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M. de Nesmont lui imposa silence, en lui reprochant une bonne partie de ce que je vous ai dit ci-dessus, et entre autres que cet avocat l’auroit pu refuser pour juge, vu le parti qu'il avoit tenu durant notre guerre, et qu'il s’en étoit fui à Saint- Germain, au lieu de tenir ici sa place au parlement, etc. Enfin l'avocat est délivré, qui a eu belle peur, et qui est fort accusé par ses amis mêmes de ne s'être pas bien défendu comme il devoit et pouvoit faire, en une affaire et pour un crime dont il ne pouvoit être convaincu, vu qu'il n’en est pas l'auteur, et qui néanmoins n’a pu être découvert parmi toutes ces formalités. Je ne sais qui est le vrai auteur, mais je lui conseille de se bien-cacher.
Pour l’imposteur qui s’est servi de mon nom, je vous assure que je ne lui veux point de mal, non equidem invideo, miror magis. J'ai pitié de lui, et souhaite à ce pauvre jeune homme une meilleure fortune que de mendier, alieno nomine supposito. C'est peut-être quelque chimiste ou quelque apothicaire qui pense me jouer de la sorte; mais ce sont gens dont je ne fais pas grand compte. Pour Montpellier, je pense qu'il n'est pas besoin que vous preniez la peine d'y écrire qu'ils se gardent de pareil accident que vous, vu que je n’y connois personne que M. de Belleval, à qui j'ai seulement écrit depuis quinze ans environ huit fois, en lui recommandant des candidats qui s'y en alloient prendre leurs degrés ; et néanmoins on m'a dit céans, depuis deux ans, que M. Courtaud disoit qu'il vouloit écrire contre moi un livre sous le nom du Bedeau de leur Faculté, faisant ses plaintes de ceque j'empéchois que de jeunes hommes allassent prendre leurs degrés à Montpellier. Je ne sais si ce bonhomme a songé cela, si ce n'est peutêtre que le gazetier lui aura mandé telle sottise, pour tâcher de m'y rendre odieux. Quoi qu’il en soit, je ne le crains point , et s’il ne fait contre moi tout autrement mieux qu'il n'a fait contre défunt M. de La Vigne et notre arrêt, je ne ferai point provision de plumes taillées pour lui répondre. J'ai autrefois connu feu M. Ranchin, qui étoit un homme
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d'honneur, et même j'ai vu deux fois en cette ville. Il m'a aussi quelquefois honoré de ses lettres, et lui ai quelquefois recommandé ces candidats qui alloient passer docteurs à Montpellier, qu'il a toujours reçus de bon œil, et quand feu M. le président Miron étoit intendant de justice en Languedoc, l'an 1631-32-34 et 35, etc., de qui j'avois l’honneur d’être médecin et allié d'assez près. M. Ranchin lui demandoit souvent de mes nouvelles, et le bonhomme M. Miron me l’a maintes fois ici raconté depuis son retour ; et je crois certainement que si feu M. Ranchin, qui étoit habile homme, eût encore vécu l'an 1644, ileùt bien empêché que ceux de Montpellier ne se fussent adjoints au procès contre nous avec le gazelier. Je n'ai point encore la nouvelle édition de l'Ophthalmographie de M. Plempius, et ne sais même s’il en est encore arrivé à Paris aucun exemplaire{1). Cet auteur me fit l'honneur de m'écrire, l’hiver passé , une lettre de compliment sur mes deux thèses, et me prioit de lui en envoyer aussi quelques exemplaires. J'avois ici l'an passé traité un Flamand, qui se disoit son parent , et qui m'a lié d'affection et d'amitié avec lui ; je lui ai fait réponse, et n'en ai rien oui depuis. Ce Plempius est natif hollandois , né de parents catholiques, et 1pse catholicus, mais qui est tout prèt de se faire du parti contraire, pourvu que ceux de Leyden le veuillent, avec une bonne pension, faire professeur en leur Académie : c'est M. Heinsius le fils qui m’a dit le savoir de sa propre bonche. Je n'ai rien oui dire de l'Épitome de la pratique de Sennertus , mais il sera vrai là ou jamais, ce que l’on dit des abrégés : Compendia sunt dispendia. Pour la pratique de L. Rivière, je m'étonne qu'on la réimprime à Lyon, ce ne sera point l'avancement des lecteurs, ce livre est trop empirique; nimis pauca continet de morborum naturà, rausis el signis : nimis mulla de
14) Cet ouvrage de Plemp ( Vopisque Fortuné \, savant professeur de Louvain, est encore estimé. Ophthalmographia, sive tractatio de oouli fabrica. actione et usu ,elc. Amstel., 1632 , in-4%°.
