I.Mi i.F:iri;i.s m; (,i i v\i\s
traite bien ciiiieux et bon; car c'ost un excellent lieunnu', tjiii ('•erit bien et (|iii prouve bien son fait.
On me vient de donner des vers latins sur la paix el le niaria;;e du roi, dont l'auteur est un bel esprit, nommé 31. Méndyi,i\ natif d'Angers. Les voici adressés à la reine :
Hespondere luis tandem, pia Numina colis,
Anna parais patriœ , principis anna parens : lUe, taiis Lodoia\ hominum Divùnujue voiiiplas ,
Qui tend inviclà Gallicd sccplra manu, Uxorcm dncit Mariam , (luam rcfiibus orlam ,
Hcsperiis , fhici suspicil unda Tagi.
At tu , Ui'ta , favc sponsis . 6 pronuha juiiu .
.\ani meruci e : hostcs vincit utcr<fiic lun^ . llld sud, ut cernis , vincit lihi Cyprida forma ,
Viribus Alri'lcin rincit et ille suis.
Le traité du prince de Condé est tout-à-fait conclu. 3L le Tellier a ét('' à Bordeaux en conférer avec M. le prince de ('-(»nti. On dit ipie par ce traité de paix, trois provinces el ti-ente villes reviennent au roi. Le roi s'en va à Toulouse, où bu'ardinal Mazarin le viendra trouver dès que les conféiences seront achevées. Il y en a qui disent (jue, selon que M. le man'cbal de Grammont enveri'a des nouvelles à la cour, le l'oi l>(»nrra bien revenir à Pai'is, sauf à retourner au printein|)s où il faudra. On dit que l'infante, sortant d'Espagne , viendra par la Catalogue, à cause des grandes neiges (jui |tourroient être cet hiver aux Pyrénées. Le roi de Suède est fort mal en ses attaires. .le vous baise les mains, et suis de tout mon C(eur votre , etc.
I>c Paris, le 7 ()Clol)ro \C)'ô\).
LLTTIIL CCCCLXXXIX. — \u même.
Esprit André est le nom et le surnom ; la famillo se snr- (unine Andi'é; Lspiit ('loit le nom du père, médecin de F.i'-
A l'M.l.DVF. 1. l.")7
zifis,(|iii iiKtiii'iil a iouKiiiSf a la |ioiii'siiit(' d'un procès, |)ai' lt'(|iit'l il t'toit accusé d'avoir empoisouni' un malade; ils onl K'icnu ce mot d Esprit, (|ui est capable de l'aire venir de la prati(|ue et de l'ariient. Toute cette famille vient ilu pays de !>avid.
M. Gras, votre collègue, a diiié aujourd'liui ^ 15 octobre' céans; nous y avons bu à votre santé, et de madame Falconel. M. Troisdames le jeune est arrivé, Dieu merci; il m'a l'ait vos recommandations; je lui ai fait vos excuses de ce que vous n'aviez pu le voir lors(|u"il partit de Lyon. M. (iras dit (pie nos chiruri;iens tirent tro[) de sani; à la fois, et dit toujoiirs(ju'il s'en ira bientôt.
In conseiller me vient de dire que des lettres S(jnt venues. l»ar lesquelles on reconnoît que le roi ne viendra point à I*aris devant la Saint-Jean, à cause que son mariage est diHeré, bien que l'on n'en sache pas la cause: mais on parle de guerre' en Allemagne , où l'on fait marcher des troupes.
Je lis hier saigner M. de Breteuil , contrôleur-gént''ral des linances, où j'appris (jue M. Fouquet , procureur-général et surintendant des linances, étoit allé de Bordeaux à Toulou.-^e avec le roi, et que de là il iroitvoirlecardinalMazarin, sur la frontière où il est, et qu'il retourneroit de deçà vers la Toussaint. On dit (|ue l'évèque de Nantes, M. de Beau va u . au- Ir.ifois maître de chambre du cardinal de Richelieu, est fort malade en Anjou , son pays. Voilà bien des évèchés |)our ceux qui s'en veulent fournir, et moyeimant les conditions séculières et politiques qui sont retpiises en ce temps-ci. 11 y en a (\u[ disent (jue le roi ne sera pas longtemps à Toulouse , niais <pi'il viendra passer l'hiver à Lyon, ce que je ne crois l>as. Je me recommande à vos bonnes grâces , et suis de toute mon affection votre, etc.
I»e Pari». !.■ 17 octolut' Kl.'iU.
lâg ' LETTHES DE (MM f\TIS
LKTTRE CCCCXC. — A» vH-nu:
J'ai parlé de la bonne sorte à votre homme. Il a promis tout ce que j'ai voulu et a eu peur de votre colèi'e : aif)si elle a été bomieàquelque chose. Néanmoins, un ancien a dit que cette passion n'étoit bonne qu'atout gâter, et (pi'un jour Minerve, quoiqu'elle fût la reine des sciences et la déesse du bien-dire, s'étant niiseen colère, lit un solécisme. Pour cet autre homme dont vous me parlez , c'est un stoïque retVogné , un homme tout particulier et tout mystère : totus suijuris , tofus uovôtû:- Tr;^. .le ne l'ai point vu depuis, mais je ne crois pas qu'il soit encore parti de Paris. Pour la fréquente saignée qui se fait ici , il n'a que faire de s'en prendre à nous; nous ne sommes pas la cause des maux qui se font dans le monde; nous ne saurions faire autrement. C'est la débauche cpn est universelle, et la trop bonne chère qu'on fait qui nous y oblige. Nous ne saignons point par coutume, mais par nécessité, par règle et par indication. Les prétendus réformateurs et législateurs se plaignent toujours, et n'avancent rien pour cela. Ce n'est pas grand'chose de dire à un homme qu'il n'est pas dans le bon chemin; il faut lui montrer quel chemin il doit tenir. Quelques étrangers blâment nos fréquentes saignées, qui n'en savent ni la cause ni le fruit, non pas même la nécessité. Si nous saignons trop, qu'ils nous donnent le moyen de nous abstenir, et nous disent quel autre remède peut être mis en usage au lieu de la saignée. Vous aurez bientôt le livre de M, de Gorris,qui vous en entretiendra, et en iittendaut laissons parler les malcontents. Dieu laisse bien vivre les tyrans, les usuriers et les jureurs de son saint nom.
Je baise très humblement les mains à notre cher ami M. S"**, très bon personnage, ôtez et exceptez les intérêts de la petite ])aroisse , à laquelle je ne laisse pas de me recommander. Elle vient d'être nouvellement augmentée d'un révérend père cordelier, nommé le père Belletille. natif de Provins, qui
\ FVl.CtJNEi l.iO
avuil se|)( ans ilui'aiit eiiseijiiit' la tlifnlogir \(»ila de nos prédicateurs et de nos propliètos. Il dit (|ue si Dieu l'a inspiréce n'est que pour le salut de son ànie, et pour le retiroi- de l'Egypte des moines et le délivrer de la tyrannie du cloître : c'est i)eut-ètre encore quelque autre chose qu'il n'oseroit diie pour son honneur. Il est maintenant en Hollande. Je pense (jue chez eux, aussi bien que chez nous, on ne fait guère d'estime des moines défroqués. Comme ils sont souvent entrés dans le cloître par des considérations humaines, ils en .sortent aussi quelquefois de même; mais les dernières sont souvent bien pires que les premières. Je vous bai.se les mains, et suis , etc.
l)e Paris , le •2.S (.ilobre IG.ÏO.
LETTRE C(XCXCI. — .1// innne.
L'on parle fort ici du décri des monnaies, et principalement de celles d'or. Le duc de Lorraine est attendu àBlois , chez M. le duc d'Orléans; en peu de jours il a mandé de deçà le prince françois. Son pays lui est rendu sans rien excepter, mais on abat toutes les fortifications de Nancy. Le milord Lambert a cassé le parlement d'Angleterre ; mais il vient une armée d'Ecosse conduite par le colonel Monrk, contre Lambert , pour ledit parlement.
Enfin, notre saint père le pape a promis aux religieuses de la Visitation de canoniser leur fondateur, le l)ienheureLix François de Sales, évèque de (ienève; mais il leur en coù-j tera de bonnes nippes : Jupiter iste Capitol invs, lançje caUidior est a<: ostutior Xtwm Pompilio , ctii tomen pusf multa secula successif nec intestatus. Tous biens sont communs, il n'y a plus] rien que les moyens de les avoir. Quelle vilenie dans la chrétienté! les Turcs n'ont-ils pas de quoi se moquer de nous? Tant dépenser d'argent pour une bagatelle politi(pie ! Telles
ib't ■ 1 FTïUrs liF (.11 l'vTlV
bouillies Itien einpldyt'-t's serviroienl a coiHiiii'iii' nu l'oyanuu-^ sui' les infidèles. Exchnnul Mt-llinin pcrioist fidulein de reùns. Mais le masque eu est levé, il n'y a plus de vergogne au monde, l'impudence est permise; ce sont les impudents qui gouvernent le monde, et cela n'est point d'aujounlliui, quelqu'un l'a dit dans Hérodote.
On dit que les deux rois sont d'accortl de signer la [laix tous deux en un même jour. Il y a commission donnée à la cour pour faire exécuter le traite de paix eu Italie , savoir, de rendre aux Espagnols 3Jortare et Valence, et Verceil à la duchesse de Savoie; Pignerol nous demeure. C'est un nommé le (laumonl qui doit aller en Italie; c'est un homme sans lit- If'-rature, mais qui a hon sens et une bonne politique. Il a du llegme assez pour faire enrager les Italiens; il est frère du célèlire avocat (|ui a soin des affaires particulières de A'azarin. l'ii autre a le même ordre pour la Flandre.
Plusieurs seigneurs font faire de beaux carrosses pour venir ici voir la cérémonie de l'entrée du roi , quand il amènera sa femme, l'infante d'Kspagne. On dit que le i)rince de Condé .sera bientôt ici. On a imprimé en Hollande un livret intitulé: Trotté polit iqw: , etc.^ qw tuer un tj/ran ii est pas un meurtre. On dit qu'il est traduit de l'anglois; mais le livre a premièrement été fait en françois, jjar un gentilhomme de Nevers, nommé M de Marigni (l) , qui est un bel esprit. Cette doctrine est bien dangereuse, et il seroit plus à propos de n'en rien t'crireJe n'aime point qu'on fasse tant de livres, «■/^ renenis^ par la même raison ; j'ai toujours en vue le bien public . je n'aime point ceux qui y contreviennent. Nous avons fait hier une
(1; A. A. Barbier ( Dictionnaire des ouvrages anonymes et />se«donymes , t. III , p. 363 ) démontre que Gui Palin esl dans l'eneur. et que Marigni est lout au plu.s le traducteur. L'ouvrage original e,-il dirigé conirc Olivier Croniwell , et e.sl intitulé : Jîilliny no Murder, etc. , by \\ï\]. Allen , KioT , in-'i. El il est reconnu aujonrd'luii que le nom d'Ar.LF> e^i un i>seu(lnnyine don! se couvrit le colonel Su AS TlTl.S. ♦ 1^ l>
A FAI.CONF.T. lOl
nonsnltation poiii' un Lyoïiiiois, M. Hainssaiit cl moi : c'est pour uu procureur de Lyon , nommé Teveiiel ; M. de Kliodes nous en a fail le récit sur l'écrit de M. son père , et nous avons conclu que c'étoit une hydropisie, même mortelle, étant jointe à un asthme et à quarante-neuf ans, où d n'y a plus d'eflbrt à espérer de la chaleur naturelle. Cette sorte d'hydropisie ascite n'a plus d'espérance quand elle vient d'avoir bu son vin tout pur, et les Grecs disoient en ce casla, T'.-j'.'j l7ci-j àv:"'T!Tov y.yt. czviTtrov. C'est à vous d'en décider. Je suis de tout mon coMir voire, elc.
Ito l'nris, 1<> -21 nov.'tiihiv^ 1fi."><.».
J.ETTKK CCCCXCII. — Au même.
Je vous puis donner i)om' la piésentc une tidèle déposition de notre constance dans le chemin de la vertu ; Dieu veuille que ce soit pour toujours. M. votre frère vint hier céans y voir son neveu , qui lui dit qu'il attendoit réponse de vous.
On fait ici le procès à un des chefs des Sabotiers, nommé M. de Bonnesson, seiitilli"nime du pays de Beauce; il a éf('* conduit de la Bastille au grand conseil, qui a charue de lui faire son procès, mais ils n'en peuvent venir à bout. Il ne j»arle point, il demande son renvoi à la chambre de l'édit. l)arce qu'il est huguenot , et n'a rien ^oulu répondre aux demandes et questions qu'on lui a faites. Comme il avoit été conduit avec une escorte de 300 hommes de la Bastille au grand conseil , il y a de même été ramené; il a présenté re (luêle au parlement pour obtenir son renvoi. Hier furent faites au parlement les harangues d'entrée, par MM. le premier président et l'avocat-général, savoii-, MM. de fiamoignon et Talon; on dit (|ue tous deux ont bienfait sur la paix, et en louant hautement ceux qui vont travailli'. mais (jne }i\. Talon a élt- li'op lung.
4^1 LETTRES DE (UJl PATIN
Le cardinal Mazariu doit avrivor aujourd'hui à Toulouse; il a passé parDax ré\èclit' du pt-re le Bouts), où il s'est baigné dans les eaux chaudes qui sont en ce pays-là. Cela peutil guérir la pierre, la goutte et les hémorrlioïdes? Je ne sais comment on peut vivre, ni ce qu'il faut faire en ce siècle pervers, extravagant et fantasque, je ne vois plus de règle nulle part.
Je traite ici un Normand qui vient d'Angleterre, fort huguenot et fort royaliste , qui déplore les malheurs de ce payslà , et la mauvaise fortune de ce roi prétendu et prétendant. On imprime en Hollande un beau livre fort savant et fort curieux , de M. Samuel Bochart, ministre de Caen, qui a cidevant fait le PItaley et le C/ianann; cet autre sera, de A7iimantibuaSacrœSaiptnrœ, il y aura deux volumes in-folio. Joseph Scaliger disoit qu'il y avoit bien des choses en la Sainte Ecriture que personne ne savoit, et entre autres de certains bois, oiseaux et poissons : c'est pourquoi il avoit écrit un certain livre, df Jmohibilihm Sacrœ Scripturœ , qu'il aima mieux brûler que le donner à M. le président de Thou, ce qu'il fit en dépit des jésuites, quil aimoit autant que les juifs font Jésus-Christ. Il avoit aussi écrit une géographie de la Sainte-Ecriture, laquelle fut pareillement brûlée. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, le 23 novembre 1659.
Vous serez bien aise d'apprendre que M. votre fils a beaucoup profilé de vos lettres, car il se lève matin et emploie bien son temps ; celui même qu'il pourroit donner à son divertissement est souvent employé à lire des Borboniana, Gro- TiANA et XAroKANi. 11 rit sous cape quand il trouve quelque chose à son gré, et cela lui arrive souvent. Aussi ces manuscrits prennent les gens par le nez, et les empêchent de devenir (le grands sots; cela me réjouit.
A FVI.CONF.T. 163
! . ETTR K ( TA :C \ C 1 1 1 . — /t // mrh/n- .
