II. rnii:> Dt t.i i paiin
iXuiis ne savons av (|iie devientlront les livres et iiapicis (Te M. Riolan. n'ayant fait ni testament ni aucune autre disposition par écrit. Il in'avoit dit quelquefois qu'il nie feroit exécuteur de son testament , et qu'il vouloit (|ue la postérité sût (pie j'avois été son meilleur ami : mais il est mort sans lavoir prévu et sans avoir donné ordre à ses ati'aires. Les vieilles ^ens sont d'ordinaire oublieux et négligents. W. Gudlenieau en a fait de même, et M. Moi-eau aussi.
M. Cil. Bouvard, premier médecin du roi Louis Xlli, est malade d'une fièvre continue, d'une fluxion sur la poitrine, vl de quatre-vingt-trois ans. La douceur de la vie(iu'on mène à la cour l'a fait vivre si longtemps , ayant d'ailleurs la poitrine fort délicate. Il avoit un tils conseiller de la cour, et lui avoil fait donner une bonne al)baye, qui est celle de Saint-Florent deSauniur, mais il est mort, et à ce qu'on dit de trop de dévotion. Il en a encore un autre qui est anssi conseiller, et(}ui plus est niarif'' fort richement.
Le mardi -17 mars 1657. M. de Clienailles, conseiller de la cour, a eu la vie sauve, et n'a été ([ue banni par larrel (pii en a été donné. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
Ui" i'aris , le 24 avril lGo7, jour do l'aïuiivcrsairr du maréchal d'An rie, (|ui a eu d'étranges successeurs depui 16J7.
LKTTUK CCCCLI. — .1// Hwun'.
Il est mort ici un lionntHe hoinine de votre ville de Lyon , nommé M. du (iué île Bagnols, jadis maître des requêtes. H ('•toit un des chefs du parti des jansénistes; homme fort sage , fort dévot et fort réglé. Il a tant jeûné, tant fait d'austérités, qu'il en est mort ; et de peur (pi'il n'en échappât, Guénautet un des gazetiers lui ont donné du vin émétique, dont il est nioil ilans r()p(''ralion Oucllc sollisc de prendre ce j)oisoii (l,iii> une iiil]aniinalioii ilu poumon . cl ilc jeûner si rudcineiit
A Kai.c.onkt. 77
.ju'il t'ii t'iiillc iiiuiiiii .' C/rst mil' csitècc (If tolic de se Irailcf si cnicllt'lilt'lit |)(Uir lllolll'ir jt'Ulie. Iiintinn n-ldjiu putu'il ^lui- (Icrc iii(iliiri(iii,[\\{ Lucnn'c. Mais nos plaiiilos no servent de rien contre la mort ; il nous faut tous passer pai' la. Les lionncMes ^ens meurent tous les jours, et il senilile (|u'il n'y ait (}ue leurs bouri'eaux (jui ne meurent jamais : du moins il eu l'este toujours assez pour maintenir leur crédit dans l'esprit des |)eupleset des princes. F*our cetpii est de M. leOa^Mieur, Dieu le Cdiisole. Vous voyez bien (pie c'est un mallioun(''le homme et peu recouuois^ant des ohliitations (pi'il vous a: si jamais il revient a vous, ne vous liez pas w lui. H a la mine d'un ladre ; riuijratilude est tdujoui's une mar(|ue ou un symjjti'iinc de ladrerie.
Je suis bien aise que M. CJuillemin , votre collègue, ait reu.ssi à Turin. Gargantua (c'est Valot (pion appelle ainsi à la cour, depuis (pi'il tua (iargant, intendant des linances, avec S(ui antimoine I ne j)eut entriM' en comparaison avec im si lionnète honune, (pii est sage et ('clairé. S'il parloit à vous, il vous diroitque Van-Helmont était un lionune qui avoit de grands desseins et de beaux secrets (i . Tout cela est bon à la cour, parmi les courtisans et les femmes, commedisoit Joseph Scaliger du cardinal du Perron, ([ui, pour y paroître savant , entretenoit les dames du flux et du reilux de la mer, de l'être UK'taphysique, et du principe tle l'individuatiou.
Il y a ici un houut'-te homme, nommé M Bigot, (ils d'un j)r(''si(lent du parlement de Houen , tort savant en grec, (pii travaille sur FI. Joséphe, ('-cri vain hébreu {\ei Anflquii/'s jndfi'i - (pics. Joseph Scaliger dit, avant (pie de mourir, que si Dieu lui eût prolongé la vie de trois ans, il nous eût donné ce l>el anti'ur illustré et enrichi de belles remarques. Il l'appeloit par excellence ■^ù-irr.hi'-.-.'/.'.v, , //'Av iniKitciir de In nu-itc ^ et disoit ipi'il eloit fort curieux et plus cidyal)le rpie les historiens mluaiiis même dans lesalfaiics de l'tMnpire i'(unain -1 . Depuis la
1; \'o)(>/. le- Moles I. I . \\. IS.'i.'i; I. II. p. i(i|. '•1 \(i\('z 1.1 iKitf Iciiiif II . |) '«(»7.
78 LETTRES DE GlTl PATIN
mort de Scaliger, celte affaire ayant manqué, M. Petit, ministre fort savant à Nîmes, oncle et parrain de M. Sorbière , :i\ oit eu le même dessein , mais la mort le prévint. Je souhaite (juela même chose n'arrive pas à celui-ci , et qu'il le puisse achever, tant pour son honneur (|ue pour le bien public.
M. Brusius, Ecossois, me vint voir dernièrement; nous sortîmes ensemble par les rues, oii nous vîmes quantité de pr()cessions pour solenniser la fêle du Saint-Sacrement. La |)ompe en est grande. Cela n'iroit que bien si le dedans y répondoit, et si nous étions aussi gens de bien que nous nous éludions d'en avoir la mine.
Ou lit ici, il y a une ([uinzaine de jours, un service solennel à Noti'e-Dame pour le repos de l'âme du feu roi de Portugal ; cela étoit somptueux et magnifique , et je crois que vous pensez bien que cela lui fera grand bien. Le cardinal de Richelieu , qui aimoit assez à rire lors((u'il nétoit point tourmenté de sa bile noire, demanda un jour au docteur Mulot, son confesseur, combien il falloitde messes pour tirer uneàmedu purgatoire. Le docteur lui répondit que l'on ne savoit pas cela, et que l'Eglise ne l'avoit pas défini. Le cardinal lui répliqua: '< C'est que tu n'es qu'un ignorant , je le sais bien moi. // eu fout aidant qu'il ['(ludroi' de pelotes de lU-ige puur etitinffer un four. » Ne voilà-t-il pas de bonnes gens (pii se moquent ainsi de ce saint et sacré feu qui fait si heureusement bouillir leur marmite (f)! Je vous baise très humblement les mains, avec protestation que je serai toute ma vie votre, etc. De Paris, le 2 juin 1(557.
LETTRE CCCCLII. - .1^/ wème.
J'apprends que ceux de Rotterdam, par honneiu qu'ils portent à la mémoi)-e de celui qui a été l'honneur de leur pays,
(1) Gui Patin a déjà raconté cette plaisanterie à son ami Spon ( voy. t. Il , p. -297 \ Nous en .Tvnns dit noire opinion : tout est bon à l'esprit
A l'Ar.CÔNLT. Tî)
tout taire à leurs dépens une nouvelle impression de loides les œuvres d'Ei'asme. Voilà une nouvelle (pii me réjouit toi t. il V a encore de la vertu au monde et d'iionnètes gens (pii ont du eourage. Je prie Dieu ([u'il soit vrai. M. van dei' Lindcn, professeur à Leyden, m'a mandé depuis peu cpiil y a (|uinze feuilles de faites à son Gelse; qu'il est à la lin du sixième livre; qu'il pourra y avoir environ vingt et une feuilles, et qu'il m'a grande obligation du secours que je lui ai donné par le moyen de divers Celses que j'avois ici et que je lui ai fait tenir, où il y avoit plusieurscorrections de la main deFernel, Chapelain, Carpentarius, S(;aliger et Nancelius. On dit que M. Rliodiusen fait imprimer un a Padoue (1), et nous avons ici M. Mentel ([ui en promet un pareillement, en vertu de [ilusieurs manuscrits et révisions tpi'il a devers soi. Pour ce dernier, quoiqu'il dise et promette beaucoup , il ne fait jamais rien et dit toujours (|u'il fei'a merveille.
On vint céans le 0 de ce mois, à six heures du matin, de la part de M. l'ambassadeur de Venise , me demander si je voulois aller à Venise y exeicer la médecine ; (jue j'aurois G,000 fr. d'appointement du sénat, sans lenjploi , qui est de grand gain. C'est un médecin de notre compagnie ([ui m'y nomma hier, cl crut ipse sdiiniriffiuiis , c'est-à dire antimonial, mais il n'en doime guère. C'est le boidiomme M. de Gorris, qui n'a pas grand emploi, .l'ai l'eniercié ce monsieur de la
de secte et de parti, poiir'ieciiiel il n'y a point de vérilés , il n'y a que des inlérêls. Il ne liiul donc accepter ce l)on mol de notre auleur qu'avec beaucoup de ré.»er\e. Noire conviction e>l qne lanecdole dont il s'agit e.«t fausse : qui sait pourtant , comme nous l'aNons dit? A la vérité, le cardinal de Richelieu ne reconnaissait que le droit du plus tort , le droit du loup ou du tyran : c'élaienl les mieurs du temps. Il a taché de sang sa {gloire et son [;énie; pendant son ministère, qui dura dix-huil ans, il y eul 47 condamnations ca|»ilales; sur ce nombre. 19 furent portées par contumace; mais Richelieu n'allecla jamais une impiété déclarée ; sa mort mèm»- (ut celle d'un honune pr()l()iidémt'nt pénétré «les j^ramies vérilés du éliri>tiani>me. K. 1*.
I Vdje/. la note t. I . p. -2:18.
><() I KTTUKs W. (.11 l'ATIN
peine (|u'il a prise de iiic venir l'aire celle proposition, et je
me suis excusé Mir ma sanlé, sur les iiabiluiies que j avdis
à Paris, et queje nepouvoisliomiétemeiitquitter.Lii-dessusou
Mj'a pi'oposé de donner mon tils aine, à (pioi j'ai répondu
(pi'il n'étoit pas capable ilun tel emploi , et qu'il falloil encoi'e
({u'il étudiât auprès de moi cinq ou six ans. J'ai prié le porteur
de taire cette réponse à M. lambassadeur , et (pra[)rès cela.
s'il étoit besoin, j'irois moi-même le saluer: mais (pioi (pie
l'on m'otire, je n'irai jamais en ce pays-là. C'est le pays de
.Merlin Coccuie . /tiif/ix (lia// i/nri/in. [/Italie est un pays de vé-
IJrole, d'empoisonnements et d'athéisme, dejuils, deienéfrats
U't des plus j^rands fourbes de la chrétienté; tout y est plein
jde moinerieetd hyjiocrisie. Tout cela t'ait que jamais je n'irai.
.le viens de recevoir un petit paquet de Meyssonier. Bon Dieu , quel homme I II est aussi fou (|ue notre Tardy. J'ai pitié de l'un et de l'autre. 11 m'a envoyé sa Médecine spirifia'l/c , où je n'entends rien : ce n'est (pi'un petit liviet , cl néanmoins il n'est que trop long. Tout cela n'est que tlu fatras d'un esprit malade ou inquiet. Puisqu'il est si dévot et (pi'il a tant soin du salut de son àme, il devroit s'abstenir de faire de si méchants livres, et au lieu de cela prier Dieu lorscju'il n'a point de pratique qui le presse. Tout ce qu'il écrit ne vaut pas le port de sa fettre.
Les charges de maître des reipiétes sont ici tellement renchéi'ies, que l'on dit qu'avant-hier il y en eut un qui en otfrit cent douze mille écus. Quelle manie! Je ne sais plus où l'on trouvera des sages. L'amour, ra\arice et l'audiitiou gâtent tout ce qui reste de beau au monde : tant il est vrai ce (pi'un ancien disoit dans une autre rencontre, (pie si tous les fous prenoient les armes . la sagesse jie trouveroit j)oint de [irotecteurs.
M. de Brienne a fait donner une commission à un de nos compagnons, j entends à im professeur du roi en mathématiques, uomnit' P>l(tndfl. Il passe en Hollande, puis ii Hambourg; de l;i il doit clierclier lenii de Suède . puis après ;dler
A FAI.r.O.NF.T. 81
vers le niai'(|uis de Biuiideboiirg, et après vers le (lue de Saxe, et (le là se rendre à Francfort , où se doivent trouver tous les députés. On dit qu'après tous ces voyages on lui fendra la tète, c'est-à-dire qu'on le fera évèque avec une belle mitre. Je me recommande à vos bonnes grâces, et suis voire, etc.
LKTTRE CCCCLIU. — Av mn,uK
Je vous remercie du livre nouveau du père Théophile Raynaud. Cela sera bon à voir. Je n'en dis pas tant de votre iMeyssonier, qui est bien folâtre. Je voudrois qu'il s'épargnât la peine de me rien envoyer, car ses livres n'en valent pas le port; joint que je n'ai pas le loisir de rien lire de telles bagatelles. Cet homme s'imagine que c'est pour lui que Salomon a parlé lorsqu'il a dit qu'il n'y avoit point de lin de faire plusieurs livres.
Votre M. Robert est parti il y a plus de huit jours, et a fort bien fait de s'en aller; car le débordement de la rivière a bien emporté de grosses bétes , et il eût peut-être éprouvé la même fortune s'il n'eût hâté son retour. Il n'est rien de tout ce qu'il vous a mandé touchant notre faculté. J'en ai mandé la vérité toute pure à M. S' ', et M. Piètre en a pareillement écrit à MiM.Guillemin etGarnier ; ce qu'ils vous diront si vous leur en demandez leur avis.
Ou a ici parlé de la mort de M. de Caudale avec quelque regret pour sa personne , mais non pas pour sa maison; car son père est aujourd'hui fort haï , comme l'héritier d'un favori de Henri III , qui se ruina lui-même et ébranla toute la France pour enrichir son mignon, qui a été un terrible compagnon. Tout Paris n'a parlé de cette mort qu'avec admiration, et l'on n'a dit que du bien des médecins qui l'ont traité. M. le comte de Rebé m'a dit (\\\"\\ avoit une vieille gonorrhée dont Ml. 6
on l'avoit Irouvi'' lout pourri api'ès sa mort. lV)ur lo poison qui en tHoit soupçonné, je n'en suis pas surpris: on en dit toujours autant à la mort des princes, dont on fait souvent mystère et finesse. Les taches livides du cœur peuvent venir de la pourriture du sang dans le cœur et aux environs.
Pour le cardinal de la Valette, son frère, j'ai toujours cru qu'il fut empoisonné en Italie par ordre du cardinal de Richelieu, ([ui vouloit ruiner cette maison. Un fin et rusé courtisan me le dit de ce teuips-la. Ce cardinal étoit un Jupiter massacreur, qui faisoit périr ses ennemis par le fer et ses amis par le poison. H avoit de très grandes obligations au cardinal de la Valette, mais sa grande fortune l'aveugloit. Laissons ces gens-là , j'entends ces grands, ces favoris, ces mangeurs de chrétiens et véritables anthropophages
Votre observation de cinq rates distinctes trouvées dans un corps ([ue vous avez fait ouvrir est fort belle et bien singulière. Je lui donnerai place en bon lieu , tant à cause de vous que pour sa rareté.
La nuit passée, vingt-deux maisons sont chutées sur le pont Marie dans la Seine, à minuit précisément, avec perte d'en- Airon trente personnes et de beaucoup de bien ; néanmoins la rivière a diminué depuis hier au soir de trois pieds. Voilà des malheurs publics qui nous menacent , disent les bormes gens , ainsi que d'autres calamités. On ne laisse pas de faire ici (les bals, des ballets et de belles collations. La reine de Suède admire tout, et les autres prennent tout. On dit que Rouen est à moitié dans l'eau , et qu'il y a de grandes pertes de marchandises à cause qu'elle est entrée dans les magasins. On dit aussi que l'eau a emporté une partie delà citadelle d'Amiens : tout est eu désordre. L'homme est un misérable animal à qui tous les éléments font la guerre. Pline me fournit là-dessus de belles pensées, liv. 7, mais elles sont trop longues pour une lettre. Je me recommande à vos bormes grâces, et suis voire, etc.
A !■ Al.c'.dNET. K3
LETTRE CCCCIJV. — Au mmic
Vous saurez pour nouvelle que, depuis neuf ou dix jouis , les exempts s'étant transportés au couvent des Carmes à deux heures après minuit , à la requête du supérieur, ils en enlevèrent douze qu'ils amenèrent en carrosse au For-l'Evêque- ("étoientdes compagnons qui se moquoient de leur règleet de leur supérieur , qui faisoient grande chère là-dedans en dépit du carême. On a trouvé dans une de leurs chambres vingt deux bonnes perdrix , des pâtés , des jambons et force bouteilles de vin. Voilà comment ces maîtres moines jeûnent le carême , tandis que les gens de bien mangent du riz et des<^ ])runeaux. Je pense que de tout temps on a trompé le monde ■' sous prétexte de religion. C'est un grand manteau qui affuble bien des pauvres et sots animaux. II y en a un qui regrette plus son or et son argent qu'il ne se soucie de sa prison. Il se vante qu'il a de bons amis qui l'en tireront , et se dit parent de madame de Beauvais , première dame de chambre de la reine.
11 y avoit ici des conseillers de Kouen qui étoient vérins pour faire des remontrances sur ce que leur parlement n'avoit point voulu vérilier des édits (jui étoient trop à la charge (le la province. Le roi ne les a pas vcjulu entendre, et les a renvoyés, et en a relégué six dudit parlement. Si bien que nous ne sommes pas au temps qu'il étoit permis de dire librement son avis pour le soulagement du public. Aussi Tacite , le roi des historiens, a dit : Rara Ichtjninna félicitas , in ([111biis sent ire (j7(œ celis , et (/urf sentins iJivere licet. Ce temps étui t avant que Berihe lllàl; depuis (ju'elle a lilé, le momie s'est bien corrompu. Les moiiics, les ministi'cs, les partisans cl autres pestes de la républiipic sont venus (pii ont bien changé les affaires.
L'auteur du livre des /^vV,Y^/y////,^•^ nommé Isaac de la Pinrèrt'. Casron . est ici de rcinnr de Home. Il a l'ait inqirimcr
84 i.l'TTRF.S DE t;t[ PATIN
un petit livre in-quarto , dans le(]uel il rend raison de son cliangemenl de religion (on appelle cela en tei'nies d'école : abjurer son hérésie ' , et il a désavoué son livre des Prr'df/dmites (l). J'ai vu ce dernier livre, mais il ne se vend pas bien. On dit que le pape lui a donné une petite abbaye, et que leMazarinlui a encore promis quelque nouvelle faveur du ciel ou du purgatoire. II est ici attendant cette grâce, aussi avidemeiit que vous pouvez l'imaginer d'un Gascon qui a peur de mourir (le faim , et qui n'a changé de religion que pour faire fortune et meilleure chère aux dépens de qui il appartiendra. 11 se • produit ici comme s'il étoit grand faiseur de miracles ou débiteur de pardons. Notre grande ville de Paris est un théâtre fort propre à cela; car il s'y rencontre beaucoup de sots et de curieux , et pareillement d'ignorants, (jui s'étonnent aisément de ce qu'ils ne connoissent point ; et de plus un Gascon, savant , courtisan , huguenot converti qui vient de Rome , est fort propre à ce badinage et à jouer une telle comédie.
