‹ Lettres de Gui PatinChapitre 47 sur 56 · LT · texte numérisé non relu

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fera point changer l’ordre, ni ne renversera pas les droits des Universités qui sont fondées sur le bien public.

Le roi est à Compiègn®?, d'où il partira dans quelques jours pour aller à Soissons, et de là à Châlons. Le prince de Condé et le prince de Conti sont fort mal ensemble. On dit que ce dernier vient à Paris le mois prochain pour s’accorder avec le Mazarin, et épouser une de ses nièces ; si cela n'est vrai , il est gaillard. Les Hollandois n'ont pu s’accorder avec les Anglois : ils s'apprêtent de part et d'autre à une nouvelle guerre. On imprime ici un nouveau livre qui sera fort curieux, de M. Riolan , contre Thomas Bartholin, lequel sera achevé vers la Saint-Luc. On imprime à Lyon un livre de médecine fait par un Espagnol, nommé G. Bravo, qui s’est particulièrement employé à réfuter Van-Helmont. Je vous baise les mains, et à tous messieurs nos amis, et suis, etc.

De Paris , ce 27 de septembre 1653.

LETTRE CXX. — Au meme.

J'ai reçu votre lettre des mains de M. votre frère, qui est en

‘ fort bonne disposition ; mais j'ai refusé l'argent qu’il m'a

voulu donner de votre part : n'êtes-vous point honteux de m'offrir de l'argent ? Ne savez-vous pas bien que ce métal est incompatible avec l'amitié, et encore une telle que la nôtre? C'est l'argent qui est la perte de l'amitié : quæ cm sit res sanctissima, abeat 1llud metallum cwun stibio in perditionen. Il m'a promis de vous renvoyer votre argent, et je vous remercie de votre bonne affection.

Il est vrai que j'ai céans les œuvres d'Érasme très complètes, deux fois, vu que je les avois déjà, et que je les ai encore trouvées dans la bibliothèque de feu M. Cousinot , premier médecin du roi, qui mourut l’an 16/6, que j'ai acheté depuis un an; si bien que je les ai à vendre en huit tomes, qui comprennent les neufs, reliés en basane verte, et fort

bien conditionnés ; ce sont ceux-là que je puis vendre, moyenpant cent écus comptant, sans en rien rabattre. Si vous en voulez parler à M. votre prévôt de Troyes, vous me ferez plaisir; l'impression est de Bâle, telle qu’elle doit être, il n'y eut jamais que celle-là de l’an 1554. Je vous prie de présenter mes très humbles recommandations à M. le lieutenant criminel de Troyes.

On dit que le roi sera ici de retour le 22 de ce.mois, et que le prince de Conti a permission de revenir à Paris. Le vieux Théophaste Renaudot (1) mourut ici le mois passé, gueux

(1; Théophraste Renaudot, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, né à Loudun en 1584, mort à Paris le 23 octobre 1653, que Gui Patin appelle le Gazerren, fonda le premier journal qui ait paru en France, la Gazette de France, en 1831, avec le concours du célèbre généalogiste P. d'Hozier. Ce dernier avait une grande correspondance, tant en France qu’à l'étranger ; il étsit informé de tout ce qui se passait, et communiquait les nouvelles qu'il apprenait à son ami Th. Renaudot, afin d'alimenter la Gasette. Renaudot avait cn même temps un Bureau d'adresses ou de renseignements et de consultations médicales gratuites, Il obtint des lettres patentes qui autorisaient cet établissement ; pour remplir son dessein, il s'associa plusicurs docteurs de la Faculté de Montpellier ou d'autres universités provinciales. La Faculté de médecine de Paris s’opposa à l'enregistrement de ces lettres parce qu’elles choquaient ses droits et ses privilèges ; elle attaqua Renaudot en 1640. Le procès dura longtemps. Renaudot fit intervenir la Faculté de médecine de Montpellier ; mais, par arrêté du parlement des 9 décembre 1643 et 1° mars 1644, il fut défendu, tant à Renaudot qu'aux médecins unis d'intérêts avec lui, de tenir le bureau de consultations et de faire aucun acte de médecin pratiquant en vertu des grades obtenus dans les Facultés autres que celle de Paris. Par ce procès, la publication de la Gazette et le parti qu'il prit pour lantimoine, Renaudot s'était fait de puissants ennemis dans la Faculté de médecine : et lorsque ses deux fils (Isaac et Eusèbe Renaudot) se présentèrent devant la Faculté de médecine pour prendre leurs degrés , ils éprouvérent de si grandes difficultés, qu’il fallut un ordre du parlement pour obliger la Faculté à leur conférer le doctorat. Avant de les admettre au serment, on les obligea de désavouer la conduite de leur père, et de promettre qu’ils renouceraient au Bureau d'adresses; mais on leur

comme un peintre; c’est son fils, le conseiller des monnoies, qui fait aujourd’hui la Gazette. On a mis prisonnier dans la Bastille un président de la cour des aides, nommé M. Garnier de Maurivet. Les ports d'Angleterre et de Hollande sont formés pour quarante jours : on croit qu'ils sont assemblés pour faire un accord ensemble : guod st rontingat , ils seront les maîtres de la mer Océane : supra principes omnes Europe. L'on dit que M. Saumaise a recommandé en mourant à sa femme qu'elle brûlât tous ses papiers, ce qu'elle a fidèlement exécuté. Ah ! quelle perte! Je me recommande à vos bonnes grâces , et suis, etc.

De Paris, ce 12 de novembre 1653.

Voilà un mot de réponse que j'envoie à M. votre fils, lequel je vous prie d’enfermer dans les vôtres, et même de l'ouvrir, si vous êtes curieux de voir ce que je lui mande, dont je serai bien aise, et vous n'en serez pas marri ; énû, sé bene te nuvi, vous m'en saurez quelque gré.

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LETTRE CXXI. — An même.

de vous remercie très humblement de l'honneur que vous m'avez fait de m'écrire , et de la peine qu'aves pris de recommander l'affaire pour laquelle je vous avois écrit, à M. le prévôt de la maréchaussée. Voilà une lettre que je vous envoie de M. Mercier mon ami, pour vous en remercier pareillement , et vous supplie de vous employer derechef envers M. le prévôt, pour obtenir de lui l'envoi des sacs d’information au grelfe de la cour, comme il l'a spécifié dans sa lettre ; et voilà ce de quoi je vous supplie très humblement.

permit de continuer la Gazetie de France, dont ils avaient le privilège ; ils en furent les rédacteurs jusqu'en 1718. — La collection de la Gazette de France, de 1631 à 1192, furme 162 vol, in-4°, plus 3 vol. de tables. (R. P.) |

Pour nouvelles de decà, je vous dirai que M. de Balzac est mort à Angoulême dans les Capucins, le 8 de ce mois, et qu'il a laissé plusieurs ouvrages de morale et de politique à imprimer. Il a donné tout son bien à des hôpitaux (4). M. le prince de Conti est arrivé ce lundi dernier : on dit qu'il sera aujourd'hui au soir fiancé, et marié demain à Martinossi, nièce du Mazarin. Le traité des Anglois et Hollandois est fait tout entièrement ; et a été ici arrêté que l’on reconnoîtra la république d'Angleterre par un ambassadeur que l'on y enverra exprès ; et que le roi d'Angleterre, qui est ici avec le duc d’York son frère, s'en iront en Danemark. On parle ici d'un voyage du roi dans quinze jours à Fontainebleau ; et que de là il pourta bien aller à Châlons, pour faire passer des troupes dans l'Alsace contre le comte de Harcourt, qui, avec Brissac qu'il tient, ne veut pas se remettre à l’obéissance du roi , aux conditions qu'on lui offre. Le prince de Condé a découvert une conspiration dans Stenai, où plusieurs ont été pendus. Je me recommande à vos bonnes grâces, à M. le lieutenant criminel, à MM. de Courberin et Allen, et à tous nos autres amis , et suis, etc. |

De Paris, le samedi 21 de février 1664.

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LETTRE CXXII. — Au mére.

Je vous remercie du soin que vous avez de l'affaire de M. Mercier, auquel j'ai tout-à-l'heure envoyé ce que m'avez adressé pour lui Enfin, la réponse est venue de Montpellier

(4) Aucun biographe ne fait mention de cette circonstance que Balzac mourut aux Capucins. Il ne donne pas tout son bien aux hôpitaux, comme le dit ici notre auteur ; mais il légua douze mille livres, somme considérable alors, à l'hôpital d’Angou'ème, où il fut enterré. Les opinions ont beaucoup varié sur le mérite de cet homme de lettres: mais. d'un accord unanime, on à loué les qualités de son cœur et l'élévation de son âme. Cependant là modestie n'était pas ce qui le distinguait ;

ou d'ailleurs, contre les curieuses recherches de M. Riolan, sous le titre de : Seconde Apulogie de l'Université en médecine de Montpellier. C’est ua livre infàâme pour les injures, calomnies, impostures , ignorances et faussetés qu'il contient ; je ne vis jamais un si misérable pot-pourri , ni si indigne de gens qui veulent être réputés habiles hommes. Je ne sais qui en est l’auteur, je pense que plusieurs y ont travaillé; mais il ya bien de l’Anerie : inscitia ubique regnat in probando. W\ dit que nous avons trop de babit chez nos malades , mais aussi y en a-t-il bien dans ce sot et impertinent livre. Quiconque l'a fait n'est point médecin et ne sut jamais le fin du métier. Quelqu'un parloit de le faire saisir et d'en empêcher le débit ; j'ai été d'avis contraire, vu que ce livre publie, avec grand avantage de notre Faculté, l’infamie et l'ignorance de ceux dont il enfreprend la défense. Ceux de Montpellier n’accrottront point leur réputation par ce livre-là, qui est très capable de les décréditer encore plus qu'ils ne sont, Si Courtaud ne peut mieux faire à l'avenir, il fera mieux de se reposer, en continuant de chercher le grand secret des philosophes en ses fourneaux ; j'entends des chimistes et des faux-monnoyeurs.

Cromwell a découvert dans Londres une conspiration, dont il y en a quatorze d'arrêtés, et entre iceux un médecin huguenot , anabaptiste, qui se disoit ici, il y a quatre ans, médecin de Montpellier, nommé Naudin, fils d’un apothicaire du faubourg Saint-Germain. Nous aurons dans quelque temps plusieurs bons livres qui s’achèvent à Amsterdam : un nouveau livre de Fr. Bacon, À. Grotit Epistolæ ad Belgas et Germanos. Vossii, Thesaurus Linguæ latine, in-folio. Thomæ Bar tholini, ob$ervationes Anatomicæ. Diogenes Lærtius, cum notis Heurnii.

On dit que l’armée du roi a investi Clermont, et que le roi

aussi le malicieux Bautru disait-il au cardinal de Richelieu : « M. de Balzac est souvent enrhamé ; il n'en peut être autrement, car il parle Loujours de lui, et il n'en parle jamais que le chapeau à La main. » (R. P.)

LETTRES DE .GUI PATIN. 205 ira de Reims 'à Châlons. On pendit hier à cinq heures, à la porte de Puris, un chimiste qui se disoit gentilhomme provençal, pour fausse monnoie. Il étoit d'Avignon; il disoit qu’il préparoit son antimoine aux fourneaux où il faisoit de læ fausse monnoie : il fut pris en flagrant délit, et a été exalté au bout d’une bùche. Nous aurons dans peu le livre de M. Merlet contre l’antimoine.

On dit ici que le duc de Savoie demande en mariage une des niècés du Mazarin ; je n’ose le croire. On va imprimer ici un livre,qui sera in-folio, la Vie de feu M. d'Epernon. Ce sera ane histoire de cent ans. M. Riolan est malade : il a bien envie de répondre au doyen de Montpellier, et de le manier en chien courtaud, mais il fant guérir auparavant. Quelque autre y répondra encore, mais d'une étrange sorte, afin que la postérité soit instruite de la vérité, et non pas que ce maraud et impertinent livre mérite aucune réponse. Je me recommande à vos bonnes grâces , et suis de tout mon cœur, etc.

De Paris, le samedi 13 juin 1654.

LETTRE CXXIIT. — Au méme.

Je vous remercie de la vôtre, et me réjouis du retour de M. votre fils, qui m'a envoyé des thèses, pour lesquelles je vous remercie et lui aussi. Je vous envoyai , il n’y a pas longtemps, une lettre de M. Mercier, avec un catalogue des œuvres de M. Grotius, de sa part et de la mienne, la réponse de M. Guillemeau à M. Courtaud, doyen de Montpellier, qui est un fort ignorant homme et bien injurieux : je m'en rapporte au jugement de la postérité, qui en voudra juger sans passion. Les injures ne servent à rien qu'à faire connoître l’impuissance de l'esprit de ceux qui les profèrent , et à montrer qu'ils n'ont guère de raison. Toute sorte de médecins sont rares dans toutes les villes de France, de quelque université

qu'ils viennent : Aix, Avignon, Bourges, Cahors, Caen, Bordeaux , Toulouse, Angers, Reims, Valence, etc. ; il n’y a du tout que votre ville de Troyes qui se tienne à l'arrêt de Francois I‘. Et combien qu'ils soient bien fournis de belles lettres bien bullées , il y a bien des villes où on fait autrement que vous ne faites à Troyes, qui que ce soit qui apporte et présente des lettres de docteur, même de Montpellier; on les examine de nquveau, plus rigoureusement qu'ils n'ont jamais été, et par trois fois de trois mois en trois mois ; et cela ne se fait pas seulement à Bordeaux et Poitiers, où il y a.université, mais même à Lyon, à Rouen, à Amiens, à Dijon ; et ceux de Rouen y vont si sévèrement, que bien souvent on les renvoie étudier pour deux ans, et même en ont chassé deux pour toujours depuis cinq ans. Et cette rigueur n'est point sans profit, c'est afin de remédier à l’abus qui s'ensuit de ce que la plupart des petites universités, et méme les grandes aussi quelquefois, dounent des lettres de docteur trop aisément à ceux qui leur offrent gle l'argent. Je pense que vous pouvez en avoir vu quelques exemples dans la campagne, aux petites villes d'alentour de vous.

On imprime ici contre l’antimoine et contre le gazetier ; on vend celui de M. Merlet ; dans un mois nous aurons celui de M. Perreau et autres qui suivront. Je suis fort de votre avis touchant l’antimoine , qui est ici fort décrié, et que nos gens n’osent plus proposer nulle part. Vous m'avez fort réjoui de l'arrêt contre notre barbier : je suis bien aise qu'il ait été bien châtié,

Cromwell a fait pendre dix hommes pour un jour : on en attend d'autres nouvelles, La reine de Suède a quitté la royauté, elle vient à Spa ; son cousin , le comte palatin, est roi en sa place. Nous n'avons ici rien de nouveau des siéges d'Arras et de Stenai, sinon que l’on dit que le prince de Condé est malade, et qu'il s'est fuit mener à Lille. Je vous baise les mains, et suis de toute mon affection, etc.

Le mercredi, 29 de juillet 46b4.

Le livre de M. Merlet est bon (1); il n’y a rien que de vrai, mais il est trop court et trop sec. Quand on lui a dit cela, il a répondu qu'il n'avoit écrit contre le garetier que pour

montrer ses fautes et ses impostures, qui sont presque innombrables.

LETTRE CXXIV. — Au même.

Je vous dois réponse en bien des façons, multiplici nomine, mais particulièrement pour le bon accueil et la bonne chère que vous avez faits à mon fils aîné, dont je vous remercie très humblement.

Pour les médecins de Montpellier, j'en connois deux des trois que vous m'avez nommés : M. Richer de Belleval, presque de tout temps ; M. L. Soliniac, de l'avoir ici vu plusieurs fois, et de ce qu'il a fait chez quelques malades. Je vous conseille de ne jurer de rien : il n’y a pas de quoi s'en fâcher entre nous deux ; je sais même ce que m'en a dit M. de Belleval en particulier et en ami. Ce M. Soliniac est un homme très comrun !n arte nostra, qui a les deux vices de son pays, qui sont les dames Philargirie et Polypharmacie ; du reste, il y en 3 ici huitante qui le passent, centum parasanguis : quelque dépression qu’en ait faite l'auteur de la légende, quel qu'il soit, qui est un libelle purement diffamatoire, et qui par conséquent n'est nüllement croyable. Je ne sais pas au vrai qui est l'auteur; mais je vous puis jurer que ce n'est ni moi ni vous, ni moi non plus que vous. Si natura negaf, facit indignatio versum. Qualemcumque opus est iracundi hominis, et bilem sive rubiem evomentis in collegas non omnino insones. Pour M. de Belleval, je le tiens homme d'honneur, mais qui ne se soucie guère du métier, amplissime etenim dotatus es!

(4) Remarques sur le livre de l’antimoine, de M. E. Renaudot, Paris, 1654, in-4°.

iis propter que studetur. Quand il est ici pour des affaires au conseil, croyez-moi qu'il ne voit guère de malades; adde quod , etc., que je vous dirai quand j'irai à Troyes. Pour Courtaud , je le connois d’ailleurs, mais principalement par ses écrits, qui ne volent rien ni en latin ni en françois. Pour ses leçons , je vous avertis qu'il n’en fait point , et qu'il n'est point capable d'en faire, ni de voir des malades, étant très ignorant et n'ayant jamais su rien apprendre de ce qui est requis à telles fonctions. Si bien que vous voyez par ce que dessus, que nous sommes en ce jugement-là de fort différents avis : je ne laisse pourtant pas d’être votre serviteur.

Diversum sentire duos de rebus iisdem :

Incolumi licuit semper amicitia.

Pour les apothicaires, quand ils font taxer leurs parties, il devroit plutôt y avoir des médecins que des apothicaires, mais cela dépend des juges, et très souvent M. le lieutenant civil m y a nommé d'office moi tout seul, absque ullo collega, pour épargner à tous les deux partis; d'autant que je rends cet office gratuitement et de bon cœur à l’honneur que je porte audit seigneur, qui m'en gronde quelquefois, et qui s’en moque assez plaisamment quand je lui vais recommander queique affaire pour quelqu'un de mes amis : aussi dit-il qu'il ne m'y nommera plus. Pour le fait de médecins ou d’apothicaires , il n'y a point de règlement; mais la coutume est ici que ce sont toujours des médecins, ou au moins qu'il yen a toujours ; car s'ils étoient seuls {j'entends les apothicaires), ils seraient récusés, en tant que juges et parties; ordinairement il n’y a que les médecins; et si la partie demande des médecins, on ne lui en refuse jamais, joint que‘la plupart de nos juges n'aiment guère cette cherté d’apothicaires.