Nous savons bien de dcvà (jne \o. Mazariii csl arrivé a Toulouse, et qiu' U' pape a t'ait une nouvelle création de deux cardinaux, dont l'un est son confesseur, jésuite, Sforza Palavicin , que ses confrères prêchent comme très habile et très savant personnage; néanmoins c'est lui qui a entrepris (par un livre imprimé en Italie, qu'un autre père de la société met en latin) de réfuter le plus beau livre d'histoire qui ait été . fait depuis plus de mille ans, qui est l'Histoire du concile de y Trorite, par fra Paolo Sarpi, premièrement fait en italien, puis tourné en anglois, en allemand, en latin et en françois. La certitude etla vérité de celui-ci sont appuyées sur les relations des ambassadeurs que la sérénissime république de Venise entretenoit en ce concile. Il faut être loyolite pour entre-'' prendre un tel ouvrage ; car il faut mentir hardiment et être impudent jusqu'au bout. J'ai envie de rire, lorsque je vois un pape donner un bonnet de cardinal à un jésuite, son confesseur, datât i m iudunt , et nywit ex compncto. C'est ce qui me fait souvenir de ce qu'a dit quelque part le bon Augerius Gislerius Busbequius in Leyntionis Turcicd' Epistolœ IV , que le grand Turc envoie quelquefois prier son muphti, qui est le pape de la Turquie, d'aller souper avec lui |)our s'enivrer i!nsemble, disant qu'il ne fait rien contre la loi de son prophète Mahomet de boire du vin, ni de s'enivrer, pourvu que cet animal de muphti y soit (car autrement ce seroit un grand péché à lui), comme les canon istes d'Italie disent que / jird'sente Domino paj)a non fit sirnonia. Eidin ce sont les rusés et les impudents qui gouvernent le monde, les gens de bien sont menés par le nez , derij/imitar specie recti : heureux qiiT met en Dieu son espérance, et ([ui ne voit lien de tout le désordre qui est en la nature, mais notre mal est plus cer-' tain (|ue n'est la goutte dans l'opinion de Fernel. l mpitc finit o'iiiiii' iiKiluiii. An moins si les |irinces s'aniendoient ! s'ils se
104 LETTRES DE (.(l PaTIN
voiiloitMil retenir, et se soiivenii- (|iie leurs pauvres sujets sont chrétiens! mais ils n'ont garde, cela leur coûteroit trop. On (lit que ce jésuite, Palavicin, ne s'est autrefois fait jésuite que par dépit, regret de ne pouvoir devenir cardinal; enfin il l'est devenu, imrujinatio tandem fjenuit cosuni. C'est que père Ignace a plus de crédit à Rome que l'argent même, qui gouverne pourtant tout le reste du monde. Le pape, qui fait son confes.seur cardinal , ressemble à de certaines bigotes qui sont ici ; elles font aller leur mari à pied pour mener avec elles aux champs leur confesseur en carrosse; et si les pieds font mal à ce pauvre mari , il est quitte pour dire :
Tanlum religin potuil .^uadere malonov.
Mais que ferions- nous à tout cela? (Jimiiolin /louiincs oi-uni , tamdln errorcs videhiintur.
N'avez-vous point de nouvelles du livre nouveau de M. Sebi/.ius, Speeidinji 7nedico-practicum? H y a ici un jeune médecin allemand, nommé ^f. Wepfer d), qui a été son écolier, qui dit qu'il est achevé et l'a vu. On va faire mourir en Grève un grand garçon d'Anjou, laquais, qui a blessé son maître en le voulant tuer, parce qu'il lui avoit donné un soufflet. Ce maître est M. Gallard de Poinville, maître des requêtes, frère d'un président de la chambre des comptes, et frère de madame la présidente de Novion. Le laquais sera rompu.
M. Fouquet, surintendant des finances, a été appelé à la cour pour quelque cliose cjne .M. Hervart avoit dit contre lui , et eût été en danger de perdre sa surintendance, s'il n'eût paré le coup; et, dit-on, en donnant 50,000 écus au cardinal, comme un présent de bagatelle, il revient i)ien établi. On cherche de nouveaux moyens de faire de l'argent; le roi ]'évoque toutes ses fermes, et il se fera de nouvelles enchères poiu' le commencement du printemps prochain,
1 1) Voyez tome II , paires iî<R et 489.
A KAMONKI. li)''>
(Ml (lu (|iii' le lils (lu roi <J"Espayiie a viDyl-sis. mois, mais ([u'il (^st l'urt malsain , qu'il ne peut vivre longtemps ; qu'il a déjà deux cautères, et que s'il mouroit, cela pourioit emp(k;lier le mariage du roi, joint à cela que la reine d'Espagne ji'cst point grosse.
On a lait ici une épigramme IVan(;oise sur le mariage et la paix , qui a bien couru le monde : outre (ju'elle n'est pas trop bien faite, c'est qu'elle est remplie d'obscénités qui font pi'ur aux honnêtes gens ; ainsi dispensez-moi de vous l'envoyer. Je consens néanmoin.s de vous envoyer ce distique latin qui a sa gentillesse.
Ncscius hic teniœ , tindicla' neschis isie; Hic pacem nobis abslulil , ille dédit.
Il y a apparence qu'on y décrit les deux cardinaux Hicliebeu et Mazarin. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 2 décembre 1659.
LETTRE (XCCXCIY. — .W mi-me.
Je vous remercie de l'attestation île messieurs de Montpellier, touchant le séné deSeide, qui , à la vérité, n'est pas si bon que celui d'Alexandrie, follis acutis ; ce dernier doit être appelé^'e/zc' Arabica, quœ collecta defhiurAlexaiulriain ^J'Jgypti, indequea caciisinercatorihus asauaipta, devchitur Bijzaatiuin, 1 cnetias, Massiliam et alias urbes utqne procincias ; altéra est sena Sidonia vel Syrioca [sed est corruptiua cocabuluin) . foUisrotundis, obtKsis , non acirmincdis ; ce dernier n'est pas si bon, mais néanmoins la teinture en est plus belle. Le bon séné est aujourd'hui bien cher, et les Turcs nous obligeront d'en faire semer dans les régions les plus chaudes de l'Amérique. Pour votre pancarte de Montpellier, je vous la garderai bien , ou j'j vous la renverrai (|uand il vous plaira.
1G6 LtTlKES DK I.LI l'ATIN
Je ne vois ni n'entends parler de M. Gras; s'il a tant d'emploi, je pense qne c'est à son quartier ou chez des gens de sa religion ; mais prenez garde quand vous parlez de lui à M. Spon : n'est-il pas son bon et intime ami? Pour vos statuts, j'en parlerai quand il vous plaira à M. le premier président , faites-moi délivrer par votre procureur un placet pour lui , tel que vous le voudrez; mais je voudrois bien que cela se pût faire quand j'y vais souper, car alors je l'entretiens à mon aise. Il me dit la semaine passée, dès qu'il me vit : Seigneur Dieu ! on ne peut vous avoir qu'à grancVpeine , monsieur Potin; j'ai donné ordre que nous serons aujourd'hui tout seuls ; M. Patin vaut bien une audience particidière , il y a près de quatre mois que nous ne nous sommes vits; c'étoit à cause des vacances. En cet entretien particulier, que je le tiens tout seul, je lui dis tout ce que je veux, mais il ne m'accorde point toujours tout ce que je demande; car on m'a quelque fois baillé à lui demander des choses injustes ou impossibles , qui sont deux, choses qu'Aristote a dit qu'il ne faut jamais demander à son ami. Quoi qu'il en soit, il ne tiendra pas à moi que vous n'obteniez pour votre collège tout ce que vous désirez, et je le ferai de grand cœur à cause de vous , et même pour le public , afiji qu'on n'admette point dans les bonnes villes à faire la médecine, illofis manibus, tant de jeunes gens qui viennent des universités plus légers qu'ils n'y étoient allés , vu qu'ils y ont laissé leur argent , et n'y ont rien acquis le plus souvent de solide.
Basset est bien heureux de n'avoir point été pendu ; gare que ce ne soit pour une autre fois; le premier péché de l'homme est \a superbe. Je vous prie de m'envoyer VAlmanac/i de Meyssonier. Vous aurez l'arrêt contre les chirurgiens avec le livre de M. de Gorris. Je pense que la semaine prochaine on commencera à plaider contre les chirurgiens. Pour le fond de l'affaire, ils sont entre eux en grand désordre, ne sachant comment sortir de leur mécliante affaire, puisqu'ils voient bien qu'ils perdront. 0 les ingrats! nous en viendrons
A KALCO.NET. 167
à bout (1 uiio liirctu uu d'auli'e. Je vous baise les mains , et suis (le tout mou cœur votre, etc.
De Paris, le 3 décembre 1659.
LETTRE CCCCXCV. — Au mèmf.
Le procureur de Lyon s'est mal trouvé d'avoir négli^^é la saignée lorsque vous la lui ordonnâtes. Galieu même l'a ordonnée en ce cas-la , de peur de suffocation. Il fit mal de se fier au vin d'absinthe, qui n'est pas un remède, du moins cpii n'a point grand eti'et. Cet homme avoit le t'oie et les jiou' mons ruinés d'avoir bu du vin pur. Lhydropisie qui vient d'une telle cause est incurable, et l'événement en est infaillible, à cause de la ruine du tempérament, que produisent xoew- ^jo^ir, xoti oivof/.uytr,. Ce sont les dcux iiiots d'Hippocrate, dont le dernier signifie /e trop boire. 11 est mort de trois maladies, hydropisiedu foie, hydropisie du poumon et asthme, à (|uoi on peut aussi ajouter une corruption et diaphthore de la substance du poumon.
Le jeune de Sordes est uu bon garçon qui ne brouillera jamais guère l'État par sa malice. Il est simple et rougeaud, de la nature de ceux qui sont appelés dans Galien z-(pvBç,oi, aux- (juels le sang dessèche dans le cerveau, cause une obstruction, et produit une pesanteur et grossièreté d'esprit, les esprits n'ayant pas bien leur chemin libre. Galien remarque que tels gens, sur le déclin de leur âge , tombent en une folie mélancolique, et qu'ils deviennent fous ou innocents après l'âge de quarante-cinq ans. L'on appelle cela ici tomber en démence, ce que j'ai assez souvent remarqué. Les bilieux ne sont point sujets à ce mal-là, parce que la bile est comme le correctif du sang. Les sauces ne sont pas bonnes si elles n'imt (pichpie chose qui relève le goût. Je viens de voir une grande ordonnance de Valot, où il y a du sel prunelle , de la
1(18 l.KllIîK- l»K M I l'A UN
cK^iiiu de larlif \ iliiolé , du sel de vcrvtîiiu' et de lainiirisc dé • lavés dans l'esprit de vin. Bon Dieu ! (}uel monstre et riuelle médecine tardée! Je suis, etc.
I)e Paris, le 10 décembre 1639.
letthh: ccgcxcvi. — .1'/ mnnr.
On dit (jue iM. Fou«iuet, surintendant des finances, sera ici le -21 décembre, ni/n'l prœterea affiniiatxr. Hier fui pendue à la Grève une fille de vingt et un ans , laquelle a bien filé, mais elle a filé sa corde. Elle étoit grande larronnesse et grande receleuse; elle avoit eu l'an passé le fouet et la fieur de lis sur le dos, et néanmoins quel(|ue métier qu'elle fît, elle étoit fort dévote; elle étoit de la confrérie de Notre-Dame-aux- Billettes , et étant dans la chapelle , entre les mains du bourreau , elle demanda un certain carme mitigé , des Billettes , pour se confesser à lui. Le docteur de Soi'bonne qui étoit la l'empêcha, disant qu'il avoit seul ce droit-là (c'est un droit (jui est attribué à la seule Sorbonne). Le moine n'en voulut point demeurer là ; il voulut user de force, et faire à coups de poing, mais il en fut empêché par les officiers de ce lieu, et le moine fut écoiiduit et mis dehors.
t'unlum religio poluit suadere niulorton.
Bien d'autres suivront la même cordelle, et même dit-on «prune autre femme y passera la semaine prochaine.
On dit que les Portugais et les Hollandois s'accordent en - .semble contre le roi d'Espagne , et (jue les Portugais leur donnent plusieurs millions. On dit (pie les trois rois du Nord, savoir, Pologne, Diinemark et Suède, avec l'électeur de BrandelK»urg el l'empereur, sont d'accord de traiter ensemble, et de faire une boime paix entre eux: ([u'ils ont déjà convenu
\ I Ai.(.!i.M-. r. |(.'.<
(lo (Irpiilcs ; <|u'il iiv a (dus (|u'a > acLordef du lieu uil se j)uunuiit tiaitei' les intérêts. MM. ihi grand conseil continuent a l'aire le procès à ce M. de Bonnesson, huguenot et petit-tils lie du Plessis-Mornay, gentilhomme de Beauce, qui étoil chef des Sabotiers. Quelques uns croient que ce pourra bien être pour demain , car ils en sont aux avis; les uns disent (pi'il aura la tète tranchée, les autres parlent de la roue. M. de Pomereau, maître des requêtes, est allé en Normandie, y faire raser les châteaux et les bois de quelques seigneurs qui ont été condamnés par contumace pour le même crime; j'en ai entre autres entendu nommer deux, savoir, Dameri et Créqui de Bernière. On n'attend plus ici le roi , mais seulement la publication de la paix, la diminution des impôts et le soulagement du pauvre peuple, qui sera le couronnement de tant de conférences. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
P. S. Je suis bien obligé à la bonté de M. Kalconet , (|ui me fait tant de bien, et a mon fils Charles. Il fait ce qu'il peut pour la mériter; il est professeur en nos écoles, et s'y prend fort bien; il a beaucoup d'auditeurs, qui l'aiment tons à cause de sa douceur et de ses antres bonnes qualités. Il n'a qu'à bien étudier, et rien ne lui manquera; jamais peut-être il n'y a eu professeur que lui en matière si diflicile , car il enseigne la patliologie, qui est, comme vous savez, la \)U\s noble partie de la médeciiie.
On m'a parlé d'un livre intitulé, /JiO/io(heeo Sp/jhsiciKi, dont l'auteur est le savant M. de (iuichenon. Mandez-m'en, s'd vous plaît, ce que vous en savez.
L'évê(iue de Noyon est mort, il s'appeloit de Baradas. et éloit ("l'ère dun petit mignon de Louis XllI , que le cardinal de Uichelieu lit chasser par une supercherie.
On va rompre au bout du Pont-Neuf deux insignes voleurs , dont l'un s'appelle Grand-Maison. C'est grand'pitié (jue la débauche! elle se termine toujours malheureusement.
De l'ari> . le 12 déoeiiibrc IGK'.
170 LETTKEb DE GUI PATl.V
LETTRE CCCCXCVU. — Aa même.
Samedi dernier , 13 de ce mois , le marquis de Bonnesson a eu la tète tranchée à la Croix du Trahoir (1); il est mort huguenot, et n"a jamais voulu entendre ledocteur de Sorbonne , (|ui a voulu le convertir, ahn qu'il mourût à la romaine. 11 n'a point voulu èlre bandé ; je pense qu'il a été vu de tout Paris , car on l'a amené de la Bastille dans une charrette tort élevée, jusqu'au lieu du supplice; il avoit un livre en ses mains , dans lequel il lisoit ; il étoit un des chefs de la conspiration des Sabotiers. Il y en a encore deux dans la Bastille , au procès desquels le grand conseil a charge de travailler incessamment. Il étoit conduit au supplice par 800 archers à pied et à cheval. Si la conspiration du marquis de Bonnesson eût réussi, on dit que c'eût été une horrible chose, quil y avoit plusieurs grands du royaume qui s'y étoient engagés par promesse, et même il y en a qui disent que Cromwell avoit promis de s'y joindre, et qu'il devoit envoyer une armée à leur secours, qui eût abordé du côté de la Rochelle. Bon Dieu quelle désolation il y eût eu en France!
On fera un beau feu de joie à la Grève pour la paix, on parle de sa publication à Notre-Dame, d'un Te Deum célèbre, auquel assisteront MM. du parlement , de la chambre des comptes, de la cour des aides et de l'Hôtel-de-Ville.
Le roi ne veut point sortir de Toulouse que les États ne lui aient doinié 3,500,000 livres. On dit que M. le procureurgénéral s'est arrêté à Carcassonne pour une fausse couche de madame sa fennne.
La première fois (pie j'entretiendrai M. le premier président , je lui parlerai de vos statuts ; j'entends bien votre fait, et je lui alléguerai vos raisons, qui me semblent fort bonnes. Nous aurions raison d'en faire de même ici, vu le désordre (jui
1 Au boni di' la rue ilc rArlnc-Scc.
A I AI.C.O.NKT. l7l
eu suit. (Hioi iiueii veuille dire, au eontraire, O^uilaud de Montpellier eu sa seconde Aiiolrxjic , puisque cette facilité d'être admis en notre compagnie l'ailbiblit manifestement, et la gâtera si nous n'y mettons du remède ; mais nous avons ici un homme qui empêche qu'on ne fasse le bien nécessaire ; patience! etc. Vous avez en attendant le pouvoir de les examiner rigoureusement, comme toutes les autres Facultés des provinces devroient faire. En vérité, j'ai honte de voir tant de jeunes docteurs qui reviennent des universités avec des bulles apostoliques, et qui ne savent presque rien. C'est ce qui fait (|ue je ne m'étonne point du mépris qu'on fait de notre profession en beaucoup d'endroits. Le parchemin qu'ils rapportent des universités est une marque certaine de l'argent qu'ils vont laissé; mais la science requise à leur art , où est-ce (ju'elle se trouve à vendre?
