LIV NOTICE SUR GU! PATIN
Salins puîné, médecin à Beaune. La plupart de ces dernières n'ont pas été imprimées, et méritent peu de l'être: car il faut ne pas oublier que Gui Palin, correspondent avec beaucoup de personnes, parlait des mêmes objets et se répétait assez souvent, Il écrivait, dit-on, quelquefois la même lettre pendant huit jours, et il y mettait plusieurs dates. On a supprimé ces dates pour n’en laisser qu'une. Cette assertion ne nous paraît pas confirmée. Quelques unes de ces lettres sont d’une autre main que celle de Gui Patin, mais signées de lui; il est probable qu'elles sont de l'écriture de son cher Carolus. Il est à remarquer que ces deux volumes de lettres manuscrites n’en contiennent aucune de celles qu'il écrivit à André Falconet, et que nous croyons perdues. |
En voyant les Lettres autographes de Gui Patin, on est vraiment frappé de la netteté des caractères, de Ja noirceur de l’encre après deux cents ans d'existence ; beaucoup sont écrites d’un seul trait , et il n'y a presque pas de ratures. Cependant la lecture en est très difficile, parce que la forme des caractères est bizarre, un peu gothique, les lignes, les mots très serrés et qu'il y a beaucoup d’abréviations ; mais sa signature cest aussi belle, aussi distincte, aussi lisible que s’il venait de l’apposer dans l’instant même. Les suscriptions des lettres sont également en gros caractères et facilés à lire : À Monsieur Belin, docteur en médecine, rue des Filles Pénitentes, à Troyes en Champagne. À Monsieur Spon, docteur en médecinc, rue de la Poulaillerie, joignant l'Hôtel-de- Ville, à Lyon.
Bayle (lettre à Minutoli, octobre 1691) parle de tables
NOTICE SÛR GUI PATIN, LV et de notes qu’on devait faire pour les lettres de Gui Patin. On assure qu'il y a de ces tables manuscrites entre les mains d’un homme de lettres de notre époque ; mais jusqu’à présent rien n'a été publié, non plus que ” des lettres transcrites, disait-on, de la main même de Gui Patin, dans un petit registre qu'avait en sa possession le professeur B. Peyrilhe, mort à Perpignan en 1804. Enfin , comme les célèbres Leltres sont multipliées, et qu’on a pensé que toutes ne présentent pas le même degré d'intérêt, on à fait l'Esprit de Gui Palin, petit volume in-42, publié à Amsterdam en 1709. Il y a encore le Patiniana, Paris, 1701, in-12, joint avec le Naudéana, réimprimé par les soins de Bayle, à Amsterdam. Rien de plus pauvre, de plus sec, de moins propre à donner une idée de l’esprit et du caractère de Gui Patin que ces maigres extraits. Autant vaudrait juger du tableau d’un grand maître par quelques lambeaux réunis tant bien que mal dans un cadre d’une très petite dimension.
LETTRE PREMIÈRE. — 4 Y. Belin D. M.T. (1).
J'ai bien peur que vous ne trouviez étrange qu’un homme à vous inconnu tel que jesuis, poussé d’une seule curiosité , ose bien vous adresser ce petit mot de supplication. C'est, monsieur, que depuis six ou sept ans je me suis mis à rechercher curieusement des antiquités de notre trésor de médecine de Paris, et après en être venu à bout , un autre désir m'est venu, savoir, de ramasser toutes les thèses qui ont été soutenues dans nos dites écoles, desquelles j'en ai fait un nombre de plus de cinq cents, principalement de toutes celles qui depuis vingt ans en çà y ont été disputées; mais d'autant que je n'en trouve pas si aisément de celles de votre temps, comme nous étant plus éloigné, je vous prie, monsieur, fort affectionnément, de me faire cette faveur, que de m'en donner quelques uues de reste si vous en avez encore, soit des vôtres, soit des autres compagnons de votre cours, soit de quelque cours au-dessus ou au-dessous du vôtre. M. le Vignon, qui m'a
(4) Les lettres suivantes ont été adressées à Belin père et fils, médecins à Troyes ; on ne connait aucuu détail sur eux. Nous devons remarquer que les premières de ces lettres, écrites, Gui Palin étant encore jeune , quoique savantes ct spirituelles, n'ont pas l'éclat ct la verve de celles qu’il écrivit plus tard, dans la force de l'âge ct la maturité du jugement. 11 y a parfois une extrême différence, tant il est vrai que notre caractère est le bloc de marbre que les circonstances , la fortune, les événements viennent ensuite sculpter pour lui donner Paction, la furme et le relief (R. P.)
donné charge de vous baiser les mains, qui vous a été compagnon de licence , m'a donné espérance de pouvoir impétrer cela de voas. J'en ai nombre d'anciennes, mais je n'en ai aucune de votre cours, qui fat en 1593 et 1594 ; même ledit M. le Vignon n’en a aucune. Je vous les demande à tel prix qu'il vous plaira, et m'offre de vous en faire satisfaction à votre plaisir, soit en argent, soit en livres ou en toute telle autre chose qu’il vous semblera bon de choisir. Si vous me daignez faire cette faveur, vous aiderez beaucoup à contenter La curiosité de l'esprit d'un jeune médecin de Paris, qui en récompense vous servira en toute oeeasion où il vous plaira l'employer, et qui sera loujours, monsieur, votre très humble et aflectionné serviteur Gui Patin, natif de Beauvais (1), docteur en médecine à Paris.
De votre maison de Paris, ce 20 avril 1030.
Si vous désirez, monsieur, de m'en envoyer quelques unes, vous le pouvez faire par le messager de votre ville, et adresser le petit paquet en la rue des Lavandières, près Sainte-Opportune, à Paris, chez votre serviteur bien humble, Patin.
LETTRE N. — Au méme.
