LETTRE CI
Je prends la hardiesse de vous écrire la présente en faveur d’un honnête homme , nommé M. Belin, le père, doyen des médecins de Troyes, pour lequel je vous supplie très humblement, et vous demande une grâce, savoir, qu'il vous plaise vous employer pour lui envers madame la marquise de Laval , près de laquelle vous êtes maintenant, afin que dorénavant et en votre absence, elle veuille et lui plaise se servir de lui, comme elle a fait par ci-devant, pour les malades de sa maison, dont elle a été contente. Un notaire malveillant, de la race des imposteurs et gabeleurs, lui a Ôté depuis peu cette pratique, pour la faire donner à un homme qu’il portoit, et duquel on s’est mal trouvé. S'il y peut rentrer par votre recommandation , il vous en sera très obligé, et moi pareillement. Il est homme d’honnenr et savant, et votre compagnon d'école il y a trente ans; qui vous a même déjà quelque obligation, et vous êtes autrefois employé ici pour lui en quelque procès qu'il avoit. Je crois que vous ne serez point marri de l'avoir obligé; il est homme de mérite, vir bonarum artium et bonarum partium, et bon praticien ; il saigne hardiment, supra morum suorum popularium, et est bien éloigné de la forfanterie arabesque et chimique. Ausim quoque alio et feré alieno nos eum tibi commendare. C'est que feu M. son père , qui est mort l’ancien médecin de Troyes , étoit licencié de notre faculté: ainsi vous êtes presque obligé de tâcher de le servir, uf facies certè si bené te nout : nec profecto passurus es ut alter talem locum et eripiat. Je vous en conjure, monsieur, de toute mon âme , et vous promets que je m'en tiendrai obligé à votre bonté toute ma vie. La querelle du prince de Condé
avec le Mazarin continue, sans que l’on sache de quel côté se rangera M. le duc d'Orléans, qui fera pencher la balance et l'emportera. Je voys recommande derechef l'affaire de M. Belin , et je serai de toute mon âme, etc.
De Paris, ce 26 de septembre 1649.
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LETTRE CII. — M. B. père, D. M.
Le présent porteur s’en retournant en votre bonne ville de Troyes, d’où jl est natif. et m'ayant fait l'honneur de me venir dire adieu, m'a donné orçasion de vous égrire la présente, qui n'est à autre fin que de m'entratenir toujours en vos bonnes grâces, de vous assurer de la santé de toute ma famille. Le 9 du mois prochain, mon fils atné répandre de san troisième acte, pour être Jicancié à la Saint-Jean prochaine, et pour passer docteur par après quand il plaira à Dieu, Je reçus hier de Lyon, en quatre tomes in-falio, Jo, Henrici Alstedit, Encyclonædiam universam, qui est un livre merveilleusement étoffé et enrichi de beaucoup de belles choses. On imprime quelque part en France, mais en cachejte, les Mémoires et Instructions politiques du feu P. Joseph, capucin, qui étoit un des secrétaires dy cardinal de Richelieu ; se sera un in-folia. Nous aurons ici bientôt de Rouen, en deux vol, in-folio, les Mémaires de feu M. de Sully, qu'il avait fait imprimer de son vivant en sa maison, et qui n'ant jamais été vus que très peu. On achève le Seunertus à Lyon, an trois volumes in-folio, qui sera augmenté de trois traités nouveaux; l'impression en sera halle et banne. M. J. Waleus, professor anatomicus Lugduni Batavorum, y est mort depuis quelques mois, comme aussi a fait M. Veslingius à Padoue , où il étoit professeur anatomique : il y est mort, le dernier jour d'août, ex febre continua, maligna, pour laquelle il n’a été saigné que deux fois en neuf jours, et ainsi est mort rôti. M. Riolan avoit donné une touche à ces deux hommes pour les obliger
LETTRES DE GUI PATIN. 163 d'écrire contre son dernier livre qui est in-folio; mais la mort, qui les a pris, les en a sauvés de la peine. 11 est ici mort un fameux avocat huguenot, nommé M. Héraud ( Desid. Heraldus : ille est qui scripsit alim in Tertulianwun et Arnobium ); il ayoit querelle contre M. Saumaise, et fajsoit jmprimer contre lui un volume jin-folio, que l’on ne laissera pas d’achever, d'autant qu’il étoit près de sa fin. M. Saumaise fait imprimer à Leyde une Apologie pour le feu roi d'Angleterre, et contre les Anglais qui lui ont tranché la tête. Libertus Fromendus, théologien de Louvain, y a fait imprimer depuis peu, Philosophiam Christianam, de Anima, qui est un très bon livre. Le roi, la reine, le Mazarin et toute Ja cour sont ici : le Mazarin demeure toujours caché et comme enfoui dans le Palais-Cardinal. La reine chassa, mardi au soir, madame de Beauvais, laquelle étoit sa première femme de chambre, et qui avoit été par ci-devant dans le grand secret de la cour, et de grand crédit : tous les courtisans en ont été fort étonnés. M. d'Emery, le surintendant rétabli, est malade d’une fièvre quarte, de laquelle M. Vautier se fait fort de le guérir. Ceux de Bordeaux sont bien:les maîtres, et par delà : on dit ici que le Mazarin s'en va envoyer six mille hommes de renfort contre eux à M. d'Épernon. Les Périgourdins se remuent pour leurs voisins, Je vous baise les mains, et à tous nos amis, et suis, etc.
De Paris, ce samedi 27 de novembre 1649.
M. Riolan est aujourd'hui l'ancien de notre école, par la mort de M. Toutain. M. le maréchal de la Meilleraye n'est pas mort, comme l'on avoit dit. On imprime ici un livre in-folio latin, de votre compatriote le P. Caussin, intitulé de Regno et domo Dei. Le Mazarin a donné pour confesseur au roi un jésuite, nommé le père Paulin, de Blois. Famianus Strada, autor libri, de bello belgico, en deux tomes, est mort à Rome le 6 de septembre.
LETTRE CTI. — Au méme.
Pour réponse à la vôtre du 15 du mois passé, je vous dirai que je suis bien marri de votre longue indisposition ;
- mais permettez-moi de vous dire que la saignée vous seroit
meilleure en ce temps présent , et plus nécessaire qu’au printemps prochain, qui ne sera que dans trois mois. Pour le gaïac , je vous prie de n’en point user du tout: il ne fera que du mal; il vous échauffera les entrailles, il fondra avec le sang, augebit morbi causam et morbum, nec imminuet symptomata ; il vaut mieux décharger votre tête par dedans, en vous purgeant souvent avec du séné et du sirop de roses pâles ; y ajoutant même un peu de casse, si vous voulez, en substance; ou plutôt durant l'hiver, une dragme du diapruni solutif, pour tirer par bas une partie de ces sérosités qui restent dans le sang. Portez courts cheveux, et vous faites bien peigner et frotter la tête tous les matins, avec de boñnes frictions bien fortes et bien chaudes sur le cou et sur les épaules. J'ai reçu le livre d’Alstedius que M. Huguetan m'a envoyé, je l’avois déjà vu, et connoissois bien cet auteur, qui est un étrange fatras, dans lequel il y a de bonnes choses. M. Riolan, sur la fin de son ouvrage, a fait Animadversiones in recentiores anatomicos, in quibus nominatim perstrinxit Walœum et Veslingium. 1l avoit grande espérance que J.Walæus, qui n'avoit pas encore quarante ans, lui répondroit, mais il est mort à Leyde de l’antimoine même duquel il en avoit tué plusieurs autres. Veslingium verd, profess. Patavinum responsum adornantem Kiolano, mors intercepit. I] est mort en douze jours d’une fièvre continue, âgé de quarante-huit ans, pour n'avoir été saigné que deux fois fort petites le dernier jour d'août : voilà de nos saignées d'Italie. En ce temps-là, mon tils aîné étoit ici fort malade, mais je l'ai retiré du mauvais pas d'une fièvre continue où il s’étoit malheureusement jeté, quia adolescentuli semper stulte agunt, par le moyen de vingt bonnes saignées des bras et des pieds, avec pour le moins une douzaine de bonnes méde
cines de casse , séné et sirop de roses pâles, sans m'être servi de bézoard , julep et cordiaux, ni des confections d’alkermès ou de hyacinthe; et néanmoins Dieu me l’a conservé: de telle sorte qu’il n'a point perdu un des actes de son cours (1). Libertus Fromendus est un professeur en théologie de Louvain, fort savant personnage, et grand janséniste ; il a par ci-devant écrit : des Méteores : un livret de la C'omète de l’an 1618; des commentaires sur les questions naturelles de Sénèque, le tout en latin; mais ce dernier livre, de Anima, me semble meilleur de tôus. Nous n’aurons plus rien de Fam. Strada. L'Histoire du cardinal de Richelieu, avec des Réflexions politiques, s’imprime ici, in-folio, en cachette. La paix de Bordeaux est faite. Je vous baise les mains, et suis, etc. Ce 16 de janvier 1650.
1! ne s’est encore rien fait qui vaille au parlement; on croit que ni le prince de Condé ni le premier président n’y réussiront point. Le livre de M. Saumaise, pour le feu roi d'Angleterre, intitulé : Defensio regia pro Carolo I ad Carolum IT, est achevé : il y a deux impressions, l’une in-folio de grosses lettres, et une in-12 en petites, à Leyde, chez M. Elzevir, il y en a en chemin pour Paris. Il en vient aussi un pour moi tout relié à la mode de Hollande, qu’un ami me fait venir. On y va imprimer des épitres de Grotius, Vossius et autres savants. Je vous baise les mains, à madame Belin , M. votre fils, M. le chanoine, MM. Allen et Ca musat. On vend ici fort librement et publiquement les Hémoires de M. de Sully, de Rouen, en deux petits vol. in-fol.