remediorum formulis. M. Bouvard m’a dit qu'il lui eu avoit refusé l'approbation pour ces défauts, et plusieurs autres qu'il y avoit remarqués. Pour le livre du père Fichet, je l'ai reçu par l'ordre de M. Falconet, et l'ai vu. C’est un loyolite qui a fort mal fiché. J'en ai écrit mon avis fort franchement audit M. Falconet, auquel j'ai fait réponse tout exprès : euwm, si placet , meo nomine salutabis. Surtout ce Père a très malheureusement rencontré sur le fait de la médecine, il vaudroit mieux qu'il s’amusât à dire ses patenôtres. Je vous prie, nise molestum fuerit, de faire mes recommandations à MM. les deux nouveaux associés, MM. Huguetan et Ravaud ; je suis bien aise qu'ils aient fait ce bon accord ensemble, et qu'il dure longtemps à leur contentement et profit : j'espère aussi que le public s’en ressentira. Je suis de toute mon âme, monsieur, votre très humble, etc.
De Paris, ce 7 juin 1649.
LETTRE CCV. — Au même.
M. Sauvageon est un étrange garçon : je ne vis jamais un tel chicaneur; je pense que cet homme ne pourroit vivre sans procès , Îl faut qu'il attaque toujours quelqu'un : c’est un vrai Martinus contrà omnes. Il pourra bien perdre son procès contre vos libraires de Lyon, aussi bien qu'il a souvent perdu de deçà contre les uns et les autres. Pour la harangue de M. de Châtillon, vous n'en manquerez pas, sunt verba et voces : ce n'est que du babil de moine, qui donne du plat de la langue, et qui flatte en tâchant de secouer sa corde et song capuchon pour devenir évêque. Le testament politique du sieur de la Hoguette ne porte point son nom. Cet auteur est savant et grand ami de MM. Dupuy, qui tiennent et gouvernent ici la bibliothèque du roi. Il porte les armes; il a été capitaine sur mer, et gouverneur de Blaye : il est beau-frère, en tant qu'il
a épousé la sœur de M. de Beaumont Péréfix, précepteur du roi, qui est aujourd'hui évêque de Roder. Ge livre n’a pas été publié comme l'auteur l’avoit fait; M. le chancelier l'a fait châtrer, et en a tant fait retrancher lorsqu'on lui en a demandé le privilége , que, poussé d’une juste indiguation pour cet effet, je ne l’achetai point, et ne l'ai pas encore. Pour l'Épileptique de M. Falconet, je ne sais rien davantage, sinon qu'il m'a écrit qu'il m'en vouloit entretenir : en attendant quoi (et ce sera quand il lui plaira), je vous dirai que les anti-épileptiques et ces sortes de remèdes fort trompeurs viennent des Arabes, qui ont mal entendu et fort mal expliqué ce qu'ils n’entendirent jamais dans les écrits de Galien, savoir, proprietatem totius substntiæ. Les chimistes qui sont venus depuis, et qui ont tâché de tout gâter en dépit de la médecine et des médicaments vulgaires qui sont les meilleurs, ont encore renchéri par-dessus, et les ont fourrés partout où ils ont pu, duce fanatico et maniaco suo Paracelso. Vous ne verrez autre chose dans Crollius et aliis ejusmodi ièmpostoribus et stercoreis scriptoribus, qui ufinam tempuri et chartæ parcentes, nikil unquam scripsissent. Toutes ces dénominations de re. mèdes n'ont été mises en œuvre, ou au moins au jour, que per des charlatans qui se croyoient, par ces titres spécieux , donner de la réputation et de la pratique. Ces remèdes ne font et ne produisent rien ; ils trompent les médecins qui s’y fent, et traînent en longueur et en langueur les malades à qui on les fait prendre. Parum distant à principiis chimicorum, quæ neque probantur, neque determinantur. Les spécifiques des chimistes sont presque la même chose, que 7omas Erastus in disputationibus suis adversus novam medicinam Paracelei, a si bien réfutés. Vous ne trouverez rien de pareil dans l’Hippocrate. Pour les remèdes que l'on dit agir par qualité occulte, je n'en connois point, si ce n'est peut-être : Medicumenta purgantie, in quibus forsan delitescit aliquid occultum. Tout ce que je ne sais point m'est une qualité occulte. Un savant homme et qui ignore peu, reconnoîit moins que