i,Kiriti;> i»K (.1 I PATIN
9 de ce mois à Âmboise , puis ([n'il viendra a Cliamboi'd, où il séjournera quatre ou cinq jours ; de là à Blois , après cela à Fontainebleau , de là à Comniègne, avant que de faire son entrée dans Paris, pour laquelle on continue de travailler en divers endroits . et surtout dans la rue Saint-Antoine , dans le même faubourg , à la Grève , sur le pont Notre-Dame , au Marché-Neuf et ailleurs.
Les nouvelles de M. de Vendôme ne sont pas bonnes, il est encore en danger de sa personne. Le tremblement de terre n'a pas été seulement vers Bordeaux , mais aussi en Auvergne et ailleurs. Le roi passera à Richelieu, et on croit qu'il y séjournera plusieurs jours. On dit que la reine a eu des maux de cœur, d'où l'on soupçonne qu'elle est déjà grosse. Cela seroit agréable aux gens de bien , pourvu que le peuple soit soulagé , lequel languit il y a longtemps de trop de pauvreté.
On rompit hier un voleur à la Grève ; aujourd'hui seront pendus trois autres malheureux au faubourg Saint-Germain. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De I^aris, le 2 juillet 1660.
LETTRE DXXL — Au même.
Je vous envoyai hier, ce 3 juillet, une lettre de quatre pages par la voie de M. Langlois. On dit que M. l'abbé de Gaillac est allé en cour pour obtenir un arrêt d'en-haut touchant l'insulte qu'il a faite à M. le premier président : cet abbé ne trouvant point ici d'appui suffisant, ni parmi les maîtres des requêtes, ni dans le parlement ; ses amis mêmes avouent qu'il en sera mauvais marchand. Le parlement fut encore hier assemblé pour cette affaire.
Votre jeune médecin, M. L. de Serres, est ici, (pii vient soigneusement à mes leçons ; il m'a dit (ju'il avoit laissé son
\ r.M.citM:!. ..'il
coiiijiayiiuii (k' v()y;i^M' . M. do RIludt'S, à l^oiidies, iK'iiiimoiiis incertain s'il j)asseroit en Hollande ou en Flandre.
Ce jourd'liui 5 juillet, nous avons fait la licence de nos vieux bacheliers ; ils sont sept en nombre , dont celui qui est le deuxième, nommé Dodart, âgé de vingt-cinq ans, est un des plus sages et des plus savants liommes de ce siècle. Ce jeune homme est un prodige de sagesse et de science, nionstrum sitw r/V/o, comme disoit Arir. Ttiniehas dp Josep/to Scftl igero {\). Hier leur paranymphe fut fait en nos écoles; mon rang vient de donner le bonnet à celui qui a eu le trois. Il faut achever mes leçons, et après je travaillerai à en faire le latin ; il ne me coûtera que du temj)S, mais jen ai si j)eu que c'est pitié.
J'ai vu aujourd'hui M. le premier président chez lui; conmie je le quittois, j'ai trouvé 3F. le lieutenant criminel qui alloit parler à lui ; ils m'ont arrêté tous deux et m'ont proposé â\- \erses queslUms siijie/- obortu{i), et comment les sages-femmes et les chirurgiens se gouvernent en tel cas. Je leur ai dit qu'il y a en France des juifs déguisés qui facinvspnliiutrinrii rcputr.nt occidarc fjonfem ;cesont les chrétiens qu"ils entendent 'je faisois allusion à un certain). Je vois bien que l'on travaille au procès de la sage-femme de mademoiselle deGuerchi, et qu'elle n'est pas, comme on dit, hors de danger, joint que le lieutenant criminel est un étrange compagnon, qui fait rudement justice.
(1) Fontenellc n'a pas manqué, dans son éloge de Denis Dodarl , de rapporter ces paroles de Gui Patin. Puis il ajoute : « Toutes les circonstances du témoignage de M. Patin sont assez dignes d'attention : il était médecin, fort savant, passionné pour la gloire de la médecine ; il écrivait à un de ses amis avec une liberté non seulement entière , mais quelquefois excessive. Les éloges ne sont pas fort communs dans ses lettres, et ce qui y domine, c'est une bile de i)hiIosophe 1res indépendant. » Ou ne peut qu'acquiescer à un pareil jugement plein de sens et de vérité. (R. P.
(2) AI. le préfet de la Seine vient de saisir l'Académie royale de médecine d'une question analoiyue, à savoir : Quelle yieut élre l'inpuence fin seitjle ergoté sur la vie des enfants et sur la santé des nières? ' Bulletin de 1 Académie royale de médecine , Paris. 184.5. i. \ . p. ofîo. )
i32 LKTïRi:s DE GLl l'ATlN
Oïl s'en va taire publier des monitoires par toutes les paroisses , touchant l'afïaire de la dame Constantin , sagefemme; elle a été resserrée; il y a un chirurgien prisormier pour le même fait.
L'ajournement personnel contre M. l'abbé de Gaillac a été changé en décret de prise de corps , s'il ne se présente dans trois jours; sinon il sera trompette par les rues et carrefours de E'aris.
Le tremblement de terre a été fort grand aux bains de Baréges , près des Pyrénées. Il y a eu vingt-six hommes tués et (juelques blessés. 11 y a duré trente-six heures, et a été senti en plusieurs autres endroits.
Les deux filles de madame la duchesse d'Orléans, qui étoient allées à la cour pour le mariage du roi, sont ici de retour d'hier au .soir. iMademoiselle, leur sœur aînée, y arrivera demain ; si bien que voilà la cour qui s'approche de nous, (iuénaut a ici reçu un terrible scandale pour son vin émétique, dont plusieurs se plaignent fort de lui.Un des nôtres, nommé M. Morissft, traitoit un riche bénéticier, âgé de vingt-huit ans ; Guénaut y fut appelé à l'insu de M. Morisset; il dit qu'il le guériroit avec deux verres de tisane laxative. Il ordonna donc deux apozèmes chez l'apothicaire; le malade n'en prit qu'un, a quo multa dejecit. Guénaut , qui vit cette grande opération , dit qu'il étoit guéri et qu'il falloit qu'il prit encore le lendemain matin l'autre verre, et dit aux parents qu'il leur avoit parlé de tisane laxative, mais que c'étoit du vin émétique, qu'il le leur avoit caché de peur qu'on ne l'empéchàt de si bien faire, et s'en alla. Une demi-heure après, le malade se trouva mal; on courut requérir Guénaut, qui ne demeure fju'à (piatre cents pas du malade; il y vint et le trouva mort. Les bénéfices sont perdus , toute la famille crie et se plaint fort de lui.
