‹ Lettres de Gui Patin (volume 3)Chapitre 23 sur 49 · II. I · texte numérisé non relu

II. I

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aussi Pineda, qui étoit un homme liarcli et enjoué, mais fort savant. Ces grands hommes donnent quelquefois carrière à leur esprit, et s'échappent quelquefois trop. Dans Hippocrate, au 3^ des Épidémies et à la fin du 1" livre des Pronostics , et dans Galien, se voient des bubons, ulcères vénériens et la gonorrhée. Morbm rmnpanus, dans Horace, est la vérole. Elle se trouve aussi dans Catulle, dans Juvénal et dans Apulée; on dit même qu'elle est dans Hérodote et dans Xénophon. M. Gassendi m'a dit que la lèpre, dans la Bible, étoit la vérole. Lnis vevereœ causa est seortatio furpis , vaga., promiscua ntque talis seortatio est oh ornni (Rco. Ce serpent de la Genèse , disoit un libertin , étoit quelque jeune dameret qui donna la vérole à Eve , et voilà le péché originel de nos moines , ce nous disoit M. de Malherbe. Au moins est-ce chose certaine, que la grosse vérole étoit fort bien connue dans l'Europe devant (jue Charles VHl allât à la conquête du royaume de Naples. Zacutus en a fait quelque part une controverse, et aussi un savant Italien, nommé Fa/jius Pacius. Il y a un Petronius fort iitiriorifii/ , où l'on voit plusieurs commentateurs qui ont tous cru que cette maladie avoit été connue par les anciens. Feu MM. Piètre, Riolan et Moreau étoient dans le même sentiment , aussi bien (ju'André du Chemin , qui mourut à Bruxelles, en 1633, près delà reine mère, et (|ui ctoit un honnête homme fort savant, (pii alloit du pair avec M. Nicolas Piètre (l). Adieu. Je suis, etc.

De Paris, le 18 septembre 16(55.

(1) Celte grande question de l'origine de la maladie vénérienne a été depuis Gui Patin souveni reprise et discutée, mais elle est restée sans solution définilivo , adhuc sub judice Vs est. Entre autres ouvrages , on ■ peut consulter le savant traité de J. Astruc, de morbisvenereis, Parisiis, 1740, in-4", 2 vol., traduit en français par A. -F. Jault . nouvelle édition , avec des notes par A. Louis, Paris, 1777, 4 vol. in-12. — A. \.-R. Sanclie/. , Dissertation sur l'origine de la maladie vénérienne , Paris, 17o2, in-12. — Examen historique sur l'apparition de la maladie vénérienne en Europe . Lisbonne, 1774, in-12. — A.-J.-L. Jourdan , Traité rornplel de la malade vénérienne. Paris, 1826, 2 vol. in-8". ( R. V. '

A lAi.ciiNti. 555

LETTRE DCLXXXIII. — .l« ///^w.

On a joué depuis peu à Versailles une comédie des niédt!cins de la cour, où ils ont été traités en ridicule devant le roi , qui en a bien ri. On y met en premier chef les cinq premiers médecins, et par-dessus le marché notre maître Élie Beda, autrement le sieur des Fougerais , qui est un grand homme de probité et fort digne de louange, si l'on croit ce qu'il en voudroit persuader.

Je vous envoie un extrait imprimé des registres de 8orbonne , que je vous prie de donner à M. Spon , par lequel il verra comment nos bons docteurs croient au purgatoire , et je prie Dieu que cela serve à sa conversion et au salut de son âme.

On parle fort ici d'un seigneur piémontois , nommé le marquis de Fleury, qui a été surpris couché avec une maîtresse du duc de Savoie, qui l'a fait mettre dans un cachot. Le roi a fait menacer la duchesse de Mantoue d'une armée de 50,000 hommes , si elle mettoit la citadelle de Cazal entre les mains des Espagnols , comme on lecraignoit. Adieu.

De. Paris, le 22 septembre 1665.

LETTRE DCLXXXIV. — Au même.

On a tué ici un jeune homme, lils d'un président de Grenoble, nommé Lescot; celui qui l'a tué est en prison.

Le premier médecin du roi de Danemark, nommé Simcon Pauli , ([ui a ci -devant fait imprimer divers traités, m'a mandé qu'il fait imprimer un livre, f/e Aùusu tahari . (pi'il m'a dédié ; je le recevrai bientôt. Son fils étoit ici l'an passé un de mes auditeurs; c'est un efiét de pure amitié, de gratitude, et, comme disent les Italiens, de gentillesse, il me croit meilleur que je ne suis, tant son fils lui a dit du bi(;n de moi.

La Sorbonnc est aujoui'd'hui fort l't'ui nie . et tous Itts sujets

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loyoliti<|Lies y tsuijt fort abaissés. Les jansénistes y remontent sur leur Ijête, et les jésuites en sont fort éloignés ; la cour y tient la main, et pousse contre la prétendue infaillibilité du pape , qui n'est pas aujourd'hui en état de se relever de cette attaque contre trois puissances adversaires, qui sont le roi, le parlement et la Sorbonne.

