‹ Lettres de Gui Patin (volume 3)Chapitre 19 sur 49 · I.ETTKK nCXXXVlIl. — .1/' mi-mf · texte numérisé non relu

I.ETTKK nCXXXVlIl. — .1/' mi-mf

Notre M. Rainssunt a été taille, lundi matin 9 Juin, et on lui a tiré une pierre plus plate cpie {grosse, mais fort bien et l'ort heureusement. L'opération a été faite par Fr.Colot, cousin de celui (jue vous counoissez. M. Noél Falconet connoît bien celui-ci, et il lui a vu tailler le bonhomme Clianlate.

Le prince de Conti est au lit l'ort malade; on dit qu'il a la fièvre, déiluxion sur la poitrine, et même quelque soupçon de pierre dans la vessie.

Nous avons ici ({uantité de lièvres vermineuses, et nous ne les guérissons qu'en faisant les remèdco généraux. La saignée et la purgation sont absolument nécessaires; elle soulage la nature de ce qui la surcharge , et empêche la continuation de la pourriture. Nos chimistes ne savent pas ces secrets-là. Je vous ai écrit dans ma dernière d'une dame le Fèvre; mais ce n'est point la marchande que je connois , c'est une autre qui faisoit passer de la fausse monnuie. La vraie madame le Fèvre, que j'ai traitée malade en 1637, étoit belle, jeune et friande ; elle est encore prisot)nière au Chàtelel ; si elle avoit été à la cour des Monnoies. on dit qu'il y a longtemps qu'ellt; auroitété pendue. Elle aura de la peine d'en échapper ; c.'esl un des conseillers des monnoies (pii me l'a dit ce matin.

Le jeune Merlat est parti d'ici sans me dire grand merci, et sans me rendre un livre que je lui avois prêté. 11 eu a fait de même à un bon chirurgien qui l'a bien pansé ; peut-être (luil vous parlera quand il sera arrivé à Lyon. Je vous dis la chose comme elle est. Le chirurgien m'en est venu parler et se plaindre inudi ; je lui ai pruiui^ de vnus en (''crirc' cl après

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avoir vu quel ordre il y mettra , j'en écrirai , s'il est besoin , un petit mot à M. son père : c'est grande pitié que jeunesse, omrmtea, amentes.

Les rentiers font ici de grandes plaintes et bien du bruit. Le roi veut rembourser tout le bourgeois; mais il retiendra par ce moyen toutes les rentes de ceux qui sont taxés à la chambre de justice, et (jui sont héritiers de ceux qui ont manié les finances depuis trente-cinq ans, ou qui se sont mêlés de partis. Il y a bien des gens de longue robe , des conseillers, maîtres de requêtes, des maîtres des comptes, et même des présidents au mortier qui s'y trouvent embarrassés.

M. le cardinal de Retz est ici. Je vous baise très humblement les mains et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris, le 13 juin 1664,

LETTRE DCXXXIX - An môme.

Le cardinal légat est ici qui se promène wcof/nito en attendant le jour de son entrée; tout le monde le croit pourtant bien. Il vient demander pardon au roi, et nous apporte des indulgences, des Agnus Dei , des chapelets et grains bénits , et autres fanfreluches papalines. Il vaudroit bien mieux qu'il lit rabaisser la taille dont tout le monde est fort tourmenté.

On parle de la suppression de deux présidents au mortier, savoir de MM. le Coigneux et le Bailleul , et de deux secrétaires d'Etat, MM. de Guénegautet de la Vrillière. Plusieurs parlent des rentes qui en craignent la suppression ; mais on dit que le mal ne sera pas si grand.

Dieu conduise 31. .\ngliset sa jeune noblesse : ce sont d'honnêtes gens.

Je baise les mains à M. Jér. Colot ; son cousin Fr. Golot étoit allé à Autun, où il est tombé malade; il croyoit tailler M. l'êvêque d'Autun , qui est mort de la pierre avant qu'être taillé.

A I ALt.O.Mif. 47V

Cet évèque avoit été minime et évè(|i]e de Kiez ; entin il est mort. Il étoitcousin de M. de Marillac, conseiller d'État , qui me le dit hier, et neveu de MM. les deux IVères du garde des sceaux et du maréchal, qui mourut l'an 1632 près de l'Hôtelde-Ville. Ce 31. de Marillac, conseiller d'Etat, est petit-fils du garde des sceaux, et père de M. de Marillac, par ci-devant conseiller de la cour , et aujourd'hui avocat-général au grand conseil, lequel a depuis peu épousé une belle jeune dame, fille de M. de Saton de Cliarapigny , intendant de justice à Lyon , qui étoit le bon ami de notre bonhomme l'eu M. Gassendi. Je baise les mains au P. Bertet ; j'ai reçu sa lettre, et lui ferai réponse bientôt.

M. votre frère est arrivé ; il m'a fait l'honneur de me rendre visite et de m'inviter d'aller rendre visite à son patron , monseigneur Hoberti, 31. votre frère a tant d'affaires , qu'il ne sait presque pas de quel côté se tourner ; il ressemble à cet ancien ifd quuin rsscf so/ns, /jcne facii'hat faniilitnn Itero suo. Il étoit secrétaire, intendant, maître d'hôtel , argentier, etc. f'Jt qidfl uon? cela est dans les fables de Phèdre.

Je me réjouis bien fort de la santé de mademoiselle Falconet; le bain et la fréquente purgation de séné et de casse lui seront deux souverains remèdes ; mais il ne faut pas qu'elle s'en lasse, jusqu'à ce que sa maladie soit tout-à-fait fhiie. Elle aura encore besoin d'être purgée une fois la semaine jusque dans l'hiver, sed paulo vaiidiure medicamcnto , additis aiinirum vcdidiortôus utedicamentis , nempe syrnpis diorrhodon et de pijriùus incdl persicœ : vernin ajjof/e scannnoinafunu/i oinnr (jenus: ils la dessécheroient trop.

J'ai vu ce matin monseigneur Roberti, logé dans les Feuillants; il est homme d'esprit et d'efficace , en un mot, homme d'afïaires et Italien. Legatus est vir (jo/ius, peregre tnissus , cd mentiendum reij/ufjliccf causa. M. votre frère y étoit présent , c'est lui qui m'y a introduit ; je ne manquerai point de faire mon devoir, au moins je ferai tout ce-que je pourrai, aliii qu'on ne vous reproche rien après avoir dit tant de bien de

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iiKti. Je vous baise très liuniltlement le^ nvains, et suis de tout mou cœur votre , etc.

Do Paris, \o 1(( juillet 1664.

LETTRE DCXL. — Au mêm,-.

L'entrée tiu légat a été ditiérée. Il est à Foutaiuebleau, ou il traite de ses affaires avec MM. les députés du conseil. On dit qu'il fut hier enfermé trois heures dans son cabinet avec M. de Lionne. Tout le monde parle de son entrée , mais personne n'en sait rien. Se fera-t-elle ou non? c'est un grand problème. Mais en attendant que le temps nous en éclaircisse, je vous dirai que les jacobins du faubourg Saint-Honoré ont pertlu leur procès à lagrand'cliambre, et qu'ils sont obligés de déguerpir du mont Valérien , qu'ils avoient occupé par force sur les prêtres reclus et les ermites qui y demeuroient

Iet qui en avoient été chassés par ces maîtres moines. Ne dh'iezvous pas qu'ils se persuadent que tous les biens sont comnmns et qu'il n'est question que de prendre? On se loue ici de la justice que la cour a rendue h cette occasioji. Je suis , etc.