Je salue mademoiselle Falconet, M. Spon , et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le 6 juillet 16(30.
A l'AI.CO.NEl. 23.^
LETTRE DXXII. — Au mmie.
M. le clianceliei' a été fort malade d'une néphrétique; il u vidé une pierre et se porte mieux.
On dit que l'abbé de Gaillac est mal, et ([u'on le poussera bien loin. Je ne vois ici personne qui ne l'accuse de grande imprudence. Ce malheur confirmera dans le parlement l'autorité de M. le [)remier président.
On dit que le roi est toujours réjoui d'amener la reine sa femme à Paris , et d'entendre parler des beaux préparatifs (ju'on lui fait; mais néanmoins plusieurs croient que ce ne sera qu'au mois de septembre.
On dit que iAI. de Vendôme est hors de danger , mais M. Kainssant n'est point encore de retour. M. le Prince et madame de Longueville sont allés à Amboise au-devant du roi. Le surintendant des finances et autres parlent d'aller audevant de son Eminence jus(pi'à Orléans. On redouble la dépense pour avancer les apprêts de l'entrée du roi.
Je vous prie de dire à madame Falconet que je lui demandtT pardon de la débauche que j'ai faite d'aller voir l'église , les tombeaux et le trésor de Saint-Denis, avec ma femme et nos nouveaux mariés. Elle peut bien me pardonner, ce n'est point ma coutume ; je n'en fis jamais tant , et peut-être que jamais je n'y retournerai. Je ne fais guère de débauche quedansmoiTA étude avec mes livres, au moins n'en fais-je point tantcomme-^ je voudrois bien. Feu M. Piètre , qui a été un homme incomparable, tant en bonté qu'en science , disoit qu'il faisoit la débauche lorsqu'il lisoit Cicéron et Sénèque ; mais qu'il se nJduisoit aisénient ;i son devoir avec Galien et Fernel , (-KJas p(itli(i((i(ii(na iiiiix'its'' addinahat : ainsi je me suis réduit dans mon étude depuis ce temps-là; mais on ne m'y laisse guère dans l'état paisible qu'il faudroit pour bien étudier, cannin'i secefsui/i srrihi'ulU et otic. qu(i>i'unt (i).
1 Fain' la débauche on lisaiil Cicéron et Scnéqiic ! c'est là une
2'i'i LKITKKS Dt (il ( l'ATIN
Nous avons eu (ce dimanche 11 juillet^ du feu, la nuit passée , dans ce quartier, chez un de nos voisins nommé Guillaume Marchand : on y a apporté beaucoup de secours , et en trois heures il a été éteint et arrêté. La perte est sur le dos de celui chez qui il s'est allumé entre minuit et une heure; les deux maisons voisines s'en sont un peu senties. Bon Dieu! quel désordre fait cet élément! cela est effroyable. Aristote a dit dans le 4" des Météores : Omnin elenienta pufrescunf prœter ignem , quia omnia surit materia igai ; il dévore tout cruellement et impitoyablement. Je vous ai ci-devant mandé (jue j'avois reçu la feuille d'arithmétique, même elle est reliée, je vous en remercie; ce livre est bon à prouver
preuve de la sévérilé des études eu médecine à ceUe époque et de l'austérité de conduite des praticiens d'autrefois; ils auraient craint en certain sens le reproche de Ménage : N'avez-vous jtas honte d'être si savants ? aucun d'eux n'aurait pu concevoir la vie mondaine, dissipée de certains docteurs de nos jours . mais dont on peut dire : ?iequidetn musas e limine salutanmt. Toutefois , beaucoup de médecins ont soutenu et conservé les habitudes sévères de leurs ancêtres , même dans leurs éludes , bien que plusieurs se soient distingués par une profonde érudition. Quand on demandait à Morgagni son avis sur quelque controverse d'archéologie ou de littérature, il répondait par ces vers de Maniai ( lib. IX, ep. 12):
Yohis non licel esse larn diserlos , Oui /misas rolimus severioifis.
Dans le xviii' siècle et au commencement du nôtre, plusieurs médecins se sont fait remarquer, au contraire, par des goûts futiles et indignes de leur profession , notamment par la gourmandise ; ils se firent prosélytes de Grimod de la Reyniére, « ce Zoïle des fermiersgénéraux et flatteur du cochon. » Il en est qui ont écrit des vers sur la beauté , sur les modes, sur les grâces et les fleurs , mais sans succès remarquable. Aussi un satirique a-t-il dit , en parlant des œuvres de ces médecins infidèles et mauvais poètes :
Mais ces trésors de ^oiit . d'ainonr, de poésie. Qui les remplacera ? — L'idiosvncrasic.
\ I \i.iom:i. 235
que k's je'suites savent tout. jus(iiraiix liiiesses It- plus cachées (le cette science des supputations. Dieu garde ceux (|ui n'en ont que faîre !
J'ai ici deux feuilles d'impression in-quarto du père Vavassor, jésuite, de Pace ar regalibt/s nuptiis epigranimafa. Cet homme est en réputation d'habile homme, mais il est ânu! moutonnière, aussi bien que tout le troupeau dont il fait partie. Les vers en sont beaux , mais ils sont pleins de vilaines et puantes flatteries , jtro more gcntis lof/olih'ca:
.l'ai vu un malade, depuis trois jours, que Picoté Belaître avoit entrepris de guérir, et d'où il a été chassé ignominieusement. Je vous le dis, en vérité, ce n'est qu'un malheureux coquin, fort étourdi, bien ignorant, neqiddetn medirus, stod plonc iiicndicus. Il est si gueux qu'il en feroit pitié, n'étoit qu'il est fou et que la tète lui tourne de vanité: aussi est-il natif d'Oiiéan.-:, et d'une famille dans laquelle il n'est pasle premier fou. Il cherche des amis qui lui donnent aide et secours pour envoyer ses enfants en Amérique, n'ayant point moyen de les nourrir : c'est signe qu'il ne gagne pas tant ; et certes, s'il y gagnoit beaucoup, il seroit bien heureux , il vivroit d'un métier où il ne connoit rien. J'apprends que ses affaires sont en fort mauvais état, si M. le comte ne le soulage de ses libéralités. Voyez et jugez s'il n'est pas bien appuyé. Cette attente est vraiment, comme dit Scaliger, ficalneiim auxilium cf. scipio imminutus. Il emprunte de l'argent pour subsistera des chirurgiens et à des apothicaires; mais c'est mauvais signe, et un support qui n'ira guère loin , voire qui le détruira.
