I.KriKKS DK i-l i l'VlIN
a élé laite entre eux. Ce procès va à les voir plaider les uns contre les autres ; nous serons les spectateurs. L'arrêt que nous avons obtenu ne laissera point de demeurer en son entier : robes coupées et abattues, bonnets écornés et renversés. Ils se mangeront les uns les autres, et il n'y aura jamais grande perte; néanmoins je crois que l'union subsistera, et que ceux de Saint-Gôme perdront encore une fois. Il ne m'importe point du tout qui perdra ou gagnera ; car les uns et les autres ne valent rien , et nous haïssent également , comme des laquais bottés , fort ignorants , qui ne savent ce qu'ils doivent aimer, et qui ne savent ce que c'est que philosophie. Ingenui nil hobet officina : l'intérêt les gouverne , sans aucun égard à la vertu et à l'honneur, qu'ils ne connoissent que de nom.
Ce jeudi 27, nous avons été ce matin en divers endroits pour plusieurs malades. J'avois Noël Falconet avec moi , qui a vu plusieurs processions très belles comme de Saint- Médéric , Saint-Jacques , Saint-Germain , Saint-Jean, où il y avoit une troupe de capucins, Saint-Paul et Saint Louis-derile. Le luxe de Paris n'a point manqué de paroître , tant en l'enrichissement des reposoirs qu'aux belles tapisseries dont toutes les rues étoient tendues , principalement celles par où passent les processions.
Le père Ph. Labbe , jésuite , natif de Bourges, a fait, en petit volume, la vie de notre Galien , toute extraite de ses œuvres. Il me l'a donnée et dédiée toute manuscrite ; je m'en vais la faire imprimer in-octavo , et puis nous en enverrons ' à tous nos amis. On parle ici du mariage du roi avec toute sorte d'incertitude ; on dit que ce sera pour le 3'" de juin. Voilà un conseiller du Chàtelet qui vient de sortir de céans avec sa femme, et qui venoit se réjouir avec moi du mariage de mon fils aîné. Il m'a dit que demain sera exécuté en Grève un grand voleur nommé le Solitaire, âgé de vingt-deux ans , qui sera rompu, et aura quatre coups vifs ; qu'il fut jugé hier prévôtalement, demain matin (pi'il sera mis à la question, et
\ 1 Ai.CdM. r. 21.")
riipics-diiit'f iiit'uc fil (ii'('Vf. Il m'a aussi parle ilii iiiaiia^^o (lu roi comme aussi de cliose tort incertaine; mais que néanmoins on s'apprête à l'hôtel -de-ville pour lui faire une belle entrée. M. Talon , avocat-général , voudroit bien accommoder l'affaire de M. de Goi-ris à cause de (kiénaut qui s'en mêle ; mais M. Blondel a dit à M. le premier président qu'il ne veut point d'autre accord qu'un arrêt délinilif ; en ce cas-la, le huguenot perdra. Je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre , etc
P. S. M. Blondel me vient de dire qu'il a reçu le plaidoyer de iM. Talon , à quoi il n'y a(iu'un mol à corriger, et les conclusions à mettre de sa propre main , ensuite il le mettra au greffe, et tôt après le fera imprimer. H m'a dit aussi (jue l'Université de Paris a fait opposition et intervention contre M. (h^ Gorris; leur avocat se prépare pour plaider après le nôtre de demain en huit jours. Voila plusieurs moyens et arcs-boutanfs pour gagner ce procès contre les huguenots. Je vous prie d(^ faire mes recommandations à madame Falconet et à notie bon ami M. Spon.
De Paris, le 2S mai 1660.
LETTRE DXM. — Au même.
Je vous écrivis hier 1" juin , par la voie de 31. Langlois , avec une de Noël Falconet. Aujourd'hui j'ai reçu une lettre de votre collègue M. Meyssonier, avec la PlnDinacopéi; arriDiil)!!": il nie remercie dans sa leitre du service que j'ai rendu a votre collège , ce sont ses mots, pour la vériticatioii de vos statuts. Dieu soit loué de tout : il v a grand plaisir de bien faire , et priiicijialemeiit à d'honnêtes gens. J;^ lui ferai réponse à mou premier loisir. Il dit Là-dedans que vous êtes son bon et véritable ami. Quehiues uns disent que nous allons avoir la guerre avec les Anglois , à cause de Dunkercjue.