De Paris. ]e \" août KWU.

LETTRE DCXLL — An n,^mo.

Madame la duchesse d'Orléans est accouchée d'un pelil prince ipi'on appellera le duc de Valois ; plaise à Dieu qu'il parvienne a la gloire de tant de bons piinces qui ont porté ce nom ! Henri III étoit très bon; mais il fut malheureux pour s'être trop fié à ses favoris, et fut enfin assassiné par un moine jacobin, à Saint-Cloud , dans unechambreoù j'ai souvent été. ÎOs moines •^onl bien maudits de tuer les rois: cependant à

A FAI.CONET, 481

les voir, on croiroit qu'ils ont des inlelligenres on paradis; ilsl en ont bien plus avec le diable; mais malheur à ceux (jui s'y] lient, dette même maison d(î Saint-Cloud , qui ap|)tu'tenoit ;i la t'amille deGondy, appartient aujourd'hui àM. le duc d'Orléans, père du prince de Valois qui vient de naître.

Il avoit ici couru une nouvelle touchant quel(|ues avant. iges que nous avions en Hongrie contre les Turcs; mais il n'y avoit rien de certain: omnls Jinrau im.'ndd.r^ le monde ne sauroit s'empêcher de mentir.

La peste continue toujours bien Tort à Amsterdam ; la li'ève n'est pas faite entre les Anglois et les HoUandois, inctun fortlter nc: tandem m'upium m'ijoliuiit. et re^ nKi.iiini momcnti fvumpot (Il ncnnnn. Quoi (uril arrive, on croit (pie les Anglois seront toujours de notre cot('', et (jue leur roi est de foi't bonne intelligence avec le nôtre.

Nous n'avons rien de nouveau de la chambre de justice. On parle toujours de M. Foufjuet, mais j)ersonne ne sait quand cela finira: quem das jiiunn , rex uku/hc . lidjortuii'.' On m'a (ht que l'on avoit imprimi'' chezElzevir, à Amsterdam , plusieui's tomes de Factui/is, Ilequètis, A/joloaie^ et iJé feiisc^ \)ouv lui, mais on n'en a encore point vu ici. Le roi a été saigné deux fois : on dit qu'il va être purgé pour prendre, après, les eaux de Saint-Myon et du lait d'ànesse: utinam l'elicitercoavalcsfyit I On imprime présentement en Hollande, chez M. Blaeu, le livre de M. Ger. Jo.Vossius, de Jdololatrio^ etc.; il sera in-folio, augmenté de la moitié : ce sera un fort bon livre, car 3L Is. Vossius, son fils uniiiue, me l'a dit lui-même ; il est ici depuis six semaines ; il m'a fait l'honneur de me visiter deux fois. Je l'avois autrefois connu chez feu M. Hugo (irotius, Tan 1G39, et chez M. Salmasius, l'an IG-i'L On imprime en Angletei're le Dicfionn. de Spclmanns ^ et à Lyon, qui sera bientôt achevé, un Amaltheum Onoinostleum Laurent iruaa/i ^ qui sera nn fort bon livre in-folio. Je vous baise les main-; , et suis , etc. De Paris, le 29 août I <)<'»'< •

LETTRE DCXLII. — Au même.

J'apprends que le roi n'ira point à Dunkerque, mais il y envoie à sa place M. le marquis de Montauzier, dont la femme est aujourd'hui première dame d'honneur de la reine, à la place de madame de Navailles , qui a été disgraciée , tant pour son malheur que par sa faute. On dit que le roi a quelques indispositions de chaleur, et que pour le rafraîchir il sera saigné et purgé ; ensuite de quoi on lui fera prendre les eaux de Saint-BIyon , Sancti-Medulphi , en Auvergne.

Madame de Label , notre voisine, est bien affligée ; on lui a enlevé son petit Huguet, qui par une débauche spirituelle s'étoit fait capucin avec quelques autres petits écoliers. Mon Dieu ! faut-il avoir si froid , et aller en Gymnopode en paradis? comme a dit quelque part M. Sébastien Rouillard, natif de Melun, jadis avocat en parlement.

Comment se porte le révérend père Bertet? Son grand dessein de l'édition des œuvres du père Théophile Raynaud sera-t-il bientôt achevé? Comment va celle du père Gibalin?

On mit avant-hier, ce 18 août, dans les cachots du Chàtelet, neuf jeunes hommes qui ont volé un commis de M. Colbert; il y en a eu quatre de roués. J'ai été appelé ce matin , ce -20 août, chez M. le nonce pour y voir le maître-d'hôtel ; j'y ai aussi vu 3L votre frère, qui m'a dit qu'il vous avoit fait réponse. On dit que M. le nonce fera bientôt son entrée solennelle dans Paris , comme ont accoutumé de faire les ambassadeurs. M. votre frère m'a fait voir son beau carrosse; on ne voyoit rien de pareil dans la Palestine durant le temps du Messie, mais alors la religion étoit en herbe , aujourd'hui elle est en gerbe et en fleur, inde fit ut hodie irrincipes Ecclesiœ tam facile et jucunde hauriant aquns in gaudio de fontibus Salvatoris.

Pietas peperit divitias , mais flia suffocavit matrem : c'est saint Bernard qui l'a dit . dont on célèbre aujourd'hui la fête.

A t'ALCONET. ^83

M. \o. nonce a fait son entrée, ce 23 août, ilans Paris, avec grande admiration de tout le monde, et tout y étoit beau et splendide. Ce même jour je vis 31. votre frère , qui vous baise les mains; il est si fort accablé d'affaires qu'il n'a pas le loisir de vous écrire , et vous prie de l'excuser. Ce même jour est arrivée la nouvelle que le sieur de Maginville, vice-bailli de Chartres, qui étoit en fuite pour vol et fausse monnoie, avoit été arrêté à Toulon ; c'est le prévôt des maréchaux de Chartres, un grand et franc voleur, chargé de beaucoup de crimes; puisqu'il s'est laissé prendre, je le tiens en grand danger.

Les amis de M. Fouquet ont espérance qu'il échappera , vu que l'on a joint au procès les requêtes qu'il a présentées de nouveau à3JM. de la chambre de justice. On a ici ramené les prisonniers, et M. le chancelier aussi, qui est plus vieux que pas un, et qui ne vivra plus longtemps. Le fragment de Pétrone n'est point encore achevé.

Il y a ici un gros procès au conseil entre les médecins et les apothicaires de Marseille.

Notre M. Rainssant est toujours bien malade d'une double quarte; nous allons tomber dans une saison qui lui sera fort contraire , fehres quartcmœ auiumnnles loiigœ.

Il y a aujourd'hui vingt-deux ans que Armand , cardinal de Piichelieu , ministre enragé, lit couper la tête dans votre ville à mon bon et cher ami M. de Thou. Heu dolor! acrihere plura vêtant lacryrnœ nbertim fluentes ex oculis.

On dit qu'il y a un seigneur de disgracié pour avoir refusé d'épouser mademoiselle de la Vallière. Je viens de dire adieu à M. le premier président, qui s'en va demain aux champs pour deux mois. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 12 septembre 1G(54,

4A4 LETTRES DE C,V\ PATF.N

LETTRE DCXUn. — .1^/ m^mr-.

