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moi de ces qualités. Si j'étois aussi savant qu'un ange, il y auroit encore beaucoup de choses que j'ignorerois, parce qu'il n'appartient qu’à Dieu de tout savoir. C'est profession de l'ignorance et trop relever inscientiam vetcrum academicorum, que de mettre partout des qualités occultes, comme font les chimistes aujourd’hui dans leurs puants écrits : c’est une chose de laquelle ils devroient être tant plus honteux, vu qu'ils se vantent si hautement d'être les seuls et vrais philosophes. J'admets dans les remèdes divers degrés, diverses qualités, premières, secondes et tierces; mais je n’admets point de fausse monnoie pour de la bonne. « Scio apud Gale- » num dari remedia quæ dicuntur agere à tota substantia, » quæque ipse Galenus vult in quadruplici materia depre- » hendi. Quorur® prima sunt quæ alunt, sive alimenta, se- » cunda sunt purgantia, tertia sunt venena medicamenta, » xax-vpyz, Sive deleteria : quart sunt: alexipharmaca , sive » theriaca : atqui anti-epileptica chimicorum, neque speci- » fica ejusmodi nebulonum, hie habent locum, ergo in prisca » sapientia et in medicina veterum ista figmenta, meræ fa- » bulæ , meræ impostularæ , nullum habent fundamentum. » Je n'ai que faire de vous dire que plusieurs modernes ont impugné ces abus: Winadous, Erastus, Hofmanus même les ont impugnés quelque part. Feu M. Nicolas Piètre, sou frère aîné Simon , qui a été un homme incomparable, el tous nos anciens, out été de cet avis ; et à vous dire vrai, ces remèdes n'ont ici nul crédit, voilà une partie de ce que j'en sais; de vous en dire davautage, j'abuserois trop de votre temps et de votre patience. C’est à vous à prendre en bonne part ce que j'en dis, puisque vous savez ce que je vous suis : aussi est-ce à vous à m'enseigner et à me retirer de l'erreur, si vous savez autre chose qui soit meilleur. A. Paré même, en sa chirurgie, reprend fort bien ces anti-épileptiques, et s'en moque de bonne grâce, lorsqu'il parle de L'ngula Alces, et de cornu unicornis , Comme aussi a fait Smetius in Miscellaneis et Ker- Kermanus in Physicis. Et ne pensez pas rejeter l'opinion de
Paré, sous ombre que ce n'étoit qu’un chirurgien. L'auteur de son livre a élé un savant médecin de Paris, nommé mattre Jean Hautin, Altinus, qui mourut ici un de nos anciens, l'an 1615 (1). M. Moreau et toute notre école se moque aujourd’hui de tout ce fatras, et combien que parmi cent dixhuit docteurs que nous sommes, il y ait encore quelques particuliers qui ut faciat rem , si non rem quocumque modo rem, adhuc in occulto pharmacopolis, néanmoins personne n’en ordonne à Paris, ef kujus erroris extirpationem debemus sapientissimæ et eruditissimæ Pietrorum familiæ. Prenez donc en gré ma bonne volonté, et jugez sincèrement de mon avis,
comme je le soumets sincèrement €t humblement à votre |
censure. C'andidus imperti meliora, vel utere nostris. Gardezvous bien de me prendre pour un glorieux ni pour un obstiné; je ne suis ni l’un ni l’autre, je n'ai envie que d'apprendre et de profiter. Je ne prends nulle part au distique de Martial, qui n’a pas assez vranent dit :
Aurum et opes et rura, frequens donabit amicus ; Qui volet ingenio cedere, rarus erit.
C’est tout au contraire de moi, je suis tout prêt d'apprendre; faites donc et que je vous aie cette obligation après tant d’autres dont je vous demeurerai éternellement obligé, afin que j'a-
(4) Si jamais l'esprit de corps a montré sa jaluusie , sa petitesse, c'est assurément dans ce passage ; il ne fait pas honneur à Gui Patin. Les ouvrages d'A mbroise Paré sont entièrement à lui, et pour le fond et pour la forme. Ce style si simple, si naïf, en même temps si énergique, qui üent de la manière de Montaigne, était bien celui de l’illustre chirurgien de Laval ; un pareil style coule de source, jamais une plume étrangère ne saura l’imiter. À ce sujet, voici ce qu’on lit dans le Dictionnaire de Bayle (édit. in-8°, 1820) : « La Monnoye, dans ses Remarques sur La Croix du Maine, assure qu’on lit dans le Borboniana manuscrit : « Les œuvres imprimées sous le nom d’Ambroise Paré sont d’un mé- » decin nommé Haurin, qui s'en fit bien payer la façon. » Ce passage ne se trouve pas dans ce qu’on a imprimé du Borboniana à la suite des mémoires de Bruys. » Ne voilà-t-il pas une autorité bien impo-
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mende mon ignorance par votre charité. Provence et Bordeaux ne sont pas encore apaisés; on attend ici des nouvelles. Un jeune père de l’Oratoire, qui est de la maison depuis huit jours, s'est aujourd’hui jeté sur celui qui disoit la messe et lui a voulu arracher l'hostie : le prêtre s'est défendu, mais l’autre a été le plus fort , l’a fait choir et lui a cassé les dents; l'hostie chue, grand désordre dans l'église, etc. On dit que ce jeune homme est fou, je le crois ainsi. Un laquais en fit autant il y -« quinze jours au curé de Sanci, village près de Saint-Denis, le jour de la Pentecôte: il a été condamné à avoir le poing coupé, être pendu, étranglé et brûlé, par le bailli de Mont- -morency. Il est encore à la Conciergerie par appel. Vale et me ama. Voilà qu’on vient quérir ma lettre, il est dix heures du ‘soir sonnées, je vous donne le bonsoir, et suis de toute mon âme à MM. Gras, Garnier et Falconet, monsieur, votre très humble, etc.
