‹ Lettres de Gui PatinChapitre 43 sur 56 · EE CE CE · texte numérisé non relu

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82 LÉTTRES DE GUt PATIN.

plaignoit d'une grande puanteur interne, avoit la fièvre, et sun flux de ventre étoit dysentérique, en ce qu'il faisoit du sang : vide peritiom hominis, et voyez combien il étoit grand personnage au métier dont il se méloit. 1l se fit frotter tout le corps d'huile de scarabé quatre jours durant, le matin, et avaloit à jeun un grand demi-setier d'eau-de-vie, avec un peu de quelque huile astringente. Quand il vit que cela ne lui servoit de rien, il se fit préparer un émétique, qu'il prit le vendredi au soir dans l'opération duquel il mourut le lendemain matin : sic impuram vomuit animam impurus ille nebula, in necundis hominibus exercitatissimus, Comme on lui parla ce même vendredi d’être säigné , il répondit que c’étoit le remède des pédants sanguinaivres (il nous faisoit l'honneur de nous appeler ainsi}, et qu'il aimoit mieux mourir que d'être saigné : aussi a-t-il fait. Le diable le saignera en l’autre monde, comme mérite un fourbe, un athée, un-imposteur, un homicide et bourredu publié, tel qu'il étoit; qui même en mourant n’a eu non plus de sentiment de Dieu qu’un pourceau, duquel il imituit la vie, et s’en donnoit le nom. Comme un jour il montroit sa maison à des dames, quand il vint à la chapelle du logis, il leur dit : Voula le saloir où l’on mettra le pourceau quand il sera mort, en se

montrant ; et se nommoit assez souvent pourceau d’Epicure, : . combien qu'Épicure valût bien mieux que lui, quem ecri-

bunt Galenus et Seneca fuisse vitæ sanctissimæ et continentissimcæ. Epicurus non coluit Christum, quia non novit : Brossæus non coluit, quem noverat, etc. Sed satis hæc, imô plusquam satis de illo nebulone(1). Nousnesavongpas encore qui aura sa place. Il y à ici un livre nouveau fort curieux, intitulé : Vicoar Fabricii Petirescii Vita, auctore Petro Gassendo, præposito

(1) Cette explosion de sarcasmes contre Guy de La Brosse, médecin ordinaire de Louis XIIT, est tout-à-fait injuste. C’est à ce médecin, très habile, très érudit d’ailleurs, que l’on doit l'établissement actuel du Jar din des llantes ; il en obtint les lettres patentes en 1626, et il en fut ncmmé intendant, Mais le motif secret de la diatribe de Gui Patin n’est

LETTRES DE GUI PATIN. e 83

ecclesiæ Diniensis. Feu M.'de Peiresc, conseiller au parlement d'Aix en Provence, étoit un grand personnage : l’auteur l'est pareillement. M. Gassendi est un des hontêtes et des plus savants hommes qui soient aujourd'hui en France. - Donnes-en avis à M. Camusat, et lui faites s’il vous plaît res recommandations. Le livre est in-duarto, du prix d’un étu. Le petit duc de Mantoue est mort ; voilà la race des Nevers de : : Gonzague étéinte. Le roi et Son Éminence sont à Amiens. M. de Longueville, qui est malade, partit d’ici samedi dernier pour s’en aller à Bourbon. On fait ici le procès à M. de Guise. Mais je ne me souviens pas que je vous suis importun par ma trop longue lettre. Je vous baise les mains, à madame Belin et à MM. vos frères, avec intention d'être toute ma vie, etc.

De Paris, ce 4 de septembre 1641.

= pme moe a

LETTRE LI. — Au méme.

Je vous dois réponse il y a longtemps; mais les fréquentes visites qu'il m'a fallu faire à la campagne, à cause que la plupart denos bourgeois sont aux champs pour leurs vendanges, m'a empêché de m'acquitter de mon devoir. Premièrement donc je vous remercie, et vous prie aussi de remereier Vasculum, medone plenum, id est hydromelite, M. Camusat, de la peine qu'il a prise de m'écrire les mémoires que m'aves

