‹ Lettres de Gui Patin (volume 3)Chapitre 21 sur 49 · I.KTTRE \)C.]A\. — \>, mfhm · texte numérisé non relu

I.KTTRE \)C.]A\. — \>, mfhm

Je vous (Mivovai, il y a (iu('l(|ues jours, un i»iUiUHt de Irttrt'S avec une, thèse, f/c siu/orc saii(/(fiiico, hKjuelle, connue je crois, vous trouveiez belle et remplie de doctrines. Les chimistes s'en l'ont bien accroire tous les jours avec leurs prétendus sudorifKpies, iloiit ils promettent de guérir la peste et les autres maladies malignes. La peste est un terrible démon (|ui ne se chasse point avec de telle eau bénite.

Cette dernière comète (pii a paru fournira de la matière aux astrologues, et sans doute produira (jueUjue livre nouveau aux curieux. Le mot de comète devroit èlre masculin . mais le peuple et l'usage l'ayant mis au féminin, je suis d'avis il(^ |)arler comme les autres, malgré la règle de la syntaxe , de peur de passer pour novateur et pour grannnairien, qui est une sotte espèce d'hommes, à ce que dit Athénée. La comète (jui parut l'an lô72 , au signe de Cassiopœn , étoit tout autre chose qu'une comète d'Aristote, qui n'avoil rien vu de pareil, et (|ui peut-être ne l'a jamais entt'iidu. Les astronomes d'aujourd'hui en savent bien plus ([ue lui, ce que je dis sans le vouloir mépriser, mais il n'a pas tout su. La vérité des choses se découvre petit à petit. Je tiens pour certain (|u'il y a deux sortes de comètes, l'une sublunaire, et l'autre céleste ou éthérée. Voyez ce (ju'en a dit là-dessus Fi'omondus dans son livre des Mé/f'ores.

M. Rainssaut, notre collègue, est toujours malade et ne se porte point )nieux. Dans ce mauvais train de son mal, il a eu recours aux empiriques et chimistes, et il se sert de la pierre de Butler, dont van Helmont a bien dit des menteries. Je vous prie pourtant de ne lui en point savoir mauvais gré , car c'est là sa méthode ordinaire, et il veut faire en mourant ce qu'il a praticpié durant sa vie. Haiussant a fait toute sa vie le cliarlalan, et veut mourir en charlatan, (acéron a dit quelque part (iii'nn certain Aristoxemis ('toit philosophe et musi-

510 LETTRES DE Gl I PATIX

cien, et qu'étant interrogé ce que c'étoitciue l'àme, il répondit que c'étoit une hormonic . pour ne pas s'éloigner de son métier.

M. Piètre est encore fort mal. Ses accès lui ont repris avec ses convulsions ordinaires. Dans Hippocrate cette maladie est appelée ///o/'/v</.< .wc«', et dans Apulée //<o/'è^/.<î//<«yor, et par d'autres morhus comitialis ; dans Aulugellius, heroicum pathema ^ parce que les plus grands génies en ont été atteints, comme Hercule, Alexandre-le-Grand, Jules-César, Charles-Quint, etc. Il vaut mieux être moins habile homme que d'être si savant , r comme M. Piètre, et être malade comme lui. Pierre Char- \ ron (1), qui a été un divin homme, préfère la santé du C(jrps la la science. Je suis, etc.

De Paris, le 23 janvier 1663.

LETTRE DCLX. - An même.

Je vous mandai hier, ce ''^\ janvier, la mort de M. Liénard, âgé de soixante-dix-huit ans. On dit souvent que M. Rains- .sant se porte mieux, et dès le lendemain on dit qu'il empire. Il a quitté tousses charlatans.etest réduit à prendre des petits grains de laudanum, sans lesquels il ne peut dormir ; une autre fois de la poudre ocnlorum cancri, et d autres fois d'autres bagatelles que Guénaut lui ordonne : nec aliter patent emplricua (Kjere quam empirice , nnllm Deus exti^a cœlvm sunm linhi- /rt^; quand il voudroit faire mieux, il nepourroit, "d hoc scliemu Dans eum produxit.

On me vient d'apporter son billet d'enterrement, etjapprends qu'il mourut hier (ce 5 février) à trois heures après

(1) Pierre Charron , auteur du livre De la Saçiesse, fils d'un libraire (jui avait vingl-cinq enfants, est né à Paris en 1341 , il mourut dans la uieme ville . d'une attaque d'apoplexie . le 16 novembre 1603. (H. P.)

A KALCONRT. 51 I

iiiidi, âgé (le soixante-six ans, avec pluralité d'eDraiits, et assez peu de bien , quoique toute sa vie il n'ait rien épargné pour en attraper : travail effroyable et tout-à-fait immodéré , finesse, fourberie, imposture, impudence, mensonges, apothicaires, chirurgiens, sages-femmes, opérateurs, artesGucnnldicœ, py^nvœ, mentit œ , tout lui étoit bon , pourvu qu'il en vînt de l'argent. Mais il est mort, et la parque noire an fleuve Styx l'a mené boire.

Le roi fait faire le procès au nommé Farques , Languedocien, qui voulut, il y a (|uel(]ues années, tenir bon dans Hesdin , dont il étoit gouverneur, contre le roi , en faveur des Espagnols et du prince de Contlé, avec lequel il avoit intelligence. Le roi la envoyé sous bonne garde à Abbeville, afin que son procès lui soit fait par l'intendant de justice en Picardie, avec le présidial de ladite ville.

Hier mourut ici un des plus grands hommes (jui aient été en l'Université , M. Padet , proviseur du collège d'Harcourt . Verus Atlas Aca/lemiœ , âgé de quatre-vingt-six ans, accablé de différents maux qui ont avancé sa vieillesse. II étoit homme de grand mérite; Dieu lui fasse paix! Je vous bai.se les iiiains, et suis de toute mon àme , etc.

De Paris, le 6 février 1663.

LETTRE DCLXI. — An mpwe.

Je vous envoyai hier, ce 7 lévrier, de nos nouvelles par M. Julien, qui est un bon enfant, Parisien, demeurant à Lyon, homme tout plein d'affection et de bonne volonté.

On ne parle ici que du nouveau commerce des Indesorientales, que le roi veut établir; mais il y a bien des ger)s qui s'excusent d'y mettre leur argent. Je soupai hier, ce 8 l'évriei', chez M. le premier président , où il en tut parlé amplement. -M. le président Pilancmesnil , son beau-frère ^'esl pour

till i.r.TTUEs liF. ti( I Patin

lui qu'on lit des barricades avec M. de Broussel l'an 1648; , y survint; il me lit promettre que j'irois aujourd'liuidiner chez lui, ce que j'ai fait avrc mon fils Charles, (|ui est fort en ses bonnes grâces. J'ai été longtemps avec lui, mais il ne goûte point ce nouveau commerce des Indes orientales, et dit qu'il n'y mettra jamais d'argent. La reine-mère maigrit, qui est un signe comminatoire et de fâcheux pronostic; je serois bien fâché (lu'elle mourût, car elle est bien intentionnée; elle a bien permis du mal en sa vie, mais elle ne le faisoit pas faire, Mazarin aluisoit rudement de sa facilité. Je prie Dieu (|u'elle vive encore longlrmps.

M. de Roquesantc', conseiller d'Aix à la chambre de justice, qui parla ice l-î février) fort hardiment pour M. Fou- (juet, reçut hier commandement du roi, par une lettre de cachet, de sortir de Paris , et de se retirer à Quimpercoranlin , qui est en Basse-Bretagn '. Voila qui ne s'est jamais vu, un commissaire exilé ; il est pom-tant parti , quehpie temps qu'il fasse, ^l. Renier travaille à terminer les taxes des partisans , et de leurs h<''ritiei's , qui sont aussi étonnés que des fondeurs de cloches.

Le roi veut siippiimer la charge d'amiral , et donner en récompense le duché de Ponthieu avec te gouvernement de Guyenne.

I>e bonhomme M. d'()rmesson,àgé de <pK»tre-vingt-neufans, fut hier taillé pour la pierre; il a dormi toute la nuit, et on espère qu'il en guérira encore (1) ; il le mérite par son extrême probité et sainteté de vie, qui vaut mieux que celle de ))os moines. Je vous baise les mains . sans oublier le révérend père Bernet, M. Spon , notre bon ami , et M. Hoissat , et suis de tout mon cœur votre , etc.

/\ S. On dit que la reine-mère a de cuisantes doulem's. qiU' le cancer est fort ouvert , et qu'il en coule du pus alxui-

1) 11 le liil i)ar le liaiil appareil, nbandoniié aujounl Imi , mais qui entre le» main» iialiiles d<'.< (.olol . iéus>issait -;(tiivtiil. H. I*.

A iah:onet. 5i;{

(lanHiKiiit. Du a l'ait venir lui médecin de Bai-le-l)iic, nommé Alliot , qui est un grand charlatan et disciple de van llelmont , qitiilis i)(itei\ /('lis filius , mais il n'y a point de Saint-Esprit. De l'aris, le i:{ lévrier lOGo.

f.ETTHE DCLXII.— Au morne.

Je vous donne avis que notre bon ami M. Troisdames arriva hier, 17 février, en bonne santé à Paris , gros , gras et en bon point. Il se loue fort de vous et de tous vos bons oflices , et dit qu'il ne manquera point de cultiver votre amitié par tous les services qu'il pourra vous rendre. Il est bien fàcht'^ que ses affaires ne lui ont pu permettre d'aller dîner chez vous, comme vous lui avez fait l'honneur de l'y inviter; il dit bien <|ue vous êtes un galant homme et un excellent ami. Sed <llc, i'(if/<j, f/uis vitupérai Herculem ?

On parle ici d'un ambassadeur extraordinaire en Angleterre pour faire accord avec les HoUandois ; on dit que ce sera M. le duc de Verneuil , ci-devant évèque de Metz , hls naturel d'Henri IV.

Nous aurons bientôt la censure raisonnée de la Sorbomie cowivQ Amedeus Guimenius , Opuscxlf/m f/ieologiœ mondis. Un docteur de Sorbonne m'a dit qu'il faut que cet auteur soit un méchant homme et même un athée ; et néanmoins Platon a dit que jamais homme ne mourut athée. Mais au moins il y a bien au monde des fourbes , des imposteurs , sans mettre en ligne de compte les charlatans de notre métier qui ne valent pas mieux.

On ne parle tantôt plus de M Kainssanl. Dès qu'il fut pas.se, ses créanciers firent apposer le scellé chez lui , il ne laisse pas de grands biens et a beaucoup d'enfants, de incde quœsitis non (/audel tertius hœres : mole porta maie dilobuntur ; rrudult cssr mifiister (di'enœ libidinis et Guenaldieif j'aftionis, qi«iiii rlr Ml. 3.''.

