‹ Lettres de Gui PatinChapitre 42 sur 56 · ÉPITAPHE DU PRÉSIDENT DE CHEVRY · texte numérisé non relu

ÉPITAPHE DU PRÉSIDENT DE CHEVRY

Ci-git qui fuyoit le repos, Qui fut nourri dès la mameite De 1ributs, tailles, impôts, De subsides ct de gabelle ; Qui méloît dans ses aliments Du jus de dédommagement,

De l'essence du sol pour livre.

Passant, songe à te mieux nourrir, Car si la taille l’a fait vivre

La laille aussi l'a fait mourir.

LETTRE XXVI — Au même.

Je vous remercie avec toute affection de vos beaux présents, savoir : des deux thèses de feu M. votre père, de l’entrée du

roien votre ville, de la thèse de votre jeune collègue , et du poëme de Passerat. M. Martin mourut l’an 1609, premier médecin de la reine, qui est aujourd'hui reine-mère. Le bonhomme Séguin a oublié à marquer sa mort, mais il n'a pas oublié d'appeler Gramimaticus le plus savant de tous Îles hommes, Jos. Scaliger ; mais c'est le jésuitisme quem sectatur acerrimé bonus ille vir, qui lui a fait dire cette injure au plus digne de tous les savants. Ce vieux Séguin est si bigot et si hypocrite, qu'il en est tout fou. Scaliger non indiget patrocinio ejusmodi virorum : fuit Scaliger origine princeps nobilissimus , et verè princeps litteratorum, et n'a jamais donné le fouet à pauvres petits enfants écoliers innocents dans la quatrième du cardinal Le Moine, comme a fait ce boiteux de Séguin, qui est plus estropié de l'esprit que du corps, adeo acriter ejus animum percutit detestandum virus Cerbercæ societalis loyoliticæ. Scaliger fait à Séguin ce que la lune fait aux chiens, qui ont mal à la tête de la voir :

Et canis allalrat Lunam, vel Luna morvetur.

Il ya de la doctrine dans le livre de M. Martin, mais vous y trouverez quelque chose à désirer sur l'explication des remèdes d'Hippocrate, et sur la façon que l’on doit traiter aujourd'hui ces maladies, lesquelles ne se peuvent guérir par les remèdes qu'il a proposés. Pour le portrait de M. Passerat, je l'ai vu de decà, en taille-douce, avec ces deux vers au-dessous :

Nilopus est sculptor : tuos quicumque libellos Vidirit , ille luam nocerit effigiem.

Mais je n'ai pu en recouvrer la planche en cuivre. Si vous counoissiez quelqu'un de delà qui l’eût en sa possession, je m offre ou de l'acheter ou d'en payer le prêt, en cas qu’on me la veuille prêter pour en faire tirer deux ou trois cents, que je ferai mettre dans ses préfaces, et yous prie d’y penser : si vous la recouvrez, à quelque prix que ce soit, pourvu qu'il soit raisonnable, faites-moi la faveur de me l'envoyer par votre premier messager, j'en paierai tous les frais, et donnerai conteutement à ceux qui vous la préteront; sinon, achetez-la, j'en paierai tel prix qu’en aurez arrêté. Pour les titres des préfaces de Passerat, je ne vous l'envoie point, vu que le tout et la table mème sont imprimés il y a plus de quinze jours ; on n'est plus que sur les préfaces et les premières feuilles, dans lesquelles il y aura près de cinquante pages d’éloges, lesquels vous verrez in capite libri et tout le premier celui de M. le président de Thou. J'ai affaire à des imprimeurs qui ne se hâtent guère; j'ai pourtant espérance de vous en envoyer dans dix ou douze jours : et si vous reconnoissez audit livre que vous ayez quelque prose de lui digne d'y être insérée, vous me ferez la faveur de me la préparer pour la seconde impression, laquelle Dieu aidant sera bientôt. Je n'en parlerai pas à M. Granger, j'attendrai que vous ayez vu le livre. Le bonhomme Granger que vous avez connu, n’est plus principal de Beauvais : il s'est marié à sa servante pour la décharge de sa conscience , de laquelle il avoit déjà quelques enfants; ef Aœc Mumanitus contingunt melioribus. Je vous enverrai par ci-après copie de vos deux thèses, de ma propre main, combien que les originaux seront toujours à vous et à votre service. Je n'ai aucune bonne nouvelle à vous mander, sinon la prise entière des îles de Saint-Honorat et de Sainte-Marguerite par les nôtres sur les Espagnols, qui les ont quittées avec plusieurs pièces de canon. Le cardinal de la Valette esten Picardie, vers

lequel tendent toutes les troupes de deçà ; on dit qu’en Limousin, la Marche, l'Auvergne et le Poitou sont élevées plusieurs troupes de gens, sous le nom de Croquants, lesquels font une guerre aux partisans, et qu'on parle de deçà d'envoyer vers eux pour les apaiser. Nous n'avons plus rien en la Valteline, faute qu'on n’a envoyé de l’argent à M. de Rohan, si bien que faute de vingt-sept mille écus, nous avons perdu en un jour ce qui a coûté quarante millions de livres au roi depuis l'an 1618. Le sieur Dupleix est ici, qui fait imprimer en deux volumes l’Æistoire romaine , de même ordre et même style que sa jrançoise : elle commence à la fondation de Rome, et finit après la bataille de Pharsale, laquelle fit Jules César premier empereur. On a ici parlé de la mort du pape ; on ne parle plus que de sa maladie. Le roi, Son Eminence et toute la cour sont à Ruel et à Saint-Germain. Je vous baise très humblement les mains et à madame votre femme, avec désir d'être à jamais, etc.

De Paris, ce 26 mai 4637.

LETTRE XXVIT. — Au méme.

Comme j'élois lundi matin, 14 de septembre , fort en peine de vous et de votre santé, et que j'avois délibéré de vous écrire exprès pour en savoir des nouvelles, votre lettre datée du 3 septembre fut apportée céans, par laquelle ayant reconnu que M. Lombard pourroit être arrivé, je fus sur l'heure du midi le chercher, et lui ayant montré votre lettre qu’à peine voulut-il voir, il me délivra votre paquet avec tout honneur, im'alléguant que si l'adresse dudit paquet n'eût été perdue (cotume de fait elle étoit), qu’il m'eût envoyéle paquet plustôt, | et que je n’eusse eu la peine de l'aller querir. Je le remerciai bien bumblement de sa courtoisie, et lui ayant offert pour le port dudit paquet, qu’il refusa, m'en revins bien content d'avoir le paquet, et bien obligé à vous de votre bon souvenir

et de la grande affection que vous avez pour moi, combien que je n’aie jamais rien mérité de semblable envers vous. Le lendemain matin M. Deuise, notre ancien ami, m'apporta de sa grâce votre troisième ; en voilà donc trois pour lesquelles je vous dois réponse, quod faciam libentissimè, et quäm potero brevissimé. Premièrement, jene manquerai point de vous envoyer copie des thèses de feu M. votre père ; 2” je ferai de vos paquets ce que vous me mandez, et l'exécuterai soigneusement, en retenant de chacun d'iceux ce qui pourra servir à la deuxième édition, et vous renvoyant le reste dans sa propre liasse. Je voudrois bien, en récompense de tant de peine que prenez pour moi, pouvoir vous rendre de deçà quelque bon service, et peut-être que quelque jour nous en aurons le moyen : en attendant quoi je vous dirai que mercredi, 9 de ce mois, est ici morte madame de Longueville, âgée de trente-cinq ans, d’une fièvre maligne qui l’a prise en revenant de boire des eaux de Forges. Le jeune Séguin étoit son médecin, qui est extrêmement blämé de l'avoir menée à Forges, et de l'avoir traitée mal à propos, comme il a fait, et contre le conseil des autres médecins. C’est un coup de barre que la mort lui a donné sur la tête, afin de l’humilier : non plus étoit-il trop arrogant. M. de Bussy-Lamet a été tué devant la Capelle, et M. de Rambures y a été tellement blessé, qu'on le tient pour mort ; on a néanmoins fait partir d'ici dès samedi deux célèbres chirurgiens, savoir, Suif (1) et Fromentin, pour le traiter; je n’en ai rien appris depuis. On achève ici les Éloges latins de Papyre Masson en deux volumes in-8", avec de nouvelles lettres de Balzac, dont le volume sera mi-partie : les françoises seront devant , et les latines seront après. On vend ici l'Histoire de la république romaine en deux volumes in-folio du sieu: Dupleix. Pendant un mois j'espère que nous aurons huit vo-

(1) Suif ou Juif, comme on l'écrit dans toutes les éditions des lettres de Gui Pan, était un chirurgien eclébre aliaché particulièrement au cardinal de Richelieu. Voyez l'Index funsreus chirurgorum de Devaux.

lumes du Galien grec-latin de M. Chartier : il est délibéré de les vendre tandis qu'il achèvera les six autres. Je vous baise très humblement les mains, et à madame votre femme, en demeurant, etc.

De Paris, ce 18 septembre 1637.

LETTRE XXVIIT., — Au même.

