‹ Lettres de Gui PatinChapitre 34 sur 56 · XLVI NOTICE SUR GUI PATIN · texte numérisé non relu

XLVI NOTICE SUR GUI PATIN

manque quelques détails biographiques ! Malgré sa vivacité sarcastique, à travers l'écrivain passionné on sent partout la bonne tête, le bon cœur, l'esprit solide, lumineux, ce sens droit et juste, l'œil d’une raison exercée. Plus il avance en àge, plus on s’apercoit que ses sentiments s’épurent et s'élèvent. Il est certain que si, dans sa vieillesse, il eût, comme Voltaire, joué dans la comédie le rôle de vieu.o bonhomme de père, peut-être ne l’eût-il pas aussi bien rendu ; mais il l’était en réalité, et il le prouve dans mille occasions. | En raison de la franchise de ses aveux, Gui Patin n'avait donc rien de ces natures moyennes et tempérées qui font le bien, qui font le mal avec le même laisser-aller. C'est un de ces caractères complets, tranchés, fortement en saillie, de plus en plus rares par les progrès de la civilisation. Sans orgueil comme sans une hypocrite modestie, il se met à sa place, dédaignant du reste ces petites passions qui gaspillent et épuisent peu à peu les forces de la vie. Üne imagination vive, une volonté forte, énergique, s’exercant toujours sur des objets graves, sont les traits distinctifs de son esprit; telle fut l'origine de cette abondance de savoir, de ces heureux jets de saillies et de raison. même de ce rire d'un méprisant et hautain sardonisme, le cachet particulier de son intelligence et de son mérite. Il faut ajouter que, malgré sa fougue, il conserva toujours une âme loyale et qu'il mit en pratique le sentiment des devoirs d'un homme d'honneur et d’un bon citoyen; lui aussi était de ceux qui complètent la dignité du talent par la dignité de leur vie.

“"NUTICE SUR GUI PATIN. XLVII Autant qu’on peut en juger par ce qu'en disent les contemporains et par les portraits que nous avons, la figure de Gui Patin exprimait parfaitement ce qu'il était. Le feu de l'intelligence se reflétait sur sa physionomie expressive et mobile. Dans le portrait moral qu’en à fait Vigneul-Marville (dom Bonaventure d’Argone), et qui se trouve au commencement de la plupart des éditions de ses Lettres, on dit qu’il avait quelque chose des traits de Cicéron dans la figure, Rien de plus faux que cette assertion, du moins si l’on en juge par le portrait que possède la Faculté de médecine de Paris, et donné par un des descendants de l'illustre doyen (4). Ge portrait indique la force morale, l'énergie, la droiture, quelque chose d’austère jusqu'à la rudesse, en même temps de fier, d’ironique et de narquois. La largeur du front, ce signe des prédestinés aux grandes choses, l’étincelante malice de son œil, le pli méprisant de sa lèvre, jusqu’à la pose, jusqu'au mouvement de la tête, font voir l’homme incapable de s’abaisser devant quiconque serait indigne de son hommage. Ün auteur contemporain a écrit qu’il avait dans la physionomie quelque chose du renard, cela est possible, et de plus l'air méchant, le regard vipérin; j'ignore sur quoi se fonde cette dernière assertion que rien n’appuic. On s’aecorde à lui donner une figure spirituelle ct caractéristique, bien loin de ce galbe insignifiant et moutonnier

qu'on retrouve dans quelques uns de ses portraits. Au reste, l'expression de la physionomie, on le sait,

(1) Portrait placé en tête de cette édition, et que nous devons à l'obligeance de M. Orfila, doyen de la Faculté de médecine.

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