Nous avons ici un honnête homme hien al'tliyé ; c'est M. de la Mothe-le-Vayer, célèbre écrivain, et ci-devant précepteur de M. le duc d'Orléans, âgé de septante-huit ans. Il avoit un fils uni(iue d'environ trenfe-cinq ans, qui est tombé malade d'une fièvre continue, à qui MM. Esprit, Braver et Bodineau ont domié trois lois le vin émétique et l'ont envoyé au pays d'où personne ne revient.

J'ai aujourd'hui été à nos écoles pour entendre la harangue de M. Leconite pour l'acte du sieur de Bourges. Il est fort savant et fort sage, mais il devient vieux. Tout ce qu'il a dit est l'ouvrage d'un esprit qui vieillit : c'est une pitié que d'en venir là. La vieillesse est une grande dame qui ne vient jamais sans grand train. Il vaudroit mieux n'être pas si savant et être déréglé; et néanmoins, à tout prendre , c'est un abune de science et d'érudition.

Je ne sais quel remède on apportera à un grand désordre qui est de deçà. Jour et nuit on vole et on tue ici à l'entour de Paris. On dit que ce sont des soldats du régiment des gardes et des mousquetaires. Mais pourquoi tuer des gens qui vont et qui viennent, des boulangers, des paysans, des marchands et des gens qui s'en retournent dans leur pays ? Nous sommes arrivés à la lie de tous les siècles (l).

Madame la duchesse d'Orléans s'est trouvée mal à Villers-

(1) On voit que diii Patin ne perd pas une occasion de prouver la corruplion de son siècle , la barbarie des préjugés , le désordre des mœurs , le peu de police établie dans les villes, inévitable effet d'un certain degré de civilisation où les intérêts et les passions sont continuellement aux pri>os. Malgré le progrès des lumières, y a-t-il moins de crimes, moins de scélérats qu'autrefois, une police plus eflicace, etc. ? On peut en douter.

Le siècle on .i menti, l'iionime n'a jj.-is cli.Tn^f-,

T'iiijni!!- (>i< virtiino fin lionrroaii. (L.TiTiartînP.)

fR P. ^

\ lAI.CONKT. 485

Coterets; son médcciu l'a mise au lait(!'aiiej<,-c;. Kllc est llncllc, flélicate, et du iu)inbi'*' de ceux qu'Hippocrat" dit aNoir du penchant à la [)lithisie. Les Auglois sont sujets à leur maladie de eojisomption , (|ui en est une espèce, une phtliisie sèche ou un llétrissement de poumon , cr morbi^ maferia' , dans Fernel Vak.

De Parb, le 20 :^ci>leiiil>ic lOGi.

LETTRE DCLXIV. — An même.

Je vous envoyai hier, ce l" octobre, une lettre de deux pages, et je recommence à vous écrire , aiin {\\xe par là vous connoissiez (jue je pense souvent à vous, en vous donnant des nouvelles de ce pays. Je vous rends grâce du livre (jue vous me promettez de M. Anisson : AumUliewa Oaoïiuisikuin LwxvaatÀoiMm, duquel j'ai fort bonne opinion.

3L Ménage parle de faire réimprimer ses Oriiilncsde ta longue fraiiro/se in-lblio fort augmentées ; mais il est bien long à tout ce qu'il promet , et encore plus à le ten V.

Les jansénistes faisoient ici imprimer une nouvelle T/V ries sfl<'/?/s in-octavo avec privilège du roi. Les jésuites ont eu le crédit d'en faire arrêter l'impression.

Avez-vous à Lyon un père J'uiney, j^'suifr , qui fasse imprimer un ouvrage, de Jielif/i'nie rc^^f/v?/» , en plusieurs tomes in-folio? Cela me fat hier dit par un gentilhomme écossois, qui est depuis peu arrivéde Lyon. Un savant homme en théologie et en humanités peut faire un beau livre sur ce sujet.

On parle ici de la peste à Toulon (pie (|uei(pies vaisseaux hollandois y ont apportée; j'en serois bien fâché par l'amitié (lue jai pour le genre humain.

Hier, ce .3 octobre, fut décapité en Grève, assez tard, un gentilhomme normand , (pii étoit prisonnier depuis dix-huit mois ; il étoit d'auprès de Dreux ; il avoit battu un juge , brûlé une maison et fait d'autres excès , noii o/xi/'f/'t in fui/t scribere

i86 LETTUEs DE (;UI PATIN

qui putest proscriherc. Les juges ont intérêt de conserver leur crédit, aussi bien que de faire justice et de punir les méchants. Il n'avoit que trente-quatre ans; il ne pouvoit se résoudre à la mort; on fut tout prêt à lui couper la tête par force sur un billot.

Quand vous verrez M. Troisdames, je vous prie de lui faire mes recommandations; il m'ennuie que je ne le voie; nous dirions quelquefois de bons mots qui ne se peuvent écrire, notissima est fabula de Joveet Europa , et lo ^ vircjuncula injuvencam transfor/nata , etc. , sed est !

Notre M. Rainssant a pris deux diverses fois du quinquina, qui n'a produit aucun bo,: effet , eadem viorhi contuniacia et eadeta symptomata persévérant , quorum omnium causa est jjrava dialhesis fortiter impressa visceribus nutritiis , sed prœsertim hepcdi cdque lieni. Ballonius cancrosam vocat hanc disposiiionem , quœ nidla arte deletur, et est à-jLaroq , propter hydropem proxime insequentem. Il a onze enfants vivants et pas un de pourvu, liormis un, qui a un canonicatàReims. Oh ! que celuilà est heureux qui peut être content ! Paix et peu : Panem. et circenses, comme Ju vénal a dit, Satira X, contre Sejan. Voilà MM. nos stibiaux et empiriques de cour , tantôt au tour de leur roUet , comme ils ont fait à feu M. le duc d'Orléans et au cardinal Mazarin. Il a bien fait prendre du vin émétique et d'autres drogues en sa vie à ses malades, et principalement de la poudre de perles pour faire plaisir aux apothicaires ses bons amis; mais aujourd'hui nrm linbet hominem qui projicicd illum inpiscinam probaticam (l). Il peut pourtant encore guérir, pourvu qu'il éloigne les charlatans qui le traitent, et qu'il se confie à quelque habile homme qui entende bien la profession, et qui sache le secret de la méthode ; le reste n'est rien que pour amuser le monde. Il vaut mieux se résoudre à, être plus longtemps malade que vouloir rompre l'anguille aux genoux et guérir par force : c'est pourtant ce que les empiriques

(1) Il n'a personne qui le jeUe dan?; la piscine. (G. V.)

\ lALCO.NET. 487

promettent tous les jours, (!t ce (ju'ils ne tiennent jamais.

On tient pour certain (pie la chambre de justice sera bientôt terminée , que la déclaration en a été portée à la chambre des comptes, que toutes les affaires seront civilisées, excepté celles deM.Fouquet, qui demeurera prisonnier, et auquel on donnera des commissaires. Je crois pourtant (pi'il en échappera par le moyen de quelques puissants intercesseurs et délyrccAdcun qui le favorisent prudemment, et emploient Ihiement le crédit de leurs amis; quand vous devinerez qui sont ces gens-là , non ideo niild eris maçjnm ApoKo. Il y en a partout, ubique terrarum rcgnat Aciynius, a ce que dit Barclay, et comme il est très vrai. On prétend aussi qu'il a de très bonnes raisons contre les accusations de M. Colbert, et que celui-ci lui a fait de grandes injustices et supercheries Je vous baise les mains, et suis de tout mon cieur votre, etc.