J'ai déclaré votre volonté à Noël Falconet , qui dit qu'il va étudier pour soutenir un acte de toute la philosophie l'été prochain. Dieu lui en fasse la grâce.
Un jeune médecin qui est ici , et qui demeuroit à Strasbourg il y a trois mois, m'a dit que le nouveau livre de M. Sebizius étoit achevé. J'ai bien envie de le voir pour cette nouvelle méthode dans laquelle il est écrit , selon que l'auteur même me l'a mandé il y a plus de neuf mois. La commune façon d'écrire est bonne; une méthode particulière est pourtant la meilleure , telle que celle dé M. Riolan le père, et celle de HoUier, pourvu qu'on se garde de faire souvent des tautuioyies; elle est bien plus commode pour les jeunes étudiants. J'ai quelque pareil dessein, nous verrons quelle lumière m'en viendra pour achever mes jours en cette sorte d'étude, dont je pourrois dicter quelque chose à mesure que j'en aurois quelque traité de fait, dans notre collège royal de Cambray.Mon fils Charles explique l'anatomie dans nos écoles sur un cadavre de femme. Il y a une si grande (|uantité d'auditeurs, qu'outre le théâtre, la cour en est en- '"ore toute pleine. Jl connnence bien , à vingt-six ans; je .sou-
l>-2 I.Eirnt^ DK (.11 l'ATlN
liaitt' ([uil Unisse ciicoie mieux. Il a bien des amis (jui l'aiiiieiit; ses études lui eu out acquis un bon nombre, et sa geniillessc encore autant et plus. Michel de Montaigne a dit quelque part que Jeiniesse et ar/ressc ont un merveilleux crédit en ce monde; quoi qu'il en soit, j'espère que son fruit mûrira , et qu'il sera quelque jour très bon , l'nterea conatus crit in /aude, eventvs infortuna, comme a dit Apulée, en se?> Floridcs.
Je viens de consultation chez une bonne femme de près de (juatre- vingts ans, laquelle mourra demain, ex (Uo[)hth<jni pultnonis, où le curé (i/bi cadacer, ibi et uqailœ) nous a dit que Hesdin étoit rendu au roi.
Deinain se plaide la cause de notre Faculté contre nos chi rurgiens , (jui sont fort étourdis du bateau. Je vuus baise les mains, et suis de tout mon ca'ur votre, etc.
De Paris, le 16 décembre 16o9.
LETTRE CCCCXCVIII. — Aumème.
J'ai reçu votre caisse de présents, et aussitôt (ju'elle a été ouverte jeu ai fait la distribution comme vous l'avez ordonné ; je ne doute pas que l'on ne vous donne avis de la réception, et qu'on ne vous en remercie, comme je fais pareillement de ma part , avec toute l'affection possible.
L'ancien de notre école. M. Guérin , très savaiit homme , âgé de quatre-vingt-neuf ans, est tombé de son cheval dans le faubourg de Saint-Germain , et s'est blessé à la tète, à l'œil et à la main, et néanmoins il a bon appétit, )H(da mcrx, malo. œta^ (l).
(i; Les médecins de Paris laisaieiil alor? leurs visites sur une mule ou à cheval ; on connaît ce vers de lioilean :
.< Giicnaiit >ui nom rliev.il, tu |>.i>s,i[it. iii'i'cliiljousst, >.
A FAl.CitNET. 173
.l'ai t'iilrctPiiu iM. le premier |)i'ési(lent de votie aHaire; je loi (lis (|ue t(tiites les coniniuiiaiités de Paris et de toutes les villes (le Fi-aiice (»l)lig(H)ieiit celui (]ui y entroit de uiettie (|uelque chose dans la boîte ; (juc c'étoit aux uns pour la coii- Irérie , aux autres pour faire dire des messes en leur chapelle, mais tous ensemble pour subvenir aux frais de la communauté, pour se (léfenth'e depUisieurs attaques , et les médecins pour soutenir les droits et la justice de notre profession , et le l)ien public contre les apothicaires et les chirurgiens qui brouillent les cartes, et entreprennent merveilleusement contre les médecins , ()ui sont gens de paix et d'étude, et qui ne sont nullement chicaneurs, et même contre les charlatans (pii gâtent tout. Là-dessus, il me dit que la cour se scandalisoit sur cet argent , et qu'on ne pouvoit soufTrir cela. Je lui l'épliquai que tout le monde prenoit de l'argent, le roi, hpape, les présidents et conseillers; sur quoi il se mit à lire , et tout de suite me dit : Eh hU-n ! noi/s verrons , on y flifi-flimi quelque modération de la sonone. Je lui répliquai : En vom remerciant^ monsieur, mais la so)nme de 100 éens est si petite , qu'il n'y a (pih'e à rabattre. Voyez là-dessus votre conseil, et me donnez avis si vous voulez poursuivre ; je lui en reparlerai quand vous voudrez, je le vois en état de vous accorder la plus grande part de \otre article, et moi je vous promets (|ue j'y ferai ce que je pourrai. J'oubliais à vous dire qu'il m'allégua que ces collèges feroient tort aux universités. Je lui répliquai chaudement que c'étoit bien fait de les punir de leur trop grande indulgence, et qu'il étoit à propos de remédier aux désordres qu'ils causeroient par toute la France,
Le comte de Guitaut, qui vient de la cour, partira demain de grand matin pour aller dire à M. le prince de Coudé qu'il vienne, en lui portant des lettres du roi, du cardinal, etc. Je vous baise les mains, et suis de tcjut mon c(Fur votre, etc.
De Paris , K- 19 d(^<'ciiibre Ki-ïO,
1^4 I.ETTRF.> DK (\V\ PaTIX
LETTRK CCCCXCIX. — .4?/ jm-nu:
Ce malin 7 lévrier, iM. Talon, avocat-général , a parlé dans la chambre, où il a lont- à-fait conclu ponr nous contre les chirurgiens; ensuite de son plaidoyer, Messieurs ont été aux avis , et aussitôt s'est ensuivi arrêt, par lequel nous avons obtenu tout ce que nous demandions. Tous les chirurgiens barbiers iront à Saint-Côme, et seront mêlés avec les autres ; défense à eux d'appeler leur maison collège, ordonné que l'inscription qui est sur Sainl-Côme, où il y a Colleginm chirintrirum, etc., sera biffée; l'union des deux communautés (le chirurgiens confirmée : tous rédxdts sous Vautorité et jurl- (lift ion des médecins de la Faculté^ selon les contrats anciens, et entre autres de celui de 1)77 et de Tan 1644 (l), etc. Sur
(1) Cet arrêt, du 7 février IGliO, ordonna « que les deux communautés des chirurgiens et des barbiers unies , demeureraient soumises à la faculté de médecine, suivant les contrats des années 1o77 et 1644. » l'uis un arrêt de la cour, du 20 avril 1076 , ordonna « que les Prévôts el Maîtres, représentant l.i communauté, seraient tenus de comparoir tous les ans , le lendemain de la Saint-Luc . aux Ecoles de médecine pour y prêter le .«ernicnl accoutumé, payer un écu d'or, et présenter un catalogue de leurs maUres aux doyens de la faculté. »
Les apothicaires étaient obligés aux mêmes hommages, mais messieurs de la Faculté ne !e-> appelaient qu'ajjrès ([ue les chirurgiens étaient sortis.
Le serment que prêtaient les chirurgiens leur était proposé par le doyen sous celle formule :
1" ^ ous jurez que vou- obéirez au Doyen de la faculté dans toutes les choses honnêtes et permises ; que vous porterez honneur el respect aux docteurs de la faculté , ainsi que les écoliers le doivent à leurs maîtres ;
2° Que vous ne divulguerez point les affaires secrètes de la faculté , supposé que vous les sachiez , et que vous lui révélerez au contraire ce que vous apprendrez que l'on tramera contre ses intérêts ;
3" Que vous procéderez fortement contre ceux qui exercent illiciienienl la médecine . c'est-à-dire ceux qui ne sont point approuvés ]tar
A FM.CONET. 175
(pjoi ils on t'iiit (le yramlcs cliiintMirs. Anssih'il M. le prom'uT président a retourné aux avis, et /j/a's a dit : et néanmoins permis à ceux qui par ci-devant ont été reçus à Sainl-(vôme , en robe et en bonnet, d'en porter le reste de leur vie, s'ils sont maîtres es- arts de l'Université de Paris, sans tirer à conséquence. Cette clause ne nous déplaît point ; car, outre qu'ils sont en petit nombre, et qu'ils mourronl bientôt, elle donne exclusion de robes et de bonnets à tous les autres qui y pourroient prétendre à l'avenir. Voilà donc les chirurgiens de Saint- Oniie abattus, et leur maison livrée à nos chirurgiens barbiers, qui nous sont tous soumis. L'arrêt sera imprimé. Ceux de Saint-Côme nous menacent déjà d'une requête civile, que nous ne craignons point. Le lendemain , 8 de février, nous fûmes remercier M. le premier président, M. Talon, avocat-général, et M. de Nesmond : nous étions environ soixante-dix , deux à deux ; tout le monde se réjouissoit du gain de notre cause, et il ne se rencontra pas un de ces chirurgiens de Saint-Côme par les rues. On ordorma hier dans l'assemblée de notre Faculté que l'on iroit remercier les autres juges, que l'on feroit im-
la faculté , et que vous l'aiderez de toute.»* vos forces dans les poursuites qu'elle fera contre eux ;
4" Que vou.s n'exécuterez point dan.s Paris ni dans les faubourgs les ordonnances d'aucun médecin , à moins qu'il ne soit docteur ou licencié dans ladite faculté, ou approuvé d'icelle ;
n" Que vous n'administrerez point dans Paris ni dans les faubourgs aucun médicament purgatif ni altérant , ni cordial ; mais que vous vous mêlerez seulement de ce qui concerne les opérations manuelles de la chirurgie.
I,a création de l'Académie royale de chirurgie, qui a tant contribué aux progrès de cette partie de la science , le décret du 18 août 179-2 qui a supprimé les facultés et les corporations, la loi du 19 ventôse an XI qui consacre la réunion de la médecine et de la chirurgie , ainsi que la réorganisation des écoles , ont détruit pour jamais et avec raison ces absurdes distinctions. Malgré cela il nous a paru intéressant de rappeler ces documents d'un autre temps. (R. P.)
l7C> UF.TTRES Î)E i.l'l PvTIN
jtiiiiiei' cet anvt aiilhentique contre Saiiil-('.(Miie avec la harangue de M. le recteur, le plaidoyer de l'avocat de l'I'niversilé , celui de M. Talon , avocat-général , les deux contrats de ci-dessus , une sentence du lieutenant civil , etc. ; de plus que l'on feroit une impression des statuts de notre Faculté : que le doyen, accompagné de quatre docteurs, dont je suis un , iroit remercier notre avocat , M. Clienuot, en lui portant cinquante loms d'or pro /irmoran'u. JoMl cela se fera avec le temps. Je vous baise les mains, et suis de fout mon co'ur votre, etc.
Do l'aris. \e Kl f.-vricr 1060.
LETTRE D. - An mhw.
Le duc de Lorraine est allé à la C(nu' pour ses altaires et Celles de la duchesse d'Orléans, sa su^ur. On dit cpie le prince de Condé arrivera ici mercredi prochain , et que celte paix que nous avons nouvellement faite avec le roi d'Espagne , nous est fort avantageuse par plusieurs bonnes villes qui nous demeurent. La paix a été aujourd'hui (14 février) pu])liée au parlement , à l'Hôlel-de-Ville et devant le Louvre.
Comme j'attendois (ce 15 février 1 que l'on me vînt quérir à l'ordinaire , pour aller souper avec i\r. le premier président, j'ai été contremandé à cause de la solennité du jour de demain , et ce souper a été remis dans huit jours. Dieu soit loué de tout , je n'en ai regret que pour Taudience de M. le comte de Verdun, dont j'avois promis de rendre compte demain à M. Duchef. Tout le monde se plaint (|u'on n'en peut avoir: toujours y ferai-je ce que je pourrai, et je verrai ce (pi'il me dira.
Aujourd'hui (ce 16 février) le Te Dcinn a été chanté solennellement pour la paix dans Notie-Dame, en irès grande et très belle compagnie. La réjouissance est publique, le feu de joie se doit faire ce soir dans la (irève, comme aussi dans toutes les rues.
A FAl.C.oNKT. 177
Madame la (lucliesscrrOrlt'aiis (loi U'es(»ir a ni ver au I.iixenil)(»ui'g. On dit que M. le duc d'Orléaus, voyant sa t'eniiue et ses eiil'ants, dit en mourant : /Jouics vhv/ , flor/i/is (/esoia/tonis cocobitur. M. de Choisi de Cliam . sou cliaufeliei-, est mort à Blois, de regret de la mort de son maitie. On dit que M. de Yeiidôme et M. de Beaufort auront le gouvernement de Languedoc, pourvu qu'ils veuillent céder l'amirauté; cela est fort dans la bienséance du neveu Mancini. M. le l'rince sera ici cher du conseil ; MM de la Ville ont ordre de l'aller saluer , et tous les ordres ne laisseront pas d'y aller, et même l'Université ira. Je me souviens que nous y fûmes l'an J65I , lorsqu'il fut revenu de prison du Ha vre-de- Grâce; j'étois alors doyen.
Le duc de Loi'raineest ici. Le corps de M le duc d'Orléans sera jeudi àLimours,et après on l'emportera par Saint-Clnud à Saint-Denis, sans passer par ici.
On dit que les jésuites ont fait imprimer une .\<»/iy'//e A/jo- /i)f/ie pour les cusuistes, en latin, à Palerme en Sicile; c'est une pièce de même nature que le Tamburin de M. Huguetan ; il en devroit avoir nue copie et l'imprimer encore; vous m'obligerez de le lui dire. Je vous l)aise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le 17 février 16()0.
LETTRE DL — Ah wrhur.
Je viens de recevoir votre letliv du 13 jaiiviti', di' l;iqtj( Ile je vf»us remercie. Si vous avez eu du froid chez vous, nous en avons aussi notre part à Paris. On m'a dit que votre M. Anis- -son imprimoit C. Baronius, Aiwnlesecclesiostid ; feu M. Naudé, "qui n'étoit point menteur, m'a dit ({ue Lucas Holstenius, de Hambourg , qui est h Rome chanoine de Saint-Jean-de-Latran , lui avoit dit qu'il pouvoit montrer huit mille fausset(''S dans Baronius, et les prouver i)ar les manuscrits de la l»il)liotliè(p)e valicane, qu'il a aujourd'hui en garde.