•/l(î LtrniEs D1-: i.i i i'aiin
Je viens de leiicontrer un huguenot , leciuel ma dit (|ue le roi d'Angleterre devoit hier partir de la Haye pour s'en aller en Angleterre; tout l'accord est fait; qu'il y a quarante et une têtes exceptées du pardon et de l'amnistie , desquelles il y en aura sept d'exécutées , les autres seront punies de la perte de leurs biens , d'exil ou de galèr<;s.
M. Housselet est bien guéri de la tièvre tierce, mais non pas de son humeur mélancolique; il parle de s'en retourner. 11 m'a aujourd'hui fort loué le médecin de sa famille, qu'il m'a nommé M. (iuillemin ; à quoi je ne lui ai répondu que oui. M. Cochardet avoit eu quelque petite chose qu'il m'a contée; puis une dame lui donna un autre médecin ; puis il a pris 31. Merlet ; il l'a quitté pour un apothicaire que lui a baillé M. Rainssant, qu'il a encore quitté pour me reprendre; mais je ne sais comment il me gardera , tamdiu , qumndiu. 0 laiseram , incautum , et inconsaltam juvcntutem ! Xcc volunt doceri , nec possunt , ncc merentur ! 0 lubricam œtatcm , d in deterius prodivem! multis abundat vit lis , virtutibus inimica, voluptatibus deditn , intemperans , luxwiosa , libidinosa. Et voilà comment et à quoi s'emploie l'argent que les pères prennent soin d'amasser par tant de veilles et de sueurs.
Noël Falconet continue ses leçons et ses répétitions , et dit qu'il sait tantôt tout ce qu'il faut répondre publiquement ; mais il jne témoigne d'être en peine de savoir si M. l'archevêque de Lyon sera alors à Paris , de quo nihil aicsim affirmare; joint que nous ne savons quand le roi y arrivera , n'y ayant encore rien de certain touchant le mariage. Voilà que j'écris à M. Meyssouier, qui vous aime bien, et fait grand état de vous : obligez-moi de lui faire rendre ma lettre au plus tôt et en assurance. 1\!M. Cochardet , Savaron et Housselet vous remercient de votre souvenir; ils vous baisent les mains; j'en fais autant à vous et à madame Falconet, à notre bon ami 31. Spon et à M. Garnier. Je serai toute ma vie votre, etc.
De Paris, le 4 juin 1660.
A I \l.(.n.\hl'. 21"*
LETTHE D.WII. — 1// mèmv.
.le vous écrivis vendredi dernier, 4 de jnin , par la voie de M. Langlois , avec deux lettres , dont l'une étoit pour M. Meyssonicr et l'autre pour M. Barbier. J'ai aujourd hui rencontré notre avocat, W. Chenuot, lequel m'a dit que les chirurgiens de Saint-Côme n'étoient que des sots, et que la rescision qu'ils avoient obtenue ne serviroit qu'à leur Faire coûter de l'argent et à augmenter leur honte. Il dit qu'il est tout prêt de plaider contre deGorris, mais qu'il y a encore d'autres avocats qui s'apprêtent (ce sont ceux de l'Université), et que jamais les huguenots ne gagneront cette cause.
Pour réponse à la vôtre , que je viens de recevoir ce 6 juin , je vous dirai que je me souviens tort bien de votre M. de Lucques : il a été à M. de Guise et a été à Naples avec lui : c'est un grand, maigre, un peu rougeaud, délicat, et vitreœ valetMdinis. Ce garçon est pulmonique; il a été quelquefois mon auditeur, je l'ai traité ici malade ; il avoit quelque procès à la grand'chambre , au rapport de M. Musnier. On imprime la Vie de Galien, du père Ph. Labbc, (jui est de Bourges (I). C'est Labbe et non Labbé , qui dilï'ère en tout du père Labbé, de Lyon, qui fait du latin par pointes, et de pain d'épices. Cette Vie partira avec quelques autres pièces curieuses que je vous destine.
On dit ici que le roi doit être marié aujourd'hui, 6 juin , et que demain le roi d'Angleterre fera son entrée dans Londres.
Je vous remercie très humblement, et vous et madame
(1) Voici le titre : Cl. Galeni vila, expropriis operibus collecta, nique intervallis quatuor distincla, 10(j0, in-S'.Cct't Gui Patin qui la lit imprimer. L'auteur, n'étant pas satisfait de .'on premier travail , en publia la même année une seconde édition avec des changements et additions; le titre même fut changé : Cl. Galeni cliroiwlo'jicum elo- (jium , cum .Jncobi Menlelli , doctor med'cus , cpistola. Cetle Vie de Galien est fort savante . la seule complète, et beaucoup d'auteurs y ont puisé sans indiquer la source. (K. P.)