De Paris, le 7 octobre 16{)4.

LETTRE DCXLV. — Au même.

L'électeur de Brandebourg a appelé en son université de Berlin un savant hollandois nommé Martinus Schookius, qui a écrit beaucoup de livres. Etant jeune , il enseignoit les humanités et ensuite la philosophie. Il est aussi savant que ces anciens sophistes qui disputoient et écrivoient de tout ce qui se pouvoit savoir. Lui et Conringius , en Allemagne, sont en cette façon de science et d "écrire les plus savants hommes de l'Europe. Le P. Théophile Raynaud les passoit tous deux ; car il étoit jésuite et avoit sa théologie romaine et loyolitique en suprême degré dans l'esprit ; mais sans cela et le respect qu'il avoit pour ses supérieurs , il étoit bien capable de s'échapper, et d'en faire plus que trois autres en toute sorte de matières; car, outre la doctrine et la merveilleuse mémoire qu'il avoit, il donnoit à tous ses ouvrages et à tous ses livres un tour de Ijerl'ection «pii n'appartenoit qu'à un grand maître.

488 LETIRES DE GLl FAllN

Ou t'ait iri un conte etiVoyablo, et (jui int' fuit peur, d'un homme que l'on dit être mort en Hollande depuis environ un an, qui a révélé peu avant de mourir qu'il étoit frère de Ravaillac , ce malheureux, assassin qui tua notre bon roi Henri IV il y a cinquante-quatre ans; que si son frère l'eût manqué, celui-ci étoit dans un autre endroit qui attendoit et cherchoit à faire le même coup, et que ce ne fut point par ressentiment de religion, ni par impulsion des Espagnols, mais seulement par vengeance, irrités contre ce roi , qui avoit débauché leur sœiu- et qui s'étoit mociué d'elle. Mais je crois que tout ce récit n'est (ju'une pure fable; quoiqu'il soit bien malaisé de savoir au vrai la cause qui avoit induit ce malheureux assassin à tuer un si bon prince. J'ai ouï dire autrefois que Ravaillac avoit été à Milan , où le comte de Fuentes l'avoit porté à faire ce parricide. J'en a'i encore ou'i nommer d'autres à Mathieu de Morgues, abbé de Saint-Germain, qui tint le parti de la reine contre le cardinal de Richelieu, tandis qu'elle étoit en Flandre. M. de Sully, dans le dernier tome de ses Mfhnoires , fait connoitre qu'il avoit une autre pensée; mais tout cela sont lettres closes où l'on ne voit goutte, et peut-être (jue l'on n'y verra jamais; et je doute fort si le roi Louis XIll a jamais su un si grand secret (1). Adieu.

De Paris, le J3 octobre 1604.

;1) Sully rcnieirque seulement qu'après le crime de Ravaillac on ne le garda qu'avec une grande imprudence . et que toutes sortes de personnes purent lui parler. Puis il ajoute : « Certaines gens , qu'il n'est pas besoin de nommer, usére.il si imprudemment de celte liberté, qu'ils obèrent lui dire , en raj)pelant leur ami , qu'il se donnât bien de garde , je rapporte Ici paroles dont ils se servirent , iVaccttser les gens de bien , les innocents el les bons calh.oliques , parce que ce seroit un crime irrémissible et digne do la damnation éternelle. » ( Mémoires de Sully, t. VIII , p. 3, édit. de Londres , 1767. ) Mais quelles étaient ces gens tpi'il n'était pas besoin de nommer? Sully ne le dit pas malheureusement , et la postérité les ignore entièrement. ^ II. P- )

A lAl.CO.NtT. 489

LETTKK DCXLVl. - Au uu-uu-.

Jecroyois avoir rt'ponda ii votre dernière, mais je ti-ouvc (jne j"ai oublié (|uelque cliose. Je crois qu'il n'y a aiu;iiiis remèdes aiiti-épilepticiues; .MM. Seguin, Riolan, de la Vigne et Moreaii étoient de cet avis. Ceux que Crollius et la nation des chimistes vantent pour tels, sont des fictions ou de pures fables. Je n'en excepte ni le gui de chêne, ni le pied d'élan, ni la racine de pivoine, ni autres semblables bagatelles. La guérison d'une si grande maladie dépend d'un exact régime de vivre, avec l'abstinence des femmes, du vin, de tous aliments chauds et vaporeux ; mais il faut la saignée et la fré- (|ueiite purgation (jui ne blesse pas le cerveau, et ne se fasse pas avec des pilules ou des poudres. Il faut aussi queUiuefois faire sortir du pus qui est dans le mésentère, le poumon, la partie cave du foie ou l'utérus , et les paroxysmes ne cessent pas, jusqu'à ce qu'une telle humeur soit tirée hors. Fernel a été un grand homme, et a rompu la glace sur plusieurs points, mais il a trop peu vécu pour tout savoir et tout dire. Il n'a vécu que cinquante-deux ans. Les perles ne servent rien là non plus qu'ailleurs, si ce n'est pour enrichir l'apothicaire. Dans le flux de bouche syphiliti(pie, il no faut pas purger tandis qu'on le veut entretenir; mais quand il est trop fort ou qu'il le faut arrêter, comme après seize ou dix-huit jours, particulièrement si les pustules ou les ulcères sont desséchés. La tisane laxative y est fort bonne, ou bien le séné avec le sirop de roses pâles ou de fleurs de pêcher. Le flux d'en bas arrête celui d'en haut. La nature ne peut pas soutenir deux mouvements contraires. Ses mouvements sont réglés aussi bien (|ue ses forces. Celui (jui sonne les cloches ne peut pas aller à la procession; je nai jamais vu manquer cette méthode. IWe.

De l'uiis, le i's octobre 1UG4.

LETTRE DCXLYII. — Au même.

La reine-mère fut saignée du pied il y a quelques jours , sans autrement être malade ; elle a soixante-deux ans passés, subest tamen aliqua causa p/tysica quœ siletur et sileri débet ; mais notre jeune reine, grosse de huit mois, a la fièvre tierce, et en a déjà eu trois accès. Le roi paroît fort touché de cette maladie , et se rend fort assidu auprès d'elle ; elle a déjà été saignée trois fois.

La double quarte est revenue à M. Rainssant ; il s'affoiblit et devient fort chagrin ; il a aussi quelque chose dans le mésentère qui l'y menace d'un abcès, et lus gradibus itur in trquiem sempiternam. Notre Fernel l'a remarqué /?'ô, 6, Pat/ioL, cap

M. Piètre est en bonne disposition , nous nous sommes plusieurs fois rencontrés en consultation depuis son dernier mal. Feu M. Nicolas Piètre , son père , a été un des premiers hommes de son siècle, qui n'étoit haï que des apothicaires, rjuia paucis familiaribus et sélect is utebatur médicament is ; il haïssoit le fatras des Arabes, et n'en ordonnoit jamais; il étoit grave, sérieux, sage, bon, enfin un autre Socrate; il aimoit fort à enseigner les jeunes médecins qui se mettoient en état d'apprendre, et leur inculquoit toujours la probité, l'étude et l'assiduité; il étoit fin et rusé , mais fort sage et circonspect ; il avoit merveilleusement bien étudié : jamais homme n'a su mieux que lui Hippocrate, Galien, Cicéron, Sénèque et Fernel, aussi me les louoit-il souvent jusqu'à m'en donner un goût particulier; en un mot, c'étoit un grand personnage qui avoit le cœur bien placé et fort élevé au-dessus des embûches de la fortune, qu'on adore aujourd'hui comme une idole à qui tous les sots se dévouent; il haïssoit l'impudence de notre siècle, et toutes les impostures dont se servent aujourd'hui les méchants et les charlatans,

m facianl rem . ,'?< non rem . quocumquc mudo rein.

