croiroient-ils pas que ce seroit quelque avant -courrier de l'antechrist ou du Turc, ou quelque autre Paracelse? De ce (|ui arrivera , je ne sais qu'en croire ou (ju'en craindre. Il faut que je dise, comme me dit avant que mourir M. Gassendi : c( Je ne crains rien de tout ce qui me doit et me peut arriver. « Adieu.
De Paris, le 18 avril 1G04.
LETTRE DCXXXI.— .l?/we//?^.
Le marcliand de dentelles et point de Venise nommé Salar list toujours dans le cachot noir du grand Châtelet; il est accusé de plusieurs faussetés ^1). Il promet à ses juges de leur révéler bien des vérités , et d'accuser beaucoup de complices, ; pourvu qu'il ait la vie sauve ; on dit néanmoins qu'il sera i pendu. 11 y a ici des femmes de marchands prisonniers pour ^ la fausse monnoie et pour l'avoir débitée.
L'affaire de Chartres est tout-à-fait mauvaise. Le fds de M. Grenet, procureur du roi, et le vice-bailli son gendre sont tous deux en fuite. Il y a une femme prisonnière et deux valets; tout est pris et saisi. M. de Fortia, maître des requêtes, commissaire député et envoyé sur les lieux, est ici attendu dans trois jours. La chambre de justice fait bien des recherches sur plusieurs particuliers et en fait mettre beaucoup en prison.
On imprime ici les Conciles en quinze tomes in-folio , les Œuvres de Balzac , tout entier en deux tomes , V Histoire de France , par Mézeray, en quatre tomes , etc. On espère de voir
(1) Faux, oomiiif" on dit ntijourd'hiii.
A KM. CONKl. Whi
bieiibU ici mie nouvelle pièce de (leleuse [tour M. I'oikjiu'I , laquelle , à ce qu'on dit , s'imprime hors du royaume , et qui surpassera en beaux, raisounenieuts tout ce qui jusqu'ici a été lait pour sa défense. Enfin M. Morisset revient ; un dt; ses paiticuliers amis vient de m'en assurer; c'est qu'il est d'accord avec ses créanciers par le moyen de M. Valot, qui lui a obtenu du terme et de l'assurance contre tant de demandes. 0 misérable vanité, que tu fais du mal au monde 1
Il y a ici une nouvelle criminelle: c'est une femme d'environ cinquante ans, qui a toujours fait la belle, veuve d'un marchand de passements de la rue au Fer et lille de Boussingaut, fameux marchand de vin, et que j'ai autrefois traité malade. Elle est prisonnière pour avoir eu intelligence avec des faux monnoyeurs qui faisoient des loids d or de sept livres , et elle les distribuoit et faisoit passer pour bons , moyennant quinze sous de profit sur chaque [lièce. Mon Dieu, que les méchants sont malheureux! Maudit argent, (jue lu lais de mal en ce monde ( 1 ) ! L'avarice et la vanité sont les démons
(1) En vérité, il laul toujours .s étonner tie Pclonnement de Gui Patin quant à la piiis.sance de l'argent sur notre misérable es])èce. Est ce qu'il n'eu fut pas ainsi de tout temps? ignore-t-oa ce qu'a dit un ancien sur Vauri sacra famés ? Horace ne se moque-t-il pas des Romains pla- <;ant toujours virtus post nummos. 11 faut pourtant avouer (lu'il \ a dans la cupidité, ceUe lèpre du cœur humain, des paroxysme» plus ou moins violents. On peut assurer qu'à noire époque, la maladie sem])ii' èlre parvenue au plus haut point diiitensité ; l'aLf^enl fait tou! cl peut tout. Aussi, dit un pnëte moderne . M. de Lalouche,
I^a vertu n'a qu'un jour , la licautc ii'ii iiu'iiiic liuiiic ; Uans son mérite eutier l'artît'nt lui .seul demeure. C'est rinfaillible clef, otivraut de toutes p.irl.s (AULscieuce , scruuule, et pudeur, et remparts. Victorieux .sultan de tous ses adversaires , C est le nerf du crédit, reutraille des aflaires ; C'est la tète de tout , principe , l)iit linal: Aus.si rentendt)ii.s-u()U.s nommer le CAPITAL.