51 4 LETTHES DE GUI PATIX

bonus. Punition divine , ditHoraenas. Sa femme , qui mourut il y a deux ans , dansoit et balloit , et ne se donnoit nul soin de son ménage. Térence les a dépeintes de vives couleurs , in Adelphis. Lxor sine dote venii, intvs psaltria est; domussump-' tuosa, adolescens luxu perditus , senex delirans ; ipsa si cupiat scdm, serva.re prorsiis'non potest hanc familiam. 11 a fait tout ce qu'il a pu en faveur des apothicaires , et eux pour lui , tout cela n'a servi de rien.

J'ai autrefois ouï prêcher à M. messire Jean le Camus, évê-

rque de Bellay (il méritoit bien un plus grand évêché : aussi l'a-t-il refusé et bien des fois; il étoit trop homme de bien

Ipour être pape ) , un beau distique :

Cum factor renim privasset semine clerum , Ad Satanœ votum successil turba nepotum.

Le roi a traité pour son vœu de Notre-Dame de Chartres et des Ardillières. Il n'ira point; mais il promet de payer 12,000 écus, sic etium nwtnmis flectuntnr numina nobis.ie vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris , le 20 février 1663.

LETTRE DCLXIIL — Au même.

Je viens d'apprendre que M. le comte de Hebé est mort a Màcon ; je n'en savoishier, ce samedi -21 février, que la simple nouvelle; mais je tiens dorénavant qu'il n'est que trop vrai pour lui et pour ses créanciers; car on dit ici qu'il ne payoit guère bien ses dettes. 11 est mort d'un rhumatisme interne le neuvième jour de son mal , qui lui a étouflé le poumon. Il étoit fort sujet à des douleurs néphrétiques et à la goutte. Ces gens-la ne sont jamais assurés de leur santé , et pour peu qu'il V ait de changement , ils meurent en quatre jours , à (\inse de

A FAI.CONET. 51,")

la foiblesse des parties. Quand vous avez la goutte, vous êtes à plaindre ; quand vous ne l'avez pas , vous êtes à craindre ; la matière se jette alors sur le poumon et on meurt bien vile, ce qui arrive ici tous les jours.

On procède ici à la vente de tous les meubles de M. Fouquet ; on commence par les meubles ; il y a une belle bibliothèque. On dit queM.Colbertla veut avoir; s'il en a tant envie, je crois bien qu'il l'aura, car il est un des grands maîtres et a bien de quoi les payer, c'est-à-dire beaucoup d'argent , qmi'cunque voluit ffcll. 0 diva fovtnva, quant nivlttini potes iniy/jvs hnmunis!

Le dégel et la neige fondue ont merveilleusement grossi la rivière , ce qui fait encore peur à bien du monde qui a peur de la ruine des ponts. La petite rivière des Gobelins a bien fait du ravage dans le faubourg Saint-Marceau (I) ; elle a débordé en une nuit , et y a bien noyé des pauvres gens. On en comp toit hier, ce 24 février, quarante-deux corps qui avoient été repêchés, sans ceux que Ion ne sait pas.

Ces jours-ci plusieurs grands de la cour ont été masqués , habillés en conseillers de la cour. C'est (jne l'on se moque de plusieurs du parlement : aussi leur ôte-t-on leur augmentation de gages , et même ils sont menacés de la polette que le roi veut leur ôter ; peut-être que cela leur apprendra à faire meilleure justice, vexât io dat InteUection^ joint que toutes ces grandes charges et ce pouvoir engendrent bien de la vanité. Je vous envoie une lettre de mon fils Charles , qui se recommande à vos bonnes grâces. On dit que la reine d'Angleterre la mère est fort malade à Londres; notre reine-mère empire aussi de deçà. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris , le 28 février 1665.

(1) Voyez la note lome il , page 37S.

LETTRE DCLXIV. — \v mknc

Je vous écrivis liiei', ce 2S lévrier, de ce que je vous crus devoir écrire. Le bonhomme M. d'Ormessou , doyen du conseil, a été taillé, et est fort malade; il est dans une grande vieillesse , qui est une maladie incurable à cause des années passées; il a (juatre-vingt-neuf ans, et je tremble pour lui , ciu' c'est un homme qui mérite de vivre.

On n'est point content à la cour du curé de Vauvre (à quatre lieues de Chartres), nommé Gendron , qui ne soulage point la reine-mère, comme il avoit promis. Les douleurs sont quelquefois apaisées, mais elles retournent encore plus cruelles , si bien que les nuits lui sont fort fâcheuses, et quelquefois sans dormir. Elle a eu depuis peu une foi 1)1 esse si grande , que tous ceux qui la virent en cet état eurent peur : aussi tout est suspect à cet âge, à cette maladie et à tant d'accidents.

Notre Hippocrate, qui étoit un homme incomparable, l'a dit avant moi , et quoique je souhaite une longue vie à la reine, comme médecin je suis persuadé qu'elle ne vivra pas longtemps.

Ou dit que pour miner les huguenots, le roi veut supprimer les chambres de Tédit, et abolir ledit de Nantes. Ils ne sont plus en état de se défendre comme jadis ; ils n'ont plus de prince du sang de leur parti, ni de ville d'otage, ni de Hochelle, ni de secours d'Espagne , ni d'Angleterre.

On dit ici que le gazetier de Venise, en marquant la m(»rl de l'abbé de Richelieu , avoit dit qu'il étoit tils de madame d'Eguillon ; quelle impudence !

Vous trouverez ici (juatre feuilles en faveur de mon tils Charles , dont la première sera s'il vous plaît pour vous, et les trois autres pour le père Compain, M. Spon et M. Huguetan l'avocat, son ami; s'il est besoin d'une autre réponse ciaprès, au lieu d'huile ou y metti'a du sel et du vinaigre. Ces

A KM. <;iiM:r- •^»'"

MM. les auteurs du .lounial des Savants , slhi itrrof/n,,/ iNiif/uimi Jus cftisK/v; sine sufji'a(ji<i (lUindun.

On dit que M. le cardinal de Ketz viendra ici bientôt , y voir le roi , d'où, après avoir réj^lé quelques alVaires pour ses appointements, il partira pour Home, où il va être notie ambassadeur extraordinaire; il vient d'arriver, il est logé aux Jacobins réformés.

Un vient de pendre en la rue Saint-Denis, prés des Innocents , une malheureuse femme, nommée la Valentin , célèbre receleuse et larronnesse. Jamais je ne vis tant de monde. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon (•(eur votre, etc.

Dr Paris, le 3 mais ICfto.

LETTKb: DCL.W . - \i> uinur.

Je ne sais si vous avez reçu certaine espèce de ga/ette. (pi ou appelle \e Journal des Savants (l) , de laquelle l'auteur s'étani plaint d'un petit article contre mon fils Charles , sur la médaille qui fut ici faite l'an passé pour les Suisses, il y a répondu. Je vous ai envoyé sa réponse, la([uelle est sage et modeste ; ce nouveau gazetier y a répliqué et y a parlé en ignorant et en extravagant, en ([uoiil n'eût pas manqué de réponse forte et aigre avec de bonnes raisons , si l'on n'eût prié Carolus de surseoir sa réplique , et menacé d'une lettre de cachet.

(1) Fonde en iM'ô , par Denis de Sallo, sous le nom de Hédouville. le Journal des Savants est le plus ancien et le plus célèbre des journaux liUéraires français : il a élc rédigé successivement par J. Gallois . de la Roque , L. Cousin , Dupin , Fonlenclle , de N ertot , ïerrasson , Burette , du Resnel , Desiontaines , Trublel , de .Moncrif , de Guignes, liouguer , Clairaut , Gaillard , Dupu\ , l.alandc , etc. Ca collection , i'aris, 1655-1792, esldelli vo'. iu-'i". llepris en J81(> sous la dirrelion de M. Daunou , i)nis de M. Lei)ruii , etc. La collection , l*ari>. 1816 à 18i6. lorme 31 vol. in-i". R. P.

La vérité est que i\l. Colbert prend en sa protection les auteurs de ce journal , que l'on attribue à M. de Sallo , conseiller au parlement , à M. l'abbé de Bourzé , à M. de Gomberville , à M. Chapelain , etc. ; si bien que Carolus est conseillé de différer sa réponse , et même par l'avis de M. le premier président, qui l'a ainsi désiré (on en dit une cause particulière , savoir, qu'il n'est pas bien avec M. Colbert depuis le procès de M. Fouquet) ; nous verrons ci-après si ces prétendus censeurs , sine suffragio popidi et quiritum (l) , auront le crédit et l'autorité de critiquer ainsi tous ceux qui n'écriront pas à leur goût. Sommes- nous du temps de Juvénal , qui a dit hardiment : Dat veniani cor vis , vexnt censura columbas. Une chose néanmoins nous console , c'est que nous n'avons point tort, et que les savants et intelligents sont de notre avis; mais ces messieurs abusent de leur crédit. La république des lettres est pour nous , mais M. Colbert est contre ; et si mon fils se défend, on dit qu'on l'enverra à la Bastille, il vaut mieux ne pas écrire.

M. de Lamoignon , fils aîné de M. le premier président , me fit l'honneur hier, ce 15 mars , que vous m'avez fait autrefois de votre grâce ; il me vint hier entendre au collège royal , accompagné de deux conseillers de la cour : diverses questions m'y furent proposées , auxquelles je satisfis sur-lechamp; lui-même m'en proposa trois : De natura febriuni intermittentium; de causa febris tertianœ etquartanœ; de causa periodicadonis ejusmodi febrium. J'y répondis sur-le-champ d'une manière dont ils sont encore étonnés. Il m'a dit qu'il m'aimoit cent fois plus depuis ce temps-là, et après à cause de M. et de madame la présidente de Nesmond, dont il étoit le neveu ; car je parlai modestement contre le vin émétique et le quinquina , dont ils étoient morts. Je fus écouté fort patiemment; enfin , après avoir parlé deux heures , je descendis

(1) Quelques uns pensent que ce fut là le motil réel de l'exil de (jharles Patin , exil si fatal au repos et à la santé de son père. (R. P.)

A KALCONET. •''1^

de chaire, magnn s/n'd/Difc cofcrva, je les rccuiiHuisis jus(iiie dans leur carrosse. Le dimaiiclie 16 mars , M. le premier président me dit avant souper que son fils lui avoit récité tout ce que j'avois dit à ma leçon , que cela étoit beau , et qu'il y vouloit aussi venir quelque jour.