Puisqu'on imprime chez vous le Fernel , je veux vous prier d'une chose, qui est d'y faire corriger une faute que ceux d'Utrecht ont faite à leur impression, lorsqu'ils disent dans sa vie qu'il avoit soixante-douze' ans quand il mourut, ce qui est très faux; car je vous assure qu'il n'en avoit que cinquantedeux , ce que j'ai ouï dire à feu M. de Viderai, maître des requêtes, tils d'une fille de Fernel, laquelle n'est morte qu'en 1642. Je l'ai aussi oui dire a d'autres de ses parents , et c'est une tradition toute claire dans sa famille. Mais sans la tradition , qui n'est pas toujours assurée , j'en ai deux preuves très certaines : l'une est tirée des registres de notre faculté , que j'ai eus entre mes mains tandis que j'ai été doyen, où il est expressément remarqué que Fernel mourut le 26 avril 1.^.58, annu œtotis 52; l'autre preuve est dans son épitaphe à Saint- Jacques de la Boucherie, que j'ai fait voir à luie infinité de personnes, oii il est encore marqué qu'il mourut à l'âge de
[\] Voyez la note sur la Feyrère > (orne II . pai^e 263,
A 1 ALCd.Ntl. 85
ciii(]iia!ile-(li'ii\ ans. L'autrui' de cette épitaphe y est nommé /'/li/ippifs //nrjof/((S, Fcrnelii (jcitcr , qui étoit un maître des leiiuèles et président au grand conseil, son premier gendre ; le second fut M. Gilles de Riant, président au mortier, cpii est mort l'an 1567, sa veuve lui ayant survécu quarante-cinci ans.
Nous commençâmes hier nos examens rigoureux. i)e onze présentés, il y en eut un qui lit assez mal , quoique tils de maître On lui conseilla de se retirer, ce (ju'il lit. Son père étoit un nommé Ferrand , grand Tendeur de naseaux , tort débauché, qui eût été pendu pour la fausse monnoie s il eût encore été en vie un mois ou deux. Les anti'cs prétendants ont fort bien fait. Je suis, etc.
De Paris,le9avnI1658.
LETTRE (XC(:L\'. - .\a mèua:
Le roi est tombé malade à Mardick , d'où il a été mené à Calais. Ses médecins sont (luenaut, Valot et Daquin. On dit (lue le jour que Guénaut arriva, Valot avoit purgé le roi. dont il s'est trouvé plus mal : aussi n'y a-t-il rien de plus dangereux qu'une médecine prise trop tôt et qu'un médecin ignorant. Dès le commencement (lu mal, le roi n'ayant encore été saigné qu'une fois, il y eut dis[)ute entre Valot et un autre médecin de la cour touchant la saignée. Valot disoit qu'il ne falloit point saigner, l'autre pressoit de le faire. On appela pour arbitre un tiers , qui est un médecin d'Abbeyille où on l'ai la quérir, nommé M. du Sausoy, qui fut d'avis que le roi devoit être saigné. Valot trouva mauvais cette opposition, et lui dit qu'il étoit bien hardi. M. du Sausoy lui répondit : Monsieur, je vous connois bien ; le roi a besoin d'être saigné et le doit être ; si vous ne trouvez pas bon mon avis, je ne m'en soucie pas, non plus ([ue je ne vous tiens point capabUî de juger de ce ditférend. Le roi fut saigné, et sur cette diversité
•S(i - r,tiriii:> m: >a\ pativ
d'avis, la reine ilit (|iril falloit oiivoyei- quorii' (luéiiaut à Paris. Quelques jours après, le roi demanda lui-même le médecin d'Abbeville; on le retourna quérir, il continua de traiter le roi avec les autres. On l'a saigné neuf fois en tout. Il eut une mauvaise nuit le 13 et le 14 de juillet. On tient pourtant qu'il sortira de Calais lundi prochain 22 juillet. Il y eu a qui disent ici que le roi n'est pas encore bien et qu'il n'est pas exempt de fièvre; mais, soit qu'il l'ait ou non, j'ai toujours cru qu'il e.: guériroit et l'ai voulu gager contre plusieurs personnes. Le roi est un prince bien fait , grand et fort , qui n'a pas encore vingt ans , qui ne boit presque pas de vin , qui n'est point débauché, qui n'a nulle partie gâtée ni intéressée dans le corps. Sa maladie n'a été qu'un excès de chaleur d'avoir monté à cheval et d'avoir eu longtemps le soleil sur la tête, qui est, selon le témoignage de Galien , une des plus puissantes causes externes des maladies ; joint qu'il y a du mauvais air et de la puanteur en ces quartiers maritimes où est l'armée. C'a été une fièvre continue putride qui avoit besoin .seulement de la saignée et d'une diète rafraîchissante , avec de légers purgatifs, sans aucun besoin de vin émétique , comme ils publient (ju'on lui a donné. S'il en a pris , apparemment ils ne lui en auront pas donné plus d'une once dissoute dans quelque infusion de séné. Et ce ({ue notre . maître Guénaut a fait mettre dans la gazette par son bon ami Renaudot n'a été que pour tâcher de canoniser ce poison , (pie les charlatans appellent un remède précieux , et qu'on pourroit plus véritablement nommer pernicieux. On dit que le roi souhaite fort qu'on le porte à Compiègne, puisque l'air de Calais n'est point bon. On continue ici les prières et les processions pour sa santé , et je suis ravi de voir la dévotion du peuple pour sa convalescence ; car enfin il ne m'importe guère de quels remèdes on se sera servi , corporels ou spirituels , pourvu qu'il guérisse. C'est un prince digne d'être aimé de ceux mêmes à qui il n'a jamais fait de bien , ((ui a de grandes parties et sur les inclinations ducjuel la France
A KAI-CiiNi;!'. 8"
peut loiulcr 1111 ropos (iiie les deux cardinaux de Uichclieii i!t 3Iazai'iii lui oiitùté. Je nie sens pour lui nue inclination violente, au-delà de ce que les François ont d'ordinaire pour Iciu' |)i"ince. Je vous haise les mains, et finis en vous assurant (pie je suis toujours votre, etc.
13c Paris, leSOjuilIcl 16o8.
LETTHE CCCCLVl. — .1" mrmr.
Il est mort un conseiller de la grand'cliambre , nommé le président Cliamprond. 11 avoit autrefois été président aux enquêtes. Il avoit (luatre-vingts ans , et n'étoil reniai i('' ([ue depuis deux ans à une jeune femme. Il avoit extrêmement envie de laisser de sa lignée et n'en a pu venir à bout. Il a ressemblé à Manard, duquel a parlé Paul Jove en ses Eloges :
f In força qui le morilxirinn diait anispc.r . Non mentilus eraf , conjugis illa fuit.
Un conseiller de la cour, nommé M. Dalesso , gendre de M. Tibœuf de Bouville, qui est conseiller de la grand'cliambre, a quitté sa femme, qui est jeune et belle, et s'est rendu père de rOratoire ; mais, avant que de se retirer là-dedans, il a été trouver son beau-père, lui a rendu ce qu'il avoit touché de son mariage, et l'a prié de faire amender sa lille s'il poiivoit, que pour lui il n'en avoit pu venir à bout , et outre cela lui a mis entre les mains une cassette qu'il a finement prise à sa femme, dans laqinlle étnient contenues les lettres de divers personnages qui entretenoient cette bonne dame; et ainsi le désespoir a fait son mari moine. Notre sainte Église embrasse] tout dans son giron : tout lui est bon, pourvu (ju'on ait de l'argent.
Mon relitHir me rendit dernièrement mes Ainmlrs de (irt)tius. .l'ai commencé à le [uircourir. il est en beaux termes et
88 I.EIIHE^ DK bll l'AliN
tout plein de tort bonnes choses. Si ce livre-là vient jamais k être traduit en François , comme il est fort curieux , je pense ([u'il se vendra bien. Il est fort bien fait ; il n'est pas si particulier que le Famianus Strada, mais il est plus savant et apl)roclie bien plus de Corneille Tacite.
Nous avons deux nouveaux maréchaux de France, savoir, M de Mondejeu , gouverneur d'Arras , et M. Fabert, gouverneur de Sedan, sans compter M. de Castelnau , qui mourut six heures après en avoir reçu le bâton , et qui dit en le recevant que cela étoit beau en ce monde, mais qu'il s'en alloit dans un pays où cela ne lui serviroit guère.
On offre à la veuve de défunt M. de Fontaines Boér, secrétaire du conseil des finances, qui mourut subitement la semaine passée, la somme de douze cent mille livres pour la charge de son mari. Il faut bien dérober pour tant gagner.
Ces carmes noyés dont vous avez entendu parler nie font souvenir qu'il y a toujours des moines dans les bateaux et qu'ils vont toujom's au fond de l'eau. S'ils n'alloient que par terre, ils ne seroient pas sitôt noyés ; au reste, je voudrois que le malheur ne tombât jamais que sur ces capuchons. Le roi a entré dans Paris en carrosse le lundi 12 aoilit, à six heures (lu soir, par la porte Saint-Denis; je l'ai vu moi-même, et j'ai crié vive le roi comme les autres. Il a assez bon visage. l'c/c.
De Paris, le 12aoùl16o8.
LETTRE CCCCLVII. — Ax mèwr.
Nous avons appris ici de ceux qui y étoient l'histoire du vin émétique de Calais : le roi ayant à être purgé, on lui prépara.trois doses d'apozèmes purgatifs, qui étoient chacun <le cinq onces d'eau de casse , et l'infusion de deux dragmes de séné. Le cardinal demanda si l'on n'y meltoit rien d'extraordinaire. Esprit, médecin de M. le duc d'Anjou , dit que l'un y pouvoit ajouter quehpie once de vin éméti(iue ( voyez
A l-.VlJ.O.Nhi. SI"
la hclli! |Ktlili(iur de, notre siôclo ! ) : le inédcciu du prochain luTitier de la couronne, et successeur immédiat, (ulhUn'lur in ronsiUurn pro regc ■, et venenatuin Hihiam andi't prœncriljcrc. S'il en eût été cru , et que le roi fût mort, son maître eût ét<' roi, et lui premier médecin du roi. Mon. sic erat in prhicipio ; autrefois on n'appeloit jamais chez le roi mahide les médecins des princes du sang, pour des raisons politiques très fortes (mais aujourd'hui tout est renversé) (I). Guénaut dit qu'il n'y en falloit donc guère mettre : \velin proposa deu\ dragmes de tablettes (/e cit/v , alléguant qu'elles n'avoientpas tant de chaleur (jue le vin émétique. Guénaut répondit que la chaleur du vin émétique n'étoit point à craindre, vu (\ue l'on en metloit peu; là-dessus Mazarin dit qu'il falloit donc prendre du vin émétique , dont on mit une once dans les trois prises ; le roi en prit une, sauf à lui donner les autres quand il seroit temps : au bout de deux heures le remède passa, et le roi fut ce jourlà à la selle vingt-deux fois , dont il fut fort las. Le soir, la fièvre redoubla plus fort ; la nuit suivante fut fort mauvaise : il fallut le saigner de grand malin , non sans regret d'avoir donné du vin émétique; car s'il en fût arrivé pis, ils n'eussent pas manqué d'en être maltraités. Le roi fut encore saigné deux autres fois, et puis il fallut le repurger, ce que l'on lit avec deux dragmes de séné et de casse délayée, et une once de sirop de chicorée composé de rhubarbe, et il se porta mieux ensuite. Si bien que ce n'est pas la peine de dire cpie le vin éméti{[ue a sauvé le roi, vu qu'il en a pris si peu (lu'il ne se peut moins; et mémo le roi ne voulut point prendre l'autre remède qu'ils ne lui jurassent qu'il ny avoit point de vui émétique, tant il le haïssoit eiicore. Ce (|ui a sauvé le roi a été
(1) Voilà des raisons politiques bien injurieuses pour les princes du sang el leurs médecins. Le cardinal de Relz dit quelque part dans SCS mémoires que les grands et les courtisans payaient cei tains mécins pour leur sii.n;der en secret les gens en place aUoinls de graves maladies cl qui [lourraieuly succomijcr. En vérité, nous n'en sommes pas encore à ces ra(finiuu'nl.> d'inUigucs cl de corruption. (R. P.^
i)0 LKriUh> Dh (.11 l'ATlN
SOI) iniiuceiice, >oii âge tbrt+3l robuste, neuf bonnes saignées et les prières des gens de bien comnic nous, et surtout des courtisans et officiers, qui eussent été fort affligés de sa mort, particulièrement le cardinal Mazarin (l). Le roi d'une part, et la reine de l'autre, vouloient faire cliasser Valot, et l'eussent fait, mais le Mazarin l'a maintenu. Guénaut est ici assez mal content de ce peu qu'on lui a envoyé pour le voyage qu'il a fait à Calais, en la maladie du roi , et a dit que si une autre fois on le mandoit pour aller si loin, qu'il le refuseroit. Le tiers d'une once de vin émétique n'a donc servi qu'à faire babiller le gazetier, suivant sa coutume.
J'apprends que M. le comte de Rebé se porte mieux , mais je n'y vais point. Il a demandé pourquoi je ne le vais point voir, je vous vais dire la raison : on m'a rapporté qu'il disoit (|uc dans le faubourg Saint-Germain on lui avoit promis de lui faire voir un médecin étranger qui savoit guérir de la goutte et de plusieurs autres maladies ; j'attends que celui-là l'ait guéri, et auparavant je n'irai point, s'il ne me mande, l't lui me viendra voir s'il veut.
Pour M. votre fds, je vous avertis qu'il est mieux à Lyon qu'à Paris, où la jeunesse est merveilleusement débauchée. Vous en voulez faire un médecin? Il peut faire sa pliilosoi)hie à Lyon, et après vous nous l'enverrez ici pour la médecine, un an ou deux ans. Si M. votre tils demeure près de vous, vous en serez mieux le maître, sa santé se fortifiera, et il sera plus capable de me croire dans deux ans, si j'y suis encoi-e. Quand il aura ici étudié quelque temps , il faudra le faire passer docteur en peu de temps, et après le retirer près de vous , oii il vous suivra chez les malades , et oîi il apprendra [)lus en trois mois qu'en quatre ans à Montpellier, où j'apprends aussi (jue les jeunes gens sont fort débauchés. J'en ai |ilusieurs exemples, mais j'y prends moins d'intérêt. Étant
(1) J'ai parlé de cet(e maladie du jeune roi et de la vive corilrariélé que le Iraitcnieiit par rantinioinc causa à Gui Patin. Voyez la notice biographique, page XLix. (R.P. )
A 1 AI.CoM.r f)|
il L\uii , [lies (le \(»tis, il [loiii'i'a voii.N i(Mi(iiT bon 'joiuidc de son loisii", et à son aise et à son grand profit : il lira llippocrate, (ialieii, Fernel et Duret. Voilà ce que j'en pense; si vous désirez que l'aHaire aille autrement , vous en êtes le maître, et je suivrai entièrement votre avis.
Si vous retenez M. votre fils à Lyon pour faire sa pliilosophie, tâchez de taire en sorte (|u'il apprenne le grec si heureusement qu'il sache bien sa grammaire, leNouveau-ïeslament, Lucien, Galien et Aristote Dans deux ans il sera plus robuste et plus propre à supporter son premier hiver à Pans, (pii y est extraordinairement rude aux nouveaux venus et aux jeunes gens; et même alors il faudra rei)V()y(!r dès le mois d'août, afin qu'il y passe l'automne et qu'il y soit accoutumé avant que l'hiver vienne : Iwhc^ rpdd scntiorn ; cequi honùptc consules, diversuin forsnn seiifieft Lugduni , tu st hic sis, idifcr sentias. Je vous baise les mains , et suis de tout mon creur votre, etc.
P. S. On dit ici (pie le milord Lockart, gouverneur de Dunkerque, demande à parlementer avec M. le cardinal Mazarin pour la peur qu'il a que les affaires d'Angleterre ne changent, à cause de (juoi il veut s'assurer de la protection de la France pour garder sa place. Le roi d'Angleterre est en Flandre; il n'a pas entrepris de passer en Ecosse, comme l'on disoit, car il n'a ni hommes ni argent, et le roi d'Espagne n'a ni l'un ni l'autre pour l'en assister.
On dit (|ue 3L le maréchal de Grammont , (jui est ici de retour depuis peu de Francfort, s'en va en Angleterre en qualitc; d'ambassadeur extraordinaire. On dit que le nonce du pape demande avec beaucoup d'empressement une audience pour se plaindre du gazetier, qui a fort maltraité notre Saint-Pèi'e le pape en sa pénultième gazette : on dit que cet endroit vient de iVI. Servien, surintendant des finances, et qu'il n'a pas •Ht'; nus là sans ({ueUiue dessein, que la mort de Cromwcll, laipielle survint en ce même temps-là , aura étouli'é.
De l'aris, le 2î ^cplembre IGoS.
92 LEllUES DE ULl l'ATlN
LETTRE CGCGLVllI. — Au même.
Nous avons entiii un premier président au parlement, savoir, M. de Lamoiynon, maître des requêtes, fort' habile, fort savant et de grande réputation. 11 est de bonne famille, tils d'un président au mortier, et n'a que quarante-deux ans. On dit que cette charge ne lui coûte rien , et que le cardinal Mazarin lui a dit lui-même que le président de Novion lui en avoit offert six-vingt mille pistoles qu'il a refusées. N'est-ce pas une merveille qu'un ministre d'État comme lui , qui a pris trente mille écus, en plusieurs articles , d'un charlatan inconnu et ignorant, pour le faire premier médecin du roi, ait relusé une si belle somme pour faire un premier président? S'il est vrai, c'est à cause du grand mérite de celui à qui il donne cette chaige, de même que pour sa naissance et pour sa capacité dans les affaires. Les hommes ne sont pas toujours méchants, ils s'amendent et recomioissent la vertu tôt ou tard; car elle n'est pas en tout temps ce que disoit Brutus, l'ombre de la fortune : même les méchants se lassent de mal faire. Nous avons été ce matin en corps saluer le premier président au nom de notre Faculté. Le doyen lui a porté la parole, et lui a fait une petite harangue en latin , de douze lignes ou environ , à laciuelle il a répondu sur-le-champ en même langue. 11 nous a promis merveilles , plus que nous lui demandions et plus qu'il ne nous tiendra , si du moins il l'ait comme les autres grands, qui ne veulent pas être esclaves de leur parole Tout le monde est fort content de sa promotion ; il y a seulement quelques gens de longue robe qui souhaiteroient qu'il lût un peu plus vieux , puisqu'il sera chef et le plus jeune de la grand'chambre. J'en vois d'autres qui se réjouissent de ce qu'il est dans sou àine janséniste, et qu'il n'a point l'àme moutonnière, servile et tyramiicpie. Il sait les poètes grecs par cœur, Plutarciue, Ciceron et Tacite , (jui ne sont pas des mauvais originaux : il sait aus ^i |)ai' cu'ur la pathologie de
notre Ferncl , (lu'il a autretois lue |)ar mon conseil. M. le cardinal Mazarin lui a rendu visite. Comme M. de Lamoii^non lui disoit qu'il lui avoit beaucoup d'obligations, on dit que iMazarin lui répondit : Monsieur, si le roi eàf /m trouver dans so)i roi/uunte un plus lionnne de bien que vous , il ne vous eut pus donné cette charge. Tous ses amis disent qu'il n'a rien promis ni donné ; mais d'autres parlent autrement , et nomment même deux grandes sommes ; savoir, sa charge de maître des requêtes et six-vingt mille écus d'une autre part, ce que je ne puis croire. Outre (pi'il est lort réglé, il n'est pas assez riche pour donner de telles sommes; car il n'a jamais eu ."'G, 000 livres de rente. On dit que la reine, en parlant de lui , a dit : Voilà l" irrcniH're fois que M. le cardinid a été généreux. Il y eut dernièrement un docteur deSorbonne, janséniste des pUiséchauirés, qui me vint voir. 11 me dit que M. le chancelier leur est fort contraire , et leur l'ait plus de mal que les jésuites mêmes; qu'ils ont trois livres à faire imprimer, et qu'ils n'osent néanmoins l'eiitreprendre. L'un est un journal de leur voyage à Kome , en 1652 , dont ils n'eurent pas grand contentement ; car l'année suivante il vint une bulle qui condamna les cinq propositions prétendues être de .lansénius ,'^ quoique ceux de deçà nient fortement (ju'elles se puissent) trouver dans son livre. Ce fut dans ce voyage qu'un cardinal de leurs amis leur dit qu'un jour le pape Innoceiii X étant en colère contre un moine qui n'avoit pas assez hardiment parlé de sa toute -puissance papeline dans un livre (ju'il avoit fait, dit plaisamment en italien : Je m'étonne fort romnient ce moine est si fat de ne pas relever ma loute-paissanc- , puisqu'il doit savoir que tous les moines ensemble ne sont que nu'S solduts ^ que je suis leur j/remier cupifaine et générul d'armée. Feu M. Servin, avocat-général , qui mourut dans la grand'chambre d'une apoplexie, en faisant des remontrances au roi contre des édits qu'il alloit faire vérifier, disoit quelquefois en raillant cpie les jésuites étoient les janissaires du pape, et les autrt\s moines ses argoulets. Le bon mot du \y,\\M'
a4 t.ETTRES DE Ctl PATIN
Innocent n'a pas été oublié, et a été enchâssé en bon endroit, à ce que me dit le docteur de Sorbonne, qui en sait bien quantité d'autres. Il m'a dit qu'ils ont un autre journal prêt à être mis sous presse , touchant les assemblées qui furent faites en Sorbonne poiu- examiner^le livre de M. A. Arnaujt, il y a deux ans, où trente-huit moines de diverses couleurs eurent séance et voix, ce (jui ht trébucher la balance contre y\. Arnault. Plusieurs bons mots y f'ure;it dits. En voici un (pii m'a toujours plu. Vn janséniste disoit hardiment son avis; nu évêque du parti contraire le voulut interrompre: c'étoit l'évêcjue de Rodez , précepteur du roi. Le docteur lui dit qu'il n'avoit nul droit de l'interrompre, et qu'en cas qu'il parlât mal, cela n'appartenoit qu'à \I. le chancelier ou à M. le doyen qui étoient présents. Cela irrita encore davantage M, l'évêque, qui lui dit : ("est que vous avez nainmé Jmisénius. Le docteur lui répondit : Cel/i. ne vous doit pas déplaire , monsieur; il étoit évêque comme vous et aussi bien que vous. L'évê- ([ue répliqua : (''était un bel évêque! il ne l'a été que dix-huit mois Le docteur lui repartit sur-le-champ : Monsieur, pensezvous à ce que vous dites ? Il est mort les annes à la main dans son évèc/ié ; et s'il est mort Jeune , souvenez-vous que CITO Rap-
TIS EST NE MALITIA MUTARET INTELLECTLM. A qUOi l'évêqUC SG
tut, et tous se mirent à rire, même M. le chancelier ne s'en put pas retenir. Je suis tout à vous.