De Paris, ce 11 juin 1649.
LETTRE CCVI. — Au méme.
Je viens de mettre sur le mémoire de ce que je vous dois les dix francs de M. Gras; je vous en dois encore six ou sept de reste que je délivrerai si vous voulez à M. votre beau-frère. Pour ce qui est du port de mes livres de Lyon à Nuremberg, je n’en saurois avoir meilleur marché que vous m'en faites, et je vous en remercie ; Dieu vous le rende, qui est le meilleur mot de la gueuserie de ceux qui, pour vivre en une grande communauté, ne laissent pas de s'appeler moines, qui veut
sante , la note d’un manuscrit que personne autre que La Monnoye n'a vu ni constaté d’une manière authentique ! Il est en outre digne de remarqus que Paré commença à écrire à vingt-huit ans, et ne finit qu'à saixante-treise ans. Au reste, pour plus de détails sur ce point assez curieux d'histoire médicale, on consultera avec fruit la savante introduction de M. Malgaigne, dans sa belle édition des O£uvres d’Anbroise Paré, Paris , 1840, t. 1, pag. cccxxxr. (R. P.)
dire solitaires, et qui vivent de cette adresse, de nous promettre par leurs prières telles quelles, le paradis qu'ils n'ont point pour l’argent que nous avons.
Le livre des Jésuites sur l'eschafaut, fait par le P. Jarrige, a été ici imprimé par un libraire de la religion nommé Ven-: dôme, et s'y débite merveilleusement (1), vu que Paris abonde en gens qui haïssent ces Pères, qui se veulent nommer compagnons de Jésus, bien que le bon Seigneur n'ait jamais appelé personne son compagnon, que Judas même qui le vendit, en ces termes dans saint Matthieu, chap. 26, verset 50, trièe, Lo’ à æ#au? qui vaut autant à dire, que : Compagnon, paurquoi êtes-vous ici? ou : Que faites-vous icif puisque ce mot éraïpog signifie proprement compagnon, et non pas amicus, comme dit notre Vulgate, laquelle de toutes les versions du Nouveau Testament, à ce que dit Scaliger, est la pire. Voici ses termes : Ft latina, quâ manciärpo utuntur, quæ ah eo propagata est longe deterrima. Même Île nom éraipidioy OU éraiça Mmeretricem significat, comme les loyolites mêmes se servent du mot é vipiæ pour exprimer leur société. Je ne sais s'ils entreprendront de répondre au P. Jarrige; mais je pense qu'ils ne le feront pas, parce qu'ils n’en viendroient pas à leur honneur.
Je n'ai point encore oui parler de ce nouveau décret du pape contre la moinerie et ce nombre effroyable de moines qui sont aujourd'hui en France, et même je doute fort si le pape, qui n’est pas sot, osera entreprendre uue affaire de si grande conséquence, vu que s’il n’est secondé de la force des potentats , il n’en viendra jamais à bout, ayant afluire à ja plus méchante peste de gens qui soient au monde (2). Il aura
(1) Les jésuites m:s sur l’eschafaut, avec la réponse, par Pierre Jarrige, Paris, 1649, in-S°. Coinparez La conversion de M. Jarrige, par Drelincourt, 1658, in-8°, (R. P.)
