KAM
science qui explique a priori la possibilité de V expérience externe.
Les esprits vigoureux, sitôt qu'ils sont arrivés à un résultat, essaient de le rendre aussi général que possible. L'expérience est double ; elle est externe ou interne. Or, si la philosophie, aura pensé Kant, doit expliquer à priori la possibilité de la première, ne devra-t-elle pas aussi expliquer à priori la possibilité de la seconde ? Ses réflexions sur le traité des sensations ont certainement pu lui fournir l occasion de s'élever à un point de vue plus général. Demandez à Condillac ce que c'est que le moi. Le moi, dit-il, est la collection des modifications que l'àme éprouve et de celles dont elle se souvient. A la première sensation la statue ne peut dire moi; pour qu'elle puisse le dire, il faut qu'elle expérimente en elle-même une succession de modifications. Arrêtons-nous ici un instant. Je demande à Condillac et à ses disciples : Qu'entendez-vous en disant que la modification B succède à la modification A , et comment la statue connait-elle cette succession ? La statue, répondit-il, a conscience de la modification B et de la modification A; elle perçoit la modification B comme postérieure à la modification A, et la modification A comme antérieure à la modification B ; or, ajoute Kant, la modification B ne peut être considérée comme seconde relativement à la modification A, si celle-ci n'est rapportée à un instant du temps antérieur à celui auquel se rapporte la modification B ; l'idée du temps est donc une
condition nécessaire pour que cette expérience de la succession de nos modifications soit possible. Loin de pouvoir dériver l'idée du temps de la succession de nos modifications , cette succession même ne peut être perçue sans l'idée du temps ; l'idée du temps est donc en nous à priori ; elle est par conséquent nécessaire pour pouvoir dire moi. De plus , le moi de l'expérience a son existence dans un corps qu'il regarde comme sien, et ce corps est, comme tous les autres, un objet de l'expérience externe.
Enfin la notion de Substance devait beaucoup embarrasser les idéologistes qui voulaient y réfléchir de bonne foi. Ils enseignaient que nous ne percevons rien que nos propres modifications. Or il suit de ce principe, ou bien que nous n'avons aucune idée de la substance, ou bien que cette idée doit exister en nous indépendamment des sensations. La première supposition est démentie par le sentiment intime et par le langage même de Locke et de Condillac : ceux-ci, en effet, confessent que nous sommes forcés d'imaginer un soutien inconnu des qualités, ce qui équivaut à attribuer à l'esprit une notion telle quelle de la substance, indépendante des sensations. Qu'on dise, tant qu'on voudra, que cette idée est une notion vague, obscure; il faut toujours convenir qu'elle est le centre auquel se rapportent les qualités, et que sans elle nous ne pouvons nous former l'idée d'un objet sensible. Ces réflexions qui se présentent naturellement,