R. PL
seulement faute de sujet et d'occasion. Depuis ma dernière, il n’est ici rien arrivé de nouveau que la disgrâce de M. le garde des sceaux de Châteauneuf, à la place duquel le roi a mis M. le président Séguier. On ne parle ici que de la trève, et de l'incertitude si elle sera ou non. On vend ici le troisième tome de la pratique de Sennertus in-quarto , impression de cette ville, etin-8° de Lyon : dans quinze jours le quatrième, qui est de morbis mulicrum, sera achevé, avec le traité de consensu chymicorum ; une physique et le traité des fièvres , le tout in -4° du même auteur. Je vous prie de me mander si vous en désirez quelque chose. Je voudrais bien avoir un livre, qui a été imprimé à Troyes in-8°, l’an 1619, sous ce titre : Mélanges historiques , ou recueil de plusieurs actes, traités, lettres missives et autres mémoires qui peuvent servir en la déduction de l'histuire depuis l'an 1390 jusqu'a l'an 1580.S'il se trouve en votre ville, je vous prie de me l'acheter, et me l'enverrez à votre première commodité. Je vous prie pareillement, si vous recouvrez un livre intitulé : Carolus Magnus redivivus, comme aussi le livre de Papyrius Masson , De episcopis urbis, qui est in-4°, retenez-les pour moi, j'en donnerai ce que vous jugerez être raisonnable. Il y a ici gros bruit entre les jésuites et les sorbonistes, pour deux livres in-4° qu’un anonyme a faits sous le nom de Petrus Aurelius, contre les jésuites. M. le cardinal quitte sa maison de la rue Saint-Honoré, où on va bâtir puissamment, pour aller demeurer à l'Arsenal. Je vous prie de présenter mes très humbles baise-mains à M. votre frère, et de m’excuser de tant de peine que je vous donne, prèt d'en prendre autant et davantage pour vous, avec assurance que je serai toute ma vie, etc.
De Paris, ce 20 mars 1633.
Mandez-moi si vous désirez que je vous envoie un soldat suédois, qui nous est venu de Genève.
LETTRE XIV. — Au méme.
C'est avec beaucoup de regret et de ressentiment de votre perte que je vous écris la présente, ce que j'eusse fait plus tôt si la nouvelle que j'en ai apprise ne m'eût tellement étonné que j'ai été plus de huit jours sans me pouvoir résoudre d'en mettre la main à la plume, sachant bien que mon style n’est guère consolatif (sic). Je vous prie de n’en attendre de moi aucune, vu que moi-même à cause de vous, en aurois besoin, et ne m'en veux mêler, de peur de ressembler à ces anciens ambassadeurs grecs qui , après le deuil passé de la mort du fils de Tibère, vinrent pour consoler le père qui se moqua d'eux, et prie Dieu que n’en ayez plus guère besoin quand vous recevrez la présente. La mauvaise disposition de ses entrailles, son mauvais foie et sa triste et pâle couleur, ont été capables de vous avertir du malheur qui le suivoit de près; et voyant bien que vous l'avez prévu, cela vous doit servir à modérer votre douleur, ayant reconnu qu'il n’y avoit point de remède : Prava diuthesis jamdudum fixa in hepate, summam vitæ brevem pollicebatur, sjemque vetabat inchoare longam : pour vous le dire en un mot, j'en porte le deuil comme vous, j'en ai un grandissime regret, et vous puis assurer que ma femme même en « été fort touchée. Je voudrois bien avoir ou savoir quelque chose qui fût capable de vous consoler. Il n’y a rien ici de nouveau : le marquis de Coislin, fils aîné de M. de Pont-Château, parent de M. le cardinal, épousa avant-hier la fille aînée de M. le garde des sceaux moyennant une dot de cent mille écus. M. de Bullion est en mauvaise posture aux finances, a reçu de gros mots qui sont les précurseurs d’une grande disgrâce qui s'en va lui venir. L’évêque d'Orléans est ici fort malade d'une pierre dans les reins, quæ ischuriam jam triduo perseverantem intulit. Je vous envoie un livre nouveau plein de paradoxes assez gentils, et souhaite qu’en sa lecture il vous donne du divertissement : j'attendois toujours à l'avoir pour vous
écrire, mais le privilége nous a retardé. Dans le milieu dudit livre vous trouverez le portrait de M. François, auteur du Pantagruélisme que M. votre petit frère m'a demandé pour vous. Je vous prie de recevoir l’un et l’autre de bonne part, comme venant d'un de vos plus fidèles amis. Hier au matin le preinier président trouva sur son siége, y prenant place, un petit sac de cuir dans lequel étoit contenu un nouveau manifeste de Monsieur, lequel messieurs de la cour jugèrent qu'il falloit envoyer au roi, ce qui fut exécuté. Hier au soir un honnète homme m'’apporta céans en mon absence votre Grumani hederæ, duquel je vous remercie. J'ai bien du regret que je n’aie vucethonnète homme qui a pris la peine de me l’apporter. Le jeudi gras, M. Ch. Bouvard, premier médecin, présidera ici à une thèse de aquarum mineralium facultatibus , opposée à celle que vous avezemportée de M. Piètre : nous verrons si elle sera aussi bien faite que la première; je ne manquerai de vous en envoyer une dès l’heure même, et vous me ferez la faveur de m'en dire votre jugement. Le bonhomme Piso (1), auteur du livre de serosa colluvie, est mort cet été passé à Nancy en Lorraine. On commence à imprimer ici les conseils de médecine de feu M. Baillou, qui mourut en 1616, l'ancien de notre Faculté (2). Je crois que ce sera une fort bonne pièce , car il
(4) Carolus Piso, Charles Lepois (né à Nancy en 1563, mort en 1633); voici le titre de son livre : Selectiorum et consiliorum de praæteritis hactenus morbis effectibusque præter naluram ab aqud, seu serosd colluvie et diluvie, ortis, liber singularis, Pont-à-Mousson, 1618. Boërhaave faisait grand cas de ce livre ; il y mit une préface dans l’édition de Leyde, 1714, in-4°, Cet ouvrage est encore estimé, mais peu lu aujourd’hui. Des observations tirées de ce livre ont été publiées sous le titre de Piso enucleatus..…. Elzévirs , 1639, in-13. (R. P.)
