‹ Lettres de Gui Patin (volume 3)Chapitre 5 sur 49 · I.ETTRK (XCCLXXXV — .1/^ uinm · texte numérisé non relu

I.ETTRK (XCCLXXXV — .1/^ uinm

Lin courrier extraordinaire vient d'arriver . il a api)orté l'entière conclusion de la paix; tout est arrèti' pour le mariage, et la reine nouvelle sera en France le 24 d'octobre prochain. On achève en Hollande une belle édition de notre auteur François Rabelais. C'étoit un homme qui ,se moquoit de tout ; en vérité, il y a bien des choses dont on doit raisonnablement se moquer. Si l'on y prend garde de bien près , elles sont presque toutes remplies de vanité d'imposture et d'ignorance : ceux qui sont un peu philosophes nedoivcnt-ils pas s'en moquer? Il est certain que l'armée du roi d'Angleterre a été battue par Lambert, quoique celui-ci n'eût (pie six mille hommes et le roi (juatorze mille. Il y a deux cent soi.vanh'douze officiers prisonniers. Notre ambassadeur en Angleli'rre, ^I. de Bordeaux , a eu charge du roi d'aller saluer la ic-

jiii!ilii|iir a Luiidrcs , rc (|ii ii a lait ; cciix du parti (!r (aoiiiwt'll en ont (Hé (bit rt'jouis.

la's partisans discit ici ([ne mcssicnrs du luirlcnicid sont l)icn tachés de la paix . (lu'on n'aura plus besoin d'vu\ , cl «pi'on ne leur doiniera plus de pension ; d'autres disent (pie (■(^ sont les i)artisans fpii eii sont bien marris, à cause (pi'ils ne seront i)lus adnns à oli'rir de l'ari-ent pour avoir des arivis du conseil qui écorclient le peu[)le. Voici des veis qui courent contre messieurs du parlement , desquels on l'ait auteur M. Gaumin , doyen des maîtres des re(iuètes, (pii fut jadis lieutenant criminel à Moulins, et est cousin (\v. M. de Lorme (I), le grand médecin des bains de Bourbonne. (".t; M. Caumin est fort savant en grec et en latin et dans les langues orientales, et ennemi du parlement. Voici les vers:

( iiiia cur paciiu populii (■HpiiUliOit.s horrel ,

Hegnantiquc toyiv car utctuencla quics ?

An fradi riolassc piidct ciinsorlia refini .

Juiiadce pitctum xec iDeminisse capul?

Qine bcllo inerucrr , liwcnl iii pave fuluri

Maxima suppliei , jmrs S'ilit e.<se (inior.

Madaun' la mar(''cliale de (iu(''biian est morte a l'crigncux ; elle n'a été malade que treize heures, (;t est morte :;ans confession : elle étoit le partisan de ce jiays-là, elle v est fiul maudite. Il court ici en cachette un manifeste pour le Portugal, par lequel on prouve (|ue la France ne doit point abanilonner ce royaume à l'Espagnol, vu l'accord qu'ils ont faitav(^c nous , signé de la main du cardinal de Uiehelieu. On attend im courrier d'Espagne qui doit venir prendre le n(')tre, pour aller ensemble à Rome demander dispense, pour le roi, d'rpouser l'infante d'Espagne, sa cousin(\

Je vous baise très humblement les mains, et suis de tout mon ('(cur votre , etc.

De l'ari.-«. le <,» sciilombie IGoU.

1) \'oyr:/, la noie lomc 11 . ]t.ii;c MiH.

I'>0 r,ETii;F.s Di: 1,11 pvriN

LKTTKE CCCCIAXXVI. - .4;/ )nhvr.

Le parlement d' Angleterre fait le procès aux prisonniers (jui tenoient le parti du roi , et entre autres à deux qui étoient les principaux dans ce remuement.

M. Bitaut de Chisé, jadis conseiller de la cour et grand frondeur, est mort en Anjou, et M. Brachet, qui étoit une des créatures du cardinal Mazarin , est mort à Cazal.