J'ai reçu le vôtre datée du 27 avril, qui m'a tent donné de contentement el de réjouissance que j'aurois bisn de ls peine de vous l'exprimer. Je vous remercie de ls peine que vous avez prise de me récrire, et mé donner votre bon avis touchant les thèses que vous avez entre vos mains; je ne suis pas marri que veuillez bien les garder, comme étant pièces rares et bonnes ; ains au contraire je vous en loue fort, et voudrois avoir le moyen de vous servir en récompense de l'office que vousdaignez bien me faire sans l'avoir mérité, qui est de m'en donner une copie, ce que je ne refuse pas de vous, monsieur, mais plutôt
(4) Pourquoi de Beauvais ? Ce n'était pas là son pays natal. Voir la Notice biographique , page ur. (R. P.)
le tiens-je à grande faveur et marque. d'une grande bienveillanee envers moi. Je vous en prie donc fort affectionnément , pourvu que cela ne vous donue aucune ineommodité, ni ne cause à vos affaires aucuneimportunité. Si vous aviez quelqu'un en cette ville entre les mains de qui voulussiez bien eonfier le dépôt et ledit paquet, je m'offrirois avant que de les toucher pour les transcrire moi-même , de donner si bonne assurance de les rendre dans ua brief temps, duquel nous arréterions ledit dépositaire et moi, que vous et lui j'en rendrois content. Mais de peur que vous ne eroyies que j'en demande trop, et qua je ne voulusse faire comme les Espagnols, auxquels après qu'on a prêté quelque chose, voudraient bien la retenir pour toujours et ne la jamais rendre ; combien que je m'’effre de mettre vingt pistoles contre ledit paquet, lesquelles je m'offre de perdre en cas que je ne le rende au temps préfix et arrêté; et à Dieu ne plaise que j'en voulusse fausser ma foi à un honnète homme qui s'offre de m’obliger en un tel cas ; je m'offre, monsieur, à vous en remercier et en être obligé tout le temps de ma vie, si vous daignez m'en faire participant d’une copie guacumque modo volueris istud feri. Si vous avez quelqu'un en eette ville à qui vous vouliez bien commettre ledit paquet, avee lequel j'accorderai du temps deles rendre, et duquel je le retirerai en l’assurant d'icelles d’une bonne sorte telle qu'il voudra, ou si vous voulez bien vous fier à moi-même par La main du mes sager, auquel j'en donnerai un récépissé, avec telle assurance que vous et lui désirerez; ou si ne voulez point que lesdites thèses sortent de Troyes, il n'y aura qu'à les faire tanserire par quelqu'un de qui l'écriture soit lisible et eorrecte , la poine duquel je paieraï à votre discrétion, combien j’aimerois mieux en avoir payé trois fois autant, et les avoir transcrites moimême. Néanmoins, monsieur, j'en passerai par où vous voudret, et de quelque façon que vous le vouliez bien, je m’en tiendrai fort obligé à vous, à quoi vous aviserezs’il vous plait. J'en ai vu de l’année 1551, qu'un nommé J'urlœus Bellovacus a souteaues sous feu M. Fernel. Vous n'avez que faire d'envoyer
celle-là si elle est du nombre des vôtres; de toutes les autres je n’en ai pas une. Si vous en désirez des miennes ou autres qui se soient faites depuis trente ans en çà, j'en ai plusdetrois cents différentes, lesquelles je garde pour en faire part à mes amis et desquelles je m'offre de vous donner : j'en ferai s’il vous plait votre volonté, à votre première commodité. Excusezmoi de tant de peine que je vous donne, ne m'épargnez point en récompense, si vous me jugez capable de vous servir : j'ai en cette ville deux choses desquelles je me puis vanter, de bons livres et de bons amis qui sont à votre service. Je vous baise bien humblement les mains, à M. votre père et à M. Dacier, et suis, monsieur, votre très humble et affectionné serviteur, G. Patin.
De Paris, ce 1° mai 1630.
LETTRE II, — Au méme.
Vous m'avez mis au-delà de la revanche par la courtoisie que j'ai reçue de vous par le moyen de votre dernière datée du 8 mai, et du paquet de thèses que vous m'avez envoyé. Je vous remercie donc du paquet des vingt-deux qu'il vous a plu m'envoyer, avec les deux de M. votre père, lesquelles je vous renvoie toutes. Il y en avoit deux sans date, auxquelles j'ai ajouté l'année, selon que j'ai reconnu devoir être , de nos statuts et mémoires de l'école, lesquels j'ai consultés. J'en ai tiré copie de quelques unes, et vous renvoie le tout, avec les trois miennes desquelles j'ai répondu par ci-devant, les deux de M. Guillemeau, qui eut le premier lieu de notre licence, et qui est aujourd'hui médecin ordinaire du roi; il n'en a fait, que deux en tout, et deux qui ont ici fait assez de bruit, l'une du congrès, et l’autre des qualités occultes, en laquelle j'ai disputé. J'ai toutes les thèses qui se sont soutenues à nos écoles depuis 1609, sans en excepter une; mais des neuf autres premières annéés de ce siècle, j'en ai fort peu : si vous
LETTRES DE GUI PATIN. "à
en avez, vous me ferez plaisir de m'en faire part, et en récompense je vous en donnerai quantité d'autres , que j'ai même deux ou trois fois. Je tiendrai à faveur ce qu'il vous plaira m'envoyer de Montpellier; j'en ai bien quelques unes, mais c'est en petit nombre. J'en cherche particulièrement de deux cours qui se sont faits depuis 1604 jusqu’à 1608, en notre école. Je vous envoie un petit livre qui est le Paranymphe de l'année 1628, qui fut fait à nos écoles par un jeune homme fort savant, nommé M. Naudé; j'espère que vous ne l'aurez pa désagréable, parce qu'il contient , outre les harangues encomiastiques des licentiandes, l'antiquité et dignité de notre
Faculté, vu que M. votre père et vous, y avez tenu lieu autre-
fois. Je voudrois avoir quelque chose de meilleur et qui approchât davantage de votre mérite, pour vous envoyer et vous témoigner que je suis un homme qui ai du ressentiment des bienfaits que je reçois des honnêtes gens commé vous (1). Je vous prie de présenter mes très humbles recommandations à M. votre père et M. Dacier, et vous de croire que je suis et serai à jamais, monsieur, votre très humble et affectionné ser viteur et ami, G.Patin.
De Paris, ce 14 mai 1630.
le vous envoie aussi la thèse en laquelle j'ai présidé pour la première fois, à un nommé M. Joudouin, qui docteur d'Aix en Provence il y a bien vingt ans, est maintenant docteur en cette ville. Elle est de ma façon, comme mes deux Quodlibetaires; mais ma Cardinale est de la facon de M. Guérin mon président.
LETTRE IV. — Au méme.