Je vous remercie bien humblement de la vôtre, comme aussi du pâté que nous avez envoyé. Je suis honteux que vous nous fassiez tant de présents, vu que je n’ai aucune occasion de deçà pour m'en revancher ; mais je vois bien aussi que par cidevant il y a eu quelqu'une de mes lettres qui vous a échappé, et ne vous a pas été rendue, par laquelle je vous priois de ne m'envoyer jamais de pâlé, ni autre chose quelconque, vu que, outre que je suis tout-à-fait indigne de vos présents , les présents mêmes, et particulièrement entre amis, sont importuns et suspects : j'en ai dit davantage dans ma lettre autrefois, laquelle je crois avoir été perdue. Ces présents-là vons incommodent, et moi qui n'en mange jamais, suis obligé de les donner à des gens qui ne le méritent pas toujours : et outre la prière de jadis, je vous Ia réitère, et vous en prie bien humblement. Je suis tout honteux et confus en moi-même quand je pense et repasse par mon esprit toutes les obligations que je vous ai et tous les bienfaits que j'ai reçus de vous en diverses occasions, combien que je n’en ai jamais mérité la moindre partie. Vous me fites donc la faveur de vous en souvenir, et pour les petits services que je vous pourrai rendre de deçà, si tant est que je sois assez heureux de vous en pouvoir rendre quelques uns, vous m'obligerez de me conserver vos bonnes grâces. Quant à M. le Bé, je n'ai pu avoir le bonheur de le rencontrer : le petit Sorel m'a dit qu'il s'étoit chargé des livres et des papiers que je vous renvoyois : utinam procul a vobis fuget Loyolitas. M. Phil. de Canaye les a accom-

modés comme il faut : j'ai tout lu son troisième tome, où ils sont dépeints naïvement. Je m'en rapporte aux pages 17, 19, 34, 35, 66, 79, 82, 85. 86, 119, 113, 154, 177, 186, 405, 406. Ordre entrant et pénétrant comme celui-là, pag. 413, 443. Le &, Caussin a perdu sa place, pour avoir imprudemment entretenu le roi de la protection qu’il donne aux protestants, et de la reine-mère. Le cardinal dit que c'étoit un fin moine, et qui en ses entretiens particuliers avec le roi ne débutoit de rien moins que des Hollandois, des Suédois et de la reinemère: on a mis à sa place un P. Sirmond, Auvergnat, qui sera plus fin que lui, que l'on a envoyé à Rennes, où il aura loisir de corriger les sottises et les fautes qu'il a faites en sa Cour sainte , et principalement au troisième tome. Ce P. Sirmond est un savant homme, mais néanmoins jésuite: c'est lui-même dont parle le cardinal d'Ossat au fait de Marthe Brossier, l’an 1599 et 1600. Il n’y a ici rien de nouveau : toute la cour est à Saint-Germain. Je vous donne le bonjour, et suis, etc.

De Paris , ce 3 janvier 1638.

LETTRE XXIX. —— Au même.

Je sais bien que vous avez toute occasion de vous plaindre de ma négligence; j'espère néanmoins en obtenir pardon de vous, quand vous considérerez que je n’ai rien de nouveau digne de vous être mandé, puisqu'il n’y a rien de deçà qui vous vaille : joint que l’on m'a donné en nos écoles une charge cette année d’examinateur, qui m'empêche bien, et de laquelle je ne serai dépêtré qu'à Pâques. Tant de gens me viennent voir et courtiser que j'en suis étourdi, vu que je ne veux faire à aucun autre faveur que celle qu’il méritera : multa nilhilominus sibt deberi putat officiosissima natio candidatorum, comme les appelle Cicéron (f). Je me réjouis, en attendant

(1) Dans le temps de Gui Patin, il en fut comme aujourd'hui; rien

hiéux, dé ce que les loyolistes ne sont pas les plus forts in gente vestra : s'ils n’y peuvent mettre pied ni aile, je louerai tout ensemble votre courage et votre bonheur, et dirai à Domnino factum est istud. On nous assure ici que Jean de Verth a èté pris prisonnier par le duc de Veymar ; il semble que cette prise nous soit aussi avantageuse que si c'étoit le duc de Hongrie. Je suis du même avis que le poëte qui a fait les vers suivants :

Cüm Janum veterem clausum tenuere Quirites, Florentis signum pacis uhique fuil :

Nulla salus bello, pax toto poscitur orbe,

Nos Janum viridem clausimus? ecquid erit ?

Je prie Dieu qu'il nous donne une bonne paix. On espère toujours bin de la grossesse de la reine. La paix et un dauphin,ou un dauphin et la paix, seroient les bien-venus. Après ces soultaits en général, je n’en puis faire d’autres que pour votre conservation et celle des vôtres, auxquels tous je baise les mains, et à vous particulièrement, qui désire être toute ma vie, elc.

Le Paris, ce 10 mars 1638.

LETTRE XXX. — 4u méme.

Je vous aurois fait réponse par votre chirurgien lorsqu'il s’en est retourné, n'eût été que j'avois dans la tête une affaite qui m'empêchoit d'écrire avec liberté à mes amis. Notre Fa-

de plus doux, de plus modeste, de plus soyeux, de plus affable, que ce qui compose, selon Cicéron, officiosissima natio candidatorum. Gui Pat n, très capable d'apprécier la vie et le cœur humain, deles chiffrer au plus vrai, ne s’en étonne pas : c’est une simple remarque qu’il fait en passant ; ne savait-il pas que cette ardeur servile de tout candidat tient nécessairement de celle pauvre nature humaine , qui conserve toujours quelque chose de sa boue primordiale ? (R. P.)

culté m'a fait cette anhéeexaminäteur, dont je me suis acquitté du mieux qu'il m'a été possible; nous reçûümes en vertu dé cette charge samedi dernier, 27 de mars, neuf bacheliers en médecine pro biennio prorimo. Maintenant que je suis déchargé de ce fardeau, je vous dirai que pour les thèses de feu M. votre père, ce sera pour cet été que je les transcrirai moi-même et vous les enverrai fidèlement ; ne vous en mettez pas en peine. Toute la cour est ici et à Saint-Germain. On espère toujours en la grossesse de la reine , laquelle t'a encore senti aucun mouvement de son enfant. Vendredi, 26 de mars, fut ici exécuté à la Croix du Trahoir uñ homme âgé de soixante-six ans, natif deNérac,qui,parintelligencequ'ilavoit avec leducdeLorraine, : avoit, ce dit-on, entrepris un étrange dessein sur la vie de M. le cardinal : il fut rompu tout vif. Le jour d’auparavant on avoit mis dans la Bastille, prisonniers, trois bourgevis qui avoient été chez M. Cornuel, et l'avoient en quelque façon menacé, sur le bruit que l’on veut arrêter les rentes de l'Hôtel-de-Ville et convertir tet argent tr wsus bellicos : ces trois rentiers se nomment de Borges, Client et Celoron, et sont tous trois bont viri optimeque mihl nofi. Je prie Dieü qu'il ne leur atrive pas de mal. Le chevalier de Jars est hors de la Bastille, à la prière du roi et de la reine d'Angleterre, qui ont obtenu cette faveur du roi pour lui. M. de Créquy, maréchal de France, à été tué d’an coup de canon au Milanez, le 17 de mars. On dit que les Espagnols perdent et ravagent tout en Picardie; je ne sais quel ordre on y donnera, mais ün h'en dit rien ici. Le roi a envoyé en Piémont M. le comte de Guiche y porter ses ordres, à cause de la mort de M. de Créquy ; on dit que par ci-après M. le cardinal de La Valette ira. Son Éminence a été en colère contre la Sorbonne, et en a menacé quelques uns de là-dedans : je ne sais ce que cela deviendra. Samedi, 27 de mars, est ici mort in ædibus Sorbonæ M. Filesac, plusquam octogenarius, vir magnæ doctrine et virtutum cumulc insignis. Il étoit le doyen et l’ancien maître de Sorbonne : c’est le vieux Duval qui lui succède. On a pendu en Lorraine un jésuite qui

avoit des intelligences sur Stenay avec le duc Charles. Le pape a fait retirer de Savoie un autre jésuite, nommé le Père Monod, qui avoit rendu la duchesse de Savoie d’inclination tout Espagnole, et a fallu que le pape s'en soit mêlé, parce que le cardinal et le roi même n'en avoient pu venir à bout. On dit que Casal est en grand danger d’être pris cette année par les Espagnols, à cause qu'ils se sont rendus maîtres d'une ville nommée Brême, laquelle nous tenions et qui couvroit Casal : elle nous avoit merveilleusement coûté à fortifier, et néanmoins nous est échappée par la pusillanimité du gouverneur, qui l’a rendue aux Espagnols avant qu'il y eût brèche ; . cela obligera le roi d'envoyer de nouvelles troupes en Italie, si on veut conserver Casal. En récompense, le duc de Veymar a pris Rhinfeld, M. le Prince est parti pour la Guyenne, M. de Longueville s'en va en la Franche-Comté, et M. de Châtillon s'en.va, à ce qu'on dit, en Flandre. On dit que le roi est d'accord avec les Hollandois pour dresser une armée navale, à laquelle chacun contribue force vaisseaux ; et que l’archevêque de Bordeaux sera celui qui y commandera pour le roi. On dit que c’est pour assiéger Gravelines ou Dunkerque, des garnisons desquelles les Hollandois sont trop incommodés. On dit encore beaucoup d’autres choses que je ne vous mande point, parce qu'elles ne sont pas encore trop certaines ; je vous prie seulement de croire pour très certain que je suis et serai toute ma vie, etc.

De Paris, ce 7 avril 1638.

Le roi a fait commandement à MM. les présidents Champrond et Baraillon de se retirer en leurs maisons, comme aussi à quatre conseillers, qui sont MM. Tibeuf, Foucault, de Salo et Sévin, pour avoir parlé des rentes de l’Hôtel-de- Ville.

LETTRE XXXI. — Au méme.