J'appris là que M. le duc de Verneuil ne partiroit qu'après Pâques pour son ambassade d'Angleterre ; mais en attendant les Hollandois s'apprêtent fortement à la guerre pour résister aux Anglois.

On fait en Allemagne des figures de la comète , et même quelques uns en ont fait une prophétie , laquelle promet au roi une grande et signalée victoire contre le Turc, .le souhaite bien fort que cela arrive , mais pourtant cela m'est bien suspect , vu que ces prédictions , révélations et miracles n'arrivent que très rarement.

Hier, ce 18 mars , en revenant de ma leçon , je vis , sur le pont Notre-Dame, mener à la Grève un certain méchant malheureux coquin natif de Flandre, qui avoit poignardé son ^naître dans Pontoise ; c'étoit un seigneur anglois, dont il vouloit avoir la bourse. Il étoit condamné d'avoir le poing coupé et d'être rompu tout vif, ce qui fut exécuté. Ce seigneur anglois qui fat poignardé dans son lit, à Pontoise, par son valet flamand, avoit nom de milord Karinthon. Ce valet fut brûlé trois heures après avoir été rompu, selon que l'arrêt portoit ; il n'étoit point encore mort quand il fut jeté dans le feu. Dans le testament de ce bon mais malheureux maître, il se trouve qu'il donnoit à ce pendard de valet 10,000 livres.

On a fait connoître au roi quelques intrigues de la cour, par une lettre qui avoit été écrite à Paris et envoyée en Espagne, d'où elle a été renvoyée à Paris et donnée à la reinemère, qui l'a mise entre les mains du roi Le comte de Quiche , fils aîné du maréchal de Grammont , y est mêlé Le roi est fort fâché contre lui ; il a envoyé à Aiguemortes faire arrêter le marquis de Vardes , lequel se trouve enveloppé en l'intrigue aussi bien que la comtesse de Soissons et autres.

J'ai vu aujourd'hui madame Boissat , laquelle m'a dit avoir

.■)-2r) I.KriHKS DE (ill PATIN

lie Lyon, de M. Boissat sou mari, lettres (jui portent que leur grand ouvrage du père Théophile Kaynaud est en chemin , en dix-neuf tomes in-folio, tous achevés , avec ordre de ne les pas donner à moins de 100 livres, en blanc; ce n'est point tro|i pour un grand ouvrage , dn(|uel j'ai fort bonne opinion ; mais c'est bien de l'argent, pour le temps auquel nous sommes. On dit ici que le roi s'en va mardi prochain à Chartres accomplir sa dévotion, et s'acquitter du vœu ([u'il a fait pour obtenir de Dieu la santé de la reine , et que trois jours après il sera de retour à Paris. On fait ici de grands préparatifs pour bénir l'église du Val-de-Gràce , que la reine-mère a fondée, et où elle a fait tant de dépenses.

Hier, jour de la Saint-Joseph, M. iMatthieu de Morgues, âgé de quatre-vingt-deux ans, lit un sermon dans les Incurables , ou il demeure, en l'honneur de saint Joseph , en présence de la reine. C'est lui qui écrivoit à Bruxelles contre le cardinal de Richelieu, pour la reine-mère, dont il étoit aumônier ; c'est un savant honnne et grand personnage , qui a devers soi la parfaite JUMoire du feu roi Louis, XIII , laquelle il ne veut qu'on imprime qu'après sa mort. Il en a fait faire six copies manuscrites , qu'il a commises à six de ses bons amis, qui ne manqueront point d'exécuter ses intentions en temps propre. C'est ainsi que nous a été transmise l'intention de Guichardin , et que sa belle histoire nous est demeurée. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc. De Paris . le 20 mars 1663.

LETTRE DCLXVL — Au uuhue.

Le roi est allé, ce -21 mars, pour son vœ'U et par dévotion, à Chartres; il sera ici de retour en quatre jours, où il passera les fêtes, et après s'en ira à Saiiit-Germain pour tout l'été, tandis <|ue l'on travaillera au Louvre (l).-

1) Louis XL V faisait à iteu près oii même temps des \œux à la Vierge et des enfants à mademoiselle de la X'allière ; mais alor-^ on tolérait tout

\ lALCuM,!. 521

On a laiit pressé .M. .Morisset de rend te ses coinples , ([u'enliii il s'est mis en devoir ; nous avons été assemblés pour cela, mais seulement il a été conclu ([ue l'on choisiroit , ex toio or- (liiic , douze hommes (jui régieroient l'attaire avec deux avocats, dont l'un seroit choisi par notre doyen, et l'autre par M. Morisset. Je suis un de ces douze, je l'y servirai autant (pie je pourrai , et que l'équité le permettra.

Le marquis de Vardes a été amené d'Âigues-Mortes dans la citadelle de Montpellier par ordre du roi , d'où Ton dit qu'il sera conduit à Paris.

Le roi a fait ici élire douze directeurs de la compagnie des Indes orientales, de laijuelle sont chefs MM. Colbert, le prévôt des marchands, M. le président de Tliou , .M. Berrier ; les autres sont des marchands de Paris (pii entendent le commerce.

M. le cai'dinal de Ketz part d'ici dans trois jours, pour s'en aller a (-ommercy, et de là il |)rend le chemin de Rome, où il doit arriver le mois de mai prochain. On dit que le cardinal d'Est ne veut plus être protecteur de France , qu'il en a écrit au roi, et qu'il lui veut remettre cette commission, avec les deux abbayes qu'il a de nous, savoir, Clugny et Saiut-Vaast d'An-as, (pu sont deux très riches bénélices.

Nous avez sans doute ouï parler de la révolte de ^L d»; Saint-Annés, jadis gouverneur de Laucate, qui, malcontent de la France, s'est retiré à Barcelone, et a pris le parti du roi d'Espagne. On dit qu'il a écrit au roi une grande lettre, dans la(pielle il se plaint fort de M. Colbert et de M. le Tellier.

On a ici recommandé aux prières des gens de l>ien une grande dame fort malade , ce que la plupart expliquent pour la reine-mère. Ou dit qu'elle eut une grande foiblesse la

chez, les ruis. que Ton icj^ardait presque comme d'une race supérieure, n'ayant pas ideiililc d'argile et dépoussière avec le vulgaire. Les lemps sont bien changés , et peul-èire trop; car il ne faut i)as oulilier le i)rineii)e de IJnrke : « cpie l'égalité géomélriciue est la plus illégale de toulo les mesures , daii* la distribution des liommes. »

semaine passée, et sunt deliquia htpc vantan pnescia Iffln.

Le comte de Guiche a reçu commandement du roi de se retirer à la Haye en Hollande , et la comtesse de Soissons n'est pas bien dans l'esprit du roi , à cause de la lettre qui est venue d'Espagne.

Tout le monde se plaint ici , tant grands que petits : la bonne fortune se cache et se retire de Pai'is, inde irœ et locrirnœ uberrimœ. Paris fut autrefois bien aflligé après la mort du roi Henri HI, et le bon temps ne revint que sous l'invincible Henri IV le Grand. Dieu veuille bien garder notre bon roi, duquel la France a très grand besom ; j'espère que le bon temps reviendra par les soins qu'il en prend , et les travaux de M. Golbert , son Eumêe.

On dit qu'il est mort en Pologne un grand seigneur, nonmié Czarneski , qui étoit un des premiers du conseil. C'est celui qui avoit rétabli le roi de Pologne contre le roi de Suède , et qui étoit grand ami du prince de Gondé.

Le nommé de Parques, Toulousain, qui s'étoit, il y a six ans, rendu maître de Hesdin , a été pendu dans Abbeville, le vendredi 27 mars, pour divers crimes qui n'étoient point compris en son amnistie. Il ne faut point se jouer à son maître, les rois ont les mains longues : ces Gascons ont trop envie de faire bonne fortune. M. le comte de Soissons s'est retiré à Blandy en Brie avec sa femme, voyant qu'elle déplaisoit au roi, duquel il a pris congé, et qui lui a permis de se retirer. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc. De Paris, le dernier mar.« 1665.

LETTRE DCLXVII. — Au même.

Je vous écrivis le dernier du mois passé tout ce que je savois de nouveau ; on continue de parler de la guerre des Hollandois et des Anglois , à laquelle les uns et les autres se préparent fortement. Il y a ici des politiques spéculatifs qui soupçonnent autre ciiose, sous ce grand armement des deux

A FAL(X»NKi. 523

puissantes nations voisines, mais (fest peut-être une rêverie de gens oiseux.

Il y a des lettres de Rouen en cette ville , lesquelles portent qu'il y fait autant froid qu'ici en plein hiver.

J'ai ce matin été comme un bon paroissien dans notre paroisse de Saint-Germain. J'ai entendu la grand'messe ; le roi y a rendu le pain bénit avec grande cérémonie, et pour la notoriété du fait , j'y ai vu et entendu force tambours, tifres, clairons et trompettes. Je pense que cela a pu servir à augmenter la dévotion de quelques uns; mais, pour moi, je vous le dirai franchement , cela ne m'a fait ni bien ni mal , hormis (pie cela m'a un peu étourdi pour un peu de temps; il me sembloit que j'étois en Jérusalem du temps de Salomon, et que je voyois toutes les cérémonies de la loi de Moïse. Mais j'y ai vu aussi la reine-mère , qui marche doucement, et n'a pas moins de soixante-quatre ans. Je n'aime point tant de cérémonies que les plus hns ont inventées pour les plus simples ; ce sont de petites inventions pharisiennes. J'aimerois mieux que Dieu fût servi plus simplement , et comme il dit lui-même à la Samaritaine, in spiritu et vcritatc , qu'il y eût plus de gens de bien , et qu'il y eût au monde plus de charité et de bonne foi , moins de querelles, moins de procès.

Voilà notre collègue, M. Morisset, qui vient se plaindre à moi de ce que M. Blondel , sa partie, fort savant homme, mais grand chicaneur , ne veut point s'arrêter au jugement des douze députés de la Faculté , mais qu'il en appelle au parlement, ce qui le met fort en peine. Je lui ai dit qu'd n'y avoit qu'un remède à cela , savoir, que le doyen fasse assembler la Faculté , laquelle , voyant l'obstination dudit M. Blondel (l), en cas qu'il veuille plaider, donnera intervention à M. Morisset , afin qu'il l'ait de son côté, sur quoi il est allé aussitôt chercher notre doyen , car le bonhomme n'entend rien en chicane, et moi je n'y entends guère plus que lui. M. le duc de Veriieuil est parti jiour l'Anghîteire.

(1) Voyez la nule t. III, p. 348.