(4) A lexagération près d’un traitement aussi violent, la thérapeutique moderne diffère peu de celle de Gui Patin; elle ne ressemble guëre , il est vrai, à celle médicasserie compliquée des praticiens vulgaires qui rabaisse la science au niveau d’un empirisme routinier. (R. P.)
LETTRE CIV. — Au même.
Je souhaite fort d'apprendre que soyez en parfaite santé . et vous dirai sincèrement après Pline le jeune, à son ami, Terret me pertinax illa tua valetudo. Purgez-vous souvent jusqu’à parfaite guérison. Je ne manquerai point de vous envoyer les trois thèses de mon fils, à la première occasion. Il n’y a rien de fort pressé dans l'Encyclopedia de 3, H. Alstedius, combien qu'à tout prendre ce soit un bon livre, et que l’auteur mérite louange d’avoir fait un si grand et beau recueil. Néanmoins quand vous en voudrez rire, prenez eh main le t. III de l’édition de Lyon, p. 558, et voyez ce qu'il promet, et les louanges qu'il donne à l’aloës , au tabac, à la térébenthine, au gaiïac, au sassafras, à la squine (sic Zoquor cum vulgo, il faudroit dire la sine, est entm sinarum vel sinensium radix. Sinas primus dixit Ptolemeus, chinenses nemo unquam , prœter Boarbaros ), au rosolis, à l'opium, au bézoard, à l'huile d'olive , au vinaigre scillitique , à la thériaque et à l’huüile de briques; et aussitôt vous admirerez l'impertinence de ceux qui se mélent d'un métier qu'ils n’efitendent point. Le séné et le sirop de roses pâles guérissent plus de malades en un jour que tous ces remèdes n'en peuvent gtérir en cent ans : joint que le
: bézoard , la thériaque, et {a plupart des autres drogues sont indignes d'être nommées remèdes. Je me souviens bien de M. de Blampignon; je vous prie de me permettre que je lui fasse mes très humbles recommandations. Jean Veslingius (1) n'ayant fait aucun chapitre des anatomistes en particulier , n'a point dû faire mention de M. Riolan plutôt que d'un autre ; mais il l’honoroit fort, ce que j'ai vu par les lettres mêmes que M. Riolan m'a inontrées de lui. Il n'en écrira plus: il est mort à Padoue, le dernier jour d'août 1649, étouffé dans son sang, avec une fièvre continue maligne, pour laquelle il ne fut saigné que trais fois. Animadrersiones Riolant in recentiores anatomicos, ne font pas un livre à part : ce n'est qu'un traité qu’il a ajouté à son œuvre in-fol., qui
(4) Syntagma anatomica, Patavii, 1647, in-4, fig.
est ut fort bon livre, et que M. votre fils devrvit lire tous les jours d’un bout ä l’autre. Je ne me souviens pas de votte M. le Prévot, qui fait biblivthèque, et né sais qui il est. Le beau Sennertus est achevé à Lyon; j'espère que M. Ravaud m'en enverra bientôt un; nos libraires ne font tien de decä, mirè frigent pro Bellona seviente. Le mardi gras, premier jour de ce mois, à neuf heures du soir, la reine envoya querit les sceaux à M. le chancelier, et les rendit le lendetmairi à M. de Châteitinëuf, à qui on les avoit ôtés dix-sept ans auparatant. Le toi et la reine partiréht hiet pour la Bourgogne ; le Mazarin ést parti aujourd’hui. Je l'ai vu passer sûr le pont Notre-Danié à dix heures du ttiatih, atcompaghé de cent chevaux ; je peñise'que ce voyage cotitient quelque mystère que le temps nous découvrira. Les trois princes sbnt toujours : eh prison, sans ce qu'ils ÿ seront, si ce n'est duë 14 reine les eti tire, pour s’én servir contre un autte parti que l'autorité de l4 France pourroit produire. La teine d’AÂtigleterre est allée à Beauvals s’abouchér üvec le roi son fils, qui de là s’en va à Breda, pour y traiter avec les députés d'Écosse qui s'y doivent trouver, et lui pl'oposet üti tiouveat secottrs qu'ils veulent lui dottiet, à tela portés et äidés pat le prince dé Suède et le roi de Danemark. M. Saumiais atoit protnis à l4 reine de Suède d'aller assister à son couronnement , qui se doit faire au présent mois; mais Îl en a été atrèté par la goutte, à laquelle il est fort sujet. Quantité de beaux esprits la sont allés voir; entre autres MM. Descartes, le jeune Heinsius et Isaac Vossius, qui lui enseignent lu langue grecque. La paix d'Allemagne s'exécute; cela grossira les troupes de l’archiduc Léopold et celles de M. de Turenne, dont l8 parti est tout formé. Le Mazariri 4 emmené ses trois tiièces; on croit qu'il les enverra à Lyon, et que de là il les fera repasser en Italie. Ceux de Bordeaux s'étant plaints que l’on n'etécutuit point la paix qu'on leur avoit accordée, on leur a envoyé M. de Villemotée, pour la faite exécuter. Le parlement de Tottlouse ñ fait le procès à un maître des requêtes, inlendant de Li-
mousin , nommé M. Foulé, lequel a causé plusieurs désordres en la province. Madame de Longueville est en Hollande. On vend ici en cachette un livre in-fol., intitulé Æistoire du ministére du cardinal de Richelieu : c'est un méchant livre contenant une apologie de la tyrannie de ce cardinal, Il ya un chapitre contre MM. de Marillac: il y en a aussi un contre M. de Chateauneuf; cela pourra le faire condamner et brûler par la main du bourreau. Le bruit avoit couru que l’auteur de ce livre étoit le Père Joseph, le clerc capucin; et étant trouvé trop mal fait, il fut attribué à un M. de Guron, qui fut employé par le cardinal de Richelieu en Italie. Mais enfin on a découvert que le vrai auteur est un supérieur des feuillants, nommé le P. Vialart, parent de M. le chancelier Seguier, " lequel barbouilloit ainsi le papier pour flatter le cardinal et attraper un évêché, ce qu'il fit enfin, car il eut l’évèché d'Avranches, et mourut au bout de deux ans, anfe anne ætatis 50. Voilà un moine que la mort a attrapé. Ce volume va depuis l'an 1624 jusqu’à 35. On a dit qu’il yen a encoreune autre partie manuscrite, mais le changement de chancelier pourra en empêcher l'édition. Je vous baise les mains de toute mon âme, à madame votre femme, M. votre fils, MM. Sorel, Camusat, Allen, et vos autres amis, et suis de toute mon affection , etc.
De Paris, ce dimanche 6 de mars 1650.
LETTRE CV. — M. B. fils, D. M.
Pour réponse à la vôtre, je vous dirai que je ne sais qui de nos médecins sont à la cour; car M. Baralis étoit ici, près de M. de Chateauneuf, le garde des sceaux, il n’y a que huit jours. M. Conrade est en Pologne, près de la reine; M. de Gorris a vendu à un homme qui m'est inconnu. Je ne sais si MM. Bodineau et Yvelin y pourroient être, vous pourrez vous en enquérir , et, en cas qu'ils y soient, leur parler de moi. Au
pis aller vous pourrez aller saluer M. Vautier, premier médecin du roi, mais ne lui parlez point de moi : nos chiens ne courent pas ensemble; je ne suis ni ne veux être ni docteur antimonial : je sais trop bien que l’antimoine est un poison), ni esclave de sa fortune. Habeat sibi res suas, per me licet : je ne lui envie rien de tout ce qu'il a, pas même sa belle fortune, ne que vellem esse Valterius. J'apprends ici que Sa Majesté ne sera à Troyes que vingt-quatre heures pour venir à Fontainebleau, et de là à Paris, nisi Muzarinus cuti suæ timeat. M. Vautier est officieux et courtois, et si vous avez affaire de lui, je crois que vous l’obtiendrez. Le grand Sennertus de Lyon est achevé, lequel m'a été dédié. M. Saumaise n'a rien fait sur le Tertullien que l'in-octavo de Pallio. N'eût été su goutte, il seroit parti pour la Suède : M. Descartes y est mort à Stockholm d'une fièvre chaude le 11 février (1), où il étoit allé saluer la reine, qui est une savante et une dixième muse. Le livre de M. Saumaise pour le feu roi d'Angleterre a été imprimé six fois eu latin, en Hollande, tant en petit qu’eu grand volume, et en hollandois aussi : on l’imprime ici inquarto en françois, de la version même de l'auteur. On fait à Lyon une pratique de Médecine d'un professeur de Montpellier, nommé Franciscus Feyneus (2); elle sera achevée dans un mois. Je vous baise les mains, et à M. votre père, à qui je souhaite toute sorte de prospérité et bonne santé, et suis, etc. De Paris, ce 23 d’avril 1660.
Je vous envoie le titre d’un livre que je pourrai faire imprimer ici dans quelques années ; je vous prie de le lire, et de m'en donner votre avis à votre loisir, et celui de M. votre père, et de M. Sorel aussi, à qui je baise les mains de tout mon cœur.
(4) René Descartes , né à La Haye, arrondissement de Loches (Indreet-Loire), en 1596; son corps, transporté en France, à été enterré dans l'église Sainte-Geneviève, à Par s. (R. P.)
\ (2) F. Feynii, Med.cina practica , e Biblioth. R. Moreau. Lugduni, 1650 , in-4. (R. P.)
LETTRE CVI. — Au méme.