La présente sera pour vous remercier de votre bonne affection que vous me témoignez si pleinement et pour servir de
(4) On voit avec quel soin les médecins faisaient alors des collections \ de thèses ; c’est, en effet, le meilleur moyen de bien connaitre l'histoire ‘
scientifique de chaque école. (R. LP.)
réponse à vos dernières, à la première desquelles je n’ai qu’à vous dire que j'ai su de mademoiselle Chartier que pour le certain elle a reçu le paquet que vous lui avez envoyé. Je crois aussi que vous avez reçu le mien, comme je reconnois par votre seconde, avec les thèses que vous m’aviez envoyées, de quoi tout je vous remercie bien humblement. J'ai reçu votre dernière des mains d’un libraire de votre ville, avec six thèses de Montpellier, l’une desquelles j'ai retenue, qui est celle de Périer, comme vous m'avez mandé; je vous renvoie les cinq autres, et vous en remercie bien fort : j'en avois déjà quelques unes d'icelles. Pour les thèses de la Faculté de Paris, je vous dirai que j'ai toutes celles qui ont été faites depuis l'an 1610, inclusive, c'est-à-dire depuis vingt ans en çà, et qu'il ne m'en manque pas une d'elles: j’en ai quantité d’autres qui ont été soutenues les dix premières années de ce siècle, et aussi des dernières années du siècle passé ; tant il y a qu'outre le nombre de toutes celles depuis vingt ans, j'en ai bien encore six vingt imprimées, desquelles la plus ancienne a été soutenue sous feu M. J. Fernel , et les autres depuis l'an 1570, jusqu'à la fin du siècle. Je vous remercie de la peine que vous voulez prendre de vous enquérir de nos vieax docteurs, à M. votre père et M. Dacier, je n’en suis point en peine : M. Faideau est mort il y a trois ans, mais je n’ai que faire de ses registres : j'ai une copie des noms et surnoms de tous les licenciés et docteurs, selon qu'ils ont passé par ordre en notre école, depuis plus de trois centsans, avec tout ce qui s’est passé de mémorable dans notre Faculté. Je connois les vieux et les jeunes et sais beaucoup de choses de la plupart des défunts. En cas de nécessité, j'en ferois bien une petite histoire; je ne suis qu’en peine de retrouver de leurs vieilles thèses pour en achever un beau nombre, et puis j'aviserai après à ce que j'en dois faire, selon le dessein que j’en ai eu par ci-devant. Je vous remercie d'y avoir si amplement contribué de votre part, et vous prie en récompense de ne me point épargner en telle occasion que me jugerez capable de vons servir. $e vous
LETTRES DE GU4 PATIN. ri
prie de présenter mes très humbles baise-mains et ceux de M. le Vignon, aussi à M. Belin votre père et à M. Dacier, et croire que je suis et serai pour tant de faveurs reçues de votre courtoisie, monsieur, votre très humble et affectionné serviteur, G. Patin.
De Paris, ce 24 mai +690.
LETTRE V. — Au méme.
J'ai reçu la vôtre datée du 12 du présent mois, par laquelle me demandez que vous m'avez par ci-devant récrit par un particulier avec une thèse en médecine; mais je n’ai reçu ni l'un ni l’autre, et vous prie de vous enquérir de ce particulier ce qu'il en aura fait, n'ayant rien reçu. Quant à ce que vous me mandez de la peste, je vous dirai qu’en aucun lieu de cette ville, ni même dans les hôpitaux de peste, il n’y a aucun médecin, par l’avarice de messieurs de la police, au grand détriment du public, fofumque istud negotium, magno plebeculæ damno, ignartis tonsoribus committitur ; si bien que nul médecin n'est employé à la peste en cette ville. Il n’y en a pourtant aucun de notre compagnie qui puisse dire depuis le mois de juillet n'en avoir vu, trouvé ou découvert presque tous les jours quelqu'un qui en fût atteint, car elle a été ici fort commune. Je sais bien que pour ma part j'en ai trouvé plus de soixante en divers endroits, lesquels depuis mon rapport ont été menés aux hôpitaux de Saint-Louis ou de Saint-Marceau, où il en est mort une grande quantité (1). Mes autres compagnons en font de même, et depuis que le mal est avéré, ils n’y retournent plus, non tant pour la peur qu'ils aient de la
gagner (cùm iprum contagiwn, nisi probè et perle intelligatur, sit |
(1) Quelle était cette maladie ? était-ce le typhus contagieux ? était-ce le pesie de Levant ? il est fâcheux que Gui Patin n'entre pes dans plas de détails. (B. P.)
” meruwn Arabum et pharmacopolarum figmentum, ut ficta sua cardiaca facilius obtundant), que peur du scandale, et que ces visites que le peuple croit si dangereuses , ne les décrient. Il y a eu ici depuis Pâques une grande quantité de fièvres malignes, qui ontété autant de pestes couvertes, que l’on n’a point nommées pestes que quand on a vu des bubons ou charbons y survenir, encore qu'elles ne fussent en rien du tout moins contagieuses que la peste, ef ratione causæ quæ fuit in utroque evidens et eximia putredo et ratione symptomatum , quæ in utroque fuerunt gravissima. Pour tout antidote, je m'en fie après la grâce de Dieu, qui assiste toujours ceux qui servent le public, à n'être ni pléthorique, ni cacochyme, ni à faire aucun excès, et ne crois non plus à la thériaque, mithridate, alkermès, hyacinthe, bézoard, corne de licorne, qu'à des cornes de bœuf, cùm ficta illa remedia, cum suis occultis qualitatibus (quæ revera nullæ sunt) nulla virtute magis polleant quäm ægrorum loculos exhauriendi, ut pharmacopæos ditent. Sed de hac re plura alias. Si vous désirez que je vous en dise davantage sur quelque point particulier, mandez-le-moi, je suis tout prêt, ef tam in promptu, omnium Arabum in hoc casu doctrinam repellere. Je suis, monsieur, votre très humble serviteur, Patin.
De Paris, ce 18 octobre 1631.
M. Séguin le jeune vous baise les mains, et vous prie de vous souvenir des livres que vous avez promis d'envoyer ici à moi pour lui être rendus à M. son oncle. Délivrez-les à quelque voiturier quien ait du soin et qui soit sùr ; nous lui donnerons tout contentement pour sa peine.
LETTRE VI. — Au même.
J'ai reçu les deux vôtres dernières ; l’une avec une thèse qui est fort bonne, et que je vous renverrai quand il vous plaira ; l’autre aujourd'hui, desquelles toutes deux je vous
remercie bien humblement ,et auxquelles je vous vais brièvement répondre. Il n’y aeuici, de mémoire d'homme, aucun médecin gagé pour la peste, messieurs de la police s'étant toujours contentés de quelques barbiers assez ignorants, qui naturam pestis non intelligunt, et qui prennent le chemin de ne l'entendre jamais. Quant aux qualités occultes et à votre lecture de Fernel, Fracastor, Puteanus et autres, que vous me mandez avoir lus, je ne doute nullement de votre croyance ni de votre capacité; si j'ai parlé contre ces qualités supposées, j'ai cru le devoir faire, fanquam in figmenta vanissima, sans néanmoins avoir en aucun désir, nec verbo, nec scripto, lœædere quemquam, multo minus virum eruditissinum et amicissimum cujus doctrinam veneror et suspicio. Je serois très marri de vous avoir offensé, et ne pense point l'avoir fait. Je ne crois point aux qualités occultes en médecine, et pense que vous n’y en croyez guère plus que moi, quoi qu'en aient dit Fernel et d’autres, de qui toutes les paroles ne sont point mot d'évangile. Jeles puis détruire par plus de cinquante passages d'Hipp. et de Galien à point nommé, et par l'expérience même qui témoigne que ce sont bourdes que tout ce que les Arabes en ont dit; : même leur chef Avicenne en a reconnu la vanité, disant que proprietates illæ occullæ sunt figmento pet Dimiles, et commentum hominum ab innumeris quæstionibus sese illarum præsidio relevantium. En notre religion chrétienne, je crois comme nous devons croire, beaucoup de choses que nous ne voyons point, quæque sub sensum non cadunt, mâis c'est par le moyen de la foi, qui nous y oblige, et que est rerum non apparentum ; mais en fait de médecine, je ne crois que ce que je vois, ef ut ait ille Plautinus, manus nostræ sunt oculutæ, credunt quod vident (1).
