‹ Lettres de Gui PatinChapitre 11 sur 56 · X NOTICE SUR GUI PATIN · texte numérisé non relu

X NOTICE SUR GUI PATIN

médecin, c’est le soin extrême qu’il mit à conserver les priviléges du corps qu'il représentait ; il était à cet égard d’une rigueur, d une inflexibilité extrême; toujours on le trouva incapable de transiger sur ce point. Peut être même poussa:t-il le désir de conserver ces priviléges intacts jusqu'à l'injustice, jusqu’à l’oppression, notamment dans les querelles de la Faculté avec les chirurgiens, ces laquais bottés, toujours serviteurs des médecins. Dans ce cas, il est vrai, Gui Patin n’était pas seulement une forte et brillante individualité, mais il se trouvait chargé des intérêts d'une corporation puissante et respectée. Un homine qui répétait sans cesse : Je suis médecin, j'ai cet honneur et ce bonheur, n’était guère propre à faire des concessions, bien moins encore à plier jusqu'à des complaisances qu'il regardait comme autant de bassesses ; c’étaient pour lui autant de questions de moralité médicale. Il en résulta que dans certains procès que la Faculté eut à soutenir, on vit l'illustre doyen se charger de la défense, la pousser avec la sagacité, avec la vigueur dont il était capable, Presque toujours il plaidait lui-même, et les avocats ainsi que les membres du parlement admiraient sa vive et chaleureuse éloquence, C’est ainsi qu’il fit condamner le fondateur des journaux, Théophraste Renaudot, le compatriote, le protégé du cardinal de Richelieu. Les gazetiers du temps, ces dogues faméliques qui aboient et qui lèchent, lui furent toujours antipathiques. Certes, il était loin de concevoir et de prévoir l'autorité future de la presse; il fallait encore près de deux siècles pour en-

NOTICE SUR GUIL PATIN. x

fanter cette formidable puissance, Ce fut à l'occasion de ce procès qu'il fit le quatrain suivant , dans le goût de ceux de Nostradamus t

Quand le grand pan quittera l'écarlate, Pyre, venu du côté d'aquilon,

Cuidra vaincre en bataille Esculape ; Mais il sera havré pat Île talon.

Le grand pan est le cardinal de Richelieu, qui mourut à cette époque; Pyre est un abrégé du Zopyre qui 8’était mutilé le nez pour livrer Babylone à Darius; allusion au nez de Renaudot; mais il fut navré par Omer Talon, avocat qui avait porté la parole dans le procès contre Renaudot.

Ainsi, pendant près de trente ans, c'est-à-dire de 1640 environ jusqu'à sa mort, en 4672, Gui Patin jouit d’une grande célébrité à laris et en France; il était d’ailleurs en commerce de lettres, selon l’usage du temps, avec les savants les plus illustres de l’Europe; lui-même était compté au nombre des plus remarquables, On t'est brop accoutumé à ue voir dans les lettres de ce médecin que sa critique amère et virulente, que le sarcasme, qu’à la vérité il sait asséner avec une rare, une incomparable vigueur ; mais, ainsi que la remarque en a été faite, c’est là peut-être le côté le plus faible, le plus superficiel de Gui Patin, et malheureusement ce fut le seul qui frappa les gens du monde. Mais il y a dans cet homme célèbre le médecin, le savant, l’homme de lettres, l'écrivain ; puis l'homine politique, le citoyen ; enfin l’homme lui-même, 6on caractère, ses mœurs, ses prin-

Page 1