•Jl se plaida le21 de CiMiiois une cause à la grand'chambre m. !•>
17s I.ETTtŒS DE (Kl l'VTIN
entrelos médecins et lescliirurgiens de cette ville. L'avocat des cliiriii'jiiens dit bien des clioses (|ui ne servoient de rien ii son t'ait, comme entre autres, (jiie Kome avolt été trois cents ans sans médecins, et ([ue les Romains avoient chassé Archagatiius ; mais il n'ajouta pas ce (|u"en dit Pline, que c'étoit à cause de sa cruauté à brûler et à couper, car les juges eussent reconnu par là que c'étoit un chirurgien. 11 conclut enfin, et pria la cour de permellre aux chirurgiens de porter la robe et le bonnet, pour niar(pie de riionneur cpiils méritent par leur doctrine en chirurgie, ([uoi(iu ils n'aient |)ointde littérature. Ne voil;i-t-il pas une demande bien ridicule et une conclusion bien extravagante ? Avez-vous jamais vu doctrine sans littérature? Mais tout est bon dans la bouche d'un avocat, ([ui tâche de rendre bonne une cause t|ui lie vaut rien. Aussi n'est-ce pas sans raison ([u'Aristole a appelé cette profession r<trt de mentir (l). Dès qu'il eut fini , M. Langlet , recteurde l'Université, professcurenrhétoricjue dans le collège du Plessis , natif de notre ville de Beauvais , âgé de vingt-six ans, a harangué pour TAcadt-mie de Paris contre les chirurgiens , les a traités comme ils méritent, et a conclu qu'ils n'eussent ni robe, ni boimet, ni aucune autre ([ualité que de manœuvres chirurgiens, sous la direction et intendance des médecins, pour les(|uels il parloit et intervenoit. Tout ce qu'il a dit a été fort bien reçu , bien prononcé et fort écouté. Comme il achevoit, les dix heures ont sonné et la cour s'est levée. Il n'y avoit plus que M. l'avocat général Talon à parler et à donner ses conclusions, ce qui lui fut remis -a la cpiinzaine. Si on leur permettoit des robes et des bonnets pour leur prétendue doctrine en chirurgie , il faudroit en accorder autant aux apothicaires pour leur doctrine en pharmacie, et ceux-ci n'auroientils pas bonne grâce, (juand il faudroit donner des lavements ou
'^\) CcUe accusalioii c»l ancienne , en effet; mais les juges sonl-ils loujours conscicncienx , toujours les fidèles interprètes de la loi ? Ou ^ait (|u"un cous, iller au pailcuunt reproclia un jour à un avocat do .s'èire charjio d'une mauvaise cuu>e. Monsieur, léplitiua celui-ci. j'en ai tant [)rr<lii de Ix.nnes . (ju.' je \u- !.•- c!i()i>i- pin*. \ W. W )
A FAl,CONRT. 17i»
t'airt! rongiioiit rosnl ol (li,i|)alme , d'Atro ainsi (''(luiités? Kiiliii saint liiu; a t'U\ pins l'ort (pu; saint (i(nne. IM. Tainn a fnit merveille |ionr obtenir de la conr (pie res gens fussent i'anii('-s à leur devoir. Il leur a été défendu d'user d aucun titre de bachelier, licencié, docteur ou professeur en chirurgie. Les chirurgiens en sont iort ('tourdis ; ils nous niena(;enl d'une requête civile. Tel menace qui a grand'peur. Les apothicaires vont pareillement plaider contre eux pour les empêcher de taire la pharmacie et vendre les médecines. Cette affaire qu'ils ont perdue contre nous les rangera peut-être à leur devoir, fl y en a déjà six de malades, et ils seront assez glorieux pour en mourir (le dépit; ils disent que voilà un grand allront pour saint C()ine. Peut-être sont-ils assez sots pour ])ré[('iidre (pie ce saint fasse encore (juelque miracle. U>i<>i (pi'ils fassent, il faudra pourtant obéir a larrét. Je suis, etc. Dp Pari.<s , le 2.t lévrier [G(U).
LETTRE un. —Ah même.
Uiifiii'l M. l'avocat-général aura fait son {)lai(l(iyer, l'on fera imprimer le tout, et alors vous en aurez. On imprime ici une vie de (îalien,qui sera une pièce curieuse et critKpie; elle pourra paraître en même temps (pie l'arrêt.
Votre abbe hydropi(pie est en grand danger, et vous lui ferez un plaisir extrême de remjiêclier de mor.rir aussi bien que de ne lui pas donner du vin dabsinthe, comine lit .M. de l\. l'an pa.ssé : Sicritos el miircor rhcirinn imJlii mie ciiri'nilolnr, n(hu iiKUjui nd vildiii est ii:i/nieiifi riscf-ra non Cf-^tcctn-i ^ infcrcn cero odiiKjdiiiii i)/i)l)ij qiKc a te sind /jr/ijuisi/n. On esp('re ici (|ue ceux de Marseille rachèteront leur citadelle. Nous savons bien que M. le prince de Conli a le Languedoc , que M. le duc d'Anjou a le duché d'Orléans , réservé'e la baronie d'-Xinboise, et le (;omt<'' de Hlois ; mais on lui d(jniie aussi le duché de Valois. On dit (pie madame la duchesse d'Orléans doit ari'iver i(M demain, et (pu; le roi lui donne la jouissance du bien du dffunt son inaii [joiw deux ans.
180 l.rTTRTîS DE (lui PATIX
J'enlreliîiS liicr M. le premier président fout seul un qunit d heure; il me dit qu'il avoit envoyé à iM.Pitliou, conseiller de la cour exilé , la lettre du roi pour revenir au palais; j'en suis bien aise, car ce M. Pitliou est mon bon ami, et un peu mon parent , aussi me fait-il l'honneur de m'appeler ainsi. On dit que les autres exilés reviendront aussi les uns après les autres. Notre bonhomme Guérin mourut hier, âgé de quatre-vingt-neuf ans. Tout le monde va ici saluer M. le Prince. Le président Viole est ici. Madame la princesse est encore en Normandie. On nous menace de guerre en Allemagne. Les officiers du duc d'Orléans maudissent ici horriblement Guénaut et son vin émétique, avec lequel il a tué M. le fluc d'Orléans. On parle ici de lui faire un beau service à Notre- Dame, où messieurs des cours souveraines assisteront, le parlement, la chambre des com[)tes , la cour des aides, l'hôtelde-ville, comme aussi l'université. Je fus le député de notre compagnie, l'an 1643, à Saint-Denis aux obsèques du feu roi. Nos chirurgiens de Paris nous demandent pardon ; mais c'est comme les chiens qu'on fouette bien fort, malgré eux. Quand les soldats terrassés par frère Jean , avec son bâton de la croix, crioient: Frère Jean ^ je me rends , il leur répondoit: force t'est ^ et aussitôt leur donnoit dronos ; il en faut faire de même à ces mâtins, (jui nous auroient accablés s'ils avoient pu , et le feront à l'avenir s'ils peuvent (f). Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre , etc. De Paris, le 27 février i660.
(1) On voit ici l'esprit de corps dans sa mesquinerie, sa petitesse, ■■a vanité. Mais comme le remarque Louis , le secrétaire de l'ancienne Académie de chirurgie: «On dégrada la chirurgie en 16C0 , et lorsqu'on 16(56 on établit l'Académie des sciences , les chirurgiens y sont admis el y lienuenl un rang distingué parmi les hommes illustres que le gouvernement présente à la nation comme l'élite des savants. » ^ H/s/, de l'Acad. roy. de c.'i.r., p. 23. ) En 1821 , Et. Geoffroy Sainl- Hilaire émit l'opinion de supprimer la section de médecine et de chirur;',ie dans rAcadémie royale des sciences. Celte proposition était surtout dirigée contre la chirurgie, et son auteur prétendait que h clilriirgien abandonne les i^nies seientifiques , lorsqu'il Irnnsfnrynr son
\ l'Al.CiiNEi IS!
LETTRE DIII. — Au inême.
Comiiit! vous êtes plus près de la cour que nous , aussi ne vous puis-je rien apprendre de nouveau. On ne dit rien ici sinon que les Anglois ont cassé leiu- ancien parlement , qui est celui qui lit mourir ie feu roi l'an 1649, et qu'ils en veulent établir un autre (pu aura , ce disent-ils , plus de liberté et moins d'autorité de mal faire. Toutes les nouvelles institutions ne manquent jamais de promettre force soulagement au peuple , mais cela ne réussit pas , et in hoc vorsofur deonnn iniquitas. Ceux de Londres se sont accordés avec le général Monck pour tenir la main à ce nouveau parlement réformé.
Le prince de Condé est ici avec le duc d'Engbien son fils et sa femme, qui font force visites, et qui sont fort visités des compagnies de Paris, de leurs amis particuliers, et de ceux méine qui ne font que semblant de l'être. On fait tiler de l'infanterie devers Calais ; on croit que c'est pour assiéger Dunkerque, conjointement avec les forces d'Espagne; et après, quand nous l'aurons ôté aux Anglois , nous la rendrons aux Espagnols, qui nous domieront en écliange Cambrai , les autres disent Saint-Omer : c'est un article secret du nombre de plusieurs autres.
(Jn parle ici du siège d'Orange, oii toutes les troupes (pu sont revenues d'Italie et de Catalogue ont ordre d^,se reiube. La pauvre Provence se sentira longtemps de ce voyage du r(»i ,
scalpel en bistouri. Un membre distingué de l'Académie royale de médecine j a\ec celle supériorilé de jut^ement qu'on lui connait , M. Bégin, démontra toute Tinjustice d'une semblable proposilioii comme contraire aux lois et ordonnances qui ont fondé et organisé rinslitut [Répexionssur l'opinion de M. Geoffroy Sdinl-Hilaire , dans la question de cand dalure pour la place vacante dans l'Académie des sciences, par le décès de M. Deschamps ; par ]M. Bil... (L. J. IJégin) , docteur en médecine, Paris 1821 , in-8" de 30 pages). L'opinion de M. Geolïroy Saint-Hilaire ne prévalut pas. La chirurgie est représentée aujourd'hui , dans l'Académie royale des sciences , par >LM. Roux, Velpi-pu cl Lallemand. (l'x. P.^
182 ^ [pTruns de (;n i'atin
tpii n'cloit l'uiHlé ([lie sur l.i paix et sur le inariaj;e, w/fj rc-
nssiintiiii m 11(1 poi'td' :
Quidquid (hllrant ifgrs . plcclmilur Acltiii.
Je souperai dimauelic prochain chez M. le premier présisideut , où je iiriatbrmerai de la santé de M. le comte d'AIboii. Je recommencerai mardi prochain, 9 de mars, mes leçons publiques au Collège royal. Aubert n'est plus l'apothicaire du comte de Kebé; DutVesne lui donne des poudres et des pilules; néanmoins Belaitre le voit encore quelquefois. Je vous baise très humblement les mains, et à mademoiselle Falconet, et suis de tout mon cœur voire , etc.
Pc Paris , le o mars KJfîO.
LETTRE DIV. — Au même.
Samedi , 20 de mars , nous avons reçu dix bacheliers, (pii vont commencer leurs cours tie deux ans; on en a renvoyé deux alin qu'ils s'amendent et étudient mieux à l'avenir. De ces dix reçus, il y en a huit de Tort l)ons, et deux autres plus tbibles, mais qui sont capables d'amendement. Ils sont jeunes et on en peut tout espérer :
Si vwilo cullurfc paticiUcm accovwdel aurem.
Un exercice de uis[)utes perpétuelles deux ans durant les rendra indubitablement meilleurs, outre l'émulation (pii les y obligera puissamment : outre que si dans cet espace de temps ils manquoient à leur devoir, on les chasseroit de nos écoles , comme iidiabiles et indignes de nos privilèges.
Le môme jour on a fait un festin aux écoles, auquel sont invités les doyens et censeurs, les anciens doyens, les quatre examinateurs , leurs cincj électeurs , les quatre anciens des écoles, les professeurs ordinaires, (pu'lques amis du doyen, qui sont des forts de l'école et les plus considérables de la Eaculté. Nous faisions trois tables médiocres, et nous étions douze ou treize à chacune. Je n'ai jamais vu telle réjouissance
\ lAU.ONKI'. IS i
de part et d'imli'f! ; on n y a pari/' (|U(! de rii'c cl dv Ixniin; chère en poisson il), lu de nos docteurs s'est mis anprès de moi , (pii m'a domié en cachette nn petit in-oelavo , (jne le père Labbe , jésuite, hii a dédié, qui a ])()ui' titre : ('hiiidii (ifileni c/ironolofjicwn rlogiinn. Ce père Labbe est natif d(! Bourges; ce n'est pas votie père Labbe de Lyon , fpii attrapa dix mille livres sous ombre de l'exéention du testament de Nantier en 1652. Je fais céans un petit pacjuet dans bvpicl cela se trouvera pour vous avec autre clioss , et surtout le jivi-e de M. deCorris, qui est in-f|uarto et fort bon.
On dit ici que le mariage du roi est reculé iVuw mois : je prie Dieu (jue les Espagnols ne nous trompent point. Nous sommes plus forts qu'eux , mais ils sont plus fins que nous , et je serois bien fâché que ce mariage vhit h. matupier : les Espagnols peuvent trouver leur compte de marier leur tille à l'empereur, j'ai i)eur (jue l'occasion ne fasse le larron. On dit pour certain rpie le roi de Suède est mort. Voilà nos affaiiTs du Nord en un autre état.
Le roi d'Espagne a mandé (pi'il ne pouvoit venii' sitôt (pi'il avoit projeté. N'y a-t-il point là dessous (|uelque embûche, après que nous avons perdu deux belles campagnes ()ui nous auroient rendus à peu pi-ès les maîtres de la Flandre? Si cela arrivoit , je crois que la reine seroit bien lacliée de ce changement.
Lu jeune m(''decin de Lyon , nommé M. L. de Seri'cs , m'a visité aujoin'd'hni : il n'aime guère Basset, et non sans raison. Faites-moi la grâce de vous informer tacitement à Lyon de M. LancheiHi , ou de quelqu'autrede vos amis, s'il n'y a point
(1) A chaque rcc/'plion de licencies, ceux-ci h;iit;iieiil Iiii:;t'iii(iu leurs c\amiiiiilcurs , ainsi que lion nouibrc; de membres de la laciillé , et il f.iutn\ouer ((iie le décorum médical n'y étail |)as loiijours observé. [>e dillicile élail de laire conlriltucr c^'ux (|ui n'avaient jKis clé admis , mais la couUnue l'emporlail. C'est ce qui arriva au célèbre Piiiel, qui , quoique re(;u médecin à Monlpellier, ayant été refusé à Paris , n'en fut pas moins ()l)li;jé de |).iyer une i)arlic du festin (|ui avait été commande au Panier Fleuri, rue des Crands-Auf^uslins. U. V,
ISÎ ■ I.ETTHES DL t.l! l'ATIN
a Lyon un uouiiuc M. de Ijaiinol ^ c'e^t un nom de j^uéi're et emprunté; mais il se fait appeler ainsi pour se déguiser et se cacher à ses créanciers ; son vrai nom est Augustin Budé , Parisien). Celui qui m'a prié de m'en informer de vous est mi brave homme qui vous honore ; il m'a dit que ce M. de lîaunol est occupé à quelque recelte de Lyon ; mais ce n'est [toint un grand homme, âgé d'environ soixante-quatre ans, nommé M. Bagneaux , qui avait la sœur de 3IM. de (iroin , des Bordes et Marchand pour femme ; je sais bien qui est celui-là, et j(! crois qu'il a autrefois demeuré à Lyon. Il étoit bon ami de feu M. (iuillemeau ; il avoit été le secrétaire de l'ambassade de M. de Senne 'erre le bonhomme, en Angleterre; il étuit bel homme et parloit de bonne grâce. Je connois fort celuilà , ce n'est point celui que je cherche. Je vous prie d y penser a votre commodité.
Je me recommande à vos bonnes grâces ctdr mailcmoi^ielie Faleonet , comme aussi à notre bon ami M. S|)<»u , cl suis de tdul mon ('(eur, votre , etc.
Uf rari>< , le 23 mar-s 1(;(J0.
LETTRE DV. — Au même.
Puis(iue vous ne voulez pas (jue M. votre lils aille à Lyon ces vacances , j'en suis très content; il ira manger de nos belles cerises et des mûres à Cormeilles ; ensuite il reviendra ici pour apprendre le Compcndium Uiolcud putris , et Enchirirliuiit Hiolani fi/ii. x\près cela l'hiver viendra , nos actes publics et les dissertations fréquentes l'occuperont: vous savez que ce sont les fondements de la profession. Ensuite il étudiera la pathologie et la méthode générale de Fernel , avec les Aphorismes d'Hippocrate et les commentaires d'HoUier. Je lui ferai écrire dans une main de papier de bonnes choses et de bonnes pi atiques; je le mènerai aussi voir quelques malailes, où il apprendra le tuudus uyendi. Tout cela pourra être fait eu treize ou quatorze mois , et après il pourra s'en retour-
A lAICuNKI. 185
ijci' il l^\(iii [Kiur vous voir et vous reiidi't' (;()ni|)lc de ses éludes; sui' quoi VOUS trouverez bon que je vous deuiandc si vous avez dessein de le faire passer docteur.à Montpellier ; car en cex;as-là il faudroit qu'il y demeurât environ quinze mois, (jui est bien du temps , en une ville où il y a bien de la débauche, et je craindrois fort ce'a pour lui, qui est encore e.\ti'<Mneinent , comme l'a dit Horace, .