(4) Il est impossible de poser avec plus de netteté les bases du principe religieux et du principe philosophique, l'évidence du cœur et de Pintelligence, l'évidence de l'esprit ct des sens. Que de disputes, que de querelles et de malheurs les hommes s'épargneraient, si, dans les questions qui les divisent , ils mettaient autant de clarté , de précision, de bonne foi que le fait içi Gui Patio! (R. P.)
Fernel étoit un grand homme, maïs ses arguments pour telles qualités ne sont point des démonstrations mathématiques. Je l'estime le plus savant et le plus poli des modernes; mais comme il n’a pas tout dit, aussi n’a-t-il pas dit vrai en ce qu'il a écrit, et si le bonhomme, qui est mort trop tôt à notre grand détriment, eût vécu davantage, il eût bien changé des choses à ses œuvres, et principalement en oe point-là; ce que je ne dis pas de moi , mais de sa vie propre que j'ai céans manuscrite, qui m'apprend beaucoup de choses de cet excellent homme, qui et in alits non leviter lapsus est. Quant à ce que vous me demandez, que vous priez de croire que sus nunguam Minervam docebit, je vous reconnois en cela passionné, qui en venez jusqu'aux injures; ce n'a point été mon intention de vous offenser, et sais bien que je ne l'ai point fait; combien que je ne me souvienne qu'à peine de ce que j'ai mis dans ma lettre, en ayant écrit quantité d'autres depuis, et me l’étant dictée, currente calamo. Je vous ai répondu brièvement et librement à ta vôtre, qsque ullo convicio; je n’y ai taxé personne, si ce n'est quelque ignorant barbier ou charlatan, tant s'en faut que vous ayez occasion de vous en fâcher. Je fais bien autre état de vous, et ne Yous puis encore assez priser pour votre mérite : si liberiis fortè loquutus sim, adversus impostores qui artis nostræ veritati et dignitati imponunt, detur queæso hcec licencia philosophicæ libertati et animo veritatis studioso. Ne croyez pas pour cela que je vous méprise, je vous tiens pour Minerve et au-delà; mais j'ai de quoi montrer (ahsque jactantia diterim) que je ne suis point du tout dépourvu deses faveurs, après l’huileque j'y ai usée, et ane bonne partie de ma santé que j'y ai prodiguée. Je vous tiendrai néanmoins toujours pour mon maître, et réputerai à grande faveur d'apprendre de vous, pourvu que ce soit sans ces mots odieux Sus Minervam, qui sont tout-à-fait indignes, à mon jugemeut, d'être proférés entre deux amis de l’un à l'autre. Quant à vos autres mots, ce que vous en avez écrit, Ç'a êté diseendt putrès quim disputandi animo, je vous assure que je me sonmets
toat-à-fait à votre censure ; et tant s’en faut que je veuille disputer, que je ne désire qu'apprendre. Je ne me suis point mélé de faire le maître envers vous, mais j'ai peur que vous n'ayez bien conçu le sens de ma lettre, la lisant avec passion et en colère. Je ne crois pas vous avoir offensé, et si je l'ai fait, ç’a été par imprudence, c'est pourquoi je vous prie de m’enexcuser. J'ai reçu la thèse et vous en remercie; si celui de qui elle vient la vouloit changer contre d’autres, des meilleures qui se soient faites depuis vingt ans, j'en donnerois quatre à choisir, contre une vieille que je n’aurai pas, encore que les vieilles ne soient
si bonnes ni si bien faites que les‘modernes. S'il veut les
vendre, je les achèterai à l’argent ou j'en donnerai quelques livres ; sinon je lui renverrai. M. Séguin le jeune vous baise les mains et vous remercie. Je voudrois bien savoir l’auteur de votre livre, De variolis et morbillis, pour sa voir si je ne l’ai point. Il n'ya rien ici de nouveau, sinon tnstitutionum medicine D. Sennerti, Germani doctiss. lib. V, depuis peu ici imprimé pour la quatrième fois, qui est du prix de quatre livres. Nous ne sommes pas ici en trop bonne intelligence avec les chirur-
giens ni les apothicaires, ceux-là étant trop glorieux et ceux- :
ci trop avides de gagner et faire des parties de prix excessif. Néanmoins ceux-là sont plus paisibles , beneficio frequentioris
Phlebotomiæ quam hic exercemus, que lucrum et laudem eis. conciliat. Mais ceux-ci enragent contre le médecin charitable
et ses sectaires, qui font préparer les remèdes à la’ maison à peu de frais, d’où leurs finesses sont décousues, {onge valere Jussis fictitio tllo lapide bezourdico, cornu unicornis, confect. de hyacintho et alkermes, similibusque nugis, decipiendæ dumtaxat plebeculæ idoneis. Néanmoius ils ont depuis peu présenté à notre doyen quelques articles de paix, lesquels s'imprimeront si notre Faculté les admet , et en ce cas, je ne manquerai de vous en envoyer une copie. Si vous trouvez en votre ville un Cardan latin, De ufilitate ex adversis capienda, ou bien quelque tome de Thomas Erastus, quel qu'il soit, je vous prie de me l'acheter, comme aussi des vieilles thèses de médecine, de vous
envoie une thèse de médecine, non pas pour dire comme vous, ut sus Minervam doceat, mais pour vous faire connoître ce que je pense de la maladie de laquelle elle traite, et pour vous prier de croire que je suis et serai à jamais, monsieur, votre très humble et affectionné serviteur, Patin.
. De Paris, ce 28 bctobre 1631.
