I NOTICE SUR GUI PATIN
troubles étaient au plus haut degré de violence, que le cri général] était: Point de Mazarin, en 16h48, cet habile homme d'État assurait l’Alsace à la France par le traité de Munster. On sait que, onze ans plus tard, en 1659, dans une célèhre négociation, il fonda l’union de la France et de J’Espagne par le mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse. Quoi qu’il en soit, l’hgmme restait au fond le même ; on vayait toujours 8n lui le mi- ” pistre rusé, cupide, le finançier tortionnaire, le uilgin cœur, comme fit le cardinal de Retz, écragant d'impôts un peuple déjà ruiné par les dénrédations de san agent italien, l'infâme Particelll Emery, par les guerres précédentes et la rapacité des grands. Or, malgré ses grandes qualités de négociateur, Gui Patin, comme tant d’autres, se souciait fort peu de ces mystérieux penetralia de |a politique, dont les résultats d'ailleurs n'étaient ni connus ni évidents: ainsi les reproches dont il l’accable ne semhlent que l'expression passionnée d’une vive et juste indignation.
Cette énergique indépendance de caractère se remarque également dans la manière de parler de Gui Patin sous le rapport philosophique. D'une nature vive et emporlée, jamais il ne s’écarte des principes de la plus stricte morale ; il est homme de bien dans toute la magnificence du mot; la bassesse l’indigne, une mauyaise action provoque sa verve et sa colère ; il repousse de toutes ses forces la fausseté, l'injustice, le men- : songe ef l'hypocrisie. Quoiqu'il aimât à gagner de l’argent par sa profession, on ne vaitrien en lui de l’horame avide de s'enrichir par toutes voies et moyens ; il se
NOTICE SUR GUI PAT. xx vante même d’être complétement guéri de la phylargyrie, il semblait même qu'il trouvât la fortune une divinité trop méprisable pour s’irriter contre elle. Du reste, il a son franc parier sur la philosophie, dont il s'ogcupe peu en général, se moquant de tout charlatanisme de phraséologie métaphysique. I] n’est sectaire où adversaire prononcé d'aucun système ; on ne peul voir en lui qu’un philosophe pratique, se laissant aller au cours des choses sans manifester le chagrin d'exister un moment pour cesser d'être une éternité. Ce n’est point de l'indifférence, mais, à l'exemple de Gabriel Naudé son confrère et son ami, il appliquait à ces objets cet axiome de jurisprudence : ]dem judicium, de tis quæ non sunt, vel quæ non apparent Loin de se perdre dans les brumes idéales et théosophiques de la philosophie cartésienne, qui venait de faire explosion et d’agiter les esprits, il nomme à peine trois ou quatre fois Descartes, et jamais l'ami de celui-ci, le minime et très minime père Mersenne, comme l'a dit si injustement Voltaire (1). Beut-être qu’étant lié avec Gassendi, il évitait de se prononser; peut-être encore qu’étant lui-même exposé aux attaques des partisans de l’antimoine, craignait-il de nouveaux ennemis, et de provoquer ou leurs critiques ou leurs fureurs. Quant à ses devoirs en général, il eut à cet égard une fermeté, une intégrité de conscience qui
(4) Le père Mersenne fut, au contraire, un frère mininie aussi: profond que spirituel ; il était lié depuis longtempe avec Descartes, ayant $#tudié ensemble ay collége de La Flèche. Jl avait surtout, dit-on , une rare habileté pour se servir des idées des autres; c est ce qui l'avait fait appeler le bon larron par Lamoite-le-Vayer.
XXAIV | YO'ICE SUR OUI FPATIN.
ne furent jamais mis en doute. Toujours il s'appuie sur la morale née dans nos cœurs, épurée par le christianisme, bien qu'on sente en lui la tutelle classique de la philosophie ancienne en plus d’un endroit de ses lettres. Parfois le fatalisme semble obtenir ses prédilections ; il écrit à Spon : « Que voulez-vous! chacun a son vercoquin dans la tête et son bonheur fatal. » Ailleurs son opinion est que sur une infinité de questions, l'homme n’en sait guère plus en sortant de la vie qu'en y entrant; dès lors à quoi bon s'inquiéter sans cesse ? Est-il frappé de l'inégalité des conditions parmi les hommes, il s'écrie : Sortes mittuntur in urna, sed temperantur a Domino. Ne dirait-on pas la doctrine de la gräce efficace selon les jansénistes ? Sans se perdre dans les nuages d’un platonisme symbolique, ni &e livrer à l’éternelle inquiétude de la raison humaine, il ne croit pas que les temps aient amené de profondes modifications dans les mœurs et que les hommes diffèrent beaucoup. On a toujours menti, toujours trompé, hic et alibi venditur piper , homines sumus ; vérité si énergiquement énoncée depuis par M. de Lamartine :
« Le siècle en a menti, l'homme n’a pas changé. »
Enfin Gui Patin est-il surpris, confondu de la marche des événements, de la prospérité apparente des méchants, de l’infortune des gens de bien, il se résigne et dit: Je perds pied dans les abîmes de la Providence. Qui reconnaîtrait à ces paroles l’homme de parti fougueux, le hardi pamphlétaire, dont la sagacité mordante et sa-