Pour la Légende, j'avoue avec vous que c'est un libelle diffamatoire, qui ua jamais dù être fait, et qui est un ouvrage injurieux et vilain, scriptum in tempore tracundiæ : dignum

sané quod tardipedi deo ustulandum committatur : Annales Volusii, cacata charta. Ces messieurs qui ont grand tort, et qui sont aujourd'hui honteux de l'avoir fait, au moins plus que les deux tiers, et qui même s'offrent de s’en dédire, devroient être réfutés par raison, et non point par injures de tripier, etc. Ils ont signé que l'antimoine est bon en plusieurs maux, pourvu qu'il soit bien préparé et bien donné à propos. Il en est de même de tous les remèdes , et des poisons même: on donne quelquefois de l’opium par nécessité, combien qu’il soit infailliblement poison; c'est que nous n'avons pas de meilleur ni plus certain narcotique, mais nous avons bien d’autres et de meilleurs purgatifs que l’antimoine. En conséquence de leur dire, je pourrois jurer que tous les plus dangereux poisons sont bons et utiles remèdes, pourvu qu'ils soient bien préparés et bien donnés, et même le sang d’aspic, le sublimé, etc. Mais c'est le point de les bien préparer et bien remuer; ce qu'ils n'ont encore pu faire avec leur antimoine, qui est si fort décrié de deçà par les morts qu'il a causées, qu'ils n'osent plus en proposer dans les familles. Eu attendant, ils ont accusé l’impudence et l'ignorance des barbiers de village de toute la France, et même des villes, aussi bien que des apothicaires, et des gardes qui en ont fortement abusé, et en abusent encore tous les jours, au grand détriment du public. Je vous en fais juge vous-même, et in verbo tuo, vel sto, vel cado.

Pour les autres médecins de Montpellier , qui se sont rendus illustres par leurs écrits, ôtezG. Rondeletet L. Joubert, quorum est admodum mediocris gloria, et qui duntaxat fuerunt proletarii scriptores, lesquels même j'aurois bien de choses à dire, je n’en connois aucun autre, si vous me les indiquez. Laurentius enim est potius noster quam Monspeliensis ; il avoit étudié sept ans à Paris sous L. Duret, qui étoit docteur d'Avignon, pratiquant à Carcassonne , et de là même à la cour par madame la duchesse d'Uzès , laquelle lui fit donner par le bon roi Henri III une place de professeur vacante à Montpellier, à

+ = Re -

quoi le roi n'avoit jamais auparavant pourvu. aussi eut-il bien de la peine d'être reçu à Montpellier, et lui fallut avoir des arrèts tant du conseil privé que du grand conseil ; nonobstant lesquels ils le menèrent à Toulouse, où il fut enfin reçu par le crédit de M. le premier président Duranti, et par le moyen de la composition qu'il fit avec eux. Depuis, il fit fortune, laquelle ne dura guère. Pour L. Joubert, tout ce que nous avons de lui n'est qu’un recueil des leçons qu’il a faites en qualité de professeur , et qui n'ont jamais été imprimées qu'une fois ; j'en dis autant de la pratique de G. Rondelet; pour son Âistoire des poissons , le président de Thou dit qu’il n’en est pas l’auteur, mais bien un très savant évêque de Montpellier du temps d'Henri Î1, nommé Guillaume Pelicier, qui depuis se fit huguenot, comme étoit Rondelet, et depuis vendit son évêché, et se fit athée. Tout le reste des écrits des professeurs de Montpellier sont un galimatias de leçons pédantesques , principalement celles de Rivière, dans lesquelles il y a bien de la charlatanerie : c'est un puant marais d'ignorance et d’impostures de l’art. L'num excipio Varandeum, laude sua dignum. Mais quelle comparaison y a-t-il de tous ces gens-là à Fernel, Silvius, L. Duret, Hollier, Tagault, les deux Piètres, à Jean Duret, aux deux Jean Martin, à E. Gourmelen, à Baillou, à Gorreus le père, que feu M. de Bourbon disoit avoir été aussi savant en grec que Galien même; aux deux Riolans, à un Guillaume Duval, à feu M. de la Vigne, qui ont été des prodiges de savoir par leur polymathie et des hommes incomparables dans ja pratique ? J'en pourrois nommer cent autres qui Sont morts, et qui méritent des éloges entiers en leur particulier, sans toucher à ceux qui vivent aujourd'hui, dont le nombre est toujours grand, et de gens pleins de mérite singulier, sans que l'antimoine y puisse apporter aucun ombrage{1), etc. Je

(1) Cest toujours cette rivalité jalouse qui a régné depuis des siècles entre l’école de Paris et celle de Montpellier : le fait est que toutes les

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vous remercie de la peine qu’avez eue d'envoyer au-devant de mon fils; ni lui ni moi ne méritons pas cet honneur ; et vous remercie prreillement de l'honneur que vous m'avez fait en le recevant si bien et lui faisant si bonne chère. Je pense qu’il est encore à Angers avec son maître des requêtes ; je lui permets de continuer son voyage jusqu’à Châlons, afin qu'il ait vu la Champagne ; ce sont ses vacances, après cela il fera retraite, durant laquelle j'espère qu'il étudiera sérieusement.

Le roi est ici; le 7e Deum a été chanté à Notre-Dame samedi dernier, en présence du roi, de la reine, du cardinal Mazarin et de bien du peuple. Le cardinal de Retz s'est sauvé dans un vaisseau de Hambourg, pour de là se sauver avec plus d'assurance per mediam Germaniam , et de là gagner l'Italie. On dit que notre armée s'en va faire un nouveau siége, mais on ne sait pas encore quelle ville ce sera : on parle de Landrecies, ou d’Armentières. Le prince de Condé est à Valenciennes avec 16,000 hommes, fort loué des Flamands d’avoir bien fait à la levée du siége d'Arras, et les Espagnols fort haïs d'avoir pris la fuite, et entre autres l’archiduc Léopold et Fuensaldagne. On dit que le roi ne fera plus de voyages celle année, et qu’il ne bougera pas d'ici. Nil novt ex Anglia. Je me recommande à vos bonnes grâces , et suis de toute mon affection, etc.

De Paris, ce 7 de septembre 1684.

On s’en va enterrer le bonhomme M. de Broussel, conseiller en la grand’chambre, pour qui on fit des barricades l'an

deux furent célèbres, toutes les deux ont rendu d'éminents services à la science, mais à des titres différents. Pour assigner les rangs, il faudrait donc faire un examen comparatif et approfondi de l’histoire scientiique de ces deux écoles, de leurs doctrines, de la marche qu’elles ont suivie et des résultats obtenus ; autrement on reste dans le non-sens, dans l’absardité critique ou thuriféraire de l'esprit de secte. {] ne sutfit pas de crier anathème, de crier hosannah ; on doit juger en pleine connaissance de cause, ce que ne font point les serfs de l'écoie dont ils ont reçu le diplôme. (R. P.)

1648. Le roi a exilé quelques chanoines, deux grands vicaires de l’archevêché et deux curés, savoir, de Saint-Jean et de Médéric ; on en menace encore d’autres. O tempora ! 4 mores ! Mais patience.

LETTRE CXXV. — Au même.

Je vous remercie de la bonne chère que vous avez faite à mon fils; il est de présent à Châlons. Laissons là, au nom de Dieu, les médecins de Montpellier; qu'ils se défendent comme ils pourront, je ne vous en écrirai plus, alienem litem non facio meam. Votre beau-frère, M. Gérard , a été ici fort malade d'une dysenterie cruelle, quæ adhuc perseverat, et n'est point encore hors de danger, pauld tamen meliüs habet , et magna salutis spes affulget. Le pape est mort le 25 de septembre. On ne sait au vrai où peut être le cardinal de Retz. Le roi est à la Fère, ui cardinalis Mazarini modaæyprxé patitur. Je baise les mains à M. votre fils, et le prie de m'excuser si je ne lui écris; je le remercie de ses deux lettres latines. Le nouveau professeur de Montpellier est fait; il me semble qu'on le nomme M. de Louis; la femme du gouverneur de Montpellier l'a fait préférer aux autres contendants, qui s'en sont désistés pour la peur qu'on leur en a fait. Ce Perreau, dont M. votre fils m'a envoyé la lettre, étoit un médecin de Tonnerre, père de M. J. Perreau, dont on imprime ici lelivre contre l’antimoine; il n’y en a plus que six feuilles à faire, mais on ne trouve point ici d'ouvriers. Pour l’épigramme de six vers ‘ contre l’antimoine triomphant du gazetier, je vous l'envoie, il‘a été fait céans dans mon étude, par M. Ozier le prieur. Nous avons ici plusieurs docteurs qui travaillent sur la controverse de l'antimoine; un , pour ce poison, qui est payé et soudoyé par la cabale, ettrois, contre. Mais c’est folie d'écrire plus, ni pour ni contre ; il est tellement décrié que personne n’en veut entendre parler, s’il est tant soit peu soigneux de sa santé On imprime ici la Vie de feu M. d'Épernon, qui

sera quelque chose de fort beau. Je m'en vais être professeur du roi, à la place de M. Riolan, qui me donne sa charge; tout . est expédié, je n’en attends que mes lettres qui sont au sceau, et que M. le garde des sceaux m’a promis d’expédier lundi prochain, et dès le lendemain j'en préterai le serment. Je me recommande à vos bonnes grâces, et suis, etc.

De Paris, ce 10 d'octobre 1654.

LETTRE CXXVI. — Au méme.

C’est pour répondre à celle que je viens de recevoir de votre part ,. pour laquelle je vous remercie. On parle ici d'un nouveau libelle pour M. Courtaud contre M. Guillemeau , que je n'ai point encore vu. Je suis las de lire et d'ouir tant d’injures, habeat uferque sibi res sua : j'ai maintenant autre chose qui me presse, savoir, des leçons à faire pro cathedra regia, lesquelles j'espère de commencer ce carême, après que j'’aurai fait ma harangue d'entrée. Je pense que M. Gérard est guéri ; je l’ai laissé en fort bon état, Dieu merci; mais il se doit conserver, ef sibi cavere à recidiva. Le livre de M. Perreau n’est point encore achevé, mais il tend à la fin; l'auteur me dit hier qu'il n’y avoit plus que trois feuilles, y compris l’indice ; il sera bien étoffé et tout autrement meilleur que celui de M. Merlet. Mon fils aîné est ici de retour ; je vous remercie derechef de la bonne chère que vous lui avez faite. Je vous supplie de faire mes recommandations à M. Maillet, votre collègue , et de savoir de lui en quel an il prit ici les leçons de feu M. Cousinot, de sanguine ex qualibet corporis parte profluente , 1632, 33, 34 ou 35; il vous le fera; et je le voudrois bien savoir ; c'est lui-même qui me l’a dit céans; mais je ne me souviens pas de l’année qu'il me désigna ; vous me ferez la faveur de me le mander à votre première commodité. Il y a ici un livre nouveau, in-octavo, en latin, imprimé à Orange, intitulé : Claudii Sarravict , senatoris Paris : Epistulæ : c'étoit

feu M. de Sarrau, conseiller de la cour, huguenot, que l’antimoine tua , il y a trois ans passés. Il y a là-dedans de fort bonnes choses, et entre autres le père Petau y est rudement traité. Tout est ici en repos. La reine de Suède est à Anvers. On ne sait où est le cardinal de Retz: Papa conservat! Le père R. Chartier est ici mort d'une apoplexie subite, laquelle le surprit à cheval, et mourut sur-le-champ, âgé de huitantedeux ans; voilà son Galien grec demeuré, sa famille en est ruinée (1). On a découvert une conspiration à Bordeaux , que ces gens-là faisoient pour se donner à l'Espagnol. Cromwell a une grande armée sur mer; mais on ne sait point son dessein. Vale , et ne ama.

De Paris, ce 21 de novembre 1684.

LETTRE CXXVII — Au mème.

Si vos apothicaires demandent que vous ne fassiez point d'ordonnances qu’en latin, c'est qu’ils en savent bien la conséquence; c’est le vrai moyen de les mettre à la raison , et c’est la raison que les familles soient soulagées, et les malades délivrés de cette dépense effroyable et inutile. Les gens de bien de notre profession doivent un soulagement au public. M. Mathieu, notre collègue, m'a promis de solliciter votre bon droit envers M. du Tillet, chez lequel il m'a dit avoir grand crédit, combien que M. Morisset soit son médecin. Je ferai que l’un et l’antre lui recommanderont.

Matthiae Martinii Lexicum etymologicum est achevé d’im-

(4) Voilà une triste oraison funèbre pour l’illustre René Chartier (né à Vendôme en 1572, mort à Paris le 29 octobre 1654), qui consacra ses travaux, son temps, sa fortuue , à élever un véritab'e monument scientifique dans son édition grecque et latine des œuvres d’'Hippocrate et de Galien. Cette édition a été publiée à Paris, 1639 à 1679, 43 vol. in-folio. Les tomes IX, X et XII ont été publiés par les soins des docteurs Blondel et Lemoine. Le docteur J, F. de Villiers est auteur d’une Lettre sur l'édition grecque et latine des œuvres d'Hippocrate st Galien, publiée par R. Chartier. Paris, 1779, iu-#°. R. P.)

primer dès l’an passé ; j'en ai vu ici un dès le mois de mars ; plusieurs marchands y en ont apporté depuis ; on en a vendu plus de quarante dans la rue Saint-Jacques, depuis six mois. Il y a deux jeunes libraires qui font grand profit au trafic de ces livres étrangers, qui en ont fait venir plusieurs; mais je n’en ai point acheté { non pas à cause de leur cherté, combien qu'elle soit grande), d'autant qu’il m'en doit venir d’ailleurs. Un médecin de Nuremberg m'en a acheté un qu'il a fait emballer avec d’autres livres qui me viennent par Hambourg; mais la longueur du chemin m'empèchera de les recevoir bientôt. Un médecin de Metz m'en a promis un qu'il a fait venir par des marchands de Metz qui trafiquent à Francfort; j'espère que j'aurai celui-là dans ce mois d'octobre. M. Ravaud , de Lyon, qui est l'associé de M. Huguetan, m'en doit pareillement un, qu'il me donnera quand il voudra; mais je vous dirois certainement que c'est le meilleur livre de mon étude, in e0 genere. Si j'en avois trente j'en serois bientôt remboursé. M. du Clos, de Metz, qui me l’a fait acheter dans Francfort, m'a mandé qu'il avoit coûté douze florins, qui reviennent à nos vingt-quatre livres. Je voudrois en avoir donné trois pistoles et le tenir: Liber est murimi usus, ac utilissimæ lectionis. Nos libraires en demandent trente-cinq livres en blanc ; il est gros comme une rame de papier ; on le peut relier en deux justes volumes, ou en trois un peu plus petits. Pour ce qu’en dit M. Huguetan : per ea queæ nuper attuli, vides quantum mereatur fidei. On dit ici fort souvent en proverbe que: Zria sunt animantia mendacissima , loyolita, botanista et chymista ; si tribus istis nebulonibus liceat superaddere quantum, sit ille bibliopola ; neque non novi animal mendacius ullum.

Le livre de M. Guillemeau ne tient à rien; je vous l’enverrai avec la première curiosité qui se rencontrera. Est opus tenebricosum cujusdam nebulonis, er arte lenonia sibi victum comparantis : ut faciat rem, sinon rem, quocunque moao rem. Personne n’a rien entendu à son livre, lui-même ne l'entend point; néanmoins il n’est pas si sot qu'il n’en ait

encore trouvé un autre plus sot que lui, qui est le petit bonhomme Courtaudd’ici, à qui il a attrapé quelqueargent pour ce libelle : c'est un nommé A. Magdelain, cujus res tota præ miseria ad vestitum redacta est. Je suis de votre avis touchant le panis clibanites (1) de Gal. Il me semble que M: Moreau en a parlé en son école de Salerne (2), que je n’ai pas céans pour le présent. M. Moreau n'a pas achevé la vie de notre bon ami feu M. Naudé; il y a travaillé quelquefois, dum licet per otium et valetudinem. Il est fort employé et a fort peu de loisir, outre qu'il a des leçons à faire au Collége royal. Mon fils est à la campagne devers Provins, pour une dame malade, où je n'ai pu aller. Je vous remercie du souvenir que vous avez pour lui. J'ai fait cette semaine une anatomie publique d'une femme de vingt-cinq ans qui faisoit de la fausse monnoie: + fuit infinitus auditorum concursus. Il y a ici un livre tout nouveau du bonhomme M. Riolan, Adversus Pecquetum et Pecquetianos, qui est fort approuvé et bien reçu (3). Tous ceux qui l'ont lu en savent bon gré à M. Riolan, et se moquent des autres, qui y sont accommodés d’une étrange façon.

M. Huguetan a achevé tout nouvellement à Lyon son édition de L. Beyerlinck Zheatrum vitæ humanæ , en huit tomes; son Sennertus sera achevé dans un mois, en deux tomes; il s'en va imprimer la continuation du Baronius, d’un certain père de l’Oratoire, qui est en Italie, nommé Rimaldus. Il y aura six volumes in-fol. Cet auteur est fort habile homme: il a travaillé sur les mémoires mêmes du cardinal Baronius. Je me recommande à vos bonnes graces, à M. votre père, à MM. Sorel, Blampignon, Maillet, Barrat, le Grain, et à tous

(1) Ce panis clibanites était une sorte de pain qui se faisait , chez les anciens, dans des fours portatifs; de x)}16àvo; , four de campagne. (R. P.) (2) Schola salernitana, Parisiis, 1672, page 276. (3) Il n’en a pas été de même de la postérité : l'écrit de Riolan est aujourd’hui tout-à-fait oublié, et le réservoir du chyle, cette importante découverte, porte encore le nom de Pecquet. (R. l.)

MM. vos autres confrères, comme aussi à M. Allen, et serai toute ma vie, etc.

De Paris, le samedi 8 d'octobre 1655.

Le siége de Pavie a été levé avec grand désordre et à notre grande perte. On dit que le Mazarin (qui est à la Fère, pour les convois) en est si fàâché, qu'il veut envoyer une autre armée en Italie; qu'il a fait lever le siége de Palamos en Catalogne, afin que ces troupes aillent passer les monts. Nos restes de l’armée se sont retirés dans le Crennois, pour éviter le marquis de Caracène, qui les poursuit avec quinze mille hommes. Le cardinal de Retz est à Florence, où il s’est retiré, tandis que l'on travaille à son procès à Rome, à la poursuite de M. de Lionne, qui y est notre ambassadeur. Cromwell a été fort malade d’une suppression d'urine. La peste est encore fort grande à Leyden et à Amsterdam. On imprime en Angleterre un livre entier de Vita Erasmi. Nous avons ici trois de nos médecins bien malades, savoir, MM. Gorris, Allain et Chasles.

