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08 LETTRES DE GUl PATIN.
tum. Le roi fut assez mal la semaine passée; mais, grâce à Dieu, il est bien maintenant. Le sol pour livre est révoqué. M. le duc d'Enghien est nommé général pour le roi en son armée de Picardie. Pour le cardinal, il est passé; il est en plomb l’éminent personnage, et même, de plus, on peut dire. de lui ce que l'on dit autrefois d'un plus habile homme que lui, savoir, d’Alexandre-le-Grand : efiam mortuus imperat, puisqu'on suit encore ses ordres et ses conseils. Mais il faut avoir patience : cælum et terra transibunt , et toute sa mémoire aussi. Il n’y a rien de nouveau en notre Faculté, sinon le catalogue que M. de la Vigne a fait imprimer depuis qu'il est doyen : si vous n’en avez un, je suis tout prêt de vous l’envoyer, avec un livret que l’on imprime de M. Duval, et qui sera fait devant la fin du mois. Il nous vient un nouveau livre de Lyon, intitulé Paru/ipomena D. Sennerti : il a été imprimé in-4° en Allemagne par ci-devant. C'est urre rétractation de quelques opinions qu'il a tenues en ses grandes œuvres. Je vous en voue un quand il sera ici ; il y en a en chemin, j'en ai vu quelques feuilles. On imprime aussi à Lyon un commentaire sur les épidémies d'Hippocrate, d’un auteur nommé P. Phrygius, qui est un auteur de Pavie encore vivant. Je vous baise les mains et à mademoiselle Belin, MM. vos frères, MM. Camusat et Allen, et suis, etc.
De Paris, ce 6 de mars 1643.
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LETTRE LXII. — Au même.
lntre autres choses, je vous dirai que le roi Louis XIII mourut hier à Saint-Germain, entre deux et trois. La reine-mère et Le nouveau petit roi, Louis XIV, doivent arriver ce soir au Louvre. La reine-mère est régente sans aucune contredictioa. Je tâcherai de vous faire part de ce qui arrivera de nouveau par ci-après. J'ai céans le Capucin du P. du Moulin à vous envoyer, ce que je ferai à la première conunodité, avec quel-
LETTRES DE GU1l PATIN. 99
ques autres pièces. J'ai vu ici madame Langlois bien malade d’une fièvre tierce, qui a de rudes accès : c’est une femme fort bilieuse et assez délicate ; j'espère néanmoins que Dieu me fera la grâce d’en venir à bout, et de vous la renvoyer en meilleur * état qu’elle n’est venue. Je ne sais si votre bon ami, M. Corps, a ‘gagné son procès ; j'y ai fait ce que je lui avois promis. Pour les soteriques , ils ne battent plus que d’une aile depuis qu'ils ont perdu M. des Noyers. On les appeloit ici marchands de blé ; ils ont obtenu un arrèt de défense à cet effet : ne voilà pas d’habiles gens! Pour le Zheologia patrum, on ne l’aura pas encore sitôt, et c'est grand dommage; les soteriques sont assez mattés ; il y a néanmoins encore un autre livre contre eux, un peu plus gros que l'apologie , et qui part de même main. L’auteur est un bachelier de Sorbonne qui n’a que vingt-cinq ans; il est intitulé : Observations importantes , etc. Quand madame votre sœur s’en retournera, je lui donnerai ce qu'il y aura ici de présent. Le deuxième tome de Zacutus in-f° n’est pas encore achevé; les deux, bien reliés, coûteront pour le moins six écus, st bene pono calculum. Je crois qu’on fera un recueil d'épitaphes contre le cardinal, sa mémoire étant ici fort odieuse et fort décriée. On en a imprimé quelque chose en Flandre, mais il n’y en a pas qui vaille le rondeau de M. Miron, mon bon ami : « Il a passé, il a plié bagage, etc, » de pense que vous l'avez. Le roi est mort ex lenta symptomalica et abcessu prœægrandi in mesenterio, et aliis penè innumeris symptomatibus gravissimis. Je vous baise très humblement les mains, à madame Belin, à MM. vos frères, à MM. Camusat et Allen, et suis, etc.
De Paris, ce 45 de mai 1643.
La reine est ici arrivée à quatre heures du soir, accompagnée de plus de dix mille hommes en bonne coche, sans compter tous les cavaliers et les volontaires de Paris qui étoient allés au-devant du petit roi. Le corps du feu roi a été ouvert à dix heures du matin : on y a trouvé quantité de vers morts,
un grand ulcère dans le mésentère, un gros abcès sous le foie, un autre dans la poitrine, au-dessous du poumon, berucoup de désordre dans l'estomac, etc. (1).
Ce vendredi , 15 de mai , à dix heures du soir.
LETTRE LXTIL — Au même.
ILest vrai que madame votre sœur est difficile et de mœurs et de santé ; j’espère pourtant venir à bout de son mal. Je vous écrivis avant-hier en hâte chez elle trois petits mots, selon qu'elle le désira, combien que je l’assurasse autant qu'il me fut possible qu’elle guérira. C'est un corps extrêmement bilieux, e‘ chargé, en toutes ses cavités, de beaucoup d'humeurs; je commence à la purger doucement , et brllé procedit. Des quatre pièces que je veux vous envoger, la quatrième me manque, qui est deux opuscules de notre M. Duval, lesquels sont pourtant imprimés ; mais je ne puis vous dire pourquoi il ne Îles distribue pas encore. M. des Roches, chantre de Notre- Dame, et qui a été un des secrétaires du feu cardinal, nous donne dix mille écus argent comptant, pour faire rebâtir nos écoles. Un des nôtres lui a fait un remerciement que vous trouverez là; äl. Duval lui en a fait aussi une grande épitre. Vous y trouverez tout cela, et autre chose aussi. Paralipomena Sennerti, Lugduno tandem ad nos advecta sunt : iis facile carebis, est enim opus ingenit senescentis. Lundi , 18 du mois, la reine et notre petit roi furent au parlement, où elle fut déclarée régente toute pure, et permis à elle de- se servir de tel conseil qu’elle voudra. M. l’évêque de Beauvais s’en va être cardinal; il n'est arrivé aucun autre changement, mais il faut attendre. Par provision , on permet à tout le monde de revenir, et prisonniers et exilés. M, le duc d’Enghien et M. du Hallier ont défait les Espagnols près de Rocroy, où nous avons gagné dix-
(1) Voilà unc autopsie bien peu détaillée, et c'est grand dommage ; mais alors l’anatomie pathologique n'existait pas. (R. P.\
LETTRES DE GUI PATIN. 101 huit canous, tout le bagage, force argent , et trois ou quatre mille hommes sur la place : voilà un coup du ciel qui semblo approuver la régence de la reine, et qui pourra disposer les . Espagnols à la paix, en les humiliant On dit que Messine est révoltée en Sicile contre l'Espagnol, et que les Siciliens veulent avoir un roi de leur pays; on dit aussi qu'il y a une révolte à Gaëte, dans le royaume de Naples, contre l'Espa.…. gnol. Vous trouverez dans votre paquet des Ubservations importantes pour vous : l’auteur de ces deux pièces est un jeune homme qui n'eut jamais vingt-sept ans, et qui néanmoins a eu l'approbation générale, est popularis meus; il s'appelle M. G. Hermant; il est bachelier de Sorbonne et chanoïne de Beauvais. Je vous l'indique parce qu'il le mérite, combien qu'il n’y ait pas voulu mettre son nom, propter metum Pharisæorum qui sunt [.oyolitæ. Je vous baise les mains , et suis et à madame Belin, etc.
De Paris, ce samedi 23 mai 1643.
Le dernier accès de madame Langlois a été fort doux, et n’a point eu de frisson ; elle se porte mieux, Dieu merci. Nous allons avoir une amnistie perpétuelle , parce que la reine fait revenir tout le monde. Le garde des sceaux de Châteauneuf # permission de revenir en telle de.ses maisons qu'il voudra. Adieu, monsieur.
LETTRE LXIV, — Au mème.
J'ai reçu votre dernière, et pour réponse à icelle, je vous dirai que madame votre sœur est guérie de sa fièvre. La dernière fois que je l'ai vue, et que je pris congé d'elle, elle me conta beaucoup de disgrèces qu’elle a reçues en son ménage par les débauchies de son mari; mais de toutes ces plaintes
féminines je n’en fais ni mise ni compte. Je lui al rendu ce que je pou vois de service de mon métier, et lui ai offert ce que je pourrois ent autre occasion. M. Turtel m'a promis de venir prendre céans ên quelques jours le petit paquet, auquel rien ne manque , sinon le livre de M. Duval, qui ne sera jamais qu'à peine parfait, parce que ce bonhomme (qui non procul abest à delirio) y change ou ajoute de jour en jour quelque chose. Je ne sais si je pourrai avoir une apologie de l’Université pour vous, ôar je n'en al pas moi-même, et n'en pouvons avoir qu’à peine , à cause qu'on ne les vend pas, et que c’est le recteur qui les donne, et à qui tant de gens en demandent , qu’il en a distribué plus de six mille; j'y ferai tout ce que je pourrai. On a dit ici le bruit que les jésuites ont fait à La Flèche. Je crois que vous êtes pleinernent informé de la bataille qu’a donnée à Rocroy M. le duc d'Enghien, et de la victoire qu'il a obtenue sur les Espagnols ; on en a ici chanté le 7e Deum. Les Flamands et les Espagnols naturels, qui sont dans le pays, sont en grand tumulte les uns contre les autres pour la perte de cette bataille. La plupart de ceux qui avoient été emprisonnés ou exilés par l'Eminence commencent à revenir : le président le Cogneux est ici; on est allé au-devant de M. d'Elbeuf ; ie garde des sceaux de Châteauneuf a permission de 86 retirer en telle de ses maisons des champs qu’il voudra, après une prison de dix ans passés. Madame de Brassac, qui avoit été mise près de la reine par le cardinal, fut hier disgraciée et renvoyée en son pays de Poitou. Madame de Hautefort est de retour. On parle ici du mariage de M. de Nemours, âgé de dix-neuf ans, avec ja filie de M. de Vendôme, laquelle en a vingt-cinq passés. Un président de Toulouse nous a envoyé ici quantité d’un livre latin qu'il a fait in-folio, lequel contient l’histoire du roi Louis XIIE, ab anuno 1610 ad annum 1629. Mais ce n’est pas fort grand'chose ; joint qu'il est tout à lu louange du cardinal défunt, lequel {l loue partout où il peut. Cet auteur s'ap-
LETTRES DE GUt PATIN. 103
pelle lé président de Gramont. Je vous baise les mains, à madame Belin, MM. vos frères et à M. Sorel, et suis. etc.
De Paris, ce 2 de juin 1648.
—— em me
LETTRE LXV. — Au menu.
J'ai été tout étonné quand j'ai appris par votre dernière que madame Langlois étoit encore en cette ville, vu que je lui avois dit adieu , et que je l’avois quittée, toute prête à partir comme elle disoit; et le tout, avec très bonne intelligence entre nous deux , ce qui n'étoit pas peu de chose. Du depuis, j’eusse été ia revoir, ayant su par vous qu'elle étoit encore ici : mais ayant appris de l’apothicaire qu'elle se plaignoit de moi, disant que je l’avois abandonnée, alors que je pensois être fort bien avec elle, je crus qu'il valoit mieux ne bouger, en attendant qu'elle me fit savoir de ses nouvelles. Sur cela, j'ai aujourd'hui été tout étonné quand j'ai vu entrer dans mon étude la fille de son hôtesse, laquelle m'est venue remercier de sa part, en disant qu'elle partoit demain pour Troyes, avec une pistole qu'elle m'envoyoit : et que quand elle seroit à Troyes, qu'elle me donneroit une plus ample satisfaction. Je lui ai renvoyé sa pistole, et lui ai mandé que j'étois fort content de sa bonne grâce, et que je ne l’avois jamais visitée en attendant aucune récompense d'elle, que vous étiez trop mon ami pour prendre de son argent. Et voilà comme tout s'est passé : je ne sais pas à quel jeu j'ai perdu ses bonnes grâces, mais je vous assure qu'il n’y a pas de ma faute. C'est une femme qui a beaucoup d'esprit, mais elle est trop colère, et voilà tout ce que j'en . Sais. Je souhaite fort que par ci-après, elle et son mari se remettent en fort bon ménage.
Le Catalogue de M. des Cordes se vend ici; c'est un inquarto assez gros, que l’on vend quarante-cinq sols: c'est un Livre qui ne vous est guère nécessaire, en taut qu'il y a fort peu de livres de médecine , ét c'est la sorte dont il y en
a le moins : mais il y en a beaucoup de théologie, et encore tout autrement d'histoire, car le nombre de ceux-ci semble presque infini. Le président de Gramont est fort mal content du débit de son livre, duquel personne n'achète. Le livre de M. d’Antueil ne va guère mieux : je ne sais si le second viendra, maïs j'ai appris que si le cardinal de Richelieu eùt vécu, qu'il y eût eu quatre tomes à cet ouvrage; et que ce cardinal eût commencé et fini ce 4 mars, ce n'en est plus le temps, il est passé, il est en plomb, Dieu merci. On dit que M. le duc d'Enghien assiège Thionville. Les députés pour la paix partiront d'ici le mois qui vient, savoir : MM. de Longueville, d'Avaut et d'Eméry. On n'a point dit ici aucune autre défaite que celle de Rocroy. La reine a envoyé mesdames de Brassac et Dansac : et du depuis, MM. Bouthiliers père et fils ont mandé à M. de la Meilleraye, qui est en Bretagne, qu'il ait à venir; tout le parti cardinal a bien la puce à l'oreille. Je vous baise les mains, à madame Belin, et à MM. vos frères, MM. Camusatet Allen, et suis, etc. -
De Paris, ce vendredi 19 de juin 1643.
Il y a cinq semaines que le chancelier branle, et ne tombe pas : M. de Bassompierre dit que sa femme est bien heureuse d'avoir un mari qui branle si longtemps. Ou dit qu'il est un peu confirmé depuis deux jours , mais que ce n'est pas pour longtemps. Je crois que s’il ne tenoit qu'à de l'argent, qu'il
en donneroit beaucoup pour être conservé; car ilen a bien mis dans ses bottes durant la tyraunie du cardinal, mais je pense que ce mauvais temps est tout passé.
ne Re
LETTRE LAVE. — Au rene.
Je viens d'apprendre la mort de la pauvre madame Langlois, dont je suis bien marri : je lui souhaite plus de repos en l’autre vie qu'elle no s'eu est donné en celle-ci, et comme
LETTRES DE GUL PATIN, 105 je crois qu'elle aura : je pense qu'elle est cause de sa perte, par l'inquiétude de son esprit. Pour ce que je l’ai vue ici, je vous prie de n'en point parler ; elle ne me doit rien : il n’a tenu qu’à moi d'avoir de son argent, puisqu'elle a eu le soin de m'en envoyer : je voudrois que pour plus grande somme, la pauvre femme fût au monde, et à son aïse, car elle avoit trois pièces bien engagées, savoir : son foie, son poumon et sa tête. Thionville est âssiégé, mais la prise en est fort incertaine. Chose certaine que le P. Caussin est de retour, je le sais d'homme qui l’a vu, etqui a parlé à lui. La. bibliothèque de M. des Cordes n’est guère propre à un médecin, car c'est de son métier dont il y a le moins de livres. J'ai vu M. votre fils; je vous conseille, sauf néanmoins votre meilleur avis, de le faire médecin; c'est à quoi il est le plus propre, et j'espère qu'il y réussira. Vous jugerez vous-même de sa disposition , quand vous Île verrez ces vacances. Je vous baise très humblement les mains , et suis, etc.
