NOTICE SUR GUI PATIN. XXXIX
pousse cet attachement jusqu'à l’égoïsme , à l'injustice, contre les chirurgiens, les apothicaires; toute critique, dans son style vert et âpre, ressemble beaucoup à une polémique de dénigrement et de colère. On doit voir ici l’effet d’un caractère sensible, ardent, emporté, et il était très aisé de faire déborder le vase de sa mansuétude. Le malheur est qu’il avait cette profonde connaissance des hommes qui touche de si près au mépris qu'on en fait. Assez roide et fier, il savait reconnaître et honorer ce qui tient à l’hiérarchie sociale, témoin l'attachement respectueux qu'il eut toujours pour certains hommes haut placés, notamment pour le président de Lamoignon: or, il n’était pas homme à confondre la déférence avec le servilisme ; bien avant le poëte Burns, il pensait que le rang d'un homme n'est que l'empreinte d’une monnaie, l'homme lui-même en est le métal.
Mais, comme nous l’avons fait remarquer de ses principes religieux, quand on blâme Gui Patin de sa médisance, de sa causticité, concoit-on bien l’état de la s0ciété de son temps et les passions qui l’agitèrent? Consultez les historiens qui en ont fait le tableau, et vous verrez que dans cette société les choses étaient pleines de violences et de vices, les hommes remplis d'injustice et de corruption. Qu'on se garde d'oublier qu'alors les nobles et les gens titrés se considéraient réellement comme une espèce à part, pétrie d’un limon supérieur ; la bourgeoisie la plus riche n’entrait pas dans l'exception, elle maintenant la nation souveraine ; un effroyable arbitraire écrasait les citoyens; ou la servitude ou Îa révolte, telle était l’alternative des gens un