Le roi est malade à Fontainebleau ; il a été saigné des bras et du pied; c'est d'une fièvre continue, qui lui est survenue en suite des eaux de Forges, dont il a par ci-devant usé. Dieu sait à quelle raison faire boire de l’eau de lexive à un jeune prince de dix-sept ans, et dans le bel état de santé dans lequel étoit le roi. Les princes sont malheureux en médecins il ya long-temps; je souhaite de tout mon cœur que Dieu lui renvoie la santé, et qu'on ne lui donne pas d’antimoine, Notez qu’en toute la cour il n’y a pas un bon médecin, et que celui qui y est en plus grand crédit, so/i fameæ studuit, et rei faciendæ. Le cardinal Mazarin sera bien empêché de cette nouvelle, aussi bien que de faire passer le convoi à Saint-Guilain, car le prince de Condé est là auprès qui leur fait bien de l’'empêchement. La duchesse d'Orléans censebatur gravida : nuperrime abortum passa est, et rejecit molam. Tenez, s’il vous plaît, ces nouvelles secrètes , Vale ef me ama.

Tuus ex animo G. P.

nn

LETTRE CXXVIII — Au même.

Je sais bien que je vous dois réponse pour cinq lettres, auxquelles je n'ai point fait réponse en leur temps, et pour cause. Pour les apothicaires, je souhaite que vous en veniez bientôt à bout, et n’y en a point meilleur moyen que de se servir du Médecin charitable, en introduisant les seringues dans les familles, avec une décoction d'herbes émollientes et du miel commun; faire des bouillons et des tisanes laxatives avec le séné; et purger les autres qui sont plus forts avec casse, séné, sirop de roses pâles et fleurs de pêcher; voilà qui a ruiné ceux de Paris, et qui les empêchera de se relever, et dès qu'ils sentiront leur mal , s'ils sont bien sages, ils vous demanderont pardon. M. Moreau n’a pas achevé la Vie de M. Naudé, faute de loisir; il pense aussi à la seconde partie de son école de Salerne, si liceat per otium et valetudinem. Son premier tome est chez M. Blaise, libraire, rue Saint-Jacques. Flosculi historiarum est en bon latin; cet auteur travaille à une grande histoire. Où imprime à Lyon, in-fol., les œuvres de J. Varandeus; j'en ai ici poursuivi et obtenu le privilége; on parle aussi d'y imprimer le Rondelet; les Institutions de Laz. Rivière y sont achevées, in-quarto. On achève ici les Mémoires et Négociations de M. le président Janin, in-fol.; nous avons depuis peu la vie de MM. d’Espernon et du marquis de Guebrian , in-fol. tous deux. On imprime aussi M. de Thou, traduit en françois par J. Duryer. Nous aurons le mois de septembre prochain, Selecta Jo. Ant. Vander Linden, in-quarto, qui est un célèbre professeur de Leyden ; ce livre sera fort bon. Guernerus Rolfinck, professor anatomicus jenensis, in Thuringia, vir doctissimus , nuper edidit Anatomiam novam , in-quarto, que M. Riolan prise fort ; nous n’en avons encore que le premier tome, deux autres suivront. De Vita Erasmi , je n'ai pu en avoir de nouvelles.

Pour nos apothicaires , ils sont examinés dans leur chambre de commuuauté, en présence de notre doyen et des pro

fesseurs en pharmacie, qui sont deux; mais ils sont toujours les plus forts, à cause du nombre, qui nos non terret. Le miel commun , le séné et le sirop de roses pâles sont les vrais et très certains moyens de les ruiner. Les juges sont trop peu soigneux du bien public, et n’eutendent pas assez raison in illa causa ; vous pouvez vous faire justice vous-mêmes, comme nous avons fait; les nôtres n'en peuvent plus, et se voient réduits à devenir épiciers. La pauvreté du peuple et l’incommodité des familles y ont pareillement aidé; le Médecin chari-

table a ruiné les apothicaires et a fait travailler les jeunes

médecins. Voilà le chemin le plus court, sans plaider, à quoi il coûte trop, joint que les juges n'en feront jarnais tant que vous en pouvez faire. Pour y attirer le peuple, donnez des médecines aux pauvres aux dépens de votre communauté : cela ne coûte presque rien ; si vous n'avez point de sirop de roses pâles, il ya moyen de vous en envoyer d'ici, et du séné aussi. Personne ne peut vous empêcher de donner l’aumône et traiter vos malades comme vous vous traitez vous-mêmes chez vous, vos femmes et vos enfants; le peuple y court comme au feu, et ne vous amusez pas à chicaner leurs examens et leurs maîtrises, d'où il ne proviendroit que des procès qui coûtent trop de peine à poursuivre, etc.

La peste est grande à Naples et à Rome même; le courrier qui en étoit attendu la semaine dernière n'en est pas encore arrivé ; ce qu'on attribue à ce mal. La reine de Suède revient d'Italie passer par la France pour s’en retourner en Suède, où l'on dit déjà qu'elle se refera luthérienne.

Le siége de Valenciennes est levé , M. de la Ferté Senneterre prisonnier avec plusieurs autres; on dit que le désordre y est grand. M. de Turenne s’est retiré dans le Quesnoi en bon ordre. Le roi, la reine et le Mazarin sont à Soissons. Je me recommande à vos bonnes grâces, et suis de toute mon affection , etc.

De Paris, ce 20 de juillet 1656.

LETTRE CXXIX. — Au méme.

Je vous rends grâces de votre belle lettre et de tout ce qu'elle contient. Il a couru ici un bruit que les loyolites étoient rétablis à Venise, eux-mêmes s'en sont vantés; mais je n’entends rien en cette affaire. On dit que pour ce rétablissement ils donnent deux cent mille écus ; mais ces maitres passefins sont trop rusés et trop bon ménagers pour donner, et les Vénitiens trop sages pour prendre. Les autres disent que cet argent servira pour chasser les Tures de Candie ; je ne sais lequel vaut mieux, ou des Turcs en Candie, ou de ces pharisiens à Venise. J'aimerois autant voir entrer des voleurs dans ma maison par une porte, tandis que j'en chasserois quelques autres par la fenêtre. Eh bon Dieu ! si on rétablissoit ces gens-là, qui sont des bourreaux de la chrétienté, dans Venise, où seroit cette prudente politique de ces messieurs ? Il est vrai qu'il y a un an que nous voulümes empêcher qu'une thèse ne fût soutenue , ergo initio pleuritidis lenior purgatio ? mais nous perdimes en nombre ; nous ne trouvâmes du bon parti que trente-trois docteurs; les gens de bien sont paresseux : MM. Riolan, Bonnard, Tuloue et Légier n’y purent venir, empèchés de maladie, d'autres par paresse et trop peu de courage, ou trop peu de soin de faire valoir la bonne doctrine et entretenir l'honneur de notre Faculté. Quoi qu'il en soit, la thèse, très mauvaise et très dangereuse, fut soutenue à leur grand déshonneur ; car le président, qui est un fou et qui sert de marotte à tout le parti antimonial , y fut horriblement baffoué et maltraité , il y fut même sifflé pour ses impertinences et mauvaises réponses. La plupart d'entre eux avouoient que la pratique n’en valoit rien, mais puisque la thèse étoit imprimée qu'elle pouvoit être disputée ; mais néanmoins plusieurs d’entre eux s’en sont repentis. Un des nôtres, nommé M. Blondel, a fait un traité tout exprès, de Pleuritide, qu'il s'en va faire imprimer; la préface dudit livre contiendra toute cette querelle, l'été prochain cela se pourra

voir. Pour le catalogue des thèses que m'avez envoyé, vous m'avez fait grand plaisir; j'aime cette espèce de papier. Je vous prie de m'acheter ce qui suit: les deux de Zupinus Poincelet, les deux de Guido Binet , les deux Jo. Garnier, celle de Augustinus Catelin, et de Lauceltus Phradeus. Je vous en rendrai de bon cœur ce qu'elles auront coûté, comme aussi celle de Franciscus Badin. J'ai toutes les autres, lesquelles sont de notre faculté , et y en a là de très bonnes; achetez-les toutes pour M. votre fils, si elles sont à bon compte. Elphantiasis est mordus incurabilis, quia est cancer universalis : cancer particularis est incurabilis, et longè potiori rarior wirilis : licet non emendatur tanta intemperies.

Cette semaine nous a emporté deux grosses têtes : feu M. Riolan mourut lundi dernier, 19 de février, âgé de septantesept ans moins cinq heures; il a été enterré dans Saint-Germain, sa paroisse,en grande pompe. Le lendemain,mourut ici la duchesse de Lorraine , tam ex mœærore quam ex stibio. M. le chancelier a été fort malade, sed melius habet, Le parlement, toutes les chambres assemblées, travaillent tous les jours au procès de M. de Chenailles, conseiller de la cour; ily en a oncore pour huit jours: res ejus pessimo sunt statu positæ. de vous baise les mains et à M. votre fils, et suis de toute mon affection , etc.

De Paris , le vendredi 33 de février 1687.

Si vous désirez de nos nouvelles thèses, nous en avons ici quelques unes d'assez bonnes à vous envoyer, et j'en espère quelqu'une pendant Pâques. On imprime ici l'Histoire de feu M. Je président de Thou; il y aura six volumes, on est à la fin du second ; dès que le troisième sera achevé, on les mettra en vente. On dit que le duc d'Orléans viendra bientôt à Paris pour voir le roi, et que le Mazarin s’en va marier une autre de ses nièces, nommée Marie-Anne, au fils aîné du prince François, auquel on rendra la Lorraine. Je doute pourtant si on leur rendra Nanci, en l’état où sont nos affaires.

LETTRE CXXX. — Au même.

Je vous rends grâces d'avoir acheté les dix thèses pour moi; je vous en rendrai l'argent quand il vous plaira, et je les recevrai quand il plaira à Dieu. On dit bien que le rétablissement des jésuites est certain dans Venise ; mais c’est avec plusieurs conditions, et entre autres qu'ils n’acquerront aucun immeuble, et qu'ilÿ ne confesseront point. Tout cela est encore mystique, comme tous les grands font leurs affaires. La meilleure impression des Epitres de Casaubon est celle d’Allemagne, depuis trois ans, augmentée d'environ huitante lettres par-dessus celles de Hollande. Ce bonhomme connoissoit bien toutes les fourberies du nigrum agmen ignatianum. Madame de Mercœur a pris trois fois de l’antimoine, et la duchesse de Lorraine a pris deux fois d’une certaine drogue stibiale, que le charlatan appelloit de l'or potable : et d'autant qu'elle empira fort, le sieur Valot la fit rudement saigner, inter stibium et lethum : d'où vient la grosse querelle qui est aujourd’hui entre lui et le petit le Vignon, qui est pareillement bien étourdi, et qui a dit tout haut que Valot l’avoit tué de l'avoir tant fait saigner;, sur quoi j'apprends qu'il court un papier latin imprimé contre ledit Valot. L'autre dit qu’elle est morte

| de auro potabili emetico, quod erat stibium fucatum. Claudius | accusat Malhos, Catilina Cetegos. Les grands sont malheureux ‘en médecins; et la plupart des médecins de cour sont igno- | rants ou charlatans, et bien souvent l’un et l’autre.

Je crois que l'on n’imprimera jamais rien de feu M. Morea; on n'y a rien trouvé de parfait ; son fils ne dit rien à propos decela, qui même n'en est pas capable. Le traducteur de M. de Thou se nomme J. Duryer ; c'est le même qui a traduit Fam. Strada. M. de Thou a pris hardiment de la Popelinière, qu'il nommoit aussi de son propre nom, Lancelotus Vicinus, Lanclot du Voisin, qui mourut ici l’an 1608, le 9 de janvier, durant le grand hiver, fort vieux, asthmatique, dans sa chaise, devant le feu, au faubourg Saint-Germain , qui est ce que peu de

gens savent, et que j'ai appris de bonne part. Il a pris aussi fort hardiment , à ce qu'il a confessé lui-même, de Ubertus Folieta, qui scripsit de rebus ligurum , et de G. Buchanan, de Rerum Scoticarum historia , qui est un admirable écrivain.

J'ai vu un petit livre en françois, in-quarto, fait par un médecin de Beauvais, nommé Mauger, touchant une fille près de Gisors, laquelle ne mangevit presque rien, et vixit. Mauger mème m'a dit que c’étoit une fille fort mélancolique; mais l’on m'a depuis dit qu’elle étoit morte. D’autres miracles je n'en sais point ; je ne crois que ceux qui sont dans le Nouveau Testament, et c’est assez pour moi (1). Feu M. Naudé, mon bon ami, disoit que pour n'être point trompé, il ne falloit point ajouter foi aux visions, aux inventions, aux mi-racles ni aux vénérations de ces gens qui cachent la tête dans un capuchon. Ad populum phaleras. Je n'ai point oui dire que le pénitencier de Notre-Dame ait de telles filles chez soi.

La femme de M. de Harlai, maître des requêtes, est ici morte, quinto die ab abortu. Elle étoit propre sœur eaque d'ilectissima de M. le premier président de Belièvre, qui est en grand danger de mourir, ex febre assidua et vitio pulmontis. Vituli multi cir . cumdederunt illum , aulici medicastri, et alii nebulones. Les . crocheteurs de notre quartier sont mieux traités qu’il n’a pas été : ils se sont mis en état de le saigner plusieurs fois, mais il n’est plus temps, ils ont commencé trop tard : elapsa era evaxioia. Les grands fomentent les charlatans, qui les tuent à la fin. Il prit hier après midi de l’antimoine dans un breuvage purgalif ; il a eu une très mauvaise nuit, et ce lundi matin, 12 de mars (pour nous montrer qu’il est entre les mains de gens qui raisonnent fort bien }, on lui a fait avaler du laudanum, guod nihil est aliud quém opiunc castratum , vel potius venenum fucatum. Y\ a une grande difficulté de respirer ; il

(4) Voilà qui est positif. Peut-être Gui Patin eût-il fait la réponse da cardinal Bessarion : « Ne me parlez pes des miracles nouveaux, vous me feriez douter des anciens. » (R. P.)

sue et tressue de grand ahan et d’une pure oppression ; il a le poumon ravagé et perdu , per malignitatem humoris diaphthorum facientis, et per omissam venæ sectionem initio morbi. Ce remède, hardiment et heureusement réitéré au commencement des maladies, est un des principaux mystères de notre métier, que les charlatans, les chimistes et les empiriques n'entendent point, uon plus que de s’abstenir de la purgation en ces commencements.

M. le premier président de Belièvre mourut hier mardi, 12 de mars, à sept heures du soir, Agé de cinquante ans, ex putrilagine pulmonis, cum febre assidua , quæ invaluit in dies, propter neglectam initio morbi sanguinis missionem , quæ est mysterium , aulicis medicastris ignotum. Je vous remercie de votre dernière, que je reçus hier, et du mot asfhma, qui est une conjecture assez raisonnable , et de vos deux thèses que j'attendrai patiemment. Je suis de tout mon cœur, etc.

De Paris, ce mercredi, 14 de mars 1657.

LETTRE CXXXI. — Au même.

Je vous écris la présente à plusieurs fins : premièrement ,, pour vous remercier des neuf thèses que j'ai reçues de votre grâce, par un honnête homme qui a pris la peine de les apporter céans, mais de malheur je n'y étois point; si j'y eusse été, je l’aurois remercié de la peine qu'il a prise ; je vous prie de l'en remercier pour moi.

Secondement, je vous dirai que j'ai porté chez M. Gérard le troisième livre de feu M. Guillemeau, avec quelques thèses de notre Faculté, et «entre autres, les trois auxquelles mes deux fils ont présidé depuis la Saint-Martin.

Troisièmement, nous avons ici M. Bonnard fort malade, âgé de huitante-trois ans, d’une fluxion sur la poitrine , qu'il a eue foible toute sa vie; j'ai peur qu'il n’aille bientôt chercher son beau-frère M. Riolan en l’autre monde.

Quatrièmement, M. de Belièvre, premier président, a été fort solennellement enterré dans Saint-Germain-l’Auxerrois, dans la chapelle de sa famille, après le service, auquel assista tout le parlement. La lharangue funèbre y fut faite par le sieur Darnien, j'entends le père Favre, jadis cordelier, aujourd'hui évêque d'Amiens.

Cinquièmement , le parlement continue de faire le procès à M. de Chenailles ; quelques uns d’iceux vont rigoureusement à la mort, les autres ne vont qu'au bannissement perpétuel. On croit ici que le procès ne sera point fini devant les fêtes, vu qu'il y a encore plus de soixante juges qui doivent parler. M. le président de Blancmeuil a l’honneur d’y avoir fort bien parlé 1n mitiorem sententiam, et en est fort loué, même de ceux qui vont à la mort.

Sixièmement, Gabriel Fontanus, medicus aquensis, a fait un livre tout nouvellement achevé à Lyon, intitulé : Medicina anti-emetica, où il a réfuté Van-Helmont, grand imposteur indigne d’être réfuté. L’Æippocrate de A. Foësius est achevé à Genève. Quinze jours après Pâques, le roi s’en ira à Amiens. On dit que Saint-Guilain est fort pressé, que le roi de Suède remonte sur sa bête, et que l’empereur a révoqué ses troupes qu'il envoyoit contre nous en Îtalie, pour résister au Turc qui le veut attaquer. On dit aussi que Eromwell se va faire déclarer et reconnoître roi d'Angleterre. La coqueluche qui a par ci-devant fort régné commence fort à s’apaiser de deçà. Le fils de Dan. Heinsius s'en va faire imprimer trois tomes d'épitres latines de feu M. son père, ad Varior; cela sera bon. On imprime Gerardi Jo. Vossit Thesaurus linguæ latine, in-folio. Je vous baise les mains, à M. votre fils, à M. Allen, à MM. de Blampignon et Maillet, et suis de toute mon affection, etc.

De Paris, ce 24 de mars 16b7.

LETTRE CXXXII. — Au même.