21 s Lirrruiis de 1.1 1 i'aiin
Falcuiict , de la part que vous prenez au mariage que nous avons t'ait de mon aîné. Nous n'avons tait aucune assemblée ; il n'y a eu de notre côté que le frère du marié, Crwolus meus , filius dulcissimns , pathologun prufessnr , et le frère et la sœur de ma femme. Tout le monde se loue de cette modération; les grandes assemblées sont fort importunes et incommodes. Notre profession nous empêche de faire tant de cérémonies , joint qu'elles coûtent trop. Faites-moi la grâce de faire mes recommandations à notre cher et féal ami M. Spon, qui recevra dans huit jours une autre grande lettre de quatre pages, j'en suis à la troisième. Je lui écris volontiers, et à vous encoi'e davantage. J'ai de la joie quand je vous puis mander quel(iue chose que j'espère vous pouvoir être agréable: aussi je lis et relis vos lettres avec réjouissance, et j'ai souvent regret que je n'aie de ces bonnes nouvelles à vous mander telles que je désirerois bien ; mais quid facertnu ?
Je vis hier chez M. Rousselet un révérend père augustin , honnne sage , savant et bon compagnon , nommé le père Carpentier, qui fait grand état de vous. Nous causâmes ensemble de plusieurs choses. Je le trouve homme d'esprit et de belle conversation ; je lui ai promis de vous faire ses recommandations. Que fait votre Basset? M. Bouge est-il reçu?Paiera-t-il les 100 écus de la véritication de vos statuts? Cela causera quelque tranchée'*dans la tète ou dans le ventre d'un Provençal , qui est natif d'Antibes. Il y a ici des lettres qui portent, ce 7 juin , que le roi d'Angleterre fera son entrée dans Londres le 9 de ce mois, (jui sera mercredi prochain. Pour le mariage du roi , nous new avons encore rien de certain ; les Espagnols opposent toujours {)ar de nouvelles finesses leurs froideurs accoutumées â nos chaleurs oïdinaires; néanmoins l'on dit (pie ce doit être pour le 8 de juin.
Je fus hier souj)er chez M. le premier président, <[ae j'entretins assez bien devant le souper; mais, comme nous achevions de souper, survint M. le comte d'Albon, qui dit (ju'il avoit soupe; tôt après survint madame sa femme, et puis
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d'autrt' nioiidi!, ce(|ui tiit cause (juc je lu'cu vins tout doiicement sans dire adieu à personne, comme on fait chez les grands. J'appris là que ce dernier rompu de la Grève étoit le vrai Solitaire ; qu'il avoit , avant l'âge de vingt-deux ans, tué cincpiante personnes; qu'il s'appeloit de la Noue; que son père est à seize lieues d'ici moine de l'ordre de la Merci ; qu'il avoit été complice du vol de M. du Plessis-Belièvre , ce qu'étant reconnu , il satisfit à partie et se rendit moine ; qu'alors il étoit écuyer de 31. delà Vieville; qu'il avoua à la question que lui étoit le véritable Solitaire, et que tout ce qu'il avoit dit durant son procès d'un autre étoit faux. Hier au matin, rue Barbette, il y eut un grand carnage de plusieurs laquais qui s'y battirent en duel ; il y en a eu plusieurs de blessés et sept de tués sur la place. Les maçons et tels ouvriers de bâtiment ont tâché de faire ici sédition (l), laquelle eût été à craindre, tant elle étoit grande, mais on en a pris prisonniei's par arrêt de la cour; on croit (pie le danger en est passé. Je vous prie de faire mes humbles recommandations a madame Falconet , à tous nos amis , à M. Spon et à M. (iarnit-r, et d'être persuadé ([ue je suis de tout mon cœur votre, etc. Quand nous viendra le Saint-George d,u père Théophile Raynaud ?
P. S. Le roi d'Angleterre amande à la reine, sa mère, qui est ici, qu'il est arrivé en Angleterre, et qu'il ne vit jamais tant d'acclamations. On attend demain le cotu*rier qui apportera la nouvelle comme il est entré et a été reçu en Angleterre. La paix est faite entre le Danemark et la Suède; celle de la Pologne est faite aussi. Les lettres de Hambourg portent (]u'il y est arrivé deux vaisseaux de cromwellistes qui se sont exilés de Londres , et qu'ils n'y ont point attendu le retour du roi d'Angleterre.
De Paris,leSjuin Ififi».
(1) On voit que la (jreve des ouvriers en bàlimenl et même d'autres corps de métier n'esl pas chose nouvelle, car cette sédition n'était pas autre chose. (R. F.)