(2) On connaît ces vers souvent cités par Henri Estienne :
Monacbi, vestri stamachi sunt amphara Bacchi; Vos estis, leus est testis, teterrima pestis,
En touttemps les moines ont eu des admirateurs et des détracteurs ; il
beau leur commander, ils n’obéiront pas. Un pape les a créés, ou au moins les a approuvés, et par conséquent un autre pape ue les peut détruire et anéantir, à ce qu'ils disent. Néanmoins Pie V abolit tout-à-fait l'ordre des humiliés, d'autant qu'un ‘d’iceux avoit voulu tuer le bon archevêque de Milan, saint Charles Borromée. Un autre pape, longtemps auparavant, avoit aboli l’ordre des jésuites. Je ne vois pas aussi par quel motif le pape voudroit entreprendre une telle réformation, vu que tous ces gens-là lui servent avec toute leur bigarrure, et qu'ils aident merveilleusement à soutenir sa puissance par le monde et même sa tyrannie sur les consciences. Ils sont les archers et les commissionnaires, pour ne pas dire les espions et les janissaires du pape. Je me souviens d’avoir ouï dire à feu M. le président de Novion, père de celui-ci, qui étoit un grand personnage et excellent homme, président au mortier (sic), que l'on avoit agité l'affaire au parlement de réduire tous les moines aux quatre premières sources, afin que, par ce moyen, ce grand nombre pôt être diminué. Il me l’a autrefois dit l'an 1698, durant le siége de La Rochelle. Feu M. Grotius m'a souvent dit que pour réformer la France, il y avoit trois choses auparavant à faire : 1° de retrancher l'autorité du pape, laquelle s’accroissoit trop en France; 2° de ne donner des évéchés qu’à des gens capables de prêcher et d'enseigner, et non pas à des courtisans et à des gens de mauvaise vie, comme on fait aujourd'hui ; 3° d’ôter tout d'un coup tant de moines qui sont ici superflus, et il disoit ordinairement : Circumcidendus ille ingens monachorum numerus. À cause du scandale
ne faut pas s’en étonner, leur histoire peut être écrite en partic double. À toutes les époques il y eut des couvents pauvres et n’exerçant que la charité ; il exista aussi des couvents gorgés de biens et hideux de corruption : de là , la face enluminée et sensuelle du moine, se laissant aller malgré sa rohe et ses vœux aux plaisirs du monde, chantant volontiers le pervigtlium Veneris à matines ; et la face maigre et hâve du moine vé-
ritablement pieux , livré aux austérités du cloître et de sa règle. (R. P.)
que les moines avoient apporté à la chrétienté, les Pères du concile de Trente avoient ordonné que l'on ne recevroit plus de nouveaux moines; mais pour le profit qu’ils y ont trouvé, ils ont fait tout autrement. Ils en ont plus reçu depuis ce temps-là qu'ils n’avoient fait en quatorze siècles auparavant. Ïls sont maintenant si puissants qu'ils seroient capables de faire un schisme contre le pape s’il les entreprenoit sans être appuyé de l'autorité des princes souverains. Mais laissons là cette peste de la religion pour passer à celle de la médecine : j'entends les apothicaires. Vous avez fait un accord avec eux; ils ne méritent pas cette grâce d'entrer en composilion avec leurs maîtres, desquels ils devroient dépendre absolument. Si vous voulezempècher qu'ils n’entreprennentet n’empiètentrien sur vous, il faut que vous les fassiez souvenir du Médecin charitable, avec lequel, lorsqu'il ne valoit qu'un sol ou deux, nous ‘avons ruiné les apothicaires de Paris. Faites-leur entendre qu’il y a chez les épiciers de la casse, du séné, de la rhubarbe et du sirop de roses pâles, avec lesquels remèdes nous nous passons d'eux et les avons rendus si ridicules, qu'on ne
les veut point voir dans les maisons, et qu’ils ont bien plus de
loisir qu'ils ne voudroient de garder leur boutique. Il n’est, Dieu merci, plus ici question de bézoard, ni d'eaux cordiales dans la petite-vérole, ni de juleps cordiaux, ni de perles en quelque maladie que ce soit. Le peuple est détrompé de ces bagatelles et de plusieurs autres; les riches ne s’en servent plus et se tiennent obligés à plusieurs anciens de notre Faculté d'être délivrés de cette tyrannie. Ces messieurs nos anciens sont MM. Marescot, Simon Piètre, son gendre; Jean Duret, fils de Louis; les deux Cousinot, Nicolas Piètre, Jean Hautin, MM. Bouvard, du Chemin, Brayer, de la Vigne, Merlet, Michel Seguin, Baralis, Allain, R. Moreau, Boujonier, Charpentier, de Launay, Guillemeau et plusieurs autres qui ont introduit dans les familles de Paris une médecine facile et familière qui les a délivrés de la tyrannie de ces cuisiniers arabesques. Ceux qui se plaignoient dela trop grande dépense ct des frais excessifs
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que causbient les apothicaites ont été les premiers détrompés, et vous noterez qu'avant ce temps-là on ne voyoit que des parties d’apothicaires en procès dans le Châtelet et au Parleent, afin d'être réglées par les médecins qui seroient pour eet effet nomtmés et établis par les juges; mais tout est bien
: changé aujourd'hui, cela ne se voit plus. Nos médecins intros duisitent aussi cette facilité de remèdes et cette épargne dans
les monastères, dans leurs familles et chez leurs voisins e4 amis; enfin toute la ville s’en est sentie, à l’exteption de très peu dé personnes, qui petit à petit se convertissent. De sorte que lés apothicaires d'à présent ne se trouvent guère en besogne que pour les étrangers logés en chambre garnie; et, hors de cette rencontre, je vous puis dire avec toute vérité qu'ils ne devroient point faire d’apprentis ,. leur métier étant si seq que personne n'a envie de s’en mêler aujourd'hui, Outre nos médecins que je vous ai nommés ci-dessus, qui ont puissamment aidé à abattre ce monstrueux colosse de volerie qui régnoîit tyranniquement à Paris, je pourrois bien vous en nommer encore plusieurs qui vivent aujourd'hui; mais je me retiens afin de ne pas me nommer moi-même, qui pourtant y ai travaillé autant que pas un. Le peuple de Paris est tellement accoutumé à celte épargne, que ce ne sont plus les apothicaires que les malades mettent en besogne. On envoie aussitôt au médecin, et, bien qu’à cause de la misère du temps il y ait plusieurs malades qui ne paient guère bien, au moins avons-nous cet avantage que nous y sommes appelés des premiers, et que nous ne voyons plus chez eux faire litière de juleps, apozèmes, poudres, opiats et tablettes cordiales, qui ne servoient la plupart qu'à faire durer les maladies, à échauffer, dégoûter et coûter beaucoup aux malades.