De Paris, ce 12 de juillet 1643,
Ï n'y a ici rien de nouveau, sinon que M. de Nemours a épousé mademoiselle de Vendôme , laquelle a six ans plus que lui. M. de Guise est ici de retour : rien autre chose, mais plura inminent. Je baise les mains à madame Belin, et à MM. vos frères, avec votre permission.
en mu à
LETTRE LXVIT — Au sémne.
tends rien pour avoir traité feu madame Langlois, ni M. votre frère. Je me contente de votre amitié et de vos bonnes grâces, lesquelles jusqu'ici m'ont bien obligé à davantage, en quoi je n'ai manqué que de pouvoir ou d'occasion, et jamais de bonne volonté. Si M. votre tils veut tout de bon embrasser la
Je ne vous le dirai plus qu'une fois; je ne souhaite ni tr
médecine , j'espère qu'il y réussira. Dieu lui en fasse la grâce; j'y ferai ce que je pourrai de mon côté, et s’il me croit, comme j'espère qu'il fera, je tâcherai de contribuer afin qu'il s'en retourne chargé de bonnes dépouilles : jy tiendrai la main, si j'y suis, afin qu'il ne perde pas son temps , et tâcherai de le mettre dans un bon chemin s’il me veutcroire. Quand vous prendrez la peine de lui écrire, exhortez-le qu’il me vienne voir souvent, je ferai de mon côté afin que ces petits voyages ne lui soient point tout-à-fait infructueux. Il n’y a rien ici de nouveau , sinon que la mort du pauvre marquis de Gèvres devant Thionville, avec les blessures de MM. Gassion et Dandelot; mais on dit que la ville sera bientôt à nous , et que les Espaguols ne la sauraient secourir à temps. {n republica litteraria nihil novi : on achève ici les Opuscules de feu M. de Baillou, qui sont des traités de Calculo, adversus Fernelium ; de rheumatismo ; de sedimento urinarum, etc. On ne parle ici que de harangues funèbres, qui ne sont la plupart que flatteries et impertinences. /n hoc, posita est infelicitas nostra, qu'il faut que nous soyons toujours gouvernés par quelque prêtre, ou moine, ou étranger. M. le cardinal Mazarin est le grand des grands, et a près de la reine plus dé crédit que pas un. Combien il pourra durer, je n'en sais rien : mefas nec frmpora pono, car il y à ici beaucoup de gens qui disent qu'il veut imiter le marquis d’Ancre : mais, pour moi, je me contente du présent, non est nostrum scire momenta neque tempora. Le pape a fait quinze nouveaux cardinaux italiens, où il confisque des charges pour cinq cent mille écus, qui seront employés à faire la guerre au duc de Parme : la plupart de ces nouveaux élus étaient de ses valets at ses domestiques; et les voilà aujourd'hui Roman: proteres , rerum domini : ou plutôt, comme dit Scaliger en ses Épitres : md Vuficand pluvid tanguam fungi nati. On a ici imprimé, et se vend publiquemeut, en deux volumes in-octavo, te recueil des pièces de Saint-Germain contre la défunte éminente ; on l'a aussi imprimé à Rouen in-quarto; nous l'aurons
dans huit jours. Je veus baise très humblement les mains, à madame Belin, et à MM. vos frères ; et suis, etc.
De Paris, ce 12 d’août 1643.
LETTRE LXVIII. — Au même.
Je viens de trouver une des vôtres, écrite il y a neuf mois, à laquelle je ne pense pas avoir fait réponse : cette seconde vous en servira, puisqu'ainsi est qu’elle n’a pas été tout-à-fait perdue. Pour le Capucin que vous y demandiez, je crois que vous l'avez reçu. Pour le gazetier (1), jamais son nez ne fut accommodé comme je l'ai accommodé, le 14 d’août de l'an passé , aux requêtes de l'hôtel en présence de quatre mille personnes. Ce qui m'en fâchie, c'est que habet frontem meretricis, nescit erubescere. On n’a jamais vu une application si heureuse que celle deS. Jérôme, epistolæ100ad Bonasium contre ce nebulo et blatero : car voilà les deux mots dont il me fit procès, qui est néanmoins une qualité qu’il s'est acquise par arrét solennellement donné en l’audience. Je n’avais rien écrit de mon plaidoyer, et parlai sur-le-champ par cœur près de sept quarts d'heure: j'avois depuis commencé à le réduire par écrit, mais tant d’autres empêchements me sont intervenus, que j'ai été obligé de l’abandonner ; je n’en ai que trois pages d’écrites, et il y en aura plus de quinze. Pour l’épitre qui est au commencement du Senhertüs , je vous en enverra à part ; je l'ai fait imprimer in-quarto pour en donner à une infinité de gens qui m’en demandoient. Le bonhomme de Bourbon n’a aussi régalé de six vers sur ce sujet, dont je vous ferai part. M. G. Naudé a fait imprimer ici, il ÿ a énviron quinze ans, ‘un livret intitulé : Avis pour dresser une bibliothèque, etc., et rien de plus. Îl est aujourd’hui bibliothécaire du Mazarin, qui a acheté vingt-deux mille livres la bibliothèque de M. des
(4) Théophraste Renaudot,
108 LETTRES DE GUt PATIN.
Cordes, qui se montre à ceux qui la veulent voir. Pour les lentilles, ad promovendam eruptionem variolarum, je leur baise les mains, comme aussi à tous les modernes qui l'ont écrit ; je ne crois pas même que le gaïac soit sudorifique, à proprement parler, vu qu'il ne fait suer qu’autant que l'on couvre fort et que l'on chauffe les malades. Si j'ai jamais du loisir, je remettrai ces difficultés au traité que j'en ai commencé, mais il n'est guère avancé. Je vous baise très humblement les mains, et suis, etc.
De Paris, ce 12 d'août 1643.
LETTRE LXIX. — Au méme.
J'ai donné à M. Sorel l’épitre que vous désiriez : voilà aussi que je vous envoie les derniers vers de M. de Bourbon. Pour mon plaidoyer, je n’ai garde de vous l’envoyer, je n’y ai rien fait depuis un an; j'ai toujours eu depuis ce temps-là trop d'occupations, et en ai encore : j'ai pourtant bonne espérance de l'accommoder quelque jour, et de l’achever, et de le faire voir à mes amis, in quorum meliori ordine du”is familiam : 1 n’y aura que la mort qui m'empêchera de ce faire; mais pour le présent je suis si fort embarrassé, que je n'ai pas le loisir de me tourner : il me faut donner le bonnet un de ces jours, et faire d'autre latin pour celui qui suit, comme c’est ia coutume : il me faut aussi présider à mon rang l'hiver qui vient, et néanmoins je n’ai pas encore commencé ma thèse , outre que nous voici en une saison qui ne nous donne pas peu d'affaires, et laquelle à peine me laisse respirer : et ainsi vel tempus mihi aufertur, aut surripitur , aut excidit. J'ai céans Illustrium medicorum vitas H. Castellani : il n'est point mauvais. M. Moreau n'a pas fait le sien, et ne le fera jamais. Castelianus a fait d’autres petites œuvres qui toutes sont bonnes Pour M. votre fils, totus est mihi commenlatissimus : et ferai en sa considération ce qui me sera possible. Le sieur de St-
Germain est en cette ville, mais je ne sais à quelle condition ; et même je doute combien que je n’en aic oui parler à personne , s'il y a ici grande sûreté pour lui, parce que voilà le temps qui tourne, et la faveur qui change. La reine, au lieu de donner le chapeau de cardinal à M. l'évêque de Beauvais, son ancien serviteur, comme elle avait témoigné vouloir lé faire sans qu'il lui ait jamais rien demandéen récomperse des services qu'il lui a rendus depuis vingt-cinq ans, lui a envoyé un commandement de se retirer en son évéché : ce qu'il a fait fort content et fort constamment, étant déjà bien las de la cour. L'évèque de Lisieux, M. Cospean, a reçu pareil commandement ; et tout cela se fait en vertu de la haute faveur, et ainsi vous voyez que nos maux ne sont pas finis, vu . que dès que nous sommes hors d'un, nous retammbons dans l'autre.
——— Uno avulso, non deficit alter Ferreus , et simili mulctalur Gallia monstre.
On imprime à Lyon /ustitutiones medicwe G. Hofmanni ; je ne puis pas encore assurer de leur bonté ; mais l’auteur d'’icelles est un grand personnage , et le plus savant qui ait été en Allemagne puis cent ans, si unum Thomam Erastum e.ccepero. Je vous baise très humblement les mains, à mademoiselle Belin, à MM. vos frères, à MM. Camusat et Allen, et suis, etc.
De Paris, ce 13 de septembre 1643.
Die fatali infelici Thuano, ante annum part die, jussu, necalo. |
Vous trouverez, avec les vers de M. de Bourbon, une requête et un factum du gazelier qui sont d'un étrange galimatias : par ces deux pièces, vous jugerez aisément si ce gazetier est sain d'esprit : nebulo iste hebdomadarius indiget elleboro, aut acriori medicina, flanma et ferro.
LETTRE LXX. — Au mnème.
Je sais bien il y a longtemps que je vous dois réponse; mais j espère que vous me pardonnerez mon silence : j'ai tant eu d'affaires pour notre Faculté, que je n’en puis encore respirer qu'à peine. Je vous dirai donc pour réponse à votre dernière les vers de M. de Bourbon contre le gazetier sut mon plai-
- doyer; les voici :
Non traclut Mrdicus mutas inglorius arles, { Hoc tibinec licuit dicere , magne Mari ):
Hippocratis Schola tota, Patinus et ipse refellit Orantem summo quem stujuere foro,
Causa fuit tenuis ; tenuis non gloria, quando Insigni palmam de nebulone tulit.
Je pense que M. votre fils vous aura envoyé quelques exemplaires de mes Thèses ; j'en ai fait faire une seconde édition in-quarto, pour en pouvoir donner à tous ceux qui m'en demandoient : je vous en envoie six, dont vous donnerez les cinq à qui vous voudrez; par exemple, si vous le trouvez bon, à MM. Sorel, Allen et Camusat: et vos MM. de Courberon et Grassius, ou mieux, premièrement à M. votre frère le chanoine ; et vous garderez pour vous l'exemplaire auquel j'aurai écrit quelque chose, pag. 3, où tout ce qui est rayé par dessous a été ajouté en cette 2° édition; et ce qui est rayé à la 4° n'a été que transposé. Si vous en désirez d’autres, je vous en enverrai tant qu'il vous plaira, si elles vous plaisent. M. de Saint-Germain a iti toutes ses assurances ; il a prêché quelquefois en diverses églises; c'est un excellent homme; mais j'apprends que son histoire ne sera pas sitôt prête , lentum erit negotium, quia dies adhuc mali sunt. Donnons-nous patience. M. votre fils me vient voir quelquefois; il étudie; j'espère qu'il vous donnera contentement : il a une méchante gratelle qui l'incommode, et laquelle il tâche de guérir. On
imprime à Lyon une pratique de M. F. Feynes, jadis médecin de Montpellier. On ne fait presque rien ici, que des livres de moines, et des romans qui sont de la filouterie, tant pour le spirituel que pour le temporel. M. Grotius, ambassadeur de Suède, fait ici imprimer 3 volumes de Commentaires in Vetus Testamentum, approuvés de la Sorbonne, combien qu'il soit apparemment Arménien ; ils seront achevés dans deux mois. M. Richer, notre collègue, âgé de trente-quatre ans (je pense que vous vous souvenez de l'avoir vu); di : 24. Januarii penetravit ad plures, ex diarrhea purulenta ab ulcere mesenterii, cum febre lenta, etc. Je vous baise très humblement les mains, et à madame Belin, et suis de tout mon cœur , etc.
De Paris, ce 20 de février 1644.
LETTRE LXXI, — Au même.
Je vous remercie de l'honneur que me faites par votre dernière : je suis bien aise qu'ayez trouvé ma thèse belle : elle a en--deçà tant d’applaudissement, qu'en voilà tantôt deux mille exemplaires de distribués : car il ne m'en reste pas encore un cent. Rancidulo ore loqui, qui est dans Martial, est proprement parler Renaud, comme font les ladres de Provence, et croit qu'il ne se peut guère autrement expliquer en latin. Un grand et solennel arrêt de La cour donné à l’audience publique, après les plaidoycrs de cinq avocats, et quatre jours de plaidoieries, a renversé toutes les prétentions du gazetier, et a aussi abattu son bureau où il exerçoit une juiverie horrible, et mille autres infâmes métiers. L'arrêt sera imprimé avec les plaidoyers des avocats , mais ce ne sera que pour après Pâques : dès qu'il y en aura d'imprimés, je vous en ferai tenir quelque exemplaire. Je ne me souviens pas d’avoir par ci-devant reçu de vous des vers du chancelier de l’Hôpital in Capellanum et Castellanum Medicos : ce premier étoit fort savant; il étoit docteur de notre Faculté; il fut fait après Fernel premier mé-
decin du roi Henri Il, ot mourut l'an 1569. M. de Thou a remarqué sa mort comme d'un habile homme : il avoit doctement travaillé sur Celse, cc travail snfeliciter periit. M. Castelan étoit docteur d'Avignon, natif d'Arles en Provence, propre frère de la mère de maître André du Laurens , qui a fait cette belle anatomie, et qui est mort l’an 1609, premier médecin du roi Henri IV. M. J. Chapelain fut aussi premier médecin des rois François I} et Charles IX. Je sais bien qu'inter epistolas-Mich. Hospitali, pag. 380, il y a des vers sur la mort de ces deux grands hommes, qui commencent ainsi :
Divisi patria longa regione locorum, etc.
Si les vôtres commencent ainsi, ne vous en mettez pas en peine, puisque je les ai. M. votre fils apprend assez bien, et espère que vous en aurez contentement; il ne va pas vite, mais il sera mûr et sage. Les jésuites ont ici ému un gros orage contre M. À. Arnauld, mais j'espère qu'il s'apaisera à leur confusion. On dit que le pape est en enfance. M. de Veudôme se voyant ici persécuté fortement, est sorti du royaume, et s'est retiré en lieu de sûreté pour sa personne. Je vous baise les mains, à madame votre femme, à M. votre frère, et suis, etc.
De Paris, ce 44 de mars 1644.
me née
LETTRE LXXII. — Au méme.
Je dois réponse à vos deux dernières. Le gazetier ne pouvoit pas se contenter dans la médecine, qu'il n’a jamais exercée, ayant toujours tâché de faire quelque autre métier pour gagner sa vie, comme de maître d'école, d'écrivain, de pédant, de surveillant dans le huguenotisme, de gazetier, d'usurier, de chimiste, ete. Le métier qu'il a le moins fait est la médecine, qu'il ne saura jamais ; c’est un fanfaron et wa arde-
Lio, duquel le caquet a été rabaissé par cet arrêt, que nous n'avons pas tant obtenu par notre puissance que par la justice et bonté de notre cause, laquelle étoit fondée sur une po- : lice nécessaire en une si grande ville contre l'irruption de tant de barbares qui eussent ici exercé l'écorcherie au lieu d'y faire la médecine. Notre apothicaire n’a pas encore oui parler de M. Bareton. Ce petit garçon-là n’a guère soin de ses affaires ni de son honneur ; si cela se peut faire aisément , vous m'obligerez d'en dire encore quelques mots, à la charge qu'une autre fois je serai plus sage, et que je pratiquerai plus exactement ce bon mot de l'Apocalypse : Qui sordescit sordescat adhuc : il a été bien et fidèlement servi; il s’en devroit souvenir. Vous m'avez fort obligé de distribuer mes thèses, dont on me demande si grande quantité de toutes parts, que j'en ai donné plus de cinq cents depuis un mois; si vous en désirez d’autres, vous n’en manquerez pas. Îl y a longtemps que je n'ai pas vu M. votre fils; je ne sais à quel jeu j'ai perdu ses bonnes grâces ; il ne doit pas s’étranger de moi, vu le dessein et l'envie que j'ai de le servir. M. le duc d'Orléans est devant Gravelines ; le roi et la reine sont à Ruel pour y prendre l'air, où , après avoir été quelque temps, ils iront à Fontainebleau. Madame la comtesse de Soissons est ici fort malade. Ïl n’y a rien de nouveau en notre Faculté; nous avons dessein de faire imprimer quelque chose, dont je vous ferai part en son temps, et qui fera secouer les oreilles à quelqu’un. Pour les loyolistes, pestem hanc longe latèque serpentem, etiam tnvitis Diis, & finibus vestris procul arceat Deus Optimus mazimus. Je vous baise très humblement les mains et à tous nos amis de delà, pour être toute ma vie, etc.
De Paris, ce 9 de juin 1644.