Je vous fais réponse parmi une infinité d'occuüpations, qui m'empêchent de decà , tant pour satisfaire à votre curiosité qu'afin de vous assurer que je suis, Dieu merci et vous, en bonne santé avec toute ma famille. Je vous remercie du soin que vous en avez. Il n'y a rien de nouveau en notre Faculté, sinon que depuis vingt-deux mois, il est mort une douzaine entière de nos compagnons, dont les deux derniers ne sont morts que ce mois d'août, tous deux jeunes. M. Merlet a été jusqu’à la porte, mais {l n'a point passé le guichet : il y en a ericote deux très malades. On parle fort ici des troupes à cheval du maréchal de Turenne, dont on dit que l'avant-garde est venue jusqu'à la Ferté-Milon, et à Daumartin ; c'est ce qui a fait résoudre à MM. de l'Hôtel-de-Ville à faire faire la garde aux portes, comme l'on faisoit durant la guerre de Paris, l’an 1649. Le lundi 29 d'août, de peur qu'il n'arrivât quelque malheur, les trois princes ont été tirés du bois de Vincennes, et otit été conduits par trois cents cavaliers, les uns disent à Loches, d'autres au Havre. La peste est rude et grande à Rouen: elle ÿ a tué quatre mille personnes en moins de quiiize Jours. La délibératioti avoit été prise de faire garder les portes, mais elle a été révoquée. Nous n'avons Îct rien de certain de Bordeaux, sinon que l'on dit qu'ils se défendenit fort bien, et qu'il y a toute assurañte tie lé Mazarin he les prendra point cette année : au moins c'est ce que je souhaite très ardemment, et beaucoup d'autres dé deçà avec moi. Le parlement a fait de deçà quelques assemblées pour Bordeaux, mais cela ne va point généreusement comme il devtoit aller : j'ai peur qu'enfin le parlement ne devienne ridicule, pour le grand nombre de partisans de la tyrannie qui sont là-dedans. Si virtutis vena illa paternæ viveret in nobis, cela iroit tout autrement. Le duc d'Orléans favorise si fort le Mazarin et son parti, qu'il élude presque tout ce qu'on entreprend iei pour Bordeaux, à son grand déshonneur et à notre malheur ; mais
je ne sais combien tout cela durera, tout le monde en gronde de deçà. Les trois princes, du jour qu'ils furent tirés de Vincennes , furent menés à Marcoussis, où il y a un fort château, et y sont encore; et tout à l’entour il y a plusieurs troupes qui mangent rudement tout le pays circonvoisin, tandis que le roi a besoin de troupes devant Bordeaux. Voilà une étrange et enragée politique. Pour l’histoire que me demandez par votre seconde, awtorem Petro Bizarro, Sentinate, je vous donne avis que je ne l’ai jamais eu, ni guère de livres de cette nature ; néanmoins à cause de vous, je m'en enquerrai, et si je la puis trouver de quelqu'un de mes amis, je vous promets de vous en gratifier. Je vous baise les mains de toute mon affection, et suis, etc.
De Paris, ce 6 septembre 1650.
LETTRE CVTT. — Au même.
I y a bien longtemps que j'ai envie de vous écrire; mais tant d’occupations qui me sont survenues l’une sur l’autre en ont retardé l'effet jusqu'à présent; et commencerai la présente, avec votre permission, par des vœux et des souhaits pour votre santé, et pour la prospérité de toute votre famille, durant l’année présente. Puis, je vous dirai, pour réponse à la vôtre, qu'aujonrd’hui j'ai appris par lettre que j'ai reçu de Leyde en Hollande, que cette Esrhole de Salerne de M. L. *'artin y a été imprimée, et que l’on me l’a derechef dédiée par une autre épitre(1}, qui a été faite par un homme qui s'est dit être fort mon ami et que je lui avais autrefois sauvé la vie, mais je ne sais qui il est. Pour le Sennertus, j'ai reçu celui.qui m'a été envoyé tout relié de Lyon; cette dernière édition vaut mieux que toutes les autres ensemble, non point de ce qu'elle m'a été dédiée, mais pour toutes les bonnes choses qui y ont été ajoutées, et dont elle est fort enrichie. M. Moreau n’a rien
(41) Voyez la notice sur Gui Patin, p. xxxt.
fait imprimer; ilest vrai qu'il a travaillé sur la seconde partie qu'il fera imprimer avec la première si Deus vitam dederit; mais il a tant d’affaires qu'il n’a point de loisir de reste. Il a un autre livre à mettre sur la presse, de anfiquifate et dignitate Facultatis Medicæ Parisiensis, contre le gazetier, et M. Courtaud, doyen de Montpellier. Cet ouvrage seroit fort curieux et beau : il est merveilleusement enrichi de belles recherches qui ne se peuverit réfuter : mais M. Moreau n'a guère de loisir ni guère de santé, et même je vous dirai davantage, vitwæ summa brevis, spem nos vetat inchoare longam. Je prie Dieu qu'il lui fasse la grâce de ne point mourir qu'il n’ait mis ces deux livres en lumière. C'est un digne homme, d’une rare condition, et d'une grande doctrine , infinitæ lectionis virum agnosco , sed prokh dolor ! raræ texturæ, et imbecillæ valetudinis. Nous avons ici M. Meriet, extrêmement malade d'une inflammation de poumon , pour laquelle il a été saigné seize fois : il eut le mois de juillet dernier une fièvre maligne, pour laquelle il fut saigné dix-huit fois, ägé de soixante-six ans. S'il meurt, ce sera une bonne chape-chute, et bien de la pratique répandue. IL étoit le plus hardi praticien et le plus employé de Paris.
Pour les chirurgiens-barbiers , ils ne sont reçus qu'avec notre approbation et examinés qu'en notre présence ; et ne leur est permis de faire que la chirurgie, point du tout de pharmacie; surtout ni purgatif ni narcotique aucun, sine prescriptione medici. Si le vôtre donne des pilules narcotiques, il pourra bien y être attrapé. Cette sorte de poison en a trompé des plus fins; prenez-y garde, épiez ses actions, et ne lui pardonnez point : sic quoque habent pharmacopæi sua munia, ab illis distincta. Quand chacun fait son métier, les vaches en sont mieux gardées. Votre lieutenant-général doit régler cela, à votre requête, pour le bien du public, etempécher les abus de l’art, qui est si chatouilleux, pr'opter metum mortis omnibus fumiliarem, tantus amor vitæ. Saint Augustin a bonne grâce de dire quelque part : Vemo vult deceyn, nemo vit perturbari.
nemo vult mori. Le peuple est encore si sot et si ignorant, qu'il a vérifié le dire de Pline : /n hac artium sola evenit, ut unicui que se medicum profitenti statim credeatur. Un charlatan qui vante ses secrets est préféré à un homme de bien qui ne se vante de rien : ef in hoc versatur deorum iniquitas. Ce grain somnifère de votre chirurgien ne seroit-il pas la même chose que ce que donne votre M. le Fèvre, qui en donna au cardinal de Richelieu la veille de sa mort ? Plût à Dieu qu'il lui en eût donné vingt ans plus tôt ! Quoi qu'il en soit, ce n'est pas grand chose qu'un somnifère , c’est un poison qui enfin tuera quelqu’un. Cet insolent barbier ne se doit encore vanter de rien ; il n’a point encore fait tant de miracles que celui-là dans Plaute, qui se vantoit d'avoir guéri crus fractum Æsculapio, Apollini autem brachium. Nous avons ici tous les chirurgiens fort souples , quia toti pendent à nobis. La saignée les fait riches ; mais ils sentent bien qu'elle est en nos mains, et leur gain aussi. Ils ne font point d’actes que le doyen de la faculté n'y soit présent, accompagné de deux docteurs, qui a droit d'imposer silence, quand ils s’extravaguent en leurs questions ; ces trois mêmes doivent signer sa réception, autrement il n’a pas droit d'ouvrir sa boutique. Au reste, ils nous aiment aussi comme leurs patrons; ils voient comment nous avons traité les apothicaires , et comme nous les avons presque anéantis; il ne seroit pas malaisé d'en faire de méme aux chirurgiens, s'ils n’étoient souples et ne se gouvernoient sagement avec nons. Pharmacopæi sunt in ordinem cogendi, et devez faire punir ceux qui s’échapperont par requête présentée au juge ordinaire, ex commun vofo omntum medicorum vestri collegii. Feu M. Galand, ancien avocat, nous vouloit obliger de recevoir un sien neveu, l'an 1632 ; il fut refusé par trente-trois docteurs, et vingt-six le recevoient. Il nous menaça du parlement ; mais quand il nous vit fort résolus , il abandonna l'affaire, disant qu'il ne vouloit point avoir pour adversaire le doyen de la Faculté de médecine de Paris ; et là-dessus, je vous avoue que nous ne sommes point
mal voulus au parlement ; notre compagnie est aimée et favorisée. Le livre du Wédecin charitable es introdnit dans les maisons , ayec un peu de soin des médecins. Insinuez le séné dans les familles, il ne vous faut qu’un an à ruiner tous les apothicaires. On tient ici pour charlatans ceux qui donnent de l’antimoine ou vin émétique; il y en a quelques uns des nôtres qui s'en échappent, mais ils en sont haïs et méprisés, et voudroient que çe fût à recommencer; la plupart sont moines froqués ou défroqués, circulatores et agirtæ, chirnistes, souffleurs, apothicaires, quelques gens de la cour qui s’y vantent d’avoir des secrets, ef fanguam asini exultant inter siinias : aussi n’y réussissent-ils point, et toute leur faveur ne dure guère. Et voilà ma réponse à la vôtre ; maintenant il
. faut que je vous parle de mes affaires. Premièrement, je vous
dirai que notre Faculté m'a fait doyen le cinquième de novembre passé , qui est une charge à laquelle j'avois été élu et nommé déja quatre autres fois ; elle est pénible et ra'ôte bien du temps , mais elle est honorable : tous mes compagnons en sont réjouis, præter unum alterum Cercopem. Mais mai je voudrois bien ne le point être, vu que j'ai beaucoup d'autres affaires qui m'occupent tout entier. Mon fils aîné passa docteur le mois passé ; il présidera jeudi prochain pour payer sa bien-venug, et puis sera quitte de tout. Je vous envoie sa thèse de présidence. De plus j'ai acheté une belle maison, où je demeure depuis trois jours; c’est dans la place du Ckevalier du (ruet, en belle vue, et hors du bruit; elle me revient a neuf mille écus. J'ai une belle étuda graude et vaste, où j'espère de faire entrer mes dix mille volumes, en y ajoutant une petite chambre qui y tient de plain-pied (1). Nos messieurs disent que je suis le mieux logé de Paris. Ma femme dit que voilà bien du bonheur en une fin d'année : son
(1) J'ai déjà remarqué que, malgré mes recherches, il m’a été impossible d’assigner aujourd’hui la place de cette maison dont Gui Patin semble si heureux. (R. P.)