Ccrcus iH vilium flccti , wontlorihiis a^per. Vliliiim lardiis provisor. prodigus arix , Sublimis, ctipiduxquc^vt amata rdinqnere pcriùcc.
Et je sais bien qu'en ce lieu-lk les jeunes gens n'y appi'einienl guère et y font bien de la dépense, même par émulalioii. Le jeune de Rliodes m'a dit (piil a pris ses degrés à Avignon. Car si vous n'êtes pas déterminé pour Montpellier, je le ferois passer aisément à Angers, et de là il s'en iroit à Lyon, où, s'étant un peu rafi'aiclii auprès de vous, vous le feriez agi'éger à votre collège, et puis, ayant ainsi sa place retenue , vous le feriez étutlier auprès de vous et le mèneriez voir des malades. J'ai gi'and'peur qu'il ne se débauche à Montpellier, ia llvxa iUo U'tatis adinoduin lubrico , et in urbe incoutinentissi/nû. Je l'enverrois par la Loire à Nantes, où il verroit la Bretagne, et de la à la Rochelle et à Bordeaux , puis il s'en ii-a par la Garonne à Toulouse, et de là en Provence, où il verra la mer Méditerranée; de Marseille, il reviendroit à Lyon. Vous me [)Ourrez dire que voilà un grand voyage pour un jeune honnne qui n'est peut-être pas assez sage.
31. du Tillet est aux champs; dès qu'il sera de retour, M de Uhodes et M. Hiquier liront saluer et lui présenter la lettre de 3L Michel , au([uel je vous prie de présenter mes très humbles baise-mains. Si M. duTdlet est revenu dimanche prochain , je parlerai de votre affaire à M. le premier j)resident.
Je me souviens bien de M, Rousselet et de M. Savaion , ils ont tous deux passé par mes mains , c'est à-dire (pie je les ai traités tous deux bien malades Pour le troisième, le ne inc
]S6 I.EITHES DE lill PATIN
ï-oinieiis que de son nom ; ce sont de bons compagnons : im ■ hcrhis Jucenis custode remoto, (jaudet equh et opriei f/ntmine r(i)nj)i\ etc. Vogue la galère! le bon temps n'est que pour ceux (jui le peuvent prendre ou attraper.
A la table du festin où j'étois la veille de Pâques fleuri , à la réception de noi^dix bacheliers, j'avois vis-à-vis de moi MM. Charpentier, Lecomte, Piètre, Perreau et I\ainssant; ce n'étoit point là une mauvaise perspective , et j'avois à mes deux côtés MM. Petit , Puilon , Courtois, Mathieu , Moreau , Mentel etMersenne. 11 y en a huit entre ceux-là riui sont incompai'ables.
M. Talon nous fait espérer de jour à autre son plaidoyer ; dès
(jue nous l'aurons, on l'imprimera en toute diligence; je crois
(pie cela sera beau ; vous en aurez tant de copies qu'il vous
plaira. Ces messieurs les barbiers grondent comme des chiens
qui ont été battus, mais ils ne peuvent mordre; tout le monde
se moque ici d'eux. M. le premier président m'a dit que tous
les juges furent contre eux et contre leur audace, excepté
un, fortnssis memor (diquando accepti ulicujus beneficii ab illa
tjentf. Tous les auditeurs étoicnt contre eux , et avoient pitié
de 31. Pucelle leur avocat, lequel prostituoit misérablement
son éloquence pour une si méchante cause. Je les drape
quelquefois en mes leçons , et les propose à mes auditeurs ,
aussi ridicules que les apothicaires. Je ne sais (pii sont les
meilleurs, mais je sais bien qu'ils sont tous fort glorieux et
fort ignorants.
Je vous remercie de la recherche que vous avez faite pour Augustin Budé de Hannol (c'est M. de la Vigne, notre compagnon et fds d'un grand personnage, qui m'en avoit prié). Je baise les mains à votre M. de Bagneaux , je le vois d'ici ; est-il toujours aussi propre qu'il étoit? Je pense qu'il a fait autrefois de bous tours avec M. Charles Cuillemeau , et crois même qu'il étoit plus fin et plus sage. M. Cuillemeau étoit un homme altier , glorieux et colère, mais M. de Bagneaux ne faisoit point de bruit, et c'est ainsi cpie font les sages. Je baise pareillement les mains à M. de Laiichenu et à notre
\ IAI.(.nM-.t . 18?
bon pt IV'iil ami }\. S\ni\\ . coiiiiik^ aussi ;i inaiicmoiselle l'"al- ■ coiiet.
On (lit ici que lo roi s'en va avoir Avignon , jiar un échange (le deux pinces {|n"il tait avec le roi d'Espagne qui en doit n';compenser le pape; mais je ne le crois pas. Pensez-vous (\\U'. le duc de Savoie lasse assiéger Genève? Si cela n'arrive point, les pauvres huguenots l'échapperont belle. Quelques uns disent que le cardinal Mazarin ne reviendra point à Paris qu'il n'ait l'ait un voyage à Home ; je voudrois qu'il y fût pape et (pie nous eussions de de(;à son argent. L'on dit que l'hiver prochain l'on va réformer la chicane des proc('S , et que cela ira fortement contre le parlement même ; il le mérite bien, car il t^st plein d'abus. Nos chirurgiens, (pu ne sont cpie d(^s chiens grondants, nous menacent (pi'ils feront casser notre arrêt de la cour pai' un arrêt d'en haut, je crois (piils n'auront pas plus de crédit en haut (ju'en bas. Hier une charge de maître des requêtes fut vendue trois cent cin- (piante mille livres; voilà bien de l'argent j)0ur du vent et de la fumée. On menace ici de l'i'formalion la chamlu'e des comptes et les trésoriers de France.
Les Ânglois qui sont ici attendent de jour à autre d(.'s nouvelles de (|uelque changement en leur p.iys, nuncimn tdiiteti rideo reçjcin isfmn Bruxf'llis agnifein tam cita nec tam facile in solium avituni tysfitui jxisse : slu/fc.s qai, occiso j/ofrc, siitif rivcre libéras. Cromwell n'en sait que trop la maxime , mai.s on lui en apprendra (pielque autre si on peut, car il est bien iln et bien fourbe. L'Angleterre est fort divisée; plusieurs religions et divers intérêts y forment et fomentent plusieurs partis, qui ne s'accorderont pas aisément à l'eprendre un roi, au père duquel ils ont tranclu'; la tète, et néanmoins je ne doute point qu'il n'y ait iirgafi/mi jcram/julans in tcnebris , (pie le pape, le gtMit'ral des jésuites et le roi d'Espagne \m\ cherchent à y parvenir par quekpie ruse digne d'eux , qui sont mailles passe-lins en diablerie jioliticpje: iiolitica est ars )ioi> (oin ref/eitdi, qanni fnUrndi htniiinrs. Souvenez-vous de la '■onspiration des poudres en IGdS, /jriKlifio pnlveraria , la
18S LtllHliS UE (.Ll l'All.N
foucade d'Angleterre, du DciuctriusMoscuviticusAcV'Aii 1606, ce sont : opéra ntanuiini et consiliorumejusmodi yieOalonuiu jjoliticoniin. S'il n'arrive quelque chose de pareil , toujours estil à craindre ou à soupçonner, mais je ne puis encore me j)ersuader (jue le roi d'Angleterre soit sitôt ni si facilement renjis sur le trône de son père.
Ce matin est mort un nommé M. Picard , trésorier des parties casuelles, lils du Picard le cordonnier, à qui le marquis d'Ancre fit donner des coups de bâton l'an 1617. Celui-ci étoit un fameux partisan à qui Guénaut a donné quatre fois de l'antimoine m apuplexia; n'est-ce pas bien débuter, i)L vasorum interceptione , d'y donner des éméti(|ues et purgatifs? Sic perçant oiimes jures puOlici , uitpnsforcs , publicani ^ et alla, carcinomata (jeneris liumani. Je vous baise très liumblement les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris , le 6 avril 10(30.
LETTRE DVl. ~ Au mnnc
Je vis hier, ce 7 avril , à ma leçon , M. de Rhodes , qui me rendit votre lettre; M. L. de Serres, son collègue, étoit avec lui. je parlai encore à eux après ma leçon. M. de Serres me témoigna beaucoup de satisfaction d'y avoir assisté, me demanda quand j'en ferois d'auties , et me dit qu'il n'en vouloit perdre aucune, tandis qu'il seroit ;i Paris. M. de Rhodes, ([ui a bien meilleure mine, et est plus grand seigneur, plus beau , plus relevé, plus savant, au moins qui le pense bien être, )ie fait pas de tels compliments , aussi n'en ai-je pas besoin :
Non ((jiudeoi hoc istudeo, hallalis ut inthi nugis l'agina turgcxcal , darc pondus idonca fuma. '
Pourvu que mes pauvres écoliers en profitent , et que je leur puisse décharlataner la médecine (i) , je serai content. M. de
(1; Décharlataner la médecine ! Celui ([iii résoudra un tel problème pourra assurément élre compté parmi les bienfiaileurs de riuimai\lié. Je dirai comme Gui l'atin , fiât . fiai ! K. 1*. )
\ FAI.r.ONET. 189
Kliodes va par un aiilic cliomiii ciiie moi, aussi lu; iii't'loiiuai-jfi |)(tiiit si nous ne nous rencontrons pas de même avis : il est flans la polypharmacie, qno; propria est de domo , ctnpiricoruni, inquit Gai. 2, Metk. Le grand chancelier d'Angleterre , François Bacon de VerLdam , a dit fort à propos, que iiinllitiido reiiiedidnnn est fil la i f/nnra/i t / le (l) ; aussi avoit-il plus d'esprit que tous les empiricjues. Le duc d'Albe (2) disoit qu'une tète de saumon valoit plus que cent têtes de grenouilles : ainsi Galien vaut mieux rpie dix mille charlatans et paracelsites, soulfleurs, chimistes, arabistes, semi-dogmatiques , et autres pestes de notre métier. M. de Rhodes le lils vei'ra qiieUpie jour si tant de remèdes, tant de sortes de poudres et d'eaux , guérissent une maladie, une fièvre continue, une dysenterie , etc. ; il l'aut bien autre chose que du vin d'absinthe pour guérir l'hydropisie, etc. Mais il dit qu'il s'en retournera bientôt à Lyon ; vous verrez les miracles (pi'il y fera ; [)eut-étre qu'il a une science infuse et inspirée , ([ue le Saint-Esprit veut nous être cachée : nuiUi ad sapleiifiam pervenire jiof'dsseiit , nisi se Jam perceuisse putossent. Dieu soit loué de tout ; qui bien fera, bien trouvera. Je dis tous les jours du bien de M. Piètre, qui m'a appris de bonnes choses , e( scrio de Innto prœceptore glon'or, ac ejas manihus bene precor.
Je vous prie , ce 8 avril , de faire mes recommandations à M. Leroi , le marchand ; j'ai autrefois été le médecin de ses père et mère, bonnes gens et du vieux temps, reliquiœ nirrei secidi. Noël Falconet est guéri , il est allé en classe; un de ces jours de fête ou dimanche, je le purgerai. J'aurai soin de sa santé , tant du corps que de l'àme , et je ferai ce (jue je ])oui rai i)0ur en venir à bout. Obligez-moi de me mander ce (|ue c'est (pfun livre latin d'arithmétique, nouvellement im-
(1) ■ Le célèbre (iregory di.sait : Quand j'étais jeune médecin . il n's avail jia.s de maladie pour laquelle je ne connusse au moins wm^i remèdes ; à présent que je suis vieux médecin , il est un f;rand nomljre de miilatlies pour lesquelles je ne connais pa-; un remèle. H. 1*. •2 Voyez I. I . p. 3-21.
inO LETTRES DE (.!'! PATIN
ijviniH ciiez M. Barbier, d'iui certain ji-siiile nomnii' le ptMV Liolaud , et même de m'en acheter un.
La paix est faite entre le roi de Danemark et les Suédois , mais elle n'est pas encore ratifiée. La paix entre les Polonois et les Suédois est bien avancée. Quatre prélats, dont M. l'arclievèque de Lyon est le premier, ont le bi-evet d'être commandeurs du Saint-Esprit en la création de l'an prochain: les autres sont MM. d'Embrun, de Castres et du Mans. Le jeune M. (le Rhodes étoit encore hier à ma leçon, laquelle fut fort bonne ; il m'y proposa lui-même, an in gonorrhœa l'irulantu , qinnnodo et qurmdo competat veme sectio'/ il s'y rencontra plusieurs médecins étrangers et de diverses villes qui sont ici pour des alîaires qu'ils ont au conseil. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Pari.-*, le 9 avril KiOO.
LETTRE DVIl. — An même.
.le vous écrivis vendredi dernier quatre grandes pages de marchandises assez mêlées : c'est ainsi (jue je me divertis avec vous , persuadé que je suis que vous ne le trouverez pas mauvais; vous les aurez reçues de M. Langlois, secrétaire de Mgr. l'archevêque de Lyon. J'ai l'cnconln'' deux (ois , depuis huit jours, votre M. (iras par les rues , s/'n/pc/' il le est mu/s <-t ifhnn .
On dit ici (jue le roi pourra être marié environ le Ki mai, t't (|Ué tôt après il reprendra son chemin pour revenir à Fontainebleau. On bâtit au Louvre , et l'on dit f|ue l'hiver prochain il n'y pourra pas demeurer, /jj-o/itc- i>njjerfr/-fniit d'thfin'in/i , mais qu'il sera au château de Vincennes , (jue l'on a fort agrandi , et qu'il y passera tout l'hiver.
Je soupai , le 1-2 avril , hier au soir chez M. le premiei' pn^ sideiit , auquel je recoiumandai l'or! TalVaire de votre collège,
et même je le lui réitérai plusieurs fuis. Je lui dis (|u"aulretois le nouveau consul avauçoit de grandes soniiiies pour les nécessités de la république romaine , et (pie la moindre somme étoit de cent mille écus. Il me demanda où j'avois appris cela ; je lui répondis que cela s'appelloit auruin ohlatitiiim\ et que j'avois un bon auteur (pie je lui produirois et que je lui nommai; il se mit à me parler de cet auteur et de son mérite, et après me dit: « Mais comment faisctient les consuls romains qui étoienl pauvres? » Je lui répondis (ju'appareinment ils avoient des amis (pii , connoissant leur probité , avançoient pour eux la même somme , puisque c'étoit une loi ou tout au moins une coutume, qui étoit fondée sur quelque nécessité, comme l'étoit notre alïaire, de maintenir, en plaidant , les droits de la bonne médecine contre les chirurgiens et les apothicaires, hominum genus superbum , rtxosimt, m<>rn.vdJi , at'di'um^ cori/ensiosKin , /if/;/iosin/i , iiijiisfiiui ^ sans plusieurs autres mauvaises (|ualités (pi'il n'étoit pas besoin de désigner. Il se mit encore à rire; je continuai aussi de lui dire (pi'il n'y avoit à Paris aucune compagnie où celui cpii étoit reçu ne donnât quelque argent: les maîtres des r(?((uétes en prenant séance donnent mille écus ; les conseillers des enquêtes et des requêtes donnent, uuro prœsevtuneo, quinze cents livres; les chirurgiens et les apothicaires en donnoient ; les serruriers , les menuisiers , les chapeliers , les cordonniers et les savetiers mettoient dans la boite ; (pie sans cet examen rigoureux, Ly(ui, qui étoit une bonne et riche ville, et la première de Fraiice après Paris , senqjliroil incontinent de charlatans (pii viendroient s'y habituer des pays iV(i(/ieii$ins , (iuyenne, Languedoc, Provence, /lomiinan </o)his ifpuirxin , avaraiii , liu-ri iipj/eipiitissimwu , qui ne chercheroient ce |)oste que pour s'y habituel', sans avoir envie d'y bien faire.
