‹ Lettres de Gui PatinChapitre 12 sur 56 · XI! NOTICE SUR GUL PATIN · texte numérisé non relu

XI! NOTICE SUR GUL PATIN

cipes, sa conduite, sa manière d'être dans la société de son temps. Or, qui ne considère ce médecin-philosophe sous ces divers aspects ne peut ni le connaître ni l’apprécier.

Comme médecin, Gui Patin, sans négliger aucune partie de son art, s'en tient pour le fond à la médecine grecque et romaine ; il y adhère, il s’y enfonce de toute la force de son génie, de ses études et de son expérience. Et qu’on ne croie pas que ce soit en lui une pure admiration traditionnelle ; non, il est profondément convaincu que la source de la véritable science médicale est dans l'antiquité, qu’il n’y a qu'elle qui puisse en donner l'intelligence , la possession, la réalité, C’est peut-être un tort, mais il est excusable si l’on pense aux systèmes de l'époque. Que faire, par exemple, avec les ferments de Sylvius, alors en faveur? Les quaternités humorales de Galien étaient certainement très préférables. On ne pouvait rien fonder d’ailleurs, comme je l'ai dit, sur la circulation du sang, découverte alors si problématique, que les professeurs de Bologne faisaient jurer à leurs candidats qu’ils n’admettraient jamais une pareille hypothèse (1). Mais ce qu’on peut reprocher à

Gui Patin , c'est de mépriser les ouvrages de Van Hel- :

mont ; rien de plus démontré par la virulente critique

(4) Dionis publia un ouvrage avec ce titre, Anatomie de l’homme suivant la circulation et les nouvelles découvertes, en 1690. On disait encore à cette époque les Nouvelles découvertes. Le livre de Dionis,

qui eut l'insigne honneur d'être traduit en langue chinoise par le

père Parennin, jésuite, eut plusieurs éditions , dont la dernière est de 1728 , et toujours avec le même titre.

NOTICE SUR GUI PATIN. x11f qu'il en fait. Comment n’a-t-il pas compris que le Calidum innatum d'Hippocrate, l’Enormon des anciens médecins, et l’4rchée de Van Helmont, avaient d'intimes rapports? Au reste, du temps de Gui Patin, qui est-ce qui comprenait Van Helmont, ce profond observateur qui, malgré les obscurités de sa pensée et de son style, a posé les fondements du vitalisme et de la médecine actuelle? Aussi ce grand homme se plaint-il amèrement , espérant avec raison que la postérité lui rendra plus de justice (4).

Les explorations anatomiques, les recherches physiologiques, n’avaient pas non plus au commencement du xvu‘ siècle l'importance qu'elles ont acquise ensuite, Bien qu'on disputât sur la circulation du sang, on étudiait néanmoins le célèbre ouvrage de Vesale, De fabricd corporis humani, ou celui de Riolan, son rival, Ænthropographia, etc.; mais, en général , dans les maladies, l'humorisme prédominait comme doctrine ; ou bien, à l'exemple des anciens, les médecins les plus célèbres s’en rapportaient aux symptômes transformés en signes, et aux simples résultats de l'expérience la plus exacte possible; venait ensuite l'habileté vulgaire et étroite des routiniers empiriques. À vrai dire , sommes-nous donc plus avancés aujourd’hui sur la grande, la véritable médecine, la médecine des causes et des origines des ma-

(4) Ætas mea, quia perversorum ingeniorum ferax, peradoxzum hoc cum altis mullis ridebit, quod lamen posteritas lubens amplexabitur. ( De lithiasi, chap. 1x. ) « Dans mon siècle, fécond en esprits pervers, Ceci sera regardé comme un paradoxe dont beaucoup se moqueront; mais la postérité s’en saisira avec empressement. »

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