De Paris, le 11 oclobre 1658.
LETTRE CCCCLIX. - .1// même.
On vient de me dire qu'il court ici un livre en cachette, intitulé De l' infaillibilité du pape. On croit que c'est quehp.ie ouvrage desf jansénistes irrités contre lui, ^pour la bulle de 105.3, et même que le cardinal Mazarin est malcontent de lionic. il cause (|ne'leg|>ape e^f \H)vlr j»oiir le CMrdinnI de llcl/..
et ([u'il il fiiit (Icniiuidor ici par son iionco pourriuoi on rcmprclie (le jouir de son temporel. Je ne pense pas iiéamnoins que le pape nous fasse jamais grand mal , tandis (pie le cardinal Mazarin sera dans le plus haut crédit qu'un ministre «l'Élat puisse jamais être, si ce n'est qu'il nous voulût ôter le carême; en quoi il feroit grand dépit aux poissonniers et vendeurs de marée, ou bien qu'il nous excommuniât; car on dit que lorsqu'un homme est excommunié, il devient iioircomme poivre. Ola me viendroit donc bien à propos , car je cornmence à blanchir ; et si je devenois noir, je croirois rajeunir. M. Amyraut, ministre de Saumur, est ici depuis quelque temps. Il prêcha dimanche dernier à Charenton , avec applaudissements et satisfaction de ceux ([ui l'ouïrent. Vous savez que c'est un fort savant homme et qui a beaucoup ('crii. Il fait une Morale chrôtlemic tlorit nous avons déjà quatre parties, sans ce qui viendra ci-après, car j'apprends qu'il a une santé fort robuste. Il me semble qu'il y a peu d'auteurs qui écrivent mieux (jue lui, ni plus facilement. Tout ce qu'a fait'^ jM. de la Mothe-le-Vayer est beau et bien agréable ; mais il est vieux, et je pense qu'il ne nous donnera plus l'ien.
On imprime un second tome des lettres de M. de Costar. M. Paul Thomas, sieur deGirac, conseiller au présidial d'Angoulême, et intime ami de M. de Balzac, avoit eu querelle contre ce M Costar en défendant Balzac contre Voiture. Il y en a quelque chose d'imprimé. M. de Girac y a répondu et a envoyé ici sa copie. M. Costar, qui en a eu le vent, a présenté requête contre l'impression de ce livre , et a obtenu (pi'il nes'imprimeroit point; même ce qui a été commencé en a été saisi , et néanmoins Balzac vaut mieux que Voiture.
On ne doute plus ici du voyage du roi; tout le monde s'v apprête sérieusement. Les gardes et les Suisses sont partis il y a deux jours. Ils vont premièrement à Dijon , où M. le chancelier s'arrêtera et puis reviendra ici. De la le roi ira ii Lyon , et de là peut-être en Provence et en Languedoc , poiu' v li'onver di"< moseiis de l'aire de l'arycnl.
96 I.ETTRKS DE r,ri PATIN
M.Bouvard, notre collègue, est mort le 25 octobre, âgé (le quatre vingt-six ans (I). Il est mort tout exténué, ex inarcore et senio. Il a été enterré dans Saint-Séverin sans aucune cérémonie. La Faculté n'y a pas été appelée. Il laisse un tils conseiller de la cour, fort riche, et deux tilles veuves, dont Tune est madame Cousinot , et l'autre est veuve de M. Ribier , conseiller des re([uétes du palais , fds de la nièce de M. du Vair, évéque de Lisieux et garde des sceaux.
M. Gaumin , maître des requêtes, irrité contre l'arrêt du parlement qui fit enlever du For-l'Evèque un prisonnier auquel les maîtres des requêtes prélendoient faire le procès pour des faux sceaux , fit, il y a quelques jours, les quatre vers suivants :
Caria conxilium pellil , regcm expulit olim;
PrœsuUbiis pulsis, peUit ab urbe Deuin.
O sine consilio , sine rcge Deoque senatum I
0 sine lege viro< , o sine mente senes!
M. deBroussel , conseiller de la première des enquêtes , fils de ft'lui pour qui un lit les barricades, l'an 1648, y a répondu, p(»ur la défense du |)arlement , de la manière (pii suit :
Curia consiUnmfrenal , regemque reJuxii .
Prœsiilibus missis, plaçai ubique Dnim.
Dum sine consilio hanc , sine regc Deoque nolasli ,
Tu sine fronlc vir es , lu sine7ncnte senex.
Le roi part demain pour Dijon. On dit que dans ce voyage il y aura cent dix carro.sses à six chevaux , sans les clievaux de selle et de bagage. Voilà la cour qui s'en va en vos quartiers ; les nouvelles nous inanqueront dorénavant , ce sera vous qui les aurez; mais il n'importe pourvu que j'aie vus bonnes grâces.
De Paris, le •2'^ octohrc lO.SS.
(i) Voyez les notes 1. Il , p. iW et 2^0.
\ FAICoNKI
LETTRE CCCCLX. — Au
Je ferai à M. votre fils tout ce que je pourrai à cause de vous et de lui; et afin que nous n'ayons point de querelle ensemble , recommandez-lui bien son devoir : il me sera très recommandé, n'en doutez point, c'est assez (ju'il porte votre nom. Je n'ai jamais voulu prendre personne en pension, bien que j'en aie été plusieurs fois prié ; mais je ne puis vous rien refuser. Vous me parlez du prix (l'une pension ; je ne sais ce que c'est, je ne vous demande rien; dites-moi seulement si vous voulez qu'il fasse son cours en i)liilosophie, et quel vin vous voulez qu'il boive; du reste, il sera nourri à notre ordinaire, qui suffira à un étudiant. Pour son étude, j'en aurai soin et vous en avertirai de temps en temps ; à la fin je vous en rendrai bon compte.
Le roi est parti d'ici le -26 pour Dijon ; M. le chancelier est parti le 28. On dit ici que ce voyage du roi est tout politique et mystique : fom grande arccnum (lefef/rf ipsn aies. Le parlement de Dijon a charge de s'assembler de lundi en huit jours, où le roi se rendra. On dit que c'est pour créer une chambre de l'édit et une cour des aides.
Je me recommande à vos bonnes grâces et à mademoiselle Falconet, s'il vous plaît, à laquelle je donne assurance que nous aurons grand soin de son cher fils , pourvu que j'aie sur lui cet avantage qu'il me veuille croire. Ma femme est encore en vendanges, et ne reviendra ici qu'environ le 15 novembre, parce qu'il y a des arbres à couper et du bois à planter. Nous y faisons mettre cette année cent pieds de bons poiriers , dont plus delà moitié sera de bon chrétien d'hiver ; il y en a déjà plus de cinq cents. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 29 octobre lGo8.
1)8 l.LTTRES nK CCI PATIN
l.ETTRK CCGCLXI. - An mnix-.
Le matin 2 novembre, nous avons fait un doyen nouveau: c'est M. Blondel , dont le troupeau antimonial est fort étonné et fort marri. On croit que c'est lui qui est l'auteur de \'Alethoj)IianeA, pièce curieuse, comme vous savez, contre l'antimoine et les principaux antimoniaux, et principalement (iuénaut,des Fougerais, Rainssant, Mauvillain , Hardouin , Saint-Jacques et Tlievart. Il est fort savant et fort zélé pour le bon parti , c'est-à-dire bon Israélite ; mais nous ne man- (juons pas ici d'Égyptiens qui ne cherchent qu'à le traverser.
Je viens de recevoir un petit livre tout nouveau fait par un médecin de Narbonne, nommé Graindorge, contre M. Reslaurand, médecin du pont Saint-Esprit, sur les principes du fœtus (1). Ce M. (rraindorge est un Normand, médecin de M. l'archevêque de Narbonne. Il est homme curieux et spirituel : aussi est-il du pays de sapience.
La république des lettres a fait une grande perte par la mort de M. Lemaistre, fameux avocat , dont on avoit publié in-quarto et in-folio les beaux plaidoyers (2). Il est ici regretté de tous les honnêtes gens, car c'étoit un homme incomparable en verlu , en science , en piété chrétienne et en éloquence, l s'étoit retiré exprès dans le Port-Royal pour y passer le reste de sa vie dans la prati([ue des maximes chrétiennes, qui sont si dilTiciles dans le commerce du monde, comme on vit l^ aujourd'hui. On dit qu'il n'y a que les loyolites qui ne sont pas fâchés de sa mort. Scaliger les appeloit les flatteurs et les ennemis de tout le monde (3).
1) Figulvs exercitalio medicœ de principits fœtus ; auct. R. Reslaurand, Arausianc , lOoT, in-8". — And. Graindorge, Animadv. in figuli exercitat. deprincipibiis fœlus; Narbonne , IGoS , in 8". (R. P.j
(2) Anîoine Lemaistre, né à Paris en 1G08, frère de L. Isaac Lemaistre de Sacy , traducteur de la Bible et parent par sa mère du grand A. Arnauld. (R. P.'
(3) (iui Palin oublic-l-il (^onc qu'il attribue ce mot , et a>ec raison . à l'abbé- de Sainl-C^ran. .lulfiir anonyme du Pcinix Aurelius {\o\. la note t. r, p. 117). ^H. P/
A FALCONET. î)9
Voulez VOUS beaucoup de petites nouvelles eu p» u de mots, en voici : le maréchal de Turenne doit passer son quartier d'hiver en Flandres , et a pillé et brûlé une petite ville à cin([ lieues de Bruxelles , nommée Ninove , pays du fameux grammairien Jean Despautère, dont voici Tépitaplie :
(iammaticam scivit, midlus docuitqne per aunos. Declinore tamen non poluil htvudtini.
Le président de Tliou , ambassadeur en Hollande , a déclaré de la part du roi à MM. les États, que s'ils donnoieiit Maestricht aux Espagnols en échange de Dunkerque et lU- Nieuport , il leur déclaroit la guerre La reine de Suède vil comme une sainte h Rome. Elle fait au rebours du vieux dicton : Vivere qui cupitis sancte , cliscedife Homo. Le bâcha d'Alep s'est révolté contre le grand Turc. Cela fera gi'and bien aux Vénitiens et aux Allemands, qui auront ainsi moins de forces à soutenir.
J'ai reçu les livres de Guernerus Uolliiigius, que vous m'avez envoyés. Si cet homme ne sait de pratique que ce qui paroît en ses écrits, il fera bien de ne pas venir à Paris. Je dirois volontiers de lui ce que M. Saumaise a dit de notre M. de Gorris, dans ses Exercitations sui- Pline (l): .SV i,i turandis ie(jns ni/iil plus videt , rtr ii/isc/'is.
(1) Il est évident que Saumaise el Gui Palin ne parlent poiisl ici de Jean de Gorris, le savant auteur de l'ouvrage, Dcfinilionum medicarum , libri XXIV ; accesscnmt yicandri theriaca et alexlplmrmaca : Hippocratis^ de rjendura ; de natuia puerl ; jusjurandian , de arle , de prisca medicinu, de medico, formulœ remedioruin ; aucl. 1*. Gorraeo pâtre, Parisiis, loG4, in-4"; médecin qui lut exclu dc .isa compagnie comme protestant , et pensa être massacré pendant la Saint-IJarlhélcmi dont il conserva toute sa vie un effroyable souvenir, mais de son petitfils, Jean de Gorris, un des médecins de Louis XTIî. Ce dernier a travaillé pendant vingt ans ;i comp!ét<r Touvrage de son aïeul, qu'il a augmenté à peu près de !a nioilié de Eéfin lions de médecine, dans 1% dilion qu'il a publiée. l'aris, 1C22, in-fol. (lî. 1»/
La postérité se passera aisément de mes écrits : aussi u'ai-je pas beaucoup d'envie d'en laisser. Il n'y a que deux sortes de gens qui écrivent , les sages et les fous , et je me connois pour n'être ni l'un ni l'autre. De plus , la vie que nous menons à Paris est trop agitée ; l'exercice de notre profession nous ôte cette tranquillité qu'il faut avoir quand on veut écrire pour l'éternité. J'ai toujours dans l'esprit le passage de l'histoire du président de Tliou où il est parlé à' Antoine de liiclielieu , appelé vulgairement le Moine ^ qui a coûté la vie à son pelitfils. 11 eût bien mieux valu ne pas écrire. Que sait-on si dans quelques siècles il ne se trouveroit pas quelque tyran qui lanceroit son foudre sur ma famille, de chagrin que j'aurois écrit quelque vérité de ses ancêtres (1)? On n'eût pas coupé la tête à M. de Tliou , si le cardinal de Richelieu n'eût cherché l'occasion de se venger sur le petit-lils de ce qu'avoit écrit le grand-père. Je passe tranquillement les après-soupers avec mes deux illustres voisins , M. flliron , président aux enquêtes, et M. Charpentier, conseiller aux requêtes, qui ont grand soin chaque soir de m'envoyer quérir. On nous appelle les trois docteurs du ([uartier. Notre conversation est toujours gaie. Si nous parlons de la religion ou de l'État , ce n'est qu'historiquement, sans songer à réformation ou à sédition. Nous nous disons les uns aux autres les choses à peu près comme elles sont. Notre principal entretien regarde les lettres, ce qui s'y passe de nouveau , de considérable et d'utile. L'esprit ainsi délassé, je retourne à ma maison , où après quel- (pie entretien avec mes livres, ou quelque consultation pressée , je vais chercher le sommeil dans mon lit, qui est, sans mentir, comme a dit notre grand Fernel après Sénèque le trai^i(pu3, jHirs hidiiurui' melior vitœ. Je soupe peu de fois hors de
(1) 11 est certain que si Ton eût connu de bonne lieure les iellrcà de Gui Patin , sa verve de médisance , de sarcasme , d'ironie , et , il faut le dire, de vérité, sur certains points , sa famille aurait pu en souffrir. Et qui sait si Texil de son fil-i fjiarles ne venail pas de quelque indiscrétion à eel ép,ard '.' (R'I'O
la maison , encore n'est-ce guère qu'avee M. de Lanioiyiion , premier président. Il m'aflectionne il y a longtemps; et comme je l'estime pour le plus sage et le plus savant magistrat du royaume, j'ai pour lui une vénération particulière, sans envisager sa grandeur.
Je ferai venir de Hollande le livre de Maresius , touchant la papesse Jeanne. Les habiles gens croient ici qu'il n'y a jamais eu de papesse. David Blondel , Scaliger, Calvin , Chamier, Dumoulin et plusieurs autres grands personnages , ont été de cet avis, qui fait plutôt une controverse en histoire qu'en religion. Ce Maresius est un Picard bilieux , fort échauffé contre Voètius et M. de Courcelles.
On imprime la censure de Sorbonne contre les jésuites, et. leur Apologie pour les casuistes contre les calomnies des jansénistes (l). Je suis bien heureux d'être médecin, et ainsi de n'être point engagé dans aucun de ces partis. Les monies ont trop d'ambition et trompent trop souvent le monde par des grimaces. Il y en a pourtant de bons parmi eux , mais nous^ n'en voyons que trop de mauvais. Je suis, etc.
De Paris , le 8 novembre I608.
LETTRE CCCCXLXII. -- Au nahar.
. Je vous dirai que depuis ma dernière, qui fut du vendredi 8 de novembre, un de nos jeunes docteurs, nommé Douté, a fait imprimer un petit traité in-4" de 50 pages duSilphiiun^ ou suc cyrénaïque de Galien , contre un docteur de la nation antimoniale, qui n'est ni savant ni honnête honnue, mais Manceau. Pour la censure de Sorbonne, elle vaut toujours mieux <[ue rien. Il est vrai qu'elle est foible, et que
La noire et forte machine
Qui tend ses bras Jiiscurà la Cliine .2)
(1. Par le P. Pirol; Paris, 1637; in-4".
r2.) Vers de Saiul-Amand, ((j- P-)
a inerveilleusenieiit du crédit à la cour ; mais néanmoins ces bons pèi'os ont aussi beaucoup d'ennemis , et quelque malice qu'il y ait dans le siècle, il faut pourtant avouer qu'il reste encore d'honnêtes gens. On dit ici que cinq évêquesde Languedoc ont tout nouvellement censuré cette Apologie des Jésuites pour les casuistes, faite par lepèrePirot, Breton. Les jésuites sont en grosse colère de toutes ces censures , et jettent feu et flamme contre M. Masure, docteur de Sorbonne et curé de Saint-Paul, qui est leur grand et puissant adversaire, qui a pressé la censure de Sorbonne. Ils disent qu'il veut être évèqne, mais qu'ils s'y opposeront et qu'ils empêcheront ses bulles à Home. Voyez comment voilà de bons chrétiens, bien fournis de charité apostolique, et comment ces gens-là pardonnent bien à leurs ennemis , selon le précepte de l'Evangile. Le Grand-Seigneur a fait emprisonner et étrangler son grand-vizir, et a fait arrêter la sultane sa mère. On dit que ce jeune prince a de grands desseins, et que ce sera un second Soliman s'il vit. M. de la Haye, notre ambassadeur, y a des gardes, et son fds , qui lui devoit succéder dans l'ambassade de Constantinople , y est prisonnier.
