NOTICE SUR GUI PATIN. XVH
ses contemporains lui reconnaissaient. Langues, his-
toire, poésie, critique, philosophie, il ne fut étranger à : rien : s’il ne parle pas des beaux-arts, c’est que de son
temps ils étaient singulièrement oubliés en France.
L’érudition, ayant encore son brillant reflet du moyen- ‘
âge, était surtout en honneur dans certaines classes de la société, et Gui Patin y avait acquis une réputation méritée : aussi avec quelle hauteur de dédain parle-t-il de ces ignorants, nequidem musas è limine salutaverunt ! comme il les flagelle de son mépris, comme il les accable de ses moqueries ! Il est vrai qu’à cette époque les
médecins étaient nourris de fortes études littéraires,
plusieurs même enseignaient Je grec et la philosophie dans certaines universités. Gui Patin attachait donc avec raison un prix inestimable à ce qu’on appelait si heureusement faire ses humanités. Un des grands motifs de répulsion qu’il avait, ainsi que tout médecin de la Faculté, contre les chirurgiens, c’est qu’en général ceux-ci manquaient d'éducation libérale ; dès lors on affectait de les considérer comme la plèbe illettrée, de les placer sur la même ligne que la confrérie des barbitonsores. Gui Patin, lui, ne connaissait que ses malades et ses livres ; les premiers pour son devoir, les seconds pour ses plaisirs, et sa bibliothèque était aussi remarquable par le nombre que par le choix des ouvrages qui lacomposaient. C'est avec cettepleinesatisfaction de tout érudit bibliomane qu'il se vante des dix mille volumes si bien rangés dans son éfude (4), faisant tout à la fois sa gloire
(4) À l'époque de Gui Patin. les médecins se servaient encore de b
vu NUTICE SÛR GUI PATIN.
et son bonheur. Du teste, son style <ans pédanterie, sans sécheresse; prouvait la bonne directiori de son éducation littéraire ;: on admire toujours cet esprit incisif; ces vives étincelles sotties touf-k-coup puissarifes et Inmineuses des profondeurs de la science. Ceperñidant, malgré son ardeur à conhaître, à rassembler toute espèce de livres, on voit dans ses Lettres que Gui Patit donne toujours la préférence à ceux de l'antiquité; il les be garde comme ses modèles, ses favoris: Les ahciens, toujours les anciens , tels sont les éternels objels de son enthousiasme et de son admiration. L'Histoire naturelle de Pline lui semble ame incomparable metveille ; c'est ; dit-il, une grande mer d’érudition où il fait toujoers bon péeher: Ailleurs il écrit que ce thème Pline et Aristote eomipbsent une bibliothèque ettière, et qu'avec Piutdrquie et Sénèque toute la famille des bons ltères y sera, père, mere, afrié et cadet:
Si l’on considère néanmoins la vie singalièrerment active et laborieuse de Gui Patin, la mültitade de ses ecetipations journalières ; l'étendue de ses eorrespondances ; be comprend diflictlement coïhment il parvint à trouver assez de loisirs pour se livrèr à l’éfude: C'était pourtant les seuis instants où 1} s'estimait heureux , car il cherchäit moins dahs les livres la glorioke et le relief de savant, que les jomrssanees intelleetüolles et ke boïhetbr de se mettre en ebmirumication avec les plus grands géhies de lrumanité. C'eet à ce
ce mot, auquel on a mal à propos substitué celui de cabinet: les avocats et les noteres, mretr avisés , of cowserté te premier.
notice su cut Pa. xfŸ qui expliqtié tomiihent 1l 4 pt, malgré sès oceupätioris si diverses, si multipliées, recueillir et conserver cette Ifmensité de notions sur une infinité de sujets qu'on trouve dans ses écrits, sans rien perdre de cette liberté d’entendement qui les juge, qui les brdonne et les cotisidère sous les aspects les plus variés. Ceperidant Gui Patin, tet hommire de constience délicate, $e teptoche parfois ces nobles délassemients ; il a beau dite «qu'avec ses Hvres; il est plus heureux qu'un avare avet $es richesseé, » oh sent les reproches qu'il se fait dahs son fot intétiebr ; voloritièrs il avoueraïit avec ses bons amis Simori Piètre, Gadssendi et d’autres, qu’il faisait la débaitche en lisatit Cicéron, Virgile où Pfutarque.
Ces précieux loisirs étaient d'autant plu rares pour cet lustre savant, qu'indépendamiment des frävaux dé st profeæion, connne pratitien, comine professeur ot doyen, il prit à cœur les intérêts alors très complitqué# de bn pays. Où sait quels troubles agitèrent Paris et la France pendant la minorité de Louis XIŸ et la régence dé sa ière, Anne d'Autriche. C’est alors que Î# Fronde eut lieù, que dès princes, beaucoup de grands. seigneurs et surtout le paflemerit se liguèrent contre ÎE . prétrier ministre, le cardinäf de Mazatin. Gui Patiri, d'un esptit fier, irrifable, médecin et anmi dé plüsièurs hragis: trats, péû soutiéuit d’ailleurs d’êfre courtisai, se ranged pärrbi les frondeurs, et il prit ce pattiavet F ardéut, l'erh: portemeftt dont il était capable; il etit fait pour Ie sbülenik des aetiohs dignes de l’anciefme Rome. Aüssi, avét totité Pactivité d’une lête picarde exaltée, déclare-{-it réolumènt « que si on vient l’attaquer dähs $a Maison,