Je viens de voir M. le Sanier, qui m'a dit que Noël Falconet est capable de bien répondre, et que l'épître sera bientôt prête; il attend M. l'archevêque pour soutenir sa thèse en sa présence, où il dit qu'il fera des merveilles, et qu'ensuite il s'appliquera tout <à-fait à la médecine.
M. Blondel m'a dit aujoui'd'hui (ju'il a levé et payé notre
236 LEllUES DE GLI l'ATlN
arrêt contre les chirurgiens, et que demain il le baillera à l'imprimeur pour le mettre sous presse.
La dame Constantin, la sage-femme , est encore dans le Chàtelet en prison; elle doit être demain interrogée. N. et le Large ont reçu assignation pour y venir répondre de leurs faits et de la déposition qu'ils ont donnée. An est ubi fat/s cédât pudore carceris et metu letkalis siipplicii confecta 'f On dit qu'elle se défend bien , et qu'il n'y a point assez de preuves contre elle pour la condamner à mort; mais on attend des monitoires que l'on va faire publier par toutes les paroisses de la ville et faubourgs de Paris. D'autres disent que Ion la veut sauver, et qu'elle est trop bien recommandée par les plus grands; néanmoins ou croit bien qu'elle mérite la mort et au-delà , et que si on la pendoit elle ne mourroit pas innocente. On dit (jue sa maison étoit un bordel public, et que quantité de garces alloient accoucher dedans, vel ahortwn passurœ. Quoi qu'il en soit, je crois que les juges font ce qu'ils peuvent pour découvrir la vérité du fait; mais la vérité est souvent cachée, et ne se peut découvrir pour être trop avant dans le puits de Démocrite: aussi n'est-ce pas d'aujourd'hui que les gens de bien sont tourmentés et que l'on pardonne aux méchants.
Dal vcrdaw cor vis, vc.rat censura co'umba!^.
Le roi est à Orléans aujourd'hui , et dans deux jours sera à Fontainebleau. 11 n'a point passé à Tours. Madame est mal contente : on dit qu'elle s'en va aux eaux de Forges. M. le chancelier, le prévôt des marchands, et les échevins, et plusieiHS autres s'en vont à Fontainebleau , y saluer le roi, et y parler de son entrée.
Nouvelles sont venues d'Eapagne (jue le grand-maitre de Malte, François de nation, est encore mort, et qu'il y en a un autre nouveau ipii est Espagnol, nommé Cotonnier; cpie
A FAI.CONET. 937
le bailli de Valence y avoit espeiraiice de 1 être, mais qu'il a perdu sa brigue.
Ce jeune marcliaiid , uduimt' Guillaume, duquel la maison fut hier brûlée, est fort malade chez sa mère; il y a de la perte pour plus de 100.000 liv. parce malheureux accident. M. l'évéque d'Autun a (ait V/f/stoire des rardiniinx i/./usfres en piétf' , en trois volumes in-folio, en latin; il a dit làdedans plusieurs choses assez hardies contre le cardinal de Richelieu ; il a parlé mal de sa famille et de son père, de sa tyrannie, de son ingratitude contre la reine-mère, et en tout cela n'a dit que vrai. L'abbé de Richelieu , poussé par sa parente, madame de Combalet, olias ^ viadame d'Egnitlon , que quelques uns disent être sa tante, est allé à Pontoise , où se tient l'assemblée du clergé, et s'y plaint de ces injures. On n'en a pas fait grand état, peu s'en faut que l'on ne s'en soit moqué, et j'en suis bien aise; je loue la générosité et la constance de ces bons prélats. Ce bon évéque est louable (le son zèle et de son ouvrage ; il a été ci-devant minime , puis évéque de Riez en Provence, et enfin évèque d'Autun. Il est neveu de MM. de Marillac, j'entends du garde des sceaux et du maréchal , qui moururent tous deux l'an 1632, martyis du crédit trop grand et de la tyrannie du cardinal de Richelieu. On dit que M. le cardinal Mazarin sera dans Paris sur la fin de la semaine , et (|ue le roi a passé et couché à Orléans , et ([u'il sera demain à Fontainebleau. On poursuit toujours M. l'abbé de Gaillac, et s'il ne comparoît bientôt, il sera trompette par la ville. Les maîtres des requêtes l'ont abandonné, disant ({u'il est fou et trop étourdi. On dit ijoui'tant qu'il y a bien plus d'imprudence que de crime en son fait
On dit (}ue la princesse palatine a charge de se retirer de la eour ; M. le chancelier est parti ce matin pour être demain matin à Fontainebleau au lever du roi; le cardinal Mazarin et la reine-mère seront ici vendrtHli. Le tremblement de terre continue encore ; il a été vu à Ragnères, dix-huit lieues par delà Toulouse, dans les Pyrénées. Ou dit ici (pie le chevaliei- Pol
est allé avec des vaisseaux à Alger pour deinaïKlerdes esclaves françois, comme titCromwell d y a quatre ans pour des esclaves anglois qu'on lui rendit. On attend ici un ambassadeur espagnol et un autre anglois qui entreront ici en grande pompe.
Voilà M. de la Mothe-le-Vayer qui vient de sortir tle céans, et qui m'y a apporté un de ses livres nouvellement fait, lequel m'a dit que le livre de Millon contre le feu roi d'Angleterre il) a été brûlé par la main du bourreau ; que Milton est prisonnier ; qu'il pourra bien être pendu , que Milton n'avoit fait ce livre qu'en anglois, et qu'un nommé Pierre du Moulin, iils de Pierre , ministre de Sedan, qui l'avoit mis en beau latin , en est en danger de la vie.