J'ai oublié à vous dire ci-dessus que durant les grandes . pestes de 15892 et 1583, un médecin de cette ville, fort savant, nommé M. Malmédy, qui étoit un illustre buveur, se jeta volontairement dans l'hôpital de la peste de ce temps-là, sans aucuns gages, où il gagna néanmoins beaucoup, et n’est mort que plus de vingt ans après de pure vieillesse. Le médecin iSemelles, qui étoit dans la Bastille pour l’horoscope du roi, joù il se promettoit que le roi mourroit au mois de septembre, Lest condamné à perpétuité, et ses biens confisqués au roi : sa charge de médecin par quartier, donnée à un de nos compagnons nommé M. Baralis, qui est très honnête homme. Le roi est à Château-Thierry, où le duc de Lorraine le vient trouver. Pour le paquet de M. Séguin, si vous pouviez faire en sorte qu'on me l'adressât, ce seroit bien le meilleur, ou bien mandez-nous en quel lieu il abordera. Adieu , monsieur.
: LETTRE VII — Au méme.
J'ai reçu Ia vôtre, belle et longue, de laquelle je vous remercie bien humblement, comme aussi de la thèse de M. du Chemin, de laquelle je vous ferai faire copie, et vous l’enverrai, pour rendre à M. du Chemin l’apothicaire, à qui je baise les mains, duquel je vous prie savoir s'il n'en a point d'autres, de l’assurer aussi que quand il aura affaire de celle de deçà, laquelle il me veut bien céder par votre moyen, je lui renverrai aussi. Ma pensée de votre colère était fondée sur ces mots: Nwnquam sus Minervam ducebit , lesquels me sembloient injurieux en quelque façon ,
a CRE LORS
quocumque sensu acciperentur: mais je vois bien, et j'ai bien cru , par ci devant, que ce n'étoit non plus votre dessein que mon désir, c'est pourquoi à cela près nous demeurerons s'il vous plait en bonne intelligence, amoto omni fuco et omni subdola cavillatione. J'avois peur que vous ne trouvassiez pas bon ce que je vous avois mandé assez librement et brièvement de mon avis en ma première lettre, où je vous répondois de peste et contagio; mais n'y pensons plus, je vous prie; ma terreur a été en cela panique et ombrageuse , suivant de près mon naturel, qui a toujours peur d’offenser ou de n'honorer assez les gens de mérite qui m'obligent de les aimer, comme vous êtes et me faites. Quant à Fernel, mon opinion a été de ce. grand personnage, depuis que je l'ai pu connoltre , qu’il mérite le premier lieu entre les modernes : Sed homo fuit, nec kumani ab eo alienum fuisse existimare debemus, præsertim.in suis morbis forme, que primus voluit consiiluere, et quorum potissima ponebat remedia ab occultis qualitatibus agentia, quæ tamen vana sunt ac trrita : quibus in locis manifeste admodun in Galeni reprehensionem incurrit , dum cuivis rationem quærenti nihil aliud reponit quan ignotas voces, aut abditas qualitates. Et utinum minus leviter in hoc peccasset vir fantus, errandique ansam non prœæbuisset tot civiflonibus ex fanatici. Paracelsi grege in plebem sapientibus qui tanii viré nomine, crassam suam inscitiam lurpiter tuentur atque defendunt. Pour la thèse que je vous ai envoyée de la peste, je l'estime beaucoup , et vous prie de croire que je n'en donne quà mes amis. M. Jérôme est mort dès l'an 1628, le 26 juillet, et cette année nous en avons perdu six, savoir : MM. Robin, Bonier, Charles, Complainville, Quiquebeuf l'aîné, que vous pouvez avoir connu, et M. Frey, qui est mort de sept charbons de peste. Quant aux instituts de Sennertus, n'en donnez point, si vous voulez, la peine à M. votre frère; mandez-moi seulement de quelle impression vous les voulez, ou d’Allemagne , qui est plus belle et plus chère ; ou de Paris,-qui coûtera quelque peu moius : je suis tout près de vous l’envoyer sans
t4 LEPTRES DR GUI PATIN.
que d'autres eu aient de 1 peine, puisque je puis faire cela. Le prix des dernières impressions, bien relié, vaut huit livres, sans rien rabattre ; il est augmenté, en cette dernière, d'un nouveau traité des fièvres, qui a été ajouté sur la fin du livre, et fait par un médecin in{us et in cute mihi noto, sans y avoir mis son nom, lequel est très bou. Le dernier, la Framboisière, qui eak aussi bien augmenté, et de bonnes choses, vaut au dernier mot six livres dix sols. Pour Valambert, de variolis, je l'ai reçu et vous en remercie : il n’est pas mon homme. On fait ici une paix fourrée avee les apothicaires , de laquelle il s'imprimera quelque chose que je vous enverrai aussitôt avee un catalogue des docteurs vivants. Pour la copie de vos ordoanapces, vous m'obligerez de me la donner. Pour Le Prosper Martianus, médecin de Rome, qui a commenté l’Hippocrate, c'est un livre assez bon, mais bien plus rare ici que nécessaire, vu quil fait le docteur en l'explication de certains textes, où il n’a entendu que le haut allemand. Je crois qu'il n'a jamais été guère employé à la pratique, vu qu'il fait le subtil en la découverte de certains remèdes qui sout peu de chose. Je prise bien davantage les petits commentaires de Fossius, qui sont remplis d’une mâle et solide doctrine, tant en théorie qu'en pratique. Néanmoins je ne veux mépriser P. Martianus, ex voto laudandum censeo, et en ueerai librement jusqu'à ce qu’il en soit venu un autre qui ait mieux fait que lui, comme feroient une vingtaine de vieux ehiaoux que nous uvons iei, desquels les principaux sont : MM. Seguin, les deux Cousinots, M. N. Piètre, qui en a lui seul plus oublié que jamais Martianus n'eu a su, MM. Bazin, Guérin, du Chemin, qui est une bonne tête, et de présent près de la reine-mère en Flandre, en qualité de premier médecin ; MM. Chartier, de Gorris, Dela Vigne, Baralis, M. Moreau, notre doyen, savant bomme de forte tête, qui litteratam multorum senectutern evicerat adhuc adolescens, et annorum cursum anüro præverterat. Au reste, j'ai à vous prier d'avoir pour recommandé un honnête homme de cette ville, malade à Troyes, nommé
M. Tisserand, si par hasard c'est vous qui le traites. IL est beau-père d'un honnête homme de peintre qui est logé céans avec moi, nommé M. Quesnel, lequel tient les deux chamæbres où vous m'avez fait l'honneur de venir une fois pour y être mal reçu. J'ai de présent tout le logis, savoir, le premier élage, la salle et une grande étude tout joignant, à votre service, comme aussi tout ce qu’il y a dedans : le paintre tient tout Le reste que je n'ai pu occuper. Je vous prie de me recommander à M. du Chemin l'apothicaire et à ses autres thèses. Vive, vale, et nostri memur esto, dum Cepitoli immobile Saxuwm Aceolet , imperiumque pater Romanus habebit,
Je suis et serai toujours, monsieur, votre très humble et aftionné serviteur, Patin.
Ce 4 novembre 1631.