M. le président de Mesme a perdu son second fds , âgé de vingt-quatre ans, qui avoit deux abbayes de cinq mille écus de rente, d'une fièvre continue, dans laquelle Guénautlui avoit fait prendre trois fois du vin émétique, ([ui lui a donné un rude assoupissement (jui l'a conduit au tombeau. Voilà les bénédictions antimoniales, en suite de ce que la Gazette a prêché de l'excellence du vin émétique ; et voilà le président de Mesme récompensé de la fourbe qu'il me fit, l'an 1653, au procès de Jean Chartier, à la recommandation deGuénaut, qui avoit peur pour son antimoine, si Chartier eût perdu son procès, comme il le devoit perdre. Il n'a pas pourtant laissé de le perdre; car son malheureux libelle a été désavoué et condamné de tout le monde , et lui fort blâmé et méprisé d'un si chétif ouvrage, duquel même on dit qu'il n'est pas l'auteur, mais qu'il a seulement prêté son nom à Davisson , qui
étoit un iiialheuieux cliiniiste écossois et cocu, qui a quitté Paris de peur d'y mourir de faim, et est allé eu Pologne, j)ensant y faire fortune, où il est mort gueux.
Enseignez-moi dansquels livres jepourrois trouver la description de ces pilules si fameuses qu'on appelle de Francfort, pilules que je crois n'être autre chose que de l'aloès nourri et lavé dans l'eau de violette par plusieurs fois. Je sais bien que les Allemands en font un grand secret, mais je ne suis pas de leur avis ; car, à tout prendre et à bien comj)ter, l'aloès est un chétif et méchant remède qui dessèche le foie, l'échauffé et le dispose à l'hydropisie, outre qu'il ouvre les veines du siège et fait venir les hémorrhoïdes (1). J'aime mieux le séné et le sirop de roses pâles. Je suis, etc.
De Paris, le 3 décembre 1638. - .
LETTHL CCCCIAllI. - .\/< ///.'/y/r.
J'ai ce matin consulté avec M. Piètre , qui m'a fait voir une lettre que M. C.arnier lui a écrite, où, entre autres , il dit (|ue \e cames arcJiialron (-2) a vu mademoiselle Falconnet et son genou malade, où il a fort parlé de tartre coagulé : sunt verba ctvoces qulbusincuhuisse vùletur, ut incautos deciperet. Ce galimatias , qui lui est commun et usité , est propre au pays de la cour, où il a à vivre : nhi est asimis inter simias , comme Joseph Scaliger disoit de M. du Perron , qui entretenoit avec grande admiration les dames de la cour du temps de Henri III, dix ans avant qu'il fût cardinal, pour paroître savant devant elles, de levi et gravi , de ente mctaphijsicu , etc. Mais, à cela près, je voudrois qu'avec son babil il vous eût mis hors de peine, et que mademoiselle Falconnet fût bien guérie. Scali-
(1) Remarque parfaitement juste. Ce qui n'empêche pas les charlatans de nos jours de vendre en toute liberté des pilules purgatives en grande partie composées d'aloés de mauvais chois. (R. P.)
(2) Il s'agit de Valut . médecin du roi. et (|ui était à Lyon.
104 LETTRHS DE i,ll l'ATlN
ger le nèro en veut fort à un certain médecin de son temps qui prenoit cette qualité de routes nrc/iiafron , qui étoit un nommé Simpli. Champier, médecin de Lyon , du temps de Charles VIII et du bon roi Louis XII, et qui, du temps du grand roi François P% quitta Lyon pour s'en aller à Nancy, y être médecin du duc de Lorraine. Ce Champier a beaucoup écrit (quoi qu'en dise Scaliger avec son ambition), et pourroit dire de soi-même ce que le poëte Ausone a fait dire à son père :
El mca si nasses tcmpora. priinus cram.
Mais c'est que Scaliger lui en vuuloit , comme depuis il en a voulu à Erasme et à Cardan, (pii étoient d'excellents hommes en leur sorte; voici donc ce que Scaliger dit de Champier : Camperius , quis ille sit si petit quisquam , respondeo , sed ScŒvolœ modo, paucis : Ardeliomirus, insolens, tumens, turgens, titulo arc/datri , quod Deus sit ntrorum , nam candidœ illœ mentis huud tenet micam, sed falsorius incidusque , Ineptusque , etc. Ne voilà pas un homme bien décrit? et néanmoins ce Champier valoit cent fois mieux que ce cornes orcJtio.trou d'aujourd'hui, quinihil estoliud quam ifjnnri/s et ineplus, ne- Indo , mofjnus ogyrta , qui fait Tentendu par l'autorité que lui donne sa charge , et dans laquelle il n'est entré que par une grande porte dorée. Je n'en dirai point davantage pour le présent, in'patientia possidebo animam meam , donec transeut iniquités et immutatio veniat. Unicuique suum non ingrata rependet posteritas. Il importe mieux aux gens de bien que l'on sache quels ont été ces trois hommes, Héroard, Vautier et celui ci, et comment on choisit des médecins à la cour.
Il y en a ici qui disent que le roi passera les fêtes à Lyon , et que le duc de Savoie n'a été que peu de jours à la cour, et qu'il s'en est retourné bientôt à Turin. Je vous envoie deux autres lettres avec celles-ci , lesquelles vous aur(jient pu être envoyées dès l'ordinaire passé, mais je les retins sur l'espé-
A rALCd.M:!. 105
raiicc ([lie j'avuis d'avoir liici' de vos nouvelles; nt-aniiioiiis je vous avertis que nous n'eu avons point d'impatience, ce sera tout à votre commodité. Notre écolier (l), votre fils, est en bonne santé et va gaiement enclasse , où tous les jours il dispute, et est toujours interrogé de son régent, qui m'a bien promis de lui donner de l'exercice et ne le point laisser en repos.
Nous ne vous écrirons plus dorénavant ([ue quand nous serons pressés; faites-en de même, s'il vous plaît, et ne vous mettez point en peine de nous. 11 fait bien froid, mais nous avons du bois pour nous chauffer, joint qu'il fait chaud dans mon étude, et nous éludions toute la soirée tète à tète jusqu'à l'heure du souper, et par après nous causons auprès du feu de quelque matière agréable, physique, historique ou politique. Notre Carolus nous conte toujours quelque chose de curieux; il aime l'antiquité, et nous en entretient gaiement , si bien que nous allons souvent nous coucher une heure plus tard que nous n'avions résolu. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, ce 10 décembre 16o8.
LETTRE CCGCLXIV. — Au mrmc.
Votre lettre du 19 décembre m'a ravi : je vous en remercie de tout mon cœur; je n'ai pas moins de joie quand je reçois les vôtres que vous avez pour les miennes, et je vous écrirois plus souvent si j'avois quelque chose digne de vous être mandé. Dieu sauve le cornes arcinatron , s'il a de quoi; nous le connaissons bien de deçà, et savons bien, qiuan sit illi curta supellex prœter garrulilatem nativam et artes aulims quarum copia et robore pollet. Je sais bien le mérite de Sympliorien Champier, et l'ai souvent loue, même publiquement,
,1) Noël Falcoiicl, '
106 LETTRES DE GI'I rA'TIX
et en mes explications et en mes leçons; mais je voudroisbien savoir en quel an il est mort et en quel lieu , car je crois qu'il quitta Lyon pour s'en aller en Lorraine, où il tut urchiafros , et me semble avoir lu quelque part qu'il mourut l'an 1535(1). C'étoitdu temps de Tagault, de Sylvius, de Martin Akakia : Brissot étoit mort en l'an 1522, et Fernel étoit encore en berbe, au moins, comme on dit, fendoit-il du bois, se préparant pour être le premier médecin de son temps, et peut-être le plus grand qui sera jamais ; il enseignoit alors dans nos écoles. Sa Physiologie ne fut imprimée que trois ans après, savoir, l'an 1538; mais ses Mathématiques l'avoient été dès l'an 1528. N'y a-t-il pas moyen de faire un beau parallèle entre Fernel et le cor/ies /ire/iiafron d'aujourd'hui , que vous n'aurez plus guère à Lyon , ou , au lieu de Fernel , mettons-y ceux qui ont suivi, savoir, Joannes Capellanus, Varade, 3Iarc Miron , Nicolas-le-Grand, André du Laurens, M. Bouvard, M. Cousinot, son gendre, M. Séguin, et autres : mais non eadem est œtos , intervenerunt Eutropii et Ruffini : il faut céder au temps, qui est le grand maître des bonnes choses. Ces élites de grands hommes ne sont plus de saison; il ne faut plus que de l'argent. Bien que ce siècle soit de fer, on ne veut que de l'or : mireo nunc vers suttf sccu/a , plurimus nuro venit /mtos. Celui d'aujourd'hui en sait bien des nouvelles ; on lui en a bien fait trouver malgré lui , et peut-être à son dam , quelque mine qu'il fasse. Ce temps-là est passé de Fernel , de Burgensis , Bouvard , Séguin , Cousinot et autres, ffœc fuerant suh rege Niona, sub consule Bruto. Il y avoit encore en ce temps-là parmi les hommes quelque res-
(1) Symphorien Champier naquit en 1472 à Saint -Saphorin-le- Châleau , près de Lyon. Il acquit de la réputation par de nombreux écrits sur des sujets très variés ; toutefois il fut amèrement critiqué par des hommes de mérite. Hallcr en porte ce jugement aussi précis que vrai : JSon indoctus homo , polygrajihus et coUeclor , semibarbarus tamen. On n'est pas d'accord sur l'époque de sa mort ; les uns disent que oe fut en lo3o . d'autres en 1539 ou 1540. (R. P.'
A rALCONET. 107
pect d'équité et de vertu : nondum barbunco pollutus semi'ne snnfjiiis ronsjmrcnreraf Gnllinm nosfi'ani , etc. Je viens d'apprendre qu'il y a du bruit en Normandie et autres provinces , et que les portes de Rouen sont fermées. Je vous baise les mains de toute mon affection et à mademoiselle Falconet. Xatalis valet , studef , amhulat dicbvs festls; il apprend Paris, et autres choses paredlement. Je suis, de tout mon cœur, votre , etc.
De Paris, le 27 décembre I608.
LETTRE CCCCLXV. — Au même.
Je vous donne le bon jour à ce commencement d'année, et je vous dirai que (ce i janvier 1659) ce matin, j'ai rencontré dans nos écoles un homme qui m'a fait vos recommandations ; il s'appelle M. Jérôme Colot. Lithotomus expertus et perilus, sed nondum tuntie famœ quantum voluisset. Il m'a dit que vous lui aviez fait tailler plusieurs malades, et m'a témoigné qu'il vous avoit bien de l'obligation , que vous avez bu à ma santé, et que vous lui aviez fait voir, en présence de M. Guillemin et de quebjues autres médecins, la lettre que je vous avois écrite sur le vin émétique et sur la guérison du roi , le mois d'août dernier. 11 m'a dit qu'il demeuroit dans la rue Saint-Honoré, chez M. Maurice , parfumeur, vis-à-vis l'hôtel de Schomberg. S'il se présente occasion, je le servirai très volontiers à cause de vous. Guénaut, avec deux autres médecins et trois chirurgiens, sont enfermés à Saint-Maur, à deux lieues d'ici (c'est oîi Rabelais étoit moine vers l'an 1532, et où il a fait les deux premiers livres de son Pantagruélisme). Excusez cette parenthèse ; Je ne l'y ai mise que pour l'omour du personnage , qui valoit bien tout seul trois douzaines de moines. Ces Esculapes et ces Ghirons sont à l'entour du prince de Gonti, qui y est fort malade : c'est un homme qui est bien incommodé en sa
posture , et iiui est infailliblement en danger de sa persoinie , si laboret aliquo aculo morbo.
On dit ici que personne ne sait quand le roi sortira de Lyon , et que plusieurs affaires qui ne sont pas conclues , comme celles de Dijon , de Marseille, des Etats du Languedoc, empêchent que l'on ne sache le jour de son départ : outre les affaires d'Italie, et même peut-être quelque secret traité en Espagne, il reviendra de deçà quand il voudra, il est le grand maître à notre égard , mais il en a encore un plus grand que lui : Ilegum ti/nendornm in proprios gregcs , Jtcges in ipsos itiijK'riian est Jocis , Clori giganfeo friionp/io, cnncta superciliu movcniis , à ce que dit le bonhomme Horace.
Il est ici force malades de fièvres continues, d'inflammations de poumon, rhumatismes sur la poitrine, avec mal de côté et crachement de sang. La fréquente saignée les soulage fort, mais ce n'est point du sang qu'on leur tire , ce n'est que de la boue, et encore (iuel([ue chose de pis : miseriim tabum , qui est capable de tout miner et de tout perdre par la gangrène qu'il peut mettre dans le poumon et même dans le cœur. Dicitur quoqiie Eminenfiss. pwpuratus 'jwdagra laborarc cum febre. Il n'est point temps pour nous qu'il meure, car je pense que nos affaires sont bien brouillées. Quelques uns disent ici que les Espagnols traitent d'un accord avec les Ânglois , qui est ce que je n'entends point.
Natalis carissimus liais filins valet ac studet ; il trouve fort belles les églises de Paris , et entre autres Saint-Germainl'Auxerrois, Saint-Paul et les Minimes de la place Royale, où il fut k vêpres le premier jour de janvier. Les fêtes qu'il est ici avec moi, il met toujours quelque chose dans le cahier. Je lui ai parlé de certains écrits que j'ai céans, de quibus inovi salivnm , et lui ai fait espérer que je les lui prêterais quelque jour; dès le lendemain qu'il étoit fête, il m'en parla et me les demanda , sur quoi je lui répondis ce que le Messie dit à ses apôtres , qui le pressoient de la fin du monde et de ce grand jugement universel (|ui les étonnoit , et non sans
A FAr.f.ONET. 109
causf , car cela sera bien terrible, /lahcn (ullnir nuilia mhis dircre y scd nen potestis porlarc : il ne se fiiciia point de mon refus. Je les lui prêterai (jnelque jour quand il sera ])lus avancé et quand il en sera plus capable : ce sont des cahiers historiques et politiques dans lesquels il y a bien des particularités dont il ne pourroit encore faire son profit, .le lui ai promis de lui faire apprendre l'histoire, et que mon second fils, qui est Carolus, lui apprendra la géographie. 11 le va quelquefois voir en sa maison rue Saint-Antoine , et n'en revient qu'avec joie; il dit qu'il y voit toujours ([uelque chose de beau ; il y a un cabinet fort curieux où il y a quelques tableaux et force médailles. Je l'ai quelquefois entretenu des événements tragiques de notre histoire, de la mort des rois Henri II, Henri IH , Henri IV ; de la mort des deux Guisars, à Blois, en 1588 ; du maréchal de Biron, du marquis d'Ancre, que je lui ai fait lire près de moi dans nos historiens. Il dit que ce Jacques Clément et Ravaillac , qui tuèrent Henri IH et Henri IV (que je lui dis avoir été de fort bons rois], étoient de méchants coquins, et tout cela se fait sans préjudice de ses études ; c'est souvent après souper auprès du feu en nous chauffant. Il a bien envie de s'aller promener en notre maison de Gormeille , mais il ne fait pas beau ; il ira à Pâques avec ma femme , et y verra tous nos arbres fieuris; nous y avons cinq cents petits poiriers, sans les pruniers , pêchers, abricotiers, mûriers et figuiers, et y retournera à la Saint-Jean, où il verra deux cents cerisiers chargés de bonnes cerises bien mûres. J'avois bien envie de vous y mener il y a tantôt trois ans , mais vous eûtes ici trop d'affaires : il en fera la revue à votre place. Notre maison est tout joignant la montagne , sur laquelle nous avons un moulin à vent du haut duf[uel on voit le grand clocher de notre ville de Beauvais. Nous lui montrerons tout cela , et lui ferons apprentire toute la topogropliu' des environs et de la banlieue de Paris. Mais j'ai peur de vous ennuyer; je vous baise les mains et à madame sa mère, à M.M. Gérard et ;\licliel. Nous savons bien que M. le premier
lié LETTRES DE GLI PATIX
président de Dijon n'est qu'à Vienne. -.SV quid pia vota vole vent, je prierois Dieu pour ce brave magistrat, qui combat si généreusement pour son pays , et. qui en défend les droits et les privilèges avec tant de constance. Il y en a ici qui disent que le roi sera dans Paris avant le 25 de ce mois , sed hoc in moniùus Deorum est repositum , il n'y a que Dieu qui sache l'avenir ; néanmoins l'opinion commune est que ceux du conseil du roi ont bien fait de ne point pousser avant l'affaire de Dijon , de peur d'en exciter de mauvaises suites , tant en cette province qu'en d'autres qui auroietit pu remuer, et prendre de là occasion de troubler la bonace qui est aujourd'hui dans le royaume.
Il y a ici un conseiller de la grand'chambre , nommé M. Quelin , qui est fort malade d'une ascife , ce qui lui sera un meritiis morbus , car toute sa vie il a été débauché , rf j)essime audit in mogna illa caméra , ebrietatis , cornmemttionum , compotationum et multotnim scelerum nomine,jitris siamni prœtextii fucatorwn. Virgile dit de la bonne femme Diduii , sur la fin du quatrième de l'Enéide :
Nam quia nec fatn, mérita nec morte perihat , Sed misera ante dieiii.
Si celui-ci passe au royaume des morts avec son hydropisie, tous les trois lui aideront bien, car il est assez âgé, et n'a guère moins de soixante-six ans. Toute sa vie il a été débauché et mérite bien le mal qu'il a; mais il n'est pas riche, ayant pour ses malversations été toujours suspect à messieurs les présidents , qui ne lui ont jamais guère distribué de procès , qu'il n'y ait été fort éclairé, de peur qu'il n'y fit quelque fourberie. Deus te servef , tuauique familiaai. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris , le 3 janvier 1639.
A FALC.ONF.T. 111
LETTRE CCCCLXM. — .1/^ même.
M. le surintendant est arrivé , mais on ne dit rien encore de la paix ; on attend M. le Prince à Coulommiers, en Brie , chez M. de Longueville. Les députés des deux rois du Nord sont assemblés pour faire un accord entre eux ; encore dit-on que le roi de Suède n'en veut point, tant il est lier. Les troubles continuent en Angleterre , et dureront encore pour la diversité des partis qui ne veulent point céder les uns aux autres : ceux d'Ecosse ont fait un parlement pour eux. Dans Londres, il y a un parti contre Lambert, et ils ne veulent plus de parlement en Angleterre ; quelques uns disent qu'il y a intelligence là-dedans pour le roi , mais cela est bien suspect , il y a grande apparence que non (l). Plusieurs officiers de M. le Prince sont parlisd'iciaujourd'hui, ce 5 janvier, pourse rendre à Coulommiers et pour l'y saluer, d'autant qu'il est attendu. G'étoit hier que l'on devoit remettre Hesdin au service du roi.
Le marquis de Rostain mourut hier ici âgé de quatre-vingtsept ans; il est père du comte de Bury, et gendre du chancelier de Chiverny, qui mourut il y a soixante-deux ans.
Je parlerai derechef à M. le premier président de vos statuts, dès qu'il m'enverra inviter à souper, en attendant que vous pressiez l'affaire , et que votre procureur parle à moi ; et je vous promets que je le presserai tant qu'il me sera possible, en gardant toujours la bienséance due à une majesté présidentale. Je lui ferai entench-e des raisons pour les collèges particuliers des bonnes villes, contre l'abus des universités, quannn iinlla esf que non peccet (jruviter; de la notre aussi , hic et alibi vend if ur piper, homines summ , il n'est point de farine qui n'ait du son. Messieurs de la chambre en feront ce
(1) Il ne faut point oublier que Cromwcll était mort depuis quatre mois à peine , et que son fils Richard était incapable de lui succéder : tout se préparait donc pour la restauration des .Stuaris. H. P.'
112 LETTRES DE cri PATIN
qu'ils voudront , mais il y a bien îles raisons qui los y devroient induire.