Je viens do recevoir votre lettre du 11 juin, et je m'en vais vous y faire réponse, Touchant votre tireur de pierre, je pense qu'il a fait imprimer quelque chose en français de la taille, 11 a taillé, direz-vous, un homme de vingt-huit ans au grand appareil. Aussi ne peut-on pas tailler un de cet âge au petif
appareil , auquel sont seulement propres les enfants de trois ou quatre ans, et encore n'est-il presque plus en usage pour le peu d'assurance qu'il y a. Cette pierre molle, friable et sablonneuse, étoit récente; mais si elle n'eût été tirée, elle se fût bientôt accrue et endurcie. Quand an tailla notre M. Riolan, l'an 4641, la pierre se rompit en deux ou en plusieurs parties. On en tira ce qu'on en put, mais on ne put pas si bien faire qu'il n’en restât quelque pièce qui s’accrut si notablement qu'il fallut l’année suivante le tailler derechef. Pour la section franconienne (1), je pense qu'elle se peut aussi bien faire sur les hommes que sur les femmes, mais plus utilement pour elles. Feu M. Nicolas Piètre l’avoit bien à la tête et en a fait une thèse où je me souviens d’avoir disputé. M. Piètre défendit fort bien cette thèse contre deux de nos docteurs qui lui vouloient mal, savoir, Merlet et Gervais. Le premier est un dangereux Normand, fin et rusé, et le second un grand ivrogne, valet d'apothicaire, rousseau de vache, fait comme le Juit errant, qui se rendit encore plus ridicule en attaquant mal à propos M. Piètre, qui a fait faire cette section en cette ville sur les hommes et sur les femmes, laquelle a réussi. Ce qui la décrie est la nouveauté. Je n'ai point ouï parler de la traduction'd'Hippocrate, Si j'avois du crédit, je l’'empêcherois, ce seroit de la marchandise à faire babiller les barbiers apothicaires et autres singes du métier (2). Je suis, etc.
De Paris, ce 18 juin 1649.
(1) Le haut appareil ; les progrès futurs de la chirurgie ontsingulièrement perfectionné cette méthode, tôt ou tard abandonnée, ainsi que les autres méthodes, grâce à la lithotritie, la plus grande découverte chirurgicale de notre temps. (R. P.;
(2) Un pareil jugement est par trop sévère. Il est indubitable que Gui Patin aurait changé d’opinion s'il eût connu la traduction des OEuvres complètes d’Hippocrate , avec le texte grec et des commentaires, par le savant M. Littré. C'est là certainement un des plus beaux monuments élevés à la gloire de la médecine antique et qui fera honneur à notre époque. (R. P.)
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LETTRE CCVII. — Au méme.
Depuis ma dernière du 18 de juin que j'adressai à M. Ravaud pour vous être rendue, je vous dirai que la reine étant à Amiens avec le roi et le Mazarin, y a reçu tant de plaintes et de clameurs du mauvais traitement que les gens de guerre faisoient en ces quartiers-là, qui tuoient, voloient et bràloient des villages entiers; même l’évêque de la ville lui en a parlé si sérieusement qu'elle en a eu honte, cum non haberet in ore suo quod responderet, d'où vient qu'elle a délibéré de quitter ladite ville sous ombre de la petite-vérole, et de s’en revenir à Compiègne : et néanmoins ce ne sera qu'après que le Mazarin aura fait un voyage à Péronne pour donner ordre au siége que le comte de Harcourt a mis devant Cambrai le 24 de ce mois.
Ce voyage ne s’est point fait, mais il a conféré avec M. de Hocquincourt, gouverneur de Péronne, au milieu d’un champ, avec otages de part et d'autre, et se sont rendus au lieu désigné, accompagnés chacun de trois cents cavaliers. Enfin la reine a ramené le roi et son Pantalon rouge à Compiègne, où la cour est fort petite à cause de la grande cherté de toutes choses, jusques au foin, dont ta botte y a été vendue trente sols. Joint que comme les officiers ne sont point payés de leurs gages, il y en a fort peu près du roi.