On a pris aujourd'hui trois voleurs, qu'on a découvert avoir volé dimanche matin dans la maison qui brùloit en ce quartier. Un crocheteur et sa femme sont de ce nombre ; on a trouvé chez eux 25,000 fr. d'argent comptant. Vous savez qu'il y a trois sortes de gens qui courent au feu , les sots qui vont regarder, les larrons pour dérober, et les gens de bien pour aider à éteindre le feu.
Je vous baise les mains, et à mademoiselle Falconet et à M. Spon, notre bon ami, et suis de tout mon cœur votre, etc.
De Paris, le 15 juillet 1660.
LETTRE DXXIll. — Au même.
Le roi est à Fontainebleau avec les reines ; mais la reinemère est ici attendue demain et son Éminence au bois de Vincennes.
Le mercredi M juillet, la dame Constantin, sage-l'ennne, a été condamnée au Chàtelet à être pendue et étranglée après
^1} Voyez la note t. 1 , p. /|6(J,
A FAF.CONKT. -239
avoir été mise ù la quesliuii , d'où elle a appelé, et a été ti-aiisférée eu la Conciergeiie. On croit que la semaine prochaine la sentence sera conlirmée à la Tournelle. M. li; lieutenant-criminel mecontoitliier queN étoit bien ignorant,
et qu'il avoit fait un rapport plein de faussetés; J. le Large, chirurgien, s'y est excusé du mieux qu'il a pu. M. le chancelier revint hier de Fontainebleau ; les nièces y sont aujourd'hui parties pour y aller saluer le roi et la reine. On dit que les États de Pologne veulent élire un successeur à leur roi, et (jue l'on songe au prince de Coudé, (|ui a été jusqu'à Amboise au-devant du roi, de qui il a été fort bien reçu.
M. le lieutenant criminel me lit hier grand état d'un passage (|ue je lui ai fourni de l'Apologétique de Tertulliea contre la sage-femme : Aohis vero homicidio seniel interdicfo, ctiani convf'ptuin utero durii adhuc sangiiis in houiine/n deliùatu/% disso/vere non iicet. Homicidii festinatio c>il lûohiljfre nasci., ner rcfcrt nnftan quis eripkit animam , an nasccntlnin disturf/et. Homo esf et qui est futur us; et fruetus houiiiiis Juin in sonine eut. Je lui en avois aussi fourni des commentaires. Je vous baise les mains , et suis de tout mon cœur votre, etc.
P. S. M. l'abbé de Gaillac a mis de l'eau en son vin , et a reconnu que les plus courtes fulies étoient les meilleures ; il a présenté requête ce matin au parlement, et demande la paix, pour laquelle avancer on a aussit(')t levé la prise de corps (pii avoit été ordonnée contre lui.
Le roi et la reine seront lundi au bois de Vincennes ; M. le duc d'Anjou sera à Paris; c'est M. de la Mothe-le-Vayer, son précepteur, qui m'en vient d'assui-ei". Je salue mademoiselle Falconetet M. Spon.
l>c l'aris, le 16 juillet 10(10.
'240 f.F.TTRKS DE CA'l PATIX
F.ETTRE DXXIV. — .1^/ jnrme.
J'ai ouï parler ici d'une nouvelle Hit^foire fin Dnnphinp en 2 vol. in-folio, et d'une nouvelle Hii^tniri' de Lyon , in-4 , faite par un jésuite. Prenez, s'il vous plaît, la peine à votre loisir d'en parler à M. Barbier, et d'en savoir des nouvelles, et même de me les acheter en blanc. Je pense qu'il vaut mieux faire ainsi que de s'attendre à nos libraires, qui n'en i-eçoivent que tard, et qui ne les veulent vendre que beaucoup trop cher à cause de la nouveauté.
Quand vous les aurez chez vous , il ne les faut pas envoyer par M. Troi.ulames, ils sont trop gros ; il v.iut mieux en faire un paquet et le délivrer à M. Spon, notre bon ami, qui prendra le soin de me les faire tenir dans quelque balle de M. Devenetou de M. Huguetan ; on pourroit y ajouter pareillement le .S'. Gforyius C(ij)nadox du A. Th(''i)pJàl(' Uiiijninid , si alors il est achevé.
Il est arrivé à Paris tant de monde de tous côtés , et même des provinces étrangères, pour voir l'entrée du roi , que les rues ne sont pas assez larges pour tout contenir; on n'y peut passer, outre que l'on bàtil en plusieurs endroits.
M. Troisdames , lieutenant de la colonelle de M. de Lamoignon , comme il est notre bon ami, m'a prié de lui donner une devise pour faire mettre sur un drapeau neuf qu'ils font faire, et a désiré que ce fût sur la paix et sur le mariage du roi. Voilà ce que mon lils Carolus lui a fourni sur ce sujet : Coennt jcnn fa'dere cerlo prix et amor. Ètes-vous de l'avis des approbateurs? Il n'y a mot qui ne revienne bien au sens de la saison présente et de l'état de nos affaires : le mariage du roi éteint une guerre grande et longue, qui dure il y a vingt-cinq ans ; la paix semble bien assurée par la bonne intelligence qui est entre les deux royaumes, aussi bien qu'entre les deux rois comme aussi entre le roi et la reine. Son Eminence se porte
A r.U.CDNi.T. -211
niiniix; mais on dit i\uo sr.^, ii!iiil);'s s'oxti'iuii'iiL l'oit, >nit/i' iiii'iilKi'ii'ht ridrhir sjit'cics (■iijio^ddui lii/drnnis.
L'imprimé que je vous ai envoyi'; touchant le t'ait de la dame ("onstantin a été hv(\\é parla main du bourreau à la O.'oix du Ti'alioir par ordonnance du lieutenant civil ; mais il y en a grand bruit au Cliàtelet contre celui qui l'a fait sans ordre, sans aucun consentement , sans en avoir parlé à personne et sans sentence; même ceux qui s'y sont déclarés contre lui sont amis des révérends pères : on dit (jue l'alîaire en ira jus- ([u'au ]»arl*Miient. Les magistrats ont bien de la lâcheté et de la bassesse de souttVir que ces pères passetins aient tant de c!('dit ponr les opinions extravagantes et daiigeieuses (jui sont dans leurs livres et leurs apologies : voilà ce (pi'a [)rodnit la paulelte.