LETTRE XL — Au même.
J'ai reçu la vôtre dont je vous remercie. Quant à la mienne que le marchand de bézoard vous a rendue, il faut qu'elle ait été ouverte, car je l'ai cachetés à l'ordinaire et comme est la présente. Depuis ce temps-là un honnête homme m'est venu voir, nommé M. Blampignon, qui m'a rapporté selon votre mandement les douze livres, avec charge expresse de votre part de me les faire prendre en cette substance , ou en une autre : ce que j'ai fait, voyant que vous le désiriez ainsi : Von tamen tam specie remunerationtis quam spe fiducieæ ; non debebatur tlla mihi, ast hane ego tibi debeo. Je vous en remercie avec affection, et madame votre mère pareillement. Quod spectat ad uzorem, eam duxi à quadrienno, ex quo duo suscepi filiolos, quorum prior tres natus annos vivit; posterior verû parum apud nos viril, ul pole qui 6h œtatis die, immiti et inclementi cholera morbe cum frequenti spasmo occubuit, cujus in horas dulcie recordatio mæstum me dolentemque efficit. Prior dicitur
Robertus : posteriori vera nomen vrat Corolus (1). Le second était en nourrice; le premier, ma femme l’a nourri tout du long; je prie Dieu qu'il croisse avec sa bénédiction , afin qu'il soit quelque jour honnète homme, et qu’il soit capable de rendre service à vous et aux vôtres : il est bon petit garçon et bien éveillé. Quand vous priîtes la peine de me venir voir céans , ma femme étoit avec sa mère, en leur maison des champs, qui est à Cormeilles; maintenant elle est chez mon père en Picardie. Je ne manquerai pas, quand elle sera de retour, de lui témoigner votre bonne affection, et vous en remercie. Pour les moines, ils ont fait à moi (sic); je ne trouve pas trop bons les meilleurs, s'ils ne sont très savants. Il y en a qui définissent pévaxos, quasi pôvos et &ade, quasi solus tristis; solus vivens in solitudine et solitudine : d’autres quasi pivquoy &xbs, quasi dolor perpetuus, parce que le peuple, voire le monde même a été en perpétuelle douleur depuis que les moines ont mis le nez dans ses affaires. La liberté philosophique des médecins les empêche de beaucoup
aimer telle sorte de gens, et vous en aimer tant mieux que
nos deux génies s'y rencontrent également. Cottard est un camus assez rusé. Pour un Duret sur les Coaques , je vous en
enverrai un quand vous voudrez. L’Avicenne des Juntes est
un livre à garder, si les annotations de Mongius et de Costæus
y sont. Cottard a peu de livres de médecine. Je suis, monsieur, votre très humble et affectionné serviteur, Patin.
Ce 20 mai 1632.
LETTRE XII. — Au même.
Je vous demande pardon si je m'acquitte si mal de mon devoir en vous écrivant si rarement, encore que ce ne soit pas
(4) On voil par ce passage latin que Gui Palin s'était marié en 1628; quant à ses enfants, souvent il varie sur le nombre. Les deux derniers
dont il parle ici sont les seuls connus, et notamment Charles Patin. | (R. P.)
faute de me souvenir souvent de vous, et de l'honneur que vous me faites de m'aimer; mais seulement une certaine négligence naturelle qui est en moi, dans laquelle m’entretiennent les menues affaires de notre profession. Je vous prie donc de n’attribuer à faute d'affection l’intermission de vous écrire que ma paresse a causée, vu que je vous honore et chéris autant que jamais j'aie fait homme de mérite tel que vous êtes. Quant à moi et à ma famille, nous sommes tous en bonne santé , Dieu merci, pour vous servir; je prie Dieu qu’ainsi soit de vous et de la vôtre. Pour notre faculté, il n’y a rien de nouveau, sinon que le mois passé il nous mourut un de nos jeunes collègues, nommé M. Biquet, médecin du roi par quartier, qui était marié depuis peu. Le roi a donné sa charge à un autre des nôtres nommé M. Bodineau. À la Toussaint qui vient, nous ferons un nouveau doyen à la place de M. Moreau, qui a commenté l'école de Salerne. Touchant l'accord que l'on a plâtré avec les apothicaires, nous n'en avons aucune copie, la distribution de laquelle on nous promet de jour en jour : je vous en ferai part quand je l'aurai. Pour tout livre nouveau, nous n'avons que Septali) Mediolan. C'ommentaria in problem. Aristutelis, in-fol. de Lyon ; ils le prisent beaucoup, et le vendent jusques à neuf livres. L'auteur en est très savant: avec les trois tomes de la pratique de Sennertus et un appendix de arthritide , derrière le troisième tome, qui est de morbis ventris inferioris, lequel est le meilleur. Avec l'histoire d'Henri IV, par M. Dupleix , qui est un petit in-fol., fort plein de bonnes choses, il se v: nd en sa nouveauté six livres. Le Sanctorius in artem Galeni, en parchemin, in-quarto, peut valoir quarante sols ; mais je prise davantage son livre intitulé : Methodus vitandorum errorum, qui est de cinquante sols, ou environ. Je ne manquerai de vous chercher le Piso, de morbis à serosa colluvie, et l'aurai dès demain, s’il se trouve en la rue Saint-Jacques ; envoyez-le prendre ici quand vous voudrez. Je vous baise les-mains, et à madame voire femme ,
18 - LETTRES DE GUI PATIN, et suis, monsieur, votre très humble et affectionné serviteur, PATIN.
De Paris, ce 17 août 1632.
Je crois que vous savez bien la mort du’sur-intendant d’Effiat. Le roi est à Fontainebleau, qui s'en va en Languedoc, pour la rébellion de M. de Montmorency.
LETTRE X (1). — Au même,
Je vous demande bien humblement pardon si je ne vous ai fait réponse à vos deux dernières plus tôt que je n’ai fait ; de quoi j'espère que vous m'excuserez aisément , vu que j'en ai commis le crime, nec negligentia aliqua, nec contemptu, sed dulcedine cessationis et fiducia amoris : quantité d'affaires m'ayant diverti aux champs et à la ville tout l'automne passé ; joint qu'outre le désir que j’avois de vous confirmer le service que je vous ai voué, je n'avois rien à vous mander qui fût digne de vous interrompre de vos bonnes affaires. Je vous remercie de l'avis que vous m'avez donné de la conférence de Surenne ; je l’ai maintenant : M. Du Laurens, conseiller à la cour et neveu de l’anatomiste, me l’a donnée. J'ai céans toute l’histoire de M. de Thou , en quatre volumes en latin, in-fol. ; mais je vous assure que telle conférence ne s’y lit que fort brièvement décrite, et assez dissemblable à l'autre. Les Opuscules de Ranchin en blanc ne valent au plus que trente-cinq sols. Monsieur votre frère m'a fait l’honneur de me venir voir, qui m'a rendu la vôtre , et m’a réellement témoigné qu'il est habile homme pour les diverses choses desquelles nousavonstraité lepeu de temps qu'avonsété ensemble: je n’ai pu encore l'aller visiter en son logis, ne me l'ayant pas voulu enseigner. Je vous remercie de l'avis que vous m'avez donné de celui qui a écrit contre M. Moreau : j'en conférerai
(1) Par erreur les lettres VIIT, IX sont numérotées XI, XII.
