‹ Lettres de Gui PatinChapitre 13 sur 56 · XIV ‘ NOTICE EUR GUI PATIN · texte numérisé non relu

XIV ‘ NOTICE EUR GUI PATIN

ladies? En ce qui concerne la pratique elle-même, notre illustre professeur était parfaitement conséquent à ses . principes, n’estimant au fond des théories que ce qu'elles pouvaisnt avoir de réalisable, et des principes généraux que ce qu'ils ont d’immédiatement applicable. L'admijrable simplicité de sa thérapeutique se décèle en tout, et il a raison de s'écrier : 4d bene medendum , quam pauca, sed selecta et probata remedia l or il agissait d'après cet axiome, Il y à dans la plupart des maladies un travail phiegmasique de réaction ou un travail phlegmasique éliminateur, selon la’ doctrine des humoristes : Gui Patin fut singulièrement frappé de ce phénomène, et il ne vit que l'indication da le contenir, de le modérer, ce que nous faisons encore. Dès lors, la saignée et les purgatifs furent les bases de sa matière médicale; la saignée surtout, c'est là son indication première, sa ressource principale, le paint de départ de ses prescriptions. Îl saigne partout, il saigne sans cesse, et peu s'en faut qu'il ne regarde ce puissant moyen comme le re- . présentant de la médecine entière. Prodiguer les saignées eat à ses yeux la thérapeutique par excellence, la seule même sur laquelle on puisse compter. Les enfants, les vieillards, même caduques, les individus assez chétifs, ne sont guère plus épargnés que les autres. Si on ne ‘ saigne pas, on meurt suffoqué de pléthore , on meurt rôti, selon son expression ; dans certains cas, ce n’est pas du sang qui sort, c’est de la boue. De là ses déclamations contre les hémaphobes, contre les donneurs d’antimoine, contre les chimistes, contre les apothicaires, ces empoisonneurs titrés, ces cuisiniers d'Arabie. Il ne

NOTICE SUR GUI PATIN. xY

connaît que la saignée, et, dans une sorte de transport extatique, il cite ce vers de notre vieux poëte Joachim Dubellay : |

O bonne ! à saincte! à divine saignée !

Quant aux purgatifs, il en fait grand cas; mais il n’a recours qu'aux plus simples, comme le sirop de roses pâles , les préparations de casse, de manne, de rhu. barbe ; et le Médecin charitable, ouvrage auquel il mit la main pour l'honneur de l’art et la ruine des apothi. caires, en est la preuve la plus évidente, On sait son antipathie, sa haine contre l’antimoine, contre ceux qui s'en servaient, et le martyrologe qu'il en a fait. Tout médicament un peu composé lui était suspect, et il y comprenait les eaux minérales, dont il se moque souvent, Mais, comme il arrive toujours, il outrepassa certaines bornes, il devint partial et injuste. Ainsi il repousse l'emploi de l’opium et celui du quinquina, qui commen. cait à se répandre, mais dont on ignorait le véritable mode d'administration, Le mithridate, le cardimelech de Doleus, et une foule d’autres compositions bizarres, compliquées, ne furent pas mieux traités; il les dédaigne avec cette raison passionnée, forte, spirituelle, rail, leuse, dont il a donné tant de preuves, Or, ses opinions eurent beaucoup d'influence eur les médecins de son temps! il était diffieile de résister à la science, à l’auto= rité comme aux sarcasmes de cette espèce d’Archiloqua de la profession, Du reste, la médecine polipharmaque dont il fut l'adversaire avait de graves inconvénients, et 1l est douteux que ces longues formules, qu’Apollon

Page 1