Le roi a député un t'vèque et deux abbés pour se transporter aux prisons du Chàtelet et delà Conciergerie pour voir à conii)ien se monteroit la somme due par les prisonniers (pie le roi veut mettre en liberté; elle va bien à 100,000 écus; on tâche (le diminuer la somme, aliii de les délivi'er à l'entrée du roi. On dit que si son Kminence étoit en état, on l'enverroit aux eaux de Bouibon; elles ne lui valent rien. Elles sont trop chaudes, joint que l'on dit (ju'il a }»issé du sang , ce qui seroit un signe trop certain adculi in ccsicndelitescentis. 11 se plaint fort de Valot, ([ui lui a promis de lui adoucir ses douleurs, et (pii nen fait rien. Le pauvre Ârchlufor est en danger d'être cluîssé de la cour, si quid /lUDuadiitscutifini/nf in rira purpurafo ; car il n'y a que celui-là qui le maintienne, tous les autrt^ssont contre lui , même le roi et la reine.
La sage-f'emme est toujtjurs prisonnière; on dit (jnece ne Ncra (jue pour la semaine prochaine, et que M. le procureuriicncral en appelle contre elle de sa stnitence u ininiinii ; qu'il \('ut donner de rudes coîiclusions contre elle; (ju'elle devroit être brûlée toute vive . si elle ne nonnne ses complices. Mais piiisipie vons avez troiivt'' si bean le ])assage dcTertullien conlit' elle , je vous CM veux indiquer un autre du HM'-nie aiih'ur, m. 10
'2^■2 i.F.TTUF.s nr. en patin
Mil \\\'V0 c/i' AlU'uifi, rfijj. '}'), rdil. WujitUi'l, Ui)ili 164!, ]h 328.
Al (juin i-t in ijiso adhur utero infnns trucidatiir necp^riario crndelitnte , qinnn lu exitu olAiquatm denegut partum , matricidn., ni mnriturua. Itaque et inter aritia medicorum et organa est quo prius potescere sen^etn cogimtur tortili femperamento , cim annula ndtrnfo , quo iutus memhra rœduufur an.cio arbitrio , cum lu'betp unco quo totum pcrtiis extruliitur, violcmtr) puorperin. Eut cfirim œneuni spiculuui, quo jugidutio ipsu dirigitur cœco latrorinio, B&-jo7'fâxT/-/; uppellaut de infunticidli of/irin, ulique vireu- (is infantis peri'tnpforinm , etc. Ojttimu. ne Tcrtull iaito digna [{). Je suis bien aise que vous soyez satisfait de M. le Marquis ; je le connois , je lai vu en cette ville : c'est un esprit chaud et bilieux , qui a bien étudié ; outre cela, il est gentil et éveillé. Paiera-t-il les cent éciis?Qne sont devenus vos deux autres, de Luques et Bouge?
Notre licencié, qui est si savant , s'appelle Dodart ; il est lils d'un bourgeois de Paris fort honnête homme; c'est un grand garçon fort sage, fort modeste, qui sait lïippocrate , (ialien , Aristote , Cicéron , Sénèque et Fernelpar co'ur; c'est un garçon incomparable, qui na pas encore vingt-six ans; car la î'aculté lui ht grâce au premier examen de quelques mois qui lui manquaient pour son âge sur la bonne opinion qu'on avoit de lui dès auparavant (2).
Noël Falconet a reçu vos lettres ; il a délivré à M. Moranges la sienne ; mais M. l'archevêque n'est pas à Paris ; il est au i)ois de Vincennes ; s'il ne vient bientôt ici, il lira chercher la. Quand il sera de retour, nous prendrons temps de l'aller saluer par l'entremise de M. Moianges. Je vous prie d'assmer mademoiselle Falconet de mes très humbles services; je ferai tout ce qui me sera possible pour celui qu'elle aime tant , qui
(I) Ce passage remarquable de TerlnUien prouve que les anciens étaient plus avancés que nous ne le croyons dans lart <les accouchements. Voyez Essais historiques^ littéraires et critiques sur l'art des accouchements , par P. Sue , Paris, 1779 , (. T. R. ]',)
•2'i VoNt/. la noie précédente, p. 231
A IM.CONKT. '14']
sei'oit bien aimable s'il voiiloil ; mais j'espère (lu'il le seia quelque jour. Un homme fle(|ualité m'a aujourd'hui demaiKh' : Les eaux (le liourbon sont-elles boinies à son Eminenc(î? Je lui ai répondu snr-le champ : Comme le vin émétiiiue au feu ducd'Orléans. Y auroit-il apparence que celte pensée entrât dans le cœur des médecins de la cour , (jue les eaux de Bourbon fussent bonnes à tant de maladies et de symptômes (jui ne proviennent que de chaleur, ex tanfo fervore et siccitate viscenim, cionjugi/jus vigiliis, quœ provnm dinthesim imprimimt ningulis portt'bvs n/vinœ regionis.
Je viens d'apprendre qu'il est bien malade , et encore pis qu'hier, tant pour sa gravelle que pour ses hémorrhoïdes et son exténuation , tant des jambes que des cuisses , qua' esf via <id hydropern, sur (juoi je brise.
De Paris, le 27 jiiilicl KifiO.
LETTRE DXXV. — Au mnne.
Je vous ai envoyé hier, ce samedi 3i juillet , ma lettre avec celle de NoëlFalconet, parla voie de M. Langiois. Je ne vous puis rien dire de nouveau , sinon (ju'un de nos capitaines vient de me dire que l'on veut remettre l'entrée i\\\ vo\ au 2 septembre, parce cpi'il i'ail trop chaud. Si cela est, rt-m (•(mm tantai dilntionis est did/ii/s et auceijs morbits purpurati ; ffdso quodain rwnore sparguntur ffunti et virtiites nqwirinv liarlionensium «.d ejus /uor/ji pro[ligntio)(e}ii , cujini ruratiiDii indln inodo competiint. Mais tQiilfî la cour est mystiqm^, imo ipsa aulu ^ est mysteriwv , et (niljei omnes simt inystici, et r/iystœ sire Ijoptœ dicœ foriuno' , qtue in rehus riiorfaliuui. , tapi in rntione accepti quam expettsi utranique fhcit pngiiKun. \\ y a encore d'autres] déesses qui se mêlent des affaires de ces gens-là , mais qui ne 1 sont que des suivantes et des courtières de cette première. J l'din regunt lu'/jein, eerta sttiiit (inniia /ege.