024 LETIRES DE tiLI l'ATlN

Je VOUS dois écrire le plaisir que j'eus hier. Mou lils Charles avoit uue counoissauce de lougne main avec un oflicier de Rouen ; celui-ci est tombé malade il y a un an, propter siphilideui. Mou fils a été à Rouen deux fois et l'a bien guéri : depuis peu cet homme est venu à Paris pour autres affaires , et a voulu une consultation pour soi , sa femme, ses enfants ; il n'a pas désiré d'autres médecins que les fntis Paf/n , quoiqu'il ne me connût pis, ni mon aîné Robert. J'eus la satisfaction de les éclairer en maladie importante, et de les voir très intelligents. Deus non frcit tollter nmni nationi [\). J'ai eu soin qu'ils n'apprissent que du latin des jésuites ; mais j'ai eu soin aussi qu'ils n'empoisonnassent pas leurs esprits de chimie, de polfjpli(ii-iiiiici(> , ni de charlataneiir. .respèrc (pi'ils sei'ont tous deux très bons médecins.

De i'aris, le iO avril I6H0.

LETTRE DCLWTIl. — .1» mèinr.

Votre M. Saint-Laurenl m'a fait riiunueur de me visiter; c'est un honnête houmie, et qui me paroit bien sage.

Le temps est fort doux , et l'on va travailler au Louvre fortement. On a ajouté 80O ouvriers pour y abattre et y bâtir; ils feront bien de la besogne d'ici Noël.

Ou parle ici des deux princesses, tilles de feu madame de Nemours, qui s'en vont, l'une en Savoie, et l'autre eu Portugal. On dit aussi que le roi ira dans peu de jours au palais, pour régler quelque chose en matière de bénéfice pour la chambre de justice, et contre les jansénistes.

M. le duc de Verneuil est arrivé à Londres. 11 yen a ipii croient que la paix étoit faite avant qu'il partit.

I (lui l'atin se (élicile avec iai*^oii de tel heiireiiv é\éiicineiil de lamilte ; W> lio's Patin réunis en conMiIliition cUiiont ini tableau liés propre à llaller son cœur el son amour palernel : <jui ne penserait comme lui .' (li. P.^

A KAI.CnNET. rr25

l.'oii a mis aiijuiii'il liui, vr. 18 avril, dans la Haslilk', .M. (le liussy Kabutin , (jui a fcrit un libello qui ottense les puissances. M. le Prince s'en est plaint au roi , qui l'a fait arrêter, et lui a donné un pourpoint de pierre dans la rue Saint-Antoine.

La reine-mère a de mauvaises nuits; elle va néanmoins avec le roi à Saint-Germain. On dit aussi que ses douleurs s'accroissent , et qu'elles sont plus poignantes que de coutume.

L'on dit ici (pie l'on a t'ait à Home une nouvelle promotion de cardinaux , qu'il y en a deux pour France, savoir, le duc de Mercœur, gouverneur de Provence, et M. Rasponi, (jui a traité pour nous la dernière paix avec le pape. On parle aussi de quelques vaisseaux pris en mer par M. le duc de Beaul'ort . et que la semaine prochaine le roi viendra au parlement poin* diverses alfaires , et particulièrement contre les jansénistes.

On parle ici de quelques livres nouveaux et curieux, imprimés en Hollande , tels que sont les Mémoires de M. de M<mti'ésur, les Mémoires de M . de Bassompierre , les Mémoires de M. l'dbhé di; llrnuti'nne , et le Proei^s de M. Fonqiiel.

Je viens de recevoir, ce -2^ avril , votre lettre datée du •22 mars, laquelle m'a été rendue par deux jeunes médecins de la Franche-Comté , lesquels viennent de Provence, et ont étudié à Aix sous un professeur, nommé M. Bicais, duquel je me souviens d'avoir vu un petit livre contenant quelques maximes tirées d'Hippocrate. Ils commencent à voir Paris, et m'ont dit qu'ils m'avoient déjà entendu deux fois au collège royal; ils paroissent glorieux , je ne sais si c'est comme les Normands ou les Manceaux, qui sont glorieux et méchants. ou bien si ce n'est point quelque chose de Gascon ou d'approchant, qu'ils pourroient avoir contracté dans ce pays iVadieusias. Quoi qu'il en soit, je les trouve bonnes gens; ils (jut envie de bien étudier, a ce qu'ils disent , et de n'être ni empiriques ni charlatans, et je prie Dieu (pi'ils y ivussissent.

Je vous envoie une lettre de mon Carolus, (pii vous baise

les mains, comme aussi fais-je pareillement à madame votre femme, et toti familiœ , à notre bon ami M. Spon, et M. Garnier, vos chers collègues.

On voit ici une nouvelle comète à quatre heures du matin vers le soleil levant.

La reine-mère fut hier, ce 26 avril, saignée àSaint-Germain, pour diminuer la douleur et la fluxion de sa mamelle; elle s'est ennuyée à Saint-Cloud, aussi fait-elle à Saint-Germain ; on dit qu'elle se fera ramener au bois de Vincennes. Un malade qui sent de la douleur ne sait où reposer, store loco nesdt. Le roi viendra demain au parlement, comme il a mandé, tout le monde s'y attend ; on dit que c'est contre les huguenots, les jansénistes, et contre la pluralité de quelques bénéfices.

On ne fait plus état à la cour de ce M. Gendron , curé de Vauvre, entre Chartres et Orléans. Pour le chancre de la reine- mère, on a pris un soi-disant médecin de Bar-le-Duc , nommé Alliot, qui a promis et fait espérer de l'amendement, et par provision s'est fait avancer 2,000 écus. Si un apôtre avoit fait un miracle , on ne lui en donneroit pas tant ni sitôt; mais qu'y feriez-vous? Ne vous souvenez- vous point de ce beau proverbe du bon docteur de Rotterdam , cet aimable Erasme , qu'il a tiré de Sénèque in Apocolocynthod , où il a dit , en parlant de l'empereur Claude : Aut fatuum, aut regem nasci , oportet ? Ainsi , en notre métier , il faut être homme de bien , en danger de languir toute sa vie, ou bien charlatan , trompeur, imposteur et faux prophète , tel qu'étoit Nostradamus. Le poète provençal est mort, mais il a bien laissé des successeurs. On pourroit dire de tant de charlatans, qui sont aujourd'hui au monde, ce qu'a dit autrefois Pline, en son Histoire naturelle , de certains ermites dans les déserts de la Palestine, Gens œterna , in qim i(emo noscitur : ce qui convient aujourd'hui fort bien à tant de couvents de moines , car il n'y a point de femmes qui aillent accoucher chez eux , et néanmoins la race n'en manque jamais,

uno avulso non déficit aller

Ferreux, et simili frondescit virga métallo,

mais il faut que cela soit ainsi.

Je viens d'apprendre que le roi et les reines quittent Saint- Germain , et que toute la cour revient au bois deVincennes.

On parle ici de deux Lyonnois, nommés Chais et Bez, qui ont fait une grande banqueroute.

M. Ferrand, doyen de la grand 'chambre, mourut subitement : belle âme devant Dieu , s'il y croyoit ! C'est de lui dont on disoit que pour demi-pistole on avoit un arrêt à la Ferrandine. Vous aurez peut-être ouï la chanson qu'on en fit, 0 petit bonhomme ^ etc. Laissons ces sottises. M. Troisdames vous baise les mains, et moi pareillement, qui suis de toute mon àme votre , etc .

De Paris, le 28 avril 1()(io.

LETTRE DCLXIX. — A» même.

Le roi a été aujourd'hui au parlement , où il a porté une déclaration contre les jansénistes. M. Talon y a parlé long-j temps et fortement , et même contre les moines et les religieu-j ses , et a demandé au roi là-dessus quelque réformation.

Quem (las finem, rex magve ^ laborum !

Pour le Journal des SavoMts , on s'en moque ici, et ces écrivains mercenaires se voient punis de leurs téméraires jugements par leur propre faute , turdus sibi cacrwit mrdnm. S'ils eussent continué dans leur folle et inepte façon de critiquer tout le monde, ils s'alloient attirer de terribles censures. Un .savant homme, qui en sait bien plus qu'eux, et qui a déjà beaucoup écrit, est fort en colère contre eux; il dit que leur fait n'est que iinesse pour faire valoir leurs amis, of nuire à

ceux qui ne lo soroiit pas : c'est une violence qnou n'avoit jamais vue en France. Dès le troisième caliiei- du journal , M. le premier président me dit seul à seul dans son cabinet : Ces (jens-J.ii se mêlent de critiquer^ ils se feront bien des ennemis^ et )wus serons bientôt obligés de leur imposer silence. Tout cela est arrivé par leur faute , et à leur propre honte.

Je m'en vais de ce pas chez M. Parmentier pour votre affaire ; il est honnête homme et mon bon ami ; il n'est guère maladif, mais quand il a quelque indisposition , je suis son médecin. M. Sorel, son beau-frère, est aussi mon bon ami. Dictiirn factuui , j'en viens tout de ce pas , bona cerba. Votre procès est jugé, et vous l'avez gagné tout du long. Le charlatan qui est débouté de ses demandes, s'il n'en demeure point là, et qu'il veuille passer outre , je le recommanderai aussi à M. le premier présitlent , ([uand vous me le manderez; vous faites bien de vous défendre contre ces pestes du genre humain.

Morisset est toujours embarrassé, et Blondel a toujours envie de chicaner et de plaider, et cependant rien n'avance; l'un sera toute sa vie badin et plein de vanité , et l'autre sera toujours obstiné.

M. Ferrand n'est pas mort , comme je vous lavois mandé, c'est sa sœur qui est morte et qui a causé le faux l»ruit.

On tient que les Anglois et les HoUandois sont tout près à se battre, et chaque jour on en attend des nouvelles.

Nous avons Ici -une saison fort tempérée , mais les blés ont besoin de pluie, siccitates iinbrib/a^ sidubriores^ aussi n'avonsnous guère de malades : Medicijacenf , (e//ri tnnbulant. Je viens (l'envoyer une lettre à mon Garolus , qui reconnolt qu'il vous a des obligations particulières. 11 étudie trop, et je lui dis souvent que cela le rendra mélancolique et lui abrégera ses jours : il m'a promis de s'en corriger (l).

