VIN NOTICE SUR GUI PATIN
que c'était que rester dans le chapeau. C’est dans ses lettres qu’il donne les plus curieux détails sur la nomination du doyen, emploi pénible et cependant fort ‘envié, car le doyen avait de grandes prérogatives : le jeton était frappé à son coin d’un côté , et de l’autre aux armes de la Faculté ; il dirigeait la corporation; en un mot, ce haut dignitaire était, ainsi que le dit Gui Patin, le chef de la corporation, caput facultatis, vindexæ disciplinæ, et custos legum, d'après les statuts les plus inviolables comme les plus anciens (1). Mais si les fonctions de doyen étaient honorables, cette charge présentait bien des difficultés, bien des épines. Ce n'était, en effet, que le primus inter pares ; il devait être réélu tous les deux ans, rendre des comptes à la faculté : alors les inimitiés sourdes, les rancunes tenaces, les rivalités, les haines plus ou moins cachées, se révélaient avec force. Ce n’était pas chose aisée de conduire, de diriger et de contenir les vanités, les amours-propres de trois cents docteurs, tous égaux en droits, n'oubliant jamais rien, sinon le bien qu'on avait fait; et cependant Gui Patin sut résoudre le problème. Il se conduisit avec tant de prudence, d'adresse, mêlées de justice et de sévérité, qu’il trouva l’art difficile de se faire pardonner son autorité par ses confrères. L’envie, cette démence du cœur si active, surtout dans les corporations, n’osa jamais l’attaquer ouvertement; on savait toute sa force à faire valoir les droits et les prérogatives de sa
(1) Les jetons ou médailles frappés à l'effigie de Gui Patin, en 1652, sont aujourd'hui infiniment rares: c'est le sujet d'une dissertation de J.-D. Kœæhler dans ses Récréations numismatiques.