‹ Lettres de Gui PatinChapitre 32 sur 56 · XLIV NOTICE SUR GUI PATIN · texte numérisé non relu

XLIV NOTICE SUR GUI PATIN

un véritable poison, et que l’employer c'était méconnaître ce qu’on doit à l’humanité et à l’art. Les médecins de la cour fürent également en butte à la virulence de ses attaques ; il les nomme sans plus de facon, aulici medicastri, et aliinebulones. Mais il faut savoir qu'à cette époque, les charges de médecins de la cour étant vénales, se vendaient au plus offrant; il ne s'agissait que d’avoir de l'argent pour acquérir le privilége de soi-

ner la santé du roi de France et de sa famille: or, voilà ce que ne pouvait comprendre ni accepter l'illustre docteur (4). Les succès d’intrigues ct d’habileté stratégique si communs dans sa profession, lui étaient particulièrement odieux, d'autant plus qu'il méprisait également dans un médecin le ton doucereux, la courtoisie pateline, qu’il assimilait à la servile souplesse d'une garde-malade. Souvent il s'indigne contre les frelons scientifiques toujours prêts à s'emparer du butin de la ruche, ou contre la foule des médiocrités aspirantes se groupant autour des médiocrités parvenues. Alors il lance des traits passablement vifs, toutefois sans trop d'exagération, et surtout sans intention visiblement calomniatrice, mème sous le secret de l'amitié et d’une correspondance intime. S'il est parcus laudator, pour me servir de son mot, au moins l’est-il aussi de cet encens que l'intérêt prodigue à la puissance. Son crayon dessine, il est vrai, ses adversaires avec une vivacité satirique ; mais ce crayon ne finit jamais, quoi qu'on en ait dit, par

(4) « Le roi en faisant la maison de M. le duc de Berry, donna à M. Fagon la charge de premier médecin de ce prince, pour la vendre à qui il voudrait. » (Fontenelle, Éloge de Fagon.)

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