- envoyés; je lui fais réponse par un petit mot que je vous prie de lui-faire tenir. Je suis malheureux que je n'aie pas ét4 céans quand M. votre fils y est venu : si je savois. où il est

pas difficile à découvrir : La Brosse, dans sa dernière maladie, refusa de se faire saigner ; il h’avait pas foi aux pédants sanguinaires. Ce Guy de La Brosse est-il l’auteur du Traité contre la médisance, Paris, 1623? L’à-propos serait curieux ; en tout cas, c’est la victime qui disputerait contre son bourreau. (R. P.) RON

logé, je l’aurois visité; il faut nécessairement que j'attende son retour. Vos deux vers de Matthæus Pris sont bien gentils; je suis bien aise de les savoir , je vous en remercie. Pour les deux vers de Pie V,ily a longtemps que je les sais bien; mais en voici une réponse faite par M. Cachet, médecin de Lorraine, centuria 3, epigr. 59.

Papa Pius quinius moritur, res mira tot inier si Sancios, lantum nomine quinque pios.

Le successeur de la Brosse n’est pas encore arrêté : on dit néanmoins que M. Bonnard en aura la meilleure part pour son fils, qui est premier valet de chambre du roi. On dit aussi que M. des Noyers, en qualité de surintendant des bâtiments du roi, y veut avoir sa part et en disposer en faveur de quelqu'un de ses amis. Pour votre M. le Fèvre, on l'appelle ici l'égorgeur de rate ; mais je pense que M. de Souvray ne fera rien là pour lui. J'ai lu tout entière la vie de M. de Peiresc , c'est un agréable livre ; j'ai seulement regret qu’il y ait trois ou quatre sortes de choses là-dedans où je n’entends rien, du prix des monnoies , du prix de l'or contre l'argent , de la marine, de l'astrologie, de motu solis vel terræ, secundion Lopernicum. Les Espagnols sont toujours devant Aire, avec apparence qu'ils la reprendront. Le sieur de Saint-Preuil est prisonnier dans la citadelle d'Amiens : un habile homme m'a dit aujourd'hui qu'il y a de l'apparence qu'on ne lui coupera pas la tête. La cour est encore à Amiens: on dit que le roi sera ici dans huit jours, et Son Éminence huit jours après. L’archevêque de Bordeaux et son frère le marquis de Sourdis sont disgraciés. La reine-mère (1) est dorénavant à Cologne. Comme elle repassoit par la Hollande en venant d'Angleterre, son confesseur y est mort dans le vaisseau, qui étoit le père Souffran , de yenere loyolitica. S'il étoit le dernier de sa ca-

(1) Marie de Médicis.

bale, ce seroit un beau déblai. Le pape fait tout de bon la guerre au duc de Parme. On parle'ici d'une ligue du roi d'Angleterre et du roi de Danemark contre l’empereur pour l’obliger à restituer le Palatinat aux petits palatins ; cela nous aideroit bien à entretenir la guerre en Allemagne et à faire tête au roi de Hongrie. Il me semble que voilà tout ce. qu'il ya ici de nouveau. Je vous baise les mains et à madame votre femme pour être toute ma vie, etc.

De Paris, ce 12 d'octobre 1641.

LETTRE LIL — Au même.

J'ai enfin vu votre fils, qui est un beau garçon, bien fuit. Pour le traité d'Arnaldus Villanovanus, je lui ai rendu, parce qu'il est de lettre gothique, laquelle je ne puis lire : je vous en remercie néanmoins, comme aussi du Manuel de M. le Tartier. Je vous prie de me mander à votre loisir qui étoit ce personnage : an Medicus fuerit Trecensis? Quand il est mort, s’il a laissé des enfants, si vous l'avez connu, etc., bref, quelques mémoires de sa vie comme si je lui voulois donner un éloge. J'ai délivré à M. votre fils réponse pour vous et pour M. Camusat , pour vous les faire tenir dans son paquet. Je l’ai prié de me venir voir souvent, quand il en aura le loisir, et lui ai donné pour lire un beau livre françois ; quand il laura lu, je lui en baïllerai un autre, et l’entretiendrai ainsi jusqu'au bout. Si je suis si heureux de trouver quelque occasion où je le puisse servir, je ferai qu'il connoîtra combien . j'honore le père qui l’a fait naître , et je vous prie de n’en pas douter. Nous avons ici pour livres qui viennent de Hollande, Hugonis Grotii, Annotationes in Evangelia, en un volume infolio, que l’on veut vendre six écus en blanc , et un Jo : Gerardus Vossius, de Idolatria, en 2 volumes in-4° que l'on fait cinq écus. J'ai offert vingt-quatre livres du Grotius et du

Fe LETTRES DK GUI PATIN.