A l-AL(;()>ET. 491

Ce que vous me dites de Lucain est dans son livre I\. Celui-là étoit fort du parti de Pompée, et avoit raison ; mais si Jules César eût perdu la bataille de Pharsale, Pompée en eùtil moins fait? car Cicéron a dit quelque part en ses Épîtres , ad Atticwn : Uterque vult rcijnare , non mutai fortuna genus , scd mores misère , corrmnpit. M. le premier président est si fort du parti de Pompée , qu'U me témoigna un jour de la joie de ce que j'en étois , lui ayant dit dans son beau jardin de Bavillc que , si J'eusse cff' lorsque l'on tua Jules César dans le sénat , je lui aurois donné le cinqt-quatrième coup de ijoiynard. Ce fut l'an 1645 , au mois de mai (l).

Dieu donne longue et heureuse vie au père Pomey et au père Gibalin ; je vous remercie aussi de ce que vous m'en promettez. Je baise les mains au père Bertet, à M. Boissart, et à madame sa femme. Je voudrois avoir donné quelque chose de bon, que tout leur procès fût bien fini. Je trouve M. Anisson un fort bon homme ; pour le Stumiius , de uicdieis non medicis , il ne l'entend pas dans mon sens ; il en veut aux empiriques et aux charlatans, et s'est fort servi du livre de Michel Doringius , de Medir/na et inediris.

M. Fouquet a aujourd'hui comparu devant ses juges , et a été mis sur la sellette. La jeune reine se porte mieux. Je vous envoie notre catalogue nouveau , et vous prie d'en donner un exemplaire à M. Spon. M. votre frère m'a aujourd'hui parlé pour faire une consultation pour une femme de Rome; je

(1) Ce mot révèle en entier le caractère de Gui Patin. Il était de cette école politique dont le Contrat social a formulé depuis le symbole. Une fibre républicaine ardente et vive résonnait certainement dans ce cœur-là. Qu'on se représente un pareil homme et de tels principes quand la révolution française éclata. Parmi les démolisseurs de l'ancien édifice social , peut-être n'eùt-il pas hésité , comme tant d'autres , à se vouer aux dieux infernaux de 93 , et à croire qu'il faut de grands maux pour produire de grands biens. Dès l'époque de Gui Palin, le protestantisme , la fronde et le despotisme avaient jeté les germes de ces doctrines au fond plus révolutionnaires (jue progressives. (11. 1'. }

■^92 I.LITHE- DE i>Ll PAllN

pense que ce sera deinaiii. Je vous baise les mains , et suis de toute mon âme votre , etc.

De t'aris , le 14 novembre 166i.

LETTRE DCXLVllL — .1// inèmo.

La jeune reine est accouchée, ce matin IG novembre, d'une tille, laquelle a été tôt après baptisée. On dit ici que le roi est fort triste, et que notre armée de Gigeri est embar- (|uée pour revenir de deçà.

J'ai vu ce matin M. le nonce dans son lit, et lui ai mené mon lils Charles, qui lui a présenté ses livres, et il nous a lait la grâce de les recevoir agréablement : nous y avons vu M. votre IVère , qui est en bonne santé. Les conclusions de M. le procureur-général de la chambre de justice, contre M. Fouquet , vont à être, pendu ; vous voyez où va cette teinte modération de M. Colbert , elle n'est ({u'ambition cachée, (jui dégénéreroit en tyrannie si elle pouvoit (l).

Tout le monde parle ici du cancer à la mamelle de la reinemère, et c'est pour cela qu'on lui a tiié du sang depuis peu.

11 est arrivé un grand malheur à M. Piètre; il n'avoit qu'un petit garçon de dix ans (jui s'est blessé à la tète, contre une port»\ dont il est mort trente-cin(| jours après; il n'a plus qu'une petite tille de reste : ainsi voilà sa famille périe, ou à peu près.

Co jeune enfant avoit eu de fortes convulsicjns avec une

(1) Xoire auteur a cerlainenieul rai.-on. A de grandes qualités, Loîbcrl joignait un caractère tenace, haineux et vindicatil. Il avait en outre une sorte de dureté , d'impassibililé qui !c rendait odieux à fout le litonde. Lnc dame qui réclamait de lui une pension due aux services de .'OU mari, lai dit un jour : « Au moins, monsieur, faites signe que vou!* m'entendez. » (R. p,)

A FAI.CONET. 4QS

grnnde fièvro; il y iivoit do la boue dans sa tète, a commotionc cerchri , (iita' puridcnlUoa invcxit , quod quidam si/»>jjtoma vocalw aGrœcis (7iruhq , (j(/od idon es/ qiau-i coucussio , vcd (lyitntio uuf qiwssafio. On appelle cela en François , une couimodûn du cerveau^ un fdr/rinl(uuni( , hupielle ai'rive souvent aux petits enfants (jui , se laissant choir sur des montées, en meurent , et arrive souvent sai;S fractui'e , par la seule commotion de cerveau et quelque rnption de petits vaisseaux, d'où le sang s'écoule, qui font un abcès où il se rencontre, et attire 1rs convulsions , la fièvre et la mort. Ce mal-là airive fort souvent à Paris, et il n'y a point de remède, cnlauiitaA . Cl ctdauiis citiritis et frucds.

Je soupai hier avec M. le premier prt'sldt'nt , (jù Ion parla fort de la déroute de Gigeri et du retour de nos gens. On s'en prend fort à M. Colbert, qui en faisoit son affaire. Un capitaine qui étoit là présent disoit qu'il auroit mieux l'ait de ne se mêler que des aff'aires de cabinet.

Le vice-baillif de Cliarti'cs , nommé Colin de Jlaginville , accusé de fausse monnoie et de plusieurs vols , fut averti que son fait étoit découvert; il se sauva, il y a dt'ja plusieurs mois; on l'a cherché de tous côtés, et il l'a été si bien, qu'enfin on l'a découvert dau^ Valcnricnncs , en Flandre, où il a été arrêté. On y a envoyé des gens pour l'amener en cette ville, où il est attendu; c'est un méchant fripon, qui a bien fait du mal , et qui mérite une rude punition , (|u'il ne peut éviter, fuit jus uel pereat ruundus. Je vous baise très humblement les mains, et suis de toute mon âme votie , etc.

De Paris, le 19 novembre 16G4.

LETTRE DCXLIX. — 1// Ufèn,^.