LETTRES DE GUI PATIN. 19 avec lui, et vous en écrirai par ci-après plus amplement. Nous avons un nouveau doyen, nominé M. Boujonnier, fort honnête homme, et de notre bon pays de Picardie, iequel fera bientôt imprimer le catalogue des docteurs vivants de notre école, que je ne manquerai de vous envoyer tout à l'heure, et autre chose aussi s’il se présente. Les trois tomes de la pratique de Sennertus se vendent ; on travaille à achever trois autres pièces de lui, savoir : de febribus, de consensu Chimicorum, et le quatrième de sa pratique, qui est de morbis mulierum et infantium, tout nouveau apporté d’Âllemagne, dédié à la reine de Suède. J'ai vu ici un petit libraire de Troyes avec Cottart, qui m'a fuit reproche en riant que je vous avois mandé que le Sanctorius in Gal. ne valait que quarante sols, vu que dans Lyon il lui coûtoit davantage : je m'offris de lui faire bailler tout ce qu'il y en avoit à Paris à trente-cinq sols pièce, et me moquai de lui: Lucriones istos improbos probe novi. Cottart et lui valent autant l’un que l’autre, il s'en faut défier quand on s’en approche. Le roi est à Versailles; la reine n'est pas encore arrivée de Languedoc. M. le Cardinal y est malade d'un abcès, ce dit-on, au fondement. Monsieur, frère du roi, est à Bruxelles. Pour tout livre nouveau, il n'y a que la vie de Henri IV, in-fol., par Dupleix. Je vous baise les mains, et suis, etc.
Ce septième décembre 1632.
LETTRE XI. — Au méme.
J'ai Dieu merci vu en cette ville M. votre frère, qui a pris la peine de me venir voir par plusieurs fois ; je me fusse réputé bien honoré de l'aller voir chez lui, comme j'eusse fait, mais il a si peu séjourné ici , que je n'ai pu m’acquitter de ce devoir, duquel je vous prie tous deux de m'excuser. Il m'a suffisamment montré par sa conférence qu'il étoit trés habile homme, et qu’il étoit bien plus encore que vous ne m'aviez mandé;
c’est de lui que je puis dire à bon droit ce que Cicéron disoit à Atticus du livre de Varron : 7s est mundus doctrine et thesrurus eruditionis locupletissimus : ou bien, uf cum E‘unapio Sardiano loquar, vivens Musæum et sptrans bibliotheca, omnt scientiarum genere refortissima. Je regrette bien de ce qu'il est parti si tôt de cette ville, sur l'espérance que j'avois de bien amender mon ignorance par sa conversation. Quand il prit la peine de me dire adieu, je lui donnai, pour vous rendre, un arrêt de la Cour de parlement pour le procès qui avoit été grand entre les apothicaires et les épiciers de cette ville. Maintenant je vous envoie deux autres pièces ; savoir le catalogue des docteurs de notre école, nouvellement imprimé avec un autre petit livret qu'on n’a mis au jour que depuis huit jours, et que l'auteur m'a donné dans le dernier jour de l’an passé, auquel j'en demandai un second pour un de mes amis, vous entendant. Vous verrez au catalogue le nom de M. Mallet effacé, qui mourut ici le 28 décembre 1632. Pour le petit livret de M. Mautel, il est plus curieux pour sa rareté, que nécessaire ni utile pour ce qu'il contient : étant un pur acte de flatterie envers quelques particuliers, lesquels je confesse bien être dignes de louanges, comme d’habiles et savants hommes , que j'honore beaucoup, mais aussi qui méritent d'être autrement loués et en meilleur endroit et de meilleure sorte. Mais quisque suos patimur manes ; et vous savez bien aussi que séulto urtcuique suo , more licet insanire. Pour votre libraire de Troyes, il me dit devant Cottart que j'avois étrangement loué ledit Cottart en ma lettre que je vous avois envoyée, et ledit Cottart le savoit déjà bien , disant ledit libraire que vous lui aviez montré ma lettre. Je leur répondis à tous deux que je vous avois mandé comme à un ami, que Cottart étoit bien fin, et que quand il ne trompoit point, ce n’étoit que faute d’occasion, et non de bonne volonté; mais le tout en riant, etc. Mais je ne veux plus parler de ces gens-là qui troublent la fête et la joie de nos entretiens : habeant sib1 res suas lucriones isti sordidissimi : c'est assez que nous sachions nous garder
d’eux et qu'ils ne nous trompent. Quod spectat ud consilium de dysenteria Zachariæ lonnelier, si vous le jugez digne d’être imprimé , je tâcherai de trouver quelque occasion pour ce faire, et vous le manderai alors, attendant laquelle vous le garderez s’il vous plaît. Nous avons eu un Tonnelier, mais il ne s’appeloit pas Zacharias. Je voudrois avoir vu ce que vous dites, de abditis morborum causis, et de la mort de M. Rondelet, d’Adrien le Tartier : étant chose que je n'ai jamais vue. Je vous prie de présenter mes très humbles baïse-mains à M. votre frère, et à M. Dacier le bonhomme. On travaille ici au traité de Sennertus, de consensu : après lequel on imprimera sa physique. On imprime aussi son quatrième livre de pratique, qui est dédié à la reine de Suède, et est de morbis mulierum et infantium : on l'imprime aussi sur une copie nouvellement augmentée et revue par l'auteur, son traité de febribus : lesquels tous je. vous conseille d’avoir dès qu'ils seront achevés non pour la bonne pratique qui y soit, mais seulement à cause de la grande quantité de questions qui y sont agitées. Pour Dupleix, il travaille présentement à l’histoire du roi Louis XIII, nous ayant donné en un petit in-folio à part depuis six mois, celle du feu roi Henry IV, tout le surplus de l'histoire se trouvant en trois autres volumes in-folio, d'assez juste grosseur, qui plaît aux uns, et déplaît aux autres, comme sont la plupart des historiens. On traduit ici l’histoire latine de M. le président de Thou, desquels il y aura six volumes en françois. Le roi est allé à Dourdan où doit arriver demain M. le cardinal de Richelieu que l’on amène du Poitou en litière. Quant aux livres d'Italie, je désirerois fort d'en recouvrer un petit fait par Epiphanius Ferdinandus, lequel je crois être in-8° dédié au pape Paul V, si je ne me trompe. Il traite sept poxpo Buitnros, de vitæ longitudine; je voudrois l'avoir bien payé, et le tenir. Il y en a aussi un autre petit nommé Lud. Septalii, Animadversionum el cautionum Medicorum , libri duo. Patavii, apud Paulum Fiambottum , in-8° 1630. J'aimerois mieux ces deux petits-là que d'autres plus
gros, cum magnus liber sit magnum malum. Si vous pouvez avoir ces deux-là pour moi, je m'en tiendrai tant plus obligé à vous, en espérance de vous servir, en récompense de tout mon pouvoir en toute sorte d'occasion, comme étant à jamais, etc.