Wossius, et néanmoins je ne les ai pas encore. M. de Saumaise est en Bourgogne ; il nous viendra bientôt de lui ex Hollandia, /ther, de primatu Petri, et d’autres du même auteur ensuite. Nous avons ici de Lyon, Observarionum chirurg'carwm , centurias gquinque , en À gros volume in-4° de belle -édition ; le livre est fort bon : je l'ai il y a longtemps d'impression d'Allemagne. Nous avons aussi -d’Hollande un infolio, avec quelques cartes et figures en 1sille-douce, qui est l'Histoire de la principauté d'Orange et de ses princes, jusqu’à présent, qui est uün livre d’une pistole, en blanc. Un cordelier a aussi traduit les Relations du cardinal de Bentivolio d'italien en françois, et en a fait un in-quarto qu'il a dédié à M. des Noyers. M. KRiolan l’anatoraiste fut hier taillé de la pierre, on lui en tira deux: il n’y a qu’un en qu'on lui en tira encore une. Le roi est à Compiègne; on dit que sa présence seroit bien nécessaire en Lorraine, où le duc Charles prend la qualité de lieutenant - général de l’empereur deçà le Rhin. M. de Saint-Preuil est toujours dans la citadelle d'Amiens. Il y a ici de nouveaux députés de Catalogne, qui viennent de prier le roi d'aller en personne prendre possession de leur pays; je pense qu'il n’en fera rien. Le pape, delirus et capularis senexr, continue la guerre au duc de Parme, qui esi protégé par le duc de Florence son beau-frère : Quis tandem finis belli, que meta malorum, tout cela est incertain : wnum habeto certissimum que je suis et serai toute ma vie, etc. | De Paris, ce 25 d'octobre 1641.

: LETTRE LIL. — Au même.

de vous remercie de votre belle lettre, et de ce qu’elle contient touchant M. le Tartier. M. de Bourbon m'a ici dit qu'il quitta Troyes, et s'en alla à Sedan, où il est mort huguenot.

Je voudrois bien avoir le distique entier qui étoit au tubivau des deux frères : je vous prie de tâcher de vous en souvenir : je ne refuse pas aussi les mémoires que vous m'offrez dudit médecin. Je n’ai jamais vu s8s Promenades printanières, je vous prie de me mander où elles ont été imprimées. Pour sa médicologie, c'est dommage qu'elle n’est parfaite. Si Dieu nous donnoit la paix, et que les imprimeurs en voulussent imprimer quelque chose, on en pourroit extraire quelques uns des meilleurs chapitres et en faire un bon petit livre: mais il faudroit un peu en réformer le langage, pour le rendre plus propre en ce siècle, où plusieurs se môlent de réformer le langage, el pas un ses mœurs : de moribus ultima fiet questio. Pour ce que vous me mandez de F. Licetus, je l'ai vu : M. Naudé, mon bon ami, me l'a envoyé de Rome, et plusieurs autres livres. Des œuvres de Licetus il y en a plusieurs tomes in-quarto, impression d'Italie, et quatre in{olio : on n’a rien imprimé de lui à Paris, qu'un petit in-octavo qui n'est pas ” grand’chose. M. votre fils m'est recommandé, in éujus facie a moribus candidi facilè video carissimum parentem, de l'amitié duquel je me tiens bien heureux ; et pour parler avec M. Mentel lorsqu'il parle de moi , cujus in me amore non vulgari glorior et pene superbio. Si M. Sorel a fait imprimer ses Thèses, je souhaite fort d'en avoir. de crois qu'avez donné ma lettre à M. Camusat, quem ni grave tibi sit, meo nomine salutabis, Je lui ai écrit quid esset medo : mais depuis ce temps-là, j'ai trouvé que Sennertus même en a parlé en ses institutions, ubi de vinis medicatis, melicrato, etc. Voici ce qu’il en : dit : |

Inter mulsæ genera quæ œtatem ferre possunt hodie notissi mus est potus ille, quem Medonem vulgô nominart ac prœstanissimus quidem in Lituania paratur. Sumunt partem unam mellis, et partes octo aquæ, vel etiam plures, etc. Ad fermentasionem promovendum, et fervorem conciliandum, alii in sacculo, in vas suspendunt semer sinapt, alu feces cereuisiæ addunt, et ut diutius duret, flures lupuli salictari adjiciunt, ete. Je vous

prie de lui communiquer encore ces lignes, avec mes recommandations (1).