LETTRES DE GUI PATIN. 175 maridoyen, son fils aîné docteur (celui-là est son fils ), at une
belle maison qu'elle souhaitait fort, Nous avons perdu , le ‘
mois de novembre dernier, M. d'Avaux, notre plénipotentiaire à Munster, par l’antimoine que lui donna M. Vautier, aliis reclamantihus. On a fait joi des vers contre l'antimoine, dont six personnes moururent en huit jours, tous remarquables, et même feue madame la princesse doyairière an est morte à Châtillon-aur-Laire, en ayant pris trois fois de la
main de Guenaut l'aîné , qui est un grand empoisanneur chi-
rique. Îls ont été envoyés dans les maisons par petits paquats ; je vous en envois une copie de chacun, lisez-les bien et en juges: on dit qu'ils sont bien faits. Les trois princes sont toujours dans le Havre, et y seront ; le Mazarin est en quelque façon le maitre, mais il oraint fort : lupum tenet auribus. La reine a été mal, maintenant elle est mieux. On parle du sacre du roi après Pâques à Reims. Le Mazarin voudroit bien être hors de Paris, tant il a paur de plusieurs, et même du duc d'Orléans, auquel il ne s’ose fier entièrement, à cause du duc de Beaufort et de M. le condjuteur qui le gouvernent, Le comte d'Alez a quitté la Provence , et s'est retiré à Alez, qui est dans les Cévennes. Voilà le contentement que l'on a donné au parlement d'Aix, d'avoir ôté ce gouverneur. On a fait ici cinq nouveaux maréchaux de France, MM. de Villequier. la Ferté-Imbaut, d'Hocquincourt, la Ferté-Senneterre, et le comte de Grançay, qui est gouverneur de Gravelines. Je vous baise les mains, à M. votre fils, à madame Belin, à MM. vos frères, à MM. Camusat, Allen, Sorel, et a nos autres amis ; et croys4 que je serai toute ma vie, etc. De Paris, ce 14 de janvier 1654.
LETTRE CVIIT. — Au méme.
Pour réponse à la vôtre, de laquelle je vous remercie , et tous MM. vos collègues pareillement, je vous dirai que vous
ne sauriez manquer de poursuivre votre barbier donneur de grains, et qu'enfin vous aurez un arrêt qui le condamnera. Les attestations dont il se vante ne sont nullement recevables: si elles sont de malades qui se disent en avoir été soulagés, elles peuvent être fausses ou mendiées; si elles sont de médecins, ils n'ont point de pouvoir sur vous, par in parem non habet imperium, s'ils ne sont délégués par juges supérieurs et nommés d'office ; comme, par exemple, quand vous le tiendrez au parlement, s’il fait le méchant et l’impudent en se défendant, comme font la plupart des charlatans, MM. de la cour pourroient ordonner que quelques délégués ou députés de votre Faculté l'interrogeroient, et connoîtroient de sa capacité, afin de prononcer sur leur rapport. Je me souviens qu'il y à environ dix ans, qu’un impudent charlatan nommé Madelin avoit dit à M. le lieutenant civil qu'il préteroit le collet à tous les médecins de Paris, et qu’il s’offroit de disputer contre eux en sa présence ; M. le lieutenant civil le prit au mot, et ordonna, pensant bien faire, jour et lieu ( c'étoit chez lui), auquel il seroit examiné par trois de nos docteurs qui en seroient avertis, en présence dudit lieutenant civil. J'étois un de ces trois examinateurs, qui tous trois étions absents quand il nous nomma. Le charlatan me fit tâter le pouls, me fit offrir de l’argent pour me gagner ; n'ayant pu en venir à bout par autrui, il crut qu'il y auroit plus de crédit lui-même; il me vint voir; mais après m'avoir trouvé bien constant, deseruit vadimonium , et n'’alla plus chez le lieutenant civil. Je ne vis jamais homme si ignorant. Je lui fis quatre questions afin de le faire parler: Quid differt vera pleuritis à notha? Quid differt putredo pestilens à putredine quartanæ? Quot sunt signa veræ dysenteriæ ? Quomodo portulaca necet lumbricos ? Le pauvre diable, qui nequidem latiné sciebat, ne s’étoit jamais trouvé à telle fête, et ne savoit ce que je voulois dire. Ne doutez point que vous n'ayez notre intervention toutes et quantes fois qu'il vous plaira; je vous en assure, en cas qu’en ayez besoin, c'est moi qui vous la
promets, et vous la tiendrai : j’en ai la clef et les bulles en main. Vous ne laisserez point de gagner sans icelles, et néanmoins je vous l'offre si la désirez. Si le compagnon fait mine de se défendre, il ne manquera pas d’être renvoyé devant vous; et ainsi peut-être qu’il vaudroit mieux que nous ne nous déclarassions pas ses parties, afin de pouvoir devenir ses juges ; pensez-y donc ; mais quelque chemin que vous preniez, il perdra son procès. Si vous voulez obtenir notre intervention, que vous aurez facilement, il faudra que vous nous présentiez requête de laquelle je serai porteur et la ferai entériner. Tout cela servira à contenir les autres en leur devoir, tant apothicaires que chirurgiens. Le parlement se remue ici pour tâcher de procurer la liberté des princes; la reine et le Mazarin éludent ces bons desseins tant qu’ils peuvent. M. le duc d’Orléans est du côté du parlement , sed frigidè. On a fait ici des vers contre l’antimoine , dont les chimistes abusent fort; , M. d’Avaut en mourut ici le mois de novembre passé , et peu de temps après, madame la princesse la douairière , et plusieurs autres. Je vous en envoie une copie que vous garderez s’il vous plaît, sans nommer de qui vous les avez. Mon fils a présidé, Dieu merci, et est aujourd'hui aussi grand docteur que moi, hormis qu’il n'est pas encore doyen; peut-être qu'il le sera quelque jour. Je vous baise les mains, à madame votre femme , à M. votre fils, à MM. vos frères, à tous MM. vos collègues, et particulièrement, s’il vous plaît, à MM. de Blampignon, de Sorel, que j'ai l'honneur de connoître, comme à MM. Camusat et Allen , et suis de toute mon âme, etc.
De Paris, ce 31 de janvier 1651.
LETTRE CIX. — Au même.
Votre lettre m'a réjoui et consolé; j'étois en peine de vous, après un si long silence. Faites ce que vous pourrez pour ranger cet impudent barbier, qui veut regimber, fanquem mulus,
cui non est infellectus. Si vous en venez à un procès, j'espère que notre intervention ne vous manquera point. Si le père ne se met point à son devoir, vous avez toute raison de refuser le fils ; nous en avons ainsi usé au gazetier et en sommes venus à bout. Si ce fils fait l’eutendu, avec ses lettres de Montpellier, dites que vous doutez si ces lettres sont légitimes, s’il n’y a point eu quelque surprise ou fausseté, que l’on vousen a donné quelque avis; et là-dessus, demandez qu'il vous soit permis de lui faire la même chose que l'on fait à Rouen, à Dijon, à Bordeaux, à Lyon, à Amiens, Orléans, Nantes, Rennes et autres bonnes villes, qu’il soit examiné de trois examens différents, de quinze en quinze jours, par chacun de vos compagnons, en présence du magistrat ; il sera plus savant qu’un ange si vous ne le déferrez : cette rigueur apprendra à son père à être sage. Et quand vous le recevrez, faites-lui signer pour les lois et les droits dé votre compagnie, afin que son père même ait un martel domestique, nist ad meliorem mentem revertatur. Je sais bien quel auteur c’est que Joannes B. Verus; j'ai céans son livre; il est mort greffier du parlement de Dijon. Ce Jacobus Carpentarius étoit un furieux qui fit tuer, à la Saint-Barthélemi, Ramus son ennemi, comme huguenot, qui ne le fut jamais; mais Dieu permit en récompense que l’an 1597, après la prise d'Amiens, le fils unique de Charpentier füt ici rompu tout vif à la Grève: Fide Thuanum in utroque anno. Pour ce que vous me dites des oraisons de P. Ramus et de Bulenger, je ne sais ce que c'est; éfaque ut illum videam, je vous prie de me l'envoyer, je vous en tiendrai compte. Je vis hier ici un de vos malades, savoir, M. Camusat, chez madame Doublet sa fille. Je traite aussi un Troyen, nommé M. Beguin: apud ulrumgue sæpius de te egimus. Je vous envoie deux décrets que j'ai faits depuis peu, et qui tous deux ont servi. Je vous baise très humblement les mains, à M. de Blampignon, et à tous MM. vos collègues , quibus omnem. opem et operam polliceor; je me recommande pareillement aux bonnes grâces de MM. vos frères, MM. Camusat et Allen.