Il est vrai que, l’an 1695, M. J. de Gorris fit ici soutenir une belle thèse pour la saignée ; laquelle je vous enverrai quand il vous plaira, si elle n'est chez vous : il a dessein de les faire imprimer toutes deux ensemble avec des commentaires ; je voudrois qu'il l'eût fait. Tout le monde déteste ici l’antimoine, avec raison ; et néanmoins Guénaut et le gazetier en ont donné depuis six jours à un nommé du Gué de Bagnois, jadis maître des requêtes et grand janséniste, qui mourut le jour même. O pudor! 6 stolidi prœæceps vesania voti ! 1l faut être bien impudent, et ne se guère soucier de la vie des hommes, d’employet ce poison. Je fais leçon à Cambrai trois fois la semaine, mazimo auditorum concursu ; mais j'espère que pas un d'iceux n’en abusera jamais. Tous les rnumes sont passés , il ne reste ici que la rougeole, où l4 saignée fait merveilles (1). Le roi est à Compiègne. On dit que Cromwell nous envoie six mille Anglois pour mettre dans notre armée, qui doivent prendre terre à Boulogne. Jo. Rufus Tigurinus étoit de Zurich; son livre n’est pas grand'chose, prenez-le si on vous le veut donner. Le pape a fuit des cardinaux nouveaux, dont il n’y a pas de jésuites. Quidam scriptor de illo grege a tâché de réfuter l'Histoire du concile de Trente du Fra-Polo Sarpi, mais il n’y a rien fait qui vaille ; c’est un in-folio en italien. Nous sommes à la veille de rompre avec les Hollandois. On achève à Lyon le Varandæus, in-folio; «e sera un bon livre. On commence ici unin-folio qui sera l'Histoire de la vie du cardinal de Richelieu, aur les mémoires de madame d’Aiguillon; ce sera une histoire plâtrée. M. Fr. du Chesne le fils a fait l'Histoire des chanceliers françois ; il y aura 1 vol. in-folio, lequel est à moitié fait. Je vous baise les mains, à M. Allen, à M. votre fils, et suis, etc.

De Paris, ce 19 de maï 1657.

(1) Hors certains cas particuliers, nous sommes aujourd’hui bien moins hardis ou bien moins imprudents. (R. P.)

LETTRES DE GUI PATIN. 297 LETTRE CXXXIII — Au même.

Je n’ai rien oui dire des pharisiens de Bayonne; mais ils mériteroient bien d’être chassés de toute l'Europe ; sun enim viri nequissimi, et nebulones pessimi. Théod. de Bèze les à autrefois nommés ultimum Satanæ crepitum. Le toi ét lä cobr sont toujours à la Fère, et notre armée devant Montmédi, que le prince de Condé a tâché de secourir et n’a osé, se voyant empêché par le maréchal de Turenne ; de sorte que, sans un effort des Espagnols, qui pourront bien être repoussés s’ils l’'entreprennent, noûs pourrons avoir là place dans quinze jours.

MM. le maréchal de Gramihont el M. de Lionne ne sont pas encore partis pour aller à Francfort, où se doivent trouver les électeurs pour faire un nouvel empereur ; j'apprends aussi que le jour de l'assemblée desdils électeurs est différé et remis pour quelque ternps. Le roi de Suède et de Pologné traitent ensemble d'accord. La paix des Hollandois est faité avec ñous par Îa sabe entremise de M. le président de Thou, qui est à la Haye notre aïnbassädeur. Ün tient ici le pape bien malade, propter summam imbecillitatem renum et vesicæ, et omnium viscerum. On dit que M. le cardinal Antoine se dispose pour s’en aller à Rome, propter imminentem ponti ficis obitum. Deux cardinaux ÿ sont morts depuis peu, savoir : Rapacioli et Bichi: ce dernier étoit l’homme du Mazarin à Rome. J'apprends qu'il court ici quelques écrits et libelles pour le cardinal de Reiz contre M. de Marca , archevêque de Toulousé. Je crois que le Varandæus (1) est achevé à Lyon. La pesté recommence à Rome, et bien plus fort à Gênes. Madame de Lansac est ici morte d’une chute, avec trois plaies à la tête, âgée de soixante-seize ans; elle avoit été trépanée: elle avoit été gouverhänie du roi lorsqu'il étoit M. le dauphin. Je vous

(4) Vatandal (Jean), professeur À Monipellier. Nous y reviendrons ples tétü. (R. P.)

prie de faire assurer M. Pithou de mes très humbles respects, et que je souhaite tous les jours très ardemment son retour. Je vous baise les mains et à M. votre fils, à M. Allen, à MM. de Blampignon, Maillet et Sorel, et suis de toute mon affec-

tion , etc.

De Paris , le 30 de juin 1657.

LETTRE CXXXIV. — Au même.

Je dois réponse à deux des vôtres, et vous dirai pour la première que mon fils aîné n’a été qu’à Angers et n’a pas été jusqu’à Troyes. Je souhaite fort que jamais les nouveaux pharisiens ne mettent pied en votre ville; il est vrai qu’à Bayonne il y a eu du bruit contre eux; nous savons bien ici qu'il y a eu du bruit à Châlons. On dit que le roi est à Nanci et que bientôt il viendra à Châlons, et de là à Compiègne et à Fontainebleau, etc.

Pour votre seconde, je vous donne avis que nous n’exigeons rien pour la visite des apothicaires. Ce ne sont point les médecins qui donnent jour et heure de ladite visite ; cela a été contesté contre eux en plusieurs rencontres, et même en mon décanat. Aussi est-ce pourquoi le doyen n'y va jamais; il n'y a que les professeurs en pharmacie avec leurs adjoints. Pour ce que je dis contre eux au parlement, je vous assure que je n’en avois jamais rien écrit, mais d'autant que la Faculté ordonna que cela seroit remarqué dans les registres, je pense quej’en donnai quelques mémoires à M. Perreau, alors doyen, afin qu'il les mît dans ses registres, dont je n'ai ni brouillon ni copie. Je me souviens bien que je parlai contre l’abus de leurs drogues, et entre autres contre le bézoard, la thériaque et la confection de hyacinthe et d’alkermès, dont vous trouverez quelque chose de bon dans les ubservations qui sont derrière la thèse françoise de feu M. Guillemeau, de l’an 1648, lesquelles sont curieuses, ef de ma façon; vous trouverez

là-dedans des raisons de la doctrine ; il y en a aussi dans la préface du 29° livre de l'Histoire naturelle de Pline, et dans la préface de Mizaldus, in suo Alexippo (1), et in Erroribus popularibus Primerosit , et in Pharmacia Renodei, in Præfationibus utriusque partis. Si vous m'en eussiez plus tôt averti, je vous aurois cherché quelque chose là-dessus ; ce qui est aisé à faire, pourvu que j'aie du temps. En attendant, je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur, etc.

De Paris, le 2 d’octobre 1657.

Voyez Agrippa, de Utilitate scientiarum; il a fort bien dépeint les apothicaires et la plupart de leurs fourberies.

LETTRE CXXXV. — 4x même.

Je vous avertis qu'aux déclamations et oraisons de Mélanchthon il y a six ou sept volumes et autant d’épitres, sans compter celui qui a été imprimé en Hollande depuis environ

(4) Ce Mizaldus n’est autre qu’'Antoine Mizauld, médecin, né à Montluçon en 1880. 11 méla la médecine avec l’astrologie; puis, un peu d’intrigue aidant, il parvint à une telle réputation qu’on l’appelait l'Esculape de la France. Il finit même par abandonner la médecine pour Vastrologie, la première n’étant, selon lui, qu’unescience trop vulgaire. Il mourut à Paris en 1578. Mizauld a beaucoup écrit en latinet en français. On trouve la longue liste de ses ouvrages dans plusieurs biographies, et notamment dans les mémoires de Nicéron (tome XL). Parmi ses livres, on remarque le suivant : Nouvelle invention pour incontinent juger du naturel d’un chacun par la seule inspection du front et de ses linéaments. Paris, 1565, in-8°. Cardan avait déjà, en 1858, publié en latin sa Métaposcopie. En général, les ouvrages de Mizauld sont savants, mais bizarres, diffus, remplis de notions fausses, de préjugés, d’absurdités. On y trouve cependant des aperçus ingénieux, des idées jetées en germe et que le temps a fait fructifier. Toutefois, pour tirer de ce fatras quelques paillettes d’or, trois choses sont indispensables : beaucoup de discernement, une palience à toute épreuve et une paire de conserves première qualité. (R, P.) :

douze ans ; néanmoins, je vous promets de les chercher quand j'irai au pays latin, où je ne vais guère si je n'ai de grandes affaires. Je n'y prends jamais de malades, c’est trop loin : kie Seges est uhi Troja fuit. Je me souviendrai aussi de l'Erastus, quand il se rencontrera; mais cela est rare. J'ai bien envie de faire un recueil de tous les ouvrages de ca digne auteur et en faire pn bel in-folio; mais nos libraires n'y veulent point mordre, c'est la guerre qui empêche tout. Je n’ai jamais vu J.-B. Silvaticus, de Morbis simulatis (1). Celui qui a imprimé le Varandœus, à Lyon, s'appelle M. Fourmi. Je vous enverrai bientôt la thèse de M. de Gorris et celle de M. Guillemeau; dès que je les aurai , je les porterai chez M. Gérard. On imprime toutes les œuvres de Jo. Heurnius, in-folio, à Lyon, ce sera un bon livre. Il y a ici du Varandœæus, c’est un grosin-folio. Le même M. Fourmi a imprimé les Mémoires du maréchal de Tavanes, in-folio; mais il ne les vend qu'en cachette, à cause qu'il n'en a pu obtenir le privilége pour plusieurs choses bien hardies qui sont là-dedans, de François I+", de Henri II et de Catherine de Médicis ; et mômeil est dit 1à-dedans que Henri IV laissa revenir les jésuites pour la peur qu'il avoit de leurs couteaux. On imprime ici l'Histoire du feu cardinal de Richelieu, en deux tomes in-folia, et l'Asie du père Briet, in-quarto; un livre in-folio du père Yves, de Paris, capucin, de Jure naturali, et un certain Gyges Gallus, in-quarto, d'un autrecapucin nommé le père Zacharie, de Lisieux. M. Vander Linden nous a donné une nouvelle édition du À. Corn. Celsus, chez M. Elzevir, à Leyden , laquelle est fort nette, en laquelle il a corrigé le texte en huit cents endroits, en vertu de quelques livres que je lui avois prètés ; à cayse de quoi il m’a dédié cette nouvelle édition, tandis que M. J. Rhodius fait la sienne à Padoue inquarto; et à la fin nous ne manquerons pas de À. Corn. Celsus, car nous avons ici M. Mentel qui en veut donner un aussi. Feu M. Moreau avoit la même pensée, et il y en a encore un

(1) De is qui morbum simulgut deprehendendis liber, Mediolani, 1595, in-4r.

autre en Flandre qui idem pollicetur, addo verum illud Salomonts, faciendi plures libros nullus est finis.

Le roi est encore à Metz; on dit qu'il vient à Nanci, et de là qu'il retournera à Paris. Je vous baise les mains, à M. votre fils, età MM. nos bons amis Blampignon, Maillet, Barat, Sorel, Allen, etc., et suis de toute mon affection, etc.

De Paris, le 15 d'octobre 1657.

LETTRE CXXXVIL — Au même.

Je me souviendrai dans l'occasion de vous acheter ce que je trouverai des Déclamations de Melanchthon, hormis le premier tome, que vous avez. Les Disputes de Thomas Erastus contre Paracelse sont très rares; je suis après à faire imprimer toutes ses œuvres in-folio. Ah! que ce seroit un bon livre! Auro contra charus (1); il seroit un des premiers après Fernel. Il ya ici un homme qui marchande avec moi et qui a bien de la peine à y mordre ; toute cette difficulté ne vient qu’à cause de la guerre, de la cherté du papier et de la rareté des ouvriers. Je n'ai point vu Regimen Sanitatis de Magninus; toutes ces vieilles pratiques sont barbares, il n’y en a point une qui vaille celle de Jacques Hollier, cum Enarrat. Dureti. On imprime en Hollande bien plus malaisément qu'à Paris, et si on imprime l'Erastus, ce sera à Lyon ou à Genève.

Le roi est ici arrivé le lundi cinquième de novembre avec toute la cour. Le Mazarin se porte bien ; il paroït seulement sur son visage qu'il a été un peu malade. Le même jour mourut ici M. d'Elbeuf le père, ex utroque hydrope, hæpatico et thoracico. Les Espagnols ont encore chassé les Anglois de Mar. dik; mais M. de Turenne, qui est là auprès avec notre armée, les a fait retirer; en cette retraite, ils ont perdu environ cinq mille hommes Le duc de Mantoue a cédé Casal aux Espa-

(4) On plutôt cabus, mesure hébraïque d’environ trois pintes et demie pour les liquides, et la sixième partie du satum, ou demi-boisseau, pour les choses sèches. (R. P.)

gnols, qui, en récompense, lui ont donné Crémone : l'échange est fait de part et d'autre. Le prince de Conti est ici ; la reine de Suède est encore à Fontainebleau, où l’on dit qu'elle s'ennuie fort. Le roi de Suède est tout abattu, et le roi de Pologne rétabli. On dit que le roi s'en retournera à Metz dès le commencement du carême à cause des affaires d'Allemagne. Une sœur du Mazarin, religieuse en Îtalie, vient ici pour y être abbesse de Poissy à la place d’une tante du cardinal de Retz, laquelle a quatre-vingt-trois ans, et qui la recevra pour sa coadjutrice. Vale, ef me ama.

De Paris, ce 8 de novembre 1687. | Tuus ex animo GC. P.

LETTRE CXXXVIL — Au même.

Pour réponse à la vôtre, je vous dirai que M. Gérard se porte mieux, Dieu merci : après avoir été saigné plusieurs fois, et purgé pareillement, il se trouve quitte de son rhumatisme; et quelque temps après, il lui vint une goutte douloureuse aux deux mains : cela nous obligera de retourner aux grands remèdes, desquels il a été soulagé, et est de l’heure que je vous parle sans fièvre et sans douleur : so/a remanet imbecillitas partium que ante hæc affectæ fuerunt, nempe manuum et pedum. Il en sortira avec le temps, qui est un peu contraire aux convalescents. Frigus, inquit Euripides, convalescentibus et ertenualis corporibus inimicissimum. Le grand Simon Piètre disoit souvent : ÂWervosarum partium tonus difficillime restituitur. Mais enfin il en sortira avec le temps, après vingt-trois saignées, plusieurs lavements et quelques médecines. Je Jui ai aujourd'hui conseillé de se reposer, de ne prendre aucun remède que quelques lavements de deux jours l'un, et de se fortifier par une bonne diète.

En suite des coups de poignard que la reine de Suède a fait donner, pessimo exemplo, à son écuyer de Monaldeschi, il a été réglé qu'elle ne viendroit point à Paris, mais qu'elle ira à Bourges, où elle demeurera jusqu’à ce qu'elle ait permission

du pape de se retirer dans Avignon. lra-t-elle en cette Italie de Provence? Non puto si sapio, imo si illa sapiat, de peur de quelque parent du défunt. Vous savez que ces gens-là sunt ultionis appetentissimi, et que, ad instar monachorum, ils ne pardonnent jamais. Depuis ce massacre, le roi et le Mazarin l’ont été voir.

Le prince de Condé est fort malade à Gand ; il a envoyé quérir notre M. Guénaut, qui est allé cum bona regis venia, et partit samedi dernier : dicitur ex duplici tertiana decumbere, cum metu hydropis. S'il en meurt, il faudra dire : Belle äme devant Dieu s'ily croyoit (1). Heurnius est sous la presse à Lyon in-folio. On ne fait ici rien qui vaille. Je vous baise les mains et à madame votre femme, à MM. Sorel, Blampignon, Maillet, Barat et à M. votre fils, comme aussi à M. Allen, et suis , etc.

De Paris, ce 6 de décembre 1667.

LETTRE CXXXVIIT. — Au même.

Je sais bien que je dois réponse à deux des vôtres, et voilà que je vais m'en acquitter par la présente. Toutes nos assemblées se font en nos écoles, dans le grand bureau d'en haut, pour les affaires de notre faculté. Par l'autorité que nos statuts nous donnent, qui sunt edicta principis, confirmés en parlement; mais il n’y a que le doyen qui ait le droit de nous assembler : que s’il se présente quelque affaire pressante pour laquelle il ne veuille point assembler, tous les anciens n'y peuvent rien s'ils n’ont un arrêt de la cour qui, pour cette cause particulière, ne casse le statut. Avant que nous eussions nos écoles, il y a trois cents ans, nos assemblées publiques

(4) Voilà qui diffère infiniment de la magnifique oraison funèbre de Bossuet. On y lit: « Je n’ai jamais douté des mystères de la religion, quoi qu’on en ait dit. Chrétiens, vous devez l’en croire, et dans l’état où il est, il ne voit plus rien au monde que la vérité... » Mais qui a raison de Gui Patin ou de aigle de Meaux ? La vie du prince de Condé rend la réponse très diflicile. Il ne mourut que le 11 décembre 1686. (R P.;

se faisoient aux Mathurins, et les particulières se faisoient chez l’ancien ; mais tout cela fait moins à votre fait. Quand je vous dis nos statuts, j'entends le roi et le parlement, et cela de fort longtemps; car jai vu un titre dans notre grand coffre, où sont quantité de nos vieux papiers, qui porte : :Vouvelle confirmation des privilèges de la faculté de médecine de Paris de l’on 1132. Le doyen de la faculté est le maître des écoles : il a toutes les clefs, quatorze beaux registres, tous les autres papiers et tout l'argent, dont il rend compte exactement tous les ans : il est vindex disciplinæ® el custos legum. Nos statuts l'appellent capuf Facultatis (1). Et comme vous ne faites qu’un petit collége, dont les lois ne sont appuyées ni du prince ni du parlement, ne remuez rien, la chose n'en vaut pas la peine, ni le jeu la chandelle. Qu'ils fassent leurs assemblées où ils voudront; allez-y si vous voulez. Si vous replaidez ici, j’aurois peur que la sentence qu'ils ont eue contre vous ne fût confirmée par arrêt, d'autant que les grands ne veulent pas d'assemblées particulières. Tenez votre vieillesse en repos, et vous moquez de l'agitation d'esprit des méchants.