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LETTRE LXXIII. — Au même.
de dois réponse à vos deux lettres que j'ai reçues bien près l’une de l'autre. Pour la première, je vous dirai que M. Bareton n'a pas encore contenté son apothicaire. Je suis bien marri de vous donner tant de peine; mais néanmoins nisi grave sit, gratissimum maihi facies si iterm compelles hominem. meo nomine eâque de causâ aurem ilerum er vulseris. Vous m'’avez fort obligé de donner de ma thèse à M. Comper; je vous prie de n'en pas manquer, afin de la bien distribuer comme vous faites. Un médecin de Dordrecht, en Hollande, nommé J. Beverovicius, mudtis als libris editis clarus, a mis en lumière un livre intitulé Medicæ quest iones epistolicæ, dans lequel il a fait insérer madite thèse, tant il l’a trouvée belle: mais il n'y a mis que la deuxième édition: j'ai grand regret qu'il n'ait eu la troisième, laquelle est tout autrement meilleure. Je reçois tous les jours des applaudissements et des actions de grâces , et même de petits présents pour icelle. Je n’en ai pas encore un cent de reste de la troisième édition; et si j'en fais une quatrième, j'ai quelque chose de fort bon à y ajouter. Si cela arrive, je vous en enverrai aussitôt. Le bonhomme la Framboisière m'a autrefois envoyé quelques thèses de Reims, mais celui-ci ne m'en envoie point; j'aurai pourtant soin d’avoir celles du fils de M. Comper par une autre voie. Je ne sais qui vous a dit que j'avois dessein de faire imprimer quelque chose, il est pourtant vrai; mais la misère du temps, d'une part, et de l'autre, la tyrannie du siècle m'en empêchent, En attendant un meilleur temps, mes écrits mûriront, #0numque prementur in annum, et peut être que dans ce délai ils amenderont. s
Quant à votre seconde, nihil alind quidquam audivi de filio illo fugitivo; s'il vient jusqu'à moi à force de courir, je lui ferai bien sa leçon, et tâcherai de faire qu'il s'en retourne: sinon, je vous donnerai avis de ce que j'aurai appris de son petit
fait. Donnez-vous en attendant patience : c’est la coutume des bons pères, et presque l'ordinaire, qu'ils aient de mauvais enfants, tout au moins désobéissants. Les jésuites sont ici en très mauvais prédicament; ils ont augmenté le nombre de leurs ennemis et de leurs malveillants, pour avoir si scandaleusement et si malignement impugné le livre de M. À. Arnauld (1), qui triomphe par-dessus tout le loyolitisme. Le P. Caussina fait une apologie pour eux, mais ce n'est que du jargon; il n’entre point dans les difficultés. Celui qui fit l’an passé quatre livres pour l'Université, et qui n'est qu’un jeune homme de vingt-cinq ans, bachelier de Sorbonne, les a convaincus sans ressource et les a réduits à de simples paroles, et rien de plus; un autre carabin du P. Ignace, nommé le P. Moine, a aussi écrit pour eux, mais il a fait encore. pire que le P. Caussin : uierque mera fecerunt mapalia. Les Espagnols tiennent Lérida étroitement assiégée en Catalogne ; mais on dit ici qu’en récompense nous prendrons Gravelines : ainsi soit-il. Les troisièmes tomes des commentaires de M. Grotius, in Vetus Zesta. mentum , sont achevés d'imprimer in-folio ; ils seront en vente dans quinze jours, comme aussi un nouveau volume in-folio contenant divers opuscules de M. de Balzac ; il n’y a rien autre chose que je sache ici de nouveau. Je vous baise les mains, à madame votre femme et à MM. vos frères, et suis, etc.
De Paris, ce 21 de juillet 1644.
LETTRE LXXIV. — Au même. L
Je vous dirai que nous avons perdu le bon M. de Bourbon ; il est mort d’une fièvre continue le 7 de ce mois, ex supressa arthritide, anno œtatis 70. J'en ai tel regret que je ne me sens point ; je ne connus jamais un si bon et un si savant homme. M. votre fils m'est venu voir deux fois depuis peu ; j'ai grand’ peur qu'il n'ait par ci-devant guère bien employé son temps,
(4) Celui de la fréquente communion. (R. P.)
parce que je ne le trouve guère avancé par l'examen que je lui en ai fait. Sur quoi je prendrai la hardiesse de vous proposer un avis, qui me sembleroit fort bon en cette occasion ; qui seroit que vous le rappelassiez devers vous , à Troyes, au plus tôt, puisque toutes les leçons sont finies ; où le tenant court près de vous , il étudieroit tout autrement et profiteroit bien davantage qu'il ne fera ici, où j'ai peur qu'il ne se débauche. Nos lecons et les actes de notre école ne recommencent qu'à la Saint-Martin d'hiver; vous le pouvez tenir près de vous près de trois mois entiers, vu que c’est assez qu'il soit ici le 15 novembre. Voilà mon opinion qui ne sera peutêtre pas la vôtre : eam famen qualiscumque sit, æqui bonique consulito. Au moins s’il étoit auprès de vous, il pourroit apprendre beaucoup de bien, et s’exempter de la débauche mieux qu'il ne fera ici. M. Bareton ne satisfait pas à son apothicaire; je crois bien qu’il faudra enfin que je le paie, car je lui en ai répondu. Ce n'est pas que je fasse fort grand état de la somme; je suis seulement en peine s’il m'en saura gré, et s'il voudra bien que je fasse cela pour lui. La reine d'Angleterre est en Bretagne, et vient ici à la cour pour retraite durant la persécution du parlement d'Angleterre contre son mari. Îl y a ici un livre nouveau qui est fort curieux, c’est un traité de toutes les bibliothèques du monde, en deux volumes in-8°, et principalement de celles de France, où il v a de grandes particularités (1). Les troisièmes tomes de commentaires, in Vetus Testamentum de M. Grotius, sont achevés: on les vendra dans huit jours. On réirnprime ici in-4°, Opuscul& moralia et politica d'Augustinus Niphus, qui a été un excellent homme; cela avoit autrefois été imprimé en italien, mais il étoit très rare, combien que très bon. Il y a ici de nouveau une apologie pour la doctrine de feu M. l'abbé de Saint-Cyran contre les libelles diffamatoires que les jésuites ont fait courir depuis quelques mois contre lui. La cause de leur haine est double contre ce grand homme : la première
(4) Il s'agit sans doute ici du Traité des plus belles bibliothèques. par le P. Louis Jacob. Paris, 1844. In-8°. (R. P."
LETTRES LE GUL PATIN. 117 est qu'il était plus savant et plus homme de bien qu'eux ; la deuxième est qu'il est le vrai, légitime et seul Petrus Aurelius, qui les a si bien étrillés sans qu'ils pussent découvrir qui cnétoit l’auteur (1). /nde patet execrandam illam Loyolæ gentem, ire capacissimam el ultionis avidissinam atque appetentissimam esse. Dii meliora ! Je vous baise les mains, à madame Belin et à MM. vos frères, à MM. Camusat et Allen, et suis, etc.
De Paris, ce 8 d'août 1644.
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LETTRE LXXV. — Au même.
Je sais bien que votre fils vous met en peine, il m'y met aussi. Vous avez peur qu'il ne perde son temps à Troyes; s’il n’a envie de le bien employer, il le perdra ici tout autrement. Il im’a vu depuis peu, je l'ai fort exhorté à bien faire, et me l'a promis, comme je crois qu'il fera; mais il me semble que vos exhortations seraient bien plus puissantes que les miennes, votre présence seroit très capable de le retenir ; vous pourriez le mener avec vous tant aux champs qu'à la ville, et cela lui aideroit fort à le dépayser, car il n? l’est pas encore tout-àfait. Pour moi, je suis encore dans mon premier avis, qui est qu’il s'en aille à Troyes pour y demeurer près de vous et y étudier tout ce temps-là; vous en êtes le maître et le père,
(4) Quand Gui Patin écrivit cette lettre, il y avait à peine un an que Pabbé de Saint-Cyran (Jean Duvergier de Hauranne) n'existait plus, étant mort le 11 octobre 1643. Saint-Cyran composa, avec son neveu, Barcos, le Petrus Aurelius, gros in-folio qui parut en 1635, sans nom d'auteur. Ge qu’il y a de remarquable, c’est que l'assemblée du clergé fit réimprimer cet ouvrage à ses frais, en 1641, puis en 1646. Mais par l'influence toute-puissante des jésuites, cet esprit du clergé changea tellement, qu'on fit supprimer sautant que possible les exemplaires de cet ourage, et un éloge de l'auteur, fait par Godeau, évêque de Grasse. C'est dans ‘'e Petrus Aurelius qu’on trouve celte phrase souvent citée par Gui Patin, dans laquelle l’auteur dit des jésuites : Omntum adulatores et omnium inimici, « Les flatteuts de tout le monde et les ennemis de tout le monde. » (R. P.)
c'est à vous à conclure sur ce que je vous ai proposé. Pour votre quatrain latin qui commence par ces mots: Dicite quid faciam , je vous prie de me mander qui en est l’auteur et où je le pourrai trouver. Quand M. votre fils sera ici de retour pour la Saint-Martin d'hiver, il y sera encore assez tôt ; et ne devez pas craindre, ce me semble, que son jeune frère le débauche ; au contraire, il me semble que cela les pourra tous deux retenir davantage à cause de votre présence, et les porter à bien. Néanmoins pensez-y deux fois, et n'en faites que ce que vous en penserez le meilleur ; pour moi je tiendrai celui-là le meilleur des avis, que vous choisirez en cette matière qui est douteuse, et qui n’est pas hors de soupçon tant de part que d'autre. Pour le livre que vous citez de Scaliger, De subtilitate ex adversis capienda, il n'est pas de lui, mais de Cardan même, qui le fit pour se consoler de la mort deson fils qui avoit été pendu à Milan pour avoir empoisonné sa femme. S'il se fait ici quelque chose sur la mort du bon M. de Bourbon, je vous en ferai part. L'apologie de M. de Saint-Cyran est en lumière , qui est une pièce très bien faite et fort hautement louée, Toute la médisance loyolitique ne peut que mordre sur la mémoire de ce grand personnage , inaïs elle ne la peut entawer. Petrus Aurelius vivra à jamais, et quamdiu erunt homines, il fera honneur à ce grand homme, ne tanti labortis mercedem acciperet in vita sua, qui de sola œterna cogitabat. Pour M. Bareton, je vous remercie de votre bon avis, je parlerai à son apothicaire. Je vous donne le bonjour, et "suis, etc.
De Paris, ce 21 d'août 1644.
LETTRE LXXVI. — Au méme.
Je vous donne assurance que M. votre fils fait une bonne partie de ce qu’il peut pour vous contenter et moi aussi en ce que nous pouvons souhaiter de lui ; je l'ai exhorté à continuer
sérieusement, comme je crois qu'il fera ; Dieu lui en fasse La grâce ! Je vous envoie les parties de l’apothicaire de M. Bareton avec un petit mot qu'il m'a délivré; je vous prie d'en faire ce que jugerez à propos, afin de sortir de cette affaire, le tout néanmoins sans vous en donner beaucoup de peine, et en gardant la bienséance vers eux, puisque vous êtes leur médecin. Il y a apparence que ces gens-là n'ont guère d'honneur d’avoir si peu de soin de ne pas payer une dette de cette nature. Le roi et la reine sont à Fontainebleau avec toute la cour. La reine d'Angleterre est aux bains de Bourbon avec deux des nôtres, savoir, MM. Chartier et de Pois; et mademoiselle de Longueville y est allée aussi depuis huit jours avec M. Bruyer. Les affaires du roi d'Angleterre sont en très mauvais état contre le parlement de son royaume. Le prince d'Orange a pris le Sas de Gand, et le duc d'Enghien a pris Philisbourg. Tarragone n'est pas encore prise, ni le pape fait. Les cardinaux se battent rudement pour faire valoir leur parti. M. de Saumaise va quitter la Hollande, et s'en vient demeurer à Paris moyennant six mille livres de pension annuelle à prendre sur l'élection. Il a depuis peu fait imprimer un livret de Coma, à Leyde ; on nous en promet dans peu de jours, aussi bien que plusieurs autres qui sont en chemin. M. Arnauld continue de triompher, malgré tous les efforts de la noire et fôrte machine qui étend ses bras jusqu'à la Chine. Je vous baise les mains, et suis, etc.
De Paris, ce 20 de septembre 1644,
LETTRE LXXVIL — 4u même.
Je vous remercie de tout mon cœur de tant de peine que je vous donne pour M …. ; cet homme n'a guère de courage ; je n'ai pourtant regret en toute cette affaire qu'à la peine que vous en avez prise. Nous avons enfin un pape qui est Jo.-Bapt. Pamphilius , neveu d’un cardinal Hieron. Pamphilius, sous
Clément VIIL. 1 a pris le nom d'Inuocent X , et dit qu'il espère de mettre la paix en l'Europe, et qu'il ne veut demander à Dieu que cette grâce. 11 a soixante-douze ans, mais il est vigoureux ; il n'est pas savant ni homme de lettres, mais grand homme dans les affaires, dans les négociations et dans les intérêts des princes, comme ayant été dans de grands emplois perpétuellement depuis près de cinquante ans. Ïl a bàtards et bâtardes. 11 a deux cardinaux qui le gouvernent, savoir, Spada et Pancirol, qui sont les deux ennemis jurés du cardinal Mazarin, qui a un tel regret de cette promotion qu'il en a pensé être malade bien fort, en ayant eu un accès de fièvre qui a duré cinquante-cinq heures, et pour lequel il a été saigné deux fois ; il est à Fontainebleau avec le roi, la reine et toute la cour, où M. de Nemours a reçu commandement de se retirer. Il est gendre de M. de Vendôme. M. le maréchal de Vitri est mort à six lieues d'ici d’une fièvre continue. Le pape d'aujourd'hui a été dataire du cardinal Barberin, in legafione Gallica et Hispanica, puis nonce à Naples, puis en Espagne. Il est an des plus habiles hommes du conclave, bien résolu, et qui entend des mieux les affaires. Le ‘bon cardinal-Bentivoglio est mort avant l'élection. 1l y en a plusieurs autres malades, entre autres le cardinal Lugo, jésuite. M. de Saumaise quitte la Hollande et s'en vient demeurer à Paris, moyennant six mille livres par an qu'on lui assigne sur un fonds assuré. /nstitutiones Medicæ Gasp. Hufmanni Lutetiæ eccuduntur ; elles sont à moitié faites ; ce sera un excellent livre. La reine d'Angleterre est aux bains de Bourbon, avec MM. Chartier et de Pois, nos confrères. On vend ici les trois livres des Commentaires de M. Grotius, ên Vetus Testamentum , in-folio, 21 livres reliés. Je vous baise les mains, et suis, etc.
De Paris, ce 1°" d'octobre 1644.
LRO Le
LETTRE LXXVIIL — Au méme.
Il me déplaît fort de l'affaire de M... ; j'ai empêché que l'apothicaire ne continuât de le poursuivre, et ai pris la hardiesse d'écrire un petit mot à M. son père, lequel je prie d'y donner ordre, et que je vous prie de lui présenter de ma part, afin de finir ce petit différend. Depuis la mort du bon cardinal Bentivoglio, nullus obiit er purpuratis Patribus. 1 y a dix places vacantes ; le pape n’a point encore fait de promotion , mais il a fait libéralité et largesse à tous ses anciens serviteurs, et a obligé de fort bonne gràce tous ceux à quiila donné les offices qui vaquoient ; et entre autres, adscivit sibi in comitem laboris, et in quem majores sui Pontificatis curas deponere meditatur, le cardinal Pancirol, qui a été nonce en Espagne, qui étoit le grand et presque perpétuel agent du feu pape Urbain VIII.Ce Pancirol est homme de grand esprit, de grande intrigue, que le pape a fait loger dans son palais propre, et qui est fils d’un tailleur de Rome. M. de Saumaise est encore en Hollande. On dit qu’il sera ici fort persécuté des jésuites quand il y sera. Il a perdu deux de ses enfants depuis trois mois de la petite vérole , et entre autres une grande fille. Son livre Epistola de C'œsarie virorum et mulierum coma est arrivé, aussi bien que Polyander, de coma, qui a écrit : pour la même cause ; sed de utroque nikil ausim affirmare, vu qu'ils sont encore chez le relieur : nihil tamen nisi magni ficum sentio de priore, ut par est. Jen'ai jamais vu Speculum Jesuiticum, duquel vous m'écrivez; je vous prie de me mander s’il est grand et où il a été imprimé. Mabes filium studiosum et bonce indolis, qui frugem spero, faciet. Toute la cour est ici de retour. Le cardinal Mazarin est guéri de sa double tierce, que lui a causée { tant qu'une cause externe peut agir) la grande puissance que le cardinal Pancirol a aujourd'hui, lequel est ennemi juré et irréconciliable du Mazarin, qui l’a voulu autrefois ruiner dans l'esprit du feu pape. La reine d'Angleterre sera ici duus le quinze du mois prochain. Æronvr est, sed adhuc obscurus ct
dubius, que la reine d'Espagne est morte. Je vous baise les mains, à madame Belin, et à MM. vos frères., et suis , etc.
