XX NOTICE SUR GUI PATIN
il se défendra , quoi qu'il arrive. » Du reste, ces violences de parti pris, ces bravades politico-burlesques s'étaient emparées de toutes les classes, depuis le prince de Condé, le cardinal de Retz, le duc de Beaufort, jusqu’au dernier courtaud de boutique. Les luttes | politiques, on le sait, étonnent et brisent les âmes faibles, ‘elles fortifient au contraire les esprits vigoureux. C’est là ce qui arrive à un caractère aussi bien trempé que celui de Gui Patin : il est à la hauteur de tous les événements, ilen saisit les causes, il en prévoit les effets avecsagacité ; il se calme, il espère, il s’indigne, mais ne s'étonne pas. Placé dans cette bourgeoisie qui acceptait tout du parlement contre Mazarin, ileut pour cet étranger de malheur, cet Italien astucieux, ce pantalon sans foi, ce comédien à rouge bonnet, cet escroc titré, la haine la plus énergique, la plus vivace, la plus enfiellée. C'est une verve de malédiction, ‘une énergie d'insultes, une abondance de sarcasmes, une éruption de quolibets injurieux perpé. tuelles ; il n’est pas de railleries, pas de détails honteux, pas d'aventures scandaleusesqu'il ne dirige ou ne raconte contre l'ennemi commun ; il le flagelle sans cesse et parfoissans motif; il a contre lui de ces colères de pensée qui partent d’une rancune acharnée, s’excitent de tout événement, s’alimentent des moindres agitations de la fortune politique. Certes, si sa puissance eût égalé son ressentiment, son éminence le cardinal ministre eût été exposé à de rudes traitements. On a dit que le motif réel d’une pareille haine était qu’un parti de troupes royales avait dévasté la maison de campagne que Gui Patin possédait à Cormeilles. Cela peut être; mais quand on l’a lu,