Le mariage de la Mazarinette aînée avec M. le duc de Mercœur est tout-à-fait rompu encore une fois. Le Mazarin dit que M. de Vendôme ne le peut pas beaucoup fortifier de son alliance : M. de Vendôme dit qu’il n'a que faire de ce mariage, et qu’il voit bien qu'on ne sauroit tenir tout ce qu'on lui fait espérer, ni lui donner l'argent qu'on lui promet ; ainsi tous deux se quittent l'un l’autre,
Le vendredi deuxième jour de juillet, il est entré deux mille Espagnols dans Cambrai sans que les nôtres y aient fait aucune résistance; on dit seulement que ç'a été par trahison de quelques. Allemands, que l'on dit pourtant se fort bien dé-
fendre de ce crime. Quoi qu'il en soit, le siége est levé, et si ce n'est la faute des Allemands ni des François, aussi n’estce pas la mienne. C'est le malheur du Mazarin qui nous porte tous. ces guignons; je ne sais ce que fera notre armée dorénavant. On dit que le général Erlac est retourné à Brisac. On se moque ici du Mazarin, et de sa fortune et de sa belle conduite. M. le Prince est encore en Bourgogne; M. le duc d'Orléans a été ici quelques jours, puis s'en est retourné à Compiègné.
Il y a quelque temps que je rencontrai ici M. Becker, tout seul. Il me témoigna qu’il avoit grande joie de me voir, et moi de même à lui. Comme j'avois envie de savoir de ses nouvelles, je ne le voulus point laisser aller, combien que j’eusse hâte, je le menai avec moi. J'allois chez un marchand de vin y voir une bee fille fort malade, ex febre assidud cum vomitu, animi deliquio, et multis vermibus, quos sursum et deorsum excrevit, tandemque convaluit. Je le fis entrer dans une chambre à part, où je fis apporter la collation, et entre autres du meilleur vin ratus istud apprimè convenire germano ventriculo. }| me conta qu'il étoit en condition avec un gentilhomme de Paris, qu’il m'a nommé, et que je no connois point, qui a une maison près d'Orléans ; qu’il y demeurera encore un an pour y apprendre Je françois, après cela qu'il s’en retournera en Allemagne, si la paix y'est bien arrêtée et exécutée. Il but plusieurs fois à ma santé, de joie qu'il avoit, ce me disoit-il, de m'avoir rencontré ; il but aussi à la vôtre, et promit de vous le mander, comme je fais maintenant.
J'attends des nouvelles de M. Volcamer, qui a pris la peine de traiter pour moi avec la fille de M. Hofmann, pro suis ypnorouol : 2400 : Je les ai achetées sans les voir, j'en ai délivré cinquante écus à M. Picques, Domina Lauxia filia et hæres Casp. Hofmanni, \es a touchés, et en a donné sa quittance aussi bien que M. Volcamer même, qui y est intervenu comme médiateur et témoin. Je pense que de présent, ledit manuscrit est en chemin. Quand je l'aurai, je tâcherai de le mettre sur la
presse avec la première partie dé cet œuvre, qui est ypaoromab : gvadoy : au moins j'y ferai ce que je pourrai; sed dies mali sunt. Nos libraires ressemblent fort aux moines, quorum charitas admodum refrigescit. On dit que la disette des vivres et la cherté du pain a été si grande depuis quelque temps à Rome, que de faim ou de maladie il y est mort un nombre d'hommes qui va par dessus les douze mille.
Quand je pense à vous, et par conséquent à Lyon, j’aurois bien envie d’y aller, de vous y embrasser, et vous y entretenir, et mutuas audire et reddere voces. Je sais bien que l'aspect d'un si beau pays peut contenter en quelque façon la curiosité d’un homme : une si grande ville, deux belles rivières, la rapidité du Rhône, tant d'honnêtes gens qui sont dans votre ville, tant de beaux livres qui se peuvent trouver, de si bons et francs amis que j'y verrois, et entre autres MM. Gras, Falcbnet et Garnier, humants majora bonis creduntur ; mais tout cela n’est rien au prix de la joie que j'aurois de m'entretenir en particulier avec vous dans votre cabinet, remotis arbitris, Et peutêtre que Dieu me fera quelque jour cette grâce, dont j'ai bien envie : aussi y a-t-il quelque apparence qu'une certaine occasion se présentera qui m'en donnera le moyen.
M. le duc d'Orléans a été ici quelque temps en qualité de médiateur et de pacificateur, et a été vu par M. le coadjuteur, et par plusieurs du parlement. Il a vu aussi M. de Beaufort, qu'il a voulu induire et pousser d'aller à la cour: nec credidit illi.
M. notre coadjuteur a été à la cour, où il a vu, salué et harangué la reine, laquelle a paru être touchée du discours qu’il lui a fait. 11 n’y a point vu le Mazarin, comme il l'avoit stipulé avant que de partir, qu’il ne l’iroit point voir : aussi ne lui en a-t-on point parlé (1).