De Paris, ce 4 janvier 1632.
LETTRE XII. — Au méme.
Je vous remercie des deux lettres que vous m'avez depuis peu envoyées ; la première desquelles fut apportée céans tandis que j'étois en Picardie , où j'étois allé rendre les derniers devoirs à mon père, qui y mourut mercredi dernier, 12 de ce mois. Je reçus moi-même la seconde, mettant pied à terre dudit voyage : laquelle me servit de consolatiôn dans le regret que j'avois d’un si malheureux voyage, qui ne fut pourtant que de quatre jours, pour les grandes affaires qui me rappeloient de deçà. J'ai pareillement reçu le paquet de M. Angenot, que je fus hier au matin chercher chez M. Barat, mais il ne devoit arriver qu'hier au soir, comme il fit dans le coche : j'y fusse retourné aujourd'hui à quelque heure, mais il m'a prévenu m'ayant lui-même apporté d'assez matin votre paquet, duquel je vous remercie bien humblement , et monsieur votre frère aussi, duquel à votre première, je vous prie me mander si je puis avoir espérance de le revoir quelque jour en cette ville, désirant encore apprendre de lui beaucoup de particularités que peu de gens savent bien comme lui. Quant au dispensaire duquel est fait mention dans l'arrël que vous avez reçu, je vous dirai que nous n'en avons aucCui. La Cour de parlement a autrefois ordonné que douze anciens médecins y travailleroient, quelqu'un leur ayant remontré que c'étoit chose fort utile : mais la mort ayant diminué, voire remporté ledit nombre, notre Faculté ne s'est jamais bien accordée à y en substituer d’autres, ceux qui auroient été délégués en leur place étant de différents avis; les uns disant :
LETTRES DE GUI PATIN. 23 que, natura gaudet paucis, que pour bien faire la médecine il ne faut guère de remèdes, et encore moins de compositions, la quantité desquelles est inutile, et plus propre à entretenir
la forfanterie des Arabes, au profit des'apothicaires, qu'à sou-.
lager des malades, lesquels un simple purgatif opère quelquefois autant qu'une médecine où y antreront trois ou quatre compositions. Pour moi je suis de l'avis de messieurs les Piètres, qui ne veulent «d bene medendum quam pauca, sed selecta et probata remedia : moi qui ai appris par maintes ex-
Les
périences sur moi et sur autrui, que l'infusion de trois gros de
séné en un verre d'eau purge aussi bien, voire plus sûrement qu'un tas de compositions arabesques toute sorte d'humeurs peccantes, Je rends la pharmacie la plus populaire qu'il m'est
possible, ordonnant tous les jours chez mes malades eupo-
rista et facile parabilia remedia, afin d'en sauver la peine aux apothicaires, qui ne trouvent cela guère bon, mais je ne me soucie ni d'eux ni de ce qu'ils disent de moi, m'en trouvant bien, en ne foulant pas ma conscience ni n’engageant mon
honneur, ni la bourse de mes malades; joint que le peuple
est tellement lassé de leur tyrannie barbaresque, et de leur forfanterie bézoardesque, qu'il est toujours bien aisé à quelque prix que ce soit, d'échapper de leurs mains. Pas un de notre compagnie n'approuve leur insatiable avarice , laquelle a bien été châtiée depuis sept ou huit ans que nous leur avons fait la guerre, combien que parmi nous il y ait quelques faux frères qui les courtisent en derrière, exigui cujusdam lucri gratiä, sans la connivence desquels nous en serions bientôt venus à bout malgré le grand pouvoir qu'ils prétendent avoir. Dans la plupart des grandes maisons il n'y a plus d’apothicaires, c'e.t un homme ou fille de chambre qui fait et donne les lavements, et les médesines aussi, que nous réduisons la plupart en jus de pruneaux laxatif, ou bouillon et séné avec un jus de citron ou d'orange, ou de verjus, ou tisane laxative de casse et séné, selon l'appétit du malade. Je me souviens qu'au doyenné de M. du Cheinin, deux fois la se-
maiue on travaillait à cet antidotaire, mais Les cinq doyens qui ont été depuis lui, n’en ont poiut continué l'achèvement, lequel est pourtant bien avancé.Les apothicairesd'icise servent du dispensaire de Nicolas , ou de Bauderon; quelques uns de Renou : pour moi je crois qu'il n'y en a aucun de meilleur que celui du Médecin charitable, qui se trouve augmenté dans son livre, de l'impression de Jean Jost, rue Saint-Jacques, au Saint-Esprit (1); car deux ou trois autres éditions qui se voient , sont imparfaites et contrefaites. Il vend même lesdites compositions en sa maison, fort bien faites , et à prix fort raisonnable, d'où j'en envoie querir quand j'en ai besoin pour quelque malade. Quant à vos papiers, je les verrai, et vous en rendrai compte dans huit jours, Dieu aidant. J'ai céans l'histoire de Dupleix, de laquelle je me suis servi pour apprendre le grand chemin de l’histoire, en laquelle j'ai toujours trouvé une assez exacte chronologie : du reste, je la prise beaucoup moins que celle de M. de Thou, laquelle j'estime par dessus toute autre être propre aux hommes lettrés et aux esprits libres, qui ne savent flatter, et qui nomment les choses par leur nom. Les honnêtes gens du pays Latin la liront toujours latine ; le peuple curieux et les politiques français la liront traduite; car pour les ligueurs, s'ils ne sont repentis, je ne suis pas d'avis qu'ils y mettent le nez. Sed minimum excurret epistola. Je vous prie de croire que je suis, etc.
LETTRE XIII — Au même.
J'espère que vous m’excuserez si j'ai été si longtemps sans vous récrire, ce n’a point été par oubliance, ni négligence, mais
(4) Le bon apôtre! il recommande le Médecin charitable parce que la dernière édition était de sa main , et qu’il y vante les remèdes les plus simples , les plus usuels ; moins peut-être pour les avantages du public que pour nuire aux apothicaires , Ces turpissimi lucriônes.