III. ' 4'i
LKTTRE DCCLXXX. - A>i même.
Depuis le 9 mars , j'appreiids que peu de gens espèrent la polette , bien que plusieurs la souhaitent.
J'ai vu aujourd'hui, en consultation avec MM. Brayer et Moreau , un jeune homme de Lyon , iils d'un riche marchand nommé M. Beli , Inborat intpuiperie colidn et sicca visrcrum cuhi imminente siccitote pidmonis : timco p/ithisim ante œstatem , imo omnia mihi videntur metuenda.
La cour va prendre le deuil pour un mois à cause de la mort de la princesse d'inspruct , parente du roi et de la reine ; elle étoit dans l'âge de treize ans , de stcmmate Austriaco.
Nouvelle est arrivée d'Espagne que le petit roi s'y porte moins mal , il ne pisse plus de sang , il est pourtant bien foible , oc vitreœ valetudinis. Bon Dieu ! que nous verrions de remuements et de changements en Europe , si ce petit prince mouroit ! il y en a déjà assez.
On ne parle ici que du livre de M. Arnauld , docteur de Soibonne, qui est un gros in-quarto bien imprimé, que l'on vend 10 livres tout relié; mais tant de gens en achètent que l'on ne peut fournir d'en relier; ils disent qu'il en ont vendu 1 ,500 déjà , et que l'on t'ait une autre édition.
On dit aussi qu'on a tàté le pouls de la bonne sorte au ministre Claude, et qu'il branle dans le manche. Si nous pouvons voir une fois ce ministre converti, cela fera un horrible scandale au parti huguenot, et néanmoins cela peut arriver ; car il y a bien des gens au monde, qui fidem venalem haheiit, et qnif/us numinis instar estnummiis ipse (1).
On dit que M. le duc de Chevreuse, gendre de M. Colbert, s'en va être grand maître de l'artillerie à la place de M. le duc Mazarin, qui lui vend sa charge. Vous ne vous étonnerez pas de tous ces changements qui arrivent dans le monde, foritmo
{i., Ct'Ia n\'sl poiiH Jiirivé, (i. V.j
A FALCONET. GOl
in rébus niortolium tmii arrcpti qvdiu exjje'nsi ntromquc fari/ poginatii, ex Plinio.
On dit que M. de Luynes, père de ce gendre de M. Colbert , s'en va être gouverneur de Guyenne.
Dans peu de jours nous aurons une nouvelle thèse de M. Blondel , à laquelle il présidera bientôt, .le vous l'enverrai avec celle de M. G. Préaux , de Sonmo.
Le roi s'en va passer l'été tout entier à Saint-Germain , où l'on t'ait bâtir quantité de belles maisons, atin que la cour, qui est fort grosse, y puisse commodément loger. Dom Jean est entré avec -iOO chevaux dans Madrid , et a obligé la reine d'Espagne de chasser le P. Nitard, son confesseur, qui étoit jésuite, et de l'envoyer, in tenebras exteriores , hors de ses royaumes, en Italie ou en Allemagne.
Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc .
De Paris , le 19 mars 166!).
LETTRE DCCLXXXL — Aawnne.
Enfin la polette est arrivée pour plusieurs officiers , mais avec d'assez dures conditions. Il y en a plusieurs autres (pji n'y sont pas soumis; c'est qu'il n'a pas plu au Saint-Esprit ni au roi. Plusieurs se plaignent ici , et les médecins aussi , vu qu'il n'y a ni malades ni argent. Il n'y a plus que les comédiens qui gagnent au Tartufe de Molière; grand monde y va souvent. Il ne s'en faut pas étonner, il n'y a rien (jui ressemble tant à la vie humaine que la comédie (J).
^1) Cette pièce tut donnée en 1667 pour la première lois, et rien ne pouvait lasser la curiosité du public. On rcnur(iueia que (lui Pal in . cet ennemi constant des faux dévols, ne dit point cependani qu'il a \u ceUe célèbre comédie, i! n'en parle que d'après le bruit public ; le-^ mœurs des médecins avaicnl alors luie soi le d'ausiérilé particulière.
69"2 F.ETTRKS 1)K en l'ATiX
La cour des monnoies étoit exceptée de la polette ; mais aujourd'hui on dit qu'ils ont assurance de l'avoir. M. le comte de Saint-Paul a écrit de Malte au roi qu'il y a été bien malade, et qu'il en est , Dieu merci , heureusement échappé avec l'aide de son médecin, qui en a eu grand soin; c'est M. Tuilier, médecin de Paris. M. le Comte se met en état de revenir à Rome, de voir toute l'Italie , et de s'en revenir en France par le pays des Suisses, où il passera à Neufchâtel , dont il est seigneur, et de là par la Bourgogne à Paris, où il est fort attendu de madame sa mère et autres. Ce prince est bien spirituel et en bonne réputation ; il est le cadet de M. de Longueville, qui est tout-à-fait dans la dévotion , et qui ci-devant s'étoit fait jésuite, mais cette envie lui a changé. Un vieux médecin huguenot, nommé M. du Four, âgé de soixante-dixhuit ans, est mort depuis peu de jours. Il avoit été longtemps à feu 31. de Vendôme; puis s'étoit retiré à Blois sa patrie; enfin, étant revenu à Paris, il y est mort avec une prise de vin émétique cpi'un badin lui donna fort mal à propos, car il n'y avoit aucune indication ; son mal étoit une excoriation de la vessie, dont il m'avoit autrefois demandé mon avis. Je vous prie de le dire à M. Spon; je crois qu'ils étoient amis. Je vous enverrai sur la fin du carême les thèses que je vous ai destinées et quelques autres nouveautés.