L'i facrrciil rein , si non nni , f/uoctiniiiic niodo rmi.
Genève, la Suisse et l'Allemagne, et même I Italie et I Es-
192 I.EITFIES DE lai PATIN
pngne, lu^ mauqiieroient pas do gens altérés qui viondroient, bien (|irinroniius. à Lyon, planter le piquet pour y débitei' leurs denrées,^// vpnflereut ^uinn porc/a/t; que les lois et la discipline de votre collège et la somme de cent écus serviroient de barre à réprimer et à empécber une partie de tels abus; que deux provinces au-delà de Lyon étoient pleines de juifs , quorum summum erai votum decipere genfem , quo nomine c/iristianos intelU(junt. Il me promit qu'il se souviendroit de toutes mes raisons; il m'a prié de retourner souper avec lui dimanclie prochain, et c'est pour moi un commandement. Si votre atfaire n'est pas faite, je lui en reparlerai. J'ai averti M. Ri(piier qu'après (pie M. du Tillet lui aura parlé de l'ex- ))éditiou, je retournerai . s'il en est besoin, en parler à M. le premier président devant dimanche. Voilà ce que j'avois à vous dire sur ce point pour vous rendre compte de ma com mission.
Le jeune de lihodes ma dit ce niatni que M. son |)ère lui permet de demeurer à Paris juscpi'au retour du roi , et qu'en attendant ce retour, il s'en va faire un voyage en Angleterre, Hollande et en Flandre pour y voir les uiiiversités. Je lui ai promis des lettres pour Londres, Itrecht, Leyde, Douai, Louvain et Bruxelles ; j'ai là partout de bons amis. Il pourra être averti, en quelque pays qu'il soit , du retour du roi , et il se poui-ra rendre ici pour cette solennelle entrée; mais quoi qu'il en pense , je ciois (ju'il feroit mieux de s'arrètei' ici , et de tâcher d'y apprendre plusieurs bonnes choses de la pra^ tique qu'il ne sait pas encore : peut-être qu'il croit les savoir ; néanmoins en tout ce voyage il pourra voir plusieurs clochers dont il n'aura jamais l'offrande. Quid est peref/iiiinfio? Fst inquiéta corporis et rmirni sine ullo fi'uetn jnefntio.
J'avois oublié de vous dire que M. le premier président me lit hier boire à sa saute i\\\ vin blanc de Condi'ieu que lui avoit donné i>f. Amat, lequel est, comme je crois, tni célèl)re [)artisan; je ne sais s'il est de Lyon. Mais que direz.-vous de niui' .\e vous sui::-je p,is eniuiyeux et trop im|»<iilun, avec
A FAI.CnNET. 193
mes lettres trop longues? Facit Imc auKir lu me (nus: il me semble ciue je vous tiens ce'*ans et que nous devisons ensemble (Ij.
On (lit que le roi , étant marié, s'en ira du côté de la Bretagne, puis en Normandie, et qu'il en tirera quelque nouvelle somme d'argent, (pi'il espère de trouver plutôt en ce |)ays-là qu'ailleurs, et après qu'il se rapprochera de Paris ; que tout le pays par le^piel il est passé est affamé et l'uiné. Je le crois, mais j'ai de la honte qu'il soit vrai.
J/alVaire de M. de(iorris est encore la; je ne sais quand elle sera jugée. H vouloit être retenu ii la chambre de l'édit, où il y a un ou deux conseillei'S huguenots; mais il a été renvoyé u la grand'chambre, laquelle est pleine de conseillers clercs ([ui lui feront perdre son procès. Il m'est venu visiter, et m'a prié de lui signer son papier, ce que j'ai refusé, lui disant que c'étoient des suffrages mendiés; (|u'il falloit cpie cehi se fît in locdinajiiiKtii , c'est-à-dire en nos écoles, si le jjai'lenient, (pii en est saisi , le renvoie à la |)luralité de nos voix
,1e viens d'apprendre de M. Riquier (pie vos statuts sont vth'ifiés en parlement, entièrement et sans aucune restriction, j'en suis tout réjoui; je ne manquerai pas {Van remercier M. le premier président dimanche prochain. M. Ri(piier en écrit à M. Michel ; je vous prie de lui faire mes recommandations. 11 mourut hier à Saint-Louis, rue Saint-Antoine, un fameux et savant jésuite, nommé le père de Lingendes (-2), âgé de soixante-onze ans. Je vous baise les mains, et suis de tout mon ccfc'ur votre, etc.
Ue Paris, ce 13 avril 16G0.
(1) Tel est en effet le caraclèrc de ces leltre.s ; ce n'est qu'une conversation spirituelle , savante et varice. Heureux les honiiues doués de ce rare talent, et qui, après deux siècles , savent encore intéresser la postérité à leurs idées et à leurs affections ! (U. P.)
(2) Claude de Linjjendcs, né à Moulins en 1391 , fut recteur du colléj;e di s jésuites ; il se distinijua comme prédicateur. Ses Sermons ont été publiés à Paris en IfWJO , o vol. in 8".
]9i I.KTTUKS T)T. C,V[ PATÎN
LETTRE DYIII. — Au mémo.
Je crois que vos jeunes gens de Lyon sont arrivés, car on m'a dit qu'un jeune homme bien t'ait, nommé M. Rousselet, ce 17 avril, m'est venu visiter pendant (jue j'étois en ville. M. l'avocat-général Talon n'a point encore donné son plaidoyer contre les chirurgiens, lesquels commencent h se rendre, et tantam tandem, animi ferociam deponnnt . On leur a dit que s'ils plaident sur une re(iuète civile contre nous, ils en paieront l'amende de 400 livres , et qu'ils décherroient encore de tous droits, vu que ce seroient les mêmes juges, les mêmes raisons, les mêmes causes; vu qu'ils n'avoient aucune preuve de leurs prétentions, et nuls privilèges, dont jusqu'ici ils se sont vantés, sans en avoir l'ait aucune démonstration. (Juibiis posltis, ils perdent l'envie de plaider, pourvu que nous voulions bien leur l'aire quelque grâce, et surtout de leur laisser IciD' nom de collège , leur robe , leiw bonnet. Ces gens-la n'ontils pas bonne grâce? N'est-il pas vrai que superbia eorumnon moritur ? vermis non extinguilur?
Je donnai hier une lettre pour vous à M. de Rhodes, lequel s'en va bientôt en Angleterre ; c'est un pays où il n'y a point de loups. En récompense, il y a ici très grand nombre de gens qui dévorent comme les loups la substance du genre humain ; il y a force partisans de toute sorte, il y a puissamment de la chicane, dont tous les gens de bien se plaignent fort, et même M. le premier président, qui s'en plaint extraordinairement. 11 y a dans ce siècle une certaine iniquité, une injustice générale, une impunité de laquelle tous les méchants abusent très méchamment. L'on met ici tous les jours de Jiouveaux impôts sin- les denrées, sur les marchandises, ncc est 'qui securcit. Le mal est si grand qu'd va jusqu'au sanctuaire : les uiûines n'ont point les mains gourdes à acquérir du bien des familles pur donations, testaments, et prennent l'ar- •nuit c()m[)tant (ju'ils peuvent attraper par leurs belles v[
douces promesses : ils promettent beaucoup , mais ils ik; I livrent rien. Etiam moshabet nœvos ors noslra ; ce n'est plus tantôt que tbiblesse, làclieté , fourberie, ignorance, cabale, trahison, sijncretismus cum pliarniacopœis, et turpe comincrciumper puivetx's^ pnrua grona narcotica, stibhmidiripJwretirnm cinn pulvcre ninr(jnrit<irum ad roborwidwa ventricubnn. L'un vend des tablettes , l'autre de la gomme gutte purgative , l'autre a des secrets pour la rate; de sorte que je me sens obligé de dire avec ce poëte généreusement , quoique non sans plainte :
0 piidor! 0 slolidi prceccps ccsania voti ? Quantula pars rerum est, in (pia se gloria lollit ? Ira frémit, metus exanimat, dolor urif, cgesta<t Cogit opes , fcrro , insidiis , pamma alque vcneno Cernilur, cl Ircpido fervent Inimana tumultit.
Ne voyez-vous point là une lidèle description de nos cabalistes, bourreaux publics, /ler sun renenamefaUica, at prœtextu novitatis incaidos dccipiant , ci nummos arripiant? 0 rem cxecrabilon ! 0 fucinus liorrenduml Sed frustra querinnir : il n'y a plus de justice.
On parle ici du rétablissement du roi d'Angleterre, et (jue trois milords de Londres le sont allés trouver à Bruxelles pour traiter avec lui ; mais son parti n'est point encore le plus fort, il n'y doit point aller qu'il n'y voie plus d'ap[)arence. Ce prétendu rétablissement est nocjotimu peronJjulcms in tembris , qui ne réussira que par une grande force bien éclatante ou par des finesses d'im cabinet auquel présideront peut-être le pape, le général des jésuites, le roi d'Espagne, quelques cardinaux , et peut-être Mazaiin.
On m'a dit ce matin chez un marchand (|u'un médecin de Lyon, jadis huguenot, mais veuf, s'étoit fait chartreux; si cela est, ce pourj-oit être votre Meyssonier: je crois qu'il est assez fou pour cela ; mais les moines voudroient-ils bien de lui? Sont-ils assez gens (1(> bien pour se charger d'un tel fou ?
196 I.r.lTRES DE i.l I PATIN"
Avec de tels gens il faut de la patience. Noël Falcoiiet , ce 1~ avril , étudie bien, et assiste souvent à mes leçons a^i Collège royal ; il a été bien satisfait de ce que j'ai dit aujourd'hui de plenitudine et vaviolis : quod summum in illis prœsidiumsit cenœ sectio , quando et quo modido celebranda. Vous savez que de jeunes médecins doivent savoir cela, et néanmoins il yen a encore plusieurs qui en doutent, rf/ qui noninteUiyunt.
Voilà M. Duchef, ce 18 avril, qui vient de me prier de parler à 31. le premier président pour l'audience qu'il m'a promise pour M. et madame de Verdun, qui sont arrivés ici depuis trois jours. Je me suis chargé de vous faire ses recommandations ; j'en parlerai ce soir à M. le premier président. J'entretins hier au soir, ce 19 avril, M. le premier président , lequel je remerciai fort de l'arrêt qu'il avoit rendu pour les médecins de Lyon ; il me prit par la main , et me dit : ) o^/.s' voijez le crédit que vous avez à la (jraiurchumhn' , nous n'y avons rien rabattu. Je lui dis ensuite que M. le comte de Verdun et madame la comtesse étoient arrivés, et qu'il leur avoit promis une audience; qu'ils n'éloient venus que sur la parole que je leur avois donnée. 11 me répondit : Ce sont des créanciers à qui Je dois des audiences ; je m'en acquitterai quand je pourrai. Il m'a fait promettre que j'y retournerai dans huit jours, et je renouvellerai mes instances (l). Il m'invita fort à boire à sa santé, et j'y bus deux fois du vin de Condrieu, le meilleur que je bus jamais; on m'a dit que c'est d'un présent que lui ont fait 3IM. les comtes de Lyon.
On vient de mettre dans le Châtelet de Paris un insigne voleur prisonnier, qui se faisoit appeler le Solitaire; il avoit l'audace d'arrêter, lui tout seul , un carrosse, et de se faire donner de l'argent , ou de prendre les bagues et les perles des dames qui s'y rencontroient. Quand on a commencé à lin-
[}) On voit la grande considéralion donl jouissait Gui Patin chez les magistrats les plus élevés en diijnité. 11 ne se vanle pas , il ne se flatte pas ; il laconle simplement ce cprii a \u , ce qu'il a fait , ce qu'on lui a dit. (R. P.)
\ FM.CONET. lOT
tciTOger, il a(lit(]ii'il etoit lioiuiiie do bioii, ([u'on le prenoit pour un autre : ainsi disent tous les larrons la veille qu'on les pend ; c'est ainsi que parloient à Naples les galériens du duc d'Ossone. Vn conseiller du Chàtelet me vient de dire que c'est un gros garçon, fort, qui n'a que vingt-deux ans, Si l'on étoufibit tous les louveteaux, les loups ne mangeroient plus les agneaux.
Hier au matin mourut ici d'apoi)lexie un honnête homme, nommé M. Voisin, prêtre , jadis conseiller au grand conseil , frère du beau-frère de M. Talon, avocat-général , et fds de Voisin , greffier criminel de la cour, dont il est parlé à la mort du maréchal dé Biron; il a fait beaucoup de legs, et entre autres il a laissé près de 100,000 écus à l'hôpital général.
31. le Prince est en Bourgogne; on lui impute des lettres qui sont vernies delà cour, par lesquelles M. Millotet, avocatgénéral de Dijon, est interdit de sa charge.
On a publié en Hollande une réponse à la harangue que M. le président deThou , notre ambassadeur, leuravoit faite, et qu'il avoit envoyée de deçà imj)rimée, que le gazetier même a derechef imprimée. Je vous baise les mains et à mademoiselle Falconet , et suis de tout mon cœur votre, etc.
DeParis,le20avrill660.
LETTRE DIX. — \n uh'nw.
Le samedi 2'i avi'il ( anniversaire du marquis d'Ancre au bout àe (juarante-trois ans), la cause de M. de Gorris fut appelée à la grand'chambre ; mais son avocat n'y comparut point; la cause fut remise à la huitaine, et en attendant défense à lui de se pourv()ir ailleurs. Je crois qu'il perdra son procès, et néanmoins Guénauta fait tout ce qu'il a pu pour lui , et même M. le président de Xesmond a voulu être son intercesseur vers M. le premier président, sed frustra. La grand'chambre est pleine de conseillers-clercs qui seront contre les huguenots; et de plus, M. le premier président les hait
i9^ LETTlili.s UE (.Ll l'.VlIN
fort, bien (la il ne soit encore qu'obsédé , et non pas possédé, sjjiritu loyoiitico [i).
Le dimanclie 25 avril , j'ai reçu votre belle lettre; je participe à la joie que vous avez de la vérification de vos statuts, et suis l'ortrt'joui que vous soyez content de mes raisons et do mes diligences envers 31. le premier président. Je vous prie d'assurer tous MM. vos collègues de mes services. J'ai avancé à M- Riquier 60 livres 10 sous pour lever votre arrêt qu'il a fallu réformer; mais après qu'il a appris que cela coiiteroit bien davantage, il m'a demandé autres 60 livres que je lui ai baillées, pour lesquelles deux sommes j'ai son récépissé; je crois qu'il s'attend de faire partir le tout dans votre boîte pour le même jour que celle-ci partira, et que M. de Rhodes y fera ses diligences vers le messager.
Les affaires du roi d'Angleterre s'avancent ; mais on m'a dit qu'on lui a présenté des conditions bien étranges, et entre autres que la reine sa mère, ni MM. ses frères, ne retourneront jamais en Angleterre ; qu'il n'épousera point de femme qui ne soit protestante ; qu'il ne donnera aucune liberté auY catholiques romains et autres.
On dit ici que la paix est fort avancée entre le roi de Pologne et les Suédois , et de plus encore entre la France et l'Empire, et qu'il y a grande apparence que nous n'aurons point de guerre cette année.
M. d'Hervart , ci-devant intendant, et aujourd'hui contrôleur général des finances, fait ici de grandes brigues pour faire recevoir son fils conseiller de la cour; on y fait de la difficulté, non point pour la religion , car il doit y avoir six huguenots dans le parlement de Paris, mais parce qu'il est fils d'un partisan. Voilà ce qu'en disent ceux qui le veulent refuser, disant que ce père a trop de bien pour n'avoir pas fait ce métier- là. Le père répond que non , et negat fœiiter, soutenant qu'on ne peut montrer en aucune façon qu'il ait jamais
(1) Dislinctnn subtile cl parfailcmciil juste. Cependant M. de Lamoisnon ne fut jamais entièrement poî-sodé de cet esprit si abhorré de notre auteur. (U. P.)
(reiiii>('' dans aucmi parti : c'est (lue les i)aitisaiis n'y rueltcut plus leur propre nom , mais ils en supposent un. Sur ses prétendues finesses , le parlement est fort en division, et ils ne s'accorderont jamais sans bruit , et uh^qiœ muluo odio. Vous ne doutez pas que la corruption ne soit grande et qu'elle n'aille bien loin ; c'est ce dieu mnmmona^ cfens in/qto'fatis, (pii fait tout cela.
