VE NOTICE SUR GUI PATIN
riage heureux, du moins sous le rapport de la fortune, placa tout aussitôt le jeune docteur dans une position honorable, Mais ce qui contribua singulièrement à le faire connaître, c’est qua Riolan, niécontent de son fils, lui fit obtenir la survivance de sa chaire de professeur ou de lecteur du roi, comme on disait alors, au Collége de France, chaire dont il devint titulaire en 1654. Cette époque de la vie de Gui Patin fut des plus res marquables ; il était compté au nombre des premiers médecins de la capitale. Sa renommée s’accrut non seulement en France, mais dans les pays étrangers. Il y a une leitre de Thomas Bartholin qui, ayant passé à Paris, écrivit à un ami ce qu'il pensait d’honorable pour le nouveau professeur {1). Gui Patin avait, en effet, tout ce qu'il faut pour briller cathédratiquement, Doué d'un grand fonds de savoir et d’érudition, il parlait aisément la langue latine; d’ailleurs, d’un esprit vif, hardi, plein d’entrain, de fau et d'action, il était loin de se retrancher dans les obscurs ambages d’une dialectique fastidieuse, ni d’un dogmatisme empesé, Ce n’était pas non plus ce caquet jactancieux frotté à l'esprit et au savoir des autres ; tout coulait de source et. de verve. Aussi cette clarté merveilleuse, ce grand sens, cette puissance d'analyse et de raisonnement qui le caractérisaient donnaïient à sa parole une incontestable autorité. Sou éloquence avait, il est vrai, de l’impétuosité, de la fougue, une certaine chaleur de sang tenant du tempérament, . 4) Dans cette lettre, datée de Paris, le 31 décembre 164%, à
son retour d'italie, Bartholin dit : {ngenio, officifs, rarta, promptdque lectione eminet G. Putinus , loius noëler, etc. (Crhturi®.)
NOTICE SUR GUIL PATIN. vit mais aussi du caractère et de l’esprit. Personne n'eut d’ailleurs plus que lui le secret de cette raillerie, pleine à ln fois de sel et de sens, qui soutient et ranime l'attention des auditeurs, raillerie qui malheureusement dégénérait en saillies caustiques , en une sorte de rude etacerbe franchise, car Gui Patin n'était pas homme à accoler la robe de patelin à la toge de professeur, Ses principes en médecine ne furent guère que ceux d’Hippocrate, de Galien et de Fernel, Il n’adopta ni ne réjeta entièrement la circulation du sang, qui passait
encore dans beaucoup d’esprits pour un ingénieux pa: ‘
radoxé. Il est probable que Gui Patin en agit ainsi pour
complaire à son protecteur Riolan, qui traitait la grande : découverte de G, Harvey de chose absurde, incompatible : avec les véritables lois de la physiologie, Telles sont sou
vent la justice et l’impartialité contemporaines. Certes ce fut pour Gui Patin, s’il croyait à la réalité, à l’importance de cette découverte, un pénible devoir de reconnaissance à remplir; une de ses qualités était d'aimer à dire, à signaler l’utile, même avec témérité. Quand il dit qu’il le préfère à tout, il ne s'engage pas trop; car, sans être exempt de préjugés, bien souvent il a mis son esprit, son courage et sa plume au sérvice de la vérité.
Avec tant de savoir, tant de réputation et un caractère si ferme, Gui Patin parvint aisément aux dignités de sa profession. Îl avait pourtant des ennemis puissants et actifs à la Faculté, mais sa voix et ses opinions y restèrent longtemps prépondérantes : aussi fut.il nommé deux fois doyen, et son nom resta dans le chapeau dans plusieurs élections, Tui-même explique ce