^1) Charles Patin ne s'en corrigea point , aussi a-t-il laissé de bons et savants ouvrages. On peut en voir la liste et la critique érudite dans le diflionnaire hislorupie de lîayle . arlicle Oui et Cliorlpn Patin. R. P.'*

A I Al.CONET. r)2î*

(h) pailf ici (\v. révolte dans les Klats dnélUrc , dans Ctiiislantinople, an ^rand Caire et autres lieux de l'empire Ottoman. Ce seroil la une belle occasion à tous les princes chrétiens de s'unir contre cet ennemi commun de noire religion et de nos muses, mais /o/is sdjilfnlia (ipnd nos non Imbitnl. l/amour, 1 avarice, landiition et la vengeance occupent tous les Etats des princes de l'Em'ope, et chacun ne songe qu'à son profit et à son plaisir, iiifcrco palifnr iusfusAo vous baisf les mains, et suis de tout mou cœur votre, etc.

De Paris, le 1" ni;ii Ififio.

LETTRE DCLXX. A» n,n,u-.

J'ai appris aujourd'hui, 6 mai , (jue la reint!-mèie empire, tl (pie les divers empirit[ues (|ui ont vu son mal . ne la soulagent de rien , pas même ce 31. Alliot, médecin de Bar-lei)uc. .le pense (pie vous savez bien (pie madame la première présidente est sourde, divers charlatans vont été employés, et ce du consentement du maître : Pnti-h putrati ., Iritpllifjn virnni l.diii. Priii(/j)fiii Si'iiiitiis. QxMuid feu M. Duret parloil de nos magistrats, il disoit qu'ils n'entendoient rien à notre jargon . et qu'ils en parloient néanmoins comme s'ils eussent été .sv////- )ni dicfafores ortis niedkœ. Il disoit d'eux, pour montrer le peu d'intelligence qu'ils avoient : Dornini de pnrUiutonfo rmdtuin iilicsl quia sint inedici. Comme je sortois aujourd'hui de ma leçon , un homme , que je ne connois point , m'a prié de lui l'aire voir^ madame la présidente. Il m'a dit (pie véritablement il n'étoit point médecin ; mais qu il avoit un secret avec lequel il espéroit de la guérir , et qu'il avoit guéii la lièvre quarte et l'hydropisie à des paysans devers Blois et Orléans. Je lui ai répondu que je n'étois point le nK'decin de madame la première présidente, ni de M. son mari ; je lui répondis qu'il devoit s'adresser à Guénaut, qui étoit leur médecin il V a plus de trente ans: (pie ])Our moi j'aurois mau ■ m. ' M

ô;i() LETTIIES DE GUI PATIN

vaise grâce de m^n mêler, vu (|u'il ii'étoit point médecin et (jue lui-même l'avouoit. C'est un homme qui a le caquet bien affilé et qui a quelque mine de prêtre normand ou breton. Je pense qu'il s'accordera mieux avec Guénaut qu'avec moi , vu que je n'entends rien en charlatanerie ; tout est bon à (Inénaut pourvu qu'il y ait à gagner ; il n'y a rien à faire pour moi de ce côté-là.

M. Balthazar , maître des requêtes, jadis intendant de justice en Languedoc , est ici mort , il n'a été que trois jours malade , il étoit usé , et avoit fort mauvaise poitrine et la vue courte. Sa femme mourut à Pezenas entre les mains de M. de Belleval; elle s'appeloit Louise du Laurens; elle étoit sœur de M. du Laurens le conseiller, qui est près d'entrer en la chambre j et nièce de messire André du Laurens qui a si bien écrit l'histoire anatomique.(>ette famille des Balthazar est fort aimée à Paris pour les honnêtes gens qu'elle a produits , et pour ceux qui vivent encore , dont j'ai l'honneur d'être le médecin.

Nous avons ici un de nos médecins, nommé M. deMauvilain, lils d'un chirurgien , qui s'en va aux eaux de Bourbon , où il mène madame la comtesse de Nogent, et un autre un peu plus jeune, nommé François Boujonier, âgé d'environ trentecinq ans, qui s'y en va pour soi même, d'autant qu'il est menacé d'une paralysie vers les hanches. Le premier a bon appétit et courtfort ; le second n'en manque pas et ne peut pas aller si vite; j'ai peur même qu'il ne se rompe les jambes en voulant trop courir, et qu'il ne meure bientôt. Son père étoit un savant honnne et bonhomma, mais trop avaricieux. Celte lamillc est malheureuse.

JLde Bussi Kabutin est dans la Bastille pour avoir écrit librement des amours de la cour (J), et y avoir nommé des

(1) Kl nolanmuul les Amours desGciules, où Louis \{'\ jono un rôle assez singulier s-ous le nom de grand Alcandre; ce qui valut à i'auleiw quelques années de IJasiille , i>uis un long et cruel exil, malgré la bassesse de ses excuse.s. ,1». P.

A l'.VLllONET. 5;i|

l)ersoimes de crédit <|iii s'en liciiiit'iil (»ir('iist'('s«'t (|ui s'en sont plaintes. Toiitctois, on dit (lu'ii n'y aura point d'autre mal que la prison , et que le roi n'en a fait (jue riiu

La chambre de justice est maintenant occupée au procès des trois trésoriers de l'épargne, et surtout a celui de M. de Guénégaut.

On parloit l'an passé d'une histoire de la ville de Lyon , faite par un père jésuite nommé de Saint-Aubin , laquelle sera en deux volumes in-folio. iX'en parle-t-on plus? ne viendra-telle jamais? que savez-vous de cette affaire? j'aurais bien la curiosité de la voir.

On a mis depuis trois jours à la Bastille six écrivains qui gagnoient leur vie à faire et a écrire des gazettes a la main , Itorninum, (jenus audacisshuKia, menduciasimum, avidtsstiiiuii/, ut faciant rem, etc. Ils mettent là-dedans ce (ju'ils ne savent ni ne doivent écrire. On a imprimé ici , fait vendre et débiter, et crier fortement dans les rues la Bidla de votre Suint-l'ère le pape contre les jansénistes, et trois jours après on l'a défendue, et même, ne quid deesset od rotionem verte fabidœ, on a publié et fait courir le bruit que le commissaire avoit charge de faire mettre en prison l'imprimeur s'il eût été trouvé en sa maison. Feu M. l'évèque de Bellay, qui a été un homme incomparable , m'a dit en 1632 : Polit ica est ars non tatn regendi qiuun fallendi hoiaines, et tout cela n'est point d'aujourd'hui ; c'est le même jeu qui se joue et que l'on jouoit autrefois ; c'est la même comédie et la même farce; mais ce sont des acteurs nouveaux : le pis que j'y trouve, c'est que ce jeu durera longtemps, et que le genre humain en soutire trop (IJ. -^

(1) On ne saurait nier la vérité de la déliiiilion de la politique par l'évèque de Jk'llay et des réflexions dcGui l'atin; riiisloirede^ hommes en est la preu\e. Sans trop d'amertume philosophique , on peut dire , en effet , que si le voile élail levé sur toutes les affaires des i^ouvernemenls, si le jeu des obscures ficelles de la machine politique élail bien connu, on verrait jusqu'à quel point sont souvent sacrifiés ou mai lompris les inlérèls réels des nations sous lonles les formes de sonverainclé. Il en

532 I.KTTUES DE (lIM l'AÎIV

l/oii m'a assiir*' ce, inatiii (luc le Joiinml des Sfinm/s tsi tout-à-fait condamné. Il est dovonu sage, il ne courra pins les rues, le roi l'a arrêté par son commandement. M. le chancelier en a envoyé redemander le privilège que M. de Sallo, conseillerde la cour, lui a aussitôt renvoyé : c'est lui qui en (Hoit le premier entrepreneur, le directeur ou l'inventeur. Pour le sieur de Hédouville, c'est un nom en l'air (|ui cache un cadet de Normandie et par conséquent qui n'a guère d'argent.

On tient ici j)0ur certain que la jeune reine est grosse, <pii est une nouvelle dont je suis réjoui ; car nous n'avons jamais ii'op de princes du sang, et des autres nous en avons ordinairement trop. Les Lorraiïis ac(juirent trop de crédit en France sous François I" , Henri H et sous la reine Catherine, »|ue Buchanan a appelée la Médée , et xcx9a,c/jia de son sièclesmais le bon Henri HI les attrapa , et ils en sont aujourd'hui , Dieu merci, fort éloignés ; ces cadets lorroim , comme dit le Catholicon d'Espagne, sont aujourd'hui //'o/j foi/jics de y^eins. Ce nous sera assez, si Dieu nous conserve le roi et M. le Dauphin , //; (/uor/n/i hunhix iiiidti Uilciit Horhurili, sancfi Ludovici iif'iiofes^ plût à Dieu qu'ils vivent et qu'ils régnent usque in iinnas Xesforros ' et qu'on en dise :

Mdiilid pcrpeliio ntniX'rdnr rnvsnle prolfs.

Le roi a t'ait partir d'ici .")(J0 cavaliers hommes d'expcdirnui.

sera de même jusqu'à ce (lu'on soil bien pénétré de ceUe idée , que la vraie politique est Tapplication intelligente des lumière.'; et des forces «le l'espril humain à la direction de ses propres destinées. Il y a loin de là il cel art funeste d'inventer des raisons d'Etat, de ces motils spécieux qui n'ont jamais fait défaut aux gouvernements lorsqu'ils ont voulu justifier des crimes utiles ou lucratifs. El les pourvoyeurs de sophismes pour le compte des gouvernants ne manquent jamais, pas plus dans les républiques que dans les monarchies. Aussi ÎVapoléon, qui s'y connaissait, disait-il ; «En fait de gouvernement , il faut néces.sairemenl des compères : sans cela la pièce ne s'achèverait pas. » R. P.)

\ 1 ALl.d.Ntl. .^.'^.'î

L'un ci'oyait ((Uc i otiit [tour aller m l'oiloii. mais un dil aiijourdiiui ([lie c'est pour le pays du Maine : cela (isl eiicort; iiicer- Uiiii. M. le premier président a demandé au roi une dispense; d'âge pour M. de Lamoignon , son tils aine , laquelle lui a été envoyée avec un présent dv 12,000 écus dès le lendemain de sa demande, (/uiifur opes itnlli lunir nisi diviflOus. J'ai aujourd'hui perdu une heure de temps , iiî'étant laissé enniiener avec deux curieux voir la bibliothèque Mazariiie. 11 y a làdtîdans bien des livres bien rares de diverses laui^ucs, desbellcN miniatures bi(Mi cui'ieuses. Us ont aussi (pichpies manuscrits fort précieux; je ne vous en puis dii'eipie cela. Le .loiimnl îles S'ttrditfs sera rétabli; mais il sei'a connnis à d'autres gens (pir ci-devant, (jui auront plus de relenutM't moins d'intérêt, .le vous baise très hund)lemenl les mains, et suis de tout tjioii ctcui' votre, etc.

f)e l'aris, le S mai Kili;;.