Le bon duc Gaston a fort invité M. le duc de Beaufort d'aller à la cour sur sa parole ; mais l’autre y a sagement et pru-
(1) Voyez les Mémoires du cardinal de Retz, liv. ILE,
demment résisté, et lui a dit qu'autrefois M. le maréchal de Montmorency s'étoit perdu sur sa parole, que le comte de Sois sons du depuis en avoit fait autant, et que depuis quatre mois le maréchal de Rantzau avoit quitté son gouvernement de Dunkerque, et étoit venu à la cour sur sa parole, où aussitt il fut arrêté, mis prisonnier, comme il est encore dans le bois de Vincennes, sans ce qu'il y sera à l'avenir; qu'il le prioit bien fort de l'excuser , mais que sur sa parole il ne sortiroit point de Paris, où il savoit bien qu'il étoit aimé et chéri: et à toutes ces raisons, le bon duc n’a point eu de quoi répondre, et s’en est allé à la cour.
Madame de Châtillon, veuve de celui qui fut tué à Charenton le 8 de février dernier, est accouchée d'un fils: voilà on cinquième rejeton descendu de Gaspard de Coligny, amiral de Châtillon, qui fut tué à la Saint-Barthélémy, l'an 1572.
Comme je vous tiens pour mon meilleur et plus intime ami, je prends la hardiesse de me découvrir à vous, et vous demande avec très humble révérence que vous ayez cette bonté, de me donner votre avis du dessein que j'ai de faire une méthode particulière, dont je vous ai par ci-devant écrit quelque chose ; maintenant je vous envoie la copie du titre que je vous ai désigné. Je vous prie de me mander s'il esttrop long, ou bien ce qu’il y a dans les termes qui empêche que vous ne m'en donniez votre approbation ; mais je vous le demande en ami, comme j'espère que vous m'y répondrez. Ne me flattez point, je vous prie, faites-moi mon procès, instruisez-moi, et me remettez dans le bon chemin: J/udicioque tuo cadam vel stabo. Eu voici ma pensée, à la charge que ci-après vous m'en direz la vôtre, aussi librement qu'un ami le peut attendre de son ami.
« Manuale medicum, sive de morborum internorum na- » tura et curatione, libri tres, in quibus ex paucis, sed pro- » batis et selectis remediis, præsertim dextro majorum præsi- » diorum, hoc est venæ sectionis et purgationis usu, ac ex- » quisita vivendi lege, ad facilem ac legitimam benè medendi
» methodum, quasi verum sanctioris et purioris medicinæ » fontem revocantur atque manu ducuntur Philiatri ; raris » quibusdam observationibus, et exemplisillustrati, unà cum » censurà quorumdam remediorum arabicorum, chimicorum, » indicorum, futilinm , et planè ad ægrorum salutem inuti- » lium, quæ ditandis dumtaxat seplasiariis adinventa vi- » dentur.
» Posterum negotium ago: illis aliqua quæ possint prodesse » conscribo; salutares admonitiones velut medicamentorum » utilium compositiones, litteris mando, esse illas efficaces in » multis morbis expertus rectum iter, quod tandem cognovi, » aliis monstro. Seneca. »
Si vous n'étiez mon meilleur ami et plus particulier, je ne vous demanderois point cette faveur ; mais sur la créance que j'ai, j'ose et j'entreprends d'espérer de vous cette grâce que vous m'en donnerez votre jugement. Vous le montrerez si vous voulez à MM. Gras et Falconet, et m'en manderez s’il vous ” plaît leurs sentiments. Facit amor in me tuus, ut hoc œudeam. Si vous trouvez que cela vous fasse importunité, prenez-vousen à vous-même et à votre bonté, et dites avec Martial ce beau vers que les plus honnêtes gens du monde ont aujour-d’hui raison de dire souvent :
Semper inhumanos habet-officiosus amicos.
M. de Lamothe-le-Vayer est un homme d’environ soixante ans, de médiocre taille, autant stoïque qu'homme du monde, homme qui veut être loué et qui ne loue jamais personne, et duquel
Mala quædam fabula fertur Valle sub Alarum Trux habitare capcr.
Mais je vous parle en ceci métaphoriquement. Le vice qu’on Jui objecte n’est point corporel, il est de l'esprit, etc. Comme fuit olim Diagoræ atque Protagoræ (1).
(1) Cette accusation d’athéisme a lougtemps pesé, mais sans preuves,
Le Mazarin est tellement haï partout, que l’on pourroit apparemment juger qu'il ne durera plus guère, et même il semble que nous allons entrer en de tels désordres par toute la France qu'il faudra même que la-reine l'envoie hors du royaume.
On parle ici d'États-Généraux pour remédier aux provinces désolées ; on parle aussi de nouveaux partis et de soulèvements contre lui de quelques princes et de quelques provinces: même il y a eu ici des députés de votre religion qui ont présenté une longue requête et un grand cahier de plusieurs plaintes à M. le chancelier, lequel se trouvant pressé, et comme en appréhension des désordres qui peuvent arriver, s'excusa fort doucement à eux d'y répondre, leur alléguant que c'’étoit une affaire d’État, et qu’il falloit aller pour cet effet à la cour, où il y a encore bien d'autres empêchements : si bien qu’enfin je pense qu'il nous faudra dire nisi moriatur lle homo pro populo.