-it)6 LKIlKKS Ut (.1 I PAIIX
(liii le iiouverneiit anjoiinriiiii. Cette veuve s'appelle madame leFèvre; elle a mie fille mariée à un nommé M. Gervaisdela Marclie, qui a été oftîcier du roi.
Ou dit que le caidiiial légat vient, qu'il arrivera à Fontainebleau , ou le roi se rendra le 15 de mai pour l'y recevoir.
Le roi ira au palais bientôt pour quelque suppression con - Ire les jansénistes. Quand le roi sera à Fontainebleau, la chambre de justice sera à Moret, et les prisonniers à Montereau-sur- Yonne. M. l'archevêque de Rhodes a ses bulles pour l'arclievèché de Paris, dont il prendra demain possession.
Ue Paris, le 18 avriUfiCi.
LETTRE DCXXXIL —.1// mèmr.
Ce mot ne sera ici cpie pour vous remercier des deux beaux livres que vous m'avez envoyés par M. delà Fille, votre chirurgien. Je remercie aussi le révérend père Ménestrier de la bonté qu'il a eue de me mettre dans son livre, comme il a fait parlant de M. Spon , page 41. Je viens de recevoir une lettre de M. C, qui me mande avoir été appelé chez un prince d'Allemagne, duc de Wirtember», qu'il a traité, et après avoir été chez lui quelque temps et l'avoir guéri , en a été fort bien récompensé. On lui offre de grands avantages, s'il veut aller à Prague , mais il y a quelque chose de meilleur sur le bureau .
J'entretins hier M. de Lorme (1) , qui me semble être un merveilleux personnage ; il a une prodigieuse mémoire , beaucoup d'esprit, grand sens et de grandes connoissances, ce qui est bien extraordinaire en un âge si avancé; de plus, il a fait son cours en une terrible école, qui est la cour. Il m'a fort remerciédes lettresquejelui écrivis il y a deux ans, et
(1; Voyez lu note (.11, page 398,
A FALCOiNKl. 4(37
moi je lai remercié des siennes. 11 dit qu'après (jiie son procès sera jugé, il me viendroit volontiers demander une petite chambre pour y demeurer avec moi et pour m'entretenir de plusieurs choses; je lui ai oHèrl toute la maison. Il m'a souvent parlé de M. Guillemeau, son ancien ami. Il n'étoit pas des plus savants , mais il étoit bien intentionné et avoit une prodigieuse mémoire. Il étoit tort dans la méthode d Uippocrate et de Galien ; il adoroit la fortune de la cour, dont il étoit disgracié pour n'avoir point voulu être du parti du cardinal de Richelieu, s'étant attaché à la pauvre reine-mère, Marie de Médicis, de laquelle il espéroit tout ; mais tous deux en furent trop mauvais marchanda.
Le roi s'en va demain à Saint-Germain avec toute la cour, ce 28 avril ; on dit qu'il y sera plus de trois mois. On parle ici d'un grand projet que l'on a proposé au roi pour faire la taille réelle, ou bien d'un autre par lequel on ôtera les tailles et gabelles, et chaque personne paiei'a tant par tète au roi , ce qui me semble, non seulement injuste, mais aussi impossible, (juoique celase fasse en Turquie; mais, par la grâce de Dieu, la France ne sera jamais turque.
M. le maréchal d'Estrées , âgé de quatre-vingt-dix-sept ans, est échappé d'une fièvre continue , au grand étonnement de bien du monde dans un si grand âge; il est né l'an la73, et étoit frère de madame Gabrielle, qui mourut l'an lâli), mère de teu M. de Vendôme, Le roi est a Saint-Germain ; M. et madame d'Orléans s'y en vont dans quelques jours après qu'elle sera guérie. InUat clcclio rcgis Poloniœ.