La reine de Suède est ici pour les ballets, la comédie et la foire de Saint-Germain. La rivière est si fort débordée, qu’elle passe et surmonte aujourd'hui le déluge de l'an 1651, guo nullum unquam fuerat majus. M. Vander Linden n'a pas cinquante ans; il vit à Leyden, où il est professeur à la place de J. Heurnius. |

Toutes les œuvres d'Erastus ensemble feroient un bon livre; j'avois céans tout cela, je l'ai baillé à un libraire de Lyon qui m'a promis de les imprimer in-folio; mais j'apprends qu'il n’a guère hâte. Aussi le temps est-il fort mauvais; on n'en trouve presque rien ici à vendre. Il y a plu-

(t) Ce doyen était en effet le maitre de la Faculté ; c'était un diet teur à la tête d’une république assez difficile à gouverner. On le réékisaii tous les deux ans. Decanus ipso sinyubis bienais oligitur (siatut, 51). Ce mode d'élection du doyen fut adopté en 1446 par la Faculté et suivi depuis constamment par elle. | (R. P.)

sieurs traités fort rares, et entre autres, ce qu'il a fait contre Paracelse, de Cometis, de Aura potabili, de Strigibus et lamniis, de Occultis Pharmacorum potestatibus, etc. Le recueil en seroit fort hon. Vale et me ama.

De Paris, ce 27 de février 1658. | Tuus œre et libru. G. P.

LETTRE CXXXIX. — Au même.

Pour réponse à votre dernière, je suis bien aise que soyez en meilleur état : la saignée ne pouvoit être que bonne en votre mal, quatenus fiebat à suppresso sanguine copioso, et en aviez besoin , etiam sine febre et sine plethora. À mesure que vous reprendrez vos forces, purgez-vous quelquefois de casse, de séné, et de sirop de roses pâles de l'an passé : le nouveau fait est encore trop âcre, posset provocare novum fluxum, quia purgat ad instar scammoniacorum. De vino myrrhato, multa habentur apud J. Gretserum de Cruce, in-folio; Sixtinum Amama, in anti-barbaro, mercurialem in vartis lectionibus, apud Fonum in Baronium, Grotium, Spanhenium , etc. Gilbertus Voétius est encore dans Utrecht, où il enseigne, et travaille au troisième tome de ses Disputes; il est homme avare, :diwque multis odiosus (1). Je n'ai rien vu de lui adversus Ignatiun de Loyola, mais bien un certain Siméon Lithur; ses thèses de Insolubilibus S. Scripturæ sont dans ses deux premiers tomes, Disputationum Theologiæ; je ne les ai jamais vues à part.

Les six tomes de Gassendi sont achevés à Lyon; comme aussi les Heurnius en deux petits volumes; il n’y en a point encore ici. L'on dit que le Paracelse est achevé à Genève. J'ai céans 7. Grotius, de Bello Belgico, in-fol., qui est un fort beau livre. On dit que nous aurons bientôt Gravelines. Le cardinal Mazarin est à Calais: le roi est à Fontainebleau avec la reine, où il se fortifie. Son mal n’a point été fort grand ; ce n’a été que synochus putris ab insolatu : neuf saignées l’en ont |

(4) L’eunemi acharné de notre grand Descartes. (R. B.)

délivré, et n’a pris que le tiers d’une once de vin émétique dans un grand verre de casse et de séné ; si bien que le gazetier n’est qu’un babillard et un moqueur, more suo. On imprimera quelque chose de cette maladie. Je vous baise les mains et à M. votre fils, et suis, etc.

De Paris, ce 24 d'août 1658.

Les augustins ont voulu faire les méchants ; le parlement en a fait mettre treize dans la Conciergerie,

LETTRE CXL. — Au même.

Je vous dirai mon avis de vos livres, puisque vous le désirez. L'Athénée de Casaubon est un fort bon livre(1) ; le Drexelius est un fort bon jésuite, et plût à Dieu que tous lui ressemblassent! Heurnius est un auteur classique ; il y a dans Zanchus beaucoup de travail et plusieurs mauvaises opinions. Polyantheaest bon, aussi bien que Bodini, Methodus historiæ, avec Sebiztus, de Acidulis : c'est un savant homme qui a beaucoup écrit, et n'a rien fait que de bon. Bacon étoit un chancelier d'Angleterre qui mourut l'an 1626, et qui étoit un grand personnage, esprit curieux et relevé ; tout ce qu'il a fait est bon. G. Dornavii, Amphitheatrum sapientiae sociaticae Joco-fercie est un livre fort curieux. Vous pouvez vous passer de tout le reste.

Le bonhomme M. Bonnard mourut le 23 d'octobre, âgé, ou plutôt accablé de huitante-six ans. Le roi, la reine et toute la cour sont partis d'ici samedi dernier, 26 de ce mois; ils s'en vont à Dijon, de là à Lyon et à Grenoble y chercher de l’argent par diverses inventions. On dit aussi que le roi ira en Provence et en Languedoc; même on dit que M. le Tellier, secrétaire d'État, a dit avant que de partir que le voyage du roi seroit de six mois. Pour ce que l’on dit du mariage du roi,

(1) Athenaeï Deipnosophistarum libri XV, gr. et lat., cum J. Dalechampü versione : ex recens. el cum nolis Is. Casaubont, Lugduni, 1687, 2 vol. in-{olio. (B. P.)

LETTRES DE GUI PATIN. 237 est mihi magnum mysterium; je ne pense pas que l’on marie le roi et qu’on fasse la paix tandis que la faveur présente durera. Tout est paisible en Angleterre ; le roi de Suède est toujours devant Copenhague, qui n’a pu être secouru jusqu'à présent par les Hollandois faute de bon vent avec lequel les vaisseaux pussent avancer. Il y a ici un livre nouveau intitulé : Utriusque Indiæ, historia medica et naturalis, fol. L'auteur en est un certain G. Piso, qui a fait par ci-devant l’Æistoire du Brésil. Je vous baise les mains et à M. votre fils, et suis de toute mon affection, etc.

De Paris, le lundi 28 d'octobre 1658.

LETTRE CXLI, — Au même.

Je suis bien aise d’avoir eu des nouvelles de votre santé, mais j'ai regret à la mort de feu M. votre frère.

Omnia transibunt, nos ibimus, ibilis, ibunt, Ignari, gnari, conditione pari.

Pour le Zribunal Medicum , je l'ai céans: c’est un Espagnol morgant et barbare, eo solo laudandus quod amet Hippocratem, mais son langage me dégoûte et sa pratique arabesque. Je l'ai acheté six livres et six blancs. Le Chronicum ostentorum per Lycosthenem est un livre chétif et menteur, mais curieux; c'est un livre d'humanité et n’en avez que faire. Le roi et toute la cour sont ici. Son Éminence est en colère contre le comte de Harcourt pour quelques paroles qui lui ont été rapportées. L’évêque de Bayeux est mort ; il étoit frère de M. de Servien, surintendant des finances : il est allé marquer les logis en l’autre monde, où il ne voit plus goutte, pour ce cher frère, que l'on dit qu'il mourra bientôt. On dit ici que le roi de Suède a déclaré la guerre aux Hollandois, et que les Anglois, pour s'obliger de faire l'été prochain la guerre en Flandre avec nous aux Espagnols, nous demandent trois villes d'assurance, savoir : le #avre de Grace, Calais et Gravelines.

N'’étes-vous point d'avis qu’oh leur donne? J'aimerois bien mieux une bonne paix par le mariage du roi avec l'infante d'Espagne ; ce nous seroit une reine de paix, fat, fiat. Nous attendons ici de Hollande le nouveau Eusebius Scaligert. Il s'est vendu depuis huit jours un Primerostius, de Febribus, in-quarto, qui ne vaut pas le Sennertus. Nous aurons ici bientôt les deux tomes des Lettres de M. Costar, dédiés à M. de Lamoiïgnon, premier président, et une nouvelle édition de Lucrèce, de M. de Marolles, qui sera gros et fort augmenté, dédié au même. J'ai céans le Gassendi en six volumes in-folio. Il viendra bientôt de Genève un fort bon livre, combien que huguenot, savoir, un recueil de thèses latines de théologie de quatre ministres, qui seront : Pierre du Moulin, Rambours, Capel et Beaulieu, in-quarto. On imprime en Itslie un beau Cornel. Celsus, in-quarto fort corrigé, avec beaucoup de notes critiqües, faites par Jo. Hliodids Darius, qui én a füreié toutes les bibliothèques d’talle (1). Oh iriiprinie Eh Atigleterte uit Bible latine, Diversorum, en sept volumes in-folio, dont tous les commentaires ne seront tirés que des écrivains et auteurs protestants. J'attendsde Hollande, Historia medica et naturalis indie, Bresilie, ete. Lé père Briet s’en va faire imprimer sori Asie, et par après l'Afrique et l'Amérique eh trois tomes inquarto, comrhe 1] nôus a donné son Europe; il est bon et savant homme, sed ejus opera sunt centones Loyolitici. M. le rnaréchal de Tüutenne est ici. Je vous baise lés maïns et à M. voire fils, et suis, etc.

De Paris , le 7 de février 1669.

Huit vaisseatix hollandoïs chargés de marchandises sont péris sur mer par les vents de la tempête : voilà une grandé perte dont je suis bien marri; il y avoit aussi des livres, et

(4) Je ne connais pas d’édition de Celse par J. Rhodius (né à Capenhague en 1587, mort à Padoue le 44 février 1659) ; mais il a publié De Acia Dissertalio ad Cornelit Celsi mentem qua simul universa FraTLAE

ratio explicantur, Patavii, 4639, in-4°. — KFdente Th. Bartholini, Hafnisæ, 1672, in-4°. (R. P.)

LETTRES DR GUI PATIN. 239 même il y en avoit un petit paquet pour moi; mais je vourois bien qu’il n'y eût que cela de perdu, personne n’en feroit banqueroute; entre autres, il y avoit un in-quarto latin de Samuel Maresius intitulé : Joanna papissa restituta. Je baise les mains à MM. de Courberon, Allen, Sorel. Maillet et Barat, et à madame votre femme.

Ce 8 de février 1659.

vE LETTRE CXLII. — Au même.

Je vous dirai, pour réponse à la vôtre, que persohne ne doit douter de la paix entre France et Espagne; elle est assurément faite, arrêtée et signée : l’on dit seulement qu'il y reste quelque chose sur le fait du prince de Condé. L'infante d'Espagne sera notre reine; on dit qu'elle n’est pas fort belle, mais qu’elle a beaucoup d'esprit. Je souhaite qu’elle n'en ait que ce qu'il lui en faut, et pas plus d’ambition que de raison. Pour la publication de la paix, je ne sais quand ce sera : mysferium est, aussi bien que les fraits de ladite paix; personne ne dit quand le peupleen sera soulagé, quand on ôtera les impôts, et quand on diminuera les entrées des villes et la taille. Néanmoins, quoi qu'il en soit, la paix est faite, je vous prie de tenir cela pour tout assuré.

Le roi passera ici la fête du Saint-Sacrement, et après se retirera au bois de Vincennes, puis après à Fontainebleau. Le cardinal partira d'ici le 24 de juin pour s’en aller à Bayonne conférer pour l’exécution du mariage du roi avec dom Louis de Haro, ministre d’État d'Espagne: et, environ deux mois après, le roi même partira pour aller au-devant de sa future femme. Le cardinal en a la commissiori signée du roi, de Ja reine, de M. le chancelier, et scellée du grand sceau.

Les augustins ont ici fait force momeries, à la mode des moines, wf ëmperitorum oculis tenebras offenderent, pour relever la fète d’un certain saint prétendu de leur ordre, cano-

nisé depuis peu, frere Thomas de Villanova, archevèque de Tolède. On a vu ici leur père général en procession solennèlle, qui étoit venu de Rome.

: Nous avons ici perdu, le 3 de ce mois, le bonhomme M. Baralis; il est mort à l’âge de Platon, huitante-un ans. J. Rhodius Danus est mort à Padoue, âgé de soixante-doure ans; c’est lui qui nous a donné le Scribonius Largus, et qui travailloit au À. Corn. Celsus. Il a donné tous ses manuscrits et ses livres à un jeune homme danois qu'il avoit pensionnaire en son logis.

Les Anglois se mettent en république ; ils ont effacé la mémoire et ont Ôté la statue de Cromwell. Voilà de la graine de Venise et de Hollande, laquelle prend racine en cette fle jusqu’à ce qu'il vienne quelque Catilina qui étouffe la liberté et se rende maître. Le Thesaurus linguæ grecæ, de Henri Étienne, est un fort bon livre, il vaut bien trente livres. Le Cardan n'est pas encore commencé à Lyon, mais on y imprime le Barontus, On a fait à Heidelberg le second et le troisième des Épitres de Salmasius ; à Altembourg, un tome d’Épitres lasines de Gaspar Hofmannus et de Thomas Reinesius, et à Strasbourg le Manuali medico practicum Melch. Sebizti. Tout cela sera bon. On a depuis peu imprimé en Hollande plusieurs traités, et entre autres une quatrième édition Primerostus, de Vulgi erroribus in medicina (1), augmentée d'un tiers, et un sien traité de Febribus, qui est bon : a/ia mox subsequentur. 11 y a

(4) Ce Primerose, quoique d'une famille écossaise, était né en Saintonge. C’est par les libéralités du roi d'Angleterre, Jacques I<', qu'il put se faire recevoir médecin. Il exerça sa profession à Bordeaux, puis en Angleterre, où il mourut. Il attaqua avec acharnement la grande découverle de la circulation du sang. Ses ouvrages, maintenant oubliés, sont assez nombreux. Les deux principaux sont : Exercitationes et animadversiones in librum, de motu cordis et circulatione sanguinis , adversus Guillelmum Harvœum. Londres, 1630, in-4°; Leyde, 1639, in-4°; puis le de Vulgi errortbus in medicind, dont les éditions furent multipliées. Il y en a une traduction française par de Rostagny. Lyon, 1689,

in-8e. (R. P.)

aussi un nouveau livre in-folio, Gal. Pisonis, historia medica et naluralis indiæ. On y imprime présentement, As/rologia gallica Joannis Morini, artium mathematic. professoris regii. Je ne sais si ce livre sera bon, mais cet homme étoit fou ; je lai connu particulièrement les trois dernières années de sa vie. On imprime à Genève un recueil de thèses latines de feu Pierre du Moulin, Rambour, Capel, de Beaulieu, et autres ministres. Ce livre sera bien curieux, voilà ce que je sais. Je vous baise les mains et à madame Belin, à M. votre fils, à M. Sorel, à M. Allen, et à nos autres amis. Vale et me ama.

Datum Parisiis, die lunæ 9 junii 1659.

LETTRE CXLIII. — Au même.

Je vous dirai pour nouvelle que le roi fait diligence pour arriver à Bordeaux, où il ne fera que passer pour arriver au plus tôt à Bayonne, d'autant que le roi d'Espagne doit partir le 16 d'août pout venir jusque sur notre frontière. On ne doute point de la paix ni du mariage, mais personne n'en sait les conditions; néanmoins on dit que l’Alsace nous demeure par ce mariage, et que le roi d'Espagne nous acquitte de ce que nous en devons à l'empereur. Tous les protestants de l'Europe ont grande peur et soupçon de cette paix des deux couronnes ; ils ont peur par ci-après d'être attaqués, et non sans raison; car si les dèux couronnes s’y prenoient de bonne sorte, ac in id totis viribus incumberent , on leur feroit bien du mal. Si tous étoient bien unis ensemble, j'avoue bien qu'ils feroient uu puissant parti, mais d’ailleurs ils ne s’accorderont jainais pour cet effet; les Suédois sont trop ennemis des Hollandois, et les Anglois des Danois. Les huguenots de France viz aliquid possunt, capitis et urbium defectu. Les protestants d'Allemagne ne seront pas sitôt attaqués, vu que Saxe et Brandebourg firmiter adhærent tmperatori, que le palatin est des uôtres, et même que l’empereur n'est guère fort et nullement

en état pour une telle entreprise; joint qu'il est fort mal content de ce que nous lui ravissons sa prétendue femme et que vous lui étouffons de grandes espérances. D'ailleurs, l’Angleterre est en un état fort incertain et à la veille d'être fort brouillée, præsertim si exoriatur ex regis Caroli cineribus aliquis ultor, vel Cromwellus alter vel novus Catilina. Les Hollandois sont aussi fort repentants de la paix qu'ils ont faite avec l'Espagne, nobis invitis, à Munster l'an 1647. En voici la raison : c'est qu'ils ont peur que par notre mariage avec l'infante d'Espagne nous pe nous accordions à leur faire la guerre et à les priver de leurs biens, de leur liberté et de leur prétendu droit de navigation dans les Indes ; ils ne pourroient, eu ce cas-là, guère espérer de services de leurs voisins : les Anglois leur sont ennemis aussi bien que les Suédois et les Portugois. Quoi qu’il en soit, vifio et exitio humanæ gentis, la paix ne sera jamais si universelle que la guerre ne reste en quelque coin ; il y aura toujours quelque fou ou quelque malheureux qui fera de la peine aux autres. Même le pape et les jésuites ne manquéront jamais de remuer la guerre contre ces gens-là, qui ne veulent point croire au purgatoire ni acheter de leurs indulgences, médailles, grains bénits et autres bijoux spirituels, quorum turba hoc satagunt ut in dies dementetur populus , non duntazxat tunicatus ille, sed et alit, quinimo et ipse principes, cum quibus sincretiemum agunt : ducunt etiam in captivitate, mulierculas oneratas peccatis, boni illi patres et falsi prophetæ, prurientes auribus, etc. Avez-vous vu tout ce que les curés de Paris ont fait contre eux depuis peu, et principalement le huitième écrit, lequel sera bientôt suivi d’un neuvième et dixième? Au reste, le mariage du roi avec l'infante d'Espagne est l'ouvrage des mains et de l'esprit de la reine qui nous apporte la paix ; elle s’y emploie violemment et généreusement : sibt videt atque præcavet ; elle prend ses assurances pour le futur, coque prozimo. 11 y a ici des gens entendus , æguales apud Ciceronem vocantur periti pragmatici, qui croient que la scène changera et que le vieux théâtre sera

renverse ante annum; c'est elle seule à qui nous avons l’obligation du bien qui nous en reviendra, et si elle ne s’y fût obstinée, la guerre eût duré plus longtemps que son auteur ne durera, et le roi eût été obligé de chercher femme ailleurs. Il y a grande apparence qu'il en eût pris une qui est à la cour, de gente gabella ; mais Dieu ne l’a pas voulu. Von erat in fatis que le plus puissant prince de l'Europe et le premier roi de la chrétienté se mésalliât si fort; nec decebat omnium nobilis- «tmaun regem tam impuro et ignobili sanguine fœdari; qui est une rencontre dont tous les honnêtes gens et bons François se doivent fort réjouir, et en savoir grand gré à la reine, laquelle prudemment et généreusement en a empêché le coup, qui autrement en fût arrivé, au moins il y en a toutes les apparences.