LETTI'iK IHILXXI. — \>> mrnw.

La chamlire de justice est occupée au procès de troi^ trésoriers de l'épargne , et [)rincipalement de M. (luénégaut , (jue l'on dit être le |)lus en danger par plusieurs dépositions et ('(Uivictions.

(les messieiu's , (pie l'on a ci-devant ap|telés gens d'atraires pour le roi, iiithlicinii , /j/ii/i l'cpie/jatif piihl/CNin ^ rcl liiruillncx reipublica' , sont admis à traiter avec le roi. Il y en a un ([ui offre pour soi seul 700,00) écus, un antre 800,000. Il est permis de croire (pie ces gens-là ont rudement volé, [juis- (ju'ils ont tant à restituer sans ce (ju'ils ont de reste.

Oji me vient de dire a l'oreille (|u'on est tâche à la cour (pie le roi ail été an j)alais, le pape pouvant en prétendre (piehpie avantage pour sa prétendue infaillibilitétpie Ton av(»il cassée, tant en Sorbonne (pi'au parlement. (Jii cherche du l'cmèdo

•>>1 !.I:TTI!L> de (.11 l'ATlN

|)Oui' aiiii'iider l'aHaire , et je m'en rapporte fort à i\I. Talon ; il est habile liomme , et il en trouvera plus ([u'il n'en faut, poiM\ u qu'oH le laisse faire. Personne ne croit mieux que lui la (litï'érence de la Rome sainte et de la profane, de la Jérusalem et de la Babylone. M. Piètre est guéri de son accès qui l'a fort maltraité cette fois ; il commence d'aller par la ville

On ne parle ici que de crimes faitsen divers endroits , et de plusieurs voleurs. Il en fut hier pris cinq qui avoient volé aux Feuillants. Tout Paris se peut tantôt entendre de ce passage de Pétrone : Qnod in pesh'lenfia cnmpi , uhi corci qui lacérant , et cadnrera (puv lacerantiir .

Je viens de recevoir unelettredu R. P. Bertetdu A avril; je vous prie de lui dire (|ue je lui baise les mains , et que je ferai tout ce (ju'il désiie de moi en faveur de M. Belon, et partout ailleurs où il voudra me faire l'honneur de m'employer.

La chambre de justice fait vendre toutes les maisons de M. de Guénégaut. Je vous baise les mains, de même qu'à M. Spon, notre bon ami , et suis de tout mon cd'ur votre, etc.

De Pari.s, le 16 mai I660.

LETTRE DCLXXIL — Au même.

Je vous écrivis hier, ce 16 mai, et envoyai par même moyen un mot de lettre de mon Garolus. Voilà ([ue je reçois la vôtre du 11 mai ; si votre charlatan en appelle et qu'il ait l'impudence de venir à la grande chambre , j'en parlerai en temps et lieu à M. le premier président. Mais comment s'appelle ce spagirique, quod genua ., uttde modo?

La plupart des docteurs de Sorboime haïs^sent les jésuites fortement , et même le P. Théophile Raynaud , [)arce (ju'il a écrit contre les jansénistes , et qu'on l'y croit auteur du livre d'AmediCUs Guimenius. Ils n'achètent guère de livres, parce qu'ils ont (Mi Sorbonne une très ample bibliothèiiue.

\ lAl.Co.M.I. •">"5i'i

Oïl (lit ici (iiu; l'tivnjue de Màcoii , M. de Lin^nidcs , ust mort, et que le roi viendra dans peu de jours au paidenient pour le rachat de son domaine, dont plusieurs se plaignent déjà par avance.

.le viens d'apprendre que JM. Piètre est encore retombé dans son mal, et qu'il est en danger depuis hier à midi. Bon Dieu (pie de désordre dans cette misérable humanité ! et (|u'Hippocrate a dit véritablement : Mks homo a natura morhus. Il est défait, et paroît vieux de septante ans , et il n'en a que cin- (juante-six ; car il est né l'an 1609 que mourut le grand Joseph Scaliger. 11 est vrai {\\ie multœ cansœ conçu rrnnt , insatiaùilfs habendi cupiditos, ci damnosa medicis oiitniôus 'ftlapyj^iy. tcutopere defestata Hippocrati ; pravo diathesis viscerum , prœsertiitt lienis, niesenterii et cerehri. Addc d(>me><ticum dœuwnem , fwmininwn, etc. Vitaqnid csl'f lahur est, et ImbeivUvana cupidn ; tristis ad extrennun soUicitudo dierii (1).

Je viens de chez M. le premier président , où j'ai eu le moyen de lui faire la recommandation dont on mavoil [)rié. Douze des plus célèbres avocats du parlement y étoient assemblés par son ordre; je pense que c'est pour la bulle du pape que le roi a envoyée pour la faire examiner avec M. Talon.

(1; Gui Patin, naUiiellement fier, sensible, irritable, blessé au cœur par la perte de ses enfants et l'exil de son cher Carohis , tombe souvent dans des accès <le mélancolie. Il sVxi)rime alors avec amertume sur la brièveté de la vie, sur la sottise des hommes, la vanité de leurs prétentions , le peu de bonheur réel qu'on trouve dins la société, celte déplorable hiérarchie de vassalités, lîien avant lui le poëte Joviaii Pontanus avait dit :

; yitce qitœj'ueiiat condimenla logas ,-

Lalinr, tlolor , œgritudo , lucttis , Seiviif siipcrh's ilominis , Jiif^itin ferre sujifrslilinnis ; Qriox é-riroi hal>ens sepclire , Paliiw lidcrf t'xviil'tuin , i:tc.

.').'î6 l.tilUtS UK i.ll l'ATI.V

La reine d'Angleterre la mère revient à Paris, en intention d'aller aux eaux de Bourbon. Je pense pourtant que telles t'aux ne lui valent rien à cause de la foiblesse de sa poitrine . qui lui est une maladie naturelle. On parle aussi d'une grande consultation qui se doit faire à Saint-Germain pour la reine mère, savoir si un lui ouvrira la mamelle pour en tirer du pus et de la sérosité maligne qui en consume la substance de jour H autre. On parle aussi d'un certain médecin nonmie Châtelain (|ue .M. de Besons, intendant de justice, a ici envoyé de Frontignan ; on prétend qu'il guérit ces sortes de maladies , et qu'il a de beaux secrets contre les maladies incurables. S'il ne promettoit rien, on ne le téroit pas venir de si loin. Ce sont des impostures. Le cancer ne se guérit point et ne se guérira jamais; mais le monde veut être trompé. Beutus vir qui inteliigif, etc. il).

On a ici transporté plusieurs prisonniers en diverses prisons; on dit que c'est pour y en mettre de ceux qui sont dans la Bastille, où on est trop pressé.

On parle ici de deux dames de la cour cpii se sont battues

^1) 11 eu fui de même dans presque toutes les maladies moi telles de-* princes et des rois. Louis XTV clait atteint dans sa dernière maladie d'une (lanfjrène sénile à la jambe gauche , maladie à peu près înconnue à celle époque. On Ht venir une foule de charlatans qui prétendaient le guérir. Le duc de Saint-Simon raconte , à ce sujet , avec sa verve malicieuse ordinaire, une scène de ce genre : « Leduc du Maine, dit- il, .m' trouva à la consultation d'un charlatan arrivant de province qui donna de son élixir au roi. Fagon , accoutumé à régner sur la médecine avec despotisme , trouva une espèce de paysan fort grossier qui le malmena fort brutalement. M. le duc du Maine raconta le soir chez lui, parmi ses confidents , avec le facétieux et cet art de fine plaisanterie qu'il po-ssédait si bien , l'empire que le malotru avait pris sur le médecin . Pétonnement . le scandale , l'humiliation de l'agon pour la p: emière fois de sa vie, qui, à bout de son art et de ses espérances, s'éloit lnuaçonné. en grommelant sur son bâton, sans oser répliquer de peur d'essuyer jtis. » ' yiémoites. U. I'. ^

\ IAl.<.nM,|, :,37

fil dut;t a coup de |tisl(ilt!l ; lei'<ii dit cii liaiit iju'il ii en av(»il l'ait défense que pour les hommes et non pas poui- les femmes, .le vous baise les mains , et suis de tout ninii ((iiir votre . t^te, De Paris , le 22 mai 16()3.

LKTTHE DCLXXlll. \u „>/■„«:.

Ce matin quatre prisoimiers ont été mis , ee -2 "> mai , dans le Cliàtelet par ordre de la chambre de justice , dont l'un est M. Housset, ci-devant trésorier des parties casuelles et intendant des finances.

Le roi a fait faire à Saint (iermaiii une nouvelle consultation pour la reine-mère par(|ueiques médecins de la cour, qui ont conclu qu'il n'y avoit rien à faire qu'à la purger, en attendant (|ue le mal fût plus découvert.

L'évéché de Màcon a été donne au P. de Bours, évéque d'Acqs, et celui d'Orléans à M. l'abbé de Coaslin , petit-tils de M. le chancelier.

Lundi prochain , ce -29 mai , la chambre de justice s'en va reprendre le procès du nommé Lempereur, partisan insigne . et receveur des tailles de (iisors, qui a ci-devant été condamné par des commissaires à être pendu , dont il est appelant. Ce [)rocès étant tini , l'on travaillera à celui de M. de (iuéiiégaut, trésorier de l'épargne, oii il y a bien du mal, etapiès à celui de M. deLorme, ci-devant commis de M. Fouquet, et même l'on dit que celui-ci poui'ra èti-e ramené à Paris de Pignerol , où il est

M. le duc de Vendôme est ici fort malade; nmdenioisellede la Trimouille est morte à Thouars en Poitou (ce dernier mai . On parle ici de la mort de votre ^L (iras et tie sa l)elle bibliothèque.

La reine-mère est empirée ilepuis trois jours; il est survenu des érysipèles à ses deux mamelles avec de graniles duuleuis et de mauvaises nuits . à cau^e de (juoi elle a été saignée des

Ô3S LtlTUE> i>t (.11 l'Ai IN

bras et du pied; j'appréhende qu'il ne s'y mette bientôt la gangrène, qui \\n ouvrira le ciel pour l'éternité. On dit aujourd'hui qu'elle est encore plus mal et qu'elle a reçu l'extrême-onction. Cette nouvelle sent le sapin et le plomb.

Notre M. Piètre étoit allé aux champs en intention de s'y fortifier ; il est retombé malade, et a été ramené à Paris : tant va la cruche à l'eau , qu'enfin elle y demeure.