La jeune reine est mieux , Dieu merci ; son dernier accès n'a été que de cinq heures, et elle a les iniil-^ bonnes. On ne

parle de la reine-mère qu'en cachette ; les courtisans n'osent dire ce qu'ils voient; cependant il est certain qu'elle a un cancer à la mamelle gauche , maladie , comme vous savez , qu'on ne peut guérir; mais ne doutez pas qu'on n'y écoute les charlatans qui promettront toujours de la guérir. Enfin c'est un mauvais refrain de la ballade et de la comédie de la vie, principalement pour une femme qui a toujours bien mangé , et qui n'a presque point été malade , et ainsi qui n'a point fait de remèdes par précaution , dont elle se trouveroit aujourd'hui fort bien , si elle s'en étoit servie. On a fait ici force processions et prières publiques, ce qui , comme je crois, ne lui a point nui; mais je voudrois être assuré qu'elles lui eussent servi et qu'elle en guérira. Les prières de gens de bien servent merveilleusement, et je ne suis point de l'avis de ce poète , qui a dit trop hardiment :

Desinefata Deum flccti sperare precatido.

On ne sait ici que trop de la déroute de notre armée de Gigeri , et la perte de dix compagnies du régiment de Picardie , par la fente du vaisseau qui les rapportoit près de Toulon ; on s'en prend au trop d'économie de 31. Colbert.

On dit que madame Fouquet la mère a donné un emplâtre qui a été mis sur le ventre de la reine et qui a heureusement apaisé ses douleurs. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 21 novembre 1G(»4.

LETTRE DCL. — At( même.

M. votre frère m'a promis de vous envoyer une copie de la consultation que nous avons faite ici par ordre de M. le nonce. Le mémoire de Rome est plaisant, obscur, mal fait, menteur.

et peut-être fabuleux. N'est-ce })oint pour voir ce que nous on dirons ? car il y a des railleurs partout, et plus à Uonie qu'ailleurs, à ce que j'apprends. Ce qui me réjouit après tant de peine que nous avons prise est l'espérance de quelque bénédiction de notre Saint-Père. Nous nous sommes assemblés deux grandes fois pour lui donner satisfaction , et nous avons été traités, comme dit Meursius , de saint Côme et saint Damien, -^ys'.açof J'ai bien envie de savoir ce que le Saint-Père et les médecins de Rome diront de notre réponse , qui ne plaira pas à tout le monde. Je voudrois bien savoir aussi ce qui arrivera à cette femme. Rebutfe, qui étoit un jurisconsulte natif de Montpellier, a écrit que Doctoresde Sorbona vocantur Magidri nostri ^ quianildl co.piunt de i^uis responsionibm. On nous appellera aussi Magistri nosfri , si tout le monde nous traite comme le pape.

La reine n'a point eu l'extrème-onction et n'a point eu autre mal que sa lièvre tierce et sa couche; mais c'est qu'en ce pays là les médecins font toutes les maladies grandes , q'/o pretiosius et famosius curent , comme dit Tertullien. Je vous prie de remarquer ces deux bons mots , qui conviennent fort aux empiriques d'aujourd'hui. Guénaut a déjà proposé le vin émétiqne , mais M. Seguin s'y est opposé et l'a empêché.

Mitescitnegotinm />. Fouquet , et j'en ai beaucoup meilleure espérance que ci-devant. Je voudrois que M. Anisson lut hors d'affaire et de procès , afin qu'il pensât à mes beaux manuscrits de Gaspard Hofmann , comme il m'a promis ; mais quel est ce livre qu'il va imprimer de ce Laurentianm? L'hiver ne doit point empêcher le lait d'ànesse à madame votre femme, sed sœpe débet purgari. Je la salue de tout mon cœur, aussi bien que MM. vos deux fds, et suis de toute mon àme votre, etc.

De Paris, le 2 décembre 1664.

49,6 lettp.es de gui tatix

LETTRE DCLI. — An vmne.

M. Lecomte notre collègue est au lit. niahule d'une blessure qu'il a à la jambe d'un coup de pied de cheval ; révénement de ces accidents est toujours douteux.

Deux liommes sont ici morts depuis peu , qui ont eu de la réputation par leurs livres, savoir : ^îarcassus, qui a fait lliistoire grecque et plusieurs romans, et jM. Porrot d'Ablancourt, qui a traduit le Corn. Tacite, le Lucien et autres. On dit que M. l'abln; de Boui'zey, qui s'est tant dévoué à M. Cûlbert, s'en va faire imprimer la vie du cardinal Mazarin. Oh ! ([ue cela seroit beau , s'il disoit tout ! mais il n'a garde ; il n'en seroit pas bien payé. J'apprends que M. Chapelain, poète François, très savant et très honnête homme , qlii a donné au public la Pncelle d'Orléans, a une pierre dans la vessie; il s'apprête k se faire tailler le printemps prochain. M. le président de Ti,>ou fld omuini 16()1 , remarque, en parlant de Jo. Heurnius, médecin de Leyden , très habile homme, que c'est Li maladie des hommes d'étude , misera ad libros assidue sedentiwii stipendia (l).

La reine est toujours malade; ses accès de tierce ne manqueront pas de revenir, statis larris ^ et sfata periodo. Elle a de plus ses médecins de diiterents avis, comme il se lit dans les

IEpistohi' de Sidonius Apollinaris. Vous savez que la cour est pleine de brigues, d'ambition et d'avarice, que c'est un pays oii le plus souvent on débusque son compagnon , aida hodierna cadem est quam in pestilentia carnpi , ihi sant vidtirres qui lacérant, et cadavera qxup laoprardur. La reine de voit être guérie ; elle n'a point accouché avant terme , et n'a jamais eu qu'une lièvre tierce fort simple.

(1) J'ai cité ce i)as.'a{i;e dan.'- mon ouvrage, Pliyslolo(iie et hygiène des hommes livrés aux travaux de l'esprit , elc. 'i' édit. t. Il, p. oO. Combien d'homme^ célèbre.* ont clé, en eiiél, viclime.s de ceUe maladie 1 combien ont jpii dire . comme Era>me . calruhis . meus rarnifex !

A i \L(;(>\Ei, -^iir

t In a l'ail au roi des l'cmoiilrances sur le raftial des teDlcs de rHùlt'l-de-Villt>; il a promis de rendre sa réponse dans ])eu de joiH-s : ce l'iit M. le |)révôl des marcliands qui pai'hi l'oi't hieii pour les rentiers. Les HoUaudois el les Anglois ne peuvent s'accorder ensemble; on croit qu'il faudra qu'ils en viennent aux mains. Les Anglois veulent emplii' la Manche dtleurs vaisseaux, alin d'empêcher que rien ne passe pour les Hollandois, ((uiontété mal traités [)ar les Anglois dans l'AnK'-i'i(iue.

On parle ici de (luehjue plainte ou disgrâce de Al. Berrier, premier commis deM. Colbert ; il n va rien au monde (pii ne soit sujet à changement en ce monde , et principalement à la coiu'. La petite Madame a eu des convulsions et est morte ce malin ; elle étoit lluette et délicate , sans avoir jamais eu de santé, .le vous haise très humhlemiMil les mains, d suis de tout mon cceiu' votre , etc.

Dp Pari'^. ce S dcotMiibn- l(5(i'4.

LKTTilK OCLII. — Au wrmf.

•le vous mandois hier tout ce que je savois en vous envoyant une lettre de monCarolus pour le P. Compain , jésuite. Ce (larolus vous baise les mains, et vous remercie avec moi de votre afi'eclion, de toute la peine (pie nous vous donnons.