M. Séguin, médecin de la reine-mère, âgé de soixantehuit ans, veuf il y a longtemps, abbé d'ujie bonne abbaye , et enhn prêtre fort dévot et très avare, s'en va quitter le monde, et se retire dans Saint-Victor, avec les moines, pour y passer le reste de ses jours. Il a un fils , conseiller à la cour, (jui lui donne du mécontentement : nullus est ex omni parte beutus. Medio de fonte lepornm surgit muori aliquld quod in ipsts f(iuc'tbii$ iitit/nt.
468 LETTRES DE Ci 1 P\TI\
On parle icidt^ huit villages en Italie ([ui y ont étéaccahlc;^ parles cendres du mont Vésuve. 31. Bouclierat , maître des comptes à Paris, et doyen de sa chambre, âgé de quatrevingt-seize ans, est ici fort malade; il crache le sang et saigne <lu nez : effœtœ «c deficienttsmifurœarrjni/ieiifiu//,.
On dit qu'il y a du bruit à Constantinople, qui a donné de la frayeur au grand-seigneur, et qu'il y a grande apparence (ju'ils ne prendront pas Candie cette année.
Il y a ici un ambassadeur d'Angleterre pour rétablir le commerce du plomb , de l'étain et des bas d'estame, et peutêtre pour autre chose de plus grande importance.
J'admire les recherches particulières que le père Ménestrier a ramassées avec grand soin et beaucoup de travail, pour en composer V Éloge hiMorique. de la ville de J^yon ( 1 ) Ce 1 ivre durera à jamais pour l'honneur de votre ville, qui est en France ce qu'est Anvers aux Pays-Bas, et ce que dit J. Lipsius, qurid est in cripite oculus ; sauf à Paris et à Rouen de défendre leurs droits, ayant chacune ses raisons et ses prérogatives. J'ai peur qu'on ne dise de Paris ce que Joseph Scaliger a dit de la liome de son temps : Spurcion cadacer pju'stinœ venys/ofis , tHi'pis litura non nièrent i uni rerum, etc. Mais à propos de Scaliger, qm étoit un liumme incomparable , n'avez-vous j)oint vu trois |)etits livrets intitulés Scnligernua, Pcrroninnn
(1) Voici le tilre en entier : Èloije historique de la ville de Lyon , sa (jrandeur consulaire sous les empereurs et sous les rois; 1669, in-4". Ce père MénesU ier clail un homme 1res érudil et qui a composé beaucoup d'ouvrages dont quelques uns sont encore estimés. Il ne faut pas le (Confondre avec un aulre Ménestrier, savant numismate du siècle précédent, qui vécut et mourut à Dijon. Son épiiaphc se lisait sur un des vitraux de l'é^ïlise de Saint-Jean de ceUe ville, la voici :
Ci git Jean le Mi'-nestrier; Lan (le sa vie soiî.antc-(iix , 11 mit le pied dans l'estrier Pinir s'en allrr en paradis !
\ IM.IO.NLT. iGO
ci Thwmd.f ()ii lie tioiive ((Lie bien peu du piemier, et je uai puint vu les deux autres. J'ai en mes mains le manuscrit du premier, il y a trente-huit ans, et je vous l'offre de bon cœur.
Je viens d'apprendre la mort d'un de nos médecins . nommé Vaclierot , âgé de soixante-deux ans (l). 11 étoit à Commerci, médecin du cardinal de Helz, et il y est mort d'une inllammation de poumon pour avoir trop aimé le vin. Du reste c'étoit un savant homme , honnête et digne d'une plus longue vie.
Il est mort aussi un conseiller de la grand'chambre , nommé Musnier de l'Artige, âgé de soixante-dix-neuf ans. Guénaut et Rainssant n'ont pas laissé de lui doimer deux fois tlu vin émétique, avec lequel on arrive souvent ad rrfjii.ieni seinpifernom .
Notre jeune reine est grosse, et jeu suis bien aise. Plaise à Dieu que sa postérité vive et règne longtemps, et qu'elle rél)are tant de maux que la France soutire depuis la mort du bon roi Henri IV.