La nuit passée, le feu a été près des Augustins, chez un conseiller de la s our, nommé Colombel; son étude y a été brûlée, tous ses livres et ses papiers. Il a autrefois été docteur en droit; il dit qu'il a été lui seul dans son étude, et ne s'en prend qu'à lui-même, mais qu'il ne sait comment cela s'est fait. On dit que les entrevues ne sont point encore finies , et môme qu'elles ne finiront pas sitôt ; qu'il y a d'autres affaires à quoi on ne pense point; quelques uns disent que c'est que les Espagnols ne veulent point abandonner le prince de Condé, et qu'ils désirent pour lui bien des avantages qu'on ne lui veut pas accorder; d'autres disent que c'est pour les affaires (l'Angleterre , et même que le roi d'Angleterre s'est travesti pour se rendre au lieu de l'entrevue. On en dit encore un plus fin, c'est que les deux rois veulent agir, conjwictis viribus, contre les Hollandois, et qu'ils veulent reconquérir la Hollande et étouffer la liberté de cette république naissante (cela pourroit bien être) ; d'autres croient que c'est pour aider aux Vénitiens contre le Grand-Turc, pour faire quelque mémorable expédition sur la mer Méditerranée, prendre les Dardanelles et le chasser de Constantinople; il n'y a |)as d'apparence à ce dernier. Nous ne sommes pas assez gens de bien pour avoir de si nobles pensées, et talis sapierdia apud nos non htibitot D'autres disent que c'est pour ruiner les huguenots. Ut que le pape y pousse fort. Je ne doute nullement de lui ni de sa bonne volonté : cnpit enim Jupiter iste CapitoUnua om- \ivhi-i et in nmnibi/x rinminnri. D'autres prétendent que c'est

; FAI.CO.NKI l"»l

pour abattif U-s jansénistes, ferroet flamma : les carabins du père Ignace n'y oublieront pas le pouce Qu'en dites-vous , monsieur? ne voila pas de belles spéculations politiques sur les affaires de l'état du temps présent? Chacun y veut avoir sa part.

Je viens de rencontrer un conseiller de la cour (jui ma dit (jue le mariage du roi est reculé, que l'on ditcjuil ne se fera qu'au mois de mai piochain, et que la cour ne reviendra jioint à Paris devant ce temps-là. Quelques uns, dit-il, ont mauvaise opinion du tout , vu ([ue M. le maréchal de Grammont . <|ui devoitpartir le I> de ce mois pour aller en Espagne y de mander l'iid'ante et l'amener en France, est contremandé f").

Je vous remercie de la peine (pie vous avez prise de m'acheter Tanihurinus in Decaloyiua , chez MM. Hugaetau rt Ravaud ; je vous tiendrai compte des cent sous qu'en avez donnés pour moi, et je remercierai M. Huguetan de son And. Argolus. Je pense qu'après la foii'e de Francfort , liviueile tient à présent, nous aurons des nouvelles du Sj/cnt/um ihpdico-procfiaon de M. Sebizius.

On dit que les conférences des deux ministres dureront jusqu'à la fin du mois, et (jue le roi passera l'hiver en Languedoc ou en Guyenne; (jue l'on apprête ici des habits pour envoyer à la cour, et (jue le roi ne veut point revenir que tout ne soit conclu.

La paix entre les deux rois du Nord n'est pas faite. Le l'oi de Suède ne veut entendre ni raisons ni propositions, pasméme celles (pii lui sont jtroposées par ceux de son parti: il a menacé les Anglois de les aller attacjuei", et de rétablir leur roi m'algré eux ; il a même ([uerellé les Hollandois , qui s'otl'roient de traiter avec lui de la paix avec le roi de Danemaik , et les

{t) On voit avec quel empresseiueul , quel \if intérêt élail accueilli le j;raiKl fait du mariage de Louis XIN avec l'infante d Espagne. Cet événement. (Mitre le rctablissemeiit de la paix, [av-paroit, en effet , l'union de la France cl de l'Espagne , qui eut dans la suite une si grande influence sur 1.1 politique de l'Europe. iR. P.)

1^2 I.KIT!!I.N i>i; Ml r\n\

il iippelés criKjnr-iKiivrc . a caii^o (|u ils ioiil lialic de celle (Iruiiiie par leur navigation aux Indes orientales lils n'ont plus (pie l'aire aux Indes occidentales, car les Portugais les ont chassés).