220 Lh^lKt^ DL 'jLI l'AlLN
LETTKb: DXVIIl. — Au même.
Ji' vuiis ai écrit que le roi d'Angleterre a fait son entrée dans LoD'ires le 8 juin. Ce même jour, il a fait le général Monck chevalier de la Jarretière. Le milord Lamberi sï'toit encore une fois sauvé de prison , mais il a encore été re|)iis. On a fait commandement à tous ceux qui sont de la famille de Cromwell et de son gendre de sortir d'Angleterre et des deux autres royaumes : certes diyitus Dei hic est. Voila un succès tout-à-fait extraordinaire de la puissance de Dieu sur le gouvernement des Etats , lot ou tard il se fait paroitre. Si le roi d'Angleterre d'aujourd'hui vouloit, se voyant rétabli , faire comparaison avec une certaine galerie dont a parlé Martial , il pourroit dire :
Sunc d damna jnvanl . sinil ipsa pericu'a tanli^ Slantia non poterant lecta probare Deor.
Mais en voici d'une autre. J^ara ossein, et hahebis faljulani. Hier, à six heures du soir, furent rompus cinci grands laquais en la rue Saint-Antoine ; il y en a encore deux autres prison- Jiiers de la même troupe, les autres ont pris la fuite au nombre de neuf. Seize coquins surent ([u'une veuve qui n'avoit qu'une servante avoit nouvellement reçu quelque argent; ils s'en allèrent efi'ronlément là-dedans, lièrent et garrottèrent ces deux pauvres créatures, qu'ils volèrentetemportèrent tout cequ'ils purent, tjuid focereut hostes capta crudelius urhe? Je suis bien fâché que l'on ne tient les neuf autres , alin qu'ils subissent la même peine qu'ils méritent fort. Le diable n'est-il pas bien déchaîné sur la chrétienté, que tels crimes se commettent par de telles gens, et au milieu de Paris? En fait-on de plus infâmes en Turquie, où l'on ne prêche point l'Evangile du Messie et où il n'y a point de moines ? Pour moi , je crois (jue la tin du monde viendra bientôt, quand je vois tant d'ini([uités.
A F.VI.r.ONET ■ 2-2 1-
Nous avons céans vodc j)laii(lio, que Noël Kalconet a été rerevoir ce matin ; nous la conserverons et en ferons ce qu'il f'auilra. Je lui ai fait voir votre lettre, et l'ai aveili qu'il redouble son étude , d'autant (|ue M. l'archevêque de Lyon sera bientôt ici.
On dit que le cardinal Mazarin arrivera aujourd'hui à la Rochelle, d'où dès demain il partira pour venir de deçà en diligence, afin de donner ordre à plusieurs choses, et entre autres à quelques siennes nièces, et à l'entrée que l'on prépare pour le roi.
Ou dit que le marquis de Richelieu est fort en faveur auprès du roi ; c'est lui qui est le gendre de madame de Beauvais, qui est chez la reine.
On tient ici le roi marié du 6 juin , et quelques uns disent déjà qu'il est en chemin pour revenir à Fontainebleau. Nous avons perdu un de nos compagnons, nommé M. 3Iandar, âgé «le soixante-dix ans ; il s'étoit fait huguenot pour épouser une femme laideet riche, et est mort tel en Touraine, où il s'étoit retiré dans une maison qui lui appartient, où il a été trois ans paralytique. 11 y en a encore vingt-un devant moi , entre les- (}nels il y en a quelques uns de bien usés et fort arides ex siccitale senili.
On dit que le roi sera ici le 15 juillet prochain, et que nous allons voir beaucoup de princes souverains ligués ensemble pour faire la guerre au Turc, savoir, le Persan, l'empereur, le prince de Transylvanie, le roi d'Espagne, les Vénitiens, etc. Les Angloiset les Hollandois se sont déclarés ^)Our le roi de Danemark contre les Suédois, qui ont encore tâché depuis peu de les surprendre On parle aussi des Moscovites contre les Polonois.