Il va, ce 26 avril , aujourd'hui cent et deux ans que J. Fernel mourut, belle âme et bien illustre, dont la mémoire durera autant que le monde, md mitera quomdin /lonos hahchitur f)iiiii<ilifcris; il est enterré dans Saint-Jacques-de-la-Bouclierie, ici près. J'y mène souvent mes deux fils, les exhortant de devenir comme lui (I). Je soupai hier au soir chez M. le premier président, où plusieurs survinrent que l'on n'attendoit point ; on y parla fort de M. de Thoré , président des enquêtes, fils de feu M. Particelli d'Emery, surintendant je dis des finances, qui étoit un grand larron (2). Ce fils président a été fou déjà plusieurs fois ; mais depuis six mois il l'est plus fortement que jamais , et ôte toute espérance d'amendement , quia ad mellorem inentem noii rovcrtihir, ner idla obfinet dilucida ■ intcrvnlln, quœ spcm rclinqunt toO (sa-'C^iv '" tali desipientia' fjcnere. On parle de vendre les charges et de le séparer d'avec sa femme , laquelle ne le veut point quitter ni se séparer de lui.
(Ij On ne saurait croire le degré de respect qu'on avait pour les autorités médicales dans les anciennes facultés : c'était une espèce de culte. Peut-être y avait-il de l'abus ; mais aussi combien d'avantages dans celte solidarité , dans celle force collective , dans ce principe d'émulation répandu [larmi les membres de la même corporation ! l'ersoniie ne lit plu- aujourd'hui les livres de kernel , dont plusieurs et notamment so!i traité de Âbditisrcnim causis, sont remplis d'erreurs ; cl cependant Ferncl passe, avec raison, pour un illustre médecin. 11 eut non seulement beaucoup de savoir, mais un talent vraiment distingué , un cœur loyal et haut placé : son mérite , sa conduite, son influence, firent voir que la bonne, la vraie médecine est souvent l'esprit de l'humanité. (R. P.)
(2^ Voyez 'a note sur d'Emery, t. II , p, lij.
•:r,0 LEIÏKES DE IJL'I PATIN
Au contraire, sa mère le demande, et (jii H soit lemis en ses mains et en sa garde; et comme il n'y a point d'enfants, on veut que la femme se retire , ayant pris son bien et ses droits, ce qu'elle ne veut point faire, et c'est le procès dont il sera demain parléenlagrand'-chambre. Et en attendant, les sages remarquent la malédiction qui tombe tous les jours sur les familles de ceux qui ont gouverné les linances depuis quarante ans , témoin celles du maréchal d'Efliat, de Bullion , Bouthilier, Fieubet, Bossuet, du président de JMaisons, de feu M. Servien , d'Emery et autres, quorum nomina non tacebuntur annis proxliiie successnn's, qui ont été les bourreaux et les sangsues de ce royaume depuis tant d'années. Je n'y veux point oublier le cardinal de Bichelieu, dont les deux neveux se sont fort indignement mariés, bien qu'il ait volé plus de 60 millions à la France pour tâcher d'enrichir sa maison, y«s^f récoiiipense et punition divine , dit Homenas dans r Auteur françoisdu pantagruélisme. Un poète ancien a dit ; Certc lenta est (-'corum ira, sera tmnen tacitis pcdibu^ venit. Qui bien fera, bien trouvera, ou l'Ecriture mentira.
Le pape a fait huit cardinaux nouveaux, dont il y a un Mancini, neveu de son Eminence, qui a la nomination de France ; un pour Espagne, qui est un évêque d'Aragon ; un pour Vienne, parent de l'empereur ; le quatrième pour le roi de Pologne; le cinquième est Vénitien ; les sixième, septième et huitième sont Italiens.
On dit aussi qu'il y a une trêve de six semaines entre le roi , la Suède et l'empereur ; et l'été prochain nous n'aurons guerre nulle part.
M. Riquier me vient de dire qu'il a aujourd'hui après midi délivré à 31. de Rhodes votre petit coffre avec les pièces re- (juises, et qu'il vous a mand(^ qu'il avoit reçu de mes mains six vingt livres dix sous , (ju'il en a payé les ex[)éditions au greffe du Palais et ailleurs, qu'il en est content , et qu'il ne désire rien davantage, .le vous prie de dire à 3J. Michel que je suis son très hunjble serviteur, et de même à MM. de Rhodes,
A lALCD.NKT. 201
S|)oii t:t (iaiiiier, coniinc aussi à M. liarbici' riinpiimeur. Quand sera fait son Sancfus (i(w(/ins Cajipndo.r'^ Je scrois d'avis ([H il en envoyât un en blanc à M. le premier piésident. qui aime ces nouveautés , et qui leçoit de bonne t;ràce ces petites curiosités en présent. L'auteur est un liomnie rare , singulier et très savant, excepté qu'il se fait ])oissonnier la veille de Pâques, et qu'il affecte d'écrire d'une manière qui n'est plus en usage ; et néanmoins tous ses livres sont bons ; est eniin vir iimltijurjœ emiditionia ac inftnitœ lectionis , comme disoit M. (irntius de feu M. Saumaise. Le style du père Théophile Raynaud rcr/iilet Lipsimmrn ^ qmt tamen est multo ddi'rior. Il n'y a aujourd'hui aucun auteur qui écrive de même , si ce n'est peut-être M. Bloudel, notre doyen, qui. bien qu'il soit un des plus savants hommes du monde , affecte cette espèce de barbarie , et eodent scabie iaborat cuni Teiiidliano , Lipsianus seu Lijjsioinimusvel Lipsio minus ^ qiinlis alitpKHido fuit Enjcius Putemius , Petrus Grutevus , Theupldlus H(']inoudus, et pauci (dii qws fuma obscura recondit.
Noël Falconet a fait relier sa morale et ses mathémali(|ues; il continue diligemment ses répétitions ; il me promet de bien étudier en médecine, et d'aller vite, alin d'être bientôt fait docteur, et agrégé de bonne heure â votre collège de Lyon. 11 aura cet avantage d'être auprès de vous, (jui lui serez un bon et grand livre, et auprès de madame sa mère , qwrui sibi spei'ut suai'issiuiuiu et (aventissiinoui futuruu\.
Deux des filles de 3L le duc d'Orléans partent demain par ordre et aux dépens du roi , pour assister à son mariage et porter la (jueue a la reine avec Mademoiselle, leur sœur aînée. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur voire , etc.
De Paris, le 27 avril 1660.
" 202 LETTUliS DE OLI l'ATlN'
LETTRE DX. — Au même.
11 n'y a que deux heures que j'ai délivré une lettre pour vous à M. Troisdaraes , qui est le plus honnête et le plus obligeant de tous les hommes ; je n'en connois point qui le vaille; U faut que je lui donne l'éloge qui est dans Catule , et que je le nomme optimus bonorum. Nous avons fait ensemble partie d'aller l'été prochain en sa belle maison de Fontenai-les-Roses , près du Bourg-la Reine , où l'on cultive les roses pâles , dont nos apothicaires se servent tous les ans, et là nous y boirons à votre santé , et c'est là que nous dirons les meilleurs mots que nous saurons.
Aujourd'hui , ce même jour à midi , nous avons enterré notre bonhomme Guérin , âgé de quatre-vingt-neuf ans ; nous étions quarante docteurs en robe rouge, et auparavant nous avions assisté à la procession du recteur en Sorbonne, pro pace. C'est l'Université qui a fait celle-là, tout extraordinaire, pour la réjouissance qu'on a de la paix. Madame la duchesse d'Orléans est ici arrivée, laquelle fait pitié, tant elle est triste; elle inspire de la tristesse à tous ceux qui lui rendent visite. Oji parle ici d'un grand service, pour défunt son mari , dans Notre-Dame, comme c'est la coutume d'en faire pour les princes du sang.
Nous avons aujourd'hui , ce 29 avril , après dîner, été saluer M. Talon , avocat-général ; nous étions douze , qui prwbebamus comitatum decano nostro , et nous lui avons présenté cum brevi oratiuncula un décret qui avoit été fait à son honneur sur une grande feuille de vélin , avec le grand sceau de la Faculté, enfermé dans une petite boîte d'argent fort mince. Il nous a fort bien reçus et fort remerciés de notre gratitude. Nous aurions pu lui répliquer ces beaux mots d'Ausone , in sua gratiarum actione : Hoc debeo quod solvo , et quod solvo ad/tuc dcbeo. Nos chirurjiiens sont fort étourdis de leur arrêt, et ne savent ce qu'ils doivent entreprendre par provision ; ils nous
A lALCUNET. 203
liaisseiit fort et nous eux, comme des misérables; nous ne les craignons point et n'en avons que faire. Pour les apothicaires , ils sont souples comme un gant , et voutlroient bien avoir nos bonnes grâces. Guénaut leur avoit fait espérer de les rétaljiir dans les familles par le moyen de l'antimoine , mais la corde est rompue, cela n'a pas réussi; nous sommes plus de (piatre-vingts qui l'avons empêché, ainsi ceux d'aujourd'hui paient l'auicndc d(ï la faute de leurs pères et aïeuls. Tant (pie nous aurons de la casse , du séné, du sirop de roses pâles, nous pourrons toujours continuer à délivrer Paris de la tyrannie et de la trop grande cherté des parties d'apothicaire. Le monde est aujourd'hui trop pauvre; ces dépenses, lorsqu'elles n'étoient que médiocres , auroient pu être tolérables sur la fin du bon roi Henri IV, jusqu'environ 1625.
NiiHC alla csl œtus , aliter nunc victnr islliic, Hœc fuci ant sub rcgc Numa , sab consulc Brulo , de.
Je soupai hier, le 1"' mai, chez M. le premier président , qui me dit (pi'avant un mois Londres étoit en danger d'un grand changement. Yl. le Prince le fut \o\v avant hier , et M. de Longueville hier. Il est fort enrhumé , et ne peut rien faire faute de loisir ; la grandeur de sa charge le tue , non videbit annos Pétri. Il m'a encore invité pour dimanche prochain et de suite, jusqu'à la lin du parlement , toutes les semaines; mais les grands jours d'été viendront, qui troubleront cet ordre (Ij.
[i) Gui P;iliii était aimé et estimé de M. de Lamoignon , et c'est le placer haut. Ce magistrat jouissait, en effet , d'une grande réputation d'honneur et de probité ; laborieux , de mœurs austères , il avoIt celle gravité et, il faut le dire, celte décourageante impassibilité que donne l'habitude d'une haute position. 11 joignait à ces qualités un savoir étendu , et dans roccasiou une fleur de politesse , un charme de savoir-vivre tout particulier; aussi Gui Patin ne cesse-t-il de le vanter, de le vénérer, de s'estimer heureux d'être admis dans sa maison. (R. rj
•20 i LEITIIES DE ciUl l'A TIN
Je viens , ce \" mai , de chez M. le premier présitleiit pour lui recommander une ailaire du fils de l'eu M. Kiolan ; je n'ai point voulu lui refuser ce petit oltice, qui a réussi delà bonne sorte : là j'ai appris que M. le comte d'Albon étoit malade , et qu'il avoit déjà été saigné trois fois ; /uec volui nescius ne esses. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le 2 mai 1660.
LETTRE DXI. — An innne.
Je vous dirai que iM. deGori'is veut poursuivre son all'aire , et qu'il a présenté requête au parlement, laquelle est signée de quarante-deux docteurs qui sont utriusque sexus, antimoniaux, et contre , mais tous , ou la plupart, ennemis de M. Blondel, notre doyen, qui est un excellent homme, tant à bien faire sa charge qu'à raison de son érudition. De Gorris a peu d'amis , Guénaut lui en a donné quelques uns ; mais la plupart y vont contre leur conscience et en dépit de M, Blondel. Guénaut prioit un de ses amis de signer cette requête en faveur de Gorris; cet ami le refusa , et lui dit : Si vous entreprenez la cause de Gorris , on dira que vous êtes encore hwjuenot , comme vous l'avez été jusqu à l'âge de trente-cinq ans. Guénaut répondit que les médecins ne doivent pas regarder de si près à ce point-là, mais qu'il falloit seulement songer à faire venir le quart d'écu d'une façon ou d'autre: cet homme ne songe qu'à de l'argent. Un pêcheur dans Tiiéocrite disoit :
Somnia sunt caniOus paucs , mihi somAia pisces.
Quand cet homme dort, le diable le berce, et quand il songe, ce n'est (ju'à des écus blancs et à des écus d'or, et in hoc sitlo cardiiie rertitvr lut us is/f iiclmhi , eu/us famé in dira im-
iiii iiinhir (ij/ud 1)1 mus.
A FALf.ONET. 205
Lfs (IfM)X mosdemoiselles «l'Orléans sont parties le !"■ mai , ce matin , en carrosse à six chevaux, ])oui' aller à la cour et assister an mariage du l'oi , [jour [)orter la queue de la reine avec Mademoiselle, leur sœur aînée, et la princesse de (^arigiian , et parce moyen il n'y aura que des princesses du sang royal à cette grande cérémonie. Dieu soit loué de tout, et <ju'il lui plaise par sa bonté que le pauvre peuple de France soit bientôt soulagé par la diminution de la taille, impots et subsides, que les partisans, avec leur avarice, ont rendus insup[)ortables connne ennemis du genre humain : iiuhlicdiiun iiiala bostia , tyramius iioiiidurum et regnonon. (>e Ixiurreau lait dans un royaume ce (jue fait un brochet dans un étang: (inimal est caniiroruni et s^dnquisorbwn. \ iscerihus Jitt'semr/nii et samjuijie pascitur otro.
(iOmme je sortois ce même jour, aujourd'hui après midi, d'une consultation sur le pont Notre-Dame , avec M. Piètre, nous avons rencontré votre j\f. Grasrv///? suu scheiuate et Iwhitu lilnjsico. J'ai dit à M. Piètre qui il étoit; nous l'avons arrêté. H dit qu'il y a plus d'un an qu'il est à Paris, et qu'il ne sait quand il en sortira; que son procès n'est point encore jugé. Enfin, après plusieurs discours, nous l'avons (piitté. ^f. Piètre m'a dit après que cet homme avoit une étrange mine; que ce seroit dommage que lui et M. de Rhodes quittassent Paris et retournassent h Lyon avant que notre médecine fût réformée, puisqu'ils ont fait concevoir l'espérance d'un si grand bien tant cà Lyon qu'à Paris. Il m'a dit encore que 3L de Rhodes pourroit être quelque jour un habile liomme, mais qu'il lui lalloit encore bien étudier auparavant , etc. Sceptice et ironies. Vous voyez comme l'on connoît ces messieurs en ce pays. M. Piètre reçoit quelquefois des lettres de 3JM. Guiliemin et Garnier. Le jeune de Rhodes ne réformera personne de longtemps, nisi pilwn mutet (ic mentem; il n'est pas encore en état <le cela; il ne fera pas peu pour soi-même, s'il peut se persuader qu'il ait besoin lui uième d'un si notable changement ,
sed in hoc versntur deorum iniquitas, quod inter homines pancissùni se norint.
Ut nemo in sese ienlat descendere, nemo, Sed prœcedenti spectatur manlica iergo.
Mais il faut que je vous donne avis ce 3 mai , qu'aujourd'hui, sur les quatre heures du soir, tandis que j'étois en ville, M. Gras est venu céans, qui m'a rapporté mon Varandens in-folio (l) , qu'il m'emprunta dès qu'il fut arrivé ; il m'a toujours dit qu'il ne partiroit point sans me le rendre, est-ce qu'il s'en va bientôt? Si cela est, prenez garde à vous , et tout votre collège, et vous gardez de sa réformation ; mais s'il en a quelque bonne , il ne peut pas l'avoir apprise du livre qu'il m'a rendu , car elle n'y fut jamais.