Ce mot écrit à la hâte n’est que pour vous remercier des bons souvenirs qu'’avez d: moi, comme j'ai reconnu par la lettre de M. votre frère, et pour vous dire que jeudi au soir l'enfant de la reine a remué de bonne sorte, après quatre mois et demi de grossesse, de sorte que maintenant il n’y a nul doute de sa grossesse, quam faustom, felicem et fortunatam debent omnes boni sperare (1). Le roi s'en va lundi à Compiègne pour y voir passer son armée qui va en Flandre sous la conduite de M. le maréchal de Châtillon. Quelques uns disent que le roi va là pour une trève ; sed non ego credulus illis : il n'est pas encore temps de cela. On a envoyé exprès en grande diligence, à Rome, un courrier pour quelque discorde qui est entre M. le maréchal d’Estrées et le pape. M. le Prince est à Bordeaux. Je voudrois que tous les soldats fussent en Italie et en Espagne avec tous les moines. Mais, à propos, aurezvous des jésuites? On voit bien que votre ville est bonne, puisqu'ils ont tant euvie d'y nicher : Opulentas civitates, ubi sunt commoditates semper querunt 1sti patres, bonas carnes, bonum vinum, bonum panem, bonum linum et pallium tempestivum, ete, inquit prosa rhythmica jesuistographia dicta. Si vous ne l'avez pas , je vous en enverrai une copie. On dit aussi que M. le cardinal va en ce voyage avec le roi. M. de Rohan est mort : le duc de Veymar est devant Brisac. Le prince d'Éthiopie est ici mort d’une pleurésie. Je vous baise les mains et À madame votre femme, en intention de demeurer à jamais, etc.

De Paris, ce 24 avril 1638.

(1) Cet enfant, ce fœtus, qui s’agitait de bonne sorte dans le sein de sa mère, et qu'une colique, un faux pas, une secousse un peu vive, pouvait anéantir, était Louis XIV, qui, malgré ses fautes, a tant jeté d'éclat sur la France. (R. P.)

LETTRE XXXII — Au méme,

Je vous remercie de la vôtre datée du 2 mai. Je savois bien comment vous aviez chassé les loyolistes ; M. de Blampignon, que j'avois rencontré par hasard chez M. Bobé, me l’avoit éonté; mais je suis bien aise qu'avez ainsi traité le galant Bompain, de quo optimé conjecisti : ille ipse est quem novisti baccalnureum in medicina. J'ai une de ses thèses, en laquelle il se nomme Joannes Bompain Constantinas. C'est la ville de Coutances, au pays de sapience , vulgo Normandie. C’est pourquoi vous ne devez pas vous étonner s’il est impudent, koc enim est de patria. 1ls sont effrontés comme des gueux qui veulent loger, et qui pensent que tout est dû à leur prétendu mérite, ef fallaci fucatæque suæ sanctitati, qui rudioribus imponunt. Vous ferez fort bien si à cervicibus vestris loyoliticum hoc jugum procul depuleritis : Valère Maxime raconte que la police de la ville de Marseille étoit autrefois si bonne, qu'ils n'y laissoient jamais entrer aucun bouffon ni baladin : Nullum aditum in scenam nimis dando, ete., omnibus autem qui per aliquam religionis simulationem alimenta inertiæ quærunt, clausas portas, habet et mendacem et fucosam superstitionem , submovendam esse existimans. Ne voilà pas les moines bien dépeints? aussi bien que par ce yers de Virgile : |

Immunis residens aliena ad pahula fucus.

Mandez-moi si vaus avez la Jesuistographia, qui commence par Opulentas civitates, ubi sunt commoditaies, semper quærunt isti patres, etc.; car si ne l'avez, je vous en ferai faire une copie et vous l'enverrai; je l’ai céans imprimée dans un livre in-folio. Faites virilement tous vos efforts contre ces gens-là, car ils sont dangereux jusqu'au bout.

Sunt antica bovis, multi : ostica timcnda, Et omni monachus parte timendus homo est.

LETTRES DE GUL PATIN. sd 55

Je pense que savez bien la mort du prince d'Éthiopie et son épitaphe ; sinon, je vous l'enverrai. Il y a ici de la peste chez M. le chancelier, trois hommes en ont été emportés. Un nommé le Roy, Manceau, chirurgien de Son Eminence, et ei dilectissimus, est ici mort de plaies qu'il reçut il y a environ quinze jours, dans le bois de Boulogne, par des voleurs. M. Bourdelot est mort aussi ; et ce matin est mort M. d'Espesses, conseiller d'état, par ci-devant maître des requêtes et ambassadeur en Hollande; c'est dommage de lui, il étoit fort savant. 11 se fioit à un barbier qui le pansoit d’un érysipèle au bras, auquel s’est mise une gangrène qui l’a emporté. Je ne sais rien qui vaille de la guerre. Les gens de bien ont bonne espérance de la grossesse de la reine. Plura aliàs. Je vous baise très humblement les mains, à madame votre femme et à M. votre frère, avec dessein de demeurer toute rha vie, etc.

De Paris, ce 5 de mai 1638.

LETTRE XXXIIL — Au même.

Je vous envoie les deux livres que je vous ai promis à votre partement. M. votre frère a été ici rudement attaqué d'une fièvre continue, laquelle lui a un peu donné de relâche depuis; si cette rémission persévère , il espère de s'en aller bientôt à Troyes y prendre l'air. Regardez si votre herbier est intitulé Observationes stirpium, car le mien est intitulé Sfirptum adversaria nova; et si cela est, nous biguerons pour ce que vous voudrez le vôtre. Le roi arriva hier à Saint-Germain : Son Éminence est demeuréce sur la frontière, d'où l'armée a été détachée de nouveau en bon ordre pour un nouveau siége de place; mais On ne la nomme pas encore. Nous espérons l’ac couchement de la reine vers le commencement de septembre. Dieu vous veuille bien délivrer des loyolistes et vous tenir en

bonne santé, vous et madame votre femme, à laquelle je baise très humblement les mains, pour être toute ma vie, etc.

De Paris, ce 20 août 1638. :

LETTRE XXXIV. — Au même.

J'ai depuis votre départ reçu deux des vôtres, pour lesquelles je vous remercie : je suis bien aise d'apprendre que vous et madame Belin soyez en bonne santé. Enfin Dieu nous a dom.é un dauphin le dimanche 5 de septembre, un quart d'heure avant midi {1), lequel se porte fort bien, aussi bien que la reine sa mère, Dieu merci. M. Cousinot le fils est son médecin. Le bonhomme M. Séguin est fort malade à Saint- Germain, d’une fièvre double-tierce, qui lui livre tous les jours de rudes assauts, avec une petite continue, laquelle ne le quitte point; il en a eu tous ses sacrements. Il a été cru mort trois ou quatre fois, et maintenant il se porte un peu mieux : on m'a néanmoins assuré qu il aura bien de la peine à en relever. Son neveu, qui est de notre licence, a obtenu la survivance de sa charge, qui lui a été accordée, à la grande importunité de sou oncle, afin, disoit-il, qu’il en püt mourir plus content. On n'a pas encore fait ici grand'chose sur la naissance de M. le Dauphin : je vous ferai part de ce qui se fera. On a ici, depuis votre départ, vendu deux bibliothèques, esquelles s’est rencontré le même tome que nous avons tous deux de l’herbier de Lobel et Péna : l’autre, qui est intitulé Observationes , se pourra rencontrer quelque jour. M. le maréchal de Châtillon est disgracié, avec commandement de se retirer en sa maison, à quoi il a obéi Les Hollandois avoient

(1) On ne peut pas donner avec plus de précision l'époque de la naissance de Louis XIV ; que d'événements, que de gloire, que de malheurs depuis ce jour jusqu’au 1°" septembre 1715! (R. P.)

assiégé Gueldres, mais ils y ont été battus, puis en ont levé honteusement le siége. Notre armée est devant le Catelet, dans lequel les Espagnols se défendent vigoureusement. M. le Prince avoit assiégé Fontarabie ; mais la nouvelle est venue d'hier au soir qu'il en a levé le siége, y ayant été contraint par l’admirante d'Aragon, qui y a amené de grands secours. Nous n'avons guère gagné cette année ; nous pourrons gagner davantage l'année qui vient, puisque le Dieu de la guerre est apud homerum , )}swpaadlo; , et que de tout temps il a été reconnu vrai que ef varia laudi alea, sic et bellum. Nous aurons assez gagné si M. le Dauphin est cause que l'on fasse la paix, comme le roi l’a promis de deçà à ceux qui le sont allés saluer et visiter à cause de cette naissance. La reine-mère est sortie de Flandre, a été en Hollande, fort bien reçue à la Haye, puis de là a passé en Angleterre. Quelques uns disent qu'il y a accord fait qu'elle reviendra bientôt en France sous de certaines conditions, sed non ego credulus illis : il y a une forte pièce debout qui l'empêche. M. le Dauphin pourra bien faire cela dans quelque temps, mais il est encore trop petit pour faire un si grand miracle : uéinam regius ille infans conterat caput serpentis, et auream pacem mundo reducat. Le roi a eu quelque accès de fièvre tierce, mais ce n’est rien. Son Éminence est encore en Picardie. Je vous baise très humblement les mains, à madame Belin, à MM. vos frères et à MM. Sorel et Allen, avec dessein de demeurer à jamais, etc.

Ce 4 novembre 1631.

LETTRE XXXV. — Au même.

Je sais si bien que je suis criminellement coupable d’avoir été si longtemps sans vous écrire , que j'ai bien peur de n’en pouvoir obtenir pardon : je l'espère néanmoins et le désire bien fort, nec plura loquendo, je crois déjà le tenir. Æuc igitur prefuti vemä, je vous dirai que je ferai ce que je pourrai à M. So-

rel votre beau-frère, des études et des mœurs duquel j'ai très bonne espérance. Je lui ai rendu votre Bellum d'Érasme , au commencement duquel j'ai marqué ce qui en est. Opfimum opusculum, et lectu dignissimum. Ma femme baise les mains à vous et à madame Belin, et la remercie de son passement, qui est ici défendu depuis quinze jours. Je vous prie de dire à M. Allen que je le remercie de l’Éloge deP. Pithou, par Mercerus, et qu'il ne m'épargne pas de deçà si je le puis servir, que je l’en supplie bien humblement; s’il veut un Pomponace, je tâcherai de lui en recouvrer un. Deux ou trois loyolites ont ici fait quelques vers sur la naissance de M. le Dauphin, et peu d’autres. Il me semble que toute l'Académie devoit s'employer à louer Dieu de cette naissance ; je ne sais pourquoi elle est si fraidement chantée (1), je pense que le mauvais temps en est cause, usque adeo turbatur ubique. Je vaus envoie l'Antidotaire que notre doyen a fait imprimer, efiam invitis Dis : vous y verrez au commencement le catalogue de nos docteurs vivants, combien quela plupart ne l’approuvent pas. Tâchez d'en faire votre profit. La reine-mère est en Angleterre et M. de La Valette aussi. On attend ici de bannes nouvelles de Brisac : plût à Dieu que nous eussions le roi de Hongrie , et quinze jours après une bonne paix. On imprime ici toutes les œuvres de Sennertus, en trois volumes in-folio. Je vous prie de me conserver en vos bonnes grâces et de madame Belin, comme aussi de MM. vos frères; et de croire que je serai toute ma vie, etc.