(2) On sait que cet illustre médecin recueillit avec soin les fruils de sa pratique, mais il ne publia rien. Ce fut longtemps après sa mort que ses deux neveux , Simon le Tellier et Jacques Thévart, firent imprimer ses mamuscrits, et cette publication eut le plus grand succès. La dernière et la meilleure édition des OEuvres de Baillou a été donnée par le célèbre Tronchin , 4 vol. in-4°, Genève, 1763. (R. P.)
étuit fort savant, et ce que j'en ai vu m'a beaucoup plu. de vous prie de remercier M. votre frère de celle qu'il lui a plu m'écrire : quand j'aurai quelque chose digne de lui, je ne manquerai de lui écrire en lui envoyant. Je vous baise les mains, à madame votre mère et à madame votre sœur, lesquelles j'ai eu le bonheur de voir ici, et suis , etc.
De votre maison de Paris, ce 6 février 1634.
LETTRE XV, — Au méme.
Ce sera pour répondre à votre dernière : je n'ai depuis rien vu ni oui du curé de Loudun; on m'a néanmoins dit que l'on en faisoit un gros livre, vereor ne sit opus otiosi et male-feriati alicujus monachi, qui suas nugas nobis obtundat. Pour le Senvertus, on achève son cinquième volume de pratique, qui sera Sa chirurgie ; vous n'avez qu'à me donner place de ce qu'il vous plaira que je vous achete, et l'envoyer prendre céans. Tout ce qui a été imprimé de lui à Paris, est in-4° assez fautif : à Lyon , in-8°, qui ne vaut pas mieux; dans quelques années, nous verrons toutes les œuvres de cet auteur en deux volumes in-folio, plus correctes que par ci-devant, et si vous n’en êtes pressé (ce que je ne crois pas ), je vous conseillerois d'attendre. Les conseils de M. Baillou marchent toujours , sed lento pede , à cause que le manuscrit en est fort difficile. Vous me faites honteux de dire que m'avez de l'obligation ; c'est moi qui confesse vous en avoir de toute sorte. Quant aux nouvelles de ce pays, je vous dirai que Monsieur est revenu ; qu'il a salué le roi à Saint-Germain, le samedi 17 octobre, le lendemain dîné à Ruel, chez M. le cardinal, qui sont fort bons amis : de là il est allé à Limours, et puisira à Blois, où il demeurera jusqu’à ce que son mariage soit rompu avec la princesse Marguerite : quoi fait, il reviendra à la cour épouser la princesse Marie, fille de M. de Mantouë. Voilà le bruit qui court. On dit que Monsieur est tellement indigné contre
M. d'Elbeuf, qu'il a prié spécialement le roi de ne lui permettre jamais qu'il revienne en France. On dit aussi que l'on traite du retour de la reine mère, et que le roi y a envoyé exprès un gentilhomme. Pour les affaires des Suédois, on les tient toujours en mauvais état. M. le cardinal donne sa cousine de Pontchâteau, l’aînée, en mariage à M. de la Valette ; et la seconde à M. de Puylaurens, en vertu du nouvel accord et de la réconciliation. On envoie des troupes en Allemagne sous la conduite de M. le maréchal de Brezé, beau-frère de monseigneur l’éminentissime, et toutes les garnisons de Picardie y sont employées. Si ces livres de Mercurialis se rencontrent, je ne manquerai pas de les retenir. Je ne vous prie que du Cardan, de utilitate ex adversis capienda. La nouvelle est fausse de la surprise de Toulon, trop bien que plusieurs vaisseaux espagnols en ont côtoyé les bords ; et qu'on a pris en Languedoc un espion qui était capitaine espagnol et commandeur pour le roi d'Espagne en la comté de Roussillon. Dans quinze jours j'espère de vous faire savoir de mes nouvelles , et vous envoyer la thèse de président, de M. Piètre le jeune, et le nom de notre nouveau doyen. Je vous prie de me conserver toujours en vos bonnes grâces, et de monsieur votre frère, et tenir pour assuré que je serai toute ma vie, etc.
