‹ Lettres de Gui PatinChapitre 20 sur 56 · XXVI NOTICE SUR GUI PATIN · texte numérisé non relu

XXVI NOTICE SUR GUI PATIN

prime avec cette plénitude de force et de sens qui séduit ou captive la raison. Sans l’excuser, on trouve donc ici la cause de ces attaques tantôt graves, tantôt railleuses, souvent acerbes, contre quelques principes religieux. Il est certain que le germe de ce scepticisme se trouve dans Montaigne et dans Charron : il se continue dans Gui Patin, grandit par la redoutable dialectique de Bayle et atteint son apogée sous la plume des encyclopédistes du xvin° siècle; alors on lit « que la foi ne trouve pas son comple avec la bonne foi » (Voltaire): voilà le côté religieux. « La France ressemble à une vipère, tout en est bon, hors la tête » (D'Alembert, 1765) : voilà le côté politique. Et toujours ainsi progressivement, jusqu’à ce que le torrent niveleur de la révolution ait renversé toutes les anciennes institutions. Gui Patin s'élève contre certains abus, contre les priviléges sacerdotaux ; il repousse l’ultramontanisme bien avant qu’on l'ait défini; ilen signale les entreprises, les usurpations: sans distinguer les temps, les époques, il n’épargne pas les moines, et il les peint avec des couleurs très peu flatteuses. En vrai protestant déguisé, la cour de Rome, ses mœurs, ses intrigues, la corruption de quelques membres du haut clergé, sont aussi l'objet de ses attaques. Comment croire qu'il y eût un homme honnête et vertueux dans un pays qui ayait couvert de la pourpre ce Jules de Mazarin. saltimbanque à robe écarlate ? Tantôt il dit que son père expliquait les quatres lettres S. P. Q.R., par stultus populus, quærit Romam ; tantôt il tourne en raillerie les fanfreluches romaines et papimanesques où le Jupiter capitolin. W donne cette

| NOTICE SUR GUL PATIN. XxYH définition du cardina], animal rubrum, capax et voraz ; peafin, ilse garde bien d'oublier la sanglante épigramme affichée à la statue de Pasquin contre dona Olympia, helle-sœur du pape Innocent X, qui vendait toutes les £harges avec une impardonnable efronterie :

Olympia. alim pia, nunc harpr.

Remarquons que Gui Patin n'était dans ce cas que J'écho de ce qui 6e disait en France, en Italie, dans toute l’Europe. Seulement il le fait ressortir avec cette vivacité satirique, raisonnée, fille du bon sens gaulois, qui lui était particulière ; il sait graver d’un burin acéré les événements et les hommes, cg qu'il voit, ce qu’il apprend, ce qu'il sent: en général, il ne fait pas aimer son siècle.

[} est surtout up corps qu’il n'épargne guère, on peut le croire ; c'est celui. des jésuites. Puissants, audacieux, entreprenants, ils avaient déjà beaucoup d’ennemis, et peut-être n'ont-jls rien auhljé dans la suite payr en augmenter le nombre. Aussi l’agmen nigrum loyahiticum, Selon l'expression de Gui Patin, excite-t-il sa hile et sa yerye à chaque instant. Mais il épargne les jansénistes et vante beaucoup les Petites lettres (les Provincialgs), n’en connaissant pas l'auteur, dont il était Join d'apprécier Je génie.

En définitive, Gui Patin attaquait plutôt la farme que le fand. D'une franchise touchant à l'imprudence, il ne yait pas assez qu'on peut tirer de ses assertions des conséquences fort loin de ge pensée, précisement ce qui est

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