Le car<linal Mazarin a été' saigné' ce diuiaiiclic I" aoriO, en
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toiil sfpl lois; il ;i |»i-is anjouririii:! iniiliii mciîccii'.c , ri sf ])o! le niioiix [iit inai'quis {■spagiiol fui noyi' pifs de Cliaiciifoii, 011 s(^ baii^iiaiil il y a trois jours. Les meubles de la coiil'oiiiie, (jui étoieiit à Bordeaux, ont été renvoyés ]iar nier pour en épargner le port : on n'a point su quelque temps ce (ju^ils étoient devenus. Enfin ils sont arrivés au Havre, et seront ici l)ientôi : c'étoil une des raisons du retardement de l'entrée; la seconde étoit la maladie du cardinal; il n'y en a point d'auti'es, car tout est près de deçà; on n'attend j)lus (pie Tordre du l'oi.
Les chirurgiens ont fait dresser une chaire à présider dans Saiut-Ci'ime enleur grande salle. Notre doyen s'y est opposé, et a présenté requête contre eux ; il a les conclusions du j^rocureur-général , lesquelles jiortentque la chaire sera ôlée. il faut pour cela un nouvel arrêt qui sera mis ensuite de l'autre; cela fera connoître à la postérité l'obstination et la malice de ces inquais tjnfff'x , qui briguent pour être nommés chirurgiens (le longue robe, ou médecins df ntnrh' nibi\ aussi bien que de raurle science (l).
L(î cardinal Mazarin se trouva fort mal hier au soir, lundi 1*2 août; ce matin un peu mieux ; consultation a ('té faite par oi'dre du roi.
Le procès de la dame Constantin a ('té ce matin mis sur le bureau ; on le continuera demain matin , )iisi Us mnjor inicrveniat. Elle est en grantl danger de passer par les mains d'un terrible ménétrier, quioliin Jiomœ Codmus vocnixitv.r.
Le mal de son Eminence n'est ni goutt(^ ni gravelle, c'est plutcjt mùi'bm visceniin , qnonun imminct (iiiqtlitliora in propria siihstant'm nh (intiqua et forti intempérie , <pi(p çjennit prarani diatliealiri , nullo arfis nostrc pr/i'sidio deli'hili'iu,
Oninia li ansibunl , nos iOinuis, ibiii.<, tbnni hjixni, giKii i , comliliifnc pari.
(1 N'ojo/. !;i ii();r ri-<!»sitii^. pniii It> sciiiiciil ('\i|;t' des chinirj'.iiMr^ . 1.. 17'.
\ r\i.('.iiM;r, o/f,",
l'iirjiuraln!< die misicr mule lidbi't , (|U()i (|ii<' l'on cil (Ji.sc, iiniittuvl iiKircur inticersi corporis , iiiitninct (j^hdi^ih' (ikIhiiihv.s , tciifdliif cdlclKclinitm , Inquif 'J'i'iiidUiniii^.
Il mo scmbliMiLievoLis iio pouvez iloiinci' moins de six-viiii;ls Iraiics à M. le Sauiei', à cause de l'acte de dimaiiclie prochain: i e'ii donnai autant pour mon (^;u'olus, (pii soutint ses thèses de philosophie en j;i'ec et en iatm , Tan 1G,")7. JCn fi':;ii loiu ce qu'il vous plaira Je vous baise ti'ès liunjblemcnl les mains, et suis de tout njon cfeur votre, etc.
P. S. Je \oisici des Hollandois qui sont fort en peine (pie deviendra Dunkerque, et comment s'en pourront accorder les Ir^is rois intéressés, de France, d'Espagne et d'Angleterre.
f>emain toutes les chambies seiont assend)lées au parleniciit pour ilélibérer sur l'entrée (\\\ roi ri nouiiirr dis députés dechacjue chambre.
De Paris, lo ;?auril IWiO.
toiiU': !>.\xvi. - .1// Hicutc
Je vous envoyai hier de nos nouvelles ];ar la voie de M. ïroisdames. Noël Falconet a été aujourdlm.i, ce samedi 7 août, par tout 1-aris y |)orfer de ses thèses, et j'espère «juc demain, il aura, un bel auditoire. Il a mèn.ie été à Vincemies, où il a présenté ses thèses à YiM. rr.rchevèque, le mai'échal et le mar(pus de Villeroi. ?>{ l'archevêque lui a |)romis de le venir entendre demain.
Lecardiiial 3Iazarin se porte mieux; on tlit (pi'il n'ira point aux eaux, mais (pi'on le nsettra ,iu lait d'ànesse. On le baigne mainlenaiit. M. Ksi)ril lui a dit en particulier (p:e le bain ne lui étoit point boii> et qu'il s'en trouveroit mal s'il le continuoil: tpi'il s'inscrivoit en faux conire ce bain, bien ipi'il lui eût ('It'' ordonné par ^'alot cl (iué'iiaut. Ji; ne s.iis ce (pi'il fera la-dessus, luiiis je suis bijJii averti (pie depuis (picl- <pie temps Valot le veille et y couche toeles les nuits. Seioit w
•Ji ) i.iMiiîKs i)i; (;ri !'\ un
(|ue les nuits seioieiit plus mauvaises a cr malade, ou bien (|ue Valut le tlatte et t'ait le chien couchant de |)eur d'être chassé? Quoi (|u'il en soit , j"ai peur que l'hiver prochain ne fasse des places vacantes , tant en ministres d'Etat ([u'en plusieurs abbayes.
J^e jour de l'entrée n'est point encore déterminé; mais néanmoins on croit qu'il est arrêté, et que ce sera le 24, le 25 et le 25 de ce mois , car la fête durera trois jours , et même on est convenu que le parlement ira jusqu'au bois de Vincennes, tous à cheval, en robes rouges, avec des housses de velours noir sur leurs chevaux ; les maîtres des requêtes iront avec M. le chancelier en robes de velours noir ; la chambre des comptes , la cour des aides , les monnoies, la ville, le ('hàtelet et autres compagnies iront plus matin, afin que le parlement aille le dernier de tons.