Le feu roi de Suéde, et celui-ci même, ont souvent dit (ju'ils avoient envie de ruiner ces glorieux HoUandois, ces nouveaux l'épublicains, ces marchands qui faisoient les rois; et il y a longtemps (jue les rois de Suède sont enriemis des HoUandois. Pour le poivre, il y a longtemps que le Buchauan s'est moqué du roi de Portugal , qKcin cucot Pdlijnniiii'iin , ^W i'.'j: ille fut )W)iinii/ji(s )iinf/)iis si dcsif pi.pcrario fa/jerun , vi'i!>nratn facict . vel esuriet. Je vous baise les mains, et suis de tout mou co'ur votre, etc.

Pc Paris, le 19 septembre lOlj'.K

LETTHR CœCIAXXVll. — 1// mfhnr.

Je vous écrivis le 5 septembre; mais je vous dirai <pie depuis ce temps-là ou débite à Paris la conclusion de la paix et du mariage du roi , et que notre nouvelle reine sera bieiil<')t en France. Le roi a envoyé en Espagne un jeune seigneur fort bien fait, qui est le marquis de Tardes, capitaine dos Cenl- Suisses, pour y saluer de sa part la nouvelle reine. Ce mar- (piis est fils de la feue comtesse de Moret, mère du comte de Moret , bâtard de Heni'i IV, (jui fut tué proche deCastelnaudari , lorsque M. de Montmorency fut pris en Languedoc en 163-2. Cette comtesse est célèbre dans V/ù/jJiDnin'dn de Barclay sous le nom de Casiiid. C'est à l'endroit où elle fut mariée au comte de Cesi-Sancy, qui depuis fut envoyé ambassfideur à Constantinople , et là se voit la desciiption d'un conti'at de maiiage d'un homme qui veut bien être cocu . fpii promet et s'oblige à le soulfrir. Environ l'an IfilS. elle se rem;u'ia au marcpiis de Vardes , fils du bonhomme gouver-

unir (le la (;iiii[)e'lk', et pccc (Iccchii-ci. (|iii r.>( h Ile m K.s|>iiyiic.

Il (\->t VL'iiiules nouvelles (|ue la luarécliale de (.Ufhriaii est iiiniic à la suite Je la cour. Klhî étoit tante du juanjuis de N'ardes et u'a jamais eu d'enfants, .ie pense (|ue la succession en est bonne. Elle est morte en quatre jours et sans confession. On peut dire d'elle ce que dit Erasme, en raillant , d'un cordelier (|ui mourut subitement: oini t sinp cnicc , sineiuxc , sine Ihm. On dit qu'elle devoit beaucoup, mais en récompenst; la reine lui doit 40,000 pistoles qu'elle lui pretadiu'ant lesiége de Paris.

Je viens d'apprendre qu'un Anglois a écrit contre la politi- (|uede M. Hobbes, et qu'il y a ici un livre nouveau de la Gcuf'rdtion des plantes d'un auteur anglois. Notre siècle est fertile en niécliants, en fous et en esprits remuants. Nous avons ici un de nos jeunes docteurs, nommé Nie. I^iénard, un peu plus savant (pie son père, qui n'a jam;iis ('té bien sage, (le Lii'uard fait imprimer un petit livre en fran(;ois : Dissrrfafion SKI- In cnnsf lie In ijni-(/n/ion , oîi , rejetant toutes les oiiinions i\cii anciens et des modernes, il tàcbe de nous en persuader une nouvelle , ({u'il tire , à ce ([u'on dit , des spéculations pli\ si(pi('s de R. Descartes. Je ne sais pas ce que ce jeune homme obtiendra par son livre; mais je sais qu'il est bien glorieux . et (pi'il a bien plus de vanité (pie de science. La terre est If llK'àlre dt^s fous, aussi bien que des sages et de ceux (pii le croient être. Nous avons à la cour deux médecins fortsuperbes. Valot est le pi'emier, qui fait tout ce qu'il peut pour attraper de l'argent , et se remplumer de la grosse sonnne ([u'il a donnéi; pour être premier médecin. L'autre est ?iL Seguin , près (le la reine, qui crève d'avarice aussi bien que de richesse ; il est nchmmoins veuf et n'a qu'un tils. Il a attrapéuneabbaye; il cherche iiu évéché, et court après un marchand qui veuilli' acht^ter d(.' lui sa charge de médecm de la reine l).

i N'oyez ce «iiTii dit {\c celle ;il>l>ine . obleiiiic jno ]n-winio Inciluiml ilis Idiiie II . p. :i.jt . R. r.

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