Le père Caussin, Loyolita popularis vester, fut avant-hier enterré ici aux Pères de Saint-Louis, rue de Saint-Antoine. Ma femme et mes enfants sont aux champs, à trois lieues d’ici, en une belle maisun que j'ai achetée quinze mille livres. Vous trouverez de rudes plaintes contre les chirurgiens dans les ÆEpistolarium medicinalium de J. Langius, dès le commencement, de Epistolis, 3, k et 5. Je vous baise les mains, et suis, etc,
De Paris, ce 5 de juillet 1651.
M. de Beaufort est échappé. M. le Prince s'en va faire son entrée à Bordeaux ; ils sont tous deux en très étroite intelli gence avec M. le duc d'Orléans : ec quo dolet ipsi regine. Un Anglois, nommé Jean Milton (1) a répondu à M. Saumaise, pro populo unglicano. Je pense que M. Saumaise lui répondra.
LETTRE CX. — Au même.
Si j'ai par ci-devant été longtemps sans vous écrire, je me persuade pourtaiit fort aisément que vous n’attribuez ce malheur, ni à manque d'affection de ma part, ni à ma négligence, vu que pour le premier, il m'est impossible d'oublier un ancien ami de votre mérite; et pour le second, vous savez bien que j'ai tant d’affaires, qu'à peine ai-je le loisir de me coucher pour dormir, et même que je ne dors plus guère, adeo mihi somnus abiit in desuetudinem ; et à tout cela, il n'y a point d'autre remède que de travailler encore onze mois pour les affaires de notre Faculté, afin de voir la fin de mon décanat, et couler doucetnent tout ce qui nous feste de ce temps-là. Dieu nous en fasse la grâce! Je ne vous sautais rien
(1) On teconnait ici l’illustfe poëte, auteur du Paradis perdu. Quant à sa réponse, voici ce qu’en dit Voltaire : « Milton réfuta Saumaise, mais il le réfuta comme une bête féroce combat un sauvage. » (R. P.)
dire de nouveau, sinon que le roi et la reine sont toujours à Poitiers. On dit que le prince de Condé a accordé avec le roi d'Espagne qu'il ne mette les armes bas que jusqu à la paix générale, en fournissant audit prince de présent huit cent mille livres, et quatre cent mille chaque mois. Voilà une convention laquelle nous fait bien connoître la grande foiblesse des Espagnols. Nous avons ici un de nos compatriotes, nommé M. CI. Germain, qui fait imprimer un livre Orthodoze, ou de l'abus de l’Antimoine. Nous attendons de Hollande, tous les jours { mais le débordement de la Seine nous reculera de beaucoup), un beau livre, qui est une seconde édition fort augmentée du livre de M. Vossius le père : de Historicis Latinis. L'auteur a été un excellent homme, lequel mourut il y trois ans. On s'en va imprimer à Leyde le livre de feu H. Grotius, de Bello Belgico, ab anno 1557, jusqu'à la trève de 1608. Ce sera magnum opus viri maximi. M. Riolan s’en va faire bientôt imprimer un livre in-octavo dans lequel seront contenus divers traités anatomiques, pathologiques de la circulation du sang, etc. Le bonhomme roule toujours, et a l'esprit aussi vert que s’il n'avait que trente-huit ans. M. Moreau songe ‘à une nouvelle impression de son Ecole de Salerne. Nous attendons de Padoue, Fortuni Liceti, eé quinto et sexto, et septimo et octavo quæsitis per epistolam , in-quarto, avec son livre infolio, de Lucernis antiquorum (1). J'ai délivré depuis quinze jours, à un libraire de Lyon qui s’en retournoit d'ici, un
(4) Il s'agit ici de Fortunio Liceti. On sait que sa mère, étant ence.nte, et fortement incommodée du mal de mer, le mit au monde avant terme, dans un état de faiblesse et d’exiguïlé telles, qu’on jugea qu'il ne pourrait exister. Mais son pêre, Joseph Liceti, médecin habile, eut pour lui des soins si multipliés, si minutieux et sibien entendus, qu’il parvint à le faire vivre , ce qui lui fit donner le nom de Fortunio. Il était né le 3 octobre 1577, dans l’état de Gênes ; il mourut le 47 mai 16 7, et par conséquent octogénaire. Son pére fit mettre le fæœtus, car il faut se servir de ce nom, jour ct nuit dans du coton chaud. Selon Baillet (J'igement des Savants, vr, 136). ce tendre père placa
LETTRES DE GUI PATIN. 181 beau manuscrit de feu M. G. Hofmann, pour y ètre imprimé in-quarto, ce sera un fort bon livre. J'ai été obligé de me servir de cette occasion pour mettre au jour ces beaux ouvrages , les libraires de Paris n'ayant pas la hardiesse de rien mettre sous presse. Voilà ce que je sais de nouveau. Je vous prie de continuer de m'aimer et de croire que je serai toute ma vie, etc.
De Paris, ce 11 de décembre 1651.
Je vous supplie de me permettre -que je présente ici mes très humbles baise-mains à MM. Camusat et Allen, nos bons et anciens amis, comme aussi à MM. Blampignon, Maillet, Sorel, et à tous MM. vos collègues. Le Mazarin voudroit bien rentrer en France, mais il n'ose. On croit que le roi quitte Poitiers, et s'en vient passer les fêtes de Noël à Tours. On imprime ici un livre de Balzac, intitulé : le Socrate chrétien, dans lequel il se déclare fort contre les jansénistes. Quelque savant de ce parti pourra bien lui river son clou, aussi bien qu'autrefois a fait le père Goulu, feuillant.
LETTRE CXI. — Au même.
Je vous assure que votre avocat, M. Simon Piètre, qui est un excellent homme, presse le jugement de votre cause tant qu’il peut : il est diligent et fidèle, et de plus fort habile homme. J'ai trouvé dans le palais le jeune médecin, fils de votre bailli, auquel ayant dit par compliment qu'il eût
son fils dans un four construit à cet effet, chauffé graduellement et modérément, afin d’imiter autant que possible, par cette chaleur artificielle, le travail incubatoire de la nature, à l’imitation des anciens Égyptiens. Mais comment le nourrissait-il ? Voilà ce que malheureusement les historiens ne disent pas (R. P.)
fallu accorder cette affaire , il me témoigna que son père étoit tout prêt, et qu'il le souhaiteroit fort ; peut-être que vous en auriez plus d'avantage et de profit, qu’à le poursuivre par arrêt; nous en fimes ainsi il y a vingt ans avec les apothicaires de Paris, qui nous en donnèrent six fois plus que nous n'eussions pu en avoir par arrét, et ce par ordre de nos avocats. Pensez-y; je n'y ai point d'autre intérét que le votre, vous le voyez bien.
Ce qu'a fait M. CI. Tardy est très peu de chose, etencore moins ce qu'a fait M. Monte, pro Pecqueto, car ce n'est qu’une épttre. Sunt ista mera mapalia. M. Riolan fait imprimer la seconde partie de son Enchiridium anatomicum et pathologicum, où il y a de fort bonnes choses, et plusieurs petits traités ajoutés , entre autres une réponse ad Harveum , ad Gassendum , «4 Pecquetum , etc. Cela ne sauroit être fait que dans six semaines.
Si vous voulez avoir de bons livres d'Italie, demandez A. Baccius, de vinis , de thermis et aquis : ce sont deux petits volumes in-fol. ; le Mercurialis y a été imprimé in-fol. Il ya, à Rome, Âistoria mexicana, in-fol ; /ucretius, cum comment. J. Nordiï, in-quarto ; Julii Cæsaris Benedicti à Guelfalione, Epistolæ medicinales et Consilia, en deux volumes in-quarto. M. du Moustier a quatre harangues à dire contre le Jésuite , pro Petro Ramo; il veut les prononcer, et puis les faire imprimer; mais il est si empêché que ce ne sera qu'après Pâques. Nous l'avons fait, à nas assemblées chez le recteur, procureur fiscal de l'Université; ce fut moi qui le nommai le premier, où j'étois éanguam decaqpus medicinæ : çette charge l'ocçupe tout entier, et néanmoins tout est prêt. Il a été abligé de: faire trois voyages à Rouen pour obtenir un arrêt qu'ils ont eu eontre les partisans , qui les chioanoient pour les messageries de Normandie. On commence à vendre /e Socrate de Balzac : je ne l'ai point encore vu ; mais le libraire m'a dit qu'il en avoit de reliés. On imprime ici deux volumes, l'un in-fol., l’autre in-quarto, pour les Loyolites contre Jansenius.
Les jansénistes ne mauquent pas de se bien défendre : faciendi plures libros, nullus est finis. Je vous baise les mains et suis, etc.
De Paris, ce lundi 27 de mars 1652,
LETTRE CXII. — Au méme.
Gardez-vous bien de croire que vos lettres ne m'aient toutes été très agréables. Si je vous ai, ce carême dernier, écrit quelque chose touchant votre barbier, c'est que son fils me faisoit pitié, et qui me disoit que son père étoit tout prêt de faire un accord; ce qui fut heureusement arrivé en cette saison-là ; mais vous et votre compagnie ne l'ayant pas trouvé bon, j'ai aussitôt été de votre avis, duquel jene m'étois point écarté. Ce n'est point aux-barbiers à faire les maîtres ; medicina est urchitectonica, et à l'égard de ces gens-là, nous devons dire après Dieu , gloriam meam alteri non dabo. Je crois que vous avez fortbien fait de ne lui rien accorder, combien que ceux qui proposent la paix n'aient pas mauvaise grace : speciosi pedes evanga/izantium pacem. Quelque chose qu’il arrive, je vous y servirai de tout mon cœur : tenez-vous-en assuré, et MM. vos collègues aussi; ne cherchez plus d’excuses. envers moi pour votre pénultième, puisque n'ai point d'autre desseln que le vôtre, ad artis quam profitemur dignitatem ei glorian.