M. Colbert a été dire à M. Boucherai, conseiller d Ktat, (ju'il n'allât plus à la chambre de justice , et que telle étoit la volonté du roi. On croit que c'est pour avoir parlé en faveur de M. Fouquet, et n'avoir pas crié au gré de la cour, fo//r, (■rucifuje. Je vous baise les mains, et suis de tout mon conir votre, etc.
De Paris, le G mai 160'».
LETTRE DCXXXIII. — .\u uiniw.
Je vis ici, vendredi dernier, en consulte, une fennne mordue d'un chien enragé , âgée de trente-cinq ans. Les parents, ayant entendu notre pronostic, qui ne promettoit rien de
1 ^(>vp/, la no(p îomr ! I , [1 ~'\.
'il'O LETTRES DE fili l'ATiN
boi! , i'iu'ent chei'cliei" le chevalier de Saint-Hubert , qui y vint, mais qui n'y avança rien. On leur amena un charlatan qui lui fit avaler du vin émétique, et après lui donna une pilule, dont elle mourut trois heures après. Le pentamètre d'Ausone n'y a pas eu son effet : Et qmim fota volunt , bina venenajiwant. Les charlatans tuent plus de monde que les bons médecins n'en guérissent. C'est la faute des juges qui les souffrent.
Je baise les mains à madame votre femme. J'ai mauvaise opinion des eaux de Vichy pour elle. Feu M. Merlet , qui y avoit été , les disoit fort contraires à la poitrine ; et de fait ces minéraux desséchants sont ennemis du poumon. J'aimerois mieux, en cette belle saison, un changement d'air et du lait d'ànesse, en se purgeant de dix en dix jours avec la casse et le séné. Toutes ces eaux métalliques ont un certain .sel desséchant et ennemi des entrailles (i). Vous avez déhvré votre jeune homme d'un grand mal. Nos barbiers font ici tous les jours des fautes semblables à celles qu'on a faites avec lui , et nos chiens à grand collier ne font autre chose et ne rougissent point de dire , comme Vespasien , que l'odeur du gain est toujours bonne, de (|uoi cpie ce soit qu'il provienne. Je suis, etc.
De Paris, le 6 mai \(Wt.
LETTRE DCXXXIV. — Au môme.
J'ai ici vu M. Merlat , jeune homme de Lyon , qui m'a parlé de vous, comme vous lui aviez recommandé de me voir: nec
[\) II y a du vrai, du bon praticien dans cette réflexion ; toute eau minérale est excitante, voilà qui est certain ; mais il ne l'est pas moins qu'employées à propos et selon des indications précises et formelles, les eaux minérales sont un moyen thérapeutique d'autant plus précieux que nul autre ne peut le rcmidao^r. l'our les eaux de Vichy, voyez la note tome \\ , page 583. (R. P.)
A FAl.CONET. 47 \
injuria, iiidi>/et cniin arlc Mnrliaouia et Chironia. Je vous (lii'di fort a propos ce vers d'Horace:
Slitltorum in-urula pudor iinilus ulcéra relol.
Le roi et toute la cour s'en vont après demain à Fontainebleau. On dit que M. le dauphin part dès aujourd'luii de Versailles pour y être conduit. La Jeune reine est grosse. On dit que la chambre de justice suivra , et le conseil , et les prisonniers.
Le beau Diogenes Laertius, grec et latin, de M. Ménage est arrivé d'Angleterre. On croit ici que M. Berrier, premier commis de M. Colberl, est tellement bien dans l'esprit du roi, qu'il e.st en état d'en chasser celui qui l'y a mis. La cour est un pays où l'on joue à boute-hors
Les Hollandois commencent à menacer de faire la guerre à l'évèque de Munster, s'il ne leur rend un certain château qu'ils prétendent leur appartenir.