Le colonel Gassion est ici, de retour de Flandre: on l’a fait revenir pour l'envoyer en la comté de Roussillon ; M. leprince, qui y est, revient en cour; le maréchal de Brézé s’en va en Catalogne. M. le maréchal de Guiche, qui est encore en Flandre, sera bientôt ici : c'est signe qu’Aire ne tiendra plus guère, et qu'elle sera bientôt rendue aux Espagnols. Le prince de Monaco a vendu et livré sa ville au roi, où il a fait contrer nos troupes, qui ont coupé la gorge à six cents Espagnols qui y étoient en garnison. Cette ville est entre Nice et Antibes : elle nous donne grand pouvoir sur la mer contre les Espagnols, et principalement sur ceux de Gênes. On donne à ce prince en récompense de sa ville un cordon bleu, on le fait duc et pair de France, on lui donne en Provence autant de revenu que sa ville lui valoit, avec quelque argent comptant. Toute la cour est à Saint-Germain et à Ruel : Son Eminence valet pancratice ; Rex verd non ita firmiter. L'archevêché de Reims est donné à l’évêque de Chartres, et son évêché est donné à M. l'Escot, docteur de Sorbonne et professeur du roi, qui étoit déjà abbé de deux bonnes abbayes, chanoine de Notre-Dame, ef quod omnium longè optimum, il étoit confesseur de Son Éminence. Je vous baise les mains, et à madame votre femme, et suis, etc.

De Paris, ce 8 décembre 1641.

LETTRE LIV. — Au méme.

Je suis si peu curieux que je n'ai pas vu le buveur d'eau tant qu'il a été ici; plusieurs l'ont vu qui l'ont admiré, mais il ne fait pas tout ce qu'il dit. Il y a bien quelque chose d'é-

(1) On se sert encore dans le Nord de cette boisson, qui, bien préparée, ne laisse pas d'acquérir, par la fermentation, une certaine force aidant à La digestion. (R. P.\

trange et d'extraordinaire en son estomac; mais M. Guillemeau, qui a eu la curiosité de le voir, m'a dit que c'étoit un

imposteur, qui prometioit tout autrement qu’il ne faisoit. Je-

ne vous en saurois dire autre particularité. Sénèque , en ses épitres, raconte qu'il ne pouvoit regarder des fous: Zpse enim, inquit, aversissimus sum ab istis prodigiis : si quando futuo delectari volo, non est mihi longé quærendus, video me et rideo. Je suis naturellement de l'humeur de ce grand homme. Excusez-moi si je ne vous dis rien davantage de ce Maltois. Le roi est en personne au camp devant Perpignan; M. le cardinal est encore à Narbonne, au lit, malade de son bras, où est Juif depuis trois semaines ; l'air de Narbonne est fort corrompu. Dès qu'il aura assez de force, il en sortira , uf transeat ud locum salubriorem et aerem puriorem. Pline même a décrit l'air de Narbonne, /ib. 26, Hist. naturalis, cap. 1, quand il a appelé carbunculum peculiare Narbonensis provinciæ. malum. Beaucoup de gens qui ont plus d'intérèt à sa conseryation que le commun, disent toujours qu'il va en amendant, sed non ego credulus tllis : je sais bien que le mal est fort grand, et que le personnage est fort afloibli. Ltinam pristinæ restituatur valetudini , s'il est nécessaire au bien de l'État ; mais je pense qu'il fait bien chaud en ce pays-là, ea ipsa hora qua scribo. Je vous baise très humblement les mains, à mademoiselle votre femme, à MM. vos frères, à M. Camusat et M. Allen , et suis, etc.

De Paris, ce 24 de mai 1642. ;

LETTRE LV. — Au méme.