De Paris, ce 27 novembre 1638.

(4) On remarquera ces expressions, d'autant plus vraies que la longue stérilité d’Anne d'Autriche avait alarmé la France. Toutefois, quand la Fronde eut lieu , les médisances , les calomnies , les propos licencieux se répandirent lors de cet accouchement, après vingt-deux ans de mariage : C'était, disait-on, un mirac'e dù au cardinal de Mazarin, (R. P.)

LETTRE XXXVI. — Au même.

J'ai été très aise d'apprendre par la vôtre que vous et madame Belin soyez en bonne disposition. Je vous assure que le petit Sorel étudie bien, et n’emploie pas mal son temps : novissime je l'ai examiné ; s’il continue, j'espère que frugem faciet. Faites-moi la faveur de présenter mes très humbles recommandations à M. Allen , et de le faire participant de ces deux nouvelles , dont la première est que nous attendons la nouvelle édition du recueil des lettres de feu M. Casaubon, qui est tout nouvellement achevée en Hollande : il y en a eu sur le chemin un paquet de trente, et un autre de cinquante. L'autre est que l’on a ici imprimé, en deux volumes in-folio , un recueil intitulé : Traités des droits et libertés de l’Église gallicane, dont le premier de tous est celui de M. Pierre Pithou, et plusieurs autres ensuite qui font le premier tome complet ; et le deuxième, qui est bien plus gros, contient les preuves desdites libertés. Le 18 du mois passé nous a ravi le vaillant P. Joseph, capucin, par une apoplexie : on a fait sur cette mort diverses épitaphes, un peu trop satiriques, et qui en ont fâché même Son Éminence (1). On luia fait une harangue funèbre dans les Capucins du faubourg Saint-Honoré, par le P. Léon, carme mitigé, qui a semblé être bien aise de trouver ce beau sujet pour établir son éloquence. Depuis la prise de

(4) Joseph-François Le Clerc du Tremblay est ce fameux père Joseph, surnommé l’Eminence grise, qui fut longtemps le confident, l’espion, le démon familier du cardinal de Richelieu. Cet homme n’avait d'âme, d’action, de pensée, de ressort que par son maître, dont il servit sans réserve la haine et les passions. Issu de bonne famille , quelque temps militaire, fn, adroit, cauteleux, la sérénité de son regard, la cordialité de son accueil, de ses manières, séduisaient presque toujours, et il acquit ainsi des secrets éminemment uliles à Richelieu? qui l’employa dans plusieurs négociations très difliciles. Le père Joseph était un de ees hommes qui sont tout à la fois tristement et noblement privilégiés ; ausei Brulart disait-il de lui qu’il n'avait de son erdre que l'haëbit, et

Brisac, nous n'avons ici rien de nouveau de l'Allemagne. On dit que le cardinal de Savoie et le prince Thomas son frère s'en vont faire la guerre à la duchesse leur belle-sœur, et que le roi d’Angleterres'en va avoir grosse guerre aussi contre les Écossois, qui sont mécontents de lui, et qui ne veulent pas le reconnoître pour chef de l'Église anglicane. La reine-mère est à Londres. On imprime ici toutes les œuvres de Sennertus en trois volumes in-folio. M. Moreau a été un des députés de notre Faculté pour aller à Saint-Germain y consulter pour M. le Dauphin, qui dorénavant se porte bien. Le présent qu'il vous à fait de la thèse De dæmonibus n’est pas grand, c’est une sotte thèse et mal bâtie; lui-même n’en fait guère d'état. Faites-moi la faveur de me conserver en vos bonnes grâces, et de présenter mes très humbles baise-mrains à madame Belin et MM. vos frères, et de croire que je serai toute ma vie, etc.

De Paris, ce 13 janvier 1639.

On dit que le Grand-Turc est fort en colère contre lesVénitiens, et qu’il vient assiéger leur ville, ou au moins leur île de Candie , avec cent mille hommes ; et qu'après cela, il fera ce quil voudra de la Sicile et de toute l'Italie, à cause de quoi le pape et les princes d'Italie consultent comment ils pourront repousser de leurs frontières un si puissant ennemi. On parle aussi d'un tiers parti en Allemagne, pour obliger le roi de Hongrie à la paix.

LETTRE XXXVII. — Au même.

C'est pour vous remercier et de votre pâté (combien que m'eussiez bien promis que vous ne m'en enverriez jamais), et

rien de chrétien que le nom. Malgré son habileté, malgré la puissance de Richelieu, le"père Joseph ne put cependant obtenir le chapeau de cardinal, qu'il désirait avec ardeur. Frappé d'apoplexie le 18 décembre 1638, il succomba trois jours après, à Ruel, chez Richelieu mème, qui dit en soupirant : J’ai perdu mon bras droit, (R. P.)

de votre bon souvenir, que je n’ai jamais mérité. Pour M. le conseiller Grassin, il ne faut pas que vous preniez la peine de m'en remercier, il est trop honnête homme de lui-même. Je ne pense pas aller jamais à Troyes, si ce n’est que préalablement Dieu nous envoie une profonde paix, dans les délices de laquelle je prenne résolution de m'aller réjouir chez mes amis ; et en ce cas-là je commencerai par M. Belin; sinon, je ne pense pas y aller jamais, si ce n'est qu'ayant tout-à-fait changé d'humeur, je prisse ici par hasard quelque commission apostolique pour aller prêcher aux Troyens qui ne sont pas Grecs le mérite des sectateurs de maître Ignace, leur piété, probité, humilité, charité et autres vertus desquelles ils sont autant réellement éloignés que le pape et le Turc le sont (ou au moins le doivent être) de créance. Nous verrons ce que l’année qui vient nous apportera; prenons courage en attendant, puisque

Superanda omnis forituna ferendù est.

Nos affaires vont fort mal en Piémont : le prince Thomas y tient Verceil, Civas, Crescentin et autres places : il tient Turin assiégé, dans lequel est la duchesse, avec le petit duc et le cardinal de La Valette. M. de Longueville est aujourd'lui parti qui s’y en va : toutes ses troupes s’assemblent entre Grenoble et Lyon. M. le comte de Guiche et M. B. de Chavigny partirent le vendredi, le dernier pour y aller en poste, y consoler la duchesse ef lui promettre secours. M. d'Émery est dans Pignerol, qui y donne ordre de peur que le prince Thomas ne l’assiège. Les autres troupes vont en Flandre, mais on ne sait pas encore vers quelle ville. Toute la cour est à Saint- Germain. Je vous baise les mains, à madame Belin et à MM. vos frères, avec dessein de demeurer, etc.

De Paris, ce 28 avril 1639.

Le livre contre les jésuites imprimé à Bâle est intitulé : Vita jesuitica, Hospiniani, adaucta per N. Lucium, professorem Basiliensem, in-4' ; c'est un fort bon livre.

LETTRE XXXVIII —- Au ane

C'est pour vous apprendre une partie des nouvelles de ce pays que je vous trace la présente, combien qu'il n'y en ait pas de fort bonnes, si ce n'est que la fièvre a quitté fott heureusement le roi, Dieu merci. On dit qu'il s'en va prendre des eaux de Forges dans peu de jours. On parle iti de quelques voyages de Lyon ou de Picardie, mais cela est fort incertain. C'est chose vraie que les Espagnols ont levé le siége de devarit Turin du jour de Pâques; mais de là Us allèrent camper devant Villeneuve d'Ast, qui s’est rendue à eux : le bruit court qu'ils s’en vont assiéger Casal, duquel ; s'ils viennent à bout ; adieu toutes nos conquêtes d'Italie. M. de Longüeville y est allé en poste, pour y commander les troupes qu'on y envoie de tous ces côtés-là ; de Provence, de Guyenne et de Bresse; on y a envoyé aussi M. B. de Chavigny et M. le comte de Guiche. Le bruit a tourt de la mort Gt pape, mais Il se porte bien ; il est seulement mort à Rome le connétable Colonne et trois cardinaux, savoir : Ginnasio, doyen de tous, Agé de quatrevingt-douze ans, qui étoit fils du médecin de Clément VIII ; Verospi et Gressi. Les chevaliers de Malthe se rangent de votre parti; car si vous ne voulez point de jésuites (comme vous faites fort bien de chasser cette vermine espagnole et loyolitique), aussi ont-ils chassé les leurs à ce carnaval dernier, les ayant tous mis dans un vaisseau, etenvoyés à la garde de Dieu. On verra ce qui eu arrivera, et si leur maître Ignace fera quelque miracle pour leur rétablissement: la nouvelle en est très vraie, j'en ai lu lettre écrite de la main d'un chevalier qui a aidé à l'expulsion de ces bons Pères : tenez le fait pour très assuré. On dit qu’il est ici arrivé des passe-ports pour traiter de la paix, tels que le roi les demandoit du roi d’Es: pague et du roi de Hongrie. Je pense que vous avez un Perdulcis ; je vous envoie uu nouveau traité qu'on a depuis peu imprimé de lui, qui est De morbis animi. M. F. Citois fait ici imprimer un recueil de ses Opuscula medien, in-4°, M. de

LETTRES DR GUt PÂTIK. 03

La Meilleraye, grand-maître de l'artillerie, est allé en Flandre, avec une armée de vingt-cinq mille hommes: M. le maréchal de Châtillon partira incontinent avec une autre, pour le même pays. Les Écossois ne sont pas encore d'accord avec le roi d'Angleterre. M. de Feuquières partira incontinent pour le Luxembourg. Je vous baise très humblement lés mains, à madame votre femme et à MM. vos frères, avec désir d'êtte toute ma vie, etc. ;

De Paris, ce 14 mai 1639.