Le légat est en chemin; il sera accompagné de soixante gentilshommes italiens; ce sont, à ce qu'on dit, autant de comtes. Ce ne sont pas des comtes de l'empire , mais plutôt des comtes de la pomme de Charles-Quint , qui fit cinquante comtes de ceux qui pouvoient ramasser une des cinquante pommes. Oh! que ce légat nous obligeroit s'il pouvoit taire diminuer la taille ! Entre autres nécessités qui nous pressent, celle-là nous est bien nécessaire poui- le pauvre pcu[)le. 11 ne téroit pas mal aussi d'ôter le carême; mais je crois (|u'il nen a i>as la volonté. Je vous baise les mains, et suis de tout mon co'ur votre , etc.
De l'aris, le H mai 16()4.
LETTRE DCXXXV. — Au inôme.
J ai reçu votre lettre par Î\L Colot, dont je vous remeicie , et suis ravi ({ue M. voire tiis ait si bienfait en contentant les mes-
1/2 l.tïTKLS DE 1,11 rATIN
si(.'iiis (le Votre collège ; Dieu lui fasse la grâce de continuer de mieux en mieux , et d'y réussir de même. M. Spori me l'avoit mandé déjà avec grande joie et applaudissement. M. Morisset a tort, il devoit y assister; mais c'est que le bon seigneur a bien autre chose en tète , dont je vous ai écrit par ma dernière. Je ne sais si M. Germain ira en Pologne , car on le marchande ; mais s'il y va , ôc ne sera pas faute de pratique; il a bon emploi et beaucoup do mérite. Il faut qu'il y ait quelque autre mystère, que je crois être du coté de sa famille, dont néanmoins il a eu du bien. C'est lui qui a écrit contre l'antimoine. 11 est grand chimiste, mais il a bon jugement, raisonne bien, en homme sage et judicieux. Il a trois belles lilles à marier, dont l'ainée a plus do trente ans ; mais pourquoi, dit-on , ne les marie-t-il point? je n'en sais rien : on res onçjusta dond'f L'on ne voit guère de gens riches que l'on ne sache en quelque façoh comment ils le sont devenus, .<«/ egestutis paulo occultiores et obscuriores simt cause ; néanmoins j'espère de vous dire celles-ci quelque jour.
Il V a un gros procès à Rouen de tous les médecins contre
un apothicaire, qui se disent de belles vérités les uns contre
Jes autres ; tous ces procès décrient fortement la profession.
On dit que les électeurs ne peuvent s'accorder à Ratisbonne pour le secours que l'empereur leur demande contre le Turc : ainsi il y a grande apparence que tout ira mal.
.l'ai vu aujourd'hui notre M. Charpentier qui se porte mieux , ncc de calculo conquevitur. Je vous baise les mains, et suis de toute mon âme, etc.
Pc Paris . le 2.^ mai 1(>(iî.
LETTRE DCXXXVL— Au même.
Le roi est à Fontainebleau , oii tonte la cour se va rendre. On p.nle ici d'une trêve 'Mitre l'empereur et le Turc. Les pa-
V 1 \i.(,(iM;r. -^T.'î
l'ciiLs (le 31. l'ouquet sont ici en grande alaniic, cf ont p(;in' (l(> l'issue du procès. La haine que M. Colbert lui poi'te poussera les choses bien loin.
N'avez-vous rien oui dire de nouveau d une llislnin: do l.ijdit , en deux tomes in-folio, faite par un ji'suite de votre |)ays, laquelle est bien avancée, mais non paifaite? Je crois que l'auteur s'appeloit le père de Saint -Aubin , ou le père Bollioud.
Madame de Nemours- Vendôme est ici morte de la petitc'vérole ; elle laisse deux-belles filles à marier. C'est celle (jui étoit veuve de celui que M. de Beaufort tua d'un coup de pistolet en duel l'an 1659, et qui étoit son beau-frère. Elle est ici morte le 19 mai ; les sieurs des Fougerais, IJrayer et Kainssant l'ont assistée jusqu'au bout, avec un nonnuéM. Dufour, huguenot, qui étoit autrefois médecin de M. de Vendôme , son père, durant ses voyages d'Italie.