De Paris, ce 29 d'octobre 1644.
LETTRE LXXIX, — Au même.
. de viens de recevoir un paquet de lettres par la poste du Languedoc, de M. votre fils qui porte les armes; avec un autre paquet enfermé dans ma lettre, qu'il me prie d'envoyer à Troyes, à M. Corps, comme je fais : peut être que dans ce paquet il y en a quelques unes pour vous. [Il me mande dans sa lettre, qu'il a laissé les livres que je lui avois prêtés à un certain qu’il me mande; j'irai et les reprendrai si on me les rend : quoi qu'il en soit, ne vous en mettez point en peine et ne m'écrivez plus de m'en rendre le prix. J'ai reçu par M. Coquelé la somme qu'avez ordonnée, dont je vous remercie. Le livre de M. Rivière est le plus malheureux ouvrage que j'aie jamais vu ; il n'est ni philologue, ni philosophe, ni médecin. Tout son livre n'enseigne rien que la charlatanerie, laquelle n’est que trop en crédit au monde : quum tamen insulsus et imperitus ille conscribillator quasi sepultam suscitare, et ex Orco in lucem revocare velle videtur. Dii meliora! Je n'en veux ni à l’homme, ni à sa Faculté de Montpellie. : mais je ne saurois plus sincèrement et plus candidement juger de son livre, qui est plein de fadaises De Salmasio nihil prorsus novi, nisi quod dicitur languere atque tabescere.. Je n’ai point encore vu M. Vautier depuis son exaltation : il y a bien des choses à
dire là-dessus, qui pourront être dites et sues de tout le monde
quelque jour. Il est médecin du premier ministre de l’État,
‘ et on le fait premier médecin du roi : il a été douze ans pri-
sonnier du père, et aujourd'hui il est maître de la santé du fils, etc. : tout celr est fleur de notre politique, quæ magis
‘ spectat ad ficem Romuli quam ad w>iveie Platonis. On dit que
les quatre jésuites sont réduits à trois, et que le P. Ignace en
a enlevé un en son ciel, comme Jupiter fit Ganymède : j'ai peur qu'ils ne l'aient fait assommer quelque part. Je n’en sais rien de nouveau. J'ai déjà oui parler de cette comète par lettres de Provence : sed audivi tantum. On imprimeici un nouveau livre de Gasp. Hofmannus, intitulé : De Medicamentis Officinalibus, tam simplicibus qudm compositis, libri duo : c'est un très docte livre, et d'un auteur très résolu et très judicieux. On l’imprime sur le manuscrit de l'auteur qu’il a ici envoyé: il sera fait à la fin du mois d'août ; ilest ennemijuré des ignorants et des charlatans. Le roi, la reine, le Mazarin et toute la cour sont à Chantilly, et de là iront à Compiègne pour quelque temps. Je vous baise les mains, et suis, etc.
De Paris, ce 10 de mai 1646.
On a mis ici à la Bastille M le comte de Montrésor , accusé d'intelligence avec madame de Chevreuse. Ï1 y a dans le Chà- telet, prisonnier depuis trois jours, un gentilhomme italien, domestique de Mazarin, accusé .et trouvé chargé de fausse monnaie, savoir, de pistoles. Nous avons ici le père Vignon fort malade : il est le plus âgé de toute notre Faculté, com: bien qu’il ne soit pas l’ancien.
LETTRE LXXX. — Au même.
Je sais bien que je vous dois réponse il y a longtemps, et vous prie de m'’excuser si je n'ai pu m'en acquitter : les occupations de notre métier en sont cause. Combien que j'aime fort la vie sédentaire, à ne me point éloigner de Paris, à cause de mes livres, il m'a fallu néanmoins faire cet été trois voyages presque bien malgré moi, dont le premier a été en Beauce, par delà Pithiviers : le deuxième a été dans Orléans même, et le troisième en Normandie : si je ne me connoissois bien, je dirois de moi ce qu’un ancien chirurgien de Paris disoit de lui-même : (u'il étoit persécuté de trop de pra-
tique , parce qu'il étoit trop habile homme (1). Ges voyages me sont aussi déplaisants qu'ils ont été nécessaires à ceux pour qui je les ai faits, et m'ont extrêmement incommodé d’ailleurs. Je souhaite que M. votre fils soit bientôt de retour de Montpellier, avec joie et contentement de part et d'autre. On nous a dit de delà que M. Durant écrit quelque chose contre nous : mais il n'est pas à craindre s’il ne fait mieux que M. Courtaud , qui ne mérite pas réponse, joint que ce M. Durant, non melius audi : Curtaudo. On dit ici que nous aurons Lérida bientôt. Je n’ai reçu depuis onze mois ni lettres ni nouvelles de mon frère; j'ai peur qu'il ne lui soit arrivé quelque chose. Si je ne reçois le livre de M. de Saumaise, De primatu Petri, pendant la Toussaint, je ne m'y attendrai plus : j'en ferai relier un, et vous l'enverrai : je n'ai insensiblement que trop attendu. On achève ici le livre de Gasp. Hofmannus : De medicamentis Officinalibus Ce sera un in-quarto de près de cent feuilles : dès qu'il sera achevé, je pourrai bien vous envoyer le Salmasius avec celui-là, et quelque autre petite chose. On ne fait ici rien de nouveau : le nouvel impôt que l’on veut mettre sur le papier a morfondu tous nos libraires. Si ceux de Montpellier font par-ci quelque chose qui vaille, on pourra leur répondre : sinon, je pense que nous en demeurerons là avec notre arrêt de l’an 1644, contre lequel ils ont présenté requête au conseil, y étant portés par M. Vautier : laquelle requête à été cassée par M. le chance- … lier, qui leur dit que notre arrêt n'étoit qu’une nouvelle con- . firmation de nos anciens droits et priviléges, que c'étoit un arrêt donné parties ouies; après cinq audiences publiques, qu’à tels arrêts il n'y avoit point de requête civile , et qu’il en falloit demeurer là. Autrefois {es médecins étrangers voulant avoir de l'emploi se disoient chimistes, Spagiriques, Paracelsistes, se vantoient de guérir les grandes maladies sans saiguer, d'avoir de grandssecrets contre toute sorte de maux, etc.;
1) Très peu le disent, et beaucoup le pensent. :R. P.\
LRTTRES DE GUi PATIN. 125
mais aujourd'hui nous voyons ici des étrangers très ignorants et purs charlatans qui n'ont point de honte, et disenteffrontément qu'ils sont médecins de la Faculté de Montpellier. J'en ai vu quatre ou cinq qui n'y ont non plus été que je suis à Rome, qui ne savent ce qu'ils font , artem quam profitentur non intelligentes, qui pour des remèdes ont les juleps cordiaux, les apozèmes et autres bagatelles, uf habeant faventes pharmacopæos, l'antimoine, qu’ils disent mieux entendre que nous; mais néanmoins ils ne guérissent rien, ils se décrient euxmêmes, et font tort à l’école dont ils se renomment, et de l'heure que je vous parle, il n’y en pas un en crédit, et ne passent dans l'esprit de nos malades que pour ce qu'ils sont. Pardonnez à un si mauvais entretien. Je vous baise les mains, à madame Belin, à MM. vos frères, à MM. Camusat et Allen, et suis, etc. k De Paris, ce 19 de septembre 1646. .
M. le duc d'Enghieu est devant Dunkerque, M. le maréchal de Turenne devant Hailbron , M. de la Meilleraye est en Italie ; on espère que Lérida sera à nous dans ce mois, le comte de Harcourt ayant reçu trois mille hommes de renfort.
LETTRE LXXXI. — Au même.
Pour réponse à la vôtre du 5 du présent mois , je vous dirai, premièrement, que je vous remercie de tout mon cœur de l'honneur que vousm'avez fait de m'écrire, etde vous souvenir de moi en votre voyage. de vous prie de me faire part des deux traités de M. Courtaud, puisqu’en avez plusieurs exemplaires; je n'ai jamais vu le Aanchinographia : pour l’autre, je n'en ai eu que la vue par emprunt, et serai bien aise d'en être par ci-après le propriétaire par votre libéralité. Vous m'obligez pareillement bien fort de me promettre des thèses de médecine, au rang desquelles je souhaite d'y voir les vâtres mêmes, que
je me mettrai en bon lieu avec beaucoup d’autres, et vous en promets des nôtres en récompense , si vous en êtes curieux. Pour le nombre des exemplaires des deux livres de M. Courtaud, il sera tel qu'il vous plaira. Nous n’avons point peur de deçà, de ce que M. Durant eût pu faire, ni ne craignons point ce que fera M. Courtaud , c'est un homme qui est en colère d’avoir perdu son procès, plenis spumat vindemia labris: il dit des injures de trop mauvaise sorte à ses juges et à ses
parties, encore n’a-t-il rien fait que par l'organe d'autrui, st impulsis nebulonis hebdomadartii, omnium bipedum nequissimi, et mendacissimi et maledicentissimi. Je vous aurai néanmoins obligation si vous me faites le bien de me faire voir ce qui viendra de nouveau de lui. Cette dispute, qui finira quelque jour par d'autres moyens que par des libelles satiriques et injurieux , n'empéchera que je ne sois toujours en bonne intelligence avec vous et avec M. votre père, mon bon ami, auquel je fais présent du livre de M. Hofmannus, que l’auteur même m'a fait l'honneur de me dédier. J'ai encore céans quelque chose de lui, dont je vous ferai part quand il sera imprimé. Je me recommande à vos bonnes grâces, à M. votre père, à M. Sorel le médecin, et à toute votre famille, avec dessein d’être toute ma vie, etc.
De Paris, ce 8 d’octobre 1646.
LETTRE LXXXII. — Au même.
Depuis que j'écrivis la semaine passée à M. votre fils, pour réponse à celle qu’il m'avoit envoyée après son retour de Montpellier, par laquelle voie je vous envoyai aussi le livre nouveau de Gaspard Hofmannus, De Medicamentis officinalibus, j'ai reçu céans, en mou absence, un paquet de la poste qui vient de Catalogne, du camp de Lérida; c'est M. votre second fils qui m'écrit, et qui me prie d’intercéder pour lui envers vous. de vous envoie ses deux lettres. afin que vous sa-
chiez par icelles l’état entier de ses affaires, et qüe vous en fassiez ce qu'il vous plaira. Le roi, la reine, le Mazarin et toute la cour sont ici de retour de Fontainebleau. On n'attend plus, pour couronner les exploits militaires de cette année, que de bonnes nouvelles de Lérida et de Dunkerque; encore dit-on que M. le duc d'Enghien entra hier dans ce dernier, et que nous aurons l'autre le mois qui vient. Je ne sais si par ci-devant je vous ai envoyé les trois pièces qui ont été faites à l'occasion de M. Courtaud : la première et la troisième sont d'une même main, et ne sont pas assez sérieuses pour être pièces de défense et démonstratives; mais celle qui porte le titre de Diffibulation vaut quelque chose de bon ; M. Courtaud en dira ce qu'il pourra, mais il y a là-dedans quelques articles qu'il ne peut réfuter. S’il répond quelque autre chose que des injures ou des solécismes, on parlera à lui, sinon son libelle sera méprisé. Je pense bien que ceux de Montpellier tâcheront de faire autre chose, mais ils ressemblent à la France durant la Ligue, non habent hominem, ils n'ont pour le présent personne chez eux. Si M. Ranchin eût encore vécu, ils n'eussent point donné cette vilaine et honteuse intervention au gazetier ; ils ont tenté la voie du privé conseil pour y faire revoir notre arrêt : M. le chancelier a cassé leur requête, et leur a dit que tels arrêts d'audience et de police n'étoient point sujets à révision , que ce n’étoit qu'une continuation de nos anciens priviléges, etc. Ils disent pour s’excuser qu'ils n'ont pas donné d'intervention au gazetier, qu'ils agissent donc contre lui comme contre un faussaire. Ils auroient besoin d’avoir un L. Joubert parmi eux encore, ou quelque autre habile homme. Il y en a de leur école dans les provinces, , mais ils n’entreprendront point leur défense. Ceux de Rouen disent dans un grand factum imprimé, il y a deux ans, contre | un docteur de Montpellier, qu'ils ont l'obligation à ceux de, Paris de leur avoir enseigné leur art, idque gratis, mais qu'ils | n'en ont aucune à ceux de Montpellier qui, pour toute mar- : chandise , leur ont donné du parchemin, et ont pris leur ar-
128 LETTRES DE GUf PATIN.
gent. Mais c'est assez de cette querelle : si quelque chose s’en imprime par ci-après, je pourrai bien vous en faire part. Pour la harangue de M. Courtaud, on n'en peut avoir ici pour de l'argent; j'en espère quelques exemplaires par votre moyen, et vous en serai obligé toute ma vie. Je vous baise les mains, à madame votre femme, à M. votre fils, à MM. vos frères, à M. Sorel , M. Allen, M. Camusat , et suis, etc.
De Paris, ce 12 d'octobre 1646.
Nous avons perdu le pauvre M. Duval, notre collègue, âgé de soixante-sept ans.
LETTRE LXXXIHII — Au méme.
Je vous remercie de la vôtre dernière, et de votre bonne volonté. Je suis bien aise qu'ayez reçu le livre de M. Hoffmann, dans lequel il y a quantité de bonnes choses. Je ne vous réponds rien sur ce que vous m'alléquez de Montpellier, il y en a trop à dire; ce qui a été imprimé par ci-devant y a satisfait. Ceux de Montpellier ne laissent point d'être mécontents , en quoi ils ressemblent à ceux qui ont perdu leur procès, à qui on permet de pester et de jurer contre leurs juges et leurs parties. Je m'étonne qu'ils aient tant de droit et si peu de raison : ils devroient choisir un autre avocat que M. Courtaud, qui étalât mieux leur fait, sans injure et sans solécismes. Pour moi, je les lui pardonne, croyant qu'il n'avoit autre chose à dire. Nous ne craignons pas ce qu'ils pourront faire par ciaprès, les rieurs ne sont pas de leur côté. Son écrit est si chétif, qu'il s'est rendu ridicule, comme la cause qu'il a entre-
{ pris de défendre. Ceux de Montpellier ressemblent à ceux qui pensent à être nobles, et ne le sont point: ils ne peuvent prouver leur prétendu droit, faute de bons titres ; ils n’ont rien en leur école que de belles prétentions, comme les gentiishommes du Maine quand ils marient leurs filles. Nous savons bien
le fond et le tréfond de leur pouvoir, sun quoque infirmitatem oplinme intelligunt ; mais ce qu'ils en font est pour entretenir chalandise, et continuer de débiter per fas modo, etiam per nefas, leur parchemin : nequid dicam gravius. La plupart des docteurs de Montpellier qui font bien dans la campagne doivent leur institution à nos écoles et aux bons livres qui en sont sortis, et ne doivent rien à Montpellier, où ils ont laissé leur argent. Mais c'est assez pour ce coup : Disertus esse possem, si contra ista dicerem. Nous avons copie de leurs priviléges tels qu'ils les ont produits au procès ; c’est une fort belle chose. Nous ne craignons non plus M. Vautier que la lune craint les loups; il ne nous sauroit faire de mal, nous le connoissons trop bien. Otez deux médecins du roi, il n’y en a point ici de Montpellier qui y pratiquent. Il est vrai qu'il ya quelques charlatans qui en prennent le titre, qui tuent, à force d'antimoine et de thériaque, ceux qui sont si malheureux de tomber entre leurs mains, et font opprobre à l’école de Montpellier, laquelle se vante detant de miracles que l’expérience rend invisibles. Mais je retiens, si on fait contre nous quelque chose qui mérite; vous verrez un livre plein de raisons, et dont même nous avons le privilége de M. le chancelier ; et jusque là je ne vous entretiendrai plus de cette affaire. Je répondrois fort aisément à tous les points de votre lettre, mais il faudroit un livre tout entier ; il vaut mieux attendre qu'il soit imprimé. Cette controverse n'empèchera pas, si vous voulez, que nous ne soyons bons amis ; mais nous ne céderons jamais à Montpellier en aucun point, ni d’antiquité, ni de célébrité, ni de grands personnages, de bons auteurs, ou bonne méthode. M. votre fils, qui en vient fraîchement, sait bien comment tout y est chétif et délabré. L'arrêt contre E. Renaudot n’est pas le premier que nous avons eu de cette nature; et quand ils oseront comparoître, nous en aurons encore d’autres. Nous ne craignons ni les guenillons de la fortune ni les haillons de la faveur. Notre faculté dit hardiment de soimême ce que la vertu dans Claudien : Dirifiis antmosa suis. L. 9
Nous sommes fondés sur le Saint-Esprit et la nécessité (1). Je vous baise les mains, et suis, etc.