De Paris, ce 27 octobre 1634.
Re
LETTRE XVI. — Au méme.
Je vous remercie bien humblement de la vôtre, et de vos bonnes nouvelles. Je vous envoie le catalogue de nos docteurs, que notre nouveau doyen M. Guillemeau a fait imprimer initio sue inaugurationis : comme aussi la thèse en laquelle M. Piètre, le jeune, présida hier avec honneur et satisfaction de tous ses bons amis : le point en est bien commun, mais la raison n’en est pas commune , joint que le texte me semble être couché en fort bons termes. On dit ici que M. de Vitry et
M. de Saint-Chaumont ont eu grosse querelle en Provence, jusque là qu’on tient que M. de Vitry y est arrêté prisonnier de par le roi ; d’autres disent qu’il a commandement de s'en revenir. Quelques uns disent que la reine mère revient, sed non ego credulus illis. Deux docteurs de Sorbonne, savoir, M. Ysambert et Lescot ; deux jésuites , l’un desquels est confesseur du roi, nommé P. Maillan ; deux capucins, l’un desquels est le P. Joseph, sont de retour d'Orléans, où ils étaient allés conférer avec Monsieur pour rompre son mariage avec la princesse Marguerite : c’est à quoi, sur leur relation, on va travailler. Ce sera premièrement devant l'évêque de Chartres ; puis après devant M. notre archevêque de Paris ; finalement devant M. le cardinal et archevêque de Lyon , lequel après cela s’en ira à Rome. On imprime ici à grande hâte l’histoire du roi d’à présent, faite par M. Dupleix, sur les mémoires de M. le cardinal. Je crois bien qu'elle ne dira pas toutes les vérités, et néanmoins par ce que j'en ai vu, je vous assure qu'elle dit plusieurs belles et étranges choses, fausses ou vraies. Elle sera achevée aux Rois, st nthil superveniat. Les importuns qui m'ont emprunté des livres sans me les rendre, m'ont obligé de les avertir in posterum, par une affiche que j'ai mise à la porte de mon étude, de laquelle je vous envoie une copie, pour en servir à même fin , s'ils vous incommodent ; mettant votre nom collé au-dessus du mien, qui sera toujours de celui qui veut être toute sa vie, etc.
De Paris, ce 17 novembre 1634.
© LETTRE XVII — An méme.
Je vous remercie de la vôtre, et suis bien marr: de l’accident qui est derechef advenu en votre famille, mais c'est un passage qu’il nous faudra tous passer. Ceux qui meurent peuvent bien dire comme Passcrat, votre compatriote :
LETTRES DE GUI PATIN. 31 Veni, abii : sic vos venislis, abibitis omnes.
Je suis déménagé dès la Saint-Rémy dernier, mais je n'ai pas laissé de recevoir toutes vos lettres, n'ayant pas sorti de la même rue, et ne sauriez manquer de mettre même inscription de rue, et au lieu de mettre près de Sainte-Opportune, il faut mettre devant l'Étoile, qui est à l’autre bout, s’il vous plaît. Je vous tiendrai prêt les Conseils de M. Baillou, vous n'avez qu’à les envoyer prendre céans par qui et quand vous voudrez ; ils valent cinquante sols. L'on m'a dit, pour le fait des apothicaires des champs, que si les apothicaires de votre ville n'ont pas de maitrise entre eux, qu'ils n'ont du tout que voir sur eux, mais que ce droit seul appartient à vous autres messieurs les médecins, qui les peuvent interroger et approuver en présence du lieutenant-général de votre ville, duquel seul ils relèvent, et que de lui ils n'ont point d’autres juges que le parlement. Voyez si c'est là ce que vous en désirez. Nous en avons un procès à la coar pendu au croc, contre les apothicaires de cette ville, qui en voulaient seuls connoître avec le lieutenant civil: et nous, au contraire, voulious qu'il n’y eût que deux de leurs jurés avec les professeurs en pharmacie, et que cela allàt droit au parlement, à cause des malversations qui se commettent au Châtelet, auquel le lieutenant civil ne refuse lettre à personne pourvu qu'il donne de l'argent; et avons en mains plusieurs exemples de malversations et concussions que lesdits jurés ont commises sur les apothicaires des environs de Paris. Notre cause est tellement fondée sur le droit et le bien public, qu’il y a de l'apparence que nous la gagnerons quand il plaira à notre doyen de la poursuivre; mais il est de présent occupé à autre chose. Je chercherai sur ce fait quelques édits ou arrêts, et vous enverrai ce que j'en pourrai trouver. On dit que la paix des Suédois avec l'empereur est fort malaisée à faire, et qu'il n'y a pas d'espérance de la voir sitôt faite. On ne dit encore rien de certain de M. de Puylaurens et de ses compagnons ; je ne
sais ce qui en sera, mais on dit qu’il y a du crime. de vous baise bien humblement les mains, et suis, etc.