Pour nouvelles de nos écoles, trois de nos compagnous sont morts depuis cinq semaines : le jeune Gamare, qui seul restoit de ce nom, d’une inflammation de poumon; le vieux Lecointe, presque octogénaire, et innocent ; et M. Bret, qui étoit médecin du duc d'Enghien. Il avoit quitté Bordeaux pour venir ici donner ordre à quelques affaires domestiques, à cause de la mort de sa belle-1nère; il tomba malade à Orléans, et est mort là auprès, d'une fièvre continue maligne , âgé de trente-huit ans, et laisse huit enfants vivants. S'il n’eût eu
l'ambition de la cour, adhuc viveret. C'est folie de penser à vivre longtemps, et avoir beaucoup de passions déréglées, ambition, avarice, vengeance, etc. Bene qui latuit , bene visit. Jamais Martial n’a dit plus vrai pour le lieu de notre mort :
Nullo fala loco possis excludere, cm mors Venerit, in medio Tibure Sardinia est.
Nous avons ici deux livres nouveaux de notre métier : l’un est de Jo. Riolant, Opuscula Anatomica nova; l’autre est un inquarto de bonne grosseur, contre l'antimoine, et l’abus de ceux qui s’en servent. Nous avons aussi tout fraichement les beaux panégyriques de M. Ogier, le prédicateur, in-quarto : ce sont des sermons en l'honneur de quelques saints.
Nous sommes ici tn bello non bello : car on ne se bat point: d'un côté le duc de Lorraine, de l’autre côté le maréchal de Turenne; à Étampes, l'armée des princes ; et qui pis est, à Melun... qui ne s’en va point, ef ufinam numquam abeat ! füt-il bien assommé ; le mâtin, comme il mérite ! On a fait ici les plus belles processions du monde, avec toute sorte de dévotion, et néanmoins ce vilain Cometa caudatus ne s'évanouit point ; puisse-t-il bientôt fondre au soleil, puisqu'il ne peut être chassé ! Les députés du parlement sont à Melun ; on attend leur retour et la réponse qu'on leur fera. On a mené M. de Chateauneuf à la cour, qui a dit qu'il n'iroit point que... ne fût hors du royaume. On dit bien toujours qu'il s'en ira, sed non ego credulus illis : credat Judœus Apelles, non ego.
On parle toujours de la paix, mais on ne la fait point; on dit que l’on va joindre ensemble les deux armées de Lorraine et des princes , et que lorsque toutes les forces seront ramassées , ils entreprendront. Si le roi sort de Melun, on dit qu'il ira à Sens , ou à Troyes, d'autres disent à Lyon, est enfatuutum consilium Achitophelis et induratum cor Pharaonis : ils ne savent ce qu'ils font ni ce qu'ils feront. On a ici fait de grandes processions pour la paix; mais elle ne vient point.
ni sais quand elle viendra. Je pense que les grands n’en veulent point ; ils font durer la guerre, uf agnoscantur flagella Dei. Je vous baise très humblement les mains, à MM. vos con frères, à MM. Camusat et Allen , et à vos autres amis, et suis de tout mon cœur , etc. |
De Paris, ce samedi 15 de juin 1652.
LETTRE CXIII. — Au même.
Pour réponse à la vôtre dernière, laquelle n’est point datée, je vous dirai que, Dieu merci, moi et toute ma famille sommes ici en bonne santé. Paris est, Dieu merci, en meilleur état qu'il n'étoit depuis que le roi y est rentré, et eussions été toujours bien s'il n'en eùt bougé : sed talis sapientia apud nos non habitat. Le roi a été au parlement , où il a fait vérifier la déclaration par laquelle les princes de Condé et de Conti sont déclarés criminels de lèse-majesté, avec madame de Longueville leur sœur.
Depuis ce temps-là, M. le garde des sceaux de Chateauneuf a reçu le commandement du roi de se retirer en Berry.
Je suis bien aise qu’ayez vu à Troyes l’aumônier de M. l'évéque d’Autun; c’est un carme défroqué que nous nommions ici le père Louis Jacob : c’est un bon garçon ; je doute s'il ne continuera plus à nous faire des bibliothèques tous les ans (1). Notre ami M. Naudé est allé en Suède, y être grand et premier bibliothécaire de la reine ; il y est heureusement arrivé, et y a été fort bien reçu de sa maîtresse, dont je suis fort réjoui.
PM y a ici deux hommes fort considérables qui s'y meurent: l'un est M. Talon , avocat général au parlement; l’autre est le père Petau , jésuite. Tous deux ont désiré de moi quelques visites , que je leur ai données ; mais je ne suis point assez
Voyez la note p. 116.
habile homme pour les guérir : nec enim tantum opus est humanæ virtutis. Contra vim mortis, non est medicamen in hortis. Il n’y a rien de nouveau en notre école, sinon que, depuis mon décanat, j'ai laissé mourir huit de nos collègues, savoir : les deux Gamare , Cornuty, P. Yon, Lecomte, G. de Vailly, Breget et Thevenin. Un neuvième a été chassé, savoir, le jeune Chartier, pour n'avoir pas voulu soumettre au jugement de la Faculté son libelle /a Science du plomb sacré des sages ou de l'antimoine, qu'il n’avoit fait qu'en intention de flatter feu M. Vautier, afin qu’il lui donnât quelque chose. Mais les Provençaux ne donnent rien : aussi n'a-t-il rien eu, et est gueux comme un peintre, tout prêt de mourir en prison pour ses dettes, comme un petit safranier. Depuis deux jours nous avons enterré M. de Montigni, qui répondit sous moi ’ l'an 1647, à ma thèse de Sobrietate. J'en ai un regret que jo ne vous puis exprimer; c’étoit un des plus savants garçons de notre école, et est mort à trente-deux ans, le vingt-unième jour d’une fièvre continue maligne. Sa plus grande débauche étoit de trop étudier : est aliquis morbus per sapientiam mori. Je vous remercie de vos deux arrêts. M. Piètre, notre avocat, a quitté le palais et s’est fait prêtre, en conséquence de la cure de Saint-Germain-le-Vieil, que notre Faculté lui a conféré en son rang, comme patron lai; il a été préféré à d’autres postulants et compétiteurs, en vertu des obligations que nous avons à ses ancètres, et entre autres à feu son aïeul Simon Piètre, doyen l'an 1566, lequel mourut en 1584; à son oncle et parrain Simon Piètre, que l’on appelle encore aujourd'hui le grand Piètre, qui mourut l’an 1618 ; et à feu M. son père; Nicolas Piètre, lequel mourut l'an 1649, durant le blocus de Paris, âgé de huitante ans, l'ancien de notre Faculté, et même à son frère, M. Jean Piètre, qui a été doyen devant mot , qui tous quatre ont été hommes incomparables. Il étoit excellent avocat , et sera aussi bon curé. Si votre barbier ne S amende, v vous ne manquerez pas d'avocat. Le père el
Se vs
siæ , male sive captatis : cela sera fort curieux. Nous aurons ici bientôt le premier tome in-folio, de l'Æistoire ecclésiastique de M. Godeau, évêque de Grasse, ab Adamo ad Christum, et à Christo usque ad quartum sœculum. On imprime la vie de feu M. Dupui l'aîné, conseiller d'État et garde de la bibliothèque du roi , faite par M. Rigaut, doyen du parlement de Metz. La duchesse d'Orléans est accouchée d'une fille. On croit que le Mazarin sera ici dans peu de jours , s’il n’y est déjà incognito. Je vous baise les mains, et à tous nos amis, et suis, etc.
Pe Paris, le samedi 16 novembre 162.
M. le Roux, de Troyes. m'a promis de vous délivrer une médaille d'argent, de laquelle je vous fais présent, et que je vous prie de garder à cause de moi, et au nom de natre ancienne amitié. C'est le jeton que j'ai fait faire, par ordre de notre Faculté, pour mon décanat. Le présent est ehétif et fort petit, mais il part d'une affection toute pure, et d’une amitié autant désintéressée qu'il en fut jamais. Je n’en veux point jurer davantage, étant bien persuadé que vous me croyez aisément et très volontiers. Si vous désirez de ces jetons d'argent pour quelqu'un de nos amis qui en pourroit être curieux, je vous en recouvrerai (1). Vale, vir opfime, et qued facts, amare me perge.
LETTRE CXIV.-— Au méme.
Je me tiens fort honoré de votre souvenir, et de l'accueil que vous avez fait à mon jeton d'argent; je vous prie de le garder à cause de moi. Je vous chercherai les deux portraits dont vous m'écrivez. Le père Petau est ici mort le mercredi, 11 de décembre , à onze heures du soir. L'on me mande que M. Saumaise est aussi fort malade à Leyde, et peut-être
(4) Ces jetons qu médailles sont aujourd’hui infiniment rares, j’en ai déjà fait la remarque. (R. P.)
est-il mort ; muis néanmoins ils ne se rencontrerout point en chemin, après qu'ils auront passé le guichet de la mort, wbi se via findit in ambas : le loyolite ira d'un côté, le calviniste de l’autre, et le faut croire ainsi sous peine d’être damné à cinq cents légions de diables. M. Talon, l'avocat général, dure encore : wfinam vir tantus posset perennare ! Notre école n'a jamais approuvé ni reconnu pour sien cet antidotaire que Saint-Jacques fit imprimer de son doyenné : aussi est-il trop chétif et fautif, et tout-à-fait indigne de l’aveu de notre Faculté. Il est vrai que le père Théophile Raynaud est un fort esprit ; il a beaucoup écrit, mais d’un style désagréable, barbare et africain; il est pire que celui des Épîtres de l'Epse(sic). Ce style est tout-à-fait aujourd'hui hors d'usage, et je m'étonne comment ce père s’en sert : c'est faire provision de marée le vendredi-saint. Le Margarita philosophica est un vieux livre assez bon. Je ne sais point de meilleure encyclopédie que celle d'A/stedius, en deux volumes in-folio, qui ont été imprimés à Lyon depuis trois ans : c’est un excellent livre.