Comme je pensois à vous faire réponse, M. votre frère est ici tombé malade; il a eu quelques accès d'une tierce qui n'est pas encore bien réglée, laquelle néanmoins le sera si la nuit prochaine elle revient, s{ata periodo. Comme quoi qu’elle fasse, j'espère que nous en aurons raison, soit qu'elle

vienne ou non. Il a été saigné quatre fois, et a pris quelques Javements qui l'ont fort soulagé ; j'ai pressé les saignées au ‘commencement, melu suffocationis quæ à nimia plethora vide- Batur periculum minari. Quand il sera tout-à-fait guéri, nous solliciteroris votre procès. Je ne crois ni ne eroirai, ni en possession, ni en sorciers, ni en miracles, que je ne les voie et les discerne. Je crois tout ca qui est dans le Nouveau-Testament, comme article de foi, mais je ne donnerai pas telle autorité à toute la légende des moines, fabulosis et commenititits narrationibus Loyolitarum, qui, dans leurs romans qu'ils nous envoient des Indes , disent des choses aussi impertinentes et aussi peu vraies que les fables d'Esope. Vous diriez que ces gens-là ne travaillent qu'à infatuer le monde; il est vrai que si nous étions tous bien sages, ces maîtres pharisiens du christianisme seroient en danger de bientôt mourir de faim. Credo in Deum Christum crucifirum, etc., de minimis non curat prœtor (1). Le mensonge est une chose horrible et indigne tout-à-fait d’un honnête homme; mais c'est encore pis que tout cela, quand il est employé et mélé dans les affaires dé la religion, Christus ipse, qui veritas est, non indiget mendacio.

(1) Quand Bayle dit que chez Gui Patin le symbole de la foi n’est pas chargé de beaucoup d'articles, il aurait dû s'expliquer davantage. Cependant on voit que la profession de foi faite ici par notre auteur est trés orthodoxe. Non, certes, il n’était pas

« De l'iucrédulité fanatique sectaire ; »

mais il s'élève avec sa vigueur ordinaire, avec son bon sens passionné contre les préjugés, les mensonges, les impostures, les fraudes pieuses, les miracles convenus, les pratiques superstitieuses, les guérisons surnaturelles, que des gens ignorants et intéressés propageaient depuis des siècles. De tout temps la masse aveugle, le peuple bétail, pris dans tous. les rangs, au lieu de suivre des pasteurs éclairés, vertueux, se laissa conduire, diriger par des fourbes et des hypocrites dont le masque est empreint d’un caractère religieux. C’est sans doute à de tels hommes que. Massillon adressait ces belles paroles : « Soyons respectables , et nous serons respectés ; honorons noire ministère, et il sera honoré. (R. P.)

Je ne saurois goûter les puantes faussetés que les moines débitent par le monde pour autoriser leur cabale, et m'étonne fort , em serio trascor, de ce qu’ils ont tant de crédit. !octurnos lemures, partentaque Thessala, suaviter rideo, sed tacitus. Vide franciscanum , Georgii Buchanani sub finem : videbis opus mirabile , ut sunt omnia admiranda illius hominis. MM. de Ci nq! Marc, de Thou et Chavagpac sont encore de delà , et ne sais s'ils seront si heureux d’être ici amenés. Son Eminence est encore à Tarascon, nondum confirmata valetudine. Le roi vient, ce dit-on, à Fontainebleau ; mais néanmoins on ne dit pas en: core qu il soit sorti de Lyon. La reine-mère était encore à Cologne le 3 de ce mois. Pour Monsieur, frère du roi, sent turbatæ res sue : son traité n’est pas encore achevé. Je vous baise très bumblement les mains, à madame Belin et à M! votré frère, et serai toute ma vie, etc.

De Paris, ce 18 de juillet 1642.

LETTRE LVI — Au même.

En continuant mes devoirs en votre endrait, je vous assurerhi par la présente que M. votre frère va toujours de mieux en mieux ; l'accès de samedi après-midi fut fort tolérable au prix des autres , et bien plus court : lui-même l'avoue franchement , et se contente fort de notre procédé. Hier, qui fut dimanche, il fut repurgé, levi et benigno medicamento , à quo mira dejecit, et surtout un grand plein bassin de bile jaune, crasse , épaisse et visqueuse, au grand contentement du ma- . lade et du médetin. Sa fièvre étant devenue dorénavant simple tierce, son accès sera aujourd hui après-midi ; mais j'espère qu’il sera bien léger, et que nous irons toujours en amendant jusqu'à la fin. Dès qu’il y aura quelque antre changement, qui sera, j'espère, dans deux ou trois jours, je vous en donnerai avis. Votre M le Fèvre, qui a pris son empirique k Rome, nous a Jaissé ici de la pratique avant que de partir,