De Paris, ce 3 mars 1635.
LETTRE XVII — Au méme.
Je vous dirai que sur le dessein que j’avois de vous écrire, j'ai reçu votre seconde, à cause de quoi la présente servira de réponse à toutes deux. Le livre de M. Moreau, de illustribus Medicis Paris., nec est editus nec edetur unquam. Depuis le dix-huitième tome du Mercure , il n'ya rien, ni aura devant un an. Tant s’en faut que j'entende vous conseiller d’acheter le Galien grec et latin, qu'au contraire je veux vous avertir que ce n'est rien qui vaille, et qu’il faut le laisser là, et deferatur in virum vendentem thus et odores et piper, et quidquid chartis amittitur ineptis. Quant au sieur Monsaint , je l'ai vu en cette ville; c'est un petit homme qui fait le finet et le gentil. Il est vrai qu'il est de Sens, et qu'il a pris ses degrés à Reims : pour médecin du roi, c’est nos tenus, si ce n’est qu'il ait, moyennant quelques pistoles, obtenu quelque lettre de médecin du roi de quelque secrétaire du cabinet ; mais on se moque de ces titres en ce monde ici et en l’autre; néanmoins à la campagne ces messieurs s'en font accroire avec ces bulles imaginaires. [l hantoit en cette ville chez M. de Flecelles, président des comptes. Je connois bien aussi ledit Valet, ce n’est pas grand'chose. Monsaint ne peut être parent de M. Bonard, qui est de Vendôme, ni de sa femme qui est fille de feu M. Riolan le bonhomme. Vos griefs, en vertu desquels vous ne Île voulez recevoir, me semblent assez bons ; mais les jugements que vous avez contre des particuliers semblent vous promettre gain de cause, et serois bien aise de vous voir défendre et gaguer cette cause. On ne fait point ici de garde; maïs on dit que MM. les maréchaux de Châtillon et de Brezé ont défait dans le Luxembourg près de Namur six mille hommes: mais la
nouvelle n’en est pas encore bien certaine. Je vous envoie une petite pièce nouvelle, plus curieuse que bonne; c'est une vesperie qu’a faite M. Pijart, où il y a autant de fautes qu'il ÿ a de pages pour le moins. Il croit néanmoins avoir fait grand’ chose. Je vous baise les mains, et à M. votre frère, avec dessein de demeurer, etc.
Ce 28 mai 16386.
LETTRE XIX. —— Au mcne.
Pour vous témoigner que je n’ai pas oublié le service que je vous dois, ni ma promesse touchant votre M. Monsaint, je vous envoie enfin, après beaucoup de temps (mais ce n'est pas ma faute, puisque je n’ai pu le faire plus tôt), copie de l'exploit que l'on a donné audit sieur, à la diligence de notre doyen, en vertu de la requête qu’il a obtenue pour poursuivre telles gens que lui. Je pense que c’est ce que par ci-devant vous avez désiré de moi; si j'apprends que vous désiriez autre chose, je tècherai de vous y servir, au moins je n’y manquerai pas de bonne volonté. On ne dit pas ici de nouvelles dignes de vous, sinon que le cardinal de La Valette a battu Galas, lui a tué cinq ou six mille hommes, et gagné douze canons. On dit que le roi est par-delà Saint-Dizier. M. le cardinal est ici qui prend l'air çà et là pourrefaireSon Éminence des afflictions qui l’incommodent au corps et en l'esprit, ex deteriori et minis prospero rerum nostrarum successu. On a ici imprimé les Lettres d'État et d’ambassades de M. Phil. de Canaye, ambassadeur pour le roi à Venise: il y en a trois tomes in-folio, dont les deux premiers ne contiennent guère qu'affaires communes du temps; mais le troisième, c’est tout ce qui se passa à Venise, les ans 1606, 1607, quand le pape Paul V excommunia les Vénitiens : ce troisième est fort curieux. MM. les pères Loyolites furent chassés de ladite ville pour leur infidélité papaline, et en l'accord qui en fut fait, ils n'y purent être re-
mis, pour les insignes conspirations qui furent reconnues être venues par leurs artifices, et par le moyen de la bénite confession auriculaire, contre la liberté de ladite république. Tout le pecus loyoliticum est furieusement chargé dans ce troisième tome , lequel par ci-après fournira de bonnes charges contre eux à ceux qui les voudront taxer. On imprime aussi de nouvelles lettres de Balzac. Je vous baise les mains, à M. votre frère, et à tous MM. vos collègues, pour demeurer à jamais, etc
De Paris, ce 16 février 1633.
LETTRE XX. — Au môme.
