XXXIV NOTICE SUR GUIL PATIN
tention publique. On les lut avec le plus vif intérêt dans toute l’Europe. Le succès même de cette publication fut tellement complet, qu'aussitôt qu'on en annonsait de nouvelles, les libraires se hâtaient de les faire imprimer. On vit pour des lettres écrites réellement, traitant d'objets graves, ce qui eut lieu depuis pour l’agréable fiction des Lettres persanes.
Lorsqu'on a lu celles de Gui Patin, on cesse d’être étonné de leur immense succès ; il est, en effet, peu de lecture aussi attachante et aussi instructive. Quand un livre a recu l'empreinte profonde des passions de l'époque où il a été concu, il offre toujours un intérêt puissant qui le fait vivre; bien plus encore quand le style ou la forme met parfaitement en relief les pensées de l’auteur. Or, les Lettres dont il s’agit réunissent au plus haut degré ces deux avantages; tout y est présenté sous les aspects les plus divers, tantôt graves et sérieux, tantôt plaisants et légers. C’est une dialectique vigoureuse, mêlée de réflexions profondes et de traits d’une mâle éloquence ; c'est l'expression la plus vive de l’esprit de parti, c’est l'éclat de la passion bonne ou mauvaise, c’est la moquerie incarnée , le bon sens le plus net, le cri de l'indignation, le rire amer du mépris, le trait acéré du sarcasme dans ce qu'il a de plus pénétrant. Dès le commencement on s'aperçoit que tout coule de source et d’abondance; rien de cherché, rien d’apprèté, rien qui sente l'effort; point d'oripeaux à effet et brillantés. Gui Patin est toujours original, toujours naturel, et de ce naturel que donne la raison appliquée à la recherche de la vérité, Dédaiguant d’être habile, fort