Je vous remercie de votre Arithmétique latine, (|ue je reçus hier par M. Troisdames; je délivrai aussitôt à Falconet son cahier pour la langue italienne: il est fort diligent , et il ne man([ue aucune de mes leçons. Je vous prie de dire à >L Rarbier ijue je viens de recevoir sa lettre et les beaux vei's
de M. Boissat, qui est un gentiiiomme de mérite , et que j'honore il y a plus de trente-deux ans. Tout notre arrêt est encore au greffe, à cause de l'absence du greffier, M. Boileau (i). L'affaire de M. de Gorris est toujours là, il ne jouit point; c'est à lui à poursuivre l'audience, la([uelle ne se pourra avoir que très difficilement. J'ai recommandé l'affaire des menuisiers de Lyon , que M. Barbier m'avoit recommandée , à quatre conseillers de la quatrième des enquêtes , l'un desquels est M. Bouvard, fds du feu premier médecin , qui tous quatre sont des plus forts delà chambre. L'un des quatre médit à l'oreille : Je sais bien ce que c'est: je ne sais si ces menuisiers pourront gagner leur cause. A quoi je puis vous dire ce que Néron disoit sur le théâtre aux juges des prix destinés pour ceux qui avoient le mieux chanté : Facienda feci , éventas est in manu fortanœ , comme dit Suétone ; ou comme a dit Apulée en ses Florides : Chnnibas bonis in rebas conatus fait snnper in laude , éventas in fortuna. Je vous baise les mains , et vous prie de faire mes recommandations à madame Falconet, à tous nos amis, et principalement à M. Spon, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Taris, le 16 juin 1660.
LETTBE DXIX. - An
rneme.
Gomme je me sens fort honoré de l'honneur de votre amitié, aussi dirai-je que je suis ravi de vous écrire et de vous témoigner ma diligence dans les occasions. Je vous envoyai hier \\x) paquet de lettres parla voie de M. Langlois (ce samedi lOjuin) dans lequel étoient deux lettres pour vous, de trois pages; une pour notre bon ami , M. Spon , et une autre pour
'}) f.e père de l'illuslre auteur des Satires et de \" Ail poétique , elc.
A FAI.CONKT. â-23
M. Barbier, (|ui m'a «envoyé VAritlniiélirjnc tiu père Liotaud , imparlaile d'une t'euille. Noël Faleoiict n'est pas aujourd'hui venu à ma leçon, car il a assisté à l'acte d'un Lyonnois, nommé Manis, au collège de Lisieux, on même il dit avoir disputt!.
Je viens de recevoir votre paquet de lettres , ce dimanche 20 juin. J'ai donné à Noël Falconet sa part, avec le mémoire de la lettre pour M. le Sanier ; j'y ai trouvé la lettre de M. Meyssonier, dont je vous remercie, et au{|uel , pour toute réponse, je vous prie tle dire <pie je lui rends grâces de la sienne; que je n'ai jamais vu son livre dont il m'écrit, intitulé l'Histoire (h r L'nivirsité de Lyon; mais je vous prie de me l'acheter et de- me l'envoyer, avec le Snncfus (iregorim Coppadox du père Théophile Raynaud , (juand il sera achevé, si ce n'est que l'auteur même vous en donne un pour moi; j'ai grand regret de n'avoir vu ce livre ci devant. Vous pourrez aussi lui dire que Fr. Rabelais est mort à Paris l'an 1553, dans la rue des Jardins , paroisse de Saint-Paul , et qu'il y est enterré dans le cimetière , au pied d'un grand arbre , religione Ijutnau imtlfos sercatu perannoa. Il dit en mourant : Tirez le^ rideau , la farce est jouée, comme rapporte Freigius , tom. I , ('ommentar. inorationes Cicerouis: en quoi il imita Auguste, qui, au rapport de Suétone, en mourant demanda à ses amis : }sunquid vitœ niitumn couunode peregisset? elc.
M. Simonet est adroit et rusé comme un iin vendeur de perles et un joaillier raffiné. Je l'ai (juitté ce matin ; il est fort content de moi ; je l'ai fait saigner hardiment cinq fois , faut in nep/irefico dolore , qurmi in artliritico , gui , iif moris est ^ priorem suhsecutus est. Il n'a point avalé tl'huile d'amandes douces, et n'a usé d'aucun secret, car je n'en ai point; je n'en demande qu'un à Dieu , itcnipe tm\e vicdcndi mefJaidian , gnœ est (ircanurn urtis iiuixu'iiuoii , et seeretuin secretonon sefretissimnm , eJieu paucis notion ! Quand on va par ce chemin là, on ne se fourvoie jamais, c'est le chemin des gens de bien, sed rpii (pid'rinit I ncriini , pt'i- fi-ai/dcs l'f inipdstnrns , per
rias ohliquos groflinnlu)., tels que sont (iuénaut , des Fougerais, Bodineau , et les deux gazetiers , et a/ iœ pestes arfis nostrœ (I).