Le roi parle d'une armée de 15,000 hommes de pied et de 10,000 chevaux , qu'il va apprêter pour s'opposera ceux qui se remuent. On augmente chaque régiment d'un tiers, c'est ce qui fait soupçonner la guerre tout de bon.

On dit que la thèse de Sorbonne , laquelle a excité cette question du purgatoire, eût infailliblement été censurée à Rome, si MM. du clergé ne l'eussent approuvée, connue ils ont fait, en recevant favorablement la bénigne interprétation (pi'on lui a donnée, telle que vous verrez par l'imprimé que je vous envoie. 11 y aura bientôt en Sorbonne une grande assen)blée, dans laquelle on délibérera de faire un nouveau syndic, ou de continuer celui d'aujourd'hui, qui est M. de Breda, curé deSaint-André-des-Arts; on verra là quel crédit de reste y auront les révérends pères jésuites. Le roi est attendu ce soir du retour de son voyage; dans peu il s'en va au bois de Vincennes jus(iu'à la Toussaint. Le dessein est d"y mener la reine-mère, laquelle a souvent de mauvaises nuits et des songes fâcheux. C'est un beau petit traité que celui (pi'Hippocrate a fait des songes ; vous y trouverez ce que je pense, et que je nose vous écrire. On a nettoyé les fossés du château à ce dessein.

On joue présentement à l'hôtel de Bourgogne r Amour mala/k'; tout Paris y va en foule pour voir représenter les médecins de la cour, et principalement Esprit et Guénaut, avec des masques faits tout exprès; on y a ajouté des Fougerais, etc. Ainsi on se moque de ceux qui4uent le monde impunément ' l\

1 il .-'Hiïil df 1h l'iccc doiil lo lilic jicUr'I o^I V Aiitviiy mal i-ii. fon\(--

Si vous s;ivii7. en (jiicl clal ji' suis, vous Miiiitv. s;ilis ddillc pi- !ii' (!(' moi. J'ai céans (les inav()iis(|ui iiidnt l'ail laiilot reiiiuer louU; ijjoii cluile; il n'y a pi'esqiKï (|iie les livres (l<; médecine auxquels il n'a point été besoin de toucher; mais je ne sais ce qui en sera à l'avenir. Je me console des plaintes (\ue fait Joseph Scaliger dans ses Épîtres, lorsqu'il se plaint des imprimeurs qui travailloient a son Kusèhe. Je vous baise les mains, et suis de toute mon àme votre, etc.

|)t> t'aris. Ici) septembre Kifi.'i.

LETTRE DCLXXXV. - l/< nn-m^'. '

Mon lils aîné est revenu de Bourbon, Dieu merci. Je vous rends j^ràces de l'amitié que vous avez pour nous , et de la chambi'c ((ue vous lui aviez laii préparer, s'il avoit pu aller jus(iu'à Lyon. Votre compliment et votre courtoisie me font

<lie-l)allcl , donnée en 1663. E.st-il besoin de rappeler que sous les nonus ,",recs de Tomes , Vesfonandrès , Macroton et Balils , Molière tourne en ridicule quaUe médecins de la cour, des Fougerais . Esprit, (îuénaut l'i Daquin ;' (?est IJoileau qui composa, dit-on, el adapta les noms grecs, marquant le caractère de chacun de ces médecins. Il donne à des l'onitérais le nom de Destonandrès , tjui signdie tueur iV Itummes ; à Esprit, qui bredouillait, celui de Bahis, qui signifie j'oppant, aboyant ; Macro- Ion fut le nom qu'il donna à (Iuénaut i)arce qu'il parlait fort lentement ; enfin celui de Tomès, qui signifie un saigneur, à Daquin qui aimait beaucoup la saignée. On voit que la comédie touchait ici de très prè> à la satire, (lui l'atin s'en réjouit parce qu'il ne s'agi>sait que des médecins de la cour : aurail-il pen«é de même lorsque peu d'années après parut le Malade imaginaire . cette attaque directe et formelle contre la nuMiecine? Au reste, comme je l'ai dit ailleurs, il est cruel que .Molière, dédai;',nant les médecins, ail refusé de croire aux conseils qu'ils lui donnaient, et notamment le docteur Mauvillain son ami : 1" de ne point quitter l'usage du lait ; 2" de ne plus jouer la comédie ; 3° de ne pas reprendre sa femme, celte dangereuse coquette, (iresinde- .\rmandc-Béjarl. If ne serait pas mort à (•in(piante et un ans, et nous aurion-; eu d(< rliets-doiiNri' dr plu». H. P.,;

.').)8 LETTRES DE Gl 1 PATIN

souvenir de ce que rne racoiiloit autrefois teu M Nicolas Bourbon , de Bar-sur-Aube , qui mourut l'an J644 , le uiènie jour que le bon pape Urbain VHl, âgé de septante-six ans: c'étoit un homme qui savoit tout , et qui étoit d'un admirable entretien.