De Paris, ce 24 d'octobre 1646.
LETTRE LXXXIV. — AM. 8. fils, D. M.
Je vous remercie de vos thèses et de vos livres ; j'ai vu vos cardinales et les ai données à imprimer ; on y travaille à présent. Maintenant que vous êtes de retour, gardez bien de perdre votre temps ; ne laissez passer aucun jour sans étudier pour le moins huit heures ; lisez soigneusement la Pathologie de Fernel et les quatre premiers livres de sa méthode générale ; ajoutez-y la pratique. de J. Hollier, avec les Enarrations de M. L. Duret, et même lisez les Coaques d'Hippocrate, avec les commentaires du même Duret , et les Aphorismes d'Hippocrate, avec les commentaires de Galien, de Hollier et de Heurnius. Les meilleures chirurgies sont celles de 3. Tagault et de Gourmelin; et faut qu’un médecin sache ces deux livres, ne ohstrepentem sibi habeat , el rebus suis parum faventem , malefertatam et superbe ignaram chirurgorum gentem. Il y a trois traités dans Galien que vous devez choisir, et y lire souvent quelque chose, savoir.: De locis affectis; de morborum et symptomatum causts el differentiis, et ses livres de la méthode. Vous terez fort bien d'y ajouter ce qu'il a écrit de commentaires sur les épidémies d'Hippocrate. Si vous désirez autre pharmacie que la méthode de Fernel, lisez Renodeus ; mais ne vous laissez point emporter au courant de tant de promesses que font les antidotaires qui sont destitués de l'expérience. Néanmoins il faut savoir quelque chose des compositions, de peur que les apothicaires, arts nostræ scandeln et opprobria, ne puissent
(4) Si c'est à de l'orgueil, il est au moins très légitime. Oui, aotre art a scs racines dans le cœur humain, dans les besoins . dans les infræiés de l'homme et dans les nécessités snciales. (R. P.)
prendre barre sur vous. Summum artis nostræ præsidium , eat vencæ sec{io, cujus vires insignes et penè divinas facultates perdiscere poteris, ex Fernelii Methodi generalis, lib. 2, integro, et des trois petits traités qu'en a écrits Galien. Ne perdez point de temps à lire tant de modérnes qui n’ont fait des livres de notre art que faute de pratique et pour avoir trop de loisir; surtout fuyez les livres de chimie, tr quorum lectione oleum et operam perdes. Excusez le zèle avec lequel je vous parle si franchement; il est vrai que j'ai tort, puisque vous avez M. votre père qui peut en tout temps vous donner de meilleurs conseils que moi. Quand il se fera ici de bonnes thèses , je vous en ferai part en récompense de celles que m'avez envoyées, desquelles derechef je vous rends grâce, avec dessein d'être toute ma vie, etc.
De Paris, ce 24 d'octobre 1646.
LETTRE LXXXV. — Au même.
Je dois réponse à quatre des vôtres, que j'ai attendu de vous faire, quand je vous enverrais les thèses que vous avez désiré que je fisse imprimer de deçà pour vous, lesquelles enfin j'ai délivrées toutes reliées à M. Tartel, le samedi 15 de décembre. J'ai grand regret de la mort de M. Nissole; mais il n'y a point de remède : contra vim mortis non est medicamen in hortis. Je me console de la mort d'autrui en m'accoutumant à mourir, puisqu’endin faudra-t-il que nous y passions tous :
Omnia iransibunt , nos ibimus, ibilis, ibunt, Ignari, gnari, condilione pari.
je prie Dieu qu'il renvoie la santé à M. votre père, que jetiens un des meilleurs amis que j'aie eu ce monde, et je vous prie de l'en assurer; et afin que par ci-après il n’y ait entre nous deux aucun refroidissement , dites-lui, s’il vous plait, que
j'abandonne entièrement tout l'intérèt de la cause du gazetier et des professeurs de Montpellier, et que je donne tout cela à son amitié, ayant dessein de ne lui en parler jamais. Je vous remercie de l'honneur que m'avez fait de me youloir dédier votre thèse ; combien que je ne mérite rien de pareil , je l'ai néanmoins acceptée à cause de vous et de votrebonne volonté, et afin que M. votre père sache que je veux être son ami (même quand il ne le voundroit point) à cause de sa vertu et de sa générosité: quo solo nomine , je l'en prie derechef. J'ai fait imprimer l'épître depuis l'impression des thèses, et ai fait accommoder le tout au moins mal que j'ai pu. Les armes en taille-douce n’eussent fait qu'embarrasser et enchérir l’impression. Je ne veux d'autres armes que la grâce de Dieu et votre bonne affection. Absit mihi gloriari nist in cruce Domini. Je choisis singulièrement l'honneur de la connoissance et de l'amitié de M. votre père, et la vôtre aussi ; je vous prie de me les conserver toutes deux, et je vous promets que je ferai de mon côté tout ce que je pourrai pour les mériter.
J'ai grand regret que je n’ai eul’honneur de voir M. Maillet; ses affaires l'ont empêché de venir céans. J’ai cherché le logis où il étoit caché, mais je ne l’ai pu trouver : je vous prie de lui témoigner que je suis bien marri que je ne l'ai vu et en- . tretenu. Maudits soient les partisans et les maltôtiers qui m'ont privé du bonheur et du contentement que j'eusse eu de le connoître. Vous m'obligerez particulièrement de lui faire mes très humbles recommandations. J'ai par la même voie de M. Maillet reçu une affiche d’un médecin de Lyon, nommé Meyssonnier ; j'ai céans cette affiche il y a longtemps, et il y a encore plus longtemps que je connois le compagnon : vir dicam verbo : c'est un fou glorieux et presque maniaque. Jl a ici demeuré quelque lemps; je l’ai vu et ai lu de ses livres; je sais bien de quel bois il se chauffe à Lyon. Ne perdez point votre temps à rien lire de lui. Ne lisez qu'Hippocrate, Galien, Aristote, Fernel, Hoilier, Duret, Sylvius, Riolan, Tagault, Joubert, et fort peu d’autres, 7n quibus Hofnannus ipse dur
' LETTRES DE GUL PALIN. 133 regit ecamen. de fais ici imprimer un autre livre de lui, dont je vous ferai présent dans un mois ou environ, comme l'au-
teur lui-même me l’a envoyé. Lisez les bonnes thèses de notre :
école ; voyez ce que vous en avez, afin que je vous envoie des meilleures si vous n’en avez point (1). Tandis que vous avez un
(1) Ilest certain que, parmi ces thèses plus ou moins modernes, on en trouve de très remarquables, mais il en est aussi beaucoup d’insigaifiantes, de bizarres et même de scandaleuses. On connaît encore celle du dévot Ph. Hecquet, An ut virginitatis, sic virilitatis, certa indicia? Aff. ; celle de Thomas d’Ongléé, mort il y a quinze ans dans sa quatre-vingt-onzième année. Cette thèse avait pour litre français : De l'abus des lavements. Elle fit du bruit non seulement à cause du sujet, mais par l’à-propos et l'originalité de l’épigraphe :
Est modus in rebus, sunt certi denique fines,
Quos ultra, citraque nequit consistere BECTUM.
1l faut aussi remarquer la célébre thèse de A. Louis, devant être soutenue sous sa présidence le 3 décembre 1754, lorsqu'un arrêt du parlement y mit obstacle et à bon droit , car il est difficile d’être plus obscène dans un sujet scientifique : De partium exlernarum generationi inservientium in mulieribus, naturali, vitiosa et morbosa dispositione, etc., etc.
Ce qui donnait parfois une certaine chaleur aux argumentations quodlibetaires, c’est qu’à côté de la salle où se passaient les examens, il y en avait une autre où l'on servait du vin, des rafraichissements , et, selon l’usage, aux dépens des récipiendaires. Or, quoique les thèses fussent toujours dédiées Virgini deiparæ et sancto lucæ, etc., la digaité du lieu fut quelquefois méconnue par leflet de copieuses libations. C'est alors que les jeunes docieurs, les têtes chaudes , les imaginations vives, les hommes à saillies, à vives réparties, attisaiént le feu de la dispute. Une thèse avait pour sujet, en 1787, An inter edendum ostrea, meri potus ? Népat. Corvisart, qui fut depuis premier médecin de Napoléon, ayant, pendant la dispute, largement bu et mangé, entra brusquement dans la salle où se passait l’examen ; il tenait à sa main un verre plein rase-bord d’excellent chablis ; il Pavala d’un trait, puis il dit : S’c argumentabor contra conclusionem, piquant à-propos qui fit éclater de rire la docte asscmblée et trémousser les vieilles perruques qui en faisaient partie. (R. P.\
te 0 mue um = mn ce mr
peu de loisir, lisez tout ce qu'a écrit Thomas Erastus, et principalement, De occultis pharmacorum potestatibus, et ses 4 tomes ” Adversus novam medicinam Paracelsi. Lisez aussi tous les jours les Aphorismes, le Pronostic, leProrrhétic, les Epidémies ou les Coaques d'Hippocrate. Sur les Aphorismes ne prenez en tout que trois commentateurs, savoir : Heurnius, Hollier et Galien. Ménagez bien votre temps tous les jours, et prenez gardeque de toute sorte de choses, le temps en est très précieux. Vulla dies abeas quin linea ducta supersit, Mais je me retiens de vous en dire davantage, cùm habeas monitorem domesticum , eumque optimum. Au reste, M. Tartel m'a rendu quinze livres pour vos thèses , savoir : neuf livres ponr l'impression de la thèse, deux livres pour l’épitre que vous avez ainsi voulu de votre grâce, et quatre livres pour la reliure; tout cela a été fait un peu à la hâte ; sielles viennent à vous manquer, nous en ferons faire une autre édition plus belle. Je vous baise les mains, et suis, etc.
De Paris, ce 17 de décembre 1646.
LETTRE LXXXVI — Au même.
Votre lettre m’a fort réjoui, et suis bien aise qu’ayez reçu ma dernière de laquelle j’étois en peine. Je vous envoie donc, puisque vous l'avez agréable, un livre , de morbis hereditariis de M. Lionnet, avec un petit libelle, que l'on a fait ici courir pour censure, et pour réponse à ce premier; j'y ajoute aussi un livre nouveau de feu M. Duval, touchant les plantes, dans lequel vous trouverez de fort bonnes choses , et principalement dans le Traité des plantes purgatives; vous y trouverez aussi quelques thèses de médecine, et entre autres la cardinale, à laquelle je présiderai jeudi prochain, Dieu aidant : je la soumets à votre censure, et serai bien aise d'en avoir votre jugement.
Pour réponse à celle de M. votre père, que j'ai différée jus-
LETTRES DE GUI PATIN. 135 qu'à présent pour les divers empéchements que j'ai eus. et entre autres, de mes leçons et de mon anatomie, je vous prie de lui dire que pour le livre d'Érastus, je l'en rernercie; j'ai tout ce qu’il a fait en médecine : j'ai aussi un petit traité qui est huguenot. Cet auteur a été un très grand personnage, et le premier homme de son temps : faites état de tout ce que vous trouverez de lui, et lisez particulièrement les quatre tomes qu’il a écrits contre Paracelse. Un jenne médecin ne saurait mieux employer ses heures de loisir : /tber est aureus, et optimæ frugis plenissimus. Je lui envoie aussi le Sa/mastus de primatu Petri pour lui et pour ses amis : je le prie de le bien envelopper, afin qu'il ne soit pas gâté ; et quand lui et eux en auront fait , il me le renverra par voie sûre, s’il lui plaît. Pour M. votre frère le soldat, je ne pense pas qu'il me vienne voir, il m'a trompé trop fort pour m'y fier autrefois : mais s’il vient, je lui ferai un sermon, puisque nous sommes en caréme. Au reste, je vous prie de dire à M. votre père que malgré Paris et Montpellier et toutes leurs prétentions, de quibus nihil, mihi curæ, je serai toute ma vie et de toute mon affection son serviteur et son ami, quand même il ne le voudroit point. Je vous baise les mains, à madame Belin, à
M. Sorel, M. Allen, et suis de tout mon cœur, etc.
De Paris, ce 9 de mars 1647.
LETTRE LXXXVIL — À M. 2. père, D. M.
Gardez le livre de M. de‘Saumaise tant qu'il vous plaira, et méme, si vous l'avez agréable, gardez-le pour toujours; ce me sera honneur si vous le voulez mettre dans votre bibliothèque. Sinon faites-en tout à loisir, et vous me le renverrez quand il vous plaira, pourvu qu'il soit bien enveloppé et par voie sûre. Pour votre rhumatisme, nous allons ‘entrer dans une saison qui en dissipera les restes, Dieu aidant; à quoi ma thèse est bien propre, vu que l’eau fait à ce mal tout autre-
ment que le vin. de sais bien que M. Mégard est mort. Je vous r félicite sur la charge d'ancien de votre collége et souhaite que ‘ vous y soyez aussi longtemps que M. Seguin a été ici, qui a aujourd'hui huitante-deux ans, et qui est notre ancien il y a quinze ans. Dieu veuille bien déliver madame Belin de sa jaunisse, à laquelle, post saltern semel missun sanguinem, ex basilica dextra, je ne sais pas de meilleur remède que le séné et le sirop de roses pâles, in decoct. rad. tararar. cichorii Sylr. graminis, er lege ut subinde repetatwr. Mais j'ai tort de me mêler de vous indiquer des remèdes; je me rends semblable à celui qui nocfuas Athenas ; dicam tantun hoc unum, la rhubarbe m'y semble trop chaude. M. le président de Courberin vous peut assurer du favorable jugement que j'obtins le 15 mars contre les apothicaires au parquet de MM. les gens du roi, où les compagnons furent étrillés tout du long. Tout le palais les bafoua et se moqua d’eux ; ils prétendoient des réparations contre moi pour ce que j’avois dit de leurs boites, de leur thériaque et confection d'alkermès, quam cainpegius dæinoniacam, nuncupavit, Rondeletius perniciosæn et venenatam. Leur bézoard y fut si bien secoué, qu'il ne demeura que poudre et cendre, comme l'a dit M. Hofmann, in suis Paralipom., cap. 36. Je ne pris point d'avocat ; je me défendis moimême, fort au gré de mes juges aussi bien que de mes auditeurs. Dimissi et refecti fuere tanquum ignari nebulones, boni illi viri pharmacopei parisienses. Ce procès ne m'a fait qu’honneur et a fait connoître ma thèse, que tout le monde demande. Ces coïons d’apothicarres ont trop pris de pouvoir sur l'honneur de la médecine; il est grand temps de les r'abattre, ou jamais on n'en viendra à bout. Je vous baise les mains, à M. votre fils, à MM. vos frères, à M. Sorel, et suis de tout mon cœur, elc.
De Paris, ce 24 d'avril 1647.
LETTRES DE GUl PATIN. 137
LETTRE LXXXVII, — Au.rmerne.