Je viens de recevoir votre lettre datée du IG mai , [>our laquelle je vous remercie ; je souhaite une vigoureuse santé à mademoiselle Falconet , pour à laquelle parvenir je tiens trois choses très nécessaires : nempe did'frmi lef/itiinani , (is>tidiann iactis tfsum sed 'isin/ni , et cal/iorsiin frequenton , vainque henlqmnn ex /b/i/'s et eass. enrit pauro rlteo , nisi tu disseiitl^ , doete Trehati. M. Morisset n'avance rien en ses alfaires, et ne nous rend pas nos registres; je ne sais enthi ce qu'il fera ni ce qu'il deviendra : je ne vis jamais un homme si mal conseillé et si malencontreux. On cherche ici un uîédecin pour la charge de médecin de M. le dauphin . mais som'dement ; on dit qu'elle est à 20,000 écus ; je n'ai garde d'y penser ni pour moi ni pour mes enfants, ('urin dat ci/nis , tritjunt ,/iid<eiis ApeUa , non e<jo , qui didiei fum dlh seenruiit aqerc (l'cwii : |)aix -et peu , panem et eircensex.
H a couru ici un bruit que le roi sortiroitde Fontainebleau il cause de la petite vérole, mais ce bruit se trouve faux. Mademoiselle d'Aleiicon , sœur de feu madame la duchesse de Savoie, t!st ici malade de la pelitevérolr,
M le comte de Montausier ( 1 ) s'en va de la part du roi à Lyon , vers M. le cardinal légat, pour l'amener et accompagner jus- (ju'à Fontainebleau. J'apprends que l'on imprime en Hollande un beau recueil de tout ce qui a été jusqu'ici fait pour la défense de M. Fouquet , mais qu'il y aura plusieurs volumes indouze , el que l'on parle aussi d'y imprimer un recueil d'épi taphes du cardinal Mazarin. Peut-être que ce dernier en attirera un autre pour le cardinal de Richelieu , pour lequel plusieurs curieux en firent de fort beaux alors, pour l'amitié que l'on avoit pour le bonnet rouge , (jui avoit été le Jupiter mactator de son siècle.
M. de Guise est ici fort malade ; on dit tout bas que c'est ex ulceribus ac hyper sorcosi vesicœ; il y a isc/mrie et stran- (jurie.
Nous avons ici un de nos médecins prêt à se faire tailler pour la pierre dans la vessie ; c'est celui qui donne tant de vin émétique dans Paris , per fas et nefas , qu'on lui en a donné le surnom. On dit cpj'il le fait pour gagner les bonnes grâces des apothicaires et pour plaire à Guénaut. Il est un de ceux qui en ordonnent le plus, mais il n'en prend jamais : il lui seroit peut-être bon pour sa pierre; mais il n'en a pas assez bonne opinion. S'il y croyoit , il y a de l'apparence qu'il en prendroit , c'est qu'il a peur de sa peau ; pour moi , je n'en prendrai jamais : nam me vestigin terrent.
Il est mort ici depuis quatre jours un vieux chirurgien fameux de la place Maubert , nommé J. Mesnard , qui étoit habile homme et bien riche , âgé de quatre-vingt-sept ans.
Le conseil du roi a envoyé depuis peu de jours plusieurs taxes pour divers partis , dont se sont mêlés les chefs de ces familles. Madame d'Esguillon en est, quelques présidents au mortier, comme MM. de Maisons , leCoigneux, deBailleul, etc., laBrisse, partisan ; Lambert, maître des comptes,
(1) Devenu depuis rillnslre duc de .Monlausier, si connu dans l'Iiisloire de Louis XIV. }\.V\)
A l'ALC.OMiT, 475
frère et héritier de l'eu M. Jean-Baptiste Lambert, commis de M. Fieubet , trésorier de l'épargne, lequel Lambert mourut il y a vingt ans, âgé de trente-sept ans , riche de 4,000,000. Je l'avois traité malade longtemps , et il mourut maigre, sec et tout exténué, comme je lui avois souvent prédit. Son rein droit étoit tout ulcéré et rempli d'un, tas de petites pierres , dont mon iils Charles garde quelques unes comme autant de curiosités médicinales. On a taxé aussi les héritiers de M. Garnier, trésorier des parties casuelles, qui a laissé dix enfants, et à chacun plus d'un million de bien : voilà bien de l'argent dont il en reviendra une partie au roi. Faxit Deus utpost liœc mi sel lus, imo rniserrimus popuius suhlevetur tôt tributis, tôt ccrumnis , a tôt annis opprcssusiniquistyrannorumet puhlimnorum artibus. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris , le 30 mai 166'<.
