‹ Lettres de Gui Patin (volume 3)Chapitre 20 sur 49 · LE11HK> DE (.11 l'AllN · texte numérisé non relu

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avoit ujëiiie dit qu'il ne se vouloit pas mêler de ce piocès-Ià , et il a tenu sa parole. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre . etc.

De Paris, le 23 déociiibro 16H'i.

LETTRE DCLV. — .1;/ lunur.

.le vou.s ai adressé une lettre de mon Clarolus pour le H. P. Compain , au(|uel je baise les mains; Carolus en t'ait autant pour vous. J'ai vu l'écrit de votre M. Robert, <|ne je vous renvoie; il est autant exti-avagant que son auteur, outre l'ignorance crasse et les fautes qui y sont ; je n'y entends rien, non plus qu'à l'original qui est venu de Rome, sunf isthcr dctii'in morientis seculi. Nous n'y avons rien répondu que par énigmes ou soupçons : in r('fij"l(i et iimlendn. Tout y est douteux de part et d'autre ; nous n'y avons répondu rpie pour coutenter M. le uonce, encore n'avons-nous pas tout dit. M. votre frère, qui se porte assez bien , m'a dit ipi'il vous en avoit envoyé une copie.

Votre M. Robert est ce bonhonnne (jui donnoil du vin d'absinthe pour guérir l'hydropisie. Ne vous fâchez pas , M. Rainssanten a pris aussi. Pensez- vous qu'il n'y ait de médecins charlatans qu'à Lyon : l't hic, et olibi. et iihifjnc forranon venditiir ])i/j('/-.

M. Piètre a cinquante-six ans . et je ne sais s'il aura jamais d'autres enfants; il est valétudinaire . et sa femmr n'est guère loin de cinquante ans.

luellc. Dans nos temps modernes lopinion publique a une prépondérance- une action qu'elle n'avait pas dans le xvii's ècle. Lors du procè-^ du général Moreau , accusé de conspiration avec Piehcj;ni . lionaparle . jiremier consvd, viclorieux, |)ui^sanl. adoré de la nation, n'obtint i)oint la condamnaliou à mort de Moreau ; la voi\ publique s'y opposait , il ne put donc goûter l'orgueilleuse satisfaction de le fjracier. ( R. V. ]

\ ! M.r.dNKI. OO.*)

M. l()in|iK!t est juj^i' , le lui a converti l'ari'cl de haiiiiissoineiit en prison pcrpétiuille , et uliiKim mni (l(;<ienci-cl si; tov ÔavaTÔv ; car (piand on est entre (pialre murailles, on \w manj^e pas e(! (|u'on veut, et on mange quelquefois pins (pi'on ne veut; et dt; plus, Pignerol [produit des trutles (ît des champignons ; on y mêle (piehiuel'ois de dangereuses sauces pour nos François, (piand elles sont apprêtées par des Italiens. (îe (pii est de bon est (pie le roi n'a jamais lait empoisonner personne, et (ju'il a l'àme droite et généreuse. Mais en pouvons-nous tliie autant de ceux ([ui gouvernent soussoiiaiitorit(''?.!'ai vu ce (pialrain de Nostradamus; il est ici commun. Ce poète êloit l'on ; mais M. de Ho(piesante est bit!U sage. .\iisfr(i ddiiivs qfntiii rcrbn (hn/ii/s, lunii fallcri' ncstrinii est. ht (iinmi rcrlxt iniiniia , ml iilsi iiosl ra (hiiiiiiii. Au moins il a menti pourri. Fouipiel; gaidons-nous d(! tels prophètes [)our n'être point tronqué; il ne faut croire ni révélation, ni apparition, ni miracle , ni prophétie, encore moins les songes, les énigmes, etc. Je vous baise très humblement les mains, et suis de toute mon âme votre . etc. Uc l'aris, le 25 décembre 166 i.

LKTTIIK DCI.VI. — \u mnin-.

11 fait ici bien froid, et ce (ju'il y a de malades n'ont guère (|ue des rhumatismes, à quoi le vin nouveau n'a pas peu contribué. La messe de minuit est cause que tout le monde parle de la comète qui a été vue de ([ui l'a voulu. Ils deviendront enrhumés pour avoir été dès les trois heures du matin sur le Pont-Neuf jiour la voir, et puis après s'en prendront à la comète. Pour moi, je ne crains rien de tout ce (pi'on en [irédit : il arrive assez de malheurs sans comète : c'est pourquoi je passe volontiers dans l'avis d'Eritius Puteanus et d'autres savants hommes, (pii, sur l'aiilDritéderEcriture Sainte: -^V■ '■ni'Kjtn-i. liDuii /rs sit/iics (lu riri ^ prétendent ipie les comètes, comme

àOG LEllUES Di. I.LI PATIN

simples météores , ne nous prédisent ni bien ni mal. Nous n'avons que faire d'en craindre , il nous en viendra assez. On dit que le roi a donné charge à un mathématicien fort savant d'en écrire : il se nomme M. Petit. A peine y a-t-il jamais eu de comète plus remarquable que celle qui parut l'an 1572 après le massacre de la Saint-Barthélemi , laquelle dura dixhuit mois , et ne disparut qu'au printemps de l'an 1574 , un peu de temps avant la mort du roi Charles IX. M. de Thou , Kekerman , Tycho Brahé et d'autres en ont fait mention.