Il y a longtemps que je vous dois réponse ; mes leçons publiques m'en ont empêché jusqu’à présent, maintenant je m'en acquitte, et le tout, s'il vous plaît, sous vos bounes grâces. J'ai reçu des mains de M. Gailien, conseiller de votre ville, le Salmasius bien conditionné, dont je vous remercie ; vous pouviez le garder plus longtemps. Quand M. de Blampignon s'en retournera, je lui donnerai de mes dernières thèses à vous rendre. Mon plaidoyer contre le gazetier n'est pas écrit, depuis cinq ans passés je n'en ai eu aucun loisir ; je le fis surle-champ, sans l'avoir médité et sans en avoir jamais écrit une ligne. Deux avocats qui venoient de plaider contre moi, l’un au nom du gazetier et l’autre au nom de G. la Brosse, me mirent en humeur de faire mieux qu'eux et de dire de meilleures choses. L'un ni l’autre ne purent prouver que xcbulo et blatero fussent termes injurieux; ils me donnèrent si beau champ, que leurs foibles raisons servirent à me justifier aussi bien que toute l’éloquence du monde, et mon innocence me fit obtenir si favorable audience, que j'eus tout l'auditoire de tous les juges pour moi : ef censoremn, et curiam , et quirites. Depuis ce temps-là j'avois commencé à l'écrire et en suis environ à la moitié; j'ai bonne envie de l'achever, mais le loisir me manque ; je m'en vais travailler à quelque chose contre la cabale des apothicaires, afin de l'avoir tout prêt pour le faire imprimer si jamais ils m’attaquent, et puis je travaillerai à une méthode particulière, in gratian neupyhytorum, en laquelle seront réfutés le bézoard , les eaux cordiales, la corne de licorne, la thériaque, les confections de hyacinthe et d’alkermès, les fragments précieux, et autres bagatelles arabesques, qe sunt meræ nugæ, solis ditandis pharmacopæis idonecæ ; et pour cela il me faut trois ou quatre ans de loisir, outre que je prends soin particulier des études de mon fils aîné, que je veux présenter à l'examen le carème prochain, de quibus singulis fa-
ventemDeum ecpectamus. Quelqu'un avoit écrit un livret du parti de M. Arnauld; De saint Pierre et saint Paul. Après beaucoup de bruit et grande poursuite de loyolites, on a vu ici produite, sourdement néanmoins, une censure de l'inquisition de Rome contre ledit livre. Les juges de l’inquisition sont des moines ignorants et des jésuites pour leur cabale: il a ici coùru contre ceite censure des remarques par lesquelles est fort bien prouvé et démontré que ce décret de l’inquisition n’est de nulle valeur en France. Ces notes furent condamnées au Chàtelet par le lieutenant civil sur le mémoire et l'ordre qui lui fut envoyé par M. le chancelier, qui fait ce que veulent les jésuites. Le nonce, là-dessus, fit publier en quelques églises, où les curés étoient loyolites, ce premier décret de l’inquisition. La cour, avertie de ce désordre, après avoir oui M. Talon pour le procureur général, a cassé tout ce qui s’étoit fait au Châtelet, a fait défense au nonce de rien faire imprimer ni publier ici de l’inquisition romaine, qui n'ait auparavant été vérifié en parlement, etc. On dit que la remontrance de M. Talon et l'arrêt aussi s'imprimeront ; si cela est, je tâcherai de vous en envoyer. On a imprimé ici ma thèse pour la troisième fois ; tout le parlement et tout Paris se moquent des apothicaires et de leur imprudente impudence avec laquelle ils m'ont voulu attaquer; il n'est pas jusqu'à notre doyen qui n'ait voulu mettre trois grandes pages de mon plaidoyer dans son doyenné, ë commentartiis facultatis, comme M. Duval y mit il ya cinq ans mon affaire contre le gazetier. On n'a rien fait contre le livre de M. de Saumaïise, de Primatu Petri, qai est autant que condamné, quia auctorem habet calvinistam , ni contre deux autres livres que nous avons de lui in-8° contre feu M. Grotius : de £ucharistia et transsubstantiatione. On ne les censure point, d'autant qu'ils sont autant et pis que censurés , puisqu'ils sont huguenots; mais personne n'en attaque l’auteur, qui se défend si bien, que même le père Petau, doctissimus Loyoliturum, ne produit rien contre lui, combien qu’il y ait longtemps qu'on l’attende. M. Blondel, ministre de
Charenton , a mis en lumière, il y à environ dix aus, un gros in-folio De la primauté de l’Église, contre Baronius, Duperron et autres. Ce livre est admité ici comme un grand et horrible travail, mais on n’y a pas répondu: un évêque m'a dit autrefois qu'on ne répondoit point à ces livres-là, parce qu'ils ne se pouvoient réfuter. Le même Blondel a mis au jour depuis trois mois, imprimé en Hollande, un petit livret in-8° de dix feuilles d'impression contre la papesse Jeanne où il montre qu’elle ne fut jamais. Je ne sais pas ce qu’en diront les directeurs de Charenton, qui lui paient sa pensior de ministre; mais il est certain que ce Blondel est un homme qui cherche maître ou parti en matière de religion, qu'il n’est pas si fort huguenot "que les autres ministres, qu’il est papiste en quelque chose ; il hante fort en Sorbonne; il est historiographe de France, et est suspect aux siens propres. Feu MM. Cusaubon et Grotius ont autrefois été de même. Il n'y a rien de nouveau en nos écoles, sinon que nous avons perdu cette année deux de nos docteurs, savoir : M. Béraut, âgé de soixante-trois ans, et M. Erbaud, vieux huguenot âgé de huitante-trois ans. M. Thevart s’en va faire imprimèr un troisième tome des Conseils de M. de Baillou; M. Riolan, ad multa se accingit, savoir, à l'impression de son Anthropographie latine, in-folio, quarta parte adauctam , à mettre tout en un tome in-quarto comme Île Perdulcis, les œuvres de feu M. son père, augmentées de divers traités ; À faire un autre tome d'Opuscules françois, dont il est l’auteur, où il y en aura un qui fera bien du bruit; on commencera l'hiver prochain à imprimer. Nous attendons le mois prochain nn nouveau livre de M. de Saumaise, qui sera, de Anno Climaclerico, adversus vanitates astrologorum. Ses amis l’attendent ici à la Saint-Remi ; on dit qu'il y doit passer l'hiver, et qu'après avoir vu ses amis il veut consulter des messieurs de la Bibliothèque du roi pour travailler sur le Nouveau Testament après Heinsius et Grotius. Il est plus mal que jamais avec D. Heinsius, et c'est pourquoi il veut nous donner ce livre, comme il l'a promis en son traité, De Calculo, pag. 62. Je voudrois qu'il
nous eût donné avec cela son Pline et sun Dioscoride, et soixante observations qu'il a faites sur Pline, et ipse mihi retulit. Mais tout est à craindre, d'autant qu'il est usé, cassé, sec et goutteux, ef pr'ope secagenarius : opto Lamen nestoreus annos in reipublicæ litterariæ commodum. Mon second fils, âgé de quatorze ans et trois mois, répondit le mois passé de toute la philosophie grecque et latine, publiquement, où nous eùmes pour auditeurs un nombre infini d'honnètes gens. À la fin de, son acte il passa maître ès-arts, magna ecultatiune totius Academiæ. Je le remets dans ses humanités pour un an, et puis je le ferai étudier en droit, afin qu'il puisse quelque jour me défendre si les apothicaires auf similes alii nebulunes entreprennent encore de m'’attaquer. J'ai bien des amis qui veulent me faire croire qu'ils lui donneront de l'emploi et de l'audience. Mes deux autres petits étudient, ef omnes educabo in eam spem ut tibi tuisque pro virili inserviant. M. de Balzac nous a ici donné tout de nouveau deux volumes de lettres choisies, qui font en tout six tomes de lettres,.outre son Prince et ses Œuvres diverses in-quarto. Pour votre autre lettre que m'a délivrée M. de Blampignon, je vous promets que je le servirai éuo suoque nomine pro viril. Il m'a donné un mémoire des livres que désirez recouvrer ici; je vous promets que j'en aurai soin. Les Consultations de R. Solenander sont fort rares (1): je n'ai jamais trouvé ce livre à vendre qu'une fois. Je ne sais ce que vous entendez par Penæ et Lobelii stirpium adversaria nova : pars prima folio. Est-ce que vous avez l’autre volume intitulé Observationes? Tout le reste qui vous manque se pourra trouver avec le temps. Je vous baise très humblement les mains, à madame Belin, à M. votre fils aîné, à MM. vos frères, à M. Sorel, à MM. Camusat, Allen et Gallien , et suis pour toute ma vie, etc.
De Paris , ce 18 d'août 1647.
(1) Consiliorum medicinalium sectiones quinque. Francfort, 13%, ou Hanoviæ, 1609, in-fol.
J'avois écrit cette letire en intention de la donner à M. de Blampignon , qui m'avoit promis de revenir; faute de quoi, je vous l'envoie par le messager. Il n’y a rien ici de nouveau, sinon-que l’on a mis en la Bastille M. de Fontrailles, celui qui se sauva de Narbonne lorsqu'on y prit MM. de Cinq-Mars et de Thou ; on dit néanmoins que ce dernier fait n’est point capital. On va faire à Grenoble le procès au maréchal de la Motte Houdancourt. On dit que la reine ira au Palais la semaine prochaine pour y vérifier des offices nouveaux : Dir meliora! Je vous donne le bonjour, etc.
De Paris, ce 22 d'août 1647.
LETTRE LXXXIX. — Ax méme,
Je vous dirai, pour réponse à la vôtre, que j'ai vu le libelle diffamatoire des apothicaires de Tours, pour lequel il y a eu ici procès que les médecins ont gagné, et le livret supprimé, et les apothicaires condamnés à l’amende. Le livre de M. Blondel : De la primauté de l'Église, est un gros in-folio assez cher, fort beau et fort curieux. Celui qu'il a fait contre ka papesse Jeanne n’est qu’un petit in-octavo fort embrouillé. On nous promet autre chose de lui. On ne fait que commencer la nouvelle édition de l’Anthropographie latine de M. Riolan ; elle sera in-folio, augmentée de la moitié. Pour le catalogue des livres que vous désirez, je n'en ai encore recouvré qu’un, savoir, Laurentius, de Crisibus. 1l en pourra venir d'autres par ci-après. Observationes de Lobel et Pæna sont bien plus rares qu’'Adversaria J'ei aussi ce dernier, mais l'autre me manque. J'ai vu tous les livres qu'il vous a plu m'indiquer touchant les pharmaciens, et vous en remercie; je prends un autre chemin. Je veux faire une méthode particulière, laquelle instruira les jeunes médecins, et détruira l'arabisme des pharmaciens. Je pourrai faire aussi un petit livret en
françois, sans avoir besoin de tout ce que dessus, ayant un autre dessein bien plus aisé (1). Je verrai à cela daps un an, vu que j'ai en main autre chose qui me presse. Si vires et otium dederit Deus, je pourrai leur donner occasion de se souvenir de moi. je vous prie d'assurer M. de Blampignon que je suis son serviteur. que j'ai reçu sa lettre, et que je le remercie de tout ce qu'il m'a écrit. Nous n'avons rien ici de nouveau, Ôtez deux tomes de Lettres choisies de M. de Balzac, et le premier tome d'une géographie latine du père Briet, in-quarto, lequel ne contient que Generales prænotiones geographiæ, Insulas Britannicas, Hispaniam et Galliam. Le second tome contiendra le reste de l'Europe, et le troisième les trois autres parties du monde. Miserrima temporum nostrorumconditio atque calamitas publica, impediunt quominus Bibliopolæ nostri majora meliorague non audeant. Dans l'hiver - prochain je vous enverrai quelques livres pour M. votre fils aîné, auquel je baise les mains, comme à vous et à madame Belin , et à tout ce qui vous appartient , et suis de toute mon affection , etc. |
De Paris, ce 4 de novembre 1647.
LETTRE XC. — Au méme.
ll y a longtemps que j'ai dessein de vous écrire, et votre lettre que je viens de recevoir m'a fait rentrer en diligence dans mon devoir. Excusez, s'il vous plait, si par ci-devant je ne vous ai écrit; j'ai eu soin d’instruire mon fils pour son examen de carême , après lequel il a été reçu bachelier ; mais il ne répondra que l'hiver qui vient; j'ai voulu aussi qu’il fit le paranymphe de nos écoles, à quoi, Dieu merci, il a réussi , tant en la composition qu’à la récitation de la grande
(4) Rien de ce que promet ioi Gui Patin n’a été fait ni imprimé que je sache. (R. P.)
harangue , qui a duré plus d’une heure et demie, et de six autres petites. Elles pourront être imprimées, et en ce cas-là je ne manquerai pas de vous en envoyer; j'ai encore eu un troisième empéchement, qui a été de mener la brigue de M. de Mortigni, qui avait répondu sous moi l'an passé; maintenant, Dieu merci, je suis un peu dégagé, puisque tout cela est passé. On imprime ici un traité de Hofmannus, de Anima et ejus facultatibus, quatenus Medicus illas considerat \1), et un troisième tome des Conseils de M. de Baillou. M. Guillemeau a ici présidé, le carême passé, à une thèse qui a été fort bien reçue : je vous envoie quatre exemplaires, pour vous, MM. Sorel, Blampignon et Barat; on l’imprime aussi en françois , avec quelques observations sur la fin; mais cela n'est pas achevé. Nous avons perdu cette année deux de nos anciens, savoir, le bonhomme M. Seguin et M. de la Vigne. Le dernier en valait dix autres : quescant in pace. Votre M. Henry est un Lyonnois fort entendu à beaucoup de choses , je ne sais ce qu'il alloit faire à Troyes Vous savez bien la disgrace de M. d'Esmery, surintendant des finances. Le parlement est ici bien animé, mais je ne sais s'il aura assez de pouvoir d'effectuer tout ce qu'il entreprend. Dieu lui en fasse la grace. Je vous baise les mains, à M. votre fils, à MM. Camusat, Allen, Blampignon, Sorel et Barat; et je suis de tout mon cœur, quand même vous ne le voudriez
pas, etc.
De Paris , ce 11 de juillet 1646.
(4) EH ne fant pas confondre Gaspard Hoffmann , né à Gotha le 9 novembre 1573, mort à Nuremberg le 3 uovembre 1648, avee le célèbre Frédéric Hoffmann. Cependant le premier ne manqua ni de savoir ni de réputation. Harvey vint exprès le trouver pour lui faire part de sa grande découverte, mais ce fut inutilement. Ïl a beaucoup écrit et sur toutes sortes de sujets ; en voici une preuve : Relatio historica judicis acti in Compis Elysiis, coram Rhadamantem contra Galenum. Nuremberg, 1642, in-123. Aujourd'hui # n'y a plus de lecteurs pouræet auicur. (R. P.)
LETTRE XCI. — Au méme.
Je vous dirai pour réponse à la vôtre, de laquelle je vous remercie bien fort. que les paranymphes de mon fils ne sont pas imprimés; mais ils ue le seront jamais que vous n’en ayez des premiers; j'ai ici tant d'affaires que je n'ai pas eu loisir d'y penser, et votre lettre m'en a fait souvenir. On imprime la table du troisième des Conseils de M. de Baillou ; ce livre me déplaît pour le fatras qu’il y a, tiré des Arabes et de la pharmacie de ce temps-là; mais néanmoins il ya de fort bonnes choses. Quand vous l'aurez, si vous en voulez profiter , n'en lisez que l'index qui sera à la fin ; il est fait de telle sorte qu'il vous représentera tout ce qu'il y a de bon en tout l'œuvre , et que vous n'aurez pas de regret du temps qu'y aurez employé. On imprime ici un traité de Anima , et ejus facultatibus , quatenus medicus illas considerat, de M. Hof. mann : je vous en ferai part dès qu'il sera fait. Je suis bien aise qu'ayez vu, lu et approuvé la thèse de M. Guillemeau : mais n'est-ce pas celle que je vous ai envoyée ? Je suis tout-àfait de votre sentiment sur la méthode et sur les remèdes simples , sinf pauca, sed bona ac selecta, et de quibus majores nostri fecere pericuum. On imprime en Hollande un traité nouveau de M. Vossius, de Disciplinis, et un autre de même que l'on imprime, de Historiis Græcis et Latinis. Cet auteur est un des habiles hommes qui soient'aujourd’hui sur terre. On a imprimé depuis peu au même pays un livre nouveau in-octavo sous ce titre, Les jésuites sur l'échafaud. L'auteur en est un jésuite révolté et retourné, nommé le père Jarrige, lequel dépouilla la casaque du père Ignace l'an passé à la Rochelle. Il accuse et convainc par exemples et circonstances requises là-dedans, les sociétaires’ de faire de la fausse monnoie, et débaucher des femmes à la confession , d'avoir des garces en leursgnaisons habillées en valets, de pédérastie, et autres crimes pendables. Si quelqu'un de vos marchands a intelli-
gence en Hollande, faites-en venir hardiment, car l’habile cabale fera ce qu’elle pourra pour le supprimer; combien que je croie bien fort que cela n'empéchera pas qu’il ne devienne commun {1). Il y a en Flandre grosse querelle des médecins contre les apothicaires, avec des requêtes imprimées de part et d'autre, au roi d'Espagne. Si les médecins veulent,
(1, On a pu accuser les jésuites d’intrigue, d’hypocrisie, de souplesse, d’un esprit d’orgueil et de domination ; de s’êlre emparés de la conscience des rois, de faire servir la religion au succès de leurs desseins souvent très mondains ; d’avoir brisé, opprimé tout ce qui leur faisait ombrage, nolamment les jansénistes, forcés de boire jusqu’à la lie, comme le disait Letellier, le calice de l’indignation de la société; on a pu les accuser de probabilisme , de restrictions mentales, de doctrines assez relàächées , accusations plus ou moins fondées ; mais leurs mœurs furent toujours pures et sans reproches, quoique religieux non cloitrés. D’Alembert, qui certes les aimait peu, en fait tout exprès la remarque. Lorsqu'ils furent expulsés en 1763, on n’articula contre ceux aucun grief de ce genre. Le père Lemoine, qui, dans sa Dévotion aisée, veut, en faveur des dames, joncher de roses et border de jasmin le chemin du paradis, était un homme de mœurs pures. Sanchez n’a jamais éveillé la médisance sous ce rapport. On a dit d’Escobar, aussi austère dans sa conduite que relâché dans sa morale, qu'il achetait le ciel bien cher pour lui-même et le donnait à bon marché aux autres. Qui a jamais pensé à médire du père Bourdaloue, et cependant on a dit de lui que s’il surfatïsait dans la chaïre, il rabattait dans le confessionnal. Qui ne connaît ces vers de Despréaux :
Si Bourdaloue , un peu sévére, Nous dit : Craignez la volupté; Escobar , lui dit-on , mon père,
Nous la permet pour la santé.