Le médecin delà nouvelle reine, qui est Espagnol, m'a envoyé un billet et un compliment , pour savoir de moi , touchant deux questions de médecine, (|ui étoient les auteurs (pii en avoient traité, savoir, de ronsuefiaUvc f^idcffiijldo putu in inorbis ; je lui ai fait réponse et lui ai offert service. 11 s'appelle Thomas Puellez. C'est un petit homme bien savant, qui a été professeur à Salamanque.
Enfin ce tant souhaité dimanche est venu ; Noël Falconet a répondu fort bien : belle compagnie; MM. les prélats y ont été fort honorablement reçus. S'il veut aussi bien étudier en médecine (ju'il a fait en philosophie, il pourra dans un an être reçu dans votre collège de Lyon. Il est jeune, chaud et bouillant , en état d'apprendre et de comprendre beaucoup de choses; il faut qu'il charge sa mémoire, et remplisse son esprit dorénavant de tout ce qui lui peut servir pour être dans peu d'années un bon médecin , savant, judicieux et bien raisonnant.
Vous savez bien que l'on cache les maladies des grands tant (pie l'on peut, encore (pie bien souvent on n'en puisse venir à bout. On dit que la maladie du cardinal Mazarin est
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(Uniteusc, ((nhii )■( (incijjids éventas, et je sais de bonne pari (jiie liLiénaut a dit (ju'il aiiiieroit mieux être vieux et pauvre médecin, comme il dit qu'il est (car il se plaint toujours), (|ue d'être cardinal Mazarin et avoir tant d'éciis. La reinemère est fort contre Valot; on a parlé de lui ôter sa charge , et de le réduire à une pension viagère, en donnant sa place à un autre, qui n'en sera pas taché. Tacite a dit «luelque part, fort à ce propos : lierum hwnonarum ni/iil est loin iastublle , piu:um et caducwn, qunin potentiw f/ona swi ci luin nixa. C'est ce que je répondis à M. Guilleraeau , lorsqu'il me vint un jour annoncer, de grand matin, que M. le garde des sceaux deChàteauneuf étùit disgracié, dont il étoit fort étonné, uec iininerito; mais il trouva mon passage fort à propos. Ce fut le même jour que , l'an 16-43, me naquit mon second fils, Carolus PuluMS, professor pdtholixjicKS y et oiniùijus honoribus diynis^ siiims.
11 y a grande amitié à la cour entre le prince de Coudé et la reine-mère; tout le monde s'en étoime et s'en n'Jouil comme un grand augure d'un bon temps ; ce sont les etiéts de la paix, et comme a dit Virgile :
Juiiyenlar jtiin gri/pes equis , annoque sequenti Cum cuniOus lùnidi reuient ad pocula dama-.
Dieu leur fasse la grâce de nous laisser vivre en paix plu sieurs années, alhi que la j)auvre France, épuisée par leurs discordes et mésintelligences , puisse enfin respirer.
La sage-femme fut hiei' menée à la Tournelie , et fut inleirogée. Les juges ont commencé à opiner. Le bruit court (piil n'y a point assez de preuves pour la mort, et néamnoms elle a été condanniée au Chàtelet d'être pendue , par le lieutenant criminel et par des conseillers, qui sont d'habiles gens.
Ou dit que dès que le cardhial Mazarin se portera mieux , il ira au bois de Vincennes y prendre l'air et du lait d'ànessc,
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Initi (iqnortiiii iiu'iiillicofiMii , tjLii uvuieiit ùtc proposées par Valot , mais improuvées par les quatre autres médecins. Pour le jour de l'entrée, noitduin constat nec affi/'i/iatur.
Le temps est venu de remercier M. le Sanier; nwndez-moi ce que vous voulez que je lui porte. Il m'a dit ((u'il m'enverra l'imprimeur pour payer les thèses, le papier, la tailledouce, etc. Nous retiendrons la planche et vous la renverri)ns quand vous l'ordonnerez , on bien nous la rendrons à M. Morange , si vous le voulez.
•le m'en vais demain faire étudier Noël Falconet en médecineet lui faire apprendre par cœur les premiers chapitres du Coi/ij/endiinu de M. Hiolan le père, et après les conunentaires du même sur la physiologie de Fernel , avec VEncliii-idiinn tniiifotiiioiiii du fils: c'est le chemin (jue j'ai fait prendre à mes deux tils , et qui y ont bien réussi. A niesure qu'il avancera dans ces premières institutions , je lui ferai mettre le nez dans t|uel(iues autres livres, qui ei slernent viam ad lecttownii Cmhn^l et Nip/jocratis; et s'il me veut croire, il sera capable dans un an de passer docteur et d'être agrégé à votre collège de Lyon. Je vous prie d'y penser et de m'en mander votre intention.
Je vous remercie des beaux vers que vous m'avez envoyés sur le mot de MnzarinNs , Mars an Jus'.'' Si M. Talon fait imprimer sa harangue sur la paix , je vous la promets ; mais j'en doute , car il n'aime point l'impression. C'est un grantl personnage et très illustre; je ne sais s'il a son pareil au monde à tel âge pour sa science , son expérience , son jugement.
Que faitM. Guillemin à Lyon ? H y a longtemps (jue je n'ai ouï parler de lui. Ne lui dites rien de moi. Quel âge a-t-il ? Que fait votre Basset ? Bouge est-il reçu ? A-t-il payé les cent (■'cus?Quand est-ce que votre de Lutpics [)ourra êti'e reçu?J"ai peur (pU' son i)r)!unon ne le tue avant (pTil en puisse arriver jus(nu' la. ("'est grande pilii' de niancpu'r de santé et de force
\ i\i,t.(iM r. -i-fi»
(l'cspril. (a'I lioiimc a (ltni\ iiiauvaiM'.s pièces dans son sac. Je haise les mains à notre clier et leal ami M. Spon. 'leitullien ;^e |)laiiil i!e ce(iu"oii reproclioit aux gens dv. Itien de son temps. (Juins vir ù(jii/if;, fiintmn qnod /■/ifisfiainis.
Il y a vinyt-fiuati'e heures (|iril pleut ;i Paris rudement après un ell'royable tonnerre; si cette pluie ne lùl\enue, on dit (pi'il n'y eût eu non {)lus de vin (jue l'an passe';. .\ (luehpie chose malheur est bon.