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il a conseillé à une femme phthisique, qui avoit un flux de ventre , de prendre de la thériaque pour lui apaiser ce flux ; elle en a pris quatre fois; elle a achevé de brûler son luminaire avec grandes douleurs. M. Moreau en a consulté ce matin avec moi : elle n’a pas oublié de maudire son docteur thériacal. Voilà comment les charlatans nous donnent bien de la pratique malgré eux. On dit qu'il a bien emporté de l'argent de deçà, je le veux bien, per me sint omnia protinus alba : j’aimerois mieux moins gagner, et savoir mieux faire mon métier, n'être point charlatan, etc. Mais qu'y ferions-nous, necesse est hæreses esse, ut veritas manifestetur. De rebus aulicis nihil novi. La cour est à Fontainebleau, comme aussi M. le chancelier, qui de là s'en va à Lyon. On dit que le prince d'Orange a en-

‘ voyé au roi pour obtenir quelque chose en faveur de M. de

Bouillon : ce sont affaires de princes, de‘quibus Deus ipse videbit. Je vous baise les mains, à madame votre femme et à M. votre frère, pour être toute ma vie, etc.

De Paris, ce lundi 28 juillet 1642.

LETTRE LVIIL — Au mème.

C'est en continuant pour vous donner toujours assurance que je fais ce que je puis à la maladie de M. votre frère : il est fort mal le jour de son accès, qui combien qu'il diminue et en longueur, et en la grandeur des symptômes, ne laisse pas de l’incommoder et de l’'embatfrasser bien fort, à cause de la foiblesse dans laquelle l'ont réduit les accès très violents qu'il a eus par ci-devant. Son dernier accès fut lundi, 28 de ce mois ; il dura huit heures. Le mardi 29, qui fut hier, il fut purgé d'un petit médicament qui fit merveilles pro nafura

| sua. Hier au soir il étoit en bon état : ce matin il a pris un

lavement , pour tant plus déboucher son ventre, qui est extrémement désermpli depuis douze jours. Ji a vidé une si grande quantité de glaires bilicuses , jaunes, verdàtres ct

noirâtres , que je m'étonne combien qu'il ait été fort mal, qu'il n'en ait encore été pis, voire même qu'il n’en ait crevé. Il est vrai qu’il a eu sept ou huit accès extrêmement rudes: il a été saigué huit fois, et il ne lui a été tiré que du sang très corrompu. J'espère qu'à ce soir il aura plus doux qu’il n’a point encore eu, et que dorénavant tout ira de mieux en mieux ; je vous en donnerai avis, Dieu aidant. Toute la cour est à Fontainebleau ; M. le chancelier y étoit allé saluer le roi, pour aller de ià à Lyon y faire le procès aux prisonniers d'État, in quibus potissimum lugeo Franc. Thuenum clarissimi viri filium ; maïs on dit que son voyage est différé : ufinam ad salutem Thuani, cujus parenti et indefesso in scribenda historia labori plurimian debent omnes quotquot Musas amant , atque bonarum l'itterarum suavitati incumbunt. Votre procès est sur le bureau ; je le recommandai hier à M. du Laurens. Je vous baise les mains, à madame Belin, et à M. votre frère, comme aussi à MM. Camusat et Allen, avec dessein d’être toute ma vie , etc.

De Paris, ce mercredi matin 30 de juillet 1643.

LETTRE LVIII. — Au même.

Je vous dirai en continuant que M. votre frère eut hier son accès, qui dura huit bonnes heures, avec frisson et vomissement dans le commencement, et sueur à Ja fin : je le vis hors de son accès , in perfecta &rup:ëta. Î1] m'a avoué que cet accès lui a été beaucoup plus supportæble que tons ceux de per ci-devant. Je lui ai promis, et j'espère qu'il sera vrai, qué dorénavant tous ses accès diminueront à vue d'œil. 11 dot avoir son accès demain à huit heures du matin; afin de diminuer la matière qui le fomente, je l'ai purgé aujourd'hui avéc casse, séné et sirop de roses pâles : qualit medicamento incredibile est quot et quanta dejecerit antehac. Selon l'état auquäl il sera, j'espère que je ne perdrai aucune occasion de vous en