Je vous remercie du livre que vous me promettez de feu M. de Monconis; plût à Dieu qu'il fût déjà achevé ! On dit (jue les Anglois et les Hollandois se cherchent les uns les autres pour se battre, et qu'il y a grande apparence que ce sera bientôt. Je viens de chez 31. le premier président , ce 5 juin , lui recommander une affaire pour un marchand de Lyon , nommé M. Ferrari , où J'ai trouvé deux jésuites , dont l'un est le père Rapin, avec lesquels je me suis entretenu , tandis que M. le premier président étoit enfermé en son cabinet avec trois personnes de grande qualité. Le père Rapin m'a dit que le mois prochain on recommenceroitle Journal des Savants , et que ce seroit sous le même chef , savoir, M. deSallo, conseiller de la cour ; mais que le sieur de Hédouville ne s'en mêleroit plus 11 est survenu un gentilhomme qui venoit de Saint-Germain , ([ui a rapporté que la reine-mère étoit tout autrement mieux qu'elle u'avoit été depuis dix jours , c'est-àdire moins mal. Je pense qu'il le faut entendre ainsi; mais quoi que l'on en dise, elle est âgée . les forces lui manquent peu à peu , sa mamelle est ulcérée, et il y a de la pourriture et de la malignité ; elle entrera dans sa soixante-cinquième année le mois de septembre prochain, vitœ summa brevis spem nos velnt inchoare longam,et c'est celui-là même qui a dit: Pallidn mors ii'quo pede puisât pauperum tnliernos Jie(/u)i)qac turres. On parle de la ramener de Saiiit-(ierniain au bois de Vincennes. En ([uelque lieu qu'on la mène, cette bonne princesse porte son mal avec soi , et j'ai bien peur pour elle. J'ai aujourd'hui rendu visite a M. Piètre, <jui me semble assez mal lait, (hitre ses maux inauiftîstes, je soupçonne qu'il a la pierre.

V 1 ALCM.Nhi. ."i;î;)

lidii hiciil (|Lie de iiiaiix pour accablei' un lidiiimcl J'ai l'oi'l mauvaise opinion de sa vie, et j'en ai regret , tant pour son beau savoir et son mérite particulier que pour l'iionneur rpie je porte à la mémoire de ses ancêtres , feu M. Nicolas Piètre , son père, qui m'a autrefois volontiers appris le meilleur de ce que je sais, et le grand Simon Piètre, son oncle, qui mourut l'an 16IS, et que je me souviens d'avoir vu. Il y avoit aussi un autre Simon Piètre, son aïeul , qui mourut l'an 1586. Ces trois hommes ont été de très excellents personnages et de grand mérite , qui ont fait du bien au monde. Celui-ci n'a point dégénéré en science ni en esprit, mais il a ses défauts particuliers (l).

Il y a douze conseillers d'Etat qui travaillent par commission du roi à réformer la chicane ou à l'abréviation des pro- <;ès. Cela seroit fort bien , si le peuple eii peut être soulagé ; mais il faudroit que les conseillers fussent aussi plus savants et plus gens de bien. On réformera la rapacité des procureurs, des greffiers et des clercs de conseillers, qui est dégénérée en volerie manifeste.

1) Nous avons déjà remarqué combien cette iamilie a jeté d'éclat peu dant deux siècles sur la faculté de médecine de Paris. Le Simon Piètre qui mourut en 1618, avait déjà de hautes idées d'hygiène publique qui ne furent réalisées que longtemps après. Ainsi il voulut être enterré dans un cimetière et non dans une église , comme c'était alors la coutume. Son épitaphe l'atteste :

Si/non Piètre, )ir ^niis et pinbus , H\c sub tlio sepeliii volait , Ne mortuus cuiquain noceret , Qui fh'us omnibus yrojuerat

Son exemple fut imité plus tard par Verheyen , célèbre médecin ei anatomiste de F>ouvaiii . qui mourut le 28 janvier 1710. Ses contemporains lui en témoignèrent leur reconnaissance par l'épitaphe suivante :

Philippus Verheyen , meâ. doct. et profexs. piirlmi sui materinlem , hic in cœmeterio condi voluit; ne templum dcshonestaret , (lul nocivis lalilibiis inpcerct. (R.P. '

.Mf» LtilKb> Ut IjLI I'AIIN

Oii cliiMclie ici lies giu'ux et des misérables, tant huiniues (jue t'eiiinies, poui' les envoyer à Madagascar et autres îles voisines, afin de travaUler et d'y peupler le pays; cela déchargera uu peu la France de tant de gens oiseux qui y abondent ; mais il me semble qu'il seroit bon d'y envoyer aussi des moines, cai' nous en avons beaucouj) trop, et ici, el ailleurs; iisnaiment pas a travailler, au moins serviroient-ils a peupler, el ils lu- >ervent ici a rien du titut. .!<■ nous baisç les mains . et buis tic toute mon amc votre, etc.

Dp Pariîs, le 9 juin Ittfi.î.

LETTHE DCLXXIV. — .1/. mnn^.

J ai vu depuis peu en consulte un gentillionnne breton , âgé de dix-neuf ans, naturellement fort dévot, qui devint dans peu de jours mélancolique, et à cette mélancolie succéda une espèce de manie, avec une fièvre continue et des convulsions effroyables. Vn moine avoit peur (ju'il ne fût possédé. Il est vrai qu'il avoit un grand scapulairc. 11 lut si nidcment toui'menté de ce démon de fièvre continue, qu'il en devint frénétique, et qu'il fallut le lier. A ce délire frénétique succédèrent deux autres symptômes , des mouvements épi!epti(jues et une passion hydrophobique , comme ceux qui ont été mordus d'un chien enragé, avec la soif et l'aversion des choses liquides. Pour tout cela , il tut saigné des bras et des pieds jusqu'à vingt-deux fois; il fut purgé de plus de vingt lavements et d'environ trente^apozèmes purgatifs avec la casse et le séné , auxquels nous ajoutâmes à la tin le sirop de roses et de fleurs de pécher , avec tel succès , qu'enlin il est tout-àfait guéri et remis en son bon sens 11 y a bien des gens qui crient au miracle de moindres événements, mais la nature seule, la connoissance des maladies et rap{)li<'ation des bons remettes, vont bien loin.

A l'ALCONEI. 541

.1»' m j'IoiiiK^ (lp co ([iit> vous ('(ioz en peine de moi. Je n'ai |)n.s )nan(|ué(le vous écrire de temps en temps, à mesure qne j'ai eu de la matière digne de vous, .le nie porte Itien. Je vais toujours mon grand chemin, ce (pie Ix'aiicoup d'autres n'osent ou ne veulent pas faire, atin de gagner davardaiic. Si je nie |)laigr)ois de ma fortune, je dirois avec Martial :

S<'(l )))<' llllrnild.s slulli tltiiume panntes.

IjCs iMtmiesgens ont l'ait ce (pi ils ont pu pour moi, ce que plusieurs ne font pas pour leurs enfants. La plupart des riches sont fous, tyrans, pr(''Soniptiieu\ et ignorants. Je vis saus ambition. Je n'ai point de désirs criminels. Hien ne m'empêche de dormir , si ce n'est la pitié que j'ai souvent des pauvres gens (pii sont dans la souffrance.

Pour ce qui t^st des eaux minérales, je vous dirai que je n'y crois guère, et n'y ai jamais cru davantage; maître Xicolas l'iètre m'en a délronqu' il y a (piarante ans. Fallope les appelle uii remède euipiri(pie. Elles loiit bien plus de cocus (pi'elles ne guérissent de malades 1;.

Klles sont plus cél('bres (pie salubres. Je m'en tiens ii l'exp»'-rience journalière, comme aussi à l'autorité d'Hippocrate, d'Aristote, (lalien , qui les ont assez improuvées. Pourl'anti moine, je m'en ])asse fort aisément. Nous avons bien d'autres médicaments meilleurs et moins malins que celui-là , desquels je ue me sers point. Je laisse la pluralité des remèdes à ceux (\n\ font la médecine pour le faste et pour la jiompe , et (pli s'en tendent avec les a[)otliicaires. (Tuénaut a dit (piatre mille fois (Ml sa vie (|u"on ne sauroit attraper l'écu blanc des lualadt^s , si on iK» les trompe. Kst-ce parler en homme de bien, tel

1) Esl-il besoin de remar(|ucr que ces icmarque.s et ce.s plaisaiileries, faites d'ailleurs bien avant Gui Palin , portent à faux? car les eaux niiiiérales administrées à pro]»os el >o!()n Vindicntlnii précise sont un l>iii«--aiil nioM'ii de î'.déiison, H. P.^

îi'i-l LETTRES DE t.Ul FATIN

(jne doit être un médecin? Je laisse les eaux de Forges (l), l'émétique et tels autres fatras de venins à ceux qui en abusent et aux empiri(jues. Pour moi , je cherche à ne me repentir de rien : aussi ne le ferai-je pas de vous avoir voué mon amitié. Je suis de tout mon cœur votre, etc

De Paris, le 30 juin 1665.

LETTRE DCLXXV. — Au même.

On parle fort ici du feu qui a pris aux poudres, et qui a renversé la citadelle de Pignerol, en tuant Lien du monde, et a épargné M. Fouquet ; on en parle diversement, pourtant fort en sa faveur.

On dit que le roi s'en va donner du secours aux Hollandois, en vertu de l'accord qu'il a fait avec eux contré les Anglois. J'ai rencontré ce matin M. Romph, mon bon ami, secrétaire de M. l'ambassadeur de Hollande, qui m'a dit que sur les côtes de Normandie, on avoit péché deux mille huit cents corps de soldats (jui avoient été submergés dans leur dernière défaite.

Ou dit que les Portugais ont eu de l'avantage sur les Espagnols , et (jue le pape est bien f.àché d'avoir perdu depuis peu sa prétendue infaillibilité , tant par l'arrêt de la cour ^\\\c par divers décrets de Sorbonne. Le pape et les jésuites, que M. Servien appeloit les janissaires de l'évêque de Rome, Iravaillentàlarétablir, mais ils n'en peuvent venir à bout. Maître Goninest mort, le monde n'est plus grue.