M. Anisson m'a mandé que lui et M. Boissait sont prêts' de s'accorder, et (pie pour cet elïet il y a des arbitres nommés: Dieu leur fasse la grâce d'être bient(H contents et bons amis. Il y a dans les procès toujours de l'obstination et maii- ' (pie de charité : p>tf (ixtcm rrwifns vcsf/!^ illa uiiptinlis niav fucit ' /idiitiiifiii fhrisfiaiDuii. Mais de malheur la charit('' d'aujour-' d'hui n'est plus guère échauffée; elle n'est plus taiit()t lu'duile ipi'a la besace des njoines.

La sant('' de la l'eine n fsl point encore assurée; l'on ninilu. 32

mure (lu vin émétique ; peut-être que les empiriques de la cour et les rabbins de Tartulien en font courir le bruit pour tâcher de donner quelque vogue à leur poison , qui a tant tué de monde. Multa diciinfur de ejus morbo quœ nesciuntxir, et de quorum veritofe swnmo jure ambigitur. 0 in feli ces principes qui sua bona minus intelligunt! Infdiciores qui sua mola non sentiunt !

La reine mère est une fort bonne femme, laquelle a de fort bonnes intentions , mais elle n'a point assez de crédit pour les faire valoir.

Le roi a fait mettre dans la Bastille M. de Vardes : on ne sait point le sujet; on dit que c'est à cause de M. Fouquet; mais apparemment c'est le prétexte de quelque autre chose. On tient ici M. Berrier perdu, pour une fausseté qu'il avoit produite en la chambre de justice contre M. Fouquet; sa principale partie est M. Pussort de Fanan , ci-devant conseiller du grand conseil et de la chambre de justice, aujou)-d'iiui conseiller d'État ordinaire, et oncle de M. Colberl. L'afîiiire de M. Fouquet tire à la fin et sera jugée dans peu de jours. On espère et on craint, ce sont les deux écueils de la vie humaine (1).

J'ai vu M. le nonce, ce matin \4 décembre, et M. votre frère, qui dit qu'il est las de prendre des médecines ; il est vrai que son corps n'en a pas grand besoin , il n'est que mélancolique. M. l'abbé de Rivalte vous baise les mains. J'ai vu aussi j\L le comte de Louvigny, sur un billet que M. de Saint- Laurent m'écrivit hier : c'est un brave seigneur que j'honore

(1) On espère el on craint ; ce fnl là , en effet . ce qu'éprouva conslainmenl la société de Paris la plus dislinf^uéc à l'époque du j^rand procès de Fouquet. ("c surintendant qui trouva [)Ourlant une cruelle, avait acquis beaucoup d'amis et d'adhérents par ses libéralités el l'élévalioîi de son caractère. Au fond, cet homme n'était pas un marchand d'argent, sans entrailles et sans pitié. Aussi madame de Sé\ignéne cesse d'appeler l'intérêt sur notre cher malheureux, el le grand poète La Fontaine lui resta lidèle toute >n vie. R. P. i

A l'ALCONET. 499

fort; il n'est pas tort iiialadc; s(»ii mal est pliilùt la laiij;iu.'iir et la vieillesse que la maladie ; j'en aurai soin , cl j'espère que tout ira bien. On dit que M. Berrier-est devenu fou , et qu'il a perdu l'esprit de la peur (ju'il a que M. Colbert ne le fasse pendre ; d'autres disent que tout cela n'est que feinte. M. Rainssant n'avance guère; sa lièvre est fort diminuée, et l'enllure œdémateuse continue. L'hiver est fort contraire aux vieilles gens et aux malades, et même aux convalescents quorum vires oh oculo vci confumaci rnorho sunt ufflictœ^ ni uttritw et jyrostotœ; il n'est pas môme jus(}u'au bonhomme Cicéron qui n'ait dit, in Ejàstolis ad foiiiUiares : vl;0/o; ô> utz-M y^oi-^i 7ro/.2(ji(WTaTcv, iiiquit Eiu'ipides , qucrn tu qutmti facias nescio . certe siïKjulos ejus ve)\'>us sinf/ida teatimonia putn.

On parle ici d'un nouveau livre latin d'emblèmes, imprimé à Bruxelles, fait par un auteur nommé Milliarez, fds d'un Espagnol. On m'a dit aujourd'hui que 3J. le lieutenant civil en avoit l'ait saisir une balle à la douane. On dit que ce livre est de politique; peut-être qu'il y a là-dedans quelque chose contre les intérêts et les prétentions de la France.

On imprime en Hollande un livre qui sera beau et curieux: ce sont les Ménnoires do M. le maréc/ial de Bassonqiierre.

On dit que l'empereur envoie par la Franche-Comté de bonnes troupes au 3Iilanez, afin qu'elles en demeurent saisies, en cas que le roi d'Espagne meure bientô , h f|uoi il y a grande apparence.

On est tout de bon à la fin du procès de M. Fouquct; on a commencé à délibérer. 31. d'Ormesson, premier rapportem et maître des requêtes, a dit son avis, et, après de belles choses, a conclu a un bannissement perpétuel et a la confiscation de tous ses biens; c'est à présent à l'aulie iap})orteur, qui est M. de Sainte-Hélène, conseiller de Rouen, a dire le sien.

Maie liohet regina parens e mo carcinoinale nuannaisu : liahvif cansiliunt privutum Iriwn archiatrorimi , emn (puatuor chirurgie /V«//o.<?.s, ex quorum relatione rorichmmi fuit inorbum ease àvtaTov .

■»()(> l.F.TTUKS DE iili l'ATIN

l't in sii/ti cici/fii /rr/ifioiiis sjjcdi t'SSf /'epoxi/ain , ni m tni'fl iiiiiiK'iitù (piiKlditleiois iiii(>(h/iio ef cinollieute : i/i/od in tanin a/l'crta i'st fcninciim mixlliimi. M. Rainssant est fort abattu , à peine peut-il se tenir dans son» lit , et y bien étendre ses jambes : l)r(Pte)'en labomt fjnndinn inexplcbili nti , sir itnr ad (if^tro.

Un de nos bourgeois fort homme de bien , nommé M. Poii^nant , a été mis à la Bastille pour avoir parlé de la suppression des rentes de l'Hôtel-de- Ville, et madame de la Trousse a re(,'u défense d'aller à l'Hôtel-de-Ville , et à toute autre assemblée, sur peine de punition corporelle pour la même cause. On dit que le roi a envoyé quérir sa déclaration ]join' les rentes, mais on ne sait si c'est pour ajouter ou diminuer. La chambre de justice a donné commission au présidial de Beauvais de faire le procès du receveur des tailles de Gisors , nommé l'Empereur, ce qui a été fait: ils l'ont condamné a être pendu et étranglé. Il y a appel , pour lequel il fut hier amené en cette ville ; il est de Paris, et a ici plusieurs parents qui le pourront sauver ; son crime est de plusieurs volei'ies pid^rupies.

La jeune reine ne se porte pas encore bien ; d y a trois mois qu'elle est malade, et n'avoit que la fièvre tierce, le simple bourgeois est mieux traité que cela . sanctias a/ta// (h-ranaai rioitur.

M. votre frère ma dit aujourd'hui ([u'il a h^s pieds eiillés, mais il n'a guère envie de se purger, .le salue avec toute cordialité MM. Troisdames, Spon et (iarniei', et suis de toute mon àme votre, etc.

De Paris , le Ifi «Jérembre 1fi64.

LETTRE DCLlli. — Aa ,a^a,e.