Je pense vous avoir par ci-devant remercié de votre pâté de poisson, je vous en remercie derechef ; mais je vous prie aussi de vous souvenir que m'aviez promis de ne m'en plus erivoyer, je vous en prie derechefet vous en conjute. Adieu, monsieur et cher ami. M. Mautel a été fort malade d’une fièvre continue, pour laquelle nous l’avons fait saigner trente-deux fois : il est parfaitement guéri, dont je loue Dieu (1).

LETTRE XXXIX. — Au méme.

Jé vous remercie de la vôtre que m'a délivrée M. Sorel. J'ai céans le poëme de M. de Bonnefons sur la mort de M. le doyen Tartier, duquel je vous donnerai copie quelque jour ; -mais je voudrois bien pouvoir recouvrer le C'ulteleus, sur la mort de Henri III. Enquêter-vous un peu des héritiers de ce chanoïne, s’il n’y auroit pas moyen de l'avoir : je vous en supplie de tout mon cœur. Pour les opuscüles de M. Baillou, -

(4) Certainement, il faut en louer Dieu; car, en supposant que Gui Palin ait bien compté, on peut assurer qu’un malade qui a résisté à trente-deux saignées avait un tempérament inconnu de nos jours aux physiologistes. Au reste, de pareils excès de pratique médicale raménent tôt ou tard dans le vrai sentier de l'expérience. On peut consulter à cet égard ce qu’a dit Van Dœveren, Sermo Academicus, de erroribus medicorum, sud utilitate non carentibus (Groningue, 1762). (R. P.)

cela va si lentement qu'on en peut dire autant que Cicéron disoit des victoires d'Antoine: Z'eucris i/la lentum negotium. Le Perdulcis de la deuxième édition est un fort bon livre, duquel on a retranché seulement quarante mille fautes qui étoient en la première édition , outre le traité qui a été ajouté De morbis animi. Je vous conseille de les avoir tou deux reliés ensemble. Je vous prie de remercier M. Allen de son mémoire, je voudrois pouvoir le servir en quelque bonne occasion : dites-lui que les Epîtres de Casaubon sont excellemment belles et bonnes ; les miennes m'ont coûté cent sols en blanc, je les achèterois une pistole si je n’en avois; j'en ai fait vendre plus de cinquante. Si lui ou quelqu'un de ses amis en désirent, comme je crois qu'il doit les désirer, je les ferai avoir à quatre francs pièce, d'un marchand auquel j'en avois fait apporter soixante ; il en a encore onze de reste; il n’a qu'à me le mander s’il en désire. C’est tout autre chose pour le secret de l'histoire, pour le nombre des épîtres et pour les jésuites , où il y a des merveilles de ces bonnes gens-là, desquels je prie Dieu qu'il vous veuille bien délivrer et nous aussi. Vam ef semel dicam, pudet me totum pene orbem terrarum loyolitico ejusmodi veneno esse perfusum. J'ai le livre du P. Paquelin et le Soldat françois aussi : le P. Paquelin étoit théologal de Beaune ; je sais bien de ses nouvelles, c'étoit un honnête homme. Le roi est arrivé à Saint-Germain avec toute la cour. M. Moreau, qui vous a tant écrit de bien de ma Vesperie, se moque de moi, elle ne mérite non plus d’être lue, que d’avoir été ouïe. Je vous baise les mains et à madame votre femme, pour demeurer toute ma vie, etc.

De Paris, ce 12 novembre 1639.

Si le neveu du P. Paquelin est votre ami, faites qu'il vous donne des mémoires de la vie de son oncle, et vous me les enverrez : j'en ferai son éloge etle mettrai parmi mesillustres que je fais ensuite de ceux de M. de Sainte-Marthe, lesquels je ferai quelque jour imprimer, se volet ille qui quando voluit,

omnia fecit. Au bruit qui court sourdement, nos affaires vont mal devant Saluces.

LETTRE XL. — Au même,

Il ÿ a longtemps que je vous dois réponse, laquelle eussiez plus tôt reçue si j'eusse eu chose digne de vous être mandée. Et combien que je n’aie rien à vous écrire, j'écris néanmoins afin que vous connoissiez par là que j'ai soin de m'entretenir en vos bonnes grâces, et souvenir de tant d'obligations que je vous ai. On ue parle ici que de machines de guerre, que l'on fait marcher vers la Flandre, pour faire un mémorable siége, et Volesianis dignum annalibus ; et en récompense de celui que nous méditons, les Espagnols, pour divertir nos armes, ont assiégé Casal. M. le maréchal de la Meilleraye , grand -maïître de l'artillerie et général de notre grande armée, est parti, et est de présent à Noyon pour faire passer les troupes. On a ici depuis peu de jours publié deux livres de médecine, savoir : Lazari Riverii, professoris Monspeliensis Prazxis medica, in-8°, et Gul. Ballonii, Tractatus quatuor, nimirum epidemicæ historicæ et observationes, etc. Definitiones Medicæ : De Convulsionibus ; et commentarius in librum Theophrasti, de Vertigine. Le premier est passablement bon, mais il y a | trop peu de doctrine et trop de remèdes : c’est un livre fort}: propre à faire des charlatans ; pour le second, je le trouve fort , et y trouve une grande candeur, avec beaucoup de doctrine. Ce dernier est in-4°. M. Cousin, docteur de notre compagnie, mourut hier, er kydrope, comme aussi fit M. Fouquet, conseiller d’État et chef du conseil de Son Éminence. Le jour d'auparavant étoit mort ici M. de Puisieux, jadis secrétaire d'État, et fils unique de feu M. le chancelier de Sillery. On s'en va imprimer à Genève la vie de feu M. de Rohan, et les guerres et relations du même, en un autre volume. M. Dupleix est ici depuis un mois ; il n’est venu que pour faire im-

primer le troisième tome de son Âistoire romaine, qui ira depuis Jules-César jusqu’à Charlemagne. Notre doyen est encore pire que vous ne dites ; c'est un pauvre homme quand il faut faire quelque chose de bien; mais quand c'est du mal, ‘tunc operatur ex habitu. Mon ami M. Naudé fit imprimer ici, il y a treize ou quatorze ans, un avis pour dresser une bibliothèque, en un petit in-8° dédié au président de Mesmes ; mais je n’ai rien vu autre chose depuis qu'il est à Rome; il a mis au jour divers traités, pas un desquels n'est de cette matière. M. Moreau travaille au deuxième tome de son École de Salerne. Je vous baise les mains, et à M. votre frère et à madame Belin, avec désir d'être toute ma vie, ctc.

De Paris, 0e 23 d'avril 4640. :

LETTRE XLI. — Au même.

Pour réponse à la vôtre du 20 juillet, je vous dirai quant à ce que désire M. Allen, que tels aphorismes n'ont jamais été imprimés, ni même faits par Scaliger. Je sais bien que ce grand homme en avoit parlé, mais il a toujours eu tant d'autres affaires qu’il n’en a rien fait. Ce grand lion a tant eu de petits barbets loyolitiques et autres animaux mordants et courants après lui, qu'il a presque toujours été détourné du bon et ferme dessein qu'il avoit promovendi rem literariam , ejusmodi catulorum morsibus penè altritam. Je vous prie de faire mes recommandations audit M. Allen, lequel je prie très humblement de m'envoyer quelques mémoires de feu M. François Pithou, afin de lui donner un éloge parmi ceux que je fais (1), et entre autres, je voudrois savoir son âge et sa mort, et même, s’il se peut faire, quelque chose de son testament. S'il daigne prendré cette peine pour moi, il m'obligera fort.

(4) Et qui malheureusement n’ont jamais paru ; il eût été infiniment curicux de lire des Eloges par le satirique Gui Patin. (R. P.)

Si vous voulez changer votre livret, De pestilentia, de Vincent Mustel, je vousen enverrai un autrequ on imprime ici, De pleuritide, et an sit pleuritis, d'un médecin romain, sur le manuscrit qu'il a envoyé de Rome. Je n'ai point oui parler du tout de votre libraire, dont je suis bien marri ; car si je l’eusse vu, j'eusse acheté ce qu'il avoit d'Érasme in-folio. Si jamais vous rencontrez le tome des Épitres d'Érasme in-folio, grosses de trois gros doigts (car il Yen d’autres plus petites), achetez-les hardiment, c'est un livre qui vaut son pesant d'or. Dès qu'il sera à vous, il vous prendra envie de le garder, car il est d'une bonté inestimable : celles de Casaubon en approchent, mais ce n’est que de loin. Le roi et Son Éminence sont à Amiens, qui ont envoyé tout ce qu'ils avoient de noblesse et de garde à l'entour d'eux escorter le grand convoi qui marche pour Arras. On dit que nous l’aurons dans quinze jours, et que l'hiver prochain nous aurons une trève. Dieu nous en fasse la grâce. de ne sais ce que j'en dois croire, mais il me semble que tous les événements sont bien douteux. Je vous baise très humblement les mains, et à madame vuatre femme et à MM. vos frères, avec protestation d’être toute ma vie, etc.

De Paris, ce 2 d'août 1640.