Il me disoit donc (ju'Isaac Casaubon n'avoit jamais vu Joseph Scaliger, et néanmoins ces deux grands hommes s'entr'écrivoient toutes les semaines. Casaubon eut plusieurs fois envie d'aller en Hollande poui- y embrasser son bon ami , mais il arriva toujours quehjue chose qui l'empêcha. Il avoit mis dans une bourse de velours 200 écus d'or pour faire son voyage. Scaliger le désiroit et l'attendoit fort, mais ce voyage ne se fit point. Jamais ces deux bons amis, qui étoient les deux premiershommesde leur temps, ne se sont vus. Scaliger lui mandoit qu'il lui avoit fait préparer une belle chambre : TiU taijien etium erit orbilrii in média liyeiae cenire, quara luculento foco expugnabimus, qui nunquam deficiet in cuhicula ^ qiiod tibi adornabo : quod tomen nullum, prœter te, ornameiHwn hnbebit. Ce sont les termes de Scaliger en ses épîtres.

M. Nie. Moriii, dont vous me parlez, est docteur de notre Faculté de la licence de mon second fiIsCarolus, en 1654 C'est un honnête homme bien savant et ([ui boit volontiers du meilleur. M. le prince de Conti me semble fort délicat; jamais la vie de personne nem'eimuya, mais je n'aurois jamais cru (jue ce prince l'eût faite si longue. C'est un de mes étonnements parmi tant d'incommodités qu'il supporte. J'ai vu ici des fièvres erratiques et quelques quartes , mais il y a peu de malades. Ce jeune médecin, (jui a ici perdu son procès, ne fera jamais miracle; il a sa boime part dans la Métamorphose de Vàm- d'or d'Apulée. Il croit avoir b(Mme mine , mais il est chargé de mauvaise couleur. Je salue l'incomparable M. de Lorme, et suis toujours votre , etc.

De Paris, le H octobre ITiH-o.

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LKTÏHE DCLXXWI. — .\>, u,nm:

On dit que la reine-mère est mieux, et qu'elle a moins de douleurs. Mais c'est par le moyen des narcotiques que je considèie là comme des venins (}ui étouH'eront le peu de chaleur (|ui lui reste à un àj^e si avancé. Louis Duret en a fait un bon et savant chapitre : c'est un des plus lins points de notre pronostic. 11 ne faut pas se fier a cette bonace qui n'est peut-èti-e pas éloignée de la tempête.

J'ai aujourd'liui rencontré un nommé M. (jrisi, qui venoit de I-.yon, et qui m'a fort parlé de vous , que vous étiez le médecin de M. l'archevêque et de sou conseil.

H m'a aussi parlé de M. Moze , l'apothicaire , qui me prise fort , à ce qu'il dit , sur quoi je lui ai répondu que je m'en étonnois, vu que je n'avois jamais rien fait pour me faire estimer de ces MM. les pharmaciens, que je n'avois jamais ordonué de bézoar, d'eaux cordiales, de tliéria(iue ni de mithridate, de confection d'hyacinthe ni d'alkermès, de poudre de vipère ni de vin émétique, de perles ni de pierres précieuses, et autres telles bagatelles arabesques; quejaimois les petits remèdes qui n'étoient ni rares ni cliers, et que je faisois la médecine le plus simplement qu'il m'étoit possible. Arlem pi'ofitemui' sulutarem et beneficam , non i^-œdcitricein et londoruni p.mimclriccn, . Vous entendez tout cela mieux que moi. Quoi qu'il en soit, les apothicaires de deçà se plaignent fort et ont raison ; car ils ne font guère de choses et presque rien; mais c'est encore plus qu'ils ne méritent : mnt aniui dcquhi^itni nehulonc'S <'f fui'jnsfiiiiii Inc/'irmes, )uise)'i nrdt'liones , st/rujjastri , et Julapistœ , comme les nomme notre Joannes Guinterius Andernacus , cpii étoit médecin de Paris de la licence de Fernel ( I ).

(1) Jean Gonlhier , né à Andeinach , dans l'archevêché de Cologne, en. 1487. fut un médecin très distingué de la faculté de Paris 11 s'adonna leilenient à l'analotnie , qu'il en tnl regaixlé comme le leslaura-

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Il iiiitiinil ici hier un dos conseillers de la cliandiir d(> justice , uoMiuié M. llf'vaut. Il étoit (lu parlement de Bretagne, (yéloit un de ceux ([ui opina à la nioit contre JM. Fouquet; et néanmoins voila la chambre renversée, il est mort lui-même, et M. Fouquet est plein de vie. C'est ce qu'a dit autrefois Sénè(|ue . qu'il y a eu des gens qui ont survécu à leur [xyurreau. I V/A'

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