H y en a ipii prétendent que la tiuneui- de la i-eineà la mamelle gauche n'est pas dangereuse. Je vriudrois qu'ils en fus-

A km.co.m:!. 501

sent assurés, mais je ne U; crois pas. On a t'ait MMiir un prtHrft (le près d'Orléans, (jui, avec ses secrets et ses emplâtres, promettoit miracle. Mais Dieu fait ces grands miracles tout seul , encore n'arriveiit-ils ([ue rarement. Tout le monde est sujet aux lois de la nature, grands et i)etits. On ne t'ait plus d'état des rabbins de la cour, leurs secrets sont éventés, leur l'ait n'est ijue cabale et imposture.

On dit ([ue M. Fou(juet est sauvé, et que de vingt-deux juges , il n'y en a eu que neuf à la mort, les treize autres au bannissement et à la conliscation de ses biens. Oii en donne le premier honneur à celui qui a parlé le premier, ([ui étoit le premier rapporteur, M. d'Ormesson , qui est un homme d'une intégrité parfaite, et le second à M. de la l\0([uesante, conseiller de Provence. Ils ont dit, (iiv M. Foiiqui-f lùinilf (jii'ohéi au cardinal Mazarin , qui aroii fcrn du roi. l'urdrr >•! I<i jmissance de commander; que pour faut le mal ipii avoif èfè fait^ il s'en fallait prendre nu Mazarin , qui avait été un grand larrnn qui méritait qu'on lui fit son proct's , d'être déferré , et ses hiens ronfisqués au roi. Et je suis fort de cet avis l\

Dieu bénisse de si honnêtes gens ! Je voudrois que le roi fit l'un ou l'autre chancelier de France pour leur noble et courageuse opinion , aussi bien M. Séguier n'en i)eut plus.

On travaille au procès de M. l'Empereur, receveur des tailles de Gisovs. Sept cents témoins ont déposé contre lui , et il a plus de 800,000 livres de bien. Le roi en avoit donné la confiscation à M. le comte de Saint-Aignan , mais il l'a révoquée cji disant que, etc. Quand je saurai le reste , je vous le manderai volontiers. Adieu.

De Paris, le 21 décembre i6()i.

{i; La bile anli-uiazariuesciue <Je Gui l'alin n'avait rien perdu de son àcrelé , trois ans après la mort du cardinal. Laul-il le lui re|)rocher ? non sans doute, car il y a un côté de la vie de iMazarin lar^jeinonl eiiiaclié , et les convictions dépendent souvent du poinl de vue ou (iri est place. K. 1*.:

502 LtllKES DE (.11 PATIN

LETTRE DCLIV. — Au même

On s'atteiuloit à la cour que par le crédit de M. Colbert, sa partie, M. Fouquet seroit condamné à mort, ce qui auroit été infailliblement exécuté sans espérance d'aucune grâce. Verum fati lege quœ régit orbeni ferrarum, vel potius, ut christiune dicam , tacendo fatum , ne jndes milii esse cor fatuurn , Dieu lui a t'ait grâce, et ainsi il n'a été qu'exilé , sic placuit superis. On dit que quatre jours avant son jugement , madame Fouquet la mère fut visiter la reine-mère, qui lui répondit: Priez Dieu et vos juges tant que vous pourrez en faveur de M. Fouquet, car du côté du roi il ny a rien à espérer (l). Les deux dames Fouquet, mère et bru , ont reçu commandement

'1 Xicolas l'ouquet. suriiitendanl des finances, naquit à Paris en 1615. Son père François Fouquet , armateur de Bretagne , avait lait le commerce avec les colonies. Appelé par le cardinal de Richelieu à faire partie du conseil de marine et du commerce , on dit qu'il fut le seul juge du maréchal de Marillac qui n'opina point à la mort. Nie. Fouquet fut d'abord maître des requêtes et procureur général au parlement ; en 1633 , conjointement avec Servien . il occupa la charge diî surintendant des finances. Enfin , le 21 février 1659, il fut promu à la pleine et entière possession de l'intendance des finances. Il possédait une grande fortune ; mais sa magnificence , sa générosité envers les savants et les gens de lettres , et surtout sa prodigalité , dépassèrent tout ce qu'on peut s'imaginer. La dépense de sa maison était considérable, et le château de Vaux lui avait coûté plus de 18,000,000. On sait que c'est à la suite d'une fête qu'il donna dans le château de Vauv , au roi et à toute la cour, le 16 août 1660 , que «a disgrâce fut décidée. On l'arrêta à Nantes le 5 septembre suivant par ordre de Louis XIV , et il fut jugé et condamné par une commission composée en grande partie de ses ennemis. Voici le jugement qui intervint le 20 décembre 166i :

« La chambre a déclaré et déclare ledit sieur Fouquet dûment atteint et convaincu d'abus , et de malversations par lui commises au faict des finances. Pour réparation de quoy, ensemble pour les autres cas résultants du procès, l'a hanny et le bannit à perpétuité hors du royaume , enjoint à lui de garder son ban sous peine de la vie , a déclaré tous ses bieui confisqués au rov , sur iceux préalablement pris la somme de

(lu roi de sortir de Paris, et se retirer a Moiillueoii-eD-Boiirboiiiiois. Ou dit que les mousquetaires sont comniaudés pour partir demain et mener M. Fouquet à Pignerol. J/^/.sw, /ockui agnoscis , etc., (/ummliu vero i^it /lœsunis il lie, apnd nosarroiiuin est , soli Deoet ref/i , cognitum est tuntwn negotium.

Nous aurons bientôt un bon livre fait par un janséniste , touchant les prétendues opinions des jésuites, tant sur leur morale que sur les droits du roi.

On imprime ici , en grand in-ijuarto , un Abrég'' de l'Histoire de France , par M. Mezeray.

Le marquis de Cliarost et sa femme, tille du premier lit de M. Fouquet, ont ordre de se retirer a Ancenis; M. Bailli , avocat-général au grand -conseil , à Saint-Tliierri son abbaye ; les deux frères de 31. Foucjuet, en d'auties lieux. On voit ici sur les quatre heures du matin une comète entre le Levant et le Midi. Beaucoup de gens se lèvent la nuit pour la voir; ce n'est qu'une bagatelle en l'air qui fera parler les astrologues , et leur fera dire des sottises à leur ordinaire. Je crois (|u'elle ne produira aucun bien, si elle ne fait diminuer la taille, et tant d'autres impôts que le Mazarin a fait à sou profit et à notre perte.

On dit que le roi est fâché contre ceux qui n'ont point condamné à mort M. Fouquet; mais il n'y a pas d'apparence; car, outre qu'il a l'esprit doux et qu'il n'est point du tout sanguinaire, c'est qu'il l'eût fait condamner s'il eût voulu {\). H

100,000 livres applicables moitié au roy et l'autre moitié en œuvres * pies. »

On sait que , par une rigueur sans exemple et qui n'a pas eu d'imitateurs , le roi modifia l'arrêt, et le bannissement fut converti en une détention perpétuelle. Fou(piet partit le 22 décembre pour r'ijrnerol , où il resta enfermé jusqu'à sa mort , en mars 1680. II fut ramené à Paris et inhumé dans 1 église du couvent des dames Sainte-Marie , rue Saint-Antoine, le 20 mars 1680. [ R. P. )

(l)S'// euïvou/u.' quelle sanglante critique du gouvernement absolu! Cependant il voulut que le bannissement se changeât en prison perpé-

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