LETTRE XL!I — Au même.

Je vous remercie de toute monaffection, et M. Allen aussi, de ce que vous m'avez envoyé des mémoires pour l'éloge de M. François Pithou: j'en ferai mon profit en temps et lieu , et verrai M. le conseiller Pithou quand je pourrai trouver quelqu'un de mes‘amis qui aura du crédit vers lui. Je connois bien un Feuillant nommé don Jean de Saint-Paul (ile est Joannes Vassanus, in epistolis Jos. Scaliger), qui est son cousin : je lui en parlerai la première fois que je le verrai, il est fort ami ; celui-là est un bon et savant moine, qu? secularibus negotiis sese non immiscet. Ïl me semble que la chambre des

enquêtes où j'ai le plus de crédit est la seconde ; si votre procès va ailleurs, nous l’y suivrons, ef adjutores quæremus. Le roi et M. le cardinal sont à Saint-Germain et à Ruel : la reine est en couches de M. le duc d'Anjou: Turin est pris: tout cela vous est fort connu; mais il me semble qu’il n'y a ici rien que je vous puisse mander. M. Riolan l’anatomiste a quitté la reine-mère à Londres, et est ici venu se faire tirer une grosse pierre de la vessie : l'opération en fut faite hier au matin, cum dubia salute, propter quædam symptomata queæ supervenerunt. On dit que la reine-mère est si lasse et si malcontente en Angleterre, qu’elle délibère d'en sortir et de s’en aller à La Haye en Hollande. Les Catalans sont de nouveau révoltés contre le roi d'Espagne, et ont envoyé demander au roi sa protection, qui leur a député pour traiter avec eux M. d'Espenam, gouverneur de Locate. On tue, vole et massacre ici partout jour et nuit, si impunément , que c'est pitié. Nous attendons ici beaucoup de livres de Hollande de M. de Saumaise et autres. Je vous baise très humblement les mains, à madame votre femme et à MM. vos frères, pour demeurer toute ma vie, etc.

De Paris, ce 6 octobre 1640.

LETTRE XLIIIL — Au meme.

Les lettres que je vous écris quelquefois ne méritent pas les remerciements que vous prenez la peine de me faire ; car pour si peu que vaut ce que je vous écris, j'en suis assez amplement et libéralement récompensé par tant de marques d'affection que me témoignez à toute heure : je voudrois bien avoir moyen de vous témoigner de mon côté la pareille , et derendrequelque bon service à votre compagnie, en laquelle je vous honore particulièrement , et ensuite MM. Mégard et Barat , et auxquels je vous prie de faire mes recommandations, et de les assurer de mon très humble service. Pour M. Sorel, je suis bien

aise qu'il soit allé à Montpellier, et qu'il achève là de se perfectionner afin d'atteindre une bonne fin : c'est un jeune homme bien fait et qui a de bons commencements. C'est dommage qu'il n’a plus de santé : je pourrois à cause de cela dire de lui ce que Macrobe a dit quelque part d’un illustre Romain:: /ngenium Galbæ, male habitat. M. de Saumaise, venant de Hollande pour passer à Dijon, a séjourné ici quelque temps; j'ai acheté tout ce qui est venu de nouveau de lui : est homo scientissimus et infinitæ lectionis. J'aimerois mieux savoir ce que possède ce grand homme de son esprit, ef quod habet quasi innumerato, que tout ce que prétend savoir la noire troupe des disciples du Père Ignace, qui ne savent que leur métaphysique, encore ne la savent-ils pas bien : ce qui me fait croire qu'il ne faut plus s'attendre que ces gens-là nous donnent rien de bon, puisqu'ils ne s'emploient plus qu’à prêcher et à confesser les bigots et les bigotes, à cause qu'ils gagnent davantage à cela : hoc unum agunt bont 1lli viri, ut sacerrimeæ pietatis obtentu rudioribus imponant, et captivas detineant mulierculas. Sed agape illam gentem. M. de Saumaise a bien fait autre chose depuis le Solin : quand vous viendrez à Paris, je vous le ferai voir si vous le désirez. Je crois que vous ne manquez non plus de soldats et de malheurs que tout le reste de la France, qui me font souvent écrier : Âd quæ tempora nos reservasti, Domine! car je ne veux pas dire comme cet impie Catulle, Cinœde Romule , ista videbis, et feres? 1 faut prendre patience, et espérer que Dieu nous en donnera le moyen : dabit Deus his quoque finem ; et fortasse tot tumultuum auctoribus funem commeritum. M. de Bullion, surintendant des finances, mourut ici samedi dernier, 22 décembre, d'une apoplexie, âgé de soixante-douze ans : il est enterré aux Cordeliers, auxquels il a donné cent mille francs. Il n’y a point ici de Grégoire de Tours de M. Balesdem : novi hominem, qui n'est capable de rien de pareil. Il y « quelques années qu’il fit imprimer le ramas des éloges de Pap. Masson ; mais il n’y a rien mis du sien, hormis des épitres jusqu'au nombre de quatre, pleines de puantes

louanges et de fiatteries à M. le chancelier, cujus bascaudas legit , ur solent edaces parasiti ; à cela il y est bien propre, ad cætera, telluris inutile pondus. On attend ici dans peu de jours le prince Thomas et le comte d’Harcourt. Le pape est bien serré paralytique, ifaque in via proxima ad apopleriam. Voyez où en est réduit ce bon père: il fait cheminer les autres du centre de la terre par delà le firmament, et néanmoins le pauvre prince ne peut aller lui-même : c'est que causæ æquinozæ dant quod non habent. Mais j'abuse de votre loisir : égnosce amico tecum garrienti et amirce confabulanti. Je vous baise très humblement les mains, et à madame Belin et à MM. vos frères, pour être toute ma vie, etc.

De Paris, ce 26 décembre 1640.

M. de Bullion tomba malade vendredi après midi: il fut confessé, communié, et saigné deux fois des bras, une fois du pied. M. le cardinal sachant la grandeur de son mal, le vint voir, et le trouva sans voix et sans connoissance. Ayant vu quoi, solutus in lacrymas princeps purpuratusrecessit : le malade mourut ex suffocatione cerebri (1) le samedi fort tard, tout près de minuit.

LETTRE XLIV. — Au même.

Je dois réponse à vos deux dernières. Je vous supplie à votre loisir de me faire quelques mémoires de M. Adrien le Tartier. Je n'ai pas le livret de PapyreMasson, des cérémonies du baptême du roi d'à présent. Vous me l'enverrez quand il vous plaira, et me ferez plaisir, le tout néanmoins à votre commodité. Je remercie très humblement M. Allen de son souvenir : je vous prie de lui témoigner que je suis son très

(1) Belle expression dont on se servait autrefois pour indiquer l'anoplexie foudroyante (R, P.)

humble serviteur, et que je voudrois bien avoir le moyen de le servir de deçà, où nous n'avons rien de nouveau de Hollande que Augonis Grotii, Annotationes in Evangelia, qui est in-folio : et Vossius, de Idolatriä, en deux volumes in-4°. On dit que M. de Saumaise, qui estencoreen Bourgogne, a fait imprimer en Hollande un livret De lingua Ellenistica, adversus Dan. Heinsium, mais je n'en ai pas encore vu ici. Sur ce que le roi est un peu mal fait et mélancolique, le bruit a couru que M. Bonnard étoit disgracié, mais cela n'est pas vrai; il est en crédit autant que jamais. Enfin le S. Père a fait treize cardinaux, au lieu de vingt-six dont les places étoient vacantes : desdits treize, le Mazarin, qui est ici, est pour la France, et l'abbé Peretti, qui est à Rome, est pour l'Espagne. Il y a un autre Italien pour l'Allemagne : les dix autres sont purement dans l'intérêt de la famille Barberine; et voilà ce qui s'est fait de plus remarquable à Rome, in illa negotiosa otiosorum matre , depuis peu. Joseph Scaliger diroit de ces treize têtes rougies : Gallati tredecim , und nocturnä Vaticand pluvid, tanguam fungi nati. Pour réponse à votre seconde, j'ai regardé la liste des conseillers, et ai nommé cinq conseillers des cinq chambres des enquêtes, en comptant M. Renaut pour la première comme vous avez désiré. Nous aurons crédit aux quatre autres, principalement à celui de la deuxième et de la cinquième; j'en ai fait un mémoire, que j'ai laissé céans, et qui depuis a été rendu à M. votre fils, qui l’est venu quérir. J'ai nommé M. Verdan pour la deuxième; il est mon voisin et mon ami, il s'appelle autrement M. de Gramont ; j'ai nommé M. du Fos pour la troisième. Je ne me souviens pas de celui de la quatrième, et pour la cinquième, M. du Laurens, où j'ai tout crédit. Je souhaite qu’en puissiez avoir bonne issue, citô, tutô et jucundé, aussi bien que d'une maladie. Je vous baise très humblement les mains, à madame Belin, à MM. vos frères, à MM. Camusat et Allen, et vous prie de croire que je serai toute ma vie, etc, De Paris, ce 2 janvier 1641.

LETTRE XLV. — Au méme.