Je ne sais par où commencer pour vous remercier de tant d'affection que vous me témoignez, et principalement de votre pâté, duquel je vous remercie bien humblement. Ma femme pareillement vous baise les mains, et vous en remercie : nous espérions que votre pâté seroit venu pour le baptême d’un quatrième garçon que nous attendons, mais il eùt pu être gâlé auparavant, puisque le petit galant ne vient pas encore; je crois que c'est qu’il veut mûrir et passer le terme, afin d'être plus habile homme que les autres, et que le terme est trop peu de chose, trop court pour lui, aussi bien que pour les enfants des princes. Je souhaite qu'il vienpe en boune santé de lui et de sa mère, et qu’il soit quelque jour honnête homme, combien que ma femme désire fort à cette fois d'avoir une fille. Je vous envoie par ce présent porteur le 2° tome des Conseils de Buillou, desquels je vous prie d'avoir agréable le présent. Dans huit jours , s’il vient quelqu'un de vos amis en cette ville, je vous en envoierai un autre, qui est Scholæ medicæ Frambesarii, multô auctiores et locupletiores qu'un antea, avec quelques thèses de médecine dans lesquelles nous allons rentrer à cette Saint-Martin. Il y a quelque temps que je vis ici votre Monsaint fort pâle et défait ; je pense qu'il
a plu sur sa mercerie, de quelque fièvre continue. On dit ici que nos gens ont levé le siége de Valence au Milanez, et que notre armée étoit trop foible pour la prendre. On dit aussi que le maréchal de Brezé revient de Hollande, son armée étant dissipée. 1 se parle ici de paix ; et dit-on que le roi envoie à Constance pour en traiter M. de Bullion et le père Joseph , et le maréchal d'Estrée à Rome. On dit aussi que M. de Belièvre, le maître des requêtes, gendre de M. de Bulilion, et ambassadeur pour le roi vers les princes d'Italie, a accordé avec M. de Mantoue le mariage de la princesse Marie sa fille, et de Monsieur frère du roi, lui donnant tout le bien qu'il a en France. On s’en va ici, après la Saint-Martin, faire quantité de nouveaux officiers, pour avoir de l'argent, conseillers, présidents, maîtres des comptes, etc. On dit plusieurs autres choses, lesquelles, pour être trop incertaines, je ne vous écris point de vous baise bien humblement les mains , et suis, ete.
Ce 8 novembre 1636.
LETTRE XXI — Au méme.
de vous eusse plus tôt écrit si je n'eusse espéré de parler à MM. Séguin ou Cousinot : le premier desquels n'est pas en celte ville, et le second que je n'ai pu encore attraper depuis la vôtre reçue; je vous écris néanmoins afin que vous ne soyez pas davantage en peine. Je ne crois pas que M. Bonnard vous puisse faire continuer votre syndicat , outre que je ne sache personne qui l'en veuille prier, pas même M. Cousinot; le bon homme n’est pas comme le grand prêtre Ély, qui nimium erat indulgens in suos: et pour ce fuire il faudroit avoir un arrêt du conseil, contre lequel vos jeunes s’opposeroient , n'étant donné que sur simple requête et parties non ouies ; il faut qu'en cela la coutume vous juge, et sans doute que le Parlement en jugera ainsi. Si on s’en rapporte à l’usage de notre école, notre
doyen est changé de deux en deux ans, et un nouveau établi selon les statuts, lequel est appelé à la visite et à l'examen des apothicaires et des chirurgiens. Si votre coutume immémo : riale est formellement contraire à cela , c’est à vous à l’exhiber et la faire valoir; car si celui qui a eu devant vous le syndicat ne l'a en perpétuel en sa personne, on vous montrera l'usage formellement contre vous, et en ce cas ne le pouvez retenir, si vous ne récusez d'incapacité ceux qui veulent jouir du même droit. Voilà ce que m'en a dit un homme qui sait plus de ces affaires-là que MM. Séguin ni Cousinot : excusez si je vous en parle librement, nec fortassis omnino ex voto tuo. Je vous envoie deux thèses qui me plaisent bien fort, l’une pour être bien polie, et l’autre pour contenir bien de la doctrine. Je vous remercie de la vôtre de Idengraphia, de laquelle je vous envoie le manuscrit que j'en avois de l’an 1624. M. du Châtelet mourut ici d'hydropisie, il y a aujourd’hui huit jours. Hier à onze heures y mourut subitement et inopinément la femme du premier président de la Cour des aides, après avoir pris un breuvage que lui avoit donné Sévigny, empirique italien, qui l’avoit invitée sanam et valentem de le prendre pour se rafraîchir, et de là s’en aller aux champs. Elle ne se servoit quede ce charlatan, à cause qu’elle haïssoit la saignée : elle n’y a guère gagné. Je ne vous mande rien de nouveau de la guerre, vu que tout est ici fort incertain; je ne m'’attends pas à la paix sitôt. Je vous baise très humblement les mains, et suis, etc.
De Paris, ce 12 avril 1636.