Hic habes prœæsentem rerum nostrarum statum. Quand je saurai d’autres nouvelles, je vous en ferai part. J’aitends tous les jours Manuale Medico practicum Melch. Sebizii, et Exemplar amæbeas Casp. Hoffmanni et Thomæ Reinesii. On achève à Lyon l'Histoire généal. des ducs de Savoie , en deux volumes in-folio, avec des tailles-douces ; M. Guichenon, fort habile bomme, en est l'auteur. Vale, carum caput , ef me ama.

De Paris, le 6 d'août 1644.

LETTRE CXLIV. — Au même.

Je ne sais rien de si certain et si véritable que je voudrois bien vous écrire; néanmoins, je vous-fournirai ce que j'en sais présentement. Le roi est encore à Bordeaux, où il attend le cardinal Mazarin, qui y doit arriver, à ce qu'on dit, le 5 de ce mois; on dit qu'après ils iront à Montauban, où les huguenots ont fait les sots ; ils y ont pendu leur évêque en effigie. On dit que le roi y en fera pendre quelques uns et y bâtir une citadelle ; puis après qu’ils iront à Toulouse, et que, le temps venu , ils iront à Bayonne. On dit que ce sera M. le

maréchal de Grammont qui ira en Espagne quérir la reine; mais il court un bruit que le roi d'Espagne est fort malade, et qu’il a fait son testament. On tient que les entrevues sont achevées, et que la conclusion est entièrement faite pour {a paix et le mariage.

I y a bien du bruit en Angleterre; divers partis y sont armés , le roi y est entré: il est dans Exeter, comme en retraite et lieu de sûreté. Il y a été appelé par le parti des presbytériens , qui sont les luthériens ; mais il y a d’autres partis contraires, à quibus sibi debet metuere : ardua res est quam suscepit ; mais je pense qu il fallait faire ainsi. Omnibus magnis in rebus conatus est in laude, eventus in fortuna. S'il ne se pousse, personne ne le poussera. On attend ici journellement des nouvelles de Londres.

J'ai eu ici entre mes mains le catalogue de la foire de Francfort, de Pâques, dans lequel on nous promet pour celle d'automne deux livres nouveaux, bons et curieux, de médecine, savoir : 7homæ Reïnesit, cxemplar ud Casp. Hoffmanum, etc., in-quarto; l’autre est Hfelch. Sebizii, Speculum medico-practicum, in-octavo. Il pourra y en avoir à Paris et à Lyon le mois de novembre prochain. On fait en Hollande uu recueil de toutes les œuvres de Joan. Wierus; ce sera un in-folio. On y imprime aussi le Rabelais, qui sera de belle impression. Vive, vale, et me ama.

De Paris, le mardi 2 de septembre 1669.

LETTRE CXLV. — Au méme.

Je vous dirai pour nouvelle de la cour que le roi est toujours à Bordeaux, que les entrevues seront bientôt finies, et qu'aussitôt le cardinal reviendra trouver le roi à Bordeaux, et M. le maréchal de Grammont partira pour aller en Espagne quérir l’infante, et l'amènera au roi. On dit que tout est accordé, mais que le parti du prince de Condé ne lui est pas

fort avantageux. Madame la maréchale de Guébrian est morte à Périgueux, en quatre jours; elle avoit le brevet de dame d'honneur de la reine future. Elle doit plus de cent mille écus ; mais la reine lui doit quarante mille pistoles, qu'elle lui prêta l’an 1649, au siege de Paris. M. le Roi, premier commis de M. le Tellier, secrétaire d'État, est mort à Amboise. C'est une charge de trente mille livres de rente. Avanthier M. d’Aguesseau mourut à Paris, maître des requêtes, du vin émétique de Beda, sieur des Fougerais, instgnis agyrtæ, et impudentissimi nebulonis. Le roi n'ira point à Toulouse ; on croit néanmoins qu'il ne sera guère ici qu’à la fin de décembre. Je suis bien aise que M. Barat soit échappé de son mal; je vous prie de lui faire mes recommandations : je fais grand état d'honnêtes gens comme lui. ?ari quippè bont : doleo acriter ac œgrè fero, quod tam multa liceant improbis ac agyrtis în arte nostra. Henricus Citadinus est un jeune homme de Paris, nommé Henri Bourgeois, qui est médecin en quelque petite ville de Bourgogne; son livre est intitulé : Henr. Citadini Paradoxzum. Rectè judicasti orthodoxum de natura sanguinis, in-octavo. Je ne l’ai point encore, vidi tantum. On imprime ici un in-quarto J/. Gorrœæi, Opuscula medica ; cela sera bon. Un jésuite nommé Lescalopier y fait imprimer un infolio qui sont des commentaires in C'iceronem, de natura Deorum. On fait en Hollande un nouveau Rabelais , qui sera de belle édition. J'attends le mois prochain Melch. Sebizii, Speculum medico-practicum , in-octavo , et Eremplar Thomæ Reinesit et Gasp. Hoffmanni , in-quarto. On imprime à Rome, en quatre tomes in-folio, le Ciaccontus, de vitis Pontif. Rom. et Cardinalium, continué jusqu’en ce temps (1). Il y aura bien là de la fourberie, car c'est un jésuite qui fait tout, M. Huguetan, de Lyon, a imprimé Zamburinus in Decalogum, in-folio : c'est un livre pire que l’Apologie pour les casuistes du père (1) Alph. Ciacconius, Vitae et res gestae pontificum romanorum et cardinalium , ab initio nascentis ecclesiae ad Clementem 1X, ex recogritions August. Oldoint, Romae , 1677, 4 vol. in-fol. (R. P.)

Pirot, qui a été tant de fois censurée ; il est ici mort depuis d’un cancer sur la langue : ea parte periif qua peccaverat. Je vous prie de faire mes très humbles recommandations à M. Copois, le conseiller, qui m'a fait l'honneur de me venir entendre au collége royal. Ze filiumque tuum salut. Vale.

De Paris, ce lundi 15 de septembre 1659.

LETTRE CXLVI. — Au même.

J'ai tant eu d’affaires dépuis un mois, que je n’ai pu vous écrire, ni faire réponse comme j'eusse bien désiré ; même je me souviens que je dois réponse à M. Barat, et néanmoins je ne sais où est sa lettre; je vous supplie de m'excuser envers lui, et de lui dire que je suis son très humble serviteur, et que je le remercie de l'honneur qu'il m'a fait de m'écrire. Je n'ai point vu {es Provinciales, in-octavo, je n'en ai qu'oui parler ; mais je crois qu'il y en a une édition. L'on m'a dit qu'il s’en fera une autre in-quarto, dans laquelle seront toutes les Provinciales et leurs dépendances, toutes les censures des évêques, toutes les lettres des curés de Paris, de Rouen, d'Amiens, etc., la censure de Rome, et encore quelque chose ajouté ; celle-là sera la meilleure de toutes. Donnez-vous un peu de patience ; M. Léonard est un de ceux qui ont des premiers , mais il faut attendre, en jouissant des deux sortes que vous ave, car on en fera encore une autre latine, laquelle sera meilleure et plus ample.

Je n’ai point vu ni rien oui dire de catte vie d'Erasme, que l'on m'avoit dit qui s’imprimoit en Angleterre, et néanmoins c'étoit un conseiller de la cour qui me l'avoit dit. J'ai vu et la avec grande joie cette épître de D. Baudius touchant Erasme, il y a plus de trente-huit ans; cette vie d'Érasme a été imprimée in-4° et puis in-12 ; elle a été aussi mise au-devant des épitres imprimées à Londres in-fol., l'an 1642; elle a été pareillement imprimée avec ses opustules in-12, depuis quel-

ques années en Hollande, l’an 1642. Une autre vie du même se trouve aussi apud Melchiorem Adamum, in Vitis Philosoph. Theolog. , etc. Germanorum, et in Bibliotheca Belgica Valerii Andreæ, in-4°, et in Ælogiis Auberti Miræi, etin Athenis Belgicis Franc. Stoeertii, in-fol., et in monumentis ac elogiis illustrium virorum, Morci Zuerii Boxhornit, in-fol., etc., 1638, et in Elogiis Theod. Beze, in-4°. Elle est aussi dans un livre in-8° que j'ai vu, et peut-être que j'ai; même Cardan l'a tant loué in suis duodecim genituris, à qui seul il en a donné une entière, qui est fort belle. Beatus Renanus, qui fuerat ei amanuensis, et eu- Jus commendatione factus est Canonicus Vesontinus, ejus vitam scripsit : valde etiam laudatur à Zuerio Borhornio, in sua Holkandia , page 285. Feu M. P. Bertius, professeur du roi en géographie, qui mourut ici l'an 1629, ex dysenteria atrahi- . liaria, m'a dit lui-même qu'il avoit fait toute la vie d'Erasme, quam ex omnibus ejus operibus collegerat ; mais elle n’est pas encore en lumière : je ne sais si ce n'est point cellelà que l’on parle d’imprimor en Angleterre. Il est vrai qu'Érasme étoit bâtard, tant de gens l'ont dit ; lui-même l'avoue au commencement de sa vie. Le premier qui l'a dit, et qui lui a reproché, a été Scaliger le père, de ce qu’il écrivit contre lui, pi'o Cicerone, qui se trouve in-quarto. Spurius de Erasmo, ce sont ses mots : grande hoc secretum didicerat à Monachis; mais Erasme mourut en même temps, et Scaliger 6e repentit de l'avoir fàché et d'avoir écrit contre lui, comme il parait par une épigramme qui est inter ejus poëmata, laquelle finit ainsi :

lite rgo, qui fnsanæ ridebam culnera mortis, Condtrèque Æinæa tela trisulca man :

Ad quodvis stupeu momentum , ac lrrilus adslo, Maxima quam videam Numina pos:e mari.

L'épigrumme commence par ces deux vers : tn Heroïbus, pag. 323 :

Tünc etiam moreris ? Ah! quid me linquis Erasme, Ante meus qudm sit conriliætus amer ?

Joseph Scaliger s'est plaint de son père maintes fois en sa vie, de ce qu'il avoit écrit contre Erasme, qui étoit un si grand personnage. À. Possevin, jésuite, a reproché à Erasme qu'il étoit bâtard et qu'il avoit été moine; je voudrois bien savoir si , de tous les carabins qui sont sortis de la brayette du père Ignace , il n’y en a point quelques uns dont la mère ait été gaillarde jusqu'à ce point. Auriculas asini quis non habet? quasi patres isti de fœtura Loyolæ omnes essent inculpati.

Les deux chaires vacantes de Montpellier sont adjugées (1), l’une à un nommé Chicoyneau (2), neveu de feu M. de Belleval, l’autre au jeune Sauche ; deux autres en ont appelé, et en plaident à Toulouse, savoir, Louis et le jeune Scharpe. Le nommé Châtelain, gendre de Courtand, qui avoit disputé, s’en est exclu lui-même. Il tomba malade, envoya quérir un charlatan qui jouoit sur le théâtre dans Montpellier, et prit de sa main uue dose d’un certain vinum vifæ, quod post tres horas factum est illi vinum mortis; il en mourut trois heures après en vomissant : erat vinum ex stibio emeticum. Le roi est à Toulouse; on dit qu'il s'en va en Provence. On attend le retour d'Espagne de M. le maréchal de Grammont. Le cardinal est guéri de sa goutte. Il y a grand bruit en Angleterre pour le lord Lambert , qui veut se rendre le maître, et avoir la place de Cromwell. Le second fils du roi d’Espagne est mort. La paix est accordée , mais elle n’est pas signée ; je ne sais si la mort de ce petit prince n'y apportera pas quelque retardement. Je

(1) On doit remarquer que dès cette époque, et méme bien avant, les chaires de la faculté de Montpellier étaient mises au concours, ce qui n’eut jamais lieu à la faculté de Paris avant la révolution. L'instruction, dans celle-ci, était d’ailleurs très négligée , et cependant les réceptions très difficiles. C'était là l'esprit de la corporation, qui n’en acquit pss moins une grande célébrité. (R. P.)

(2) Michel Chicoyneau, professeur et chancelier de l’école de médecine de Montpellier , né à Blois et mort à Montpellier en 1701, eut pour fils François Chicoyneau, premier médecin de Louis XV, né à Montpellier en 1672, mort à Versailles le 13 avril 1751. (R. P.)

vous baise les mains, à madame Belin, à M. votre fils, et à MM. de Courberon , Allen, Barat, Maillet, Sorel et le Grain, et suis, etc.

De Paris, ce vendredi 7 novembre 1659.

LETTRE CXLVII. — Au même.

J'ai reçu de M. Gérard votre paquet de thèses, que je vous renvoie à quand il vous plaira tout entier, où tout au plus je n'en retiendrai que très peu, et ce qu'il vous plaira. Je vous remercie de votre bonne volonté et affection. Il n’y a point eu de morts illustres ici depuis M. le maréchal de l'Hôpital. Mardi dernier y fut pendu et brülé un prêtre, qui étoit un méchant fripon; il y en a encore deux autres dans le Châtelet qui ne valent pas mieux, l’un desquels est le curé d’Ecouen, à dèux lieues de Saint-Denis; celui-ci est Normand, l'autre étoit de par-delà Amiens, devers la frontière. Le saint et sacré célibat des prêtres emplit le monde de putains , de coeus et de bâtards La troupe loyolitique a perdu le père de Lingendes, qui étoit un de leurs prophètes : af ëmpleuit necessitatem naturæ, prœivit ille, sequentur alii. I] y a ici des lettres du 29 d'avril, lesquelles portent que le roi étoit arrivé à Bayonne; de là il ira à Saint-Jean-de-Luz et se rendra à l'île de la Conférence, qui est l’île des Faïsans, où se fera l’entrevue des deux rois: y puissent-ils faire une bonne paix qui dure longtemps, quæ nihil habeat insidiarum!

Le roi d'Angleterre étoit prêt de retourner à Londres, mais il y est survenu un puissant empêchement : c'est que le colonel Lambert est sorti de prison et fait un parti contre le roi; il faut renvoyer et abattre cette nouvelle hydre, qui peut avoir plusieurs têtes. Le cardinal Mazarin fit chasser d'ici l'an passé un certain Hollandois nommé-7. de Wicquefort, qui étoit ici résident pour l'électeur de Brandebourg; il est en Hol-

lande, où il fait imprimer quatre de ces livres de diverses choses qui appartiennent à notre histoire : cela fera du bruit. On dit que Theses Sedanenses, qui feront deux gros volumes in-quarto, seront achevées à Genève, à la Saint-Rémi. On continue le Cardan à Lyon. Nous n'avons point encore vu le livre de M. Sebizius, Speculum medico-practicum. M. Vander Linden en fait une troisième édition de son livre, de Scriptis Medicis, laquelle sera fort augmentée. Nous aurons ici bientôt l'Histoire du cardinal de Richelieu, en trois tomes in-folio ; mais le sieur de Saint-Germain est au guet, pour la réfuter; ce ne sera qu'une histoire plâtrée. Je vous baise les mains et à M. votre fils, et suis de toute mon affection, etc.

De Paris, ce vendredi 7 de mai 1660.

LETTRE CXLVIIT, — Au même.

J'ai reçu la vôtre, dont je vous remgrcie, avec le catalogue des livres, que j'enverrai cette même semaine à M. Vanderlinden afin qu'il eu fasse son profit. Quoi qu'il en arrive, je crois qu'il ne manquera pas de vous an remercier; il est trop honnête homme et plein de gratitude. Le livre de M. de la Chambre sur les aphorismes a été imprimé il y a déjà quatre ou cinq ans ; mais il n’y en a qu'une partis. Je n'ai paint encore vu chez aucun libraire à vendre un livre nouveau du jésuite Pallavicin, contre l'Histoire du concile de Trente, de Fra-Paolo; mais il y a des particuliers qui l'ont fait venir d'Italie : ce sont deux volumes in-folio en italien (1). His nous viendront en latin; car il y a un jésuite à Rome qui travaille à cette version, et un autre qui travaille à une nouvelle édition du Ciacconius, de vitis Pontific, Rom. et cardinalium , la-

(4) Histoire du Concile de Trente, par Fra-Paolo Serpi, trad. de l'italien , avec des notes par P. F. Le Courayer, Paris, 171, 3 vol. in-4°.

k LETTRES DE GUI PATIN. 251

quelle aura quatre tomes in-folio. Ne vous étonnez point de ce que disent les jésuites contre Érasme; ils voudroient avoir tout renversé et avoir tout changé; leur théologie morale et leur Escober ea font foi. Ils n'ont jamais bien connu feu M. Grotias, qui a été fort mon ami, et qui les connoissoit bien. Peutêtre qu'il avoit envie de se servir d'eux en ce qu’il avoit dessein de faire, s'il fût ici arrivé sain et sauf de son voyage de Suède. Il n’y a rien à espérer de feu M. Moreau. Son fils pense à autre chose; il dit qu’il veut achever la Vie de feu M. Naudé, mais je crois qu'il n’en fera rien; il est professeur du roi et travaille tant qu'il peut. Il y en a qui disent que notre roi devoit être marié le 20 de mai, et que tôt après tout le monde reviendra de deçà. Le roi d'Angleterre s’en va être: rétabli. M. Thomas Bartholin m'a écrit de Copenhague, capitale de Danemark, d’où il me mande qu'il y fait imprimer quatre livres nouveaux, que je recevrai de sa part en leur temps. M. Sam. Bochart, ministre de Caen très savant, s'en va faire imprimer son grand livre, qui est entièrement achevé, de Animantibus sacræ Scripturæ (1); et puis après il fera imprimer son Phaleg , augmenté, duquel on ne trouve plus d'exemplaires. M. Bartholin ne savoit pas que feu M. Riolan fût mort ; je lui avois mandé, mais il n'avoit pas reçu ma lettre. Gaspard Barthius est mort depuis peu à Leipsick. Un médecin suisse m'a envoyé par présent un livre in-quarto qu'il a fait : de Apoplexia. Son frère, qui est mon auditeur, me l’a rendu. On achève en Angleterre une belle Bible toute latine, en sept tomes in-folio : cum commentariis variorum. Vale, el me ama.

De Paris, le lundi 24 de mai 1660.