On parle ici du retour du cardinal Mazarin , et qu'il arrivera ici quinze jours avant le roi, afin d'envoyer ses nièces quelque part loin de Paris, d'où elles ne puissent jamais voir le roi ni être vues de lui ; on dit que notre nouvelle reine a bon appétit, et qu'elle mange comme sa belle-mère II ne faut pas tant manger si on veut vivre longtemps , noturapcmcis contenta. En passant de la médecine à la politique , il y a longtemps qu'on nous mange ; la France pourroit dire à bon droit avec Plaute,
PMU cl ossa mim , misera macriliidine.
Me pardonnerez-vous, monsieur, si je vous écris la débauche que je lis hier? Ce mardi 2-2 juin, je me laissai entraîner avec ma femme et nos nouveaux mariés à Saint-Denis . où je vis la foire, qui est une chélive chose. L'église est belle, mais un peu obscure; le trésor, où il y a l)ien du galimatias et de
(i) Noire auteur se laisse loujouis emporter à sa vivacité passionnée contre ces stibiales torlores , ou ces mcdicaslres qui ont beaucoup plus d'habileté accessoire , de vulgaire savoir-faire que de mérite réel. Sans doute, ce secrelum sccrelorum secretissinium de bien guérir consiste dans un savoir profond , réel , et dans la bonne méthode d'appréciation. Mais faut-il pour cela rester stationnaire , n'adorer que le dieu Terme , repousser tout progrès , toute idée qui germe , toute lumière commençant à poindre sur l'horizon scientifique ? Ce serait un sacrilège. Je l'ai déjà dit, quand l'iiommc durerait autant que le soleil , il irait toujours apprenant (pielquc vérité nouvelle . il mourrait encore affamé de savoir. Or. comment Gui l'atin pouvait-il croire qu'avec Hippocrate el Galien on avait le dernier mot de la médecine ? C'est là précisément le reproche que lui firent ses adversaires sérieux, et non sans quelque fondement. Mais rien de plus vrai . on tombe toujours du côté où l'on penche . les plus grands hommes ne furent point exempts de pareille chute; tous se sont lait illusion sur le mieux , sur le vrai , tous ont pu dire ce mot d'un ancien . réitété souvent par (iui l'atin Itiimème : Dpcipiyivir Sj prie rer.li. l>. I'.
la l)aclinerie , jiro more (/pnf/s, et les tombeaux des rois , où je ne pus m'empècherde pleurer, voyant tant de moiuim(>ntsde la vanité de la vie humaine; (pielques larmes m'échappèrent aussi au moimment du grandi et bon roi François !"■, qui a fondé notre collège des professeurs du roi. Il faut que je vous avoue ma foiblesse , je le baisai même, et son beau-père Louis XII, qui a été le père du peuple et le meilleur roi que nous ayons jamais eu en France. Il n'y a point encore de tombeaux érigés pour les Bourbons, (juarum radavernservmifitr In (/XddaiN relia, dans le chœur au-dessous du grand autel, à main droite , où on a mis encore depuis peu le duc d'Orléans, qui mourut à Blois le •> février, et le septième jour d'une lièvre contiime , avec une lUixion sur la poitrine et quatre prises devin émétique , dont Guénaut ordonna les trois dernières , disant que c'étoit le vrai moyen de le guérir. Sic dioriimhir principes, sic ituroA asfvo, faute d'un bon médecin qui sachele secret de Galien , cito et fréquenter mittendo sanguineni, pour empêcher que le feu ne se mette dans le poumon et dans le cœur. Ma femme étoit ravie de ces bagatelles, et prenoit pour autant de vérités les petits contes qu'un moine lui débitoit, en les autorisant avec sa baguette. J'étois déjà informé de ces sottises, lorsque je fus à Saint-Denis aux funérailles du roi Louis XIII, avec notre doyen 31. de la Vigne , en 1642.
Le prince de Condé est airivé la nuit passée à Paris, n'ayant été que quatre joursà venir ici de Poitiers. Ondit(pie l'empereur envoie ses troupes en Hongrie y faire la guerre au Turc pour obtenir des réparations de certains pillages que les Turcs y ont faits.
Nos nouvelles de Londres portent que les deux frères du roi , les ducs d'York et de Glocester, ont été prendre leur place dans la chambre de la noblesse, au-dessus des gentilshommes du pays; mais on n'y a encore fait moui'ir personne.