LETTRE XXII. — Au néme.
Je vous dirai brièvement, pour réponse à la vôtre datée du 26 de ce mois, que in præsenti rerum nostrarum tumultu, après la prise du Catelet, le roi ayant demandé du secours au Parlement et autres grandes compagnies de cette ville, les autres
LETTRES DE GUl PATIN. 37
s'étant mises en leur devoir, en cas si urgent notre doyen assembla notre Faculté speciali articulo, où il fut conclu que nous donnerions pour cet effet au roi, ex ærerio nostro, mille écus comptants : cp qui a été fait, avec bonne quittance qu’en a tirée notre doyen (1). On n’a point laissé, outre ce, de nous
(1) Un roi de France qui emprunte de l'argent à une Faculté de mé- : decine! À peine comprend-on de pareils usages, aujourd’hui que le pouvoir centralisateur a tout envahi et absorbé. Il y a mainienant plus de liberté civile et individuelle; mais où trouver de ces grands corps fortement constitués, qui servaient tout à la fois d’obstacie ou de soutien, selon les circonstances? nous n'en avons qu’un pâle reflet dans Pordre actuel des avocats. Autrefois, la Faculté de médecine était une : pelite république dirigée par ses propres statuts et par un doyen éligible et responsable : l’autorité supérieure n’y avait qu'une médiocre in. flucnce. Tout absolu qu'était Louis XI, il ne put obtenir le manuscrit de Rhasis , qui était aux écoles de médecine de Paris, pour en faire faire une copie, sans donner pour caution cent écus d'or et douze marcs d'argent. Jean de la Driesche, président de la Cour des comptes, chargé de celte commission, cngagea pour cela une partie de sa vaisselle : l'acte de ce prêt est de 1471. Les vives disputes des médecins entre eux, les entre-mangeries doctorales, comme dit Bayle, n’emypêchaient pas chaque membre de la corporation d’en soutenir l'honneur quand l’occasion s'en présentait. C’est là ce qui donna à la Faculté de médecine un caractere de force, de grandeur et d'unité, qu’elle a conservé pendant plus de huit siècles. Rien de semblable ne se voit aujourd’hui : Pisolement est ce qui s'oppose Île plus à la dignité des médecins et à la prospérité de chacun d'eux ; c'est au point qu’à moins d'un peu de fortune, de circonstances favorables ou d’incroyables cflorts, il est maintenant reu de médecins qui ne soient forcés de livrer leur jeunesse à un avenir chimérique, à d’inutiles labeurs, et leur vieillesse à la misère, à l'abandon. Si la fortune vous trompe, si le malheur vous frappe, si la maladie vous atteint, si un créancier impitoyable vous fait mettre en prison, qui est-ce qui pense à vous? à qui vous adresser ? qui vous lendra une main secourable dans ces grandes infortunes ? Vous avez reçu les insignes du sacerdoce médical, on vous a confié la sainte mission de secourir Îles hommes : mais qui êtes-vous dans la foule ? une simple unité numérique, un individu, et comme tel, écrasé ou broyé par la grande meulc des iutérèts opposés. (R. P.)
38 LETTRES BE CGUt PATIN.
faire demander par chaque capitaine des quartiers que nous donnassions encore quelque chose pour avoïf de la cavalerie: mais fort peu ont donné, joint que cette seconde demande ne regardoit que les plus riches : pour moi, j'ai dit à ceux qui me sont venus trouver, que tout ainsi que la terre ne rapportoit qu'une fois l’an, et que mes rentes ne m'étoient payées qu'à peine une fois l'an, je ne pouvois aussi donner qu'une fois , et que je ne pouvois davantage : je me contente d'avoir donné une douzaine d'éeus pour ma part. Pour la garde, nous en somines exénrpts iéi, ef jamais n'y avons été, ni envoyé: nous en avons des exemptions en nos registres qui ont été en diverses occasions confirmées , lesquelles, notre doyen nous a ait imprimer. Je vous en envoie quatre pour vous et vos amis: nos compagnons s en sont servis, en les montrant à leurs capitaines, qui . honnêtement les en ont dispensés. Les mêmes eauses qui nous en dispensent vous sont tommunes: je prie Dieu que vous en soyez exempté. Le roi partira, dit-on, lundi prochain, avec nos troupes nouvelles ; et il n’y a rien autre chose de nouveau. Je vous baise les mains, et suis, etc.
Ce 29 août 1636.
LETTRE XXII. — Au méme.