M. l'évêque de Coutances, grand-vicaire de M. le grandaumônier, nous a tous assemblés chez lui (j'entends les professeurs du roi ) ; il dit qu'il veut réformer notre collège , nous obliger de faire ddigemment des leçons (c'est qu'il sait bien qu'il y en a la moitié qui s'en acquittent fort mal ) , mais aussi qu'il nous fera payer. Il a dit qu'il nous mènera chez M. le surintendant des finances pour nous faire payer; il en a choisi quatre d'entre nous pour l'y accompagner, dont je suis l'un, et veut que deux fois l'an nous fassions un programme des dix-sept professeurs, dans lequel chacun publiera ce qu'il veut enseigner les six mois suivants. Tout le monde parle de réforme, aussi est-elle fort nécessaire.
Rari quippe boni, numéro vix et totidcm qicot Thebantm porlœ , vcl divilis ostia Nili.
Feu M. rèvèque de Bellay reprochoitautrefoisquelque chose aux moines, qui étoit véritable; eux ne pouvant le n'wr (nosti
(1) Jean Varandé , célèbre professeur et iloycn de Montpellier sur la (in du \vi^ siècle. \\. P.)
enim cnscsse pnCstanfissimos cnii/tces, et //a/jcre apxd so officinam fvnudwn et mendociorum) , disoient bien (lu'autrefbis cela a voit été, mais qu'il n'étuit plus, d'autant que dorénavant i/s étaient réformés. L'évèque leur répondit : C'est signe que vous ne valiez (juhre , puisqu'il a fallu vous réformer : encore va de/ par Dieu si vous l'éfrs, au moins vous le dites.
Hier au matin, dans le bois qu'on appelle de Saint-Germain-en-Laye , fut tué de deux coups de pistolet, par deux hommes qui l'attaciuèrent, le comte de Beaumont, autrement nommé le Dragon , gouverneur dudit bois. Ces deux assassins ont fait si belle diligence , qu'ils n'ont pu être attrapés. On attribue cette mort à plusieurs ennemis qu'il avoit, vu qu'il avoit maltraité la plupart des gentilshommes de ce pays-là , et qu'il étoit en querelle et procès avec des gens très puissants, et de grand crédit. Entîn le prêtre assassin doSaint-Eustache a été exécuté aujourd'iiui à six heures du soir, devant Saint Eustache ; il a eu le poing coupé, et a été pendu et brûlé. Il a fort prêché à la potence , et fait de belles remontrances à la jeunesse ; mais c'est Là un méchant lieu , il vaut mieux bien faire. Je vous baise très humblement les mnins, et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, le 4 mai 1G60.
LETTRE DXII. — Au même.
Le procès de M. de Gorris n'est point encore jugé, à cause (jue samedi dernier il étoit fête ; mais notre doyen, M. Blondel, poursuit chaudement contre le huguenot , et espère que ce sera samedi prochain : de Gorris a présenté recjuête à MM. du parlement, laquelle est signée de quarante-deux de nos docteurs, toyafa mancipia /tœrcseos, vel odii in rirum hnnum dccanum nostrum. Tous les amis de M. de Gorris, toute la cabale de Guénaut, et tous les ennemis de M. Blondel , n'ont su faire que qunrante-deux voix. On a reproché à
208 LETTRES DE Gl [ PATIN
M. Piètre d'y avoir signé, et même d y avoir fait signer quel- ([ues uns de ses amis, à (|U(»t il a lépondu que ce n'est ([n'en dépit de Blondel : il y a longtemps qu'ils ne sont pas amis. Enfin il faut que nos haines , nos colères et nos dépits nous empêchent d'être gens de bien , tant nous sommes sujets à nos passions.
Impedit ira animum, ne possil cerncre veriav.
M. Blondel espère d'avoir arrêt samedi prochain, et il me semble qu'il s'en tient tout assuré, nihilominns tamen dubia gemper fuit et anceps aléa judicionim. C'est pourquoi Bridoye, grand maître en l'art de chicane, à ce que dit Vaufeur franrois, jugeoit les procès à trois dés ou à l'étiquette du sac. Il y a ici un prêtre, à Saint-Étienne-du-Mont, qui a débauché une belle tille en confession , l'a entretenue quelcpie temps , puis elle l'a quitté et derechef rechei'clié , et enfm ils sont prisonniers. Pour lui, ce n'est (ju'uu fripon; pour elle, sa première simplicité seroit en quelque façon excusable, mais elle s'excuse de ce (|u'elle l'a retourné chercher, sur ce qu'elle avoit un chapelet de senteur que ce prêtre lui avoit doimé , et qu'elle croit qu'en ce chapelet il y avoit quelque sortilège. Vous savez bien ce qu'a dit cet ajicien, je crois que c'est Quinte-Curce, mag/'a ni/iil est aliucf qiiam mertau ingenii hiniumi ludibriian. Elle dit qu'étant retournée avec lui, il la mena au sabbat une sombre nuit , et qu'elle y vit des choses étranges. Cette pauvre tille, qui s'est laissé débaucher, n'ose s'accuser soi-même , et sa trop grande crédulilé; elle s'en prend à la prétendue magie de ce prêtre luxurieux , et au diable qui est une autre méchante bête. .Vo// sum ecjo causa malorurit , Jupiter est (l).
(1) A Tépociue de Gui Paliii on croyait encore aux sorciers ; notre temps même, qui se vanic de ses lumières , n'est pas tonl-à-fait purgé de celle sollise. Il y a encore bien des (iveslions qui n'ont pas fait leur chemin dans touH les esprits. R, P.)
A lAl.Co.NKT. 209
On dil ici que \o roi veut établir on l»r(nt'iict' (|U('lijties nouveaux impôts; cela l'ait naître des plaintes et du bi'uit en ce pauvre pays tant désolé. Bon Dieu ! n'y a-t-il pas moyen de vivre doucement, et ne plus entendre parler d'impôts nouveaux, de subsides, de gabelles ! 0 inheram Galliam , in qua miseroriim sanguine et populurum sudorc jirincipum et viagislratuum ventres misevrime fari;iuntui\ nec tamen satiantur. O abdomen insatarabile .' ( I )
11 y a longtemps, ce ;■) mai , que je n'ai appris de vos nouvelles et que je n'ai point reçu de vos lettres : néanmoins, il ne m"en importe, pourvu que vous soyez en bonne santé ; c'est peut être que vous êtes aux champs. Je crois néanmoins que vous aurez reçu, par le messager de Lyon, le petit coffre de vos dépêches et de vos statuts.
Voilà trois enfants de Lyon qui viennent de sortir de céans, savoir : MM. Rousselet, de Silvecanne et Savaron. Le qua trième n'y étoit point, nommé M. Cochardet. Ils m'ont indiqué leur demeure, je les y visiterai. Ils m'ont tous trois parlé de vous , et m'ont dit que vous étiez leur médecin ; ils m'ont dit aussi que M. Guillemin n'en pouvoit plus, et qu'il partiroit bientôt pour l'autre monde; ils attendent des nouvelles du mariage et du retour du roi pour y voir son entrée; mais je crois qu'en attendant ils feront bien de la dépense et de la débauche ; ils ne voudroient pas s'en passer. Dieu est trop bon pour ne pardonner pas à des gens si innocents . et même
(\) (],e.s conliiiucllcs rccriniiiialiouïs contre les grand.-* et les puissante ont véritablement de quoi surprendre de la part de (jui l'alin , lui si instruit dans riiisloire, dans la connaissance du cœur humain. Ij^norait-il donc que l'art de gou\erner est de tous le plus diflicile et le plus compliqué ? L'esprit de progrès et celui de stabilité, une administration ferme et douce, des vues nettes et élevées, le droit et la justice {tour tous, voilà ce qu'on exige des chefs et des pasteurs d'hommes. Elounezvousmaintenant si les bons rois et les bons mitiistres, si les bons jtergers cl les bons chien» sont rares , très rares , et si le compte eii est bientôt
lait, R. P. ;
Itl. 14
VO LETTHEs DE CCI PATIN
peu s'en faut qu'il no leur on doive de reste : ces gens-là n'ont jamais tort.
On dit qu'il a passé un courrier par ici depuis deux jours, f|ui tait espérer que la paix va être générale, et que celle d'entre nous, l'empereur et le roi de Suède, va être faite; que les Anglois traitent avec le roi d'Angleterre pour son retour avec diverses conditions. Toujours est-ce un bon signe pour lui, et grande apparence qu'il sera enfin rétabli. Les Anglois feront sagement de traiter avec lui , et de prendre de bonnes assurances contra inftirlias jirincipitus , de peur qu'on ne dise d'eux ce qui est dans Suétone dans la vie de Tibère , à la (in d'une belle épigramnie contre ce tyran :
El sic Ruma périt : regnabil sanguine mulln Ad regnnm qnisquis vmit ah rxilin.
On tient ici pour certain que le roi sera marié devant le 15 de mai ; je prie Dieu que ce soit pour le salut de son àme et !e soulagement de son pauvre peuple, voire même pour la punition de tant de voleurs partisans qui ont ruiné la France depuis trente-cinq ans. Ou a fait la paix, et personne n'en est soulagé.
Je vous prie de faire mes recommandations à M. Spon , de lui dire que j'ai reçu le petit paquet de lettres qu'il m'a envoyé par un Allemand; qu,e je lui rendrai bon compte de ce qu'il me recommande là-dedans.
Je vous baise très humblement les mains, et à mademoiselle Falconet , et suis de tout mon C(eur votre , etc.
Do Paris, le T mai IfifjO.
LETTRE DXIII. — Au même.
Avanl-liier après midi mourut ici M. Pucelle, avocat fameux et éloquent , digue de réputation. Il se chargeoit volontieis de mauvaises causes pour gagner davantage : c'est un vice assez f.réipu^nt au palais d'aiijourd'luii. C'est relui (pii
A l-Al.CONET. -il I
plaida ])oni' les chirurgiens contre nous, il y a environ trois mois. Il a souvent dit (jue les chirurgiens étoient (hss ingrats , qui l'avoient réduit au piteux état aucjuel il étoit i)eiidant sa niahidie. Il avoit eu depuis trois mois plusieurs médecins; mais, voyant que sou mal augmentoit , il se mit entre les mains d'un moine augustiii, garçon apothicaire, nommé F. Valérien. Comme on lui disoit qu'il avoit tort de quitter ses médecins, avec lesquels il se rendoit fâcheux et insupportable, et qu'il ne devoit point commettre sa santé à un moine, qui tout au plus n'est qu'un frère lai, qui n'a jamais étudié en médecine, il répondit fortement et en homme qui n'avoit guère de sens commun : « Les médecins n'ont que leur grand chemin , leur routine et leur méthode. Ce moine-ci promet de me guérir par des secrets (ju'il a et que les médecins ignorent. » Sur quoi je me souviens d'avoir oui dire à M. Duret, eu parlant de certains conseillers qui s'amusoient aux charlatans : « Il faut avouer, disoit ce bonhomme, que MM. du parlement n'ont pas l'usage de la raison dans les choses de notre profession. » Et tout cela est aussi vrai aujourdhui qu'il fut jamais. N'est-ce pas quelque secret du paradis que posséderoient ces moines, ces tètes encapuchonnées qui ne voient le monde qu'à travers une fenêtre de drap? Saint Jérôme a dit dans ses épitres que les arts seroient bien mieux traités s'il n'y avoit que ceux du métier qui en jugeassent. Sid(jnius Apollinaris a dit aussi que ceux qui n'entendent pas un métier n'en admirent pas les ouvriers.
Il y a quelque temps que je vous parlois de certaines personnes accusées de sorcellerie, qui apparemment seront renvoyées hors de cour et de procès. Il y a longtemps (jue beaucoup de juges pèchent grièvement sur le fait de ces pauvres malheureux prétendus sorciers, principalement les subalternes. Le parlement de Paris n'en i-econnoit plus , aussi n'y en a-t-il point. Feu M. Naudé, qui étoit un homme desprit et un terrible puritain du péripatélisme , n'en pouvoit entendre parler, et appeloit le.-; (l/sqN/sifii„is iiKKjtijKcs de Delrio
9 12 I f.ttrî:> de i.n p\ti\
/(les t'iiMes loytililiiliH's. Le d'uilile est une vilaine lièle lUiiie, (\[\'\ n'a point de blanc en l'œil , tle la laideur duquel se sei- ^venl les moines à faire peur au monde. On disoit autrefois aux petits enfants, quand on vouloitles intimider, qu'il revenoit unebéte qui crioit: Rendez-moi ma jambe; mais les moines ont inventé un autre jargon, avec lequel ils disent aux sots : Rendez-moi vm bourse. La liôtre en pourra dire trop de nouvelles. Lisez quelque jour à votre loisir le F/Y/?îf/sw???^< de Buclianan, et vovez V Apologie de M. Naudé pour les grands personnages aceusés de magie. Séwèque avoit finement dit que pour brider l'esprit des ignorants, les sages avoient cru qu'il n'y avoit rien de tel que la crainte, et qu'il étoit utile que dans un si grand penchant au crime chacun se formât quelqu'un au-dessus de soi, auquel on ne pouvoit pas résister, et dont la main vengeresse menaçoit leur tète. Ces gens-là, qu'il appelle sages , sont, à mon avis, les législateurs du paganisme, qui ont bien fourbe le monde. Le christianisme est venu après, qui a bien abattu beaucoup de ces abus ; mais les mauvais chrétiens y en ont mis d'autres ; car le monde est plein de charlatans , aussi bien en matière de religion que de médecine. Je suis, etc.
De Paris, le 11 mai 1660.
LETTRE DXIV. — Au même.
j'ai appris que M. Gras est bien parti d'ici, et qu'il s'en est retourné à Lyon , mais que son procès est encore au même état, non jugé, pour lequel il prétend revenir à laSaint-.lean. Sa partie , qui est son propre frère, est ici en sollicitation. Il a dit qu'il ne seroit qu'un mois dehors, et qu'il alloit à Lyon quérir cjuelques papiers dont il avoit besoin ; il n'en sera (pie ce qu'il voudra; car, comme tout son fait est mystérieux . il n'en faut attendre que ce qu'il voudra qu'on en sache.
Quchpies uns disent qu'il y a encore quelque chose à réglor touchant les limites de la (/.dalo^zue , mais ([ue la cour et les
A i-Ai.(;(»M;r. ii:\
ollicicrs sont iorl iiicdiimiudés , lunUandu l'vrnni iiinunid ([ikc reipiiruntur. La reine d'Angleterre est tort réjouie de ce (|iu! le roi son fils a mandé que le colonel Monck a t'ait manifestemciit sa déclaration pour leur parti. Lambert s'étoit sauvé de l)rison , mais il a été repris et y a été remis. Le dernier ambassadeur que le roi d'Angleterre a reçu de Londres s'appelle Barclay; c'est une grande famille qui est étendue pai" toute l'Angleterre et l'Ecosse, de laquelle étoit issu Jean Harclay (i), qui a t'ait VEiiphormionsive sntijricDn , et ('Arfjcnis, qin dictns est a (iormanis vir excifatissiini iiu/eiiii.
Un dit (pie le prince deConti est malade à Dax, (pie le roi y a envoyé son médecin ; sa femme n'y est point, elle est aux eaux. Le parlement d'Angleterre tient ses séances tous les jours ; on y traite du retour du roi sous certaines conditions , mais la tète de Lambert y est aussi en grantl danger : unuin pro uailtis clobitiir cuput , à ce que m'a dit aujourd'hui un Anglois qui semble en avoir grande appréhension.
Noël Falconet étudie fortement ; il se lève matin, il dispute;, il ne perd point de tenq)s avec son répétiteur. Il dit cpi'il répondra le mois de juillet prochain, soit que M. l'archevéïpK^ de Lyon soit ici , ou non. Il est fort aise d'un habit neid' (pi'il aura ; il en a déjà des galons qu'il montre à tout le monde ; c'est étrange chose que jeunesse. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc.
De Paris, ce 14 mai ICOO.
LETTRE D\V. — .1/^ même.
Les chirurgiens (ce 26 mai) de Saint-Cùine ont obtenu des lettres de rescision , pour emj)écher ([ue les chirurgiens barbiers n'entrent dans Sainl-Gôme et (pi'ils ne prennent [)ossession de leur maison; bref, ils veident casser l'union cpii
(1) Né à l'oiil-à-IMousson en 1582 , mort à Rome le 12 aoiil i&ll.