On n'imprime plus ici de pièces mazarines tant le lieutenant civil a persécuté rudement les imprimeurs, dont même il y en a plusieurs encore dans les cachots, et entr'autres deux fils avec leur mère nommée la veuve Meusnier, dont l'aîné a été condamné d’être pendu, la mère d'assister au supplice, et bannie après avoir eu le fouet par les carrefours, et l’autre fils aux galères. Ils en ont appelé à la cour, où l'on ne se hâte point de les juger, d'où l’on conjecture qu’on veut leur faire grâce , au moins ne les pas traiter si rigoureusement qu'a fait le lieutenant civil. « Cujus mens ea fuisse videtur, » ut acerbitate illa supplicii, cœteris terrorem incuteret,*et » alios pari morbo insanientes, ad sanitatem melioremque » mentem revocaret. » Enfin je me sens au bout de la carrière, je vous baise les mains de toute mon affection, et suis de
sur la réputation de Lamothe-le-Vayer, surtout à cause de ses dialogues. Il est vrai qu'à cette époque, il fallait peu de chose pour être réputé athée. Le grand R, Descartes lui-même fut regardé comme tel, lui qui donna une si belle démonstration de Dieu et de l'âme. (R.P.)
toute mon Âme, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. |
De Paris, ce 13 juillet 1649.
LETTRE CCVIIT. — Au même.
Je crois que vous avez reçu ma dernière datée du mardi 13 de juillet, que j’avois enfermée dans une autre que j'écrivois à M. Ravaud touchant son Sennertus et celui de Rouen. Depuis ce temps-là M. de Beaufort a été à Nanteuil, qui est devers Compiègne, fort bien accompagné, sur la parole de M. le duc d'Orléans, qui y à aceommodé une querelle que ledit sieur de Beaufort avoit eue aux Tuileries le mois passé avec le marquis de Verzay, qui lui en a fait telle satisfaction que ledit M. de Beaufort en a désiré. Le roi, la reine, le Mazarin et toute la cour, qui n’est paint fort grosse, sont à Compiègne; en dit qu'ils y seront encore tout le mois qui vient, et puis après qu'ils s'en iront passer septembre et octobre à Fontainebleau ; et la Toussaint venue, consiliun eapient in arena, du lieu où ils iront passer l'hiver ; ce que je dia, d'autant que je doute fort si la reine reviendra à Paris, qu’elle haïit si fort qu'elle a dit qu'elle aimeroit mieux périr que d'y revenir: aussi pourra-t-il arriver que jamais elle n'y rentrera, au moins est-ce chose certaine que le Mazarin ne fera jamais bien d'y rentrer. Ah! que je serois aise de faire un petit voyage à Lyon et de vous entretenir tous deux ; il me semble que eela me feroit rajeunir, Ne vous étonnez point si M. Riolan a rudement traité.notre bon ami M. Hofmann; ce dernier avoit commencé et a eu tort de einq ou six picoteries contre Riolan le père dans ses /nstitutions. M. Riolan le père étoit un bon Picard , doux et savant ; mais celui-oi est un homme âcre qui he sauroié épargner ni pardonner à personne : gui malif amieure
perdere qudin verbum , et je ne doute pas que par ei-après quelqu'un ne lui rende. Il me semble bien vieux, il commence à
se casser, et est bien fort asthmatique, c’est pourquoi j'ai peur pour lui l'hiver prochain. C'est lui qui a parlé des casuistes, et qui eût bien voulu y mettre mon nom tout du long, mais je ne le voulus point permettre, et même il m'en gronda quelque temps et fut près d'un mois à ne me plus envoyer #e8 épreuves, combien qu'il ne fût guère capable de les corriger, il bredouille trop et n’y voit tantôt plus. Le troisième tome des Conseils de Ballonius n'est pas infailliblement achevé, et M. Thevart, qui l’a fait imprimer, n’est pas capable d'y mettre une bonne main (1). Ïl m’a avoué qu'il y avoit ajouté les vers de la bière d'un poëte allemand nammé £obanus Hessus ; qu’il y a fourré l’antimoine en un certain endroit, duquel il n’est pas bien détrompé, combien que le petit Camus ne gagne pas cent éeus par an en son métier. Il dit qu'il en a ôté la saignée de quelques endroits et quelques fatras de remèdes en d’autres; ce que je crois volontiers d'autant qu'il n’est pas capable de faire mieux ; il a l'esprit aussi court que le nez, et néanmoins il est malin. Je vous conseille de ne lire de ce livrelà que la table que j'en ai faite, dans laquelle j'ai mis et ramassé tout ce que j'ai trouvé de bon dans ces livres : j'en ai fait autant à l’Anfhropoyraphie de M. Riolan, et sans moi il n'y eût point eu d'index, M. Riolan disant qu'il n’avoit point le loisir d’en faire un, qu'il ne se soucioit point qu'il yen eût, et le libraire alléguant qu'il ne connoissoit personne qui fût capable de le faire, si bien que sans la peine que j'en ai voulu prendre il n'y en eût point eu.