donuer avis. Les jésuites sont brouillés à Rome; on dit que le pape leur a Ôté tous leurs priviléges!, et qu'il veut les réduire à petit pied : ff , fat. On dit que M. ie chancelier ne bougera d'ici, et qu'on amènera les prisonniers au parlement, afin de leur faire ici leur procès. Le général Lamboy est ici prisonnier dans le bois de Vincennes, On imprime à Lyon l'Hippocrate de Foësius, sur la copie d'Allemagne’; ce qui est fort à propos, car on n’en trouve plus'ici pour de l'argent : c'est le même libraire qui a imprimé in-quarto les .cinq Centuries d'Observations chirurgicales de Gulielmus -Fabricius Hildanus. C'est le même qui a imprimé les œuvres de Zacutus Lusitapus, en deux volumes in-folio , lesquelles sont en onze tomes in-octavo d'impression d'Amsterdam , que j'ai céans tous onze. Ce Zacutus est mort le 21 de janvier dernier. Croyez que je n'épargnerai ni omettrai chose quelconquepour la guérison de M. votre frère. Je vous baisé les mains, totique fanuliæ, et suis, etc.

De Paris, ce jeudi 31 de juillet 1641.

LETTRE LIX. — Au même.

J'ai reçu la vôtre dont je vous remercie. Je vous assure que M. votre frère est réduit pour le présent à une fièvre tierce purement intermittente, de laquelle l'accès ne dura pas . hier plus de‘trois heures; il est vrai que son ventre et son estomac pâtissent fort, parce, outre son flux qui continue, il vomit presque toute la journée. Aujourd'hui matin, qui est son jour d'’intermission, il a pris un breuvage fait de rhubarbe ét de séné, ad magorem biliosi humoris intus coerciti excretionem promovendam, ne amplius in .posterum serviaf, et nota synptomata producat. J'espère bien mieux dorénavant de sa santé, que je n'ai encore fait par ci-devant ; il n'y a que ces vomissements qui me laissent du doute. 1l doit avoir son accès demain à trois heures du matin ; j'espère qu'il sera bien sup-

LETTRES DE QUE PATIN. Li)

portable, principalement si le remède d'aujourd'hui fait ce qu'il doit. Il est tout converti, et est bien délibéré d’avoir grand soin de sa santé à l'avenir. Sa médecine qu'il a prise aujourd’hui opère fort bien ; il a vidé par en bas (il ne vomit guère que le jour de la fièvre quantité de bile jaune et verdàtre assez épaisse); je pense que toute cette impureté descend de son mésentère, qui est la partie dans laquelle est contenue et se croupit toute la cause conjointe des accès de la fièvre tierce, ex sententia nostri Fernelii, quam puto esse verissiman (1) Le roi est encore à Fontainebleau. On dit que M: le prinee s'en va en Bourgogne , et de là en Languedoc. On imprime à Lyon en deux volumes in-fol. toutes les œuvres de Zacutus Lusitanus. Je vous baise les mains, et suis, etc. D

De Paris , ce lundi à midi, 4 d'août 4649.

LEPTRE LX. — Au même.

Je dois réponse à deux des vôtres, auxquelles je satisferai par ordre. M. le Fèvre se peut bien vanter d’avoir guéri M. de Bordeaux, car il a’y a ici guère de gens qui-le disent, et encore.moius qui le croient : il a, tant il est ignorent en

notre.dogmatique , ordonné de la thériaque en des flux de

ventre chyleux et à des phthisiques, qui m'ont bien fait.courir ; j'estimerai toujours heureux notre parti, si nous n'avons jamais de plus savants adversaires que lui. Il ne savoit cequ'il faisoit à M. de Bordeaux , et il a été en ce coup-là plns heureux que sage, et son malade n'en est réchappé que /uri upe, non medici, qui n’en fùt pas mort quand on l'eût suigné jusqu’à une poëlette, comme les médecins lui demandoient; et M. le Fèvre même le tenoit pour moribond dans le jour suivant. Pour Zaeutus, c'étoit un médecin, Portugais de nation,

(4) Quelle doctrine! si celle de notre époque n’est pas meilleure , au

moins guérissons-nous mieux les fièvres intermittentes, grâce au-quin- :

quine. (R. P.)