On parle ici d'une nouvelle réformation pour les rentes de l'Hôtel-de-Ville ; il court aussi un petit poëme français intitulé : VArrih-e-Bo)} dex moines. Adieu , monsieur, et consolez-vous-en : le monde est si fou , qu'ils ne seront jamais bannis. Je suis de tout mon co'ur votre , etc.
De Paris , le 2U raar.s 1669.
LETTRE DCCLXXXn. — Au même.
Je viens d'apprendre que M. de la Haye, ambassadeur de France à Constantinople , en est parti , et (pi'il vient de là à
\ KAI.Ci.l.NKT. ' (Jî).')
.■\lallt' y [)reiiilre ^J. le euiule de Saiiit-Paiil [tour s'en revenir en France.
Lé roi n'est pas content des parlements , et outre la polette (jui ne leur est guère avantageuse au prix (ju'elle leur est accordée , on prend encore le cliemin de les ruiner. Voilà (}ui fait belle peur à tous les officiers du parlement; mais outre ces messieurs , les officiers des cours souveraines , tous les marchands se plaignent fort ici de ce (ju'il y a peu d'argent et de commerce. On ne parle plus que de manufactures nouvelles, de gros impôts que l'on met sur les marchandises étrangères, afin qu'on n'en amène plus.
On dit que le duc de Savoie viendra à l*aris l'été prochain, et ([ue le roi lui fera une fort belle et somptueuse entrée, et qu'il viendra voir le camp et les revues que le roi fait dans la campagne devers Saint-Germain.
Nous avons ici un des nôtres, nommé Pierre Yvelin, premier médecin de madame la duchesse d'Orléans , (|ui est foit malade d'une inflammation de poumon. On dit (jue la reinemère d'Angleterre est fort malade , que le roi d'x^ngleterre et MM. les États de Hollande apprêtent une grande ambassade pour envoyer ici vers le roi, lui proposer qu'U rende aux Espagnols ce qu'il a pris en Flandre, en récompense de quoi un lui donnera Cambrai et tout ce qui en dépend.
On dit que le roi veut ôter les privilèges à 3IM. du parlement , chambre des comptes et cour des aides , en leur ôtant le franc-salé, le droit de noblesse, etc. La déclaration fut lue publicpiement hier devant tout le monde en la chancellerie, et c'est ce qui fait bien parler du monde. Il y a aussi un arrêt du conseil pour le retranchement de tous les couvents de moineries qui ont été bâtis ici alentour depuis trente ans. Votre M. Yvelin se porte un peu mieux , ce 6 avril, et il y a bien de quoi espérer qu'il guérira ; mais il a le poumon bien foible , et en contre-change en voici un autre qui est tombé dans une atteinte d'apoplexie, in ictuni sraiguinis , d'où il est déjà paralytique de la moitié du corps. C'est Urbain Bodineau
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qui a été mon compagnon de licence , et qui est aujourd'hui âgé de soixante-douze ans. M, Bodineau est mort de son apoplexie; on lui a trouvé du sang dans sa tète répandu en plusieurs endroits, vere fuit ictus sangninis , de quo Aurelius Victor, in Vero Itnp. , etc.
Il nous viendra bientôt un jubilé de Rome pour obtenir la grâce de Dieu et victoire contre les Turcs par le moyen des troupes que l'on va embarquer en Provence la veille de Pâques prochaine. Le père Nitard, jésuite allemand, qui est chassé d'Espagne, doit passer par Lyon pour retourner à Vienne. On dit que le roi va mettre les rentes au denier 24 , afin que l'on mette son argent au commerce. Je vous baise très humblement les mains, et suis de toute mon âme votre, etc.
De Paris , le 9 avril 16()9.
LETTRE DCCLXXXlll. ~ Au même.
Pour réponse à la vôtre du 8 avril que m'a envoyée M. Troisdames , je vous dirai que c'est grand'pitié qu'un jeune médecin inhabile et inexpert, qui n'entend pas l'importance de la saignée dans toutes les maladies aiguës, et principalement celles du poumon. Je me souviens de ce jeune médecin dont vous mê parlez, (jui a péché si lourdement et si malheureusement. Qu'il liseHippocrate, Galien, Fernel, lib. 2,Methodi, Botal et la belle thèse de M. de Gorris, An medicorum parisiensium phlebotomiœ jure vel injuria nccusantur? Il y pourra apprendre ce qu'il ne sait pas encore. Cette savante thèse avec ses conuTientaires in quarto contient plus de bonne et véritable médecine et plus de doctrine pour guérir les maladies aiguës que tous les livres de pharmacie et de chimie, dans lesquels il y a trop de forfanterie arabesque. Vivent les Grecs, et surtout le divin Galien! Je suis ravi.de ce que