Je vous écrivis la semaine passée fort à la hâte, à cause que je reconnus que vous étiez en peine de ma réponse, pour laquelle vous faire tenir je délivrai vitement la mienne à celui qui m'apporta la vôtre. Je ne sais si la mienne vous aura contenté, mais je vous ai dit de ces matières-là ee que j'en savois. Pour le présent, on ne fait plus ici la garde comme par ci-devant : étant survenu quelque désordre en une des portes, contre des gens qui se disoient être à M. le Cardinal, et qui vouloient entrer, ef que plusieurs plaintes ont été faites contre plusieurs qui tiroient leur mousquet et blessoient du monde; on à ordonné que l'on ne gardera plus les portes que de jour, et ce,
douze hommes seulement de chaque compagnie l'un après
l'autre, sans piques et mousquets, mais seulement avec une
haïlebarde en la main. Ce qui a été exécuté; mais le bourgeois
criant qu'on le vouloit désarmer, ils recommencent à y re-
porter leurs piques et mousquets, mais en petit nombre,
comme j'ai vu moi-même aujourd'hui en deux diverses portes
de Bussy et Honoré. Le roi et son éminence partirent d'ici
lundi premier de ce mois, avec le plus de monde qui se put
rencontrer. Il y a quelques jours qu’une partie de notre infan-
terie passa la rivière de Somme, faisant mine d'aller vers nos
ennemis, mais un gros de cavalerie ennemie venant fondre
sur eux, les obligea de repasser et revenir en-decà : ils n’entreprendront plus de la repasser que toute l’armée ensemble,
laquelle on range pour cela. S'il s’en passe quelque chose de
remarquable, je vous en donnerai incontinent avis. On im-
prime iciun commentaire très docte in Hippocratem, de morbis
internis, de feu M. J. Martin, qui mourut en 1609, prenier médecin de là reine : eraf origine Partsiensts, el alius à vestro Trecensi, qui obitt anno 1625. Le texte y sera grec et latin, et
le commentaire après de plus petite lettre : il sera in-4° de la
grosseur et grandeur du Baillou. Je pense que vous avez ouï
dire des vers latins qui furent faits contre M. le prince, pl us de quinze jours.avant qu'il eût levé le siége de Dôle : je vous les
mettrai néanmoins ici, de peur que ne les ayez.
Stat Dola, stant müuri, frustra, Uondæe, laburas, Non est illa tuis Urbs ruitura dolis :
Te tarde genuît Alater, tu tardiës Urbem Viceris , errelso quæ stat in aurilio:
Si per tot menses quot quondam malris în al o Aniè Dolam stelcris, bis pudor indr libi.
11 court ici d’autres vers sur l’état présent que voici:
Qu'est-il besoin de savants politiques Pour gouverner nos affaires publiques,
N'espérant plus aucun soulagement.
On voit la France en sa dernière crise Entre les maius du prince de l'Église, Donnez-lui donc son dernier sacrement.
Je vous écrirois volontiers des nouvelles qui se disent ici: “mais il y a si peu de vérité en tous ces contes, et si peu d'assurance, que je vous prie de m'en dispenser. On dit que le colonel Gassion a amené au roi trois mille bons chevaux, et qu’il nous vient neuf mille hommes de pied de Bourgogne, pour grossir notre armée de Picardie. Sa Sainteté nous a envoyé un Jubilé que l’on commencera à célébrer ici la semaine qui vient. 1 me semble qu'il ft venu à propos quand nous eussions chassé les Espagnols de Picardie, vu que les esprits des princes semblent être moins disposés à la paix avant la bataille, et qu'il faut pour les humilier qu’ils perdent quelque poste qui les dispose à la paix, laquelle je souhaite de tout mon cœur. Je vous baise très humblement les mains, et suis, etc.
De Paris, ce 10 septembre 1635.
LETTRE XXIV.— Au même. .
J'ai jusques ici attendu à faire réponse aux deux vôtres, pour vous mander la reddition de Corbie, de laquelle on vient de nous assurer, et pour laquelle on chantera demain sans faute le 7e Deum à Notre-Dame. On continue le livre de M. Martin, duquel je vous donnerai avis, quand il sera fait. Je vous prie de croire que quand je prise ce vieux Martin, c'est à cause de son mérite premièrement ; et puis après par une obligation particulière que j'ai à sa mémoire, laquelle votre bonne affection envers moi me permettra de vous dire. Feu mon père étant en cette ville député pour notre pays, y tomba malade l'an 1601 d'une fièvre continue, ct échut à
avoir M. Martin pour médecin, lequel ne voulut prendre de lui aucune récompense restituta valetudine, lui disant qu’il ne prenait jamais d'argent de plus pauvre que lui quand ils étoient gens de bien, comme il le tenoit pour tel ; cela lui acquit une rente d'un pâté de venaison, qui lui a été payée tous les ans jusqu’à sa mort. Mais cela n'empêche pas que je ne prise fort vestratem Martinum, in cujus jactura, j'ai perdu un bon ami, et qui m’aimait extrêmement. Je l’ai quelquefois gouverné assez particulièrement, et ai consulté quelquefois avec lui. Huit jours avant le malheur fatal qui lui ôta la vie, je lui avois fait signer une consultation pour un gentilhomme qui avoit la pierre, et lui donnant un écu d’or que j'avois reçu pour lui, il me témoigna tant de ressentiment d'affection et d'amitié pour moi, que je l’ai toujours extrêmement regretté; ce que je ne ferois pas moins quand je ne l’aurois pas connu particulièrement, vu qu'au jugement de tous nos anciens, il étoit le premier de l'école entre ceux de son âge. M. Piètre même, notre ancien, que je tiens comme un oracle , et qui de soi est paurcus laudator (1), me l’a maintes fois haut loué et fort extollé. Quiescat igitur ufroque Martinus, quorum memoriam apud me nulla œtas, nulla unquam delebit oblivio. Pour M. votie beau-frère , il m'est extrêmement recommandé, comme me sera aussi tout ce qui me sera adressé de votre part, je l'en ai assuré, et lui confirmerai quand il voudra; je vous prie d'en assurer M. Sorel son père, et de le remercier à mon nom de la peine qu’il a prise de m'écrire , auquel je fais un petit mot de réponse, pour l'assurer que son fils m'est fort recommandé, et qu’il a tout pouvoir sur moi. M. Mégard m'a adressé cette semaine passée une consultationepro Epileptico adolescente Trecensi, dicto Michelin. Je lui ai fait ample réponse ; je vous | prie néanmoins de ne lui en rien dire s’il ne vous en parle le
(t) En conscience, maitre Gui Patin aurait pu s'appliquer ces expressions; lui-même est rarement melliflus en fait de louanges, fantum ubest ut contra. (R, P.)