Noël Falconet a cherché son oncle pour lui rendre vulre lettre , il ne l'a pu trouver. Ge frère vôtre, de l'humeur qu'il est, devroit être l'aumônier du comte de Rebé; ces deux liommes fricasseroient bien ensemble le chausse-pied, et mangeroienl bien sans scrupule le petit cochon qui auroit cuit dans le lait de sa mère.
Notre Falconet, votre lîls, n'étudie pas tant que je vuudrois ; mais je le voudrois peut-être trop. De plus nous avons un froid épouvantable , fort ennemi des muses et de notre philosophie, car il nous fait perdre patience. Je parlerai pourtant à M. le Sanier de l'acte public , et je vous manderai ce que nous en aurons résolu. Si moi et mes enfants l'e-xcitons à étudier par bon exemple , je vous assure que ma femme l'excite aussi souvent par de bons préceptes. J'ai bonne opinion de ses études.
Quand ceux de deçà demandent des nouvelles de la publication de la paix , on leur répond qu'il faut attendre que la ratification vienne d'Espagne.
Je n'ai encore rien vu qui vaille sur la paix , pour en donner avis h M. Barbier. Toutes ces étrennes ne nous ont produit aucun livre nouveau ; je pense que les arts sont aussi morfondus que la saison. Feu M. Bignon, tivocat-général, parlant dans la grand'chambre sur un procès que les cordeliers avoient entre eux , dit que ces bons pères avoient bien froid aux pieds , mais qu'en récompense ils avoient la tête bien échauffée , de s'entre-dire de grosses injures et de s'entre- manger comme ils faisoient.
Aujourd'hui au matin , ce 27 de janvier, nos avocats ont continué de plaider contre nos chirurgiens-barbiers. Le nôtre, nommé Chenuot, a tout-à-fait achevé, par une fort belle récapitulation de tous nos droits et nos griefs contre cette misérable engeance. L'avocat de l'université, nomméM. Mareschaux, intervenant pour nous, a aussi parh'' et achevé. ITau-
A lAl.r.ONRT. " llîi
joiird'Iuli o\\ liuit jours; Piuît'llc [jiulei'a pour los cliirni'gieiisbai'biors ; il s'est vaiitô (|u'il dira (]ii'autror()is à P«omfi il n'y avoit point de médecins. Il osl vrai que l'on en chassa un certain (ircc Archagatus , à ce que dit Pline , />ro/>fer sœvifiam ui'cndi H !<ec(m(}l ; mais en ce cas-là il ressembloitbien mieux à un chirurgien (ju'à un médecin. Ni-anmoins il a dit à (piel- (jues uns de ces chirurgiens (ju'ils perdroient leur procès. Tout ce (|ue nous demandons ncst qu'un règlement de police poiu' (M)ntenir ces glorieux otiiciers de la médecine, et qu'ils se souviennent ipi'ils sont iiii/i/stri iif/is, obligés à l'econnoitre une supériorité de \d part de notre faculté , qui les a élevés , enseignés et conservés. Mais la fréquente saignée et la (lirt^ .s'///j//i///.N(leFracastor les ont rendus glorieux , insolents et insupportables
Madame Fouquet est encore malade à ce ([u'on dit; si son mari n'eût fait ce voyage k la cour, il étoit désarçonné , M. Hervart l'avoit supplanté. L'évêque de Gahors est mort ; M. Sevin, son coadjuteur, est dorénavant évè(|ue. Il fait ici un froid horrible et perçant , lequel tue cruellement les vieilles gens et les pulmoni(|iu^s, tabiques, hectiques, etinmch.' repeufe itiferc/mf , ils meurent en cachette ; c'est comme ['eu M. Piètre expliquoit ces mots d'Hippocrate, Xc.Qoaiw; àn-oôvv;axo-J7! , quod lis ut pbirimnvi rouf rugit , fjui Inboronf prcwa aliqufi diathcsi, idot:r(\ roùiicn, eut insifpii ohstriictionc hpiniim ortfriarnni pulmon is.
M. le Sanier exerce ses écoliers tant qu'il i)eut, en leçons . disputes et l'épétitions ; mais outre cela il faut encore un répétiteur particulier à \oel Falconet, s'il veut répondre publicpiemenl de toute la philosophie. M. le Sanier dit (pi'il faut quatre pisloles poiu' ce répélitHur, (jui prendra le soin, avec (juelques autres écolieis, pour les exercer oisemble. Je sais bien que ce n'est pas grand'chose , mais néanmoins j'ai ci'U (pi'il vous eu lalloit avertir; ridi' cf jndico.
On a ici dt'coiivt'i I une niai.MUi. prrs {\i' la piare M;iid>eil , lU. <S
1 H I.ETTKES DE GLl PATIN
OÙ l'on taisoit de la fausse iiioiiiioie; le maître s'est sauve, les autres y sont pris, ou eu pendra demain quelques uns. Toute la rivière est iii tort gelée; il y a de certains endroits où quelques uns l'ont passée à pied.
Obligez-moi dédire à uotre cher et véritable ami , M. Spon, que je lui souhaite bon jour et bon an , que je suis son très humble et obéissant serviteur, et à madame Falcouet pareillement.
Le prince de (îondé est j)arti ce n)atin de Coulomniiers pour s'en aller en poste à Lyon, si bien qui! y potu'ra arriver en même temps que la présente. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le 9 janvier 1639.
LETTRE CGCGLXVIL — Au même.
Je vous dirai premièrement que, revenant hiei' de nos écoles , où j'avois disputé en mou rang , qui ue vient plus que de deux en deux ans, a cause que je suis des anciens (il en faut laisser le métier aux autres, qui ont de meilleures dents), et où j'avois secoué l'opinion de Vésale et de notre bon ami Gaspard Hofmann, qui ont tenu que, lien erat viscus hœmotopoetician, -2' j'envoyai quérir à la douane le ballot que vous m'aviez adressé dès le mois passé, dans lequel nous avons trouvé trois douzaines de fromages, dont nous en avons envoyé une à M. le Sanier; des deux autres je vous en remercie, comme aussi du paquet de marrons que nous avons trouvé. Je me tiendrois assez heureux d'être en vos bonnes grâces, sans aucun autre présent.
On dit ici que la reine d'Espagne est accouchée d'un second liis. et (pie cette nouvelle est fort bonne pour toute la France, par l'espérance qu'elle nous domie de la paix , si le l'oi
A lAl.CO.NET. 1 IT)
épouse l'iiitante (l'Espagne, à (jnoi W. loi el la iciiie oui, a ft' ([u'on (lit, grande inclination, /fiii/i'n/tf (anici sn/o inirpurulii podayi-ici) al flnf(i(jri(i).
Serl nil jjofrono porrii/U , lufc chiragra eut.
Laniei's'est débordée en Hollande, vers Dordrecht, où elle a submergé trente-trois villages et 25,000 arpents de lei-re; ce pays-là est fort sujet à de telles inondations, à cause que la mer y est plus haute que la terre; elle y a fait autrefois du pareils ravages, et mémo de bien plus grands, entre autres environ l'an 1533, où il y eut quelques villes tout entières de submergées, dont on voit encore les bouts des clochers sur la mer, où il fait dangereux passer. Le roi de Pologne a repiis l'horn , en la Prusse, du -24 décend)re, (pie le roi de Sutnle lui avoit prise il y a trois ans.
Le parlement a été aujourd'hui assemblé touchant les lils et les gendres des partisans, savoir, s'ils y seront reçus conseillers. M. l'avocat-général Talon a fortement opiné pour la déclaration de l'an 1648, par laquelle ils sont exclus de c(?s dignités : il étoit déjà une heure sonnée, c'est pourquoi on a remis la délibération a mardi prochain. On dit qu'il y a neutralité accordée entre l'Espagne et l'Angleterre ; cpie le parlement de Dijon est interdit; (jue l'on envoie des gens de guerre en Bourgogne pour punir ce pauvre pays; que les députés de Marseille sont de retour à Lyon , mais l'on ne dit point quand le roi partira de Lyon; pour l'evenir de deçà, ce sera quand il plaira à Dieu. Je vous baise les mains de tout mon (Mx'ur, et rt madame Falconet , et vous prie de croire qu(! je serai toute ma vie votre, etc.
Ue l'aris , le iSjaiwuT 13.oy.
116 Î.ETTRI^^ ni- Gl'l Î'ATIX
LETTRE CCCCIAVni. - A,. n,nm'.
On nous présage ici beaucoup de malheurs, ^ur un faux bruit que la grosse cloche d'Aragon a sonné toute seule; .ve*/ hoc est sujjerstitiosHin , ofqiic superstifiunem débet futjcre ntedieus , tanquoin pefitein {te summi/iii vitlinn , inqvit Hlppocrnti'x lib. (Il- deccDtl nnintii ; voici ces beaux mots : àfila-yjy.r, ,
in-EuTTOÀrj^r; . àoi'.'7:oyiu'j-Ar, . CtC. , iiff/nr enihi lUf'difo ti'iid. (ùn-
teaiuiit.
Un hoiuiéte homme (ce 1 i de janvier) vient de m'assuicr que M. Marsin arriva hier au soir à Saint-Denis. On a aujourd'hui vérifié en parlemr nt le don du roi au cardinal Mazarin, du domaine des deux Alsaces pour lui et ses héritiers. On dit que le pape a célébré la messe pontificalemenl et avec beaucoup de cérémonie, pour la paix entre les deux couronnes, il y a encore deu.v audiences pour le fait des chirurgiens; tout le monde dit (pi ils perdront, même leur avocat le leur a prophétisé. Ils disent que nous ne demandons qu'un règlement sur certains désordres, et qu'ils ne demandent que la même chose, si bien que ceux qui auront perdu auront pareillement gagné; ils feront enfin comme les jésuites, bien qu'ils ne soient point si rusés , limdem oteine anintos a rrimlne minent.
Toutes les fermes du roi sont ici à l'enchère, et déjà rehaussées de beaucoup, et néanmoins ne sont encore adjugées à personne : ce sera dans Imit jours. Le président Viole ne peut être arrivé, pour la goutte qui le retient à Bruxelles ; dès que je verrai M. le premier président , je lui retoucherai l'affaire de vos statuts, selon votre intention , ner me labor iste grai-abit ; j'y serai de bon cœur votre solliciteur , et à tout votre collège. Je ne sais ce qu'est devenu >L (iras ; je ne pense pourtant pas (pi'il s'en soit retourné à Lyon , car il y a trop de neige par les chemins.
On dit ici que le roi est en Provence et (pi'ii ira à AronfpellitM' ; que la ratification d»^ la jtaiv est venuf d'Espagne, et i\\\r
A rxlJONEf. 1 IT
Itieiitôt ellese.ia publiét' ; mais (lu'il ne Tant ddulfi' m df l'iu! ni (le l'autre, j'entends du mariage qui viendra dans son teni|(S , quoiqu'il puisse arriver de la vie ou de la mort de l'infant d'Espagne, ([ui . a ce qu'on dit, n'a (jue vingt-huit mois et trois cautères , et ne peut vivre longtemps.
Quelques uns disent que notre Saint-Père le pape est hydropique, de soj'te qu'il a donc ileux mauvaises pièces dars son sac, savoir, son foie et sa tète, car on dit (juil [)ei'd l'e.^-pi'it , et en ce cas-là le Saint-Esprit est mal logé ; mais les cano-^ nistes d'Italie et les révérends pères de la société y pourront trouver quelque échappatoire. Nous avons ici notre bonhomme Guérin , l'ancien de notre école, âgé de quatre-vingtneuf ans, fort malade; il eut hier l'extrème-onction. Ou ht bien de lui graisser les genoux pour les lui rendre [dus souples , il s'en va faire un grand voyage.
J'ai donné à Noël Falconet un des livres de M. de Gorris, pour vous être délivré par un honnête homme de sa (>onnoissance qui s'en va a Lyon: je vous prie de le prendre en bonne part, bien que ce soit peu de chose : si fœfaro yfeçjcin sxp- ■pleverit, u'ireus esta. Prenez pour vous ce passage de la Sainte- Ecriture, licdtw.s est ihirc qiunii iv<-ip(rrv. Si vous voulez vous contenter de ce passage, je passerai en votre endroit pour un homme qui paie ses dettes bien aisément, et en attendant mieux je vous souhaite longue et heureuse vie.
La rigueur de la saison, et le grand froid qu'il l'ait, etoutfe ici quantité de pauvres niahules vieillards, catarrheux et pulnioniiiufs.
Madame la princesse de Coude s'en va a Trie , près de (iisors, maison qui appartient à M. de Longueville. Le président Viole est encore à P)ru\elles, où il est demeuré malade; on dit qu'il reviendra dans peu de jours. On dit que dans le traité i\\\ i)rince de Condé, il doit ne retourner ja?nais a<i parlement ; mais on dit que par un ailicle secret il doit y être rétabli.
On croit ici le roi à Mmes ou ii .>hjntpeilier. et (pic de la
I IS I KTHib:> DE «il I PAIIN
il ira a Arirs rt a Marseille. I>es Hollaiidois veulent accuiiiluoder le roi fie Suède avec celui de Danemark. M. Merlet m'a dit aujourd'hui que le carême prochain il fera mettre sous la presse son commentaire tu historkm tpidemicn^ Hipijncrntis, iu-quarto. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De l'aris, le 13 janvier 1639.
LETTRE CCCCLXIX. — .1^/ >mme.
Je n'étois pas en peine de vous, et n'attendois de vos nouvelles que lorsqu'il plairoit à Dieu vous hispirer de m'écrire. Je n'ai point coutume de me mettre en peine de mes amis , si je n'en ai quelque occasion ; néanmoins , votre belle lettre du 21 janvier m'a fort réjoui. J'ai été bien aise d'apprendre que la grande Hobylom (l) vous ait quitté , et que vous soyez déchargé de telle caravane de tant de bonnes gens qui ne font (jue de l'ordure , de la pauvreté, des dettes et des cocus partout où ils vont. Tout est ici revenu en bonne santé , pour le maître et ce qui lui appartient, Dieu merci; pour le reste, minimura est quod scire laboro ; de Jove duntaxat curam (jero , ille mihi soins est omnia, j'entends le bon roi notre maître, que Dieu conserve avec son très cher frère ; je ne me soucie guère du reste. Je ressemble au dieu des épicuriens, qui, au dire de Lucrèce, qui a été le plus savant de tous les poètes latins.
Ni'c banc promeritin capitur, nec tangilttr ira.
Celui (|ui a eu la goutte en a été quitte à bon marché. Malepeste de la goutte! Que n'a-t-il eu la peste, puisqu'il la mérite bien. Mais qu'y ferions-nous? //of ej'o.f in fafis : sic jdaadf super is , quœrerc plura nefos. Quelque jour viendra que .«»'' fiiPin reperiet , et fiiudmi dt^sincf iinnidlus lUc Jupiter, no di-
{V; La cour.
\ F\H;ONET. I IV)
rmi) mnrfnhii- , cl hi/iiiinii (jerirris tortitr cl c'irin'fc.c, sc/I c/ipu ! sal. V'ous êtes (juitte à bon marché de n'avoir point donné d'argent , je m'en réjouis , non equidem invideo, miror 7nrif/is ; mais je plains bien tort ceux de Dijon qui sont si maltraités: peut-être qu'ils l'ont mérité ou qu'ils le méritent, eux ou leurs parents. On croit bien ici (jue le roi épousera l'infante d'Espagne, et tous, tant que nous sommes de bons François, le désirons l)ien tort . cela fera tinir la guerre , et elle Jious sera une reine de paix : ainsi soit-il. Si le cardinal désire ce mariage, j'en suis ravi; son consentement servira fort à le faire avancer.
f)n dit ici que le prince de Conti et sa femme sont guéris : il y a eu quelques médecins et chirurgiens enfermés avec eux à Saint-Maur. Personne ne doute que la si/idti/is n'ait été ce qui les a occupés. A la bonne heure (pi ils soient bien gufh'is : il faut aimer le maître et les parents du maître.
On dit (pi'un des nôtres, nommé le Coc(| , vu parlant (!>■ François I"", pour qui il étoit consulté, voyant qu'il avoit cette sj/pkilis, dit à Fernel , qui proposoit son opiat : C'est un vilain (pii a gagné la vérole, frottcfur comme un autre et comme le dernier de son royainne : cela fut rapporté à ce bon roi , (pii n'en (il (pie rire et lui en sut bon gré '1'. Voiis savez bien pour qui je parle. ( L. P. et L. P. D. C.
Pour les malades qui sont morts , entre ('rest et Valence . df la vapeur maligne d'un coffre, il y a d'anciennes histoires qui en disent de même d'un coffre qui fut ouvert en Ethiopie, d'où sortit une vapeur si maligne qu'elle infecta et empesta toute l'Egypte, toute la (irèce et une partie de l'Asie. Nous avons eu ici des fièvres conlinues avec crachement de sang et des inllammations de poumon . mais cela est passé et il n'v
■ 'y Qii<'l*lii''> iiisloriciis assurent (iiio celle malatlio, Jrès redoulabicà celle époque, fui communiquée à François 1"^ par la jaIou«ie d'un mari qui, de dessein prémédité, la transmit à sa femme, alors maîtresse du roi Quant au mot du cliirurj^ieri le Cocq , il est seulement fradiliouncl et nullement historique. U. I'. i
'Ï20 l.tiri!L> DE (.1 I l'AllN
a presque poml tle iiiiilaih s ici ; pour des lièMes (piarte> , il y en a fort peu.
Notre écolier est toujours gai et éveillé : il va voir mes deux docteurs, tantôt l'un, tantôt l'autre; il me disoit hier (|ue le second, qui est Carolus , lui a |M'omisde le mener à Cormeille et de lui appreiidrtî bien des choses dans ce voyage. Votre (ils en est ravi , car il aime à apprendre, el il prend grand plaisir dans- la conversation du mien. Ce sera pour le carême prochain, au moins ira-t-il à Pàijues y voiries arbres tleuris, et, connue nous avons souvent des l'êtes en été, il pourra «pielquelbis y aller pour y être deux ou trois jours; mais il n'y fait pas bon devant la Saint-Jean , carcesl alors que l'on y peut manger des cerises , dont il y a plus de deux cents arbres : si bien (|ue depuis ce temps juscjua la Toussaint il y a toujours du fruit. Je voudrois (|ue madame Falconel fût en assez bonne santé pour y venir prendre l'air et y passer un mois ou deux du beau tenq)s d'été ; la vue en est fort belle, l'air fort bon , et l'eau |)areitlement. I.e jtrune M. Chouiier y a passé quelques jours, il peut vous en parler. H y auroit plaisir de faire ce voyage en venant de Hoaime par eau jus(iu'a Oiiéaus, tandis (jue le l'oi iroit à Bayonne quérir notre reine, fini, fiai .
Pour M. du Buisson , il est mort bien vite : aussi n'y a-t-il rien qui aille si vite que te injikcopœ rordincif ^ in quo ^i/mploinule cor stottm sii/foca/iw jird' imnin stm^/n/'/iis f:i>iii<i , uf cercbnun in vera et propric dicfa opoplexia. Il y en a un cha|iitre dans les Institutions de médecine de Gaspard Hofmami , page 41 4. Oalien a fort bien comm ce niai ; mais en ce M. du Buisson il y avoil deux autres choses, savoir, ulcère et érosion de la luni(iue de l'artère , ((ui sont de^ix symj)tôn)es incural)lf!S , >v:*t'/.