(4) Une édition nouvelle de ce livre a été publiée sous ce titre : Hiero-

zoicon, sîive de animalibus sacræ scripluræ, recensuit, suas notas adjecit E. F. C. Rosenmuller, Lipsiæ, 1793 —1796, 3 vol. in-4°.

LETTRE CXLIX. — Au même.

Eu attendant qu'il nous vienne quelque chose de certain de

la cour, touchant la fin des conférences que les deux ministres avoient recommencées, touchant l'arrivée du roi d’Espagne sur la frontière et touchant le mariage du roi, je vous dirai que j'ai marié mon fils aîné, depuis deux jours, à une belle fille, qui est sortie d'honnêtes gens et d'une famille dont j'ai été le médecin depuis vingt-cinq ans; elle est belle, elle est riche : ufinam cœtera consentiant | Est non anceps et dubia conjugiorum alea. Vous savez ce qu'en a dit Pierre Charon eu sa Sagesse, livre divin.

Le roi d'Angleterre s'approche pour s'en aller prendre possession de son royaume, qu'il n'a reconquis que par sa patience , et quelque peu d'intelligence assez foible qu'il avoit de delà; mais plutôt par la mauvaise intelligence qui étoit dans toute l'Angleterre, parmi tant de partis différents , tant pour leurs intérêts particuliers que pour la diversité de religion , quæ illic passim dominatur. J'ai vu ici lettre qui portoit que l'on alloit faire le procès à la mémoire d'Olivier Cromwell; qu'il seroit déterré, ses os bràlés, et les cendres jetées au vent. Lambert, qui est prisonnier, est en grand danger d’être puni de mort, pro regia cæde. Unum pro multis dabitur caput. Voilà un étrange changement et d’horribles revers de fortune. J'attends tous les jours des nouvelles de M. Sebizius, touchant sa Nouvelle méthode particulière, imprimée à Strasbourg, et des nouvelles de Genève, touchant les deux tomes du recueil qu'ils font des 7/hèses huguenotes de Sedan, qui sera un ouvrage bien curieux. Je vous baise les mains , à M. votre fils, à MM. de Courberon , Allen, Sorel, Barat, Maillet, Blampignon , et autres collègues, et suis, etc.

De Paris, le 2 de juin 1660.

LETTRE CL. — Au même.

Je dois réponse à deux des vôtres, dont la seconde me fut hier rendue par M. votre fils. Cet avocat de Rouen est un fou, dignus vinculis Hippocratis. Je ne sais rien du Rabelais, pas même s’il est commencé, car je n’en apprends rien: on m'en avoit autrefois assuré, mais je n’en vois point d'effet. Je n'apprends rien de la Vie de M. Naudé; je pense qu’elle ne s’imprimera point, car elle n'est point achevée. Pour le traité de Serpentibus, de Gesner, je n’en puis traiter si je n’ai quelqu'un qui aille à Francfort ; mais nos libraires n'y trafiquent point; peut-être que dorénavant il en viéndra quelqu'un de decà.

H est mort un honnète homme de libraire à Lyon, nommé M. Devenet ; le publie y fait une grande perte : il s’en alloit imprimer toutes les œuvres d'Érasme, en sept volumes infolio, que nous eussions eus à bon compte. On a imprimé à Amsterdam, depuis peu , toutes les œuvres de Jo. Wicerus, in-quarto, et un Commentaire d'un certain malheureux chimiste nommé Wi{liam Davisson. În Ideam Philosophicam Medicinæ Petri Severini, Dani, etc. Tout cela ne vaut rien. Il se disoit autrefois ici docteur en médecine de la Faculté d’ Aberdeen en Écosse, se vantoit d'avoir des secrets contre la vérole. Vautier lui promettoit quelque chose ; mais néanmoins, de peur de mourir ici de faim , il s’en alla en Pologne, et fit bien : sa femme étoit assez belle, et gagnoit plus que lui. Theses sedanenses de Pierre du Moulin et autres ministres , sont achevées à Genève, nous en attendons ici. Le père Fr.Vavassor, jésuite, s’en va faire imprimer in-folio un Commentaire sur Job, et le père Briet, son Asie ; nous avons une Histoire de la ville d’Autun, in-quarto. J'attends bientôt le S. Georgius Cappadoz, miles cataphractus, du père Théophile Raynaud, de Lyon, et l'Histoire de Savoie , de M. de Guichenon. M. de J. Launoy fait ici imprimer son livre contre la Madeleine de Provence, qui sera fort augmenté, et un autre livre contre les prétendus

priviléges des meines, pour s’exempter de l'autorité des évéques. Le troisième tome des œuvres de feu M. Rivet, qui est des Controverses, est achevé en Hollande. Vale, et me ama.

De Paris, le mercredi 2% d'août 1660.

Tuus ex animo, G. P.

: LETTRE CLL — Au même.

Je vous remercie de la vôtre, et suis bien aise qu'ayez reçu la Vie deGalien , faite par le père Ph. Labbe; c'est un bon homme autant qu’un jésuite peut être : tofus est in libris. Je lui en ai prêté deux cents en ma vie, qui n étoient pas en leur bibliothèque. Il est tout bon israélite : non inveni tantam fiden in Israël, Virgile, qui étoit un grand platonicien, admittebat animam mundi quæ regebat omnia :

Spirilus intus alit, totamque infusa per arlus Mens agitat molem, et magno se rorpore miscet.

Depuis que les platoniciens ont perdu leur crédit, les financiers ont cru que l'âme du ronde étoit de l'argent, qui remue tout et parfait tout (1). Les jésuites sont venus depuis, énter quos pragmatici callidiores dgnoverunt Spiritum quendam Loyoliticum , qui sese per omnia inserit atque insinuaf. En l’an 1605, quand Barclay composa son Æuphormion, cet esprit avoit passé la mer et revenoit d'Angleterre, indeque exorta est conspiratio sulphurea : tunc ubique regnabat Acignius; mais trois de ses suppôts y furent pendus : Greban, Oldrome et Gamet, qui était un méchant garnement. Ensuite le père Coton lui fit avoir du crédit en France, qui n'y a traîné que d’une aile, jusqu'à la minorité de Louis XIII, et même ils ne firent pas

(4) Il n'y arien de changé aujourd'hui; cette âme des finenciers a plus de puissance que jamais : sf olim, nunc hodie. (R. P.)

si bien leurs affaires qu’ils pensoient sous Marie de Médicis, sinon au mauvais traitement qu'ils firent au pauvre père Barmés, bénédictin, qu'ils firent étouffer en Flandre, où Dieu permit depuis quela même dame y mourut dans un cabaret, l’an 1642, non sans divers et plusieurs regrets. Après la mort de Louis XITT , ils se sont un peu fait valoir davantage, par le moyen du pape (au moulin duquel ils font venir de l’eau), et de la bulle qu'ils ont obtenue contre les jansénistes. Le Mazarin ne les aime point; néanmoins ils ne laissent pas de gagner quelque chose quelquefois, gucniam habent dominwn cancellarium faventem. Ces Pères passefins sont fort bons ménagers, ils font profit de tout : gardez-vous bien que leur cheval, qui n’est point tout-à-fait de bois, n’attrape et ne sur. prenne votre Troie. Je ne sais rien de nouveau de cé Rabelais de Hollande, mais je suis bien aise qu'il soit imprimé : dès qu'il y en aura ici, j'en demanderai un à M. Vander Linden. Je n'ai encore rien reçu de M. Bartholin. M. J. Delaunoy a achevé sa seconde édition de sa Madéleine, pour prouver qu'elle n’est jamais venue en Provence : comme de fait , elle n’y vint jamais. L'édition de toutes ses œuvres in-folio viendra quelque jour ; il a plusieurs traités tout prêts qui n’ont jamais vu le jour. Les vers de mon Carolus n'étaient point achevés d'imprimer quand M. votre fils est parti d'ici.

Son Éminence se porte mieux de sa goutte. Le roi d’Angleterre demande que la reine sa mère retourne à Londres; le comte de Soissons partira bientôt pour y aller faire son ambassade extraordinaire. Le pauvre Scarron , le patron des vers burlesques, est ici mort; il étoit tout estropié des gouttes et de débauches : son père étoit conseiller de la grande Chambre, que l’on nommoit Scarron l’Apôtre. Nous avons ici de nouveau la Réponse de feu M. de Saumaise à Milton, in-quarto imprimé à Dijon : opus post humanum. J'attends de Genève Theses sedanenses, en denx tomes in-quarto, que j'ai bien envie de voir, et de Lyon, le Saint Georgius Cappadox, du père Théophile Raynaud. Il y a aussi une Histoire de France la-

tine du père de Bussiers, jésuite, en trois volumes in-douze. On l'attend ici le mois prochain, et les deux tomes du Paus Zacchas, Quæstiones medico-legales, etc.; l'Histoire généal. des ducs de Savoie en deux volumes in-folio, par M. de Guichenon. Vale, et me ama. -

De Paris, le mardi 12 d’octobre 1660.

Tuus ex animo, G. P.

LETTRE CLIT. — À M. B. père, D. M.

Combien que j'ai peu de loisir, je ne lairrois point de vous écrire fort souvent, puisque mes chétives lettres vous sont si agréables, si j'avois de la matière propre à vous mander. Nous avons ici la rivière fort grosse; et néanmoins nous attendons des livres de Hollande qui n'avancent guère; ils sont demeurés à Rouen, avec l’équipage d'un ambassadeur de Hollande, d'où ils ne peuvent partir, d'autant que les bateaux ne peuvent remonter. Enfin, avez-vous donc votre Rabelais? personne n'en sait rien ici, et si on l’imprime en Hollande, il faut que ce soit en quelque lieu secret et en cachette. J'en attends avec grande impatience un livre curieux chez Blaeu, qui est : Réplique de M. de Girac, pour M. de Balzac, contre M. Costar ; et le Costar est mort depuis six mois, archidiacre du Mans. J'en espère un autre pareillement intitulé : Æ£ruditorum virorum Eïrempla, qui sera infailliblement beau. On dit que la grande bible latine est achevée en Angleterre : elle sera en huit volumes , et aura les commentaires des plus savants protestants, tels qu'ont été Calvin et Bèze, Petus, Martür, Grotius ; même il y aura quelques catholiques, et entre autres Masius, etc. On ne l'a faite que pour l'oppôser à notre Biblia Maxima, du père G. le Jay, laquelle contient dix volumes in-folio, et ne se débite guère bien. On a depuis peu achevé à Francfort une Âistoire de Malte, in-folio en latin :

elle est en chemin pour moi. Je pense que ceux de Genève ont achevé leurs Theses Sedanenses, en deux tomes in-quarto ; ct le livre d'un des ministres de Charenton nommé Daillé, de C'onfessione auriculari. On y imprime aussi, d'un médecin fameux de Padoue qui est mort depuis peu, Consilia Benedicti Sylvatici. Ils s'y apprêtent pour y imprimer toutes les œuvres de Calvin , in-folio, en deux tomes. On parle aussi de tout l'Érasme, à Rotterdam , que l’on réduiroit en sept tomes, par le retranchement des versions qu'il a faites.

J'apprends que l’on imprime en Hollande quelques œuvres nouvelles de Grotius , et entre autres quelques épîtres latines. On y achève aussi de Ger. Jo. Vossius un beau livre qui sera cher et précieux , aussi bien que bon ef utile : Etymologicon lingueæ latine ; ce livre est un autre 7hesaurus lingucæ latinæ de Rob. Estienne, et un autre £fymologicum Martinii. M. Huguetan a achevé à Lyon son Pauli Zacchie, Questiones medicolegales, en deux tomes in-folio; ce livre sera fort commode dans une bibliothèque, car il contiendra quantité de diverses choses dont nous avons quelquefois besoin d’être éclairés. On imprime en Flandre l’Æistoire du cardinal de Richelieu, en trois tomes in-quarto. C’est celle qui se vend ici chez Bertien, en trois volumes in-folio , cinquante livres. Les États de Hollande ont promis au rai, à la sollicitation de M. le président de Thou, notre ambassadeur, que l’on n'imprimera rien en tout leur pays des affaires qui nous concernent, sans le consentement dudit ambassadeur. Purpuratus noster nondum plané emisit : adhuc autem eum vexant dolores podagrici. On dit que le roi d'Angleterre ne vent point de sa nièce ; on parle pour lui de l’infante de Portugal, dont le parti seroit avantageux, à cause que le roi de Portugal son frère est foible, délicat et malsain; même il pourroit défendre le Portugal contre les Espagnols, tant par le moyen de Dunkerque qu'il tient, que du secours qu'il pourroit envoyer en Portugal; car le malheur pour eux, nous les avons abandonnés dans notre

traité de paix générale. A/ia non suppetunt que srribam. Vive, vale et me ama.

De Paris, ce 25 de décembre 1669.

LETTRE CLTIIL. — Au même (1).

Je vous remercie de la vôtre et de celle de M. Camusat, auquel j’envoie une réponse qui le mettra plus en peine qu'en repos. Je suis bien informé de son mérite et vous ai grande obligation de me commettre à votre honneur, avec lequel il y a bien à profiter. Je baise les inains à M. Allen. J'ai céans le livre du père Celot de Hierarchia et hierarchiis. On l'examine en Sorbonne; il sera censuré en brief. Il est vrai que M. Saumaise a écrit aussi divers traités de Regiontb. suburbicarius, que j'ai, aussi bien que tout ce que je vous ai mandé, à votre service. On imprime encore à présent plusieurs traités de lui, tels que sont de Primatu Petri, Arnobius cum notitiis, de Mann et saccharo, de E‘ucharistiä veterum, de L'suris Justiniani , etc. Nous avons ici un petit livre nouveau du père Petau contre lui, intitulé : Dissertationum ecclesiasticarum libri duo; cela l’obligera à une réponse. Pour le Pepagonum d’Hippocrate, ce ne fut jamais l'antimoine, mais quelque drogue qui nous est aujourd'hui autant inconnue que plusieurs autres de ce temps-là, et même son elleborisme.

Je vous promets le traité de Jamot là-dessus. Notre Faculté n’a rien fait en quoi elle se soit oubliée, mais bien négligée, comme la bonne dame fait souvent. Nos anciens avoient travaillé à l'Antidotaire; les papiers en étoient toujours en dépôt entre les mains du doyen. Harduin de Samnt- Jacques, étant parvenu à cette charge, les ramassa et les fit

(1) Cette lettre est imprimée ici pour la premiere fois ; quoique sans date , on peut la rapporter à l’année 1657 ou 1688. (R. P.)

imprimer, af aucuparetur gratiom pharmacopolorum, sous uu simple consentement de la Faculté, laquelle fut tout étonnée de voir en ce livre, pro fhesauro carbones, pr'o luce tenebras, pro remedio venenum. Plusieurs en grondèrent et parlèrent de faire réformer cela, mais on n’en fit rien; si bien que tout en est demeuré là et en ce cas, tolerat quæ non probat. Il en sera néanmoins parlé quelque jour, mais je ne puis pas encore vous dire sitôt quand ce sera. Quand je donnai le bonnet, il y a deux ans, j'en parlai amplement en un discours exprès et publiquement, et qui fut fort approuvé. Les sieurs Saint- Jacques sont des charlatans, fauteurs et valets de charlatans, ne dicam pejus. Je vous envoie une lettre de M. Sorel, qu'il m'a adressée, Je vous baise très humblement les mains, à madame Belin, à MM. vos frères, pour être toute ma vie, monsieur , votre très humble, etc.

Nous avons ici des ambassadeurs du Portugal et des députés de Catalogne. M. de Vendôme s’est sauvé en Angleterre; on agit ici contre lui. On tient ici que les Suédois s'accordent en Allemagne avec l’empereur en la diète de Ratisbonne, et hœc in nostros fabricatur machina murs. On parle aussi de faire l’été prochain une forte guerre en la Franche-Comté, que nous attaquerons puissamment. Le duc Charles est ici ,.sed nondum compositis rebus, et même, à ce qu'on dit, malcontent.

LETTRE CLIV. — À monsieur Ginrnier, D. M. (1).

Si vous avez été en peine de mes nouvelles, aussi l’ai-je bien été des vôtres. C'est une des incommodités que m’apporte le changement de maïson que M. votre frère a fait, car depuis ce temps-là nous ne le voyons plus. Le livre de M. Hof-

(4) Garnier, médecin à Lyon. Peu de lettres Ini ont été écrites per Gui Patin. (R. P.)

maun, de Wedicamentis officinalibns, est fort bon. M. Riolan, quiest son ennemi, dit que sa préface au lecteur vaut cent écus d'or : il y a là dedans cinquante chapitres qui ne se peuvent payer. Tout le premier livre vaut de l'or, hormis quand il dit que le séné est venteux. C'est un abrégé excellent de toutes les botaniques et de tous les antidotaires qui ont été imprimés depuis cent ans. Quand vous aurez la thèse de M. Guillaumeau, mandez-moi ce que vous en pensez, elle a bien plu de deçà , etles apothicaires en ont bien grondé, mais ils n'ont osé mordre.

Nous avons perdu le mois passé le bon M. de la Vigne. Le cardinal de Sainte-Cécile est mort à Rome : on dit tout haut que c'est ec immodica venere. La reine avoit fait arrêter ici MM. du Broussel et de Blancmesnil ; mais enfin elle a consent à leur élargissement , sans quoi l’État étoit en danger. Je suis de toute mon affection votre, etc.

De Paris, le 24 septembre 1648.

LETTRE CLV. — Au même.

Il y a longtemps que je pense à vous et que j'attends de vo; nouvelles. Je vous écrivis deux fois l’année passée, et vous envoyai quelques thèses, mais je ne sais si elles vous auront été rendues. Notre Faculté n'est guère changée, sinon qu'il en est mort plusieurs depuis deux ans, et entre autre M. Piètre, qui a été un homme incomparable. Son fils est aujourd'hui doyen de la Faculté. Vous avez bien su toute notre guerre, ct comment le parti mazarin a été obligé de revenir à un accord au bout de six semaines, parce qu'en faisant autrement, toute la France s’alloit révolter contre sa tyrannie et prendre le parti de Paris. Le bonhomme Gaspard Hofmannus est mort à Altorf le 3 de novembre dernier; et depuis deux mois est mort en Hollande l’un des pins savants hommes

LETTRES DE GUL PATIN. 261 qui y fussent, savoir : Gerardus Joannes Vossius, âgé de soixante-douze ans, duquel j'ai céans quinze volumes im-

primés.

| Vous savez bien que les Turcs étranglèrent leur grand seigneur l’année passée ; que les Anglais ont coupé la tète à leur roi le 9 février dernier. On dit aussi que le roi d'Espagne est mort, mais il n’est pas encore assuré. Enfin il y a quelque constellation sur les princes souverains. Plût à Dieu qu'elle püt rendre meilleurs ceux qui restent ! leurs pauvres peuples s'en sentiroient. Je ne saurois m'imaginer pour quelle cause vous ne m'avez pas fait l'honneur de m'écrire depuis si longtemps. A l'occasion, je vous enverrai de nos nouveautés de decà, et entre autres de nos thèses et de celles de nos enfants, qui se souviennent toujours de vous avec joie. Je suis, etc.