.le vous baise mille t'ois les mains et a mademoiselle Falconel, à la joie de hujuelle je prentls part, sur ce (pie son Mis iNoël a si bien répondu , et ntinuin olira non nwnlidiijr f'nichnn S/I//III ! Je suis (\o tout mon cœur votre , etc. Dr l'iiris, "c 10 aoùl 1000.
letthf: Dxxvii. — i
. !^/ iitrii/r.
J<! VOUS ai mandé [)ai' ci-devant conunenl Noël Faleonet a tort bien répondu , et comment M. l'archevèfjue et 31. re\i~"(|ue de Chartres y ont assisté; il a témoigné beaucoup d'i'spiit et beaucoup de jugement, cela me fait espérer cju'il sera ii\i jour très bon médecin et digne lils de s(jn digne pèi'e : firfHs fiiii (jloriu [latris.
Itdïimafd. fuit [(uiiiijii iiifcll.r o/js/cffi,v et su/jurn/fi j en bel le com[)agnie a la Croix du Trahoir.
Un dit ([ue l'entrée du roi se fera le jeudi 2{) août.
On nous a rendu hi planche de la thèse, je l'ai ct''ans ; pour l'impression, \c papier, pou.r le ti!'(.'ur en taille-douce. ]>oiii' h} doreur, pour l'aflicheur, j)Our l(\s di'oits du portiiu' , pour le tapissier, etc., j'ai délivré à l'imprimeur, nommi' Julic^n , en pr(';sencc et dn consentement de }\. le Sainer, la sonnnc tie six-vingts livres deux sous, dont j ai ciMiis les [i.uties signées dudil Julien et de M. leSinier, lesqiu'js je suis |)rt''i
250 lETTHES DE Gtl l'A TIN
(le VOUS envoyer. I^ru oi.oà/.zçwj doi/tini prcnceptoris , je suis d'avis de l'aller voir demain avec Noël Falconet , et lui donner de votre part dix louis d'or. Je crois qu'on doit encore queli\ne chose au répétiteur; je verrai ce que M. le Sanier m'en dira , et , re cognita, illi Itoininl faciam satis.
Le cardinal Mazarin se trouva hier mal ; il fallut le recoucher, et il fut saigné , e/us est videi^e ne proxhnus autuinnus i)tfir»ia)n et pertinacem valetudliiem fortiter tentet, de quo vidc' rinl tanti et tôt yEsculapii.
Lundi prochain , Noél Falconet commencera d'étudier en médecine. Il m'a promis d'avoir un cahier de médecine dans lequel il écrira tous les jours quelque chose ; et moi je lui ai promis de boime foi de lui fournir ce que je sais de meilleur. S'il me veut croire, il sera bien savant dans un an.
Un honnête homme, des premiers de sa robe, m'a dit aujourd'hui (ce mardi 17 août) (|ue dans peu de temps nous aurons de bonnes nouvelles; quelques uns croient que c'est qu'on parle du cardinal de Retz. Bien que le cardinal Mazarin se porte mieux, on ne laisse pas de songer qui seroit celui qui pourra attraper sa place. On parle fort de quatre, savoir: M. le maréchal de Yilleroi , M. leTellier, M. Fouquet, surintendant des finances, et le seigneur Ondedey, évèque de Fréjus. .l'aimerois mieux le cardinal de Retz que tout cela, mais je n'en serois pas cru , neque res istiec mei futura est arbitril. Aussi les jésuites sopposent-ils à ce dernier plus qu'à pas un , et s'il n'a un très fort et très puissant archange qui puisse renverser toute cette noire légion , je ne pense point qu'il y puisse parvenir ; néanmoins Dieu est sur tout, qui se sert de telles gens qu'il veut pour le gouvernement des États. Job a dit en quelque endroit : Prupter peccata populoruin Deus sinit refjnare tyranum , et je me souviens d'avoir vu un Hollandois (jui disoit in seiis/t non adrnodwn dispori , et même portait |)Our sa devise : Sapientia Del et stnltitia hominuin gubernunf )mmdi(iit. Ce ([ui est de bon , est (pie nous avons un très bon
\ r\i.(,(».\Ei. -i.M
roi , (jiii a d'excL'lU'iites iiidiiialiuiis ; plaise a hieii (iiroii ne les lui corrompe pas.
•l'ai (loiiiié (lix-liuil IVancs au répétiteur, suivant le conseil (le M. le Sauier. Je vous baise très liuniblenient les niaius , n uuuleiuoiselle Falconet , et à uoti'e bon ami M. Spon , et suis (le tout mon c(eur votre , etc.
De Paris , le 2G août 16«().
LKTTKE DXXVIII. — An mrmr.
Je vous écrivis bier (ce mercredi IS août) par la voie de M. Lanylois. On dit que don Louis de Haro est mort en Kspagiie (l'une lièvre maligne, et plusieurs autres seigneurs de la même cour. Le cardinal Mazarin se porte mieux, il commence à se lever , et néanmoins on dit qu'il a de fort mauvaises nuits , et que Valot continue d"y veiller.
Noël Falconet fut bier, ce jeudi 19 août, à ma lec-on au Collège royal , et me répéta bier au soir une partie de (-e (|ue j'y avois dit , de vennlbus , corum natura et rer/vdiis ; ut (Je duplici c/'isi pleitritidis, [ler venœ sectionetu et wutcuthtirsim, (judriuii illu tullit cousam aittecedenfen , /kvc oero cortjuiicftini. S'il veut continuer de même, il en saura dans deux ans plus (|ue le jeune de R. n'en saura de sa vie , j'entends de la bonne et de la pure médecine {('/uinisticta/t , (Kjijrticaiit et nnpificain, (jiiœ tcnnjuum pingues niccd' nadtos (diint vit/dos , /////// niuror.) H faut être bomme de bien et savant pour y exceller. Medieus f'st vir ùoïK/s, iJiedciidi pcn'ttis. Un babile bomme doit être au-dessus du commun , qui est fainéant et paresseux :
.' iiu'diocribns esse puelis
Non Dii^ non hominc'i, non concessere columncc
La polypbarniacie ne lit jamais un bon médecin; ud Ijeuv