Il y a quatre évêchés vacants, savoir : Amiens, Carcassonne, Fréjus en Provence, et Montpellier; voilà de quoi faire des créatures au Mazarin, qui est encore devers Sainte- Menehonld ; dicitur tamen hic exoptatissimus atque expectatissimus. La peste a été si grande à Toulouse, qu’il en est mort bien du monde, entre autres vingt-cinq conseillers du parlement. Les Hollandois sont fort embarrassés de la guerre des Anglois. Je vous baise les mains de toute mon affection , et suis, etc.
De Paris, le lundi 146 décembre 1682.
L'évèché de Poitiers n’est point encore donné; mais on a donné celui de Montpellier au père Favre , cordelier, à qui la reine avait donné, il n’y a pas un an, l'évêché de Glandève. IL meurt ici beaucoup de malades en peu de jours ; ces premicrs froids les font encore aller plus vite que les fièvres malignes du mois d'août passé. Je vous supplie de présenter mes
très humbles recommandations à MM. Camusat, Allen et Sorel le médecin, votre beau-frère. La Vie de M. Dupui ne sauroit être sitôt achevée, à cause qu'on lui envoie en Lorraine, où ilest, toutes les épreuves, et ainsi on n’en sauroit faire qu’une feuille par semaine. On dit ici que le père Cossart, disciple du père Petau , continuera le dessein de son maître, pour sa Théologie des Pères dont nous avons cinq tomes in-folio sous le titre : de T'heologicis dogmatibus.
LETTRE CXV. — Au méme.
Pour réponse à la vôtre, je ne refuse pas le bien que vous. me voulez faire de la Princesse charitable, de M. R. Luyt (cet homme n'a-t-il pas été jésuite ?). Pour le père Théophile Raynaud , je sais bien qu’il est à Lyon ; je n’ai jamais lu les deux livres de lui que m'indiquez, ni même vu : Aagiologium Lugdun. Complectens eu quæ de Sanctis Lugd. Presidibus, et le Symnbola Antoniana. Obligez-moi de me mander en quel an et en quelle ville ils ont été imprimés, afin que je les fasse chercher. J'ai bien céans un in-douze de lui imprimé à Lyon l'an 1629, intitulé : /ndez Sanctorum Lugdunensium, mais il n’y est point parlé d’£piscoporum.
M. votre fils m'est venu voir ; je lui ai offert, comme au fils de mon bon ami, tout le service que je pourrois lui rendre. Je vous prie de présenter mes très huinbles baise-mains à M. de Blampignon, votre collègue. J'ai céans, depuis six mois, Historiam Mexicam, et Nardius, sur Lucréce, et le Baccius, de thermis. Ge dernier a fait aussi de Vinis, qui est excellent : le vin vaut mieux que l’eau. Il v a deux volumes ; Judit Cœsaris Benedicti à Guelfalione, savoir: Consilia et Enistolæ , tous deux in-quarto. Ce même auteur fait encore imprimer quelque chose à Rome.
Le dessein du siége de Bellegarde est rompu; nos troupes sont nécessaires ailleurs. Le second fils du prince de Condé
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est mort d'une hydrocéphale à Bordeaux, où il y a de la peste de noufeau, aussi bien qu’à Toulouse. Le livre de Lacteis T'horacicis, ete., de Bartholin, est imprimé à Londres, et est ici fort rare. Il n'y a que cinq feuilles de papier ; dès que celui que M. Riolan a fait là-dessus sera imprimé, je vous en enverrai deux, l’un pour vous, et l'autre pour M. de Blampignon ; peut-être même que l'on réimprimera ici pour y ajouter celui de Bartholin , duquel on voit deux épîtres de Circulatione san guinis, à la fin de son Anatomie , in-octavo des deux dernières éditions de Leyde. Le livre de J. Chartier, de l’Antimoine, est indigne d'être lu. Avez-vous bien eu la patience d'aller jusqu’au bout sans vous ennuyer ? Celui de M. CI. Germain est plus raisonnable. Le Chartier en a été chassé de notre compagnie , et ne jouit plus de rien, il nous a fait procès pour cela, mais il est pendu au croc, et n’est pas en état de gagner ni d’être restitué ; c'est un petit safranier , qui ne sait de quel bois faire flèche, qui a tout mangé son bien, qui n’étoit pas grand, qui a trente procès contre ses créanciers, et qui n'a jamais’ fait ce misérable libelle que pensant flatter Vautier, que le Mazarin installa à la place de M. Cousinot encore vivant, pour la somme de vingt mille écus qu’il prit de lui en beaux louis d'or : lequel Vautier mourut ici le 4 de juillet 1659, de trois prises d’antimoine, dans une fièvre continue. Ce Chartier doit ici à tant de monde, qu'il est à la veille d’être mis en prison. Si vous avez regardé les approbations du livre de M. Germain, vous y verrez une restriction du Gilla, etc. Notre Faculté n'a jamais reconnu le Vinum emeticum de l'antidotaire. L'antimoine a été condamné comme poison par deux décrets solennels de la Faculté, tous deux autorisés de la cour de parlement par arrêt, l’un en 1566 et l’autre l’an 1615 (1).
(4) Ileût été très curieux de connaître la teneur de ces arfôts ; mais la destrection des Olim du parlement. en différentes aireonstances, ne l'a pas permis. On ne conçoit pas comment le parlemeat pourait prononcer dans de pareilles causes. Aussi le médecin Louis Duret disaitil dans ce temps-là : Domin:, de parlamento, nihil intelliqunt de re
Il falloit premièrement casser ces deux décrets par trois assemblées tenues exprès; on n'a rien fait de tout cela , et ainsi l’antimoine demeure poison, et l'est bien encore par le grand nombre de ceux qu'il a tués ici. Mais aussi faut-il vous avertir qu'il est ici merveilleusement décrédité, et même rend odieux tous ceux qui en ont par ci-devant donné. Tout ce que fait M. 3. de Launoi est fort bon ; le scapulaire des carmes n'est qu'une invention de moines , et une momerie, pour attraper
nostra. Mais, par compensation, nous donnons ici in eælenso les deux curieux décrets de la Faculté sur ce grand sujet de discussion parmi les médecins de cette époque.
FACULTATIS DE ANTIMONIO CENSURA.
Universi collegii medicinæ Falcultatis conventu hsbito, super stibii et antimonii judicio et lege ferends. Sancitam est omnium, qui in medicisa claruerunt authoritate et rationibus, tutm alibi sæpiæ tum apud patro nam regum deductis ipsum stibium , esse deleierium et inter ea sinplicia quæ venenata qualitaie pollent annuwerandumæ, nec posse quavis præparatione emendari ut intro citra molestiam possit assumi. Decretum in Scholis medicinæ, tertio calend. august. anno 1566,
Et voiey ce qui se passa en 1616, à la requests du prévost de Provins :
Die sabathi 5 septembris 1615. Convocati sant doctores de excubiarum immunitate deliberaturi: item, super libello supplicè ad prætorem urbis agendici, vulgo Provins, à pharmacopalarum custodibus porrecto et ad facultatem ejusdem judicis senlentia delato, quo quidem postulabent ut plurime remedia chymica quibus pharmacopolia illius urbis erant referta abrogarentur. Selegit ipsa Facultas magistros N. Petræum, Riolanum, Duchemin, et Brayerium, qui illa remedia explorarent ditigenter, referrentque ad Facultatem, etc.
Collegiunm med. Paris. legitimi congregalum audità, etc. Censait unanimi omnium consensu, ista medicamenta chymica damnanda, pliermacoyæis et omnibus aliis interdicenda ; itaque idem collegium omnes jedices preoatur, ul in eos severé animadvertant qui ejusmodi medicamente præscribent, administrabunt et venalia exhibebunt. Datum Lutetiæ, 18 die octob. divo lucæ sacrà, post rem divinam pro more peractam 1615. CR. P.)
de l'argent, à mulierrulis quas durent in captivitate : et tout ce qu'en disent les carmes n’est qu'une vision , et une fable controuvée par gens oiseux.
Le bruit avoit couru du siége de Bellegarde ; mais on délibère d'envoyer nos troupes du côté de l'Italie. Calais a été menacé du siége par les Espagnols; on y avoit envoyé deçà quelques troupes et munitions; on dit maintenant que les Espagnols ont changé de dessein , et ont affaire ailleurs.
M. de Belièvre est premier président ; M. de Champlastreux, président à mortier, en sa place. Le bonhomme retient les sceaux , mais plusieurs croient qu'il ne les gardera pas longtemps. L’archevêché de Lyon n'est point encore donné; M. de la Meilleraye le demande pour M. l'évêque de Rennes son parent, qui est frère du maréchal de la Motte Houdancourt ; mais on croit qu'enfin M. le maréchal de Villeroi l'aura pour son frère l'abbé d'Esnai. La charge de grand aumônier a été donnée au cardinal Antonio, qui s'en va, ce dit-on, ambassadeur à Rome pour nous, en qualité d'extraordinaire ; le cardinal Grimaldi demeure ici, n’osant retourner à Rome, de peur du pape et du roi d'Espagne, qui lui en veulent.