On fait ici grand bruit de la mort de mademoiselle de (iuerclii. On avoit mis prisonnière dans le Chàlelet la sageni. là
•2-2G f.EÎTRES DE (iUl I'ATIn
t'einme ; elle a été traduite dans la Conciergerie par arrêtde la cour. Le curé de Saiiit-Eustache a refusé la sépulture au corps de cette dame. On dit qu'on l'a porté dans l'hôtel de Gondé, et qu'il y a été mis dans la cliaux, afin de le consumer plus tôt, et qu'on n'y puisse rien reeonnoîtresi on venoit à la visite. La sage-femme s'est assez bien défendue jusqu'à présent; mais nliti' odmovebimtur marhinw , (lUœ ortcs adhibebiintur ad eruendiaii cerniii.ie crois qu'elle sera mise à la question ; les vicaires généraux et les plénipotentiaires se sont allés plaindre à M. le premier président que depuis un an six cents femmes, de compte tait, se sont confessées d'avoir tué et étouftë leur fruit , el qu'ils y ont particiUièrement pris garde sur l'avis qu'on leur avoit donné (I).
Hier deux voleurs furent pendus à la (irève, tous deux jeunes, (|ui voloient ici alentour ; l'un des deux avoit été
(1) CeUe demoiselle de (juerchi, séduite par le duc de Vilry, se fit avorter et mourut des accidents qui survinrent. On croit, mais sans preuves, que cette aventure donna lieu au fameux sonnet de l'Avorton. par le poëte Ilesnault . et dont voici les derniers vers :
L'amour, iiial);;ié l'Iionnciir, ta fait donner la vie, L'honneur, inali^rc l'aïuotir, t'a fait donner la mort.
On peut consulter Baylc, article Gui Patin, Dictionnaire historique, sur rinfàme coutume des dames romaines de se faire avorter , sed non impune , comme dit Ovide.
M. de Chateaubriand a cité ce passage de Gui Patin , parlant de ces six cents femmes qui , depuis un an , se sont confessées d'avoir tué et éloulTé leur fruit. Quelles mœurs! quelle corruption ! Ce qui n'empêche pas que l'épociue de Gui l'atin n'ait été regardée, louée et citée comme le bon temps par la génération suivante. La plupart des siècles ont été calomniés de leur vivant ; il ne faut donc pas attribuer au nôtre une dépravation plus profonde que dans les temps qui ont précédé. D'ailleurs aujourd'hui , ainsi qu'on en a fait la remarque , tout est connu , tout est public. Quand un crime est commis dans le dernier village de Krance . il passe aussitôt du petit journal de la localité dans tous les j'-urnaux du ro, aumo. I*uis v'eiineiit les CoinpIi'S-rendvs de In justice.
A KALCONET. 2-27
tambour du roi. Il est des larrons de tout métier; (iinMiaul même en a fait être du nôtre. Un m'a dit aujourd'hui (juc! notre des Fougerais se [)]aiiit de son même mal (jue l'an passé, cereri débet ne sit illi autuuuius libitinœ quœstus acerbœ.
La paix est faite tout-à-fait entre les Danois, Suédois et Polonois : la voilà tantôt par toute l'Europe. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
P. S. Le greffier travaille à notre arrêt; je suis député pour travailler la semaine qui vient, avec queUjues autres collègues, à l'examen des comptes de notre faculté.
De Paris, le 22 juin 4660.
LETTRE DXX. — .bf mhw\
Je vous envoyai ma dernière vendredi dernier, 25 juin, par la voie de M. Troisdames; MM. du parlement ont ordonné que le lendemain samedi seroit fête, et le lundi suivant , à cause que le Te Deuin fut cluinté dans Motre-Dome pour le inariagedu roi\ et les boutiques furent fermées le samedi 2()juin. M. de Vendôme étoit malade d'une lièvre tierce, laquelle est devenue continue. S'il meurt, il faudra dire: Belle âme devant Dieu, s'il y croyait! Au moins n'en faut il point jurer qu'on ne soit assuré; car ce sont d'étranges gens que les princes d'aujourd'hui, et peut-être que tels ont été pareillement ceux du temps passé.
Je ne vois plus ce prêtre qui est tant déréglé ; il ne paroît plus dans les rues, lalet abditm ni/ni vcl anyulo urbix. J'ai
espèce de [^rand-livre criminel, aussi régnlièrcnieiU lonu que celui de la deUe publique. De pareils documents n"e\islaienl pas aulrelois. Horace annonçait déjà proijeniem vit'osiorem ; la notre e.sl-elle donc inférieure à la généralion corrompu • de la Rome des (".ésars? Convenons qu'il y a toujours des vices et des crimes au fond de toutes les sociétés, comme il y ;i tlu linum .ui lond <le tous k-s fleuves. R. p.^
■^M ■ i.ETTUË'^ DK r.CI l'ATlX
peur (|!!"il no se motte, faute d'argeul , k faire quelque vilain métier, dout il se repeiitiroit à loisir. Paris est plein de fVipons, (le voleurs, de faux monnoyeurs; on a beau en pendre, on n'en sauroit faire larir la source. Dieu veuille qu'il s'amende, et que non nbeat in consilhmi impiorwn , un- (tique rimifvaginm imminet.