LETTRE DCXXXVH. — Au même.
Le fils de M. Merlat se porte mieux ; il parle de s'en retourner bientôt à Lyon ; vous pouvez le direavec vérité à M. Merlat, et lui faire mes recommandations. Ondit que le cardinal de Retz y doit arriver bientôt , et mademoiselle d'Orléans pareillement, j'entends l'aînée qui est si riche.
M. de Guise est ici mort , ex urinœ suppressione cu/n doloribus el idceribus ad vesicam , et trois verres de vin émétique que les médecins courtisans lui ont donnés avec promesse de guérison : sic itur ad astra.
Notre M. Rainssanta la pierre; il est après à se faire tailler et s'y prépare. Ou dit que M. le prince de Conti a aussi lu pierre. Il a été sondé; on ne l'a point encore trouvée, mais on croit qu'elle y est.
(hi parle ici de la su|)pressioii (jue \v roi veut faire de huit
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millioiis (le rente sur les tailles constituées l'an HVMi. Phisieurs particuliers y sont fortement engagés : cela fera bien crier dc^ gens , si on ne les rembourse argent comptant , et comme dit Plante , ai/zo j)r/osentaiy'o. On ne parle guère que de cela , et prescjue plus du légat (i). Je suis ravi que mademoiselle votre femme se porte mieux. Puisque laçasse ne lui fait rien, je voudruis qu'elle prît son infusion de séné, tout au moins de deux dragmes , de quatre en quatre jours, de grand matin, une heure et demie avant son lait, ou bien trois grandes heures après son lait, se rendormant par dessus, si elle peut: car alors le bouillon n'est pas pressé, ou bien après le lait fnuitro lirandes heures, elle prendroit un bouillon au veau, laxatif par deux ou trois gros de séné. Sijrajjn r loi arum facile cnrchit ^ (jnoiiiam hic ojjits c.sV tidsfrtct'onc , quom illc non hahot proptcv nimiam /unniditafnu .
Je ne sais encore rien de l'Hippocrate de feu M. van der Linden; j'en écrirai à son lils, duquel on ne dira jamais : Tydides melior paire.
Une mademoiselle le Fèvre de la rue au Fer, qui l'aisoit passer les louis d'or qui n'étoient point de poids pour (piinze sous de gain , a eu le fouet au cul d'une charrette , et la fleur de lis sur l'épaule de la main du bourreau : voilà la seconde fois qu'elle a été reprise de justice.
j Le procureur du roi dii Châtelet fait une nouvelle opposilion contre Salar, et il a 'été remis dans le cachot. 1 Le roi supprime toutes les rentes de l'Hôtel-de-Ville, avec
'Il Quand le gomcniemenl ^c Uomail ciiibana^^é , on s'en prcnaiU alors, sans plus de façon , aux créanciers de PEtat. On connaît ces ver.de Boileau :
l'hi.s [);"ilf quiin lentifi'
A r.ispci t (1 DU avrc-t qui retranche un quartier.
Dan> noire rcvolulion de 89 . on alla plus loin encore; l'Etal iit l)an- (jueroute cl enleva une grande partie du capital ; de là ce fameux tiers consolidé surlniuel l'agiotage •^'er^t tant exercé. U. V.
A FAI.C.oNÎVr. ii77
liromesse (If l'criiboiirsenK^iit : IHcii l(' veuille! ie vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc. De Paris, le 6 juin 1()(i'». «