De Paris, le 4 juin 1649.

LETTRE CLVI. — Au même.

Je viens de recevoir la vôtre qui m'apprend que vous avez reçu celle dont j'étois en peine. Pour des pièces mazarines, n'en attendez pas de moi; je n’en achète aucune, quoique j avoue qu'il y en a de bonnes, mais il y en a aussi une infinité de mauvaises. Trois libraires du Palais se disposent à en faire un recueil, où l’on ne mettra que les bonnes. Ceux qui décrient le parti de Paris en parlent avec passion et ignorance; c'est un mystère que peu de monde comprend. Le Parlement a fait de son mieux, et s’est fort bien défendu du siége mazarin, sur Îa parole que leur avoit donnée M. le Prince qui a tourné casaque. Les généraux ne vouloient que faire durer la guerre et faire entrer l'Espagnol en France. M. le Prince avoit un autre dessein qui n’a pas réussi. Le siége de Paris ne lui servoit que de prétexte, car qu'est-ce qu’il a fait? Il a pris Meudon , Charenton, le Bourg-la-Reine, et le tout sans ca-

non. 11 n'est mort personne de faim dans Paris, pas même un mendiant; pas un hommé n'y a été tué; cing mois durant personne n'y a été pendu ni fouetté. Le Parlement et la ville sont demeurés dans le respect et le service du roi; et comme la reine et ceux de Saint-Germain virent la grande union qui étoit dans Paris et les dangers dont ces émeutes nous menaçoient, on tint prudemment une conférence à Saint-Germain qui établit la paix. Il y en a qui disent que le Mazarin ira dans la Flandre en qualité de généralissime pour quelque temps; mais il n'y a point d'apparence qu'il veuille quitter la reine et qu'il ose si fort se fier à sa bonne fortune, qui le pourroit abandonner en ce cas-là, vu qu’en son absence quelqu'un se pourroit présenter qui détromperoit la reine, lui faisant connoître comment ce pantalon de longue robe, ce comédien à rouge bonnet, est cause de tous nos maux et dela ruine de la France. Je vous baise les mains, et suis, etc.

De Paris , le 18 juin 1649.

LETTRE CEVIT. — Au meine.

Je vous remercie de tant de protestations d'amitié que vous me faites : mes petits présents ne méritent pas de tels remerciements. L'Encyclopédie de J. P. Alstedius est un fort bon livre composé de plusieurs pièces, contenant toute la philosophie théorique et pratique. Je connois fort bien cet auteur, qui a été un homme de grand mérite et que j'estime beaucoup. Les acigniens sont une race de gens haïs de Dieu et du monde, qui ont fait dans la chrétienté plus de mal que Luther et Calvin. Jls ont ici depuis -peu tant pateliné et flatté le Mazarin, qu'il a donné pour confesseur au roi leur P. Paulin. Ce sont des gens qui chassent de haut vent, et, comme a dit Petrus Aurelius (1) qui les connoissoit, flatteurs de tout le monde et

(4) Voyez la note t. I, page 147.

eunemis de tout le genre humain. Cette année a été fertile en morts de savants hommes : Famian Strada est mort à Rome, Victorio Siri à Venise, Joannes Gerardus Vossius à Amsterdam , M. Nicolas Piètre et M. Hérard (Desiderius Heraldus) à Paris. Toute ma famille est en bonne santé, Dieu merci. Mon ainé a été fort malade par sa faute, mais il en est échappé. Mon Carolus étudie en droit; mais j'aimerois bien mieux qu'il employât son temps à la médecine, où je le trouverois bien plus propre. Je l'en entretiens souvent , et il en sauroit bientôt plus que son aîné ; enfin j'aimerois mieux qu'il füt médecin que légiste, je lui apprendrois beaucoup de fines observations. Je vous remercie de vos fromages de roche, et je ne vous demande autre présent que vos bonnes grâces, et suis , etc.

De Paris, le 2 novembre 1649.

LETTRE CLVIIE — À #. de Tournes, marchand libraire.

Je me tiens tout glorieux de votre lettre et fort heureux de votre amitié, laquelle je vous prie de me conserver, et je vous promets que je ferai tout ce qu'il vous plaira et tout ce que je pourrai pour votre service. Quand il vous plaira de m'employer pour les livres que je vous ai indiqués à imprimer, je suis très certain qu'ils seront bons, et que j'ai le moyen d'en bien aider et procurer le débit. J.-P. Lotichius, ci-devant médecia, et maintenant historiographe, a fait deux volumes in-folio, Rerum Germanicarum, et peut-êlre que le troisième est aussi imprimé ; si vous les avez, envoyez-les moi. Ditesmoi aussi s’il n’a pas fait réimprimer son Petrune, in-folio, fort augmenté, comme il en avoit le dessein il y a déjà longtemps. Ce dernier est un livre excellent, et l'auteur un fort savant homme. Il avoit eu le dessein de le faire réimprimer ici avec toutes ses augmentations in-folio; mais je répondis

qu'il étoit impossible, y ayant ici trop de moines, de jésuites et autres gens ennemis des belles-lettres, qui croiroient avoir gagné les pardons s'ils avoient empèché une telle impression. Pour les manuscrits de G. Hofmann, dont j’ai de quoi faire deux petits volumes in-folio, je vous puis assurer que depuis J. Fernel.on n’a rien fait de meilleur en médecine. Je ne sais pas ce que vous imprimez à présent; mais, Ôtez la Bible ou les /nstitutions de Calvin , je ne me saurois aviser d’un meilleur livre, et vous êtes en lieu d'en faire un grand débit tant en Allemagne qu’en Italie et en France. Je vous prie de saluer de ma part MM. Diodati père et fils, et de croire que je suis, monsieur, etc.

De Paris, le 1° avril 1687.

LETTRE CLIX. — À M. Salins (1).

Je viens de recevoir la vôtre, que j'ai lue avec grande joie; car j'y apprends et votre bonne disposition, et que vous me continuez votre affection, quod anima plaudit.

Ma grande harangue fut récitée en belle et grande compagnie. J'espère de la faire imprimer quelque jour, mais le temps n'en est poiut encore venu : dies salt sunt et durissima tempora. Voys savez l’aphorisme d'Hippocrate, et de quelle importance il est, Iérova gagne ; il faut qu'un médecin s'en souvienne tous les jours comme d'un oracle : aussi est-il. Je

+vous envoie les deux thèses de mon fils que M. Alain, quien a été le président , a faites. Il n’y a rien là du nôtre. Il est vrai que le premier combat est du grand Simon Piètre : elle ne laissent point d’être toutes deux vraies. La nôtre, philosophia inquirit in Summum principium , idque remotissimum «a sensibus,

(1) J.-B. de Salins le puiné, docteur en médecine à Beaune, mort Le 18 février 1710. Je dois cette curieuse lettre, jusqu’à présent inédite, à l'obligeance de M. Boutron-Charlard, mon collègue à l'Académie royäle de médecine. (R. P.

LETTRES DK GUL PATIN. : 265 quod est forma; celle de M. Piètre, redacta ad artem, et qui est bien plus matérielle, s'attache et s'arrête à ce qu’elle voit, et agnoscit muteriam informatam , principium actionis : quad sa- tis est medico ut recurrit ad formam illam primam , quæ est principtum remotissimum. Medicus est sensualis , artifex et materialis, magis adhæret iisquæ affciunt proximum. Philosophus contra, in omnes causas inquirit, èmo et omnium primam investigat,

Il y a eu deux Simon Piètre : le Piètre qui vivoit il y a cent ans, in cujus decanatu latum est decretum adversus stibium, anno 1566, ef qui obiit anno 1584, qui a été grand personnage, le premier de son temps, et fort employé. Il avoit été recteur de l'Université, et professeur de philosophie au cardinal Lemoine, Il a laissé plusieurs enfants : plusieurs filles, dont l’aînée, Aane Piètre, fut la mère de M. Riolan d'aujourd'hui; et plusieurs fils, dont il y en a eu un conseiller au Châtelet, deux avocats, excellents hommes que j'ai connus, deux médecins, Simon et Nicolas, qui ont été deux hommes incomparables. Simon, qui a été vraiment le grand Piètre, est mort âgé de cinquante-quatre ans, l’an 1618. C'est de lui dont a parlé M. Riolan dans la préface de son Enchiridium Anatomicum, et dans sa grande anthropographie au traité de C'irculatione senguinis, page 593, qui, entre autres enfants, a laissé un fils par ci-devant conseiller au Châtelet, et aujourd'hui procureur du roi en l'Hôtel-de-Ville. Nicolas est mort l'an 1649, le 28 de février, etest père de Jean Piètre d'aujourd'hui, qui est encore fort savant, mais qui n’a pas les autres vertus de ses ancêtres; si bien que Jean Piètre d’aujourd'hui est petit-fils du premier Simon et neveu du deuxième Simon, et fils de Nicolas.

Je suis prét de vous envoyer la Caroli Guillardi, defensio altera, et de la délivrer à qui vous voudrez pour vous la faire tenir. Liber adversus stibium A... et Pibreci agressus non pænitebit. Le Botallus est un fort bon livre (1), lisez-le attentive-

(4) L. Botalli de Curatione per sanguinis missionem, Lugduni,

1377, in-8°. In Opera medica et chirurgica, à M. J. Van Horne, Lugduni Bat.. 1660, 1 vol. in-8". (R. P.)

ment. il contient de bons secrets du métier , et est fort propre à notre pratique ordinaire, que vous pourrez bien hardiment : suivre (1). C'hymici impostores non captunt tales delicias , nec ab is capiuntur ; ideo spernendi et relinquendi tanquam nebidones impuri et fr'uges consumere nati.

Ma femme et tous mes enfants vous remercient de votre bon souvenir, et vous baisent les mains, et à mademoiselle votre femme, comme aussi moi-même, et à MM. vos père et frères, à qui je suis très humble serviteur.

J'ai été tôt averti de la mort de M. Guide; il est mort le 5 de mars d'une fièvre quarte, quæ degeneravit in ascitem calidun æt culliquantem. C'est un pauvre corps, que la fièvre quarte a grésillé et rôti.

L'£pitome de Galien par Lacuna est un fort bon livre. Le grand Galien tout entier est encore meilleur. Servezvous de l’un en attendant l’autre. Pour les lettres latines bonnes et familières, et non élabourées, Cicéron en est le premier maître, quiu debent epistolæ ad amicos scribi stylo fucili et illaborato sermone. Voyez ce qu'en dit Lipse, in libro Epistolicarum quæstionum. Pline le jeune les a fait belles et didactiques, mais elles sont fort élabourées et trop pimpantes : ideoque sunt odiosæ illis qui Ciceronis nativum nutorem et simplicitatem non affectatam amplectuntur. Feu M. de Bourbon les haïssoit, et disoit que Pline avoit fait en icelles pro meretrice non tœn ornalan quam fucal@n et calamistratam. Celles de Casaubon sont familières et bonnes, principalement dum scribit ad Thuanum, Scaligerum , Heinsiun, Grotium, et alios eruditos. Scaliger et Érasme méritent d’être suivis pour règle aujourd'hui. Elles sont très bonnes, familières, et non élabourées. D. Baudius est bon. Lipse est excellent pour sa foi, sa modestie, sa probité, sa mémoire , et

(1) C'est là, en effet, où Gui Patin avait puisé ses principes de saigner dans presque toutes les maladies , et de saïigner largement. La règle souffre trop d’exceptions pour être fondamentale. In medio tutissimus tbis , a dit Boorhaave, et ce conseil de prudence ne sera oublié que par les ignorents ou les systématiques. RP.)

pour les bons mots des anciens; mais son stylo ne vaut rien : ne l’imitez point, ef fuge tanquam scopulum. Mais il étoit bien . savant et honnête homme. Il dit une raison politique qui lui fit changer son style comme il voulut changer de religion : de catholique romain, il fut luthérien, au moins en fit-il Ia mine; puis calviniste, enfin catholique romain, et mourut l'an 1606, entre les bras de Lessius, jésuite, qui l’avoit infatué.

Tantüm religio poluil suadere malorum.

Lisez dans l'£pitome de Galien, fait par Lacuna, tout ce qui y est de Crisibus, et en faites un extrait; et puis après n’apprenez rien de cette matière que ce qu'en a écrit Dulaurens,. . premier et deuxième libro de Crisibus. Pour ce qu’en ont écrit les astrologues , méprisez-les, cela ne vous doit point arrêter. Vous ne devez prendre de toute cette affaire que les matières quod respicit usum medicum et facit ad curationem morborum. Laissez le reste aux astrologues ; n'allez point plus loin sur cette matière avec J.-C, Claudinus, qui est pourtant un bon auteur.

Votre livre de Marot n’est point mauvais; gardez-le bien et le cachez de peur que les moines ne vous le dérobent et ne le brülent. Mettez-le avec M° François R., le Catholicon d'Espagne, la République de Bodin, les Politiques de Lipse, les” £ssaïs de Montaigne et la Sagesse de Charron, la Doctrine curieuse du père Garasse, /a Recherche des Recherches, etc. ; voilà des livres qui sont capables de prendre le monde par le nez : j'en excepte les deux derniers, qui sont bons à autre chose. Ne les négligez point et en faites une petite bibliothèque, laquelle soit à reductis et extrà insidias monachorum.

Pour l'écriture d'Érasme, gardez-la, propter authoris digni taten. O l'excellent homme que c'étoit! Buvez un petit à sa mémoire de ce bon vin de Beaune, cùm novella uxure , et je vous ferai raison dans la première occasion , et lisez ses Colloques une fois l'an, que vous placerez dans la bibliothèque desdits ci-dessus, cm ejusdem authoris lingu& et encomio moriæ atque institutione principis christiani.

Je vous prie de dire à mademoiselle votre maîtresse que je l’honore très fort et que je la supplie de me tenir en ses bonnes grâces. Pour ce qu'elle a baisé ma lettre, je l'en remercie très humblement ; je vous prie, en récompense, de lui donner un baiser à cause de moi, à la charge qu'au bas de la première lettre que vous me ferez l'honneur de m'écrire elle y mettra son nom et son surnom, de sa propre main, etson âge pareïllement , afin que là-dessus je fasse quelque magie aussi étrange que celle d'Apulée, qui me transportera tout en une nuit d'ici à Beaune. Vous savez bien que je suis sorcier comme une vache et fort entendu dans ces transports magiques; mais c’est en songeant, et ainsi votre demoiselle sera bien étonnée de me voir mettre à table avec vous. Bon Dieu', que nous rirons si cela arrive. En attendant pourtant ne laissez point de diner et ne m'attendez point. Mais à propos, comment se porte cette jeune femme suissesse et son mari, M. Lescharnier, nescio sic nominatur...? Sed satis ineptiarum. Je vous baise les mains à MM. de Salins père et fils, et suis de toute mon affection, monsieur, votre très humble, etc.

| De Paris, ce samedi 27 mars 165$.

Il n’y a point encore de pape ; on dit que ce sera Sachetti, Chigi, parum refert mihi perinde est. On dit que le roi s’en va bientôt à Fontainebleau. On ne dit rien du prince de Condé, mais on croit qüe la France s’en va avoir guerre avec l’Angleterre, notre paix avec Cromwell n'ayant pu être faite. Le père Adam, jésuite, a aujourd’hui préché dans Saint-Germain-l'Auxerrois en présence de la reine, où il a déplu à tout le monde. Il y a fait un panégyrique des vertus de la reine au lieu de parler du mystère de ce grand jour et d'expliquer l'Évangile; mais il n'y a pas de quoi s'étonner, hoc est loyoliticum. Petrus Aurelius lui a autrefois très bien reproché ce vice-là et plusieurs autres, etenfina conclu, omnium adulatores, omnium inimici. D'autres moines n'oseraient faire qu'en cachette ce que font publiquement ces maitres passe-fins que

d. Scaliger a gentiment nommés tpudentissimum monachornn pecus.

L'on imprime à Genève l'Hippocrate de A. Foësius, grec et latin, in-folio. Ils espèrent de le faire beau; ils ont de beaux caractères, ils peuvent y mettre de beau papier. Reste d’avoir soin pour la correction, ce qui leur est aisé. On y imprime aussi les œuvres de ce méchant fripon de Paracelse : o tempora! On a achevé d'imprimer tout fraîchement un volume in-folio pour la deuxième fois, augmenté par dessus la première de beaucoup de bonnes choses. C'est un excellent livre intitulé : Matthiæe Martini Lexicum etymologicum, philologicum, sacrum , à Francfort. Ce livre vaut quatre fois mieux que le Calepin de Passerat, qui nihil aliud pene habet quim verba ; et le lexicum plura habet res quäm verba.

M. Ravaud, de Lyon, m'a mandé qu'il m'en faisoit venir un. Si vous en désirez en retrouver un, je pense que vous le pourrez obtenir par la même voie. On imprime aussi à Amsterdam Joannis Gerardi Vossii Thesaurus linguæ latinæ, in-folio. Ce sera un excellent ouvrage, ef magni viri magnum opus. On nous promet aussi du même pays un volume d'Épitres latines du grand et incomparable M. Saumaise , qui a été l'honneur et la gloire de votre province de Bourgogne ; je serois ravi de " voir cela et autre chose qu'on nous promet. On a tout fraichement imprimé à Orléans (on en trouve ici) un commentaire de F. Valesius sur les Épidémies d'Hippocrate. C'est un excellent livre, une bonne pratique hippocratique toute pure, et un livre digne d'être lu tous les jours. C'est un petit infolio que l’on vend 4 livres en blanc ; il mérite d’avoir place dans notre étude après Fernel, Duret et Hollier. C'est le meilleur de tous les modernes que vous serez bien aise de consulter dans votre nouvelle pratique. C'est de tous les Espagnols celui qui a le mieux raisonné et le plus généralement réussi dans la bonne pratique.

LETTRES

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