Les œuvres du bonhomme M. J. Leschassier, avocat, ont été ramassées et mises en lumière par son neveu, maître des comptes, M. Leschassier, à Paris, qui est un fort homme de bien, cujus familiæ soleo facere medicinem. Ce M. l'avocat Lesehassier étoit un vieux frondeur , bon Gaulois, homme de bien, mais âcre et fantasque, qui ne fut jamais marié , vieux chrétien, ennemi juré des fourberies de Rome. Son neveu,
(1) Voyez la note, page 97.
maître des comptes, est un homme fort doux et poli, rusé et grand ménager, qui a une des dignes femmes du monde, fille de feu M. le président Miron, et par conséquent petite cousine de ma femme. Si vous en voulez quelque autre exemplaire, je pourrai bien vous l'envoyer. Tout cet ouvrage n’est pas fort poli, mais il y a là-dedans quelque chose de bon; je vous assure que par ci-devant vous ne m'avez jamais rien mandé d’avoir reçu mon portrait. Il me ressemble assez bien; mais croyez-moi, vous n'avez pas mieux la copie à Lyon, que l'original est à votre service à Paris. Il ne se passe jour que je ne pense à vous plusieurs fois.
Le cardinal Mazarin partit hier au matin de Compiègne, pour aller à Saint-Quentin, accompagné de M. de Vendôme, de M. de Mercœur, du maréchal Duplessis-Praslin, de M. de Villeroi et autres, pour aller traiter de la paix avec Pigne-
randa. Il en faut attendre le boiteux. Je vous baise les mains de tout mon cœur, et suis de toute mon affection, monsieur, votre, etc.
De Paris, ce 23 de juillet 4649.
LETTRE CCIX. — Au même.
Tandis que de tous côtés on parle des affaires publiques, il s'en est passé une particulière en Bretagne, où le parlement a fait couper la tête à deux dames de qualité, pour l'assassinat qu'elles ont commis sur un nommé de Palerne, qui étoit fils du greffier en chef du parlement de Rennes. Ces deux dames sont la comtesse de Vignori et sa propre fille, qu’elle avoit fait épouser à ce malheureux Palerne, qu'elles avoient tâché de faire tuer à lu chasse. Mais n’y ayant été que blessé, elles tâchèrent'de gagner le chirurgien qui pansoit sa plaie, afin qu'il l’'empoisonnât ; de quoi n'ayant pu venir à bout par la fidélité du chirurgien, elles prirent ensemble résolution de l'étrangler , et l'exécutèrent, puis le firent enterrer. Quelques
LETTRES DE GUL PATIN. 465 jours après, l'affaire ayant été découverte, leur procès leur a été fait.
M. le chancelier, qui est toujours ici, a été d'avis que M. le prévôt des marchands, accompagné de quelques échevins, colonels de la ville, conseillers de l’hôtel -de-ville , et autres, fissent une célèbre députation à Compiègne vers la reine, afin de la supplier de vouloir ramener le roi son fils à Paris : ce qu'ils out fait. Elle leur a promis d’y revenir bientôt, mais qu'elle veut seulement auparavant donner ordre à l’armée, qui est sur la frontière. Les six corps des marchands y sont allés aussi lui remontrer que si elle ne revient à Paris, tout le commerce s'en va cesser, ” <
Elle a bien envie d'y revenir, et néanmoins s’en fait prier : elle voit que toutes les affaires manquent.
Il y «a eu ici du bruit au parlement depuis quelques jours, pour des lettres que le parlement de Provence a écrites à celui de Paris. Les conseillers qui les ont reçus demandent que lecture en soit faite en plein parlement, les chambres assemblées ; à quoi résiste depuis trois jours le premier président, qui ne veut ni ne peut souffrir cette assemblée des chambres. La délibération en est remise à demain mercredi. Les mazarinistes font ici courir le bruit que les affaires sont apaisées et que tout est d'accord en Provence, mais les gens de bien disent que non. Le comte d’Alais est ici fort détesté et haï, et encore davantage sa femme, que l'on dit être une méchante diablesse. Quelques uns disent ici que ceux de Provence ne sont pas à plaindre, vu que combien qu'ils nous eussent donné adjonction durant notre guerre, néanmoins, sans faire autre chose, ils nous abandonnèrent et firent leur accord sans nous en parler, dès le 21 de février, qui étoit un temps où les mazarins commençoient déjà fort bien de se lasser de la guerre, et où nos affaires étoicnt apparemment très bonnes, et que nous étions les plus forts; mais , à vous dire vrai, je ne veux point pour cela de mal à ces pauvres Provençaux, qui firent leur accord de la surte, peut-être y élunt fort pressés d'ailleurs,