XXXVHI NOTICE SUR GUI PATIN
liste instruit, varié, enjoué, subtil raisonneur ; on sent partout l'abandon, l'essor facile du cœur et de la tête ; rien n'annonce le pénible labeur de la pensée, Le style de Gui Patin est plus vif, plus énergique, mais moins correct et moins fin que celui de Voltaire ; d’ailleurs les grands ouvrages, l’honneur de la langue francaise, n'avaient pas encore paru. Selon le goût du temps, à l'exemple de Montaigne, de Charron, de Pasquier, etc., les lettres de Gui Patin sont coupées de citations latines; mais ces phrases d’un autre idiome, loin de rendre le style moins vif, lui donnent au contraire le nerf et le piquant de la variété, comme une sa. veur des écrivains du xvi° siècle.
Avouons-le cependant, on a reproché de tout temps à Gui Patin son ironie, sa médisance, une sorte d'acrimonie injurieuse ; son nom même n'est guère prononcé qu’avec l’épithète de satirique. 11 est certain qu’on ne doit pas chercher en lui le critique austère, impartial, qui discute sans colère, blâme sans passion, admire sans entrainement. Souvent emporté par l’indignation, il manque de cette retenue qui rend la plaisanterie agréable sans qu’elle soit blessante ou odieuse. Mais, qu'on le remarque, Gui Patin est l'écho des animosités et des rancunes contemporaines, il en est pour ainsi dire pénétré, saturé ; de là ses vives sorties, ses boüillonnantes impatiences, ses raptus de bile contre le Mazarin, contre les grands, contre les financiers, les maltôtiers, les politiques, enfin contre ceux qui à l'exemple du comte de Brion, dit le cardinal de Retz, font un salmigondis perpétuel de dévotion et de péchés. Mettant sa profession au-dessus de tout, il