Pour celui rpie v(iu> dites être à M. l'abbé de Forcoal , je lie le connois [loint. Pour cet abbé, je l'ai autrefois traité fort malade de plusieurs maladies; son père me fit dire qu'il vouloit me témoigner comme il faisoil étatden)oi. et ipi'il
\ km.i(>m;i'. 121
iiif i\umui\o\[ cent ♦iciis par au puni' vAic leur iiiedeciu : cela l'ut t'ait, et j'en ai re(,"U trois deiiii-auuées. Cet abbé (qui ne rétoit pas encore, mais seulement aumônier du roi' fut horriblement et grièvement malade; il en échappa heureusement, et on disoit force louanges de moi. Beaucoup de temps se passa (pje l'on ne me vint plus quérir de la-dedans ; j'appris que Valot y alloit, qui leur domioit des poudres , des eaux et des pilules, etque pour moi on ne m'avoit quitté qu'a cause que j'ordonnois trop peu de drogues (si les malades (|ue j'y ai traités pendant trois ans y fussent morts, regardez ce qu'ils eussent dit, car il n'en mourut aucun). Quand j'ai rencontré le père par la ville , il m'a toujours dit qu'il m'enverroit voir, mais il n'en a rien fait, aussi j'en suis demeuré là. Leur père étoit un misérable cevenot et huguenot qui vint à Paris chercher condition et faire fortune s'il pouvoit. Il fut laquais chez un secrétaire du roi nonjmé .Al. .Vddée ; de laquais il devint commis chez ce même maître, qui étoit pareillement huguenot, et enlin cet honmie, qui n'étoit lien, »i'i/cr in liiinr iirhciii /ifdi/xis qui l'encrn/ a/h/s . devint gro->i |)aitisan , et se fourra dans beaucoup dallaires, au.\ aides . au.\ gabelles et ailleurs, où il vouloit gagner. Depuis il changea de religion pour devenir secrétairt; du conseil , et devint encore plus grand partisan; puis il maria sa Hlle unique. (|ui étoit fort belle, à M. Addée, iils de sou ancien maître, qui est borgne et huguenot ; mais elle est catholicjue. Il avoit plusieurs Iils , dont il a fait l'aîné ca[)itaine ; le deuxième est maître des ret|uétes, le troisième aumônier du roi, qui est aujourd'hui abbé, Dieu sait a (|uel titre. Le procès pour cette abbaye a duré douze ans, contrit M. de Morie, conseiller d'État , (pii avoit elé un de ceux qui avoienl condaniné le pauvre maréchal de Marillac, et avoit eu le don de cette abbaye pour lécompense , outre de l'argent comptant , (tonnne tous les autres en eurent qui avoient conclu à la mort. 11 y a un Iils théologien (|ui est de\enu fou . et quehpies autres [)etit> h'ères ; enfin le père Forcoal est mort endetté de cinq ou six
l"2-2 f.KlTRKs DK r,V\ P\TI\
millions , avec trois cents procès de ceux a (|iii il doit. Le iiiaitre des requêtes est persécuté de tous côtés , pour avoir répondu pour son pèi-e ; le secrétaire du conseil , qui est un troisième fils bien fait qui a eu la charge de son père , est en prison il y a plus de quatre mois dans la chambre des comptes : cet aumônier (|ue vous avez vu est un assez bon garçon; mais tout leur fait n'est que banqueroute , rapine du bien d'autrui , partisanerie et larcin , bonne chère en attendant. J^e père possédoit de grands biens qui étoient tous saisis plus de neuf ans avant qu'il mourût. Il avoit une terre à deux lieues d'ici où il faisoit, encore tout vieux qu'il étoit , de grandes débauches et beaucoup de folles dépenses : c'étoit à Pantin, qui a autrefois appartenu à Fernel , et dont il est parlé en sa vie. Tout le secret de ces gens-là est que, tandis qu'ils ont bonne main , de prendre de tous côtés force argent , et enWu de faire ban(|ueroute , non pas seulement à leurs créanciers, mais aussi à Dieu , à leur conscience et à leur honneur.
Mais, ce 29 janvier, je viens de relire votre lettre dont j'ai eu grande joie , où je [)ense avoir deviné le nom de celui que vous avez vu avec M. l'abbé Forcoal ; c'est un jeune homme fjui est beau garçon, nommé M. de Courcelles , qui étoit le commis de feu M. de Forcoal ; c'est lui que j'ai le premier traité en cette maison ; il est iils d'un procureur de la cour , dont j'ai été le médecin depuis l'an 16-28, jusqu'à sa mort , environ l'an 1642. La mère est encore vivante, qui est bonne femme , plura coiuon. Elle est fille de feu M. Fournier, et d'une bonne fenmne, que j'ai traités jusqu'à leur mort: ces bonnes gens verc erant rcUquiœ cmrei seculi.
Le roi est arrivé à ce soir dans le Louvre , le cardinal est au bois de A'incennes. Don Juan d'Autriche est encore dans Bruxelles ; on dit (ju'il passera par ici , mais je ne le crois pas. On s'apprête en Angleterre pour la séance du parlement, et même on dit (|u'il sera besoin ([ue le roi fasse un tour jusqu'à Kouen ou à (îalais, pour renouveler notre alliance de guerre avec les .\nglois contre l'Espagne; mais {>eut-être qu'ime
\ FAI.CON! r. I2Î
ti'»'\t' iiilf'i \ iriidiji i|ni t'fra iifiidn^ Irs ariiifs an croc aux uns et aux autres. Avant (|u'il soit li'ois luois , nous verrons (|nc| préparatif on fera pour le mariage du roi avec l'iut'ante dK.Npagne , (pii est la chose du monde que je souiiaitc le [)lus fort pour le bien [)ul)lic de toute l'Europe chrétienne.
Ou fait courir le bruit que l'électeur de Bavière est en Inrt mauvais ménage avec madame l'électrice sur ce qu'on lui impute de l'avoir voulu faire tuer par quatre Italiens; cela sent le roman , et je ne le crois point. Marie Stuart, reine d'Ecosse, avoit un secrétaire italien, nommé David Kizzio ; le roi son mari, Jacques V, en devint jaloux , et le lit poignarfler en sa présence et devant sa femme , don provint leur jnauvais ménage et leur malheur à tous deux. Buchanan , de Rébus Scotonan , en a écrit toute l'histoire doctement et élégamment. Les princes sont malheureux en leurs familles, aussi bien que les particuliers , et aussi le méritent-ils comme les autres, car ils font quekjuefois bien des fautes.
On dit ici que la reine s'est fort plainte à Lyon du voyage qu'on lui avoil fait faire durant une si mauvaise saison ; qu'elle n'y avoit point tant été amenée ([ue traînée ; (ju'elle en avoit su mauvais gré à son Eminence; ([u'ils avoient été dix jours sans se voir, mais quentin le roi les avoit accordés, .le vous supplie d'assurer mademoiselle Falconet de mes très humbles services. Notre écolier est gaillard et sain : il étudie diligemment, et apprend bien l'histoire de Paris. Je lui ai promis (jue dimanche prochain il verra le roi et la reine àSaint-Germainl'Auxerrois, ([ui est leur paroisse et la nôtre, où ils ne manqueront pas de venir à la procession.
Les plus fraîches nouvelles qui courent sont que l'on att'.'ud réponse d'un courrier qui a été envoyé en Espagne. Que l'empereur même fait des offres pour la paix générale; néanmoirjs le roi de Suède continue toujours ses eftbrts contre le roi de Danemark; les Hollaiidois font de grands efforl^ pour secourir celui-ci , et les Anglois en font autant de leur c<'>té pour l'autre. Le milord protecteur a découvert (pirlfjin' Iraitc clandestin fait [lar des princes.ses parentes du roi d'Angle-
l*>(; i.tTTUF.s i)K (il i i'\riN
(ju'il y aura lieu (lo priistn- a quelques eaux luiiu'rales ralVaîeliissantes, telles (lue me semblent èlrecflledeSaiut-My(»M(l), ou autres de même nature, que vous pouvez connoître mieux que moi : aussi aurois-je tort de in'amuser à décrire tout ceci, n'étoit que je ne veux point déplaire à M. Troisdames , qui est un fort honnête homme , et à la bonté duquel j'ai de très étroites obligations.
Ou fait ici l'anatomie publique, dans nos écoles, d'un prieur de Dauphiné qui se faisoit nommer M. l'abbé. Il avoit des fourneaux, se disoit chimiste, et l'aisoit de la fausse nionnoie, pour laquelle il fut pendu vendredi à la Grève.
Le même jour mourut ici le pauvre père Morin , père de l'Oratoire, âgé de soixante-douze ans (2) , le troisième jour de sa maladie, à qui Guénaut fit avaler impitoyablement, le second jour de sou mal, quatre onces de vin émétique , hf-rétiqiœon é)ié tique. C'étoil le plus savant homme de l'Europe, principalement dans les langues orientales. Il a fait imprimer plusieurs volumes, et en avoit encore un sous la presse, infolio, dans lecjuel il y aura un traité fort curieux, de Rabbiiiia, ce qu'ils ont fait ou écrit, quand ils ont vécu , et en quel pays. Je crois que sa mort ne retai'de pas ce beau dessein, car on dit que toute sa copie est sous la presse, et (ju'il y en u déjà cinquante feuilles d'imprimées.
Samedi dernier fut ici pendu, à la Grève, un autre pauvre homme pour fausse nionnoie, âgé de soixante- treize ans; il étoit maître armurier à Paris, et il a encore deux fils maîtres du même métier. Je vous remercie de votre relation d'Aix , j'en avois déjà vu autant à Paris.
M. le président de Thou . qui a fait crf/e belle histoire, disoit
i) \ oyer sur ces eaux , Dictionnaire universel de matière médicdlf , l.ar IVIérat et Delens. Taris, 1832, t. IV, p. 530. [\\ P.}
:2) Jean Morin, né à Blois en lo91 , profondément versé dans la connoissance des langues hébraïque et samaritaine. Il a publié plusieurs ouvrages sur la discipliuo des premiers lem|is de rEgli>e . qui soiil encore cunsullés. K. l'.
A FAI.CONEI', 127
(|u'eMti'«î loviies sarlesde gpiis Iftlrt's , il n'y tMi avoit point (i,plus fous , (le plus iynonmts et de plus méchants que les rahbiiis, l'un desquels avoit tlil (pie .Malioinct létaux proplu'le avoit (^t(^ cardinal , et([ue, par dépit de n'avoir été pape, il s étoit t'ait iiérésiarque. Je vous baise les mains , et suis de tout mou cœur votre, etc.
De Paris, le 4 mars 1()o9.
LETTKK CCCCI.XXII. — Au même.
C't^st pour vous remercier du livre de SiuqjUorien Cham pier, que j'ai v('(;u par votre messager. Mademoiselle de Label "^ est pareillement arrivée, laquelle m'a rendu visite : je l(\s irai voir ci-ai)rès. lieaucoup de gens attendent ici la paix, d'autant que la reine a dit (lu'elle ('toit presque laite, et qu'il n'y avoit plus que Dieu qui la pût empêcher. Hou Dieu , que je voudrois bien voir cela ! Mais je ne sais quel Dieu elle entend . ^ car il y en a plusieiu's et fort divers en ce monde; le conseil I d Espagne en est un, le pape un autre, Mazarin un autre, etj le roi de Fi'ance, notre très bon maître (hormis qu'il foule un peu trop ses sujets) nii/ii sajimmis e.sf deonna ejus/nodi infn-ifiorurit. Il n'y a que le Dieu du ciel qui peut faire la paix et. l'empêcher; c'est celui-là qui est le grand Dieu, qui laisse agir aujourd'hui les potentats un peu trop rudement sur leurs sujets, (|uelquefois avec trop de patience pour notre proiît; mais il n'appartient qu'à lui de gouverner le monde à sa mode et comme il l'entend, ex se et in se principatum habet , nohis ohsequli gloria rellcta est. Pour les petits dieux de la terre, ils n'ont de pouvoir que ce qu'il leur en laisse, sans (luoi à peine pourroient-ils grêler le persil , et nonobstant tout cela ils ne laissent pas de faire bien du mal.
J'ai ici vu M. de Rhodes le fils, (|ui m'a apporté une lettre fort honnête de M. son père, de laquelle je le remercierai ; je vous prie en attendant de lui l'aire, s'il vous plaît, mes très hundjles n^conunanda lions.
Je î^oiipai h'ipr an soir choz M. le premier piVsident , (MI Itelle eompagnie , et où furent dites de belles et bonne> choses : j'en ai les bonnes grâces, et je préfends de me les bien eonserver. Je viens d'apprendre par M. Troisdames que vous êtes en bonne santé, que vous me faites vos recommandations, et que vous me faites espérer de vos lettres et des graines. Je vous remercie du tout.
Le prince de Coudé est à Rocroi , qui traite tle sa pai.v avec M. le maréchal de Fabert, et ce matin , M. le Tellier, secrétaire d'État, est parti pour y aller, et. dit-on, pour l'achever. Je vous baise très humblement les mains , et à madenioi.selle Falconet, et à notre bon ami , M. Spon, et suis de tout mou cœur votre, etc.
P. S. Depuis ce que dessus écrit , j'ai reçu votre lettre en présence de Noël Falconet , et je lui ai délivré la sienne, (|ui étoit ouverte. Je lui ai dit : Voilà une lettre jiour vous qui n'est point cachetée, et que je voulois bien ne la point voir ; il l'a lue , et aussitôt me l'a apportée; illir o/jstrrm'i Latitia et ju-œtextatd cerba. Je ne fais que d'arriver à cause de trois assignalions que j'ai eues à quatre, à cinq et à six heures; il m'a dit qu'il vous répondra au premier ordinaire, et moi je ferai en attendant tout ce «pie je pourrai [tour le mieux. De Pari*, l.^ 18 mars Ifi.ï!».
LH:TTIIE CCCCLXXIll. - \n n,/;nr.
Je vous écris, si ce n'est pour vous, c'est poiainoi. Après avoir bien cherché M. votre frère pour lui donner votre petit paquet, enihi il est venu céans, et l'a reçu. 11 a dessein de se mettre à enseigner la philosophie et la théologie en chambre, et pour cet effet, il m'a dit qu'il vous priera de lui donner quelque quinzaine de pisloles pour meubler sa chambre. Je lui ai dit qu'il y pensât bien auparavant; qjie ce dessein n'a-
A FAI.r.ONKT. 1-29
Voit pas iV'Ussi à plusieurs autres (pii l'avoient ci-devant entrepris. Il y pensera, et a[)rès il vous eu écrira. 11 uc m'a point donné cliarjie de vous écrire, mais néauuioius j'ai cru (pi'il vous en falloit avertir.
J'ai été voir M. le Sauier, qui fait tout ce (pi'il peut pour votre fils et pour le faii-e étudier diligemment. Aujourd'hui , avant midi, il est venu étudier avec moi ; je lui ai fait lire dans les lettres de Plassac , f[ui éloieut sur ma table par hasard , un beau chapitre de cette bonne femme , dont le conlo est si plaisant dans Pétrone : Mulicr quœdom Fp/'icsi tani notœ craf j)i(dicitui\ et après (luil l'a vu en françois, je le lui a fait lire en latin dans Pétrone même; après , je lui ai dit (jui étoit Pétrone, ce que c'étoit (pie son livre, qui nous reste, t'xciiqita diuntd.rut ('x iiiagno opcr^i ^ et sa mort, ({ue je lui ai fait lire dans les Annales de Tacite , dont il m'a promis de lire le quinzième et le seizième livre des Annales, où il verra cette grande conspiration conti'e Néron , laijuelle l'ut malheureusement découverte , la mort de Sénèque , et enfin celle de Néron même. 11 a écrit de Petronio dans son cahier, et m'a dit qu'il étoit bien aise de savoir cette histoire, de matrona illa Ephesina. Je l'ai averti tpi'il ne la faut jamais réciter en compagnie de femmes , ne oiiqua ex illis , animal natura sua superbiun, serio iaditjnetur. Voilà oi^i nous en sommes (l).
Tout le monde parle ici de la pai.K et la croit faite. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
P. S. Je salue mademoiselle Falconet de tout mon cœur, etM. Spon pareillement. J'ai céans deux livrets pour lui et pour vous, lesquels je vous enverrai par la première occasion ; c'est de M. Vineau , médecin de Poitiers, contre la cir-
(1; Kieii n'csl moins démontré que le Pétrone donl parie Tacite, cet nrbiler elegantlanun, soit le même l'élrone , spiriuiel et dangereux auteur du Salyricon. Les savaiits les plus scrupuioux, les plus difficiles, ne sont point d'accord sur ce itoiiit. II faut avouer aussi que maître Gui Patin avait fait là un sinp,ulier choix d'une leçon dormée à un jeune homme. K. V.]
ui. y
iBQ LETTRES DE C.Vl PaTîN
culatlon du sang de Harveus. Ou dit (jue l'accord du prince de Coudé est t'ait et celui du duc de Lorraine , et que le Mazarin doit assembler devant le roi dans peu de jours messieurs du parlement, messieurs les ducs et pairs, et les maréchaux de France, pour leur faire voir l'état des atïtiires présentes et en prendre leur avis. M. Elie Beda des Fougerais, notre collègue , mais grand charlatan , est allé aux eaux de Bourbonne avec un partisan , nommé Monerot , tant pour soi que pour celui qu'il mène ; il a été ici trois mois malade d'un abcès près des reins , qui s'est vidé par l'ouverture qu'on en a faite , tinde superest ulcus sinuosion , fistulosum et concavum , dont on présage malheur à ce médecin.
De Paris , le 23 avril 1639.
LETTRE CCCCLXXIV. —Au même
Je voudrois bien avoir quelque bonne nouvelle digne de vous être mandée ; on dit seulement que dans huit jours on publiera une surséance d'armes. On fait marcher quelques troupes vers la frontière pour l'exécution de la paix. Le duc d'Orléans et le cardinal Mazarin ont tous deux la goutte. On dit que le roi sortira de Paris vers le 28 de ce mois ; on parle de Fontainebleau , de Compiègne, d'Amiens , mais tout cela est incertain.
M. Troisdames m'a parlé de M. Chanlate , et m'a prié de vous mander qu'il voudroit bien qu'il prît des eaux deSaint- Mvon , que l'on pourroit faire apporter d'Auvergne à Lyon , où il les prendroit sans sortir de sa maison ; je lui ai promis de vous le mander, et de vous prier d'y penser. Il dit que le vovage de Bourbonne est trop long ; mais ce n'est point assez, il en parle comme Galien dit que Thucydide a décrit la peste d'Athènes , tanquum idiota , sed non tanquam ortifcx idoneus et peritus medicus.
Voilà Noël Falconet qui étudie auprès de moi , comme faisoit Scipion auprès d'Ennius : f/ni , /p.-ttc Claidliano ,
A KALCONEI'. l3l
HœreOul dodus latcri, castrisque solebat Omnibus in médias Ennius ire tubas.
Det Domimi» uteliom , et quod est apiid Sallnsfium , ei benefacere ex consuetudine in naturam vertat. Je vous prie de faire mes recommandations à mademoiselle Falconet. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le 2 mai 1659.
LETTRE CCCCLXXV. —An même.
Son Eminence a été assez mal depuis huit jours, epodagra qiiœ proxime reversa est ac quuai immédiate., oui statim successerunt dolores nepJiritici acutissirni et atrocissimi, pro quibus mitigandis fuit illi sexties secta venu, tandem calculas, et ille grandior, cum multis cruciatibus , in vesicam descendit , e qua nondam egressas est : febricitabat , sitiebat , nun dormiebat. Je voudrois qu'il fût bien guéri et que nous eussions la paix ; mais il y en a qui disent qu'elle est rompue, et qu'il faut tout de bon en recommencer le traité. Un homme me disoit hier que les François , les Hollandois et les Anglois avoient fait un accord entre les rois de Suède et de Danemark , par l'entremise de 31. le président de Thou , notre ambassadeur en Hollande , à la charge que celui des deux qui ne voudra pas suivre la paix qu'on lui propose y sera contraint par la force des trois autres. Son Eminence a envoyé son neveu, M. Maricini, prisonnier à Brissac , sous la garde de six archers, poui' quelques impiétés et des libertinages qu'il a proférés la semaine sainte contre la religion, avec le comte de Vivonne, un aumônier du roi , nommé le Camus, qui en a été chassé aussi, et un autre courtisan , qui est prisonnier. Quelques uns soupçonnent que c'est une fausse politique, afin qu'il soit là, et qu'il garde Brissac
132 LETTRES Di: C.t'l PATIN
pour soii oiiclc, (|ui a d»; nouveau trois cents gardes à pied , avec une [)etite mantille rouge et ses armes en broderie sur l'épaule, {|ue j'ai vu passer ce matin dans la rue Saint-Denis.