M. de la 3Iothe-le-Vayer, pour se consoler de la mort de son tils unique , s'est aujourd'hui remarié à septante-huit ans, et a épousé la fille de M. de la Haye, jadis ambassadeur à Constantinople , laquelle a bien quarante ans. Elle étoit demeurée pour être sibylle. xVo'/i invenif vo.tein, sed viruin , secf vetidum. Adieu.

De Paris , le 30 décembre 1664.

LETTRE DCLVll. — 4^^ m^me.

Bon jour et bon an (ce dernier décembre), en attentlant quelque bonne nouvelle que tout le monde désire. Je vous dirai que M. Fouquet n'a séjourné qu'un jour à Montargis, savoir, le jour de Noël.

On dit que le roi veut avoir sa revanche sur ceuxdeGigeri, et qu'il y veut renvoyer 30,000 hommes le printemps prochain. On dit qu'ils ont fait quelque chose qui offense le roi, à cause de quoi il ira dès le mois d'avril en Provence.

Le bourgeois est ici fort mal content des rentes supprimées ; tout le monde se retranche fort; il n'y a (|ue les vendeurs de bijoux et de galants qui gagnent avec quelques cabaretiers. Les charlatans même ne font plus de fortune , témoin le misérable médecni qui, sans se soucier de Dieu ni du monde, vend effrontément des remèdes antiécliptiques et anti-comé-

tiques icfisl celui <|ui eu est le [)an'aiii, aussi bieu (jue le inaicliaud , ex xitraqac jxirtc Vidcuiw simi/is). Dieu soit loué de tout; les gens de bien vivent toujours bien. Pour moi , je me fie à Dieu et à celui qui a dit : Nunqwxm viili justuni derelictum^ nec semenejits quœrens pnncm.

M. deLouvigni est content de moi ; c'est un fort bon et sage gentilhomme. Je me moque de la comète ; je ressemble à ce vieux Romain qui ne craignoit que malam fomaui et fainon , encore ne m'en souciè-je guère. Dieu m'a donné la grâce d'avoir pourvu à l'une et à l'autre. De V Histoire de l' Université, les deux premiers tomes sont sous la presse (1), les quatre autres suivront aj^rès ; elle s'imprime aux dépens du recteur. Je sais bien que M. votre archevêque aime les livres ; je le saluai ici l'an |)assé ; je lui ai grande obligation du bon accueil qu'il me fit; je suis fort persuadé de son mérite et de celui de tous ses ancêtres , et particulièrement de son aïeul , MM. Nicolas de Villeroi , que je me souviens d'avoir vu l'an 1616, et feu M. d'Alincourt, l'an 1641. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.

De Paris , le 1" janvier 1663.

LETTRE DCLVIll - Au même.

J'aurai soiu de l'affaire que vous me recommandez pour M. de Rhodes votre doyen, et vous promets d'en parler à' M. le premier président. On peut tout espérer de la justice et de la protection dont il honore les gens de lettres.

Enfin vous avez perdu M.C.ras : il étoit temps qu'il mourût. 11 étoit trop bourru, et sa mauvaise humeur ne lui a pas peu aidi' à quitter ce monde. Il avoit pourtant du mérite; mais il eût bien fait de vivre comme les autres homui(\s.

(1) V'oyez la note tome III, page 273.

Ô08 LETlUtS D£ OLi PAllN

\otrc jeune iciiie se porte bien , Dieu merci. Elle n'a plus besoin que de se fortifier. Tout son mal a été une fièvre tierce, et un accouchement (jui fut un petit avancé par un purgatif donné à contretemps. Sénèque a très sagement dit qu'il n'y avoit rien de plus dangereux dans les maladies qu'un remède donné avec tant de précipitation. Vn médecin doit ajouter, aux femmes encoie plus (|u'aux hommes, et encore plus aux femmes grossesqu'à celles ([ui ne le sont pas. La reine-mère n'est pas si bien. On dit qu'elle a un cancer a la mamelle gauche, où les empiriques de la cour ont perdu leur escrime. On a envoyé quérir un prêtre nommé Gendron, près d'Orléans, qui l'a traitée. Une certaine femme en promettoit la giiérison, mais elle en a (piitté l'entreprise. On parle d un moine de province, et d'un autre charlatan (|ue l'on veut faire venir de Hollande; de quel côté qu'il vienne, il m'importe fort peu , mais je ne pense pas ({u'ils la guérissent. Mon Dieu ! qu'il y a de sottes gens au monde , et particulièrement chez les grands seigneurs, de croire que telles buses puissent guérir des maladies (|ue les médecins n'ont pas pu guérir ! MM. les courtisans n'entendent point ce passage de la Bible : yuniqi'id rcslim est in (ïdlvnd^ pi mpdinin lion est Un.

La semaine qui vient on va procéder aux taxes des partisans, dont les uns sont à la cour et les autres sont la plupart cachés et fugitifs. Il yen u qui s'offrent d'en i)i-endre le parti, pi'omettant au roi 50 millions; maison dit (|u'il en faut bien davantage. Je prévois une étrange tlésolation sui' les familles de ceux sur (|ui tombera ce tonnerre. Ce sera bien pis que la comète, qui ne se montre plus. Les jésuites en ont fait une thèse fort sèche, et où il n'y a presipie rien a apjnendre. Je suis , etc.

I)<' i'illis . le -1 jainitr 1065.

A I Al.CoNF.r. riOy

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