NOTICE SUR GUI PATIN. XLY
s'affiler en stylet; vérification faite, l’histoire a presque toujours confirmé ses jugements.
On comprend facilement qu’on ne doit pas chercher dans Gui Patin cette philosophie douce qui provient d'une sensibilité exercée aux épreuves comme aux joies du cœur, aucune de ces effusions oratoires qui s’adressent à l'âme et veulent persuader par l'émotion. Ce n'est ni dans son caractère ni dans ses habitudes; mais aussi quel fonds de philosophie élevée et de mâle probité ! quelle force, quelle vigueur d'esprit ! Ce qui frappe surtout en lui, c’est une exquise netteté de jugement, une pénétrante sagacité qui va droit au fond des choses, qui dans une affaire importante en signale d’un trait rapide le point précis et essentiel : or, le même esprit a inspiré ses lettres et sa conduite. Si sa passion l'emporte, c’est toujours pour ce qu'il croit être les intérèts de l’état ou l'honneur de sa corporation, et néanmoins il était bienveillant, généreux, dévoué ; il avait une bonté qui ne venait chercher qui que ce fût, mais qu'on trouvait dans l’occasion. Sa reconnaissance pour Simon Piètre, son maître, pour son protecteur Riolan, malgré le caractère difficile et pichrocole, selon son expression, de ce médecin, sa constante amitié pour Gassendi, pour Gabriel Naudé, ses regrets sur ce dernier, dixneuf ans même après lavoir perdu, prouvent que son cœur n’était nullement insensible. Puis quels souvenirs touchants et respectueux pour la mémoire de son père et de sa mère, quelle tendresse pour ses enfants, pour sa famille, pour ceux avec qui il a passé sa licence ou qui lui ont rendu de légers services, bien qu'il nous