Le roi devoit arriver à Bordeaux la veille de la Saint-Jean , M. d'Espernon l'y a précédé; mais en ce temps- là toute la ville a été fort étonnée d'un grand tremblement de terre, (pii a eu d'horribles circonstances. Les grosses cloches en ont sonné d'elles-mêmes, des pierres, des rochers en sont tombés: bref, tout le pays en est fort scandalisé; ils n'en attendent rien moins que la peste et des impôts. Cela est arrivé le 21 juin , ([ui est le même jour que M. d'Espernon y arriva. .4 signiscfjpli nolite metaere : je suis de l'avis du Saint-Esprit.
M. le comte de la Feuillade est disgracié pour avoir dit (pielque chose mal à propos du mariage du roi , mais cela se raccommodera. On a renvoyé en Espagne quelques dames espagnoles qui étoient à la cour au service de la reine; on leur a fait de beaux présents; elles s'en sont retournées contentes, disant néamnoins (lu'elles ne se pouvoient accoutumer en France, et que l'on n'y buvoit point assez frais. La reine nouvelle ne parle point encore françois ; elle dit seulement ces mots : Allons ù l'nvis. On dit qu'ils seront à Fontainebleau le 15 de juillet , qui seroit une grande hâte , ce me semble.
Noël Falconet acquiert chaque jour quelque degré de sagesse, et dit qu'il répondra bien. Il aime fort à être près de moi et à m'écoutci' parler. Avant-hier après dîner, comme nous nous entretenions lui et moi , il survint un honnête homme , avec qui je parlai environ demi-heure, et puis je le menai dans mon étude pttur lui faire une ordonnance. Cet officier du roi le regarda fort, et après il me dit lorsque nous fumes seuls : « Ce petit jeune homme-là vous écoute atten- )) tivement, et veut apprendre. .\li! (pie si j'étoisen sa place, >) jt> l'erois bien mon profit de voli-e présence ! >^ Je lui dis (pii
A FALCU.NET, '220
VOUS étiez , et il me promit de vous aller saluer (|ua!id il ira à Lyon.
On dit que le roi n'ira ni à la Roehelle ni à Tours , mais (|uo de Bordeaux il viendra à Poitiers, et puis à Chambord et à Blois, et de là à Fontainebleau. Le roi d'Angleterre a désiré que l'on changeât M, de Bordeaux , notre ambassadeur (jui est à Londres , qu'un autre fût envoyé en sa place. On dit (jue ce nouveau roi se plaint fort du cardinal Mazarin On dit aussi que le roi d'Angleterre, les Hollandois, et le roi de Danemark, vont faire un grand accord ensemble, dans lequel ils feront ce qu'ils pourront pour nous y faire entrer, aux dépens des autres qui ne voudront point être de nos amis ou alliés.
Il court ici un libelle de huit pages in-quarto , par lei|uel il est prouvé a que le crime dont la dame Constantin , sage- » femme, est depuis peu accusée, n'est qu'une suite de lu » doctrine des jésuites , et aussi pour détromper les dames » qui se laissent abuser par cette erreur, sous prétexte (jue >f ces pères l'enseignent dans leurs livres, w
On dit que la sage-femme se défend fort bien; elle avoue que mademoiselle de Guerchi est morte chez elle, mais qu'elle ne lui a donné aucun breuvage; (ju'elle vint chez elle fort malade , où elle mourut en criant cruellement ; (ju'elle a oui parler d'un certain breuvage ({ue ladite dame avoit pris, mais (ju'elle ne savoit ce que c'étoit ni qui l'avoit fait.
M. de Maunouri , abbé de Gaillac , maître des requêtes, n'est pas bon marchand de son insulte contre M. le premier président; les maîtres des requêtes l'abandonnent, aut-si bien que 3L le chancelier. On lui a envoyé un ajournement personnel , signé de M. le procureur-général , auquel s'il ne défère, il sera changé en prise de corps. On dit (ju'il est allé à la cour chercher de la protection.
On dit que le cardinal i\Lizarin arrivera ici avant le roi , mais qu'il est mal en sa santé , ox frcqiœnti dolorc nf'p/trctico pt acerruiKi podogra; mors etiata saxis uMi'ni'Jviljusque cfi'nit. On dit (pie le roi est présentement à Poitiers , (ju'il sera le