Je vous remercie de l'honneur que m'avez fait de me faire connoître M. Camusat, lequel est un très digne personnage. Je vous prie de lui présenter mes très humbles baise-mains et de me conserver en ses bonnes grâces. Votre solliciteur est venu céans pour votre procès, avec des factums et la liste des juges, en laquelle je n'ai trouvé personne à qui je pusse recommander votre procès, qu'au rapporteur même, qui est grand ami d’un de mes amis; mais ledit solliciteur m'a dit qu'il en étoit assuré par le général des Mathurins. Les autres conseillers, qui n'étoient pas réduits à petit nombre, étant à Rouen, à l’Édit ou à la Tournelle, ou même exilés, comme M. le président le Bailleul, ou bien morts, comme M. Perrot: utut sit, je souhaite que vous l’ayez gagné, croyant qu’il est jugé. On attend ici le roi et la reine qui doivent venir à la dédicace de la nouvelle église des loyolites, rue Saint-Antoine. On dit que Son Éminence y dira la messe. On tient que le roi partira dans quinze jours et ira à Calais, et que le dessein de cette année est sur Saint-Omer. On dit que Bavière a été battu en Allemagne; mais, en récompense, que M l'archevêque de Bordeaux a gagné force galères et galions sur les Espagnols, que l’on menoit pleinesde blé à Perpignan et au Roussillon. Le Portugal a entièrement secoué le joug d'Espagne, et n'y a pas dans ce royaume un Espagnol, s’il n’est aux galères. Leur ambassadeur est ici, comme aussi les députés de Catalogne. Le duc de Lorraine a fait son accord avec le roi sous certaines conditions , et lui a fait hommage, ou on lui a fait ôter les éperons , guæ tam invito detracta sunt. M. le duc d'Enghien se porte mieux. Nihil hic habemus nov in re litteraria. I y a ici grosse querelle entre les évêques, les curés et la Sorbonne contre les moines et jésuites en l'administration des sacrements : on dit que Son Éminence est pour les évêques. Je n'apprends rien de nouveau contre le P. Celot, sinon qu'on

lu: apprète des réponses. Nous avons ici pour prévôt des marchands, M. le président Boulanger, à la place de M. Perrot de la Malmaison, qui ne l’a été que quinze jours. Je vous baise très humblement les mains, à madame Belin et à MM. vos frères , et suis, etc.

De Paris, ce 13 avril 1641.

M. d'Hocquincourt le fils, gouverneur de Pérone, fut hier envoyé prisonnier au bois de Vincennes pour trois raisons, dont la première est qu’il a eu querelle avec M. des Noyers; la deuxième, qu’il a refusé au roi d'aller en Portugal ; la troisième est qu’il a grosse querelle contre son père qui s'est remarié.

LETTRE XLVI. — À Monsieur Blampignon, docteur en médecine et syndic du Collége des médecins, à Troyes (1).

Je me trouve bien empesché de vous dire mon advis en la controverse que m'avez fait l'honneur de m'envoyer pour en

(4) Nous devons cette lettre à l’obligeance de M. le docteur Carteron, médecin de l'hôpital de Troyes ; elle lui fut donnée par le docteur Auguste Thiesset, qui l'avait trouvée dans les papiers de son père, aussi médecin à Troyes, lequel, probablement, comme on l’observe dans une note annexée à cette lettre, la tenait de son père, médecin également, et contemporain de quelques uns des membres du collége à qui la lettre était adressée. Ainsi que le docteur Carteron l’a remarqué, cette lettre a pour objet l’avis même de Gui Patn, pris pour arbitre dans certaine difficulté de préséance ou de prérogative qui s'était élevée enfte les dignitaires du collége médical de Troyes, composé de six membres, savoir : Belin, doyen; Blampignon, syndic; Sorel, Maillet, Barat et Legrin. Ceci prouve avec quel soin les médecins d'autrefois veillaient à la dignité de leur profession, même dans les plus petites choses ; on était loin, comme aujourd’hui, d'adopter la fameuse maxime, laissez faire et laissez passer, si commune ct si commode pour le charlatapisme.

Quoique cette lettre ait paru dans le recueil de la Société médicale de

estre l'arbitre, veu que mes meilleurs et plus intimes amis sont engagés dans la querelle, et que je ne sçay pas s'ils voudront bien croire que je sois encore leur amy après que j’auray prononcé en cette affaire que me proposez ; comme je doibs et sans aucun respect de l'amitié, et du service que je leur ay voué, et de tant d'obligations que je leur ay. C'est pourquoy je vous dirois volontiers ce qu'un certain sage, fort retenu et modéré, choisy par ses amis pour arbitre, leur respondit :

Messieurs, prenez-moy pour vostreamy et vostre serviteur , mais non pas pour vostre juge.

Ce qui me semble estre pris du bon comique, in quädam amicorum controversid.

Paululum hoc menti mihi obstat : Simus et Crito

Vicini nostri hic ambigunt de finibus :

Me cepere arbitrum : ibo ut dicam, ut dixeram

Operam daturum me hodiè, consilium verd non daturum.

Néantmoins quand je considère que tous six qui estes dans l'intérêt de la cause, désirez cela de moy; et que mon advis, comme le demandez, pourra vous mettre en paix et hors de contestation, je vous dirai librement ce qui se doibt faire en cette matière , selon l'ordre que nous obseryons de decça. Vostre arrêt du grand conseil ordonne deux anciens médecins, selon l’ordre du tableau, et vous n'estes en tous que six ; desquels six il y a toujours un syndic; sur cela, je voudrois, tant en l'explication de l’arrest, que selon l'usage que nous avons icy en nostre faculté, que des deux anciens requis par J'arrest, celui qui est syndic soit le premier, ésg. perpetud prünus quandix durabit illius magistratus : tunc enim habet rafionem decani, qui caput est et lingua facultatis ; caput quidem,

Troyes, elle n’a été imprimée dans aucune édition des Leitres de Gui Patin ; nous la donnons, en conservant, comme on l’a fait, l’ottho-

graphe passsbloment arriérée de l'auteur. (R, P.)

sed aristocralicum ut potè qui non solus , et prœæses, sed ex magorum et seniorum, tmô potiüs ex ipsarum lequm consilio et arbitrio rem vestram administret : non verû monarchicum, opus enim est periculosæ plenum aleæ, uni soli ex proprié privatag. l'ibidine ioa (sic) miscenti rem publicam committere. Nos libertez de l’église gallicane nous permettent de dire: Concilium est supra Pape : combien que les canonistes d'Italie p/eno ore intonent : Papam esse supra concilium : maïs ce n'est pas la raïson qui les fait parler, c’est seulement leur profit, et celui de leur maistre. Et hwæc de capite : est autem lingua facultatis, en tant que c’est à luy à parler, à respondre, à dire l'avis de sa compagnie. Bref, il est in vestro ordine quod est cancellarius in regno, qui, partout où il se trouve, a seul le droit de parler, mais ce qu'il parle a auparavant esté arresté au conseil : à propos de quoy un grand personnage, Nicolaus Borbonius, Baralbulanus, et propè popularis vester, a fait autrefois un beau a sur le portrait du chancelier de Sillery :

Ora coronabit laurus viciricia regis, Sed regni facies isia loguentis erit.

Doncques le syndic sera le premier des deux anciens : le second sera pris à l’ordre du tableau : mais je ne say pas comment vous entendez cette antiquité : dans vostre ville, où vous n’estes que six, et quand vous seriez davantage, vous la devez régler usg. ad sex annos : c'est à dire, que nul doresnavant ?n vestro ordine, ne sera réputé ancien qui n'ait exercé six ans durant la médecine dans vostre ville de Troyes. En sorte que je ne compte pas les six années du jour qu'il passe docteur à Montpellier ou ailleurs ; mais seulement du jour qu'il a été resçu en vostre ville, en vostre compagnie, et qu'il est immatriculé en vostre registre, et qu'il a esté vobis annuentibus et consentientibus admis collègue , à faire part en vostre collége : de sorte que les deux ans du syndic estant expirez, lorsqu'il en faut créer un autre, vous devez le prendre du

premier nombre, c'est à dire de ceux qui font la médecine dans Troyes, ex vestro consensu, antè sex annos : car s’il n'ya six ans passez tout entiers, nemo debet censeri idoneus ad munus gerendum : et ainsi faisant, les jeunes, attendans le terme des six ans passez, apprendront les droits et les coustumes de vost'e compagnie, pour se mieux acquitter de leurs charges, quando œtatis beneficio ad ea pervenerint. C'est aussy chez le syndic que se doivent faire vos assemblées, s'il est commodément logé; si vous n'avez en ville ex coi (sic) consensu, un lieu destiné à cela. Il me semble, monsieur, que voila ce qu’avez desiré de moy. J'ay grand regret que je n’ay moyen de m’expliquer mieux : je crois pourtant que je n'y offense personne, veu que si les jeunes ne sont bientost admis aux charges de la compagnie, ils sont en état d'y parvenir bientost, veu que six ans sout bientost escoulez, avant que ils puissent le plus souvent estre instruits de tout ce qui peut arriver de controverses en vostre compagnie, tant pour la tenir en ses règles que pour s'opposer à un tas de nouveautez et de chicanes que la malignité des hommes va inventant tous les jours. Je doute néantmoins fort, si vous trouverez bon tout ce que dessus, combien qu'il soit autant qu'il m'a esté possible, à la règle et au niveau de nostre faculté, laquelle conserve ses règles mieux qu'aucune de cette grande ville, et que jamais nous n'avons eu procès ni arrest pour l'observation de nos statuts. Je vous prie donc en particulier, et tous messieurs vos confrères en général, de prendre en bonne part mon advis, que je n'ay escriptque parce que vous l’a vez ainsi désiré de moy : neg. aliter ausus fuissem. Non nostrum inter vos tantas componere lites.

Je vous honore tous entièrement, et les uns et les autres, et suis à tous en général, et à vous en particulier, etc.

De Paris, ce 26 d'avril 1641.

Eodem ipso die , quo antè annos tres et octoginta, obiit scholæ

nostræ lumen , et medicorum totius Europæ ductissimus Joannes Fernelius, nimirum 96 april. 1558.

LETTRE XLVII. — AW Belin.