Or, comment Gui Patin, doué d'esprit et de sens, a-t-il pu s’en rapporter à un homme sans conscience et sans foi, à un jésuite révolté ct retourné, comme il le dit ? un peu de prudence et de méfiance , il nous semble , n’eût pas été de trop. Mais la haine ne raisonne pas, ou raisonne mal. Aux yeux de certaines gens, le jésuite est une espèce à part de l'humanité ; le christianisme de Loyola n’est pas le même que le christianisme de Jésus , etc. lascal n’a jamais été jusque là. (R. P.)
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ils auront bientôt ruiné ces fricasseurs d'Arabie. Je ne doute point que n'ayez reçu la déclaration du roi, que le parlement a fait et publié depuis trois jours. Ils ont envie de faire encore bien mieux l'hiver prochain après la Saint-Martin. Le roi est encore à St-Germain, unde dicitur rediturus intra octiduum. Je vous baise les mains, à madame Belin, à MM. vos frères, à M. Sorel. à MM. Camusat et Allen: et suis de tout mon âme , et à M. votre fils, etc.
De Paris, ce 28 d'octobre 1648.
LETTRE XCIIL. — A. M. B. fils D. M.
Je vous ai beaucoup d'obligation, et à M. votre père , du soin que vous avez de moi : depuis trois mois je n’ai vu qu’une de vos lettres, savoir, celle du dixième de mars; il faut que les deux autres aient été égarées, de vous remercie néanntoins du souvenir et de la buririe volonité qu'avesz pour votre særviteur. de perse qu'il fe séra pas besoin que hous eripéchionts nos dthis, vu que l'on nous fait espérér que dans peu de jours nous jouirons dé la paix qué MM. nos députés ont accôrdèé depuis trois jours à Ruel, avec les députés de la reine ; elle n’est pas encore ratifiée ni publiée, pour quelques instances qu'y font à l'encontre MM. les généraux que nous avons ici, ou au moins quelques uns d’entre eux, qui semblent être malcontents de cette païk : mais je pense qu'il faudra qu’ils en passent par là. Vous savez le naturel des princes, ils aiment mieux la guerre que la paix, et c'est à nous tout le contraire; nous ne saurions ni ne devons faire la guerre. la paix he nous étant pas Seulement ttile, mais nécessaire aussi. Si Dieu nous donne cétté paix bientôt, j'espère de vous
, écrire plus arnplement ; je la souhaite de iout mon cœur, . comme aussi que M. votre père soit bientôt quitte de sa para-
lysie, pour laquelle, en cette saison trop humide, il faut le
| saigner hardiment du bras qui n'est pas du côté malade, et
LETTRES DE GUI PATIN. 147 même un peu du bras malade , sine ullo metu ; puis le purger |
plusieurs fois de séné, de sirop de roses pâles, de fleur de ! pêcher, et mème d'un peu de diaphénic. Sed noctuas Athe- | nas mitlere ne videar, sileo, et nihil definio. Nous avons ici perdu un des plus grands hommes qui aient jamais été en notre profession, savoir, le bonhomme M. Nicolas Pietre, notre ancien, âgé de huitante ans, lequel mourut ici le 27 de février, ex hydrope pulmonis. Quiescat in pace ! Il a fait autrefois honneur à notre profession et à notre compagnie, et moi en particulier Jui ai de très grandes obligations. Je vous baise les mains, et à M. votre père, à MM. vos oncles, à MM. Sorel, Camusat, Allen, et suis de toute mon affection, etc.
De Paris, ce 14 de mars 1649.
LETTRE XCIIL — Au méme.
Je vous remercie de votre dernière , Comme aussi M. votre: père de l'offre qu’il me fait de sa maison : je pense que uous ne bougerons d'ici, et que Dieu touchera le cœur de la reine, afin qu’elle nous donne bientôt la paix, laquelle lui est aussi avantageuse qu'à nous-mêmes, vu que si la guerre dure plus longtemps, elle ÿ perd autant que pas un, en ruinant le royaume qu'elle doit conserver tout entier au roi son fils, qui est notre maitre , et contre lequel Paris n’a pas pris les armes,
ains s’est seulement défendu contre ceux qui vouloient em- mi pêcher qu'il n'y vint du pain. Nous désirons ici le roi et la TT reine aussi; mais il est vrai que le peuple et les bourgeois ’
baïssent horriblement le Mazarin, et ne pensent pas qu’il puisse jamais revenir ici avec sûreté, et je crois, s’il est bien conseillé, qu'il ne l'entreprendra pas. Pour mon particulier, il ne m'en chaut, celui-là ou un autre, vu que peut-être après lui ilen viendra un autre qui sera encore pire et plus grand larron : cela nous obligeroit de dire comme ce bonhomme de jadis :
Antigontum refodio. On a ici merveilleusement écrit sur la cause de la guerreet contre ce bateleur et comédien politique. On fait ici un recueil de bonnes pièces qui sera gros {1). Nos députés sont encore à Saint Germain, comme aussi ceux des princes et seigneurs nos généraux, avec ceux du parlement de Rouen et celui de M. de Longueville. Notre paix est bien plus aisée à faire que la leur, vu qu'ils ne sont pas si aisés à contenter que nous, et qu'ils veulent absolument que le ministre d'État italien détale de la France. Dieu leur fasse la grâce de s'acquitter bientôt de leur commission, et de s’accôrder aussi pour le commun bien dela France: sive remaneat fungus ille vaticanus, sive excedat. Je supplie très humblement M. votre père de nese plus servir de pilules cochées, ains plutôt de se purger avec une infusion de trois drachmes de séné, et une once de sirop de roses pâles ; que si ceremède lui est trop foible, qu'il y ajoute une dragme de diaphénic, ou de diaprunis solutif; que s’il ne se peut purger qu'avec des pilules, qu’il en fasse faire exprès avec aloès, poudre de séné et sirop de ‘roses pâles. Les lavements lui seront fort bons, st paretur ex decocto emollientium , in quo bullierint senæ crientalis ii] 3. cum mellis communisiij 3. Je n’en voudrois point de plus àcres ni de meilleurs, faciat periculum. Mais je le prie surtout qu'il se fasse saigner au plus tôt er brachio sano, propter intemperiem viscerum, et flurum hemorroïdalem, etc.; quod si fecerit, haud dubiè non pænitebit. Laïssons la dispute pour les écoles; mais je pense que la paralysie de M. votre père se fait à sero bilioso, et vous verrez par la saignée qu'il a de mauvais sang dans les reins. Je lui baise les mains de toute mon affection, comme aussi à vous et à tous nos amis de delà, et suis, etc.
De Paris, le sanedi, 27 de mars 1649.
IL y a aujourd'hui un mois que nous perdimes un homme comparable ef plané Roscium in arte sua, savoir, M. Piètre,
(4) Les Mazarinades.
notre ancien : nulla ferent talem sæcula futura virum. Il avoit huitante ans. Je prie Dieu qu'il renvoie bientôt la santé à M. votre père, et à nous la paix, avec le retour du roi à Paris, ou s’il n’y revient, vivaf, valeat, et hostes vincat. Les Espagnols et les Hollandois s'offrent de venir ici à notre secours contre Mazarin; mais Dieu nous garde de telle accointance et de telle milice; une bonne paix vaudra mieux que tout cela.
LETTRE XCIV. — Au méme.
Il ne s'est passé jour que je n’aie eu envie de vous écrire, depuis que Dieu nous a donné la paix; mais j'ai tant d'affaires de deçà et tant de malades à visiter, que jusqu'ici je n'ai encore pu m'acquitter de ce devoir. Enfin, je m'y prépare pour vous dire que, malgré Mazarin, nous avons fait bonne chère. trois mois durant, et mangé de la viande tout le carême sans offenser Dieu ; ensuite de cela, que la paix nous est avantageuse en plusieurs façons, et particulièrement en ce que la déclaration du mois d'octobre passé subsiste tout entière, car pour l'article des prêts au denier douze, c'est une baga telle. Les partisans sont perdus, et peuvent bien dire avec Virgile :
Fundilus occidimus , nec habet forluna regrrssuin.
Mais, me direz-vous, le Mazarin n'est pas sorti du royaume, comme vous prétendiez. Cela est vrai; mais donnez-vous palience et un peu de temps :
Graia supirveniel quæ non sperabilur horu.
Les princes qui l'ont retenu ne veulent pas le laisser aller, atin de le manger eux-mêmes quelque jour. M. le duc d'Orléans et sa femme, le prince de Condé, sa femme et sa mère, sont ici ;. le roi même y viendra quand il voudra. L'Anatomie latine, in-folio, de M. Riolan est achevée, C'est un livre d'une
pistole, étant relié de veau. Nous attendons ici, dans le mois prochain, Vitam et philosophiam Epicuri, en trois volumes in-folio, avec les commentaires de M. Gassendi, professeur royal, qui est un très grand homme. Je crois que vous savez bien que le bonhomme M. G. Hofmann, notre bon ami, est mort à Altorf l'an passé, le troisième de novembre, et que nous avons perdu notre ancien maître, M. Nicolas Piètre, le 27 de février. Voilà deux grands luminaires éteints pour notre profession. M. le maréchal de la Meilleraye n'est plus surintendant des finances, sa place n’est pas encore donnée. M. Servien, notre unique plénipotentiaire à Munster, est arrivé à Saint-Germain. L'archiduc Léopold assiège Ypres en Flandre. On dit que M. le comte de Harcourt s’en va pour y commauder notre armée. Les Huguenots ont fait grand bruit, le jour de Pâques fleuries, à Montauban. Il y a encore du bruit à Bordeaux. Les Anglois ont créé septante-huit directeurs qui auront soin de conserver la liberté publique, et ont coupé des têtes à plusieurs grands d'Écosse ; ils se vont apprêter à faire la guerre à l'Irlande et l'Écosse. Le roi d'Espagne a perdu tout-à-fait l'esprit. Je voudrois bien que M. votre père fût guéri; je le prie de se purger souvent. Je lui baise les mains, à vous, à madame votre mère, à M. Sorel , à MM. vos oncles, Camusat et Allen , et suis, etc.
De Paris, ce samedi 17 d'avril 1649.
LETTRE XCV. — Au méme.
Je vous fais réponse tant par inclination que par obligation, pour vous remercier du soin que vous avez de me douner de vos nouvelles et de celles de M. votre père, auquel je souhaite de tout mon cœur longue et heureuse vie, comme à mon meilleur ami. Pour notre paix, je vous prie de croire qu'elle est bonne, bien faite, avantageuse et bien stable , et je vous assure que la reine est bien fort détrompée de tous les
abus qui l’avoient induite et portée à bloquer Paris: elle n’est pas prête à recommencer ; il lui en coûte plus qu’à pas un; elle sait fort bien le danger dans lequel elle s’étoit mise, et n’y reviendra jamais. Le Mazarin est son malheur et son démon, et le nôtre par conséquent ; je ne l'aime non plus que le diable, et le tiens pour ce qu'ilest, merus nebulo, un pur faquin, un pantalon à rouge bonnet, un bateleur à longue robe; et néanmoins je vous dirai que, vu l'état auquel sont les affaires à la cour et chez la reine, quand le parlement aurait pu chasser Mazarin, nous n’en serions pas du tout mieux, et n’aurions jamais que du mal en France, jusqu'à ce que M. le prince de Condé, qui est un dangereux compagnon, ait changé d'esprit et se soit mûri. C’est lui seul quiest cause de tout ce qui s’y est fait de mal : il avoit donné sa parole au parlement, et puis, les abandonnant, il a pris le parti contraire pour de l'argent, au lieu d'étouffer un fripon d'étranger, et de travailler pour l'honneur et pour le bonheur de la France. Ceux qui font courir le bruit que l’on recommencera la guerre contre Paris ne savent pas comment vont les affaires; outre que la reine n'en a point d'envie, ce ne seroit point son plus court. J'entends bien ici quelques uns qui le disent , sed nesciunf quid dicunt, Les uns sont partisans, les autres ont prêlé aux partisans, gt tous parlent pour leur intérêt. Les autres ont du hlé à vendre, qui voudraient qu'on l’achetèt bien cher, st qu'on en fit grande provision , et ajnsi des autres. Le roi et la reine sont à Compiègne. L'archiduc Léopold het Vpres de près. Le Mazarin et son capitaine des gardes , M. le Prinee , se doivent aboucher à la Fère avec le eomta de Pigaerandae, plénipotentisire d'Espagne pour la paix générale , de laquelle tous deux ont besain. M. le duc d'Grléans est à Blois. Il y a grand bruit à Bordeaux et en Provenes aussi. On croit aussi qu'il y en aura en Languedoc, où on va touir les États. | y a quelque constellation en rigueur contre les têtes courannées. Les Etats du royaume de Suède assemblés ent déclaré à leur reine qu'ils soulojent doréngygqut
vivre en république, et qu'ils lui faisoient défense de se marier. M. Saumaise écrit pour le feu roi d'Angleterre contre ceux qui lui ont coupé la tête. Le grand Gérardus Jo. Vossius, le plus savant homme de toute la Hollande, est mort depuis peu à Amsterdam. Je vous envoie du latin qui a été fait sur la paix, je vous prie d'en donner un exemplaire à M. Camusat, avec mes très humbles baisements de mains. Il mourut hier ici un conseiller de la cour, nommé M. Renaut , en la première des enquêtes. Je vous baise les mains, à M. et à madame Belin, à MM. vos oncles, à M. Allen, et suis, etc.
De Paris, ce 8 de mai 1649.
rem.
LETTRE XCVI. — Au meme.