Etes — ut œ—

juif de religion, qui est mort à Amsterdam le 21 de janvier dernier. J'ai céans de lui douze volumes in-octavo, qui contiennent une explication de tous les exemples et de toutes les histoires médicinales qui se lisent dans Hippocrate, dans Galien , dans Avicenne, et aliis medicinæ scriptoribus, qu'il y a réduites en ordre et appropriées chacune en son rang des maux de tête, de la poitrine, du ventre, etc., et en ce dessein sont employés les six premiers volumes : le septième est, de praxi medica admiranda; les autres contiennent /ntroitum ad prarim Pharmacopæam, et une méthode particulière telle quelle. Huguetan, libraire de Lyon, fait imprimer tout cela ensemble, en deux volumes in-folio, dont le premier est en vente, tandis que le second s'achève. L'auteur est louable pour le dessein qu'il a eu de servir au public, et encore plus pour la peine qu'il a pris de ramasser tant d'exem-

| ples épars çà et là ; mais il parle latin comme un Espagnol, ‘ et est trop avicenniste et trop dans l’abus des drogues et de la prétendue doctrine des Arabes. Je n’ai point encore vu celui qui est imprimé; je pense qu'il nous viendra de Lyon, mais je ne sais ce qu'il nous coûtera : je pourrai alors vous en donner avis. Pour votre dernière, je suis bien aise que M. votre frère soit heureusement arrivé à Troyes ; mais je pense que son chemin l'a un peu empiré , car il me semble qu'il étoit mieux quand il partit d'ici que vous ne me mandez. J'espère pourtant qu'il en sortira heureusement et bientôt, étant tombé entre des mains si favorables et si justes que sont les vôtres ; et surtout je crois que sans le faire saigner, il n'aura besoin que d’être purgé de doux et bénins remèdes, ” ce que je tiens déjà pour tout fait. Pour le Capucin de M. du Moulin, c'est un petit livret françois, imprimé à Sedan l’an passé , que j'ai vu quelquefois ici; je ne crois pas qu'il soit malaisé d'en trouver un. Il est éveillé et plein de facéties , qui sont presque naturelles à l’auteur, duquel je ne fais point peu d'estime. Pour l'Hippocrate de Foësius, il ne faut pas douter qu’il sera fort bon quand il sera achevé à Lyon,

et que vous n’en sauriez avoir de meilleur; mais un tel encore que celui-là sera longtemps à rouler sur la presse, et sera meilleur que tous les vieux. 11 y a cinq Centuries de Fabricius Hildanus , dont la quatrième et la cinquième sont les meilleures qui ont été imprimées premièrement in-quarto ; les deux premiers que vous n'ayez pas sont in-octavo comme votre troisième; mais tout cela qui vous manque est fort rare, vous aurez bien plus tôt fait de les acheter de l'impression de Lyon, in-quarto, toutes ensemble; l'édition en est fort belle. Le roi est à Chantilly. La reine est à St-Germain avec les petits princes. Son Éminence est encore à Tarascon, d'où l'on dit qu'il sortira bientôt pour venir à Valence ou à Lyon. Perpignan n’est pas encore pris; on dit que ce sera pour le mois qui vient. Je vous baise les mains, à madame Belin, MM. vos frères. MM. Camusat et Allen, pour être toute ma vie, etc. :

De Paris, ce 25 d'août 1642.

LETTRE LXI. — Au meme.

J'ai reçu la vôtre, datée du 1° de mars, au même temps que je pensois à vous écrire, et ressentant moi-même quelque ennui de l’intermission de nos lettres. Je vous remercie donc de la vôtre, et vous prie de me traiter plus familièrement et avec moins de compliments. Vous m'alléguez des sujets esquels je reconnois vous avoir de l'obligation , et non pas vous à moi; je me tiendrois bien heureux si je vous pouvois rendre quelque service ou à quelqu'un des vôtres. J'ai juste raison de me plaindre de mademoiselle Belin, qui nous a toujours allégué son procès, et qui n’a pas voulu nous donner une heure de sa présence pour un pauvre diner; mais j’excuse ses affaires , et aussi le grand désir qu'elle avoit de s’en retourner, et de vous porter les bonnes nouvelles de son procès. Pour les nouvelles du temps, elles sont infer spem et me-

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