Un peintre de Beaune m'a si fort prié de me laisser peindre pour un médecin de sa ville qui veut avoir mon tableau , (pi'hier je lui donnai une heure de mon temps. Noël Falconet étoit auprès de moi, à qui je dictois queUjues gentillesses qu'il écrivit dans son cahier ; il y en pourra mettre tous les jours , et je l'y exhorterai.
Les deux prisonniers qui ont tué le marijuis de Ghartoii , en sortant de la messe des Auguslins , ont été jugés au Cliàtelet , lun à être rompu , et l'autre à avoir la tète coupée. Ils ont été aujourd'hui transférés à la Conciergerie. Gare pour eux la fin de la semaine. Purpnratm nostor non bcne Iwbet. Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout moii cœur votre , etc.
De Paris . le T) mai ifioO.
LETTRE CCCCLXXVL — An mnne.
La paix n'est pas faite, mais l'on en traite; il y a plusieur.*; articles dont on est d'accord, et d'autres sont encore en dispute. La reine veut que la paix se fasse et avoir rinfante d'Espagne pour sa bru , et le roi d'Espagne consent à l'un et à l'autre ; mais il y a deçà un rouge Italien qui n'a hâte ni de l'un ni de l'autre , et (jui voudroit bien n'y être point pi'essé, de sorte que nous pouvonsdire qu'il n'y a encore rien de fait, puisque tout peut faillir.
Pour les eaux niiiiérales , je suis d'avis que vous jjieniej? celles que vous jugerez les plus propres; vous êtes sur les lieux, je soumets mon avis au vôtre, et (jui plus est, vous avez le malade entre vos mains; vous en devez être cru en tout, puis(jue vous avez conduit hi liarcpie si prudemment et
A l-.VLCONtï. lo.'?
f«i liciircust'iiicnt jus(iir;i présent; jiî le dirai ;»!\l. 'rruisdames.
Des deux livres qui s'impriment en Allemagne , l'un se fait à Altembourg, en Saxe, savoir, C'anj). Hofinamn et Th. Heinesii h^jistola'. Ce livre doit être un morceau curieux et friand, car ces deux hommes étoient fort savants. Reinesius vit encore dans Altembourg , où il le fait imprimer ; il doit y avoir làdedans de bonne critique et de bonne philosophie. Hofmannus savoit bien son Galien , mais il n'a jamais vu guère de malades; Heinesius est un grand critique, grammaiiien et antiquaire. J'ai céans un livre de lui, intitulé : Varia' lectioiws, in-(|uarto, (jui mérite véritablenient ce titre, car il est d'une merveilleuse lecture.
On dit ici (pie le milord îiicharti, tils de Cromwell , veut remoîiter sur sa bête; qu'il a divisé et lenvoyé le parlement , (|ui le vouloit abaisser; qu'il afaitentrerl'arméedans Londres, et (ju'il est encore le maître absolu dans le pays. Il n'a plus qu'à trouver de l'argent pour payer l'armée, et ainsi il sera toujours le plus fort: aussi est-ce la même chose que Sevei'u.^, enq'tereur romain, mourant à York en Angleterre, recommanda à ses enfants: Qui a l'argent a les hommes, et par conséquent est maître de tout.
J'ai dit à Noél Falconet que je voulois bien qu'il répondît d'une sabbathine , puisque vous en aviez remis le jugement H ce que j'en trouverois bon, mais (pi'il falloit bien répondre et bien étudier pour cet effet : c'est à quoi je Texliorte et l\ quoi il travaille.
On dit ici qu'il y a du bruit en Angleterre entre Cronnveli, ses parents, et entre autres un sien beau-frère, et le parlement assemblé. Il y a bien de la division entre quelques particuliers à qui pourra avoir sa part du gouvernement, et comme dit Cicéron, midti volinit rcgnare , qui sont presque tous parents ou alliés de la famille de Crômwell. Tibère, avant de moui'ii-, prédit à (ialba <[u'il seroit (juel([ue jour empereur : Tu (jiO)(pi(' , (idlljd , (il i quand (I (Ifijiixtabis iinperiur/t. Ce sont les propres mots de Tacite. C-ette prédiction fut acconq)lie ,
134 "'"^ LETTUES DE (ilJI PATIN
Galba devint empereur; mais il en fut mauvais marcliarid avec Pison , qu'il avoit adopté. Il y a grande apparence qu'il arrivera quelque chose de pareil à Londres ; le souverain commandement est au pillage , quelqu'un l'attrapera par force et par finesse: summus nempe loctis,maln non arte petAtiis ; un autre viendra qui lui insultera , et enfin le plus méchant de tous sera celui qui demeurera. Les Anglois sont crurleles et féroces. Théodore Macille disoit qu'ils étoient une espèce d'hommes , de génère btpino , comme les Espagnols et les Italiens étoient du naturel des renards , callidi , versipelles et fastuti. Les loyolites sont hermaphrodites ; ils ont les deux na- 1 tures, méchants commelesAnglois, et rusés comme lesltaliens. \^ Il faut pourtant en excepter les honnêtes gens, dont il y a partout, et particulièrement la noblesse angloise, qui est civile, et qui ne tient point des mauvaises qualités du vulgaire, et même j'en ai connu qui avoient de parfaitement bons sentiments de morale.
, Notre M. Élie Beda des Fougerais est allé à Bourbon , et je crois qu'il est présentement avec un partisan nommé Monerot. Je ne sais pas comment il s'y porte , ni ce que lui feront les eaux , mais il est malaisé qu'il en reçoive grand soulagement. Il a été homme fort déréglé toute sa vie ; il buvoit beaucoup, et du vin tout pur : son mal a été un abcès interne entre le foie , les reins et le mésentère , duquel est sorti beaucoup de pus bien puant, et qui venoit de quelque lieu fort profond : si^perest virus liand dubie cavnm , sinuosum et /btn/osum , a quo imminet tabès. Ce seroit grand dommage de lui, à ce qu'il dit, d'autant plus qu'il sait beaucoup de secrets. Néron, ce monstre incarné, disoit en se lamentant: eheu, quantus artifex pereo! C'est que ce tyran savoit bien jouer du violon etdu rebec, mais il avoit fait tuer son bon maître Sénèque : fuerat hisfrio, auriga, incendiarius, matricida, etc. Il n'est que trop de ces gens-là, rnri quippe boni : facilisjnctura malorwn. Notre siècle est plein de charlatans in utraque mater ia , niedica etpolitica; force tyrans et partisans régnent
\ FALCONET. l.'î.'i
iiiipuiit'iDciit, comme les cliarlalaiis et cliimistes tuent impunément le monrle. Dieu nous a réservés pour voir tous ces désordres, qnom das fmem, rex niagnc, lahorwn ? imo dotonnn ? Je ne sais si les grands auront le courage de mettre la main à tant de malheurs , quand la paix sera venue , qui est attendue de tous les gens de bien ; néanmoins il y en a ici quelques uns qui doutent de l'événement. Prudens futuri temporis exifian, caliginosa nocte premit Dexis.
Toutes les troupes qui étoient en garnison en Champagne, Picardie , Normandie , sont allées vers la frontière. Elles ont leur rendez-vous vers Hesdin , soit qu'il le faille assiéger ou non , si le major qui est ici n'en a fait l'accord.
L'évêque de3Ieaux se meurt , et il est frère de M. le chancelier; il a quelque chose dans la vessie qui n'est pas une pierre. Janot, chirurgien de la Charité, a ici taillé depuis peu l'abbé du Chàtelet, qui en est mort huit jours après ; trois autres lui sont morts après la même opération, si bien qu'il est ici malheureux en réputation. Le petit Colot en a taillé d'autres qui en sont réchappes; j'espère qu'il deviendra aussi bon et aussi heureux opérateur que son père (1) : fut! Je vous baise les mains et à madame votre femme, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris , le 13 mai 1639.
LETTRE CCCCLXXVIL — s\ii mèmt'.
Je vous prie de dire à M. Spon que j'ai reçu sa caisse de plantes de Grenoble pour M. Joucquet, et sa lettre pareillement. Votre collègue, M. Gras, est ici, logé chez M. le mare
(1) L'Iii'iloiie do la iamille des lilholomisle.s Colot est rai)portéo dans rou\rai;c de F. Colol : Traité de Vopération de la taille, Paris , 1727, in-12, rldr.iis le Traté historique cl dogmatique de la taille. y^ar F. J. Dcschami.s. l'aris, 1826, t. III, pap;. 40et suiv. (R. P.)
134 ■" LETTRES DE lil'l PATIN
Galba devint empereur; mais il en fut mauvais marchand avec Pison , qu'il a voit adopté. Il y a grande apparence qu'il arrivera quelque chose de pareil à Londres ; le souverain commandement est au pillage , quelqu'un l'attrapera par force et par finesse: summiis nempe locns,mala non orte petAtus ; un autre viendra qui lui insultera , et enfin le plus méchant de tous sera celui qui demeurera. Les Anglois sont crudeles et féroces. Théodore Macille disoit qu'ils étoient une espèce d'hommes , de génère lupino , comme les Espagnols et les Italiens étoient du naturel des renards , collidi , ve^^sipelles et fastuti. Les loyolites sont hermaphrodites ; ils ont les deux na- 1 tures, méchants comraeles Anglois, et rusés comme lesltaliens. \^ Il faut pourtant en excepter les honnêtes gens , dont il y a partout, et particulièrement la noblesse angloise, qui est civile, et qui ne tient point des mauvaises qualités du vulgaire, et même j'en ai connu qui avoient de parfaitement bons sentiments de morale.
. Notre M. Élie Beda des Fougerais est allé à Bourbon , et je crois qu'il est présentement avec un partisan nommé Monerot. Je ne sais pas comment il s'y porte, ni ce que lui feront les eaux , mais il est malaisé qu'il en reçoive grand soulagement. Il a été homme fort déréglé toute sa vie ; il buvoit beaucoup , et du vin tout pur : son mal a été un abcès interne entre le foie , les reins et le mésentère , duquel est sorti beaucoup de pus bien puant , et qui venoit de quelque lieu fort profond : superest ideiis h/md dubie cnnnn , sinuosum et Ihtulosum , a quo imminet tabès. Ce seroit grand dommage de lui, à ce qu'il dit, d'autant plus qu'il sait beaucoup de secrets. Néron, ce monstre incarné, disoit en se lamentant: eheu, quantiis artifex j)ereo'. C'est que ce tyran savoit bien jouer du violon et du rebec, mais il avoit fait tuer son bon maître Sénèque : fuerat histrio, aurign, incendiarius, matricida, etc. Il n'est que trop de ces gens-là , rnri quippe boni : facilisjnctiirii malorum. Notre siècle est plein de charlatans in utraque materia , medica et polit ica; force tyrans et partisans régnent
•i FALCONET. 13/1
impuiiéiiK'iit, comme les chiirlalans et chimistes tuent impunément le monde. Dieu nous a réservés pour voir tous ces désordres, qu.em dos fineni, rexmafjne, Inhornm? imo dohrum? Je ne sais si les grands auront le courage de mettre la main à tant de malheurs , quand la paix sera venue , qui est attendue de tous les gens de bien ; néanmoins il y en a ici quelques uns qui doutent de l'événement. Prudens futuri temporis cxitum, caligijwsa nocfo prcmit Deus.
Toutes les troupes qui étoient en garnison en Champagne, Picardie, Normandie, sont allées vers la frontière. Elles ont leur rendez-vous vers Hesdin, soit qu'il le faille assiéger ou non , si le major qui est ici n'en a fait l'accord.
L'évéque de Meaux se meurt , et il est frère de M. le chancelier; il a quelque chose dans la vessie qui n'est pas une pierre. Janot, chirurgien de la Charité, a ici taillé depuis peu l'abbé du Chàtelet, qui en est mort huit jours après ; trois autres lui sont morts après la même opération, si bien qu'il est ici malheureux en réputation. Le petit Colot en a taillé d'autres qui en sont réchappes; j'espère qu'il deviendra aussi bon et aussi heureux opérateur que son père (1) : fraf'. Je vous baise les mains et à madame votre femme, et suis de tout mon cœur votre , etc.
DeParis.lel3mail639.
LETTRE CCCCLXXVn. —Au vièuu'.
Je vous prie de dire à M. Spon que j'ai reçu sa caisse de plantes de Grenoble pour M. Joncquet, et sa lettre pareillement. Votre collègue, M. Gras, est ici, logé chez M. le mare
(1) L'hisioire de la tamille des lilholomisles Colot est rapportée dans rouvra^jc de 1'. Colol : Traité de l'opération de la taille, Paris , 1727, in-12, et dans le Traité historique et do'jmatique de la taille, par F. J. Deschamps, l'aris, 1826, 1. 111, pa{ï. 40et suiv. (R. V.)
j; G I.ETillL^ !;L ûLl i-A!!N
clu'.l (!e Turcniii'. Je soiipai samedi deriiuM' chez .>!. le iircmicr président, où il me Ht grand'clièro. On mange vite en ce payslà, et l'on y parle peu pendant le repas; il voulut pourtant que j'y busse deux t'ois, à sa santé, du vin d'Espagne qui étoitextraordinairement bon. Après souper, je l'entretins une grosse heure et demie sur diverses choses, à quoi il prit grand goût. Il m'a (lit qu'il étoit en peine comment nous pourrions faire l'été prochain; qu'il eût bien voulu avoir le loisir de m'entretenir une fois la semaine, une après-dinée tout entière, et qu'il avoit peur, faute de loisir, d'oublier le peu qu'il savoit. Deux maîtres des requêtes, qui y étoient venus souper h cause do moi , me ramenèrent dans leur carrosse : il me dit en sortant qu'il avoit dessein de faire chez lui une petite académie, une fois la semaine tout au moins, mais qu'il ne vouloit point (pie nous fussions plus de six;c'estsigne que j'en serai l'un, et je crois que mon fils Carolm en sera aussi , car ?»I. le premier président lui veut autant de bien qu'à moi. Pour M. Chanlate, c'est à vous d'en ordonner. Il y a autant de différence entre un médecin qui écrit de loin jjùur le salut d'un malade et celui qui l'a entre ses mains, comme d'Alexaudre-le-Grand (lui force les Perses au passage du Granique, et un monanpic qui ne fait la guerre que par ses lieutenants. Les premiers se peuvent heureusement servir de conjonctures. Mcdinjuicsf inventio occcmonis in morho. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cQ'ur votre, etc.
Uc l'aris, le -20 mai 1659.
LETTRE CCCCLXXVni. — .1// vie me.
M. le duc d'Orléans a fait composer par un savant courtisan, nommé Varillas, un livre de fine politi(iue, qui sci-a intitulé : Politique de lu inoison d'Axttriclie ^ que l'on imprime présentement en Hollande.
A rAi.(A'.M;T. 1.5/
11 y a c;ii ici grande céréinoiiio ;iii\ Aiii;iKstiiis , |:(iui' un certain saint espagnol de leur ordre , nonmié tVèro Thomas de Villeneuve, ijue le pape canonisa l'hiver passé. Leur g(Miéral est ici avec plusieurs Italiens, (pii en ont celeltié la fêle fort autlientiquement. Et ne qidd dcesset ad viduptatcni publicfnii , i)no ad imaniam secidi , ils en ont fait un feu de réjouissance, au bout du Pont-Neuf, où ce nouveau saint étoit représenté comme un faquin de quintaine, et où courut une foule de monde qui ne se peut nombrer , et c'est là où le peuple disoit que c'étoit un saint espagnol , qui n'eût pas été reçu en France si la paix n'eût été faite; néanmoins il y en a beaucoup (jui en doutent, et surtout qui tiennent que le traité du prince de Condé n'est pas accordé. Notre bon 31. Baralis a été saigné onze fois depuis six jours , cela a empêché la suffocation; superat , necad/nœ crudelibus occubnt umbris , mais il est en grand danger de n'en pouvoir échapper; une fièvre continue, un méchant poumon assiégé d'une inflammation, quatre-vingts ans (i) sont tous signes qui m'en laissent un soupçon fort funeste. Oh! que c'est dommage! Il sait bien son Hippocrate et son Galien , et a fait la médecine en liomme d'honneur toute sa vie : plût à Dieu que je susse l'Hipitocrate et le Galien grec commeill'a su! Les gens de bien vivent trop peu : c'est une fort ancienne plainte, ci inhuc versatar deorum i)iiqi(ifns , qwid optimum (pœuKpie intrr nos diuniare non simnif, liiquit (Juddrifjarimapud Agclliuni.'\}i\ honnête homme m'a appris aujourd'hui que l'on imprime à Heidelbei'g, qui est l'Université de l'électeur palatin , If second tome des Lettres latines et françaises de feu M. Saumaise ; j'ai céans le premier, plusieurs autres le suivront.
Le roi est avec son Eniinence au bois de Vincennes. M. le commandeur de Souvré tomba hier de son cheval , et s'est rompu un bras. Il y a un grand bruit en Angleterre contre le iils de Crom\vell : /lumor est in )notn; tout y tend à une sé-
(1) Et onze saignées lailes eu six jours. N oy. l. 1, pa^;. G3, JGo , 333, 3-;}. . (U. J'.^
(litioii dans Londres et à une guerre civile dans le royaume, in quo vota plane siiujulorum concurnint ad constituendam rempublicam et i^eijman a.bolendum.
Il est ici mort , depuis trois jours , un vieux conseiller d'Etat, nommé M. Turgot, qui avoit 40,000 écus de rente et 700,000 livres d'argent comptant dans ses coffres, et un comédien nommé Béjart ( i), qui avoit 24,000 écus en or :
Jampridem Syrus in Tiberim delhixil Orontes.
Ne diriez-vous pas que le Pérou n'est plus en Amérique , mais à Paris, chez les éminences et leurs parents , chez les financiers et les moines, qui sont les partisans du paradis, fatui nom numina seculi. Je pense qu'entre moinerie et momerie il n'y a guère de différence.
On réimprime ici les œuvres de Jo. Duns Scotns, cordelier; il y aura dix-sept volumes in-folio : c'est ce moine qui fut enterré sans être mort , et qui se mangea le bras. Je vous baise ti'ès humblement les mains . et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 27 mai 1659.
LETTRE CCCCLXXIX. — Au même.
J'ai si peu de chose à vous écrire, ([ue j'ai de la peine à m'y résoudre ; néanmoins , puisque M. Troisdames désire que j'entretienne cet innocent commerce de lettres avec vous par
(1) Je ne sais quel était ce Béjart dont parle ici Gui Patin. Le célèbre comédien de ce nom vint à Paris avec Molière, dont il était le camarade, en 1638. Fort aimé du public, il se retira du théâtre en 1070, et mourut le 29 septembre 1(578. Il était frère d'Elisabelh-Armande- Oczinde-Claire Bcjarl , Tindigne épouse de notre illustre comique ; elle épousa en secondes noces , le 31 mai 1677, le comédien Guérin d'Es- Iriché. (R. 1'.,
\ FAl-CONIiT. J39
son moyen, j»' vous dii'ai ([lie le roi passei-a dans Paris les deux semaines de la Fête-Dieu je pense que la reine-mère le voudra faire voir à la procession, tant pour sa beauté que pour sa dévotion ) , et dès le lendemain de la petite Fête-Dieu, le roi sortira de Paris, s'en ira au bois de Vincennes, de là à Fontainebleau sans plus revenir à Paris , mais pour partir vers le commencement du mois d'août , et s'en aller à Bordeaux , et de là à Bayonne , au-devant de l'infante d'Espagne ; et, pour assurer toutes les conditions du mariage, on tientque le cardinal Mazarin partira d'ici dès le 22 de ce présent mois pour se rencontrer à Bayonne, où don Louis de Haro se doit pareillement rencontrer, quœ inde >^pqvciifin\ in deornm gemibn$ repositri sunf , cenlef Elias fjui revelobit.