Pour réponse à la vôtre, je vous dirai que ceux de Bordeaux qui assiégeoïent Libourne y ont eu du pis, et que M. d'Epernon les a dissipés, et néanmoins on dit que la reine a envoyé un nouveau commandement d'abattre les fortifications de cette place, afin de mettre la paix partout. Le roi, la reine, le Mazarin, sont à Compiègne; on dit qu'ils s'en vont à Amiens, en prendre le gouvernement pour le Mazarin sur le maréchal de Chaunes, qui ne le veut pas rendre autrement, et qui veut tâcher d'attraper aussi les autres places de cette province. M. le Prince est à Chantilly. Toutes les troupes ont passé la rivière de Saône et entrent dans le pays ennemi. Les Suisses grondent bien fort qu'ils ne reçoivent aucun argent. Il y a du bruit en Hollande pour un envoyé d'Angleterre nommé Ladislas, qui a été massacré à table par des Anglois, d'autant qu’il avoit été un des juges de leur feu roi. Le jeuneet nouveau roi d'Angleterre, pur ci-devant prince de Galles, et le prince d'Orange son beau-frère, sont soupçonnés d’avoir fait faire ce massacre qui déplaît aux Hollandois. L’Angleterre est tout-à-fait réduite en république. Gérardus Jo. Vossius, le plus savant homme de Hollande, s? demas Sal-
mastun, est mort à Amsterdam depuis six semaines ; j'ai céans quinze volumes de sa façon {1}. Il y est mort aussi un fort savant ministre, nommé Spanheim ; c'est celui qui a autrefois écrit /e Soldat suédois et Dubia Evangelica, en quatre vol. in-quarto. On dit ici que le roi d'Espagne est mort le 17 de mai, à Madrid, mais je ne sais plus qu’en croire, vu qu'on l'a dit plusieurs fois. Je vous prie de faire mes recommandations très humbles à M. votre père, lequel j'exhorte de penser à sa santé, et de se purger souvent avec séné et sirop de roses pâles, du vieux #x decocto portulacæ; et même de se faire saigner quelquefois, tantôt d’un-bras, tantôt de l’autre, xt liberetur & tam importuno hospite, comme aussi de ne boire que du vin vieux, et de le fort tremper. J'ai lu tout le livre des Jésuites sur l'échafaud ; je pense que tout cela est vrai, car il n’y a mal imaginable que ces fourbes ne commettent. Ces carabins, sortis de la brayette du P. Ignace, sont aussi méchants que le diable, et néanmoins ces fins pharisiens paroissent réformés comme pets d’apôtres. Depuis la mort de feu M. N. Piètre, notre ancien, qui étoit un homme incomparable, nous avons perdu le vieux père Vignon, de nonante-deux ans, et un jeune, nommé Crespin, de vingt-huit ans. Il n'y a ici aucun livre nouveaü que Anthropographia Riolani, in-folio, qui est un très excellent livre. Je vous baise les mains, à M. votre père, à madame Belin, à MM. vos deux oncles, à MM. Camusat, Alleu et Sorel. JL y a grand désordre à Bordeaux , contre M. d'Épernon , qui a fait tuer par trahison M. de Chambaret , chef du peuple, qui s’est soulevé contre la tyrannie de ce gouverneur. Un avocat du conseil, nommé M. Bautru, est dans un cachot au Châtelet, accusé d’avoir fait un libelle depuis six semaines, dans lequel le prince de Condé et Île premier président sont offensés ; plusieurs se mêlent d'intercéder pour lui, et même M. le duc de Beaufort. Je souhaite
(4) La collection de ces ouvrages a été publiée sous le titre de G. J. Vossi Opera omnia, Amsterdam, 1693 — 1701, 6 vol. in-fol.
qu'on lui pardonne , quando quidem tam multis in hunc diem licuit insanire. Je vous baise les mains, et suis de toute mon affection , etc.
De Paris , ce 5 de juin 1649.
Hier au soir M. le Prince arriva ici de Chantilly, presque inconnu, et sans aucune acclamation. Gaston est encore à la cour à Compiègne ; on dit qu'ils s’en vont à Amiens. On parle ici du mariage de la nièce du bateleur avec M. le duc de Mercœur , lequel est accordé de parole; les effets s'en pourront ensuivre, adeo sunt infatuali principes nostri. Et néanmoins il y a sur ce mariage plus à penser qu'à dire. Lisez le proverbe dans Erasme : Auf regem, aut fatuum nasei oportet.
Haæroum filii noxe.
LETTRE XCVIL. — A. B. fils, D. M.
Je suis bien aise que M. votre père se trouve mieux : il est infaillible qu'il se portera mieux dorénavant, propter mitiora tempora, s'il veut un peu s'aider : il faut qu'il continue de se purger, afin de se décharger tout-à-fait. Quand il voudra voir le livre du père Jarrige, je l'ai céans, et m'offre de lui envoyer. Ce père révolté n’a pas tout dit ; il viendra par ciaprès un autre volume du même homme, qui pourra dire le reste. M. votre père se devroit faire saigner du bras même du côté de son mal; nous le faisons faire ici fort souvent, et uous en trouvons bien : je l'ai fait faire trois fois depuis un mois, cum felici successu. Qu'il ne se hâte point de m'écrire, il me suffira toujours d'apprendre qu'il soit en bonne santé, de par vous, ou par autrui. On dit ici que le roi et toute la cour sont sortis de Compiègne pour aller à Amiens, mais nous u'avous pas engore lettre qu'ils y soient arrivés. Ceux de Bordeaux sont en paix et ouf mis les armes bas. M. d'É-
pernon y est entré avec 200 chevaux , et y a profité; au moins l'avantage a semblé être de son côté, par la division qui a été entre le peuple et le parlement. Nous avons ici été plus sages et plus heureux : la reine y a envoyé M. de Cominges , lieutenant des gardes, y faire exécuter les articles du traité de paix, à la place de M. d’Argenson, qui avoit tout gâté. Elle a aussi envoyé en Provence M. d’Étampes de Valencey, conseiller d'État, pour pacifier la province, laquelle est toute en armes contre le gouverneur, qui est le comte d’Alez. Aix, Arles et Marseille se sont de nouveau réunies ensemble pour s'opposer aux efforts et aux entreprises de ce tyranneau. Le mariage de M. de Mercœur avec l’aînée mazarine n'est ni fait ni conclu; il pourra pourtant bien se faire, si principes nostri in tanta quâ hactenus vixerunt s0cordia, firmiter perseverent. 11 y a ici force procès de banqueroutiers frauduleux, de maltôtiers, partisans et gens d'affaires, quos genuif quoties voluit fortuna jocari : desquels on peut dire ce que Tacite a dit des astrologues : genus hominum guod in civitate nostra semper vetabitur et sem per retinebitur. On continue toujours ici de faire des libelles mazarinesques : aussi le temps y est-il fort propre, difficile est satyram non scribere, etc. Il y a du bruit en Italie entre le pape et quelques princes, qui l’ont menacé d’y faire venir le Turc ; et cela pourra bien être, qu'il y viendra sans qu’on le mande: les princes de la chrétienté sont assez méchants pour mériter ce fléau : j'ai peur qu’à la fin Dieu ne se lasse d'être chrétien, les voyant si cruellement méchants. Je vous baise les mains, à M.et à madame Belin, et à tous nos amis, et suis, etc.
De Paris, ce samedi 19 juin 1649.
M. le Prince est allé en Bourgogne. Je vous ai écrit celle-ci en hâte, afin que ne fussiez en peine de moi. Je m'en vais partir, bien malgré moi, pour aller vers Fontainebleau, y voir le fils d'un trésorier de l'extraordinaire des guerres, qui
y est fort malade ; le père et la mère m'y mènent dans leur carrosse ; c’est sur le chemin de Provins. Adieu, monsieur, etc.
LETTRE XCVII. — À.W. B. fils, D. M.
Je suis fort aise que M. votre père se porte mieux , et souhaite fort que le beau temps achève l'intégrité de sa santé. À ce que je vais, vous avez donc aussi à Troyes des charlatans de longue robe, ef de ordine Melchisedech. Ce ne sera qu'un feu de paille : il y en a ici de toutes façons; mais ils ne font point de miracle, ils meurent presque aussitôt qu'ils sont nés : ou la pauvreté et la gueuserie les étouffent, ou les remords de leur conscience pour les homicides qu'ils commettent. Le roi, la reine, Gaston, le Mazarin et toute la cour sont à Compiègne. M. le Prince est encore en Bourgogne. On dit que le Mazarin est allé à St-Quentin traiter avec Pigneranda , pour accorder d'un lieu à faire la paix ; M. de Lionne, secrétaire de la reine, est aussi allé à Bruxelles. Je ne sais si le Mazarin osera bien entreprendre de quitter la reine, vu que cette place lui est si précieuse. Pour la paix , je ne pense pas qu'il la fasse jamais ; il ne mérite pas que Dieu lui fasse cette grâce, joint qu'il n’en a pas l'esprit; de même, je pense que ce n’est pas son plus court, je la souhaite néanmoins de tout mon cœur : si elle n’est bonne pour lui, elle le fera aussi bien qu'elle est nécessaire, à toute la France. Samedi dernier de grand matin, un imprimeur nommé Morlet fut ici surpris imprimant un libelle diffamatoire contre la reine, sous ce titre: La Custode du lit de la reine. En voici le premier vers (J). |
Peuples, n’en doutez plus, il est vrai qu'il la haise, etc.
11 fut mis au Châtelet , et dès le même jour il fut condamné d'être pendu et étranglé. Il en appela à la cour : lundi on
f4) Gui Patin dit avec raison un libelle diffamatoire; mais luimême est-il bien réservé sur ce point délicat ? Sa langue et sa plume
travailla à son procès; hier mardi il fut achevé, et sa sentence confirmée. Quand il fut sorti de.la cour du palais, le peuple commença à crier , puis à jeter des pierres, à frapper à coups de bâton et d'épée sur les archers, qui étoient en petit nombre. Ils commencèrent à se défendre, puis à se sauver ; le bourreau en fit de même : ainsi fut sauvé ce malheureux, et un autre qui étoit au cul de la charrette, qui devoit avoir le fouet et assister à l'exécution de Morlet. Il y eut un archer de tué, plusieurs fort blessés : de cæteris Deus providebit. Le désordre est toujours fort grand en Provence ; les députés des États du Languedoc fort mal contents. On dit que la reine a dit de sd propre bouche qu'elle aimoit mieux périr que de rentrer dans Paris ; c'est qu'elle n'oseroit y venir sans le Mazarin , qu’elle n'ose abandonner. Si elle n'y vient, il y a bien du monde résolu de s'en passer. Je vous baise les mains, et à tous nos amis, et suis, etc.
De Paris, ce mercredi 21 de juillet 1649.
Nous aurons dans trois mois le beau Sennertus de Lyon, en trois volumes in-fol., dans lequel il y aura quelques traités ajoutés par dessus l'édition de Paris; elle y sera fort belle. La Philosophie d'Épicure , avec les commentaires de M. Gassendi, en trois volumes in-folio, est achevée à Lyon ; il yen a une balle en chemin qui doit arriver demain ici, et un exemplaire pour moi, que j'attends et avec et sans patience. Le général des jésuites est mort dès le mois passé.
LETTRE XCIX. — Au même.
Je voudrois bien que M. votre père fût en si parfaite santé que je la lui souhaite, et en attendant que cela lui pourra
sont-elles toujours prudentes ? Non, sans doute, et les chefs de la Fronde, ces perpétuels insulteurs de la reine , firent tout leur possible pour tirer bon parti de ces médisances, de ces invectives répétées sur
tous les tons et dans toutes les bouches. (R. P.\ °
arriver aussi avantageusement que je le désire à mon bon ami, je vous dirai que le roi est ici arrivé le 18 de ce mois, en compagnie assez médiocre, ayant dans son carrosse la reine-mère , le duc d'Anjou son frère, Monsieur, Gaston et sa femme, qui est la duchesse d'Orléans, le prince de Condé, et quelque autré, avec le Mazarin, contre lequel le peuple n'a rien dit, tant il est réjoui de voir le roi, qui en étoit même en son individu royal très fort réjoui pareillement, tout étonné de tant d’acclamations d'un peuple que l'on avoit tâché de lui rendre si odieux. On n’a jamais vu à Paris tant de réjouissauces, qui est ce de quoi la reine, qui nous vouloit affamer il y a six mois, a été fort étonnés, voyant une si grande bonté du peuple de Paris , si bien que les voilà revenus , pour tâcher de se remettre sur leurs affaires, qui sont fort délabrées, et qu'ils ne peuvent réparer hors de Paris, combien que la reine et le Mazarin aient bien eu de la peine à se résoudre d'y revenir, tant ce bourreau d'Italien avoit peur de sa peau. Maintenant, il ne songe plus à nous assiéger, mais plutôt à donner ordre qu'il ne soit assiégé dans sa maison coinme il seroit bientôt s'il grondoit tant soit peu. Nous sommes désormais assurés qu’il n'ira plus au Palais faire vérifier de nouveaux impôts ni de nouvelles créations d'offices. Il y eut hier un an qu'il fit emprisonner deux très hommes de bien, savoir, MM. du Blancmenil et de Broussel , après un 7e Deum que le peuple de Paris lui fit déchanter dès le lendemain bien généreusement ; il l'échappa belle dès ce temps-là, et n'en aura jamais bon marché, nist saptat in posterum. Les troubles d'Aix et de Bordeaux ne sont pas encore cessés : il est de la justice de la reine et de son conseil de les apaiser au plus tôt, afin de soulager les pauvres peuples qui n’ont rien entrepris que de défendre leur liberté contre la tyrannie de leurs gouverneurs. Les partisans voudroient bien se servir du retour du roi pour rétablir leurs affaires et leurs maltôtes, mais ils en sont bien éloignés; la guerre mazarine les a tout-à-fait achevé de ruiner.
LETTRES DR GUI PATIN. 169 On ne parle pas ici de la paix générale, et je ne sais ce qu’en pourra faire Mazarin. En suite de tant de libelles qui ont été faits durant la guerre contre le Mazarin, il est ici venu de l'Italie un manuscrit qui contient sa vie, qui est toute autre chose que ce que l’on en a dit jusqu'ici : cela pourra s’imprimer quelque jour. J'ai reçu de Lyon depuis peu , Universamh Philesophiam Æpicuris, cum animadversionibus Petri Gassendi, en 1rois volumes in-{olio , par présent qu'un médecin de Lyon m'a envoyé: c'est une des belles choses que j'aie jarhais vues. Le mois de novembre prochain, le Sennertus entier s’y achèvera , en trois beaux volumes in-folio, beau papier et bien corrects, où seront ajoutés deux traités nouveaux du même auteur , ünft Auc inediti : ce sera le plus beau et le plus parfait uours de inédecine qui ait encore été vu. J'attends avee impatience dans la 8t-Remi un manuscrit pathologique de feu M. G. Hofmann , que j'ai acheté bien cher, que je ferai imprimer lorsque nos libraires seront un peu rétablis. L'exécution de la paix d'Allemagne n’est pas encore achevée, mais ils en ont bonne opinion. Mais à propos de vous-même , que faitesvous, à quoi passez. vous le temps, combien d'heures étudiez-vous tous les jours ? Quel livre lisez-vous ? An f'ernelium, Riolanum, Duretum , Hollerium ? an Galenum et Hippocratem P Ne liset point de pratiques que vous ne sachiet fort bien la pathologie, nist hebeds anafomen in munerato. Et pour effet, lises hatdiment cellé de Rivlañ, duæ tota dirigitur at prexim. dé vous baise les mains, et à tous nos bons amis, et suis de toute mon affection, etc.
De Paris, le 27 d'août 1649.
LETTRE C. -—- Au même.
Je me mets en état de faire tout ce que désirez de moi, afin que reconnoissiez que je ne me Veux pas épargner en aucune chose qui regarde votre s. rvice. Voilà que j'écris, selon
que le désirez, à M. Charpentier, notre collègue, combien que je n’aie point de grandes habitudes avec lui et commerce du tout : j'écris néanmoins hardiment, tant pour l’amour de vous et de M. votre père, mon bon et ancien ami, que d'autant que votre demande est juste, civile et honnête. Je ne vous saurois dire quel cas M. Charpentier fera de ma lettre, comme il est un stoïque un peu bourru, et un de ceux de notre compagnie que je hante le moins; mais parce qu'il est homme d'honneur et généreux, je ne laisse point d’en espérer quelque chose. Quoi qu'il en soit, et tout au pis aller uf uf sit, je fais ce qu'avez désiré : Facio, domine, disoit Pline à Trajan, quod voluisti. Je souhaite qu'il réussisse.
ll y a ici querelle entre le prince de Condé et le Mazarin ; M. le duc d'Orléans est entre les deux, comme Crassus étoit à Rome entre César et Pompée : sola futuri Crassus erat belli medius mora. Ce dit Lucain : celui qui aura le duc d'Orléans de son côté sera le plus fort. M. le Prince demande qu'il soit chassé , et qu'en sa place la France soit gouvernée par un conseil de plusieurs grands personnages qui seront choisis pour cet effet. On parle là-dessus de MM. les premiers présidents, de Nesmont, d'Avaux , Talon, du maréchal de l'Hôpital , de Chavigny et autres. Le prince de Condé demande aussi qu'on fasse le procès à ceux qui n’ont point fait la paix avec l'Espagnol quand ils ont pu la faire avantageuse pour la France, et que l’on fasse rendre compte à ceux qui ont manié les finances depuis six ans. M. de Longueville est ici arrivé depuis deux jours, qui vient pour aider à son beau-frère et qui est ennemi du Mazarin.
Le père Caussin, popularis vester, fait ici imprimer un livre intitulé : De regno et domo Dei; il sera en deux volumes in-folio. Je vous baise les mains et à M. votre père, à madame Belin, à MM. Belin et Sorel, vos deux oncles, à MM. Camusat et Allen, et je serai toute ma vie, etc.
De Paris, le 26 de septembre 1649.
Je n'ai point voulu cacheter la lettre de M. Charpentier, afin que puissiez voir ce que je lui écris à votre sujet ; ce sera à vous de la fermer comme il vous plaira.