On ne dit ici rien de nouveau du prince de Condé, sinon qu'il est à Stenai , et qu’il menace Châlons.
Le conseil, repugnante senatu, a nommé deux commissaires pous interroger M. de Croissi-Fouquet, savoir, MM. de Lezdau et de Bezons; le premier est un conseiller d'État, âgé de près de huitante ans, qui a toujours fait tout ce que l’on a voulu de lui, et qui est fort propre à être commissaire ; le second n’a jamais été juge, mais seulement, paucis annis, avocat général au grand conseil : ce sont des gens qui cherchent à gagver et à avoir de l'emploi, ad nutum dominantium. Ils sont allés au bois de Vincennes pour interroger leur prisonnier, qui a refusé de leur répondre, et leur a chanté leurs vérités; d’autres disent qu'il les a appelés bourreaux, et dit d'autres injures, et qu’il répondroit aussitôt au bourreau de Paris, si le roi, qui est son maître, le lui avoit envoyé.
On dit ici que le roi s’en va faire un voyage pour huit jours à Fontainebleau, au bout desquels il reviendra à Paris le 25 d'avril. L'accord des Anglois et des Hollaudois n'est point encore fait, on y travaille ; ils ont pris un médiateur pour les accorder, qui leur a été donné de la part des Vénitiens; mais plusieurs grandes difficultés s y sont rencontrées jusqu'à présent, qui en ont empêché la conclusion ; on doute encore s'ils se pourront enfin accorder. Le cardinal Barberin, qui est à Rome, a fait mettre sur sa porte les armes d'Espagne, et à fait publier un manifeste dans lequel il invective fort contre le cardinal Mazarin, et entre autres d’avoir vendu aux Espagnols Piombino et Porto-Longone. M. le cardinal de Retz est malade d'un érysipèle à la jambe; on lui a envoyé un médecin de la cour : c'est Valot, etc., à qui il a refusé de montrer son mal, et lui a dit qu'il n'étoit point malade pour lui; que si on vouloit lui envoyer son médecin, ou celui de M. son oncle, qu'il prendroit leur conseil. On dit que le fils de M. de la Meilleraye s'en va épouser une des nièces du Mazarin, et que l'évêque de Rennes aura par le même marché l’archevêché de Lyon ; cet évêque est frère du maréchal de la Motte Houdancourt. On dit qu'il vient encore d'Italie deux autres nièces du Mazarin, et un neveu : nec miror, puisqu'on le souffre. Z'endunt ad summum fortunæ apicem.
Depuis ce que dessus est écrit, M. votre fils, demeurant chez un procureur de la cour, nommé M. Lemoine, rue Saint-Victor, m'a envoyé quérir pour le voir; il est malade d’une fièvre tierce, dont les deux premiers accès ont été fort longs et bien rudes : Prœæscripsi necessaria. Je ne manquerai point de le voir tant qu’il aura de besoin ; au moins je ferai ce qui me sera possible tant à cause de vous qu'à cause de lui ; j'ai seulement regret qu'il soit si fort éloigné de notre quartier,
La fièvre est devenue extrêmement forte, avec un cruel accès : nec mirum. C'est un corps tout bilieux et déjà presque atrabilaire. Il a vidé un grand ver par la bouche dans son troisième accès. J'ai pris garde à tout cela, et en aurai soin à
l'avenir ; ne vous en mettez pas en peine. Je l’aï purgé une petite fois, et avec cause , et cum prospero successu. Le roi , la reine et le Mazarin et toute la cour sont à Fontainebleau, pour douze jours. On dit que le siége de Bellegarde ne se fera point cette année faute de troupes, d'autant qu’il en faut envoyer à Pignerol et dans le comté de Roussillon, pour Perpignan , qui autrement va se perdre. de vous baïse les mains, et à tous nos bons amis, MM. Camusat, Allen, Blampignon, Sorel, Maillet, Barat , etc., et suis de toute mon âme, etc.
De Paris. le samedi 3 de mai 1653.
LETTRE CXVI. — Au méme.
J'ai reçu la vôtre, avec le livre de M. Luyt, dont je vous remercie. M. votre fils est un peu mieux, Dieu merci: il a eu quelques mauvais symptômes, pour lesquels je l'ai fait saigner depuis quatre jours deux fois ; on lui a toujours tiré de très mauvais sang. Il se porte un peu mieux; ses accès sonit fort diminués ; je le trouve toujours tout gai quand je le visite.
Le roi est encore à Fontainebleau ; on dit qu’il en reviendra mardi prochain, et qu'après avoir été ici quelques jours de repos, ils s’en iront faire un voyage à Compiègne. Le prince de Condé est encore à Bruxelles; mais il n’est point content du peu de séjour qu'on lui offre. On envoie des troupes en Piémont et en Italie, suus la conduite du maréchal de Hocquincourt ; on dit que le marquis d’Uxel s'en va commander le siége de Bellegarde. Romæ fervet negotium jansenistarum et molinistarum. On dit qu'avant qu’il soit deux mois, l'affaire se jugera; mais je ne sais si ce sera (léfinitivement , ou quelque arrêt plâtré, comme souvent il s’en donne en ce pays-là. On imprime à Lyou un volume de plusieurs conclaves, et de l'histoire d'iceux , depuis plus de deux cents ans; il y aura bien là de la fourberie et de la fraude italienne, et de la pa-
litique raffinée de ces maîtres passefins là-dedans. J'ai reçu le présent d'un médecin de Nuremberg, deux volumes in-fol., dont l’un est intitulé : Pharmacopæa Augustana ; l’autre, Animadversiones in Pharmacopæam Augustanam; tous deux ne contiennent que des remèdes pharmaceutiques : l'impression en est fort belle; mais tout ce qu'il y a de bon contenu là-dedans pourroit tenir en six pages. Je ne m'étonne point si le papier est bien cher, vu que tant de gens en abusent. Un de nos jansénistes qui est à Rome, nommé M. deS. Amour, m'a envoyé un autre présent de même nature, mais il a mieux rencontré : c'est un in-fol., lequel contient, Sfephani Roderici Castrensis, Commentaria IV. in librum Hippocratis, de Alimento; c'est un fort bon livre, imprimé à Florenee l'an 160. Nous aurons ici dans le mois prochain une nouvelle traduction du Quinte-Curee, faite par M. de Vaugelas, in-quarto. M. Saumaise est malade en Hollande. On parle ici d'une trève de six mois entre les Anglois et les Hollandoïs , en attendant qu'ils se pourront accorder. On fait à Rome des assemblées pour procurer la liberté du cardinal de Retz, auquel les préside un cardinal de Médicis, qui est fort l'ami du prisonnier et capitalement ennemi du Magarin : on en parlera quand il sera achevé.
Je vous prie d'assurer M. de Blampignon que je suis son très humble serviteur. Je ne sais pourquoi vous me tenez pour un hydrophobe : je bois un peu de vin, mais le plus sobrement qu'il m'est possible; néanmoins je vous dirai, cum Aulu Gellio, | que si tout le monde en buvoit autant que moi, il seroit ! bien plus cher qu’il n’est, vu que j'en bois tout mon soûl ; ! je dois à cette sobriété que je n'ai point encore besoin de’ lunettes, nonobstant mon âge et mes veilles.
On tient qee la princesse de Condé mourra du mal qui la tient , et que le prince son mari épousera mademoiselle d'Orléans , fille du premier lit de M. le duc d'Orléans ; sur quoi l’on dit déjà que la reine en a écrit audit duc père de la dame pour l'empêcher. Ce mariage seroit un nouveau martel en
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tête pour le Mazarin, aussi bien que la prétendue liberté du cardinal de Retz. On dit ici que le bonhomme M. de Montbazon est mort à Cousières près de Touraine, âgé de huitantedeux aus. Je me recommande à vos bonnes grâces, et suis de toute mon affection, etc.
. De Paris, ce samedi 10 de mai 1653.
M. votre fils n'eut hier la fièvre que trois heures; il est tout autrement mieux; il aura demain son accès, et lundi il sera repurgé ad eradicandum fomitem febrilem.
LETTRE CXVII. — Au même.
C'est à plusieurs fins que je vous écris derechef: 1° pour vous donner avis que M. votre fils a changé de logis, et qu'il est mieux nourri et plus soigneusement pansé qu'il n’étoit chez M. Le Moine: il est logé avec une blanchisseuse, rue de la Harpe, chez un chapelier , à la Main-fleurie , à la troisième chambre, vis-à-vis de la Gibecière, bien près de l’Arbalestre. 2° I] se porte mieux, Dieu merci; sa fièvre ne sait plus tantôt
“sur quel pied danser; la dernière a avancé de quatre heures,
qui est une marque infaillible d’une certaine diminution ; les purgatifs qu’il a pris lui font merveille. Mais comme c'est un corps tout atrabilaire, où il n’y a presque plus de feu, mais beaucoup de charbon et de cendre pareillement, je le purgerai encore; 3° afiu que vous sachiez que j'en aurai soin jusqu'au bout; 4 pour vous faire connoître que vos intérêts me touchent sensiblement , je vous prie de lui mander et commander comme de vous-même {sans qu'il sache jamais que ceci vieune de ma part) que vous désirez qu'au plus tôt à s’en retourne dans le coche à Troyes ; ce changement d'air , tel qu'est le vôtre autrement plus pur, lui servira merveilleusement ad averruncandas et delendus reliquias morbi quo ante hac laborauit, Et ad hoc consilium tibi suggerendum me impellit locus ipse non