premier, vu qu'il ne m'a nullement parlé de vous. Lx ejus opera et consilio , facilè suspicor afque conjicio eum esse virum bonum minimé malum. Je vous baise très humblement les mains, et suis, etc.
Ce 16 novembre 1635. ,
LETTRE XXV.— Au même.
Je ne sais par où commencer cette lettre, ou à vous remercier de votre beau pâté, ou à me réjouir avec vous et vous congratuler de la nouvelle amie que vous avez faite. L'frique vestrum omnia lecta faustaque precor. Si tu gaudes et ego tecum gaudeo. Eritmihi tecum hœc congratulatio xoim, ef ravra ra vay giluv. Gaudeo tibi contigisse quod paucis contigit, et bonan bonis prognatam, divitem, formosam sis nactus. Quare unuin te beatiorum potes dicere ; itaque hoc unum enixe cupio.
Ornnes el tecum meritis pro lalibus annos Exigat, et pulchra facial le prole parentem.
Je votdrois bien savoir quelque botme nouvelle de ce pass pour vous mander ; mais nous ne sommes pas si heureux que d'en savoir. Le jeudi, 8 de ce mois, on joua ici à l'hôtel de Richeliea une comédie qüi coûta cent mille écus: Quod notandum in ista qua versamur lemporum difficultate ; et le lendemain , vendredi 9 , entre sept et huit heures du matin, la rigueur de Ïa saison joua une rude tragédie sur l’eau, qui fit enfoncer plus de cent bateaux à là Grève, chargés de vin, de blés , d'avoine, de poisson, de bois ef de charbon , ce qui est un malheureux désastre pour les pauvres marchands. On met ici de nouveaux impôts sur ce qu’on peut, entre autres sur le sel , le vinet le boïs : j'ai peur qu'enfin on en mette sut les gueux qui se chaufferont au soleil, et sur ceux qui pisseront
dans la rue, comme fit Vespasien. On dit ici qu’il y a eu sé-
LETTRES DE GU£ PATIN. 43 dition à Marseille, et quelques maisons pillées : Dii meliora. Le commentaire de feu M. J. Martin sur l'Hippocrate avance fort; j'espère que nous l’aurons ce carême. On s’en va imprimer de nouveau les préfaces et les poésies de M. Jean Passerat, qui olim fuit vestras, nimirum Trecensis, verè nobilis, flos delibatus populi Suadæque medulla.
Toutes ses préfaces sont extrêmement bonnes; mais j'en prise particulièrement deux, savoir, celle de Ridiculis, et de Cœæcitate ; dans la première desquelles graphicè depictus legitur grex Loyoliticus. On parle ici d’un emprunt que veut faire le roi sur toutes les bonnes villes de France, et que Paris y est taxé pouf sa part à douze cent mille livres, et les autres à moins, chacune selon son pouvoir ; mais il me semble que ce n’est point argent prêt, tant pour les villes de la campagne que pour Paris même, quelque richesse qui semble y avoir : car c'est chose horrible de savoir l’incommodité et la pauvreté qui se rencontrent partout. Et plût à Dieu que le roi sût, par la bouche d'un homme de bien, le malheureux état de son peuple; il y donneroit infailliblement tout autre ordre qu'il ne fait. Il y a quelques mois que M. Duret de Chevry, président des comptes, qui étoit fils de Louis Duret, qui a commenté les Coaques d'Hippocrate, mourut en cette ville, le troisième jour après avoir été taillé de la pierre, pour lequel on à fait l’épitaphe que vous verrez au dos de la présente. Je vous baise très humblement les mains , et à madame votre femme , et suis, etc.
De Paris , ce 48 janvier 1637.