On m'a dit que M. l'archevêque de Lyon veut acheter la bi-

(I) Les eaux minérales de Porges ( Scine-Infcrieure ) ont été récemment analysées et ont fiait l'objet d'un rapport à l'Académie royale de médecine. [ Bulletin de l'Académie royale de médecine, Paris, IRib, l. \ . page 98.5 et sniv. ^ R. P.^

A l-ALCONET. 543

bliotlièque (l(^ M. (iras, et la rendre jMil)lii|iie à Lyon. IHeu lui en fasse la grâce, comme il lit à saint Charles Borroméeà Milan , et (ju'après sa mort il seroit canonisé; voilà ce ([ue je souhaite à M. votre prélat, et, en attendant cela, longue et heureuse vie pour lui et pour les siens. Je vous prie de dire à M. Spon (pie je lui baise les mains, et ([u'il me semble qu'il laudroit ajouter, au dernier tome du Sennertus , Opem nicdiai , après les Epîtrca médicinales , le petit et gentil livre de Mirhod fJoringiits , de Medicina et medicis ; je l'ai à son service , in-octavo, impression deGiessen, l'an 161 1. Ce seroit un fort bon Appendix pour grossir ce volume, qui sera petit. Je vous baise les mains, et suis de tout mon c(t'ur votre, etc. De P;ni>i , le 7 jiiillel 1(563.

LETTRE DCLXXYL — A» môme.

On parle ici de notre saint père le pape , (jui veut tâcher de ] remonter sur sa bête pour sa prétendue infaillibilité. On dit j que, pour se venger, il veut excommunier, etiMM. du parlement, et toute la Sorbonne; laissons-les faire, ils se défen-> dront bien. Ceux qui faisoient le Joxtrnrd des ^îovwds avoient espéré de le continuer sous d'autres certaines conditions, mais les puissances supérieures leur ont manqué , et ils auront de la peine à rattraper ce mémo pouvoir qu'ils ont eu , de critiquer tout le monde à leur gré. M. de Sallo, conseiller de la cour, qui eu étoit le premier mobile, s'en est allé en Poitou.

La reine-mère d'Angleterre est enfiii arrivée à Saint-Germain; on dit qu'elle n'a pas envie de retourner jamais à Londres.

Je soupai hier, ce 21 juillet , avec M. le premier présidoni , (jui reçut des nouvelles de M. de Lamoignon , son lils aine, qui est aujoui'd'hui a Anvers: il a vu l'.Vugleterre, la Hol-

.')44 IKTTKKS DF. t. Il l'\TI\

limde el la Flandre; il sei» va passer par l'Allemagne, il reviiMidra, IMeu aidant , à l'aris sur la lin de l'automne, pour y être reçu conseiller de la cour; j'ai écrit [lour lui à Bruxelles , à M. Cliifflel, selon que M. son père l'a désiré.

Le roi a fait déi'ense à MM. les prélats, assemblés à Ponloise , d'aller chez M. le nonce, et de le fréquenter en aucune manière. Vous savez la coutume des Vénitiens au sujet des ministres étrangers.

I^es Hollandois se préparent tout de bon à se l>attre de nouveau cojitre les Anglois. MM. les Etats ont puni ceux qui ont été cause de leur dernière défaite, et ont mis un nouvel ordre pour le règlement de l'aiitorifé de leurs chefs, qui avoit mis la division parmi eux , ce (pii causa leur malheur.

Voici la moisson qui ai)proche, le nombre de mes écoliers commence à diminuer; j'en ai i)Ourtant encore eu aujourd'liui plus décent vingt ; j'espère d'y mettre tin dans un moisouenvii-on.J'ai plusieurs Provençaux et Languedociens qui aiment bien la drogue, et (|uisonl fort imbus des soties opinions de la polypharmacie, qui est l'idole et le gagne-pain des apothicaires et la tille de lignorance Je viens (raj)pren(lre deux morts : la premièie est celle de madame Fouquet, la mère ; la seconde est celle d'un des [dus vieux médecins de France, savoii-. de 1\L P>runier, médecin de feu M. Gaston , duc d'Orléans.

La chambre de justice a fait mettre dans la Bastille un habile et fameux avocat, nonnné M. Burai, qui avoit écrit en faveur de M. de Guénégaut , tré'sorier de l'épargne. Ces prisons sont glorieuses, et l'intérêt de l.i cour ne doit pas empêcher les avocats de défendre! leurs parties. Je vous baise les mains, el >iiis de tout mon co'ur votre, etc.

Ko Paris, le H juillcl IHi:;.

\ FM.CùXET.

LETTRE DCIAXVII. — W/ /mW.

Je vous ('cri vis hier, avec une lettre que je joignis pour M. de Lorme. Je lui baise les mains et vous prie de l'assurer (|ne j'honorerai toute ma vie son mérite singulier. Je vous prie aussi de m'excuser envers lui pour les simples (pialités (pie je lui donne; je ne me connois pas en com|)liments et ne les aime pas. Je le considère comme un héros qui n'a pas besoin de litre; il y tni a qui en preiment de leurs (pialités et grands oflices , auxquels néanmoins ils font déslionneur par leur peu de mérite; mais M. de Lorme n'a besoin de rien emprunter. Il trouve tout chez soi ; il ressemble à la vertu qui est dans Claudien , glor/ei/H' f/e ses propres ric/irsxcs. Joseph Scaliger a nommé quelque part un certain glorieux pédant (pii, par plusieurs arlilices , avoit trouvé le moyen de changer la couleur noire de son bonnet en rouge, /c rlun-lafaii (le 1(1 cour de Fronce. C'étoit le cardinal Duperroii qu'il eiileiidoit et (pii a jadis été un terrible compagnon. Mais que diroit aujourd'hui M. de Lorme de voir dans le temple de la iortune tant de gens étourdis de leurs grandes qualités et qui méritent une belle niche dans le titre des Mf'fdiuorplioses d'Apulée , étant de la confrérie de ces gens que le baron de Eeneste a ingénieusement nommés Anes d'or ?

J'ai autrefois ramassé bien des mémoires pour faire des éloges latins des François illustres en sciences, a riniitation de i\L Scévole de Sainte-Marthe, à quoi je pourrois travailler l'hiver prochain pendant les soirées ; mais le nombre des malades me fait peur , c'est ce qui fait que je n'ose le promettre absolument. Vous m'obligerez de demander à ^L de Lorme s'il voudroil bien menvoyer quelques mémoires de feu M. son père , ([ue je sais bien avoir été un grand personnage et du(piel je sais quelque chose de bon que j'y mettrai hardiment touchant la maladie de ^farie de IMédicis, dans laquelle M. (\\\ Laurens désapprouvoil la saigiK'c , lroni|i(' \v,\v III. ^^:^

;y46 LETTRES DE (Ul PATIN

un passage d'Hippociale (jui dit (luil ne faut pas saijj;nei' pendant le cours de ventre, [himte tUco, cenam non secobis , et an contraire M. de Loime soutenoit et pressoit la saignée. Sur (;ette difficulté la reine fut lamenée à Paris, et trois des nôtres f'ui'ent mandés au Louvre, savoir. MM. Jean Martin, Jean Hautin et Simon Piètre. Ces gens-la n'étoient ni tourbes ni ignorants. Ils ne jouoient point de finesse ni d'argent: aussi n'avoient-ils rien acheté. Ces trois messieurs furent de l'avis de M. de Lorme , que M. Martin confirma en disant que ce passage d'Hippocrate , mal entendu , avoit coupé la gorge et coûté la vie à cinquante mille personnes. La reine-mère fut saignée et guérie. Elle avoit un llux de ventre d'avoir trop mangé d'abricots. Elle avoit la lièvre et étoit grosse. Si Dieu me fait la grâce d'en venir la , je ferai mes Eloges plus beaux, plus curieux , et plus liistori(iues que ceux de M. de Sainte- Marthe , auxquels ils ne céderont que pour l'expression. Je n'y mettrai que d'honnêtes gens et dont le mérite fera la dignité. Devinez si telles gens que Guénaut y auront place avec le fameux et fumeux des Fougerais et ses consorts (l). Je s\iis , etc

De Paris, le 28 juillet 16fio.

LETTRE DCLXXVIII. An mf-mc

La reine-mère empire , ax adiuafo dolore et ingravescente febn;. On dit qu'elle veut revenir bientôt au Val-de-Gràce , dans le faubourg Saint Jacques , où l'on croit qu'elle veut mourir. Elle est dans une grande résignation à la volonté de Dieu , et néanmoins saint Augustin a dit : .\>?//o vfdf lUcifti , nenio vidt perturbnri , itemo vidl mon

On vend ici la nouvelle bulle de notre saint père le pape ,

1 Vovoz la noie tdinf 1 . pas»' (Wî.

A FALCO.NEi. r)-47

pour liKiuelIt; U; pailement a été assemble; M. Talon a (Hé ouï, (jui a parlé loi't liardirueiit , et a [torU' TaU'aire bien loin, ensuite de rpioi, pour régler l'atîaire, arrêt s'est eusiiivi , (jui a ordonné que la bulle sera supprimée , et (jue deux conseillers de la cour se transporteront en Sorbonne , où ils feront enregistrer cet arrêt, qui détruit la prétendue infaillibilité du pape. Je ne sais à (|uoi songent les jésuites de remuer si mal a propos , et si fort a contre-temps , cette pierre de scandale. Tout le monde est ici contre eux , et même on paile d'y réimprimer et d'y vendre publiquement le livre de M. Edmond Richer, ancien docteur de Sorbonne et syndic de la Faculté, qui a été un excellent homme que j'ai connu autrefois, et qui mourut environ l'an 1633 , âgé de près de quatre-vingts ans. Ce livi'e est intitulé : De Ecclesio^iicu et [tolitica potestatc. Ce n'étoit qu'un l'actum in-quarto en latin, que MM. de l'Université présentèrent aux juges l'an iGll, lorsque les jésuites fui'ent déboutés de leur requête, prétendant ouvrir leur collège. Isaac Casaubon étoit alors a Londres qui, ayant appris cet arrêt contre les jésuites , s'écria de joie : .4 Ddiiiihi) i(l fuctuiii. est.

Le prêtre Gendron, (|ui traitoit la reine-mère, est tombé fort malade, et l'est encore. On a fait une ouvei'ture à la mamelle de la l'eine-mère , pour un abcès qui étoit à la mamelle droite ; la nuit suivante elle s'est trouvée si mal, qu'il fallut lui donner à minuit l'extrême-onction; le lendemain, troisième d'août, le bruit courut dans Paris qu'elle étoit morte, ce qui étoit faux.

Avez-vous ouï parler a Lyon d'un vieux médecin, nommé M. Pavillon , qui avoit servi sous Henri IV? on dit qu'il étoit (le Lyon et qu'il est mort à Paris. Je n'ai jamais ouï parler de lui ; pourtant on me prie de m'informer de lui; je vous prie de m'en apprendre quelque chose.

La reine-nière se porte un peu mieux depuis l'ouverture de son abcès, (hK|uel on tire beaucoup de boue; mais c'est de la mamelle di'oite . et non pas la gauche , qui est ulcérée

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