DS CO
gnols ? 11 assiège Paris, il emplit la campagne de France de troupes et de soldats plus déréglés que ne seroient les Turcs, et néanmoins il n’a personne pour opposer en Flandre à nos ennemis, tandis que le Poitou, la Provence, et la Guyenne, le pays du Maine, la Normandie, la Picardie et la Champagne, sont pleins de gendarmes sans aucune nécessité, qui ruinent et ravagent tout.
Nouvelles viennent d'arriver que le mariage est arrêté -da M. le duc de Mercœur avec la nièce du Mazarin, moyennant cent mille écus que donne l'oncle, et la reine deux cent mille livres, avec la charge d’amiral que l’on donne à M. de Vendôme, et des lettres de survivance du même office pour son fils aîné, lequel sera vice-roi de Catalogne, où il s'en ira tôt après que le mariage sera consommé.
Avez-vous reçu mon portrait que je vous envoyai l’an passé par M. Ravaud? 11 me semble que vous ne m'avez point mandé que l’ayez reçu. Je vous prie aussi de vous souvenir que vous m'avez promis le vôtre, et que je m y attends. J'espère que vous ne frustrerez point mon espérance; j'ai déjà une place apprêtée dans mon cabinet pour cet effet. «Juxta » Suavissimos parentes et mihi carissimos atque colendissi- » MOs, secundum quos amicos constituo, in quorum ordine, » primatum tenes et familiam ducis.» Pensez donc à vous acquitter de votre promesse, afin que je ne sois point trompé en mon attente, vu même que je ne vuus ai point envoyé mon portrait qu'à condition que j'aurai le vôtre de même.
Je viens d'apprendre une nouvelle qui m'affige, savoir, la
.mori de M. Spanheim en Hollande : c'étoit un honnête homme
et très savant, qui méritoit de vivre plus longtemps. Je désirerois volontiers que ces grands personnages ne mourussent jamais que quand ils ne pourroient plus ètre utiles au public. Le même personnage m'a dit qu'il y a du bruit en Hollande pour le massacre que quelques Anglois ont exercé sur un certain Ladislaus, sous ombre qu'il étoit un de ceux qui ont travaillé à la mort du feu roi d'Angleterre.
Un avocat du eonseil , nommé M. Bernard Bautru, natif de Sens, accusé, ou plutôt découvert par quelque colporteur, d'avoir fait imprimer ici un libelle depuis un mois, dans lequel M. le Prince et M. le chancelier sont offensés, a été mis prisonnier dans le Châtelet, par ordre du lieutenant civil. On lui a fait son procès : combien qu'il n'ait pas été convaincu d'être auteur dudit libelle {et de fait on dit qu'il ne le peut être, n'étant pas assez habile homme pour cela), son affaire étoit en mauvais état, la pluralité des avis alloit à l'envoyer aux galères. Un conseiller du Châtelet, encore jeune homme, nommé Joli, venant à dire son avis, parla si hardiment, si librement et si bien pour ce pauvre avocat, que la plupart des autres, qui le condamnoient, revinrent ad mitiorem sententiam, et ordonnèrent qu'il seroit plus amplement informé, et que cependant Bautru seroit élargi à sa caution juratoire. Le procureur du roi du Châtelet, nommé Bonneau, fils d'un riche et grand voleur de partisan, .en a appelé a minima , et le prisonnier a été conduit à la Conciergerie. Son procès donc lui a été fait à la Tournelle. De deux présidents, l'un, nommé M. Longuevil, sieur de Maisons, près de Saïnt-Germain-en- Laye, étoit d'avis que cet avocat fût traité rudementet comme un criminel, qu'il fût mis sur la sellette, interrogé et traité comme une victime patibulaire ; et sembloit en tout cela n'agir qu'à la sollicitation de ceux qui sembloient avoir eu occasion de se plaindre de ce libelle, en tant qu'ils s'y sentoient offensés, savoir, M. le Prince et M. le chancelier. L'autre président , qui est un gascon sourcilleux, homme de bien et de grande réputation, et qui peut être appelé justement et méritoirement enfeger vilæ scelerisque purus, qui est M. de Nesmont, fils d’un premier président de Bordeaux, fut d'avis qu'on Île traitât seulement comme un avocat qui étoit accusé, maïs qui avoit été déjà absous par ses premiers juges au Chàtelet, lequel avis fut suivi, au grand profit de l'avocat accusé, en faveur duquel la sentence du Châtelet fut confirmée. M. de Maisons, qui était d'avis contraire, en gronda fort ; mais