Comme je ne reçus pas de vos lettres avec celles de M. de Blampignon, je crus bien que vous vouliez être purement désintéressé en cette affaire, sur laquelle on me demandoit mon avis: ce qui me fit croire encore plus aisément ce qui en étoit fut votre seing, à cause de quoi je ne voulus rien vous écrire pour lors; je me contentai, sans témoigner aucune passion particulière , de leur en dire mon avis, lequel j'ai écrit sans aucune prétention que du droit, et de beaucoup de conformité avec les règlements de notre école, probetur an improbetur ab illis mihi proinde est. Ce que j'en ai fait u’a été que pour ce que vous m'avez tous témoigné le désirer ainsi; c'est pourquoi je vous supplie en particulier de ne me savoir mauvais gré en aucune façon pour cette affaire, ue l'ayant fait qu’à bonne intention. Vu que ef sit lex omnibus æqua, vous pouvez tous être et revenir syndics par l'élection que vous en faites tous les deux ans. Pour l'antimoine, je ne sais pas ce que notre faculté en ordunnera; il eût toujours bien mieux valu que saint Jacques ne l’eût fourré dans l’antidotaire, comme il a fait, nobis insciis et invitis ; imû et inconsulta facultate, et ne pas toucher cette corde, quæ hubet aliquid odiosun. M. Moreau a répondu au factum du gazetier (1) avec beaucoup de doctrine et toute sorte de modestie. Ce bureau d'adresse, meus agyrta conviliator el sycophanta deterrimus, y a fait une réponse pleine d'injures de harangères, où il élude et se moque des raisons de M. Moreau, sans répondre à quarante chefs qui lui étoient objectés. De celui de M. Moreau, je vous en promets un ; de celui du gazetier, je tàcherai d'en recouvrer un, et vous les enverrai tous deux. Si ce gazetier n'étoit soutenu de l’Éminence, en tant que nebulo hebdomadarius, nous lui ferions un procès criminel, au bout duquel il y auroit un tombereau, un bourreau, et tout au moins

(4) Théophraste Renaudot, le compatriote et le protégé du cardinal de Richelieu. Nous y reviendrons plus tard. (R. P.)

une amende honorable; mais il faut obéir au temps. Par provision, M. Moreau fait une réponse à ce second libelle, qui est une satire ; je pense que le gazetier y sera horriblement traité, et comme il le mérite, en attendant que le bourreau vienne à son rang tomber sur ce maraud. Ce n’est pas que son livre mérite réponse ; mais comme il est méchant et impudent, il se vanteroit qu'on n’auroit pu lui répondre ; C'est pourquoi séulto jucta stultitiam suam respondebitur. M. Riolan, qui est ici maintenant, lui fait aussi une réponse, laquelle sera achevée d'imprimer dans peu de jours : je tâcherai de vous envoyer le tout ensemble. M. Ranchin, chancelier de Montpellier, est mort. M. de Belleval et un autre professeur sont ici qui en demandent au roi la nomination : je ne sais qui des deux l'aura. Notre armée est devers Bapaume; mais on ne dit pas encore où elle s’attachera. Les Catalans ont eu du bon sur les Espagnols. Il nous vient un jubilé de Rome, pro pace ; ce jubilé , si fréquent, n’est autre chose dorénavant que modus habendi monachorum : ce sont des fanferluches romaines. Le roi, la reine, Son Éminence et toute la cour furent jeudi dernier aux jésuites, où il y eut grande frérie pour la consécration de leur belle église, rue Saint-Antoine. Je ne savais pas que M. Cousinot fût à Troyes; s’il y est encore, quæso salutes eum meo nomine, comme aussi M. Camusat, MM. vos frères, madame Belin, et je continuerai toute ma vie d'être, etc. R

Ce 18 de mai 1641.

LETTRE XLVIIL — Au même.

Je n'aurois eu garde d’être si longtemps sans vous écrire

(et je pense que vous me croyez bien) et de vrai il y a longtemps que je m'en fusse acquitté, mais les deux livres contre Renaudot en ont été cause ; voilà donc que je vous les envoie maintenant; j'espère qu'aurez quelque plaisir à les lire ; au

, moins j'entends quantité de gens de bien de deçà qui en ont

de la satisfaction, et surtout de celui de M. Moreau. A l’un et à l’autre, le bureau d'adresse n’y a répondu que des injures, n'ayant aucune raison; il est si honteux de ses mauvaises réponses, qu'il les supprime tant qu'il peut, et, faisant comme les jésuites font de la doctrine curieuse du P. Garasse et de la somme théologique, il n'ose s’en vanter, n'en donne à personne, au contraire les refuse, et dit qu'il n'en a plus, et qu’il a tout donné. Son éminence, en quelque façon, interpose son autorité sur ce débat, car il a dit lui-même à M. Moreau qu'il désiroit qu'on n'écrivit plus; il faut obéir à ce grand homme. Mais parce que cette défense est venue, nostro damno, et alors que M. Moreau était en train de répondre , il n’a pas laissé de travailler et d'achever ce qu’il avoit commencé, laquelle réponse verra jour en son temps : quand elle sera imprimée et que nous la distribuerons, nous nous souviendrons de vous. M. Camusat, le chanoine, est une bibliothèque vivante en votre ville; je vous prie que je le consulte comme un oracle. Demandez-lui , s’il vous plaît, qui est l’auteur et où est écrit ce distique du célibat et des mœurs des prêtres :

Cüm salor rerum privassel semine deum, Ad Salanæ votum successil turba nepotum.

On m'a dit qu'il est dans un glossaire du droit canon : faitesmoi ce plaisir que je puisse apprendre de M. Camusat, qui est trop savant pour ignorer cela. Je ne trouve ici personne qui me le puisse apprendre, ni docteur de Sorbonne ni professeur en droit canon; peut-être même que M. votre frère le chanoine le saura bien. Mandez-moi, s'il vous plait, quel accord vous avez fait vous et vos collègues sur la lettre que m'envoya M. de Blampignon, votre syndic, à laquelle je fis une ample réponse. On dit que nous aurons Aire dans le mois présent. Le roi et son Eminence, qui étoient à Abbeville, quittent la Picardie et s'en vont à Reims pour y donner ordre à Sedan et au tumulte qu’on dit qui s’y brasse. Diÿ meliora.

Je vous baise très humblement les mains et à madame Belin, pour être toute ma vie, etc.

De Paris, ce 1°" de juillet 1641,

Je ne sais rien de nouveau de Montpellier; j'ai vu seulement

ici une fois M. de Belleval, qui n'étoit encore assuré de rien. Je vous remercie de votre M. Mustel. Je n'ai pas encore le sanc

* tius. Le jubilé n’est pas encore ici publié.

LETTRE XLIX. — Au méme.

Je vous dirai, pour réponse à la vôtre du 28 de juillet dernier, que les deux vers que j'avois demandés à M. Camusat sont dans la vieille glose du cours canon, mais je ne puis en trouver l'endroit : je souhaiterois volontiers que ledit sieur rencontrât plus heureusement que moi. Je vous prie de m'écrire tout du long, dans votre première, les deux vers que vous dites être dans l’histoire de Matthæus Pâris. Pour les médecins , tant de Paris que de Montpellier, j'en fais autant état des uns que des autres, pourvu qu'ils soient gens de bien, non sum acceptor personarum : le lieu ne m'importe du tout. La malignité du gazetier ne nous doit pas émouvoir ni nous commettre ensemble.

Tros Rutulusve fiat nullo discrimine habetur.

Joint que ce petit point d'honneur est si léger que ce n'est point la peine d’en parler. M. Riolan est un tétrique et mordant qui ne trouve rien de bien que ce qu'il fait, et en récompense qui paucos habet operum suorum probatores. Pour le livre d’Ægidius(1}, je ne l’ai pas, non plus que celui De Gentilis, de fugiendo. Pour M. votre fils, je préférerois à tous les autres

(4) Gilles de Corbeil. La dernière édition de son livre a été publiée sous ce titre: Ægidius Corboliensis, Carmina medica, ad fidem manuscript. cod. el veter. editio, recens. nolts et indicibus tllustrav. L. Choulant. Lipsiæ, 1826, in-8°. (R. P.)

collèges celui de Beauvais, parce qu'il y a un Hibernois excellent philosophe, lequel recommencera le cours à la Saint- Remi prochaine :: c'est celui qui fait la plus grande quantité de bons écoliers. Pour ce M. Coquelet des Grassins, c’est un homme du petit collet , finet et rusé, prætereaque nihil. J'ai céans le livret de Savot, De causis coloribus, etc. ; adressez-moi par qui vous voulez que je vous l'envoie. Nous avions pris Aire ; mais les Espagnols l'ont aussitôt rassiégée sur nos retranchements, en grand danger de la perdre. Le roi, Son Eminence et toute la cour sont à Amiens ; on dit que M. le maréchal de la Meilleraye a un grand dessein pour faire une diversion , et obliger le cardinal infant de lever le siége de devant Aire : Dieu lui en fasse la grâce. Le cardinal Bagny est mort à Rome : nous y perdons , car il était grand ami de la France. Voilà le vingt-troisième chapeau du conclave vacant. L’archevêque Marin est toujours devant Tarragone, en la Catalogne; on doute néanmoins s’il la prendra. Je vous baise très humblement les mains, et suis, etc.

De Paris, ce 22 août 1641.

LETTRE L. — Au méme.

Depuis que la lettre de ci-dessus a été écrite, nous avons appris que le cardinal infant étoit tombé en son armée, malade, d’où on l’a retiré, et a été mené à Bruxelles : on dit que c'est d’une fièvre double-tierce. Nous tenons encore Aire, mais on dit que le poin y diminue bien fort ; c'est pourquoi il est à craindre que nous ne la gardions pas longtemps si Dieu ne nous aide. Le cardinal Bagny, qui étoit de nos amis, et fort affectionné aux François, est mort à Rome. G. de la Brosse, qui avoit ici le Jardin du Roi au faubourg de St-Victor , est mort le samedi dernier jour d’août. Il agait un flux de ventre d’avoir trop mangé de melons et trop bu de vin; pour ce dernier ce n'étoit point tant sa faute que sa coutume; il se

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