On dit que cette infante d'Espagne est une bonne princesse fort accomplie, et qui a beaucoup d'esprit. Un évêque, fils d'un maréchal de France, m'a dit ce matin que, lorsque le roi son père fut extrêmement malade, il y a deux ans, elle avoit fait une brigue avec les grands d'Espagne et le conseil éternel de ce pays-là, pour obtenir la régence de ce royaume durant le bas âge de son petit frère au lieu de sa belle-mère. Si elle a de tels degrés d'ambition d'esprit, étant en France, elle pourra bien faire changei- la scène et renverser le théâtre qui subsiste il n'y a que trop longtemps. Suhlimes illi spirifiis et fjenerosa ejusmodi indoles magraan quid pollicentnr , et interdum aliquid egreijium prœstant ; mais l'événement n'en est pas toujours heureux , igneo. illa ingénia novandis et movendia rébus quam componendis semper aptiora stint dcprehensa. Dieu en disposera pour sa gloire et pour le soulagement du pauvre peuple.
On attend ici un courrier qui est allé en Espagne pour achever là la conclusion du traité du prince de Condé. Les x\nglois oi>t abattu la statue, aboli la mémoire et le gouvernemcHt de la famille do Cromwell , et se sont mis en république, laquelle ne durera jamais tant que celle de Rome; il viendra quelque Catilina qui remuera les couteaux, et c'est à cpioi
I40 LtlTUE^ iiE i.Ll l'ATIN
Dulis (levuiis iioiLs alteiidre. Je vous baise les inaiiis, el suis de tout mou cœur votre, etc.
De l'aris , le 0 juin lCo9.
LETTRP: CCCCLXXX. — .1« jnème.
Après vous avoir soulîaité une bonne année, je vous dirai que j'ai acquis un livre nouveau : c'est un recueil de lettres latines de îannequillus le Fèvrc, qui concernent particulièlement des corrections de quelques écrivains anciens. Cet auteur est un savant homme en grec et en latin , qui a par ci-devant fait quebiue cliose sur le Phèdre et sur deux livres de Lucien , et un autre petit traité où il prouve que le passage de Josèplie touchant Jésus-Christ est infailliblement supposé. Ce Tannecpiillus le Fèvre est, à ce que j'apprends , un régent qui enseigne à la troisième classe de Saumur, qui n'est pas fort accommodé des biens de \n fortune, mais qui n'en vaut pas moins pour cehi. Lucien a dit quelque part que ceux que les dieux haïssoient , ils les faisoient maîtres d'école, et Melanchton a fait une harangue, de Miserilspœdayogoriiiii.
Il est ici mort depuis (juelques jours deux hommes considérables , savoir, M. Perrochel , doyen de la chambre des cùm[)tes, âgé de quatre-vingt-cinq ans , et un vieux conseiller de la cour des aides nommé Briçonnet,
M. Petitpied , avocat très célèbre , a été fort malade d'une inflammation du poumon, pour laquelle il a été saigné dixsept fois ; mais il se porte mieux. S'il avoit été traité par quelque charlatan , on lui auroit épargné le trésor de la vie, on lui auroit donné des petits grains ou du laudanum, et il seroit mort. Nous avons ici (juantité de lièvres continues, avec douleurs du cùté , ci'achenient de sang ., [deurcsie et in-
A IM-CONET- lil
tlaniinalioii du |iMiiiniiii. Ils ne sont soulagés que par la saigiu't' ; car ce n'est point du sang <]u"on IiHU' tire, ce n'est (\ue de la boue.
Je soupai dernièrement chez M. le premier président, fiui m'envoya inviter dès le matin. Il me fit dire qu'il m'enverroit son carrosse à six heures du soir, ce qu'il fit, et me renvoya avec bonne escorte sur les dix heures. Il se plaignoit à moi que je ne l'allois point voir , que j'étois obligé de l'aller quel- <juefois entretenir et (jue je devois avoir pitié de lui pour la peine qu'il avoit dans l'exercice de sa charge. Je lui répondis que je n'avois osé l'importuner, et ciue je le viendiois voir toutes les t'ois qu'il me feroit l'honneur de me le coniinander. Je vous prie, me répliqua-t-il, d'y venir au moins une t'ois la semaine si vous n'y voulez venir tous les jours. Lors(jueje ne pourrai pas souper avec vous, vous souperez avec ma femme. Il me traita avec cette familiarité de me faire asseoir entre lui et madame la première présidente, et je ne pus le refuser. Après souper, nous nous entretînmes auprès du feu ; entre autres discours il me dit que j'étois bien heureux, puis(iu'ayant fini la visite de mes malades, je n'avois qu'à passer mon temps avec mes livres ; que pour lui sa charge le tuoit, et qu'il se tenoit bien plus malheureux (jue M. Patin. En effet, les grandes dignités sont des charges , des menottes et des entraves qui nous ôtent notre liberté et nous rendent esclaves de tout le monde. Cette charge publique l'olMige de donner audience à chacun , lui ôte le moyen et le loisir de se divertir dans l'élude qu'il aime naturellement, et le fait lever, tous les jours de palais, à quatre heures du matin; et néanmoins après tout, »n nonobstant toutes ses plaintes, c'est une très l)elle et très importante dignité, plus considérable que celle du chancelier même, à qui le roi fait ôter les sceaux fiuand il vcul; mais les premiers présidents meurent en leur charge , et on ne la h^nr [)eut (Mer qu'avec la tète. Depuis plus de cent vingt ans, les favoris n'ont pas manqué de ruiner les chanceliers (pu leur ont d(''plu et qui ont refust'' de faire ce qu'ils vouloieiit Tonte
\41 LËTTtlES DE GUI TATIN
notre histoire en est pleine d'exemples. Voyez M. lecliancelier de l'Hospital , qui a été un des grands hommes qui fut jamais en mérite, en science et en probité. Voyez ce qu'il dit luimême de ses prédécesseurs dans l'épître du sixième livre. Il parle ensuite de deux chanceliers, dont le premier fut le chancelier Poyet et l'autre Olivier. Tous ceux qui ont été depuis ce temps-là en charge n'en ont pas eu meilleur marché , et entre autres lui-même , MM. de Sillery, du Vair, de Chàteauneuf et Mole , qui ont tous été de grands hommes , et qui n'ont pas laissé d'éprouver une fortune contraire à leur vertu. Je vous baise les mains , et suis votre , etc. De Paris, le 14 juin 1639.
; LETTRE CGCCLXXXI. — Au même.
Je vous dirai que votre jeune homme s'amende fort. Je lui ai fait beaucoup de remontrances , dont je ne me lasserai point : je prendrai grand plaisir de le voir devenir plus sage, et je veux croire qu'il m'en saura gré quelque jour; mais je n'y serai plus, toutefois il n'importe. Dès que je serai hors de [ce pays ici, je serai dans un autre où malaisément se trou- \ vera-t-il plus de fourberie et de fdouterie qu'en celui-ci. ISocrate et un autre philosophe dans Elien se consoloient en \mourant, qu'ils verroient en l'autre monde d'honnêtes gens , Vies philosophes , des poètes et des médecins. Je suis du même sentiment. Si j'y puis rencontrer Cicéron , Virgile , Aristote , Platon , Juvénal , Horace, Galien, Fernel, Simon et Nicolas Piètre, MM. R. Moreau et Riolan, je ne serai point en mauvaise compagnie. 11 y aura là de quoi me consoler. Je crois qu'il y a force honnêtes gens en ce pays-là en récompense de celuici, où ils sont fort rares. Je ne vois plus .ici que de la cabale , tyrarmie , fourberie , singerie , hypocrisie, et tout cela confit en beaucoup de cérémonies, et même les plus fins y Ironi-
A FAI.r.ONF.T. 14,3
peut in nomint' Doinini. Mais je suis d'avis de iiranèter là' et de ne rien dire davantage , pour ne pas m'attirer quelque | excommunication majeure.
Votre iils est allé dîner chez Garolus , où se doivent rendre ma femme , ma bru et mes deux belles-sœurs , qui sont allées gagner les pardons à un certain petit sermon dont je ne sais pas seulement le nom. Mais ce ne sont pas toujours les pardons qui font aller les femmes, c'est l'envie de trotter. Voilà pourquoi l'on dit ici plaisamment que saint Trotter , sainte Caquea et saint Babil , sont les plus grands patrons de ce sexe dévot (1). VaJe.
De Paris, le 17 juin 1659.
LETTRE CCCCLXXXII. - Au même.
Je ressemble aux femmes grosses qui s'ennuient d'impatience d'arriver au temps de leur accouchement et de leur délivrance ; ainsi je désire fort ce beau temps qui nous donnera permission de dire les bonnes nouvelles que le roi et la paix nous promettent et nous font espérer. Il y a ici un grand bruit qui n'est pas sans scandale : un cordelier, natif de Tours, nommé Cottereau , prêt de passer docteur en Sorbonne, s'est fait huguenot. On l'a cherché et on ne l'a point pu trouver.
(1) Ce trait satirique est le seul que Gui Patin lance contre les femmes, lui dont la verve de médisance épargne si peu de [;ens. 11 est ctonnant qu'à celte occasion, il ne cite pas Tépigramme suivante, 1res connue de son temps.
Qiiid lei'ius pluma .'' fla/ni'n : S'il fallait ea étagères
Qniil flcimine.' venins : Ranger les clioses légères,
(Juid 'l'ento ? mu/ter: Je dirois, sachez-le bien,
(Juid inulUie? ndul. l'iuiue, air, veut, femme et puis rien.
{^Oraclis dh'tul'.tscinls . par le sieur Vnison ilf la ( 'oloinbière , |652)
144 i.ETrnEs dk uii patin
On a (léfendu aux liiigiieiiols <lo le l'ocevoir. Ils làcheroiit dtt ne point perdre un iirosélyte de ce plumage; ils l'enverront à Sedan ou à Genève. Il y a bien des Tourangeaux qui n'ont l'esprit qu'à tleur de tête. M.Naudédisoit qu'il faut demeurer comme l'on est. Ces moines ont de mauvaises heures; ils sont souvent fort empêchés du marché qu'ils ont fait. Ils sont obsédés de plusieurs démons (pie l'eau bénite ne chasse pas toujours. Il y a quelquefois de l'ambition , de la mélancolie , de l'amour. Je crois que le démon du père Cottereau n'est que de chair. Il se rencontrera quelque belle huguenote qui secouera le cordelier et chassera son diable, comme la bonne femme Âlibec, de Boccace, chassa subtilement etiagréablement le diable de l'ermite. Ne montrez pas tout ceci à madame votre femme, de peur qu'elle n'ait mauvaise opinion de moi. Je considère le mal qui se fait dans le monde et tout ce qui arrive chaque jour sans m'en guère embarrasser. C'est alfaire aux sages de l)aisser la tète et de prendre du bon biais tant de bizarres événements. Je me recommande à vos bonnes grâces et suis de toute mon àme votre , etc. De Paris, le 27 juin 1659.
LETTRE CCCCLXXXIII. — .lu même.
Je suis fort content de notre écolier; il est doux comme un agneau. Je le menai lundi matin à la ville avec moi , et lui dis qu'a cause de lui je voulois aller à pied, à la charge qu'il apprendroit quelque chose de moi. Quand nous fûmes à l'horloge du Palais, je lui demandai s'il savoit bien les deux vers latins qui sont au-dessus de cette horloge ; il me dit qu'il y voyoit bien de l'écriture, mais (ju'il ne la pouvoit lire; je le lui dis, à la ciiarge que dès, qu'il seroit au logis, il le metfroit dans son cahier.
Machina qnœ bis sex tam juste dividil hora'' . Justiliam .terrare uintict , Icgcsquc luiri.
A t\\ CoM.T. l-i.")
Je lui ilis qii ;iil-(ifssii^ dtî hi puiti' de l'Arst'ii:!! . il v ;ivuil ilf'iiN ;mti't=.s \tM's cin'il l'alloil pMn'ilIt'iiit'iil savoii-:
/hllhna ïucc Hcnrico ]'itlc(t)ii(( (via miiii<lral. Tel a (fiqanla'o^ (IcbcUalura fiir(rr<f!.
Jean Passerai, piot'esseur du roi, ([ui iiiounil l'an Kioi toit vieux et aveugle, est auteur de ces deu\ distiques. Je lui (lis encore «jue dans les jésuites au collège; de (-lermoiil. il v avoil un aidre beau vim's sous leur cadraii, ([u'il falloil letenir et nu'diler :
il I ihj)i< . sic vila jhtil (ion stare ridiinr 1 .
{-e même jour je le menai a Curmeille : je le lis paitir une heure avant iDoi , avec un écolier eu jnédeciue; je les atteignis près d'Argeuteuil, où nous goûtâmes, et fûmes soujier à (!,ormeille, c'est-à-dire une lieue par-delà , dans notre belle maison; le lendemain mardi nous revînmes à Paris; le mercredi, je le menai quand et moi à la porte de Paris, y voir une exécution criminelle d'un voleur (jui y fut roué; on nous donna une chambre, de la i'enètre de laquelle il vit toute la cérémonie de ce mystci'e de défaire les hommes pour leurs ci'imes. Ce ne fut pas sans lui exagérer le malheur des mérlianls , qui se résolvent a voler et tuer pour avoir de l'argent, à faire des débauches et à jouei'.
I.e roi est encore à Poitiers. I/entrevue ne s'est point encore faite des deux ministres; 3F. de Lionne ne fait (ju'aller et venir pour la bien disposer ; néanmoins on croit qu'elle se fera bienl('>t. Il y a du bruit en Angleterre; deux villes se sont révoltées contre les ordres du p;uiement , dont l'iuie s'appelle Hristol. LesFrançois, Hollandois et Anglois traitent d'un grand accord entre les Suédois et hanois, et les veulent obliger de s'en tenir là.
1 J'ai cherclié inntiltinciil i'.nilfiir de ce niap,itiliq(ie vers, qui peiul le cours (le la \'u' luuiiaiiK' a\ec laiil iléiieruie et de vérilé. \\. P." m 10
î46 LETTRES bV. (.Il F.\Ti\
Lt's carabins (lu père Ignacf sont ici maltraités par lescuie.> (le Paris, U'squels f)iit fait imprimer ici plusieurs écrits, et entre autres le 8 et le î», qui sont forts , et q/ne deducimt isfos sorins ad niefom non loqvi : aussi feroient-ils mieux de se taire , car tout ce (pi'ils ont produit pour la défense de leur Apologie pour (es ctisuisfes ne vaut pas le papier qu'ils y ont brouillé: il n'y a point d'honneur de se mêler de défendre une si mauvaise cause, tant d'ordures, tant de fourberies, tant d'impiétés. Je m'étonne comment cesl>ons pères n'ont point plus de honte, vu qu'ils sont si fins et si rusés, que l'évéque de Belley,quiétûit un esprit incomparable, disoit qu'ils étoient logés au cap de fine teiTfp, c'est-à-dire les fins de terre.
On parle ici d'un nouveau casuiste loyoUtique, nommé Tamburin , imprimé , à ce qu'on dit , en Italie , en Allemagne et à Lyon , chez MM. Huguetan et Ravaud : je voudrois bien en avoir un de ceux-là en blanc; je vous prie de leur dire que c'est pour moi , et que je le veux acheter.
Je me souviens toujours de ce que vous m'avez écrit touchant M. Barbier, maison n'a encore rien fait qui vaille sur le sujet de la paix ; il n'y a encore qu'un moine minime , nommé le père d'Ormesson , qui a fait un livret sur la paix à venir ; mais ce ne sont que des cadeaux de moinerie. On dit que M. le maréchal de Grammont ira en Espagne quérir la nouvelle reine. Il y a ici quantité de prisonniers , voleurs et assassins, desquels le procès criminel est sur le bureau. Jamais les héritiers de Jean-Guillaume n'ont eu moyen de tant gagner : on ne fait ({ue pendre et rompre. M. Chanlate, après s'être reposé environ trois semaines, m'a envoyé quérir; il me semble fort mal : laborat sifi iaexhmista , onorexki , et opopnixia, diarrhœnserosa fœtidisùmn, febre lenta, cum dolore ad utrumque hypochondriorum. Vous lui avez dit tant de bien de moi, qu'il croit que je le guérirai ou que je suis obligé de le guérir, sicque Invidendis tuis laudibus afque jû'œconiis, me non tam ornajsti , quam onerasti et grovasti ; car de le guérir, lac lahoi\ hoc opna est . cela est bien ditlicilc; il est presque accablé
A KAl.CUNEI. 147
(le tàclieux symptùiiies (|Lii le mt'iiacciil |)(>iir l auloniMt' piochaii) , per quœ iiictuo nr /lut Uhltind' quicslus (irerbi'' ; liiij)riiiti>. tue terrent inyem il la sitis et sunanwa fanfidiuin , (junnim causa' simt patent issi7nœ ac velientissima> in cor/)07'e e/faHo , cum riseeriùns ijite/riperatis , maie inoratis , et a rnarasnui non proenj retiiotis : quihus singularis fjradiljusitur afi requiem seuipiternaoï. Il y a ici un libraire allemand qui a plusieurs livres. Il y en a même de Sébizius , mais ils ne sont pas nouveaux ; il m'a dit qu'il y en a un in-quarto, mais (jui n'étoit point achevé lorsqu'il partit de Francfort ; je pense ({ue c'est ce Manuale aiedico-praficura, qui peut bien maintenant être achevé, vu qu'il y a plus de six mois qu'il est sous la presse, à ce (pie m'en a mandé l'auteur même. Si M. Fourmi en a écrit de Strasbourg, il vous en pourra dire plus de nouvelles que pas un.
L'entrevue des deux ministres de France et d'Espagne ne se fera ni en France ni en Fsjiagne, mais dans une île de' la rivière de Hidassoa , qui est entre deux ; cependant don Louis de Haro a fait de grands honneurs à M. de Lionne. Je vous baise les mains, et suis de tout mon avxw votre , o\v.
De Paris , le 15 août 16,9.
LETTRE CCCCLXXXIV. — .4?/ même. ^
l'u (le nos anciens docteurs, Guillaume Diival, disoit que pour aller en paradis, il falloit devenir Normand et .se dédire de ses péchés : aussi faut-il (jue je me dédise, car madame de Beauvais n'est pas morte comme je vous l'avois écrit, elle a seulement été bien malade à Xainles. Le roi est encore à Bordeaux. On tient la paix et le mariage conclus , et que l'entrevue des deux ministres d'Etat des couronnes ne continue que pour les intérêts des allit^s. M. le maréchal de Granmiojit est parti pour aller en Espagne. U entrera à petit bruit dans Ma-
ili'id . mais il PII soi'lira Imi lolt' pt avccm'and train ipiaihl i! emiiit'iicra la renie.
M. Gras dira tout ce quil voudra , mais je n'ai ouï parler de lui à personne. Je pense qu'il ne réformera non plus notre médecine que l'état polititjue de l'Europe.
Ne vous fiez à rien de ce qu'on dit d'Angleterre , tout est (aux. Le roi d'Angleterre n'y est point ; il est encore en Brahant. On ne rentre pas sitôt dans un royaume lorsqu'on en a été chassé, principalement quand il est environné de la mer. Ils ont coupé la tête au père ; s'ils peuvent attraper le fds , ils le pendront à un arbre. Cette nation est cruelle, et puis ils doivent faire leur prolif d'nn ancien proverbe (pii dit que c'est être fou de laisser vivre les enfants après avoir liu' li^ père. Je suis , etc.
I>